Chapitre 310 : Follow the Leader

Je retrouve Suguru dans ce restaurant à une heure où la fréquentation est basse.

Il nous commande lui-même ce que nous consommerons : des poires confites, nappées de chocolat noir. Un régal !...

Au moment où je souhaite napper mon dessert avec le chocolat noir fondu, il place la main sur mon poignet, empêchant tout geste.

"Oublie la poire." faisant naître une bille sombre de sa main, la plaçant devant son regard éteint. "Sais-tu ce que c'est ?..."

Au vu de l'énergie nocive que l'objet dégage, je dirai... un fléau.

"Il s'agit d'un fléau exorcisé." le plaçant dans mon assiette. "Ne commence pas comme j'ai pu le faire : nappé de chocolat, cela passera mieux. Crois-en mon expérience."

Il referme un poing contre sa joue. "Au fait de ma gloire, j'en possédais 6 461..." sur un soupir nostalgique.

J'avise ce qui gît dans mon assiette. Mon regard passe du mets proposé au regard vide de Suguru.

Les minutes s'égrènent jusqu'à ce que je repousse l'assiette, esquissant un pale sourire.

"J'en étais certain : Satoru a gagné en influence sur toi." attrapant délicatement la chose entre deux doigts pour la placer dans sa propre assiette et la napper. "Tu n'es pas prête."

"Il t'aimait, Suguru."

"Je le sais. Au point de me laisser derrière lui." avisant ce qui garni son assiette à dessert.

"Il était trop jeune pour s'apercevoir du mal que cette attitude a provoqué."

"Trop jeune ?... Ou trop plein de son pouvoir ?..."

Il se saisit délicatement du fléau tourné en boule pour le placer sur sa langue déployée et le savourer, lentement, sans sauce.

"Mmm... délicieux. Tu passes à côté de quelque chose."

Son regard passe par-dessus la table.

"Cela m'ennuierait que tu te leurres, Rachel ; Satoru n'aime que lui. Et son pouvoir."

"Je ne te rejoins pas sur ce point, Suguru."

"Un jour, peut-être, tu ouvriras les yeux sur ce qu'il est réellement. Il est cependant à craindre que ce soit trop tard pour toi. Crois-moi : le véritable monstre, c'est Satoru."

Il se lève, en ayant assez, s'arrêtant à ma hauteur. "Et pour ce qui est de Pseudo-Geto... il ne t'ennuiera plus puisque je viens de l'intégrer à ma collection."

Donc... le fléau exorcisé en question était... j'en hoquète de terreur.


"Oh mais quelle petite mine..." posant ses mains larges sur les miennes, caressant. "Si tu me disais ce qui te préoccupe, ma belle ?..." bouche proche de mon oreille, main remontant le long de mon ventre.

Inutile que j'avoue.

"Rien. Déprime hivernale."

Il cligne. "Je n'ai jamais rien entendu d'aussi bancal."

"Je ne suis pas d'humeur, Satoru." me défaisant de son emprise.

"Hey !... Je m'enquérais simplement de toi."

J'arrose les plantes, pensive.

Connaissant Satoru, il ne va pas désarmer. "On peut se faire un petit restaurant ce soir ?..." me suivant à la trace. "Il y a un nouveau qui vient d'ouvrir sur Omotesando. La carte a l'air démente !..." réjoui.

Je hausse les épaules.

"Non ? Voyons... une petite partie de chasse ? Un entraînement improvisé ? Un SPA ?"

"C'est juste..." sur un soupir. "... que Suguru m'a posé devant un choix."

Il fronce. "Je t'avais dit de ne plus t'en approcher. Sous aucun prétexte."

"Peut-être. Mais maintenant je sais que j'en suis incapable, Satoru." sur un ton effacé.

"Incapable ?"

"D'avaler le moindre fléau exorcisé."

Satoru passe ses mains immenses sur le visage. Caaaaaalme. Rester calme.

"Si tu savais... combien le corps souillé de Suguru est insupportable à mon sixième œil... tu ne chercherais pas à lui ressembler, crois-moi."

"Je ne cherche pas à lui ressembler. Je cherche à comprendre comment il a pu en arriver là."

"C'est tordu !" Vache, ça vient de tonner dans tout l'appartement. "Suguru a de la chance que je tienne encore à lui ! Sans quoi..." serrant le poing, mâchoire contractée.

"Oui, c'est... tordu. Tu as raison." me relevant, posant l'arrosoir. "Ta colère est légitime."

Satoru me fixe derrière ses verres opaques, désarçonné.

"OK pour le restaurant. Ça nous fera du bien." retrouvant ma bonne humeur.


"Megumi, je t'ai laissé de quoi réchauffer dans le frigo."

"Merci."

"Megumi, tu gardes l'appartement, OK ?" s'amuse Satoru.

"Ça, c'est pas mon job. Achète un chien." retournant dans sa chambre.

Satoru est sur son trente-et-un ; costume de prix, embaumant l'eau de toilette.

Il consulte sa montre. "On y va ? Ça circule pas mal à cette heure."


"Effectivement, la carte est wow !..."

"Je te l'avais dit !..." s'en félicitant. "Je crois que je vais me laisser tenter par quelques gyoza. Si on se faisait une fondue, après ?"

"Ma foi." refermant la carte. "Nous serons repus après ça ?..."

"Oui, enfin pas trop. Je compte bien... me livrer à un peu d'exercice après !..." posant sa main sur la mienne, flamme que je devine dans ses pupilles camouflées.

"Tu as prévu un hôtel ? Je te rappelle que nous avons Megumi à la maison."

"Bah, ça n'a jamais empêché !..." reniflant.

"OK. Tu éviteras simplement quelques... spécialités qui me rendent très vocale."

"Ah non, non. Je compte bien me livrer à toutes, sans exception." sur un sourire de pur garnement.

"Tu es infernal, Satoru." amusée. "N'empêche que nous avons été audacieux en nous mettant en couple d'entrée de jeu."

"Tu regrettes ?"

"Non. Cela s'est fait naturellement."

Je le regarde avec un sourire qu'il parvient aisément à déchiffrer.

"Quoi ?..." amusé.

"Je pensais... à tes conquêtes. A ce besoin impératif que tu as eu à les aligner après la chute de Suguru. Je suis certaine que tu n'as pas eu grand mal à les mettre dans ton lit. Le fils Gojô n'a pas été créé pour passer inaperçu, même dans une foule dense." faisant référence à ses spécificités physiques qui tranchent diablement sur la population locale.

"C'était... compulsif, Rachel. Plus, je me devais de ne pas tomber dans le piège de les utiliser pour mon propre plaisir, sans quoi je faisais le jeu des fléaux." sur un soupir. "Ça a été une période compliquée et effrénée. Épuisante. Je ne veux plus revivre ça."


"Doucement, Sat'... arrête..." bloquant sa main qui vient de grimper alors que nous nous trouvons dans l'entrée sombre.

Soudain la lumière. Megumi nous avise d'un air presque taquin. "Vous comptiez vous amuser dans l'entrée ? Vous avez une chambre, je vous rappelle."

"Tu... sors ?"

"Ouais. Je vais me faire un ciné avec Yûji."

"OK, tu... ne rentres pas trop tard..."

"Tsk. J'ai horreur quand tu fais ça." nous bousculant pour se chausser.

"Et vous vous couvrez parce qu'il fait froid."

Quel papa poule quand il s'y met !...

"Arrête, ça devient franchement gênant." grommelle le poussin rebelle.

"Oui, allez, lâche-le !..." attrapant mon partenaire par la main pour filer jusqu'à la chambre.

"Ces deux, je vous jure." soupire Megumi, esquissant un petit sourire en coin.


"Ça fait très bizarre de ne plus l'entendre dans ma tête." admet Yûji, parlant de Sukuna.

"Ça fait très schizo ce que tu viens de dire." se moque gentiment Megumi alors qu'ils patientent devant le guichet.

"Enfin je m'y fais hein !... Faut juste pas qu'un classe S nous tombe dessus !..."

"Ouais, comme tu dis." se secouant de terreur.

"Gojô-sensei ne voulait pas venir avec nous ?"

"Crois-moi, il avait mieux à faire." sur un petit sourire explicite.

"Ah !..." pensant avoir saisi l'allusion.


Lune est de passage au Japon et ça c'est cool !... Elle va pouvoir me raconter sa dernière aventure.

Sur la terrasse intérieure de ce vaste centre commercial, je suis tout ouïe !

"Bon, OK. J'ai ouvert un bouquin... de légendes nordiques et... vache !" gloussant. "Je suis tombée sur un adorable cas : Ivar Ragnarsson dit... le désossé."

"Hmm mmm." attentive à la suite.

"Et j'sais pas... il m'a frappé en plein cœur... son infirmité... la façon dont on l'opprime..."

Je savoure.

"Et... la force qu'il en tire paradoxalement. Je me devais de... rentrer dans sa vie."

"Je comprends, Lune. Je fonctionne pareil."

"Oui mais... Severus n'est pas Undy..." reniflant.

"Tu es donc devenue une Viking pour cet homme, Lune ?"

"Ben... ouais. C'était irrésistible, je t'assure !... J'ai tenté de lutter... pfff ! Peine perdue !..."

"Bienvenue au club, Lune."


Les matins câlins avec Satoru, je kiffe !

A nous embrasser, nous étreindre dans la chaleur de la couette, à nous adresser des mots doux.

Ces moments sont si forts que nous n'avons pas même besoin de faire l'amour, savourant le présent dans une simplicité éloquente.


"J'avoue que... ça m'aurait plu de vous voir en action, Suguru et toi, à l'époque. Je pense que ça m'aurait très fortement... excité." caressant le joli torse, à moitié hissée sur lui.

"Tu n'aurais pas été déçue... on était très actifs." sur un petit rire le confessant.

Je soupire. "Je dois malheureusement me contenter de l'imaginer..."

"C'était... très riche. Bien plus que ce que tu sois capable d'imaginer."

Je pince un bouton de sein, lui arrachant un grognement sourd.

"J'aurai aimé..."

Il se redresse, m'arrimant à lui dans une prise ferme. "Je t'en donne autant, rassure-toi." écrasant un baiser ferme sur ma bouche. "Tu me fais monter, descendre avec la même assurance que Suguru jadis. Tu signes ma dérive avec la même fermeté qu'un homme, toujours plus fort, toujours plus loin. Je te considère comme... l'égale de Suguru, Rachel."

Je le fais asseoir en bord du lit, jambes ouvertes, caressant l'intérieur de cuisses, notant combien cela enfle sous son bas de pyjama.

"L'égale de Suguru, uh ?..."

Il glisse la main dans mes cheveux, souriant, se doutant bien à quelle sauce il va être dégusté de bon matin !...

Je glisse une langue aventureuse le long du renflement qui étire le tissu, lui envoyant une première décharge de luxure doit dans les reins.

"Ooooooh..." levant le menton.

Puis j'écarte l'élastique pour faire saillir la jolie colonne palpitante de sensations.

Le gland éclos remporte les suffrages et je m'y intéresse un long moment, le faisant atteindre des sommets de délectation avant de caresser plus bas, le ramenant sur terre ; de véritables montagnes russes chères au Japano-Scandinave.

Elle est si volumineuse que je peine à refermer la main autour, gorgée de veines saillantes, se régalant de la base au sommet.

Ses poings crispent, l'un dans ma chevelure, l'autre sur la couette défaite.

Ses cuisses spasment, les sensations le gagnent. La jouissance se fait impérative.

"Ra... Rach... je... vais... jou..."

Je me relève, me défaisant de mon bas, m'installant sur ses cuisses pour l'engloutir.

Sauf qu'il ne l'entend pas vraiment de cette oreille et, sur un sourire fugace, il me bascule sur le lit, venant se guider en moi d'une main sûre. Je lève les jambes pour davantage de sensations encore, ancré qu'il est pratiquement au fond, me régalant de toute sa belle longueur.

Bouger. De ce mouvement régulier qui fait heurter de manière rythmée nos pubis.

Je monte si vite !...

"Sat..." l'enserrant, orgasme à brûle-pourpoint.

"Mmm... oooooh... Rach..." dodelinant de la tête, bouche ouverte, pupilles à la dérive sous la lourde rangée de cils immaculés.

Ça coulisse toujours plus fort, toujours plus vite.

Et c'est l'explosion criée, corps secoués comme des diables face à la fureur de cet orgasme.


"Qu'est-ce que tu écoutes ?" m'interpelle Megumi, notant les écouteurs placés dans mes oreilles.

"Oh, des chants de Noël allemands."

L'étudiant fait la moue. "Ouais, je vois. Le genre de truc bien ringard."

Je ris. "Si on veut. Tu sais, Megumi, l'âge gagnant nous rend nostalgiques."

"Un truc d'adulte, quoi. Ou de vieux. #emmerdant." dégainant son portable pour y surfer, affalé sur le canapé.

"Je vais faire quelques courses au marché, ça te dit de m'accompagner ?"

"Nan. Enfin ouais. Ça va me faire sortir un peu." s'étirant avant de récupérer une veste et son bonnet.


C'est agréable et nous faisons le plein de provisions. J'en profite pour questionner l'étudiant sur ses goûts culinaires. Il n'est pas franchement difficile à table. Mais il ne possède pas un immense appétit.

"Ça se cuisine comment, ça ?" désignant le produit.

"Avec des condiments, je crois."

"On en prend ?"

"Si tu veux." haussant les épaules.

Sur le chemin du retour j'ai même droit à un compliment sur ma façon d'accommoder les légumes "c'est jamais fade." soutient Megumi.


Lorsque Satoru rendre, il nous trouve en train de popoter.

Il s'approche, curieux, soulevant le couvercle de ce qui mijote et sent si bon.

Je frappe le dos de sa main du plat de la cuillère.

"Aïe !" me fixant de yeux ronds, totalement incrédule.

"Tu n'avais qu'à activer ta Limitless." sourit Megumi, pelant quelques légumes.

"Vous êtes... des bourreaux, en fait." nous fixant tour à tour.

"Goûte plutôt le jus." lui présentant une coupelle après y avoir soufflé.

Il se prête volontiers à l'exercice.

"Et si t'as la dalle, il y a quelques légumes en sauce par là." désignant la coupelle du bout du couteau.

Satoru se recule une chaise, s'y installant à l'envers, picorant dans le plat.

"J'aime l'ambiance familiale de nos petites soirées." confesse Satoru.

"Moi aussi mais à petite dose." lui rappelle Megumi.

"Oui, je sais que tu as besoin de l'espace de ta chambre par intervalles réguliers." connaissant bien sa progéniture.

Je les rejoins, goûtant quelques légumes trempés dans la sauce soja.

"Du coup, Yûji loge où ?" sachant le garçon orphelin.

"Au lycée." répond Megumi.

"C'est bien le moment de t'en soucier !..." rit Satoru.

"Hey !" lui frappant l'épaule.

"Tu as l'amour vache ce soir, dis-donc." amusé, câlinant mon cou, remontant jusqu'à mon oreille. "Mais je ne m'en plains pas."

Megumi se racle la gorge, désignant la chambre d'un mouvement des yeux.

"Hem, oui, pardon." se redressant sur sa chaise.


"Tu vas l'épouser ?..." questionne Megumi entre deux parties de jeux.

Satoru cligne. Petit rire nerveux. "Quelle idée !..."

Megumi hausse les épaules. "C'est juste... que t'as l'air amoureux, quoi." factuel.

"Nous... ne l'avons pas évoqué." se mettant à triturer une frange de la couverture du lit de l'adolescent.

"Tu aimerais ?"

"Elle a son passé aussi, tu sais."

"Vous êtes deux à pas savoir, quoi." posant les choses.

Petit sourire de Satoru. "En effet."

"Après, je me disais, le truc bien c'est qu'elle est du métier. Ça facilite les choses."

"Oui, c'est... tout à fait correct. Megumi..." cherchant l'épaule de l'adolescent. "Ne t'encombre pas l'esprit avec ça. Laisse-nous gérer." doux, souhaitant le préserver.

"J'me renseigne, c'est tout." ne tolérant qu'un moment le geste. "T'as peur de la décevoir ?" poursuivant sa ronde de questions.

"C'est que ça cogite drôlement là-dedans !..." désignant la tête de Megumi.

"Là-dedans aussi." désignant celle de Satoru. "Tu penses pas qu'il est l'heure de te poser ? C'est vrai, quoi."

"C'est moi que tu vas finir par mettre mal à l'aise !..."

"Oh, arrête. On se connaît depuis longtemps !... J'ai plus l'âge des mythos. Alors ? De quoi t'as peur ?"

"J'ai..." hésitant un moment. "... entendu dire qu'elle n'était pas à l'aise avec ce type d'engagement."

"Quoi ? Elle a l'impression d'avoir un fil à la patte ?"

"En quelque sorte."

"Dommage. Mais tu devrais lui proposer, quitte à te prendre une veste. Au moins tu serais fixé."


"Et tu n'as jamais rien noté, du genre que le goût de Suguru avait changé ?"

"Le goût ? Oh, tu veux dire l'haleine ?..." se grattant la nuque. "Lorsque mon sixième œil s'en est rendu compte, le mal était déjà fait. Il faut dire que j'étais très peu présent du fait de l'éveil de la Limitless... on me confiait beaucoup de missions, souvent à l'autre bout du pays."

"Je vois... et pendant que tu n'avais plus besoin de lui, Suguru a sombré..."

"Ne m'accable pas davantage." reniflant.

"Ce n'est pas ce que j'ai cherché à faire." cherchant sa main pour y poser la mienne, réconfortante. "Je me demande d'ailleurs si ce drame aurait pu être évité..."

"Tu te tortures beaucoup à ce sujet. Si Suguru n'avait pas vrillé, il n'y aurait pas eu autant de place dans mon cœur pour toi. Un mal pour un bien ?" embrassant mon front.

"Tu as raison." retrouvant le sourire, caressant sa joue.


Je nous sers le thé. Satoru est plutôt café, assorti de cinq morceaux de sucres.

"Avant d'enseigner, je manquais cruellement de pédagogie... note que... ce n'est toujours pas au point de ce côté." sur un petit rire coupable.

"Tu es... un peu extravaguant, comme prof." me fiant à ses méthodes peu orthodoxes. "Mais au moins, tes élèves ne ronflent pas !..."

"Hmm... pas faux !..." riant.