Chapitre 311 : Beyond Sacrifice

"Mon 'Liottine !..." le serrant contre moi.

Megumi fixe la scène, expression neutre sur le visage. "C'est qui ?"

"Son fils."

L'adolescent bloque un moment. "OK, elle l'a eu à quel âge exactement ?"

"C'est un peu long à expliquer. Mais c'est très similaire à notre histoire à tous les deux." levant la main pour caresser la tête chevelue, geste aussitôt écarté à l'adolescent. "Arrête."

"Mais... tu vois bien qu'ils se font des papouilles aussi !..."

"J'ai pas besoin de ça." grommelle Megumi.


Il en est un du côté de qui je lorgne de plus en plus fréquemment. Il s'agit de Suguru.

A la tête d'une secte très influente, le maître des fléaux excelle dans l'art de ramener des fidèles. En réalité le discours est beaucoup plus sombre que cela : "Il existe deux types de singes : ceux qui me rapportent de l'argent et ceux qui m'offrent leurs fléaux." Niveau offrandes, Suguru n'a que l'embarras du choix. Il demeure d'ailleurs très proche du nombre de fléaux dont il disposait avant que Kenjaku ne prenne possession de son corps...

La façon dont il se maudit lui-même, avalant sa propre condamnation à chaque nouvelle, avide bouchée, me fascine énormément, je dois l'avouer !...

Aucun autre maître fléaux n'use de ce stratagème, pour le moins nocif et autodestructeur, visant à s'approprier le pouvoir des monstres qu'il ingurgite.

Le pouvoir passe par l'estomac, dans le cas de Suguru.

De son côté, maître Geto me juge intéressante, notamment mon lien direct avec le Seigneur des Enfers. Ce seul fait, couplé à mon pouvoir, me tient au-dessus du lot à ses yeux. Je ne suis pas l'une de ces guenons dont il juge la vie et le destin inutiles.

Entre nous, le jeu de l'attirance demeure, se mettant parfois en sommeil. Mais il suffit de nous revoir pour relancer ce qui nous pousse l'un vers l'autre.


Il m'invite ainsi chez lui, dans son "temple".

Attablés de la plus japonaise des façons autour d'une luxueuse kotatsu, il me présente une coupelle contenant un fléau exorcisé.

Il attrape délicatement l'embryon circulaire maudit, le faisant un moment danser devant nos vues.

"Sais-tu... à quel point ton refus obstiné me fascine ?..."

C'est dit de manière si langoureuse que j'en ai des frissons le long de l'échine.

"Comment t'y es-tu pris pour... éradiquer Kenjaku ?..."

"Kenjaku n'est rien d'autre qu'un esprit maudit. Je me suis fait fort de l'exorciser sitôt ma puissance regagnée."

"Je vois."

"Je ne suis pas là pour te faire adhérer à ma façon d'appréhender le monde et les fléaux. Je sais que nous en partageons le principe. Toi, en tant que Spectre redouté d'Hadès, moi en tant que maître fléaux."

Sa façon de pousser le cynisme jusqu'à revêtir une robe de prêtre... l'offense est à la fois belle et forte !...

"J'avais tant en commun avec Satoru à l'époque..." sur un petit sourire nostalgique.

"Votre lien demeure encore très fort, quoi qu'on en dise."

"On n'efface pas ainsi des années d'amitié exclusive."

"Ah, tiens, j'allais employer un autre terme... vous étiez bien plus que cela." sur un petit sourire. "Et ça aussi, il y pense encore souvent."

"Cette... intimité que nous partagions..."

"De l'amour, Suguru."

"J'ai banni cette expression de mon vocabulaire. Enfin, non. Disons plutôt que je la réserve à un cercle extrêmement restreint."

"Tes filles ?..."

Son sourire se fait d'une tendresse absolue.

"Elles sont les pupilles de mes yeux. Tout comme l'est Megumi Fushiguro pour Satoru et Eliott pour toi. Ces liens... sont encore plus puissants que ceux de sang."

"Tu es... fascinant... Suguru Geto."

"Lorsque j'ai commencé, je ne pensais pas arriver si loin."

"Déjà à l'époque, tu en avais dans le ventre pour donner ainsi la réplique au jeune adulte prodige." sans toutefois nommer Satoru.

"La distance s'est creusée entre nous. Et à présent, aucun pont ne peut plus lier nos âmes."

Il s'amuse avec une telle dextérité du fléau qu'il tient en main, le faisant passer de manière agile entre ses doigts fins !... Enfin, il l'immobilise devant ma bouche.

Fermant les paupières, il approche les lèvre de l'immondice, simulant un baiser.

Prise par le jeu et mes sens étant de plus en plus éveillés, je simule le même mouvement, du côté opposé au sien.

"Tu es loin d'être... une guenon, Rachel. J'ose espérer... que Satoru te traite comme une reine."

C'est soufflé si bas que moi seule peux l'entendre.

Le jeu autour du noyau maudit se poursuit avec la même lenteur, lèvres venant y exercer une pression secondaire, imaginant qu'il s'agit de celles désirées. Le corps est mou, l'enveloppe sensible et organique.

Nous sommes en train d'infliger une sévère sanction à ce fléau qui se rétracte d'horreur face à nos jeux érotiques.

Je ne manque évidemment pas de flatter des lèvres les doigts du détenteur de cette abomination fœtale.

"Tu savais... que j'allais céder et... venir... n'est-ce pas ?..."

"Mes chances étaient... si maigres." initiant un sourire audible.

Sa langue est la première à s'enrouler autour de la paroi vivante, l'enveloppant de salive, dans un glissement satiné.

L'acte est tant chargé en tension sexuelle que j'en palpite littéralement !...

J'initie exactement le même recours, m'imaginant donner la part belle à ses lèvres qui ne sont séparées des miennes que de quelques damnés millimètres...

Le jeu dure un moment. Le fléau se rétracte, proteste, harcelé par une force dont il ignorait, jusqu'à présent, l'intensité.

"Montre-moi de quelle manière nos sexes savent se régaler... Demande-moi de... rester..."

Mon tourment est tel qu'il se fait entendre jusqu'à mon élan vocal.

Je fais lentement dévier son poignet pour que plus rien ne s'interpose entre nos lèvres affamées.

Il est encore plus magnifique avec ce pli sensuel qui habite à présent son expression.

Nos bouches viennent s'écraser l'une contre l'autre, se dévorant avec intensité.

Les sons délectables que cela fait naître participent qu'à exacerber le désir qui existe entre nous.

Je me dégage du pan de la kotatsu et il fait de même.

Je retrousse le devant de sa robe de moine bouddhiste pour venir m'installer sur ses cuisses repliées.

Cet homme insaisissable va enfin être à moi !...

Je l'enserre, bouches toujours à l'action. C'est féroce et pourtant si sensuel et maîtrisé.

Je l'ai toujours su ; Suguru est tout aussi bon amant que Satoru.

Il m'attrape et me bascule le haut du corps sur la table, écartant mes jambes pour s'offrir une place de choix.

Il se défait d'emblée, offrant de l'espace à son sexe affamé, caressant l'intérieur de mes cuisses de paumes dures une fois découvertes.

Nous haletons, à bout de souffle, nos corps entiers pris dans l'étau suscité par notre envie l'un de l'autre.

Ses pouces s'invitent dans la moiteur, lâchant un souffle vibrant, pupilles étroites partant à la dérive.

Son sourire se fait fauve, rappelant celui de Kenjaku jadis... J'en hoquète.

"J'ignorai... autant te... plaire."

Je me saisis de lui. "Tu le sais, à présent."

Il est surtendu, extrémité ouverte pour suinter, dans une excitation effrénée.

Il me défait, des deux mains, de tout ce que je porte en bas, attrapant une jambe pour la placer sur son épaule, manœuvrant à genoux, se guidant pour s'insérer sans délai.

La jouissance est quasi-immédiate tant nos sexes sont prêts.

Le râle profond et rauque qu'il vient de laisser échapper n'a que l'équivalence de la façon impérieuse dont il se perd en saccades au fond de moi. Il jouit en suivant la montée de la vague, s'interrompant pour mieux repartir, voix déployée.

C'est très beau à voir et à entendre.

Et ce n'est que la première manche !

La seconde ne tarde pas en un jeu de baisers langoureux et affirmés.

Cette fois, c'est moi qui manœuvre sur ses jambes repliées.

Ses vocalises enflent à nouveau.

La jouissance refait surface, jouant avec son souffle de la même façon que la première fois.

Je pose le front contre son épaule dégagée.

"Tu m'as rendu très, très heureux. Merci." à mon oreille, main égarée dans ma chevelure défaite.


En quittant le temple, je croise ses deux protégées : Mimiko et Nanako.

Un bref échange de regards, aucune salutation.

"Qui est-ce ?..." questionne la plus jeune.

"Une... amie. J'ai choisi de m'offrir un peu de compagnie." souriant, manche glissée l'une dans l'autre.

"Elle... dégage quelque chose de... spectaculaire." sourit Nanako.

"Elle l'est. Je veux que vous la respectiez chaque fois qu'elle visitera le temps."

"OK."

"Bien. A présent, venez goûter." les invitant à l'intérieur, paternel.


Ce qui m'attend à la maison est loin de tout ce que j'ai pu quitter.

Satoru n'a jamais été réputé pour sa patience. Et cela s'applique dans bien des domaines.

Le roi Gojô l'a mauvaise. Très mauvaise. Je vais déguster.

Il se raidit lorsque je passe la porte de son appartement. Il vient de terminer la vaisselle, vue dégagée.

Je me présente à lui. Première opération en vigueur : le scannage. Intégral.

L'œil est sûr, le renseignant sur chaque résidu d'énergie logeant sur mes vêtements, ma peau, mes lèvres et même... sur regard s'y arrête un long moment avant de revenir à mon visage.

"OK. Je vais te poser la question une seule fois et pour la forme : comment envisages-tu l'avenir ?" essuyant ses mains humides.

"Je..."

Sa main crispe, dessinant un relief veineux qui ne présage rien de bon.

Son œil vrille jusqu'à l'âme, n'y laissant rien échapper.

"Suguru est maudit. Il est le pire maître des fléaux. Il demeure sous plusieurs chefs d'accusation des lois qui régissent l'exorcisme. Dois-je te rappeler qu'il a tué ses propres parents ? Lui-même te dira évidemment que c'était pour la symbolique."

"Je... n'ai aucune excuse."

"Suguru est... dangereux. Moi-même je doute de pouvoir le ramener à la raison. Alors explique-moi !... Quelle est l'idée ?!"

Je baisse la tête qu'il me fait relever aussitôt d'une prise sous le menton. "C'est par ici que ça se passe !" désignant son propre regard.

"Hey hey ! Tu pourrais brailler un peu moins fort ?!" rapplique Megumi.

"Dans ta chambre." lui intime Satoru sur un ton des plus secs.

"Ouais, nan, te fatigue pas, je sors." attrapant sa veste pour quitter l'appartement et nous laisser à notre conflit. "Tâchez d'avoir réglé le problème d'ici mon retour ! Ciao."

Satoru ne cille pas lorsque la porte se referme derrière l'adolescent.

"Jusqu'où vas-tu me mener ainsi ?" m'avisant. "Bien plus que les flammes maudites de Suguru, c'est avec ma patience que tu joues."

"Je... t'aime toujours, Satoru..."

"Le problème ne concerne pas ton affection mais tes pulsions, Rachel. En agissant ainsi tu lui offres une brèche dans laquelle il n'hésitera pas une seule seconde à s'engouffrer. Et j'ai déjà vu quels dommages il est capable d'infliger à un flanc affaibli."

Ses arguments sont imparables. Je préfère garder le silence que de m'avancer.

"C'est toi que je devrais assigner à résidence." employant le parallèle avec Megumi.

C'est étrange car plus je le heurte, plus j'ai envie de lui. Maintenant... basculer à genoux et le gâter - en guise de pardon ?... Je doute que cela fonctionne avec Satoru. Mais l'idée flotte dans ma tête, se faisant tenace, tandis que j'avise le regard transperçant couleur océan dans sa version la plus démontée.

De son côté, le moment est malaisant. Il demeure tiraillé entre son affection pour moi, les moments si forts et tendres déjà partagés, la place que je me suis faite dans son cœur de solitaire et la colère qui habite jusqu'au plus petit vaisseau de son corps, y circulant avec contrariété, générant une tension monstre.

Là, c'est sûr, c'est bien plus que le pain sec et l'eau qui m'attendent... ça va être régime sec.

Je... whaaaat ?

Ce sont bien ses lèvres qui viennent de se plaquer sur les miennes, langue faisant le forcing pour gagner davantage de faveurs ?...

Au moment où je plonge, il retire sa bouche incroyable, moue affichée sur le visage crispé d'un ange. "Je pourrai me maudire de t'aimer autant."

Et croyez-le, "maudire" a une consonance toute particulière dans la bouche du plus puissant exorciste en activité !...


"Ça y est, vous vous êtes rabibochés ?" questionne Megumi en rentrant, trempé car il vient d'y avoir une violente averse.

"Sèche-toi les cheveux et mets-toi à table." aux commandes du dîner.

"Elle est où, Rachel ?" fouillant la pièce du regard.

"Chez elle."

L'adolescent lève les sourcils. "Ouais, je vois." récupérant une serviette pour éponger ses cheveux ébènes. "C'est toi qui l'as renvoyé chez elle ?" s'installant.

"Ne te mêle pas de ça, Megumi."

"Vache, si vous vous mariez, ça va être invivable !..." taquin.

"Comme tu peux le constater, nous n'avons pas besoin de ça pour nous entredéchirer."

"Sans déconner, faut vous calmer un peu. J'en ai ma claque de mettre mon volume à fond pour couvrir vos cris." goûtant le plat, le jugeant convenable.

Satoru soupire. "Sitôt partie, elle me manque déjà." se posant contre le plan de travail.

"J'suis sûr que tu vas la rappeler dans la soirée." sur un petit sourire.

"Raté. J'ai été appelé pour un cas difficile."


Vache, il est coriace, celui-là ! Immense et agile à la fois, ne répondant à aucune loi !...

Satoru doit désactiver sa Limitless pour l'atteindre vu qu'il évolue dans un endroit fréquenter.

"Attaque maintenant, fléau." ordonne son maître tapi dans l'ombre.

Coup de patte, flanc de Satoru touché. L'exorcise ploie mais une dernière tactique envoie le monstre au tapis. Une salve énergétique l'achève.

Satoru pose son dos contre le mur humide. Il en avait presque oublié la douleur lancinante.

Ses yeux se brouillent du fait de la pluie battante.


"Ouais, salut, il est chez toi, Satoru ?" questionne Megumi, au bout de la ligne.

"Euh... non."

"Ah, j'pensais... Ah, attend, il arrive, j'entends la po... MERDE !" se précipitant.


Shoko se relève, avisant le bandage qui ceint le ventre de Satoru. "OK. Tu vas en avoir pour un moment."

"Je m'en doute. Cette foutaise résiste même à mon sort d'inversion. J'sais pas d'où il sortait mais purée, il était balèze." reniflant. "C'est assez humiliant."

"Tu t'en tires bien. N'importe lequel d'entre nous y aurait laissé la peau."

"Ouais, ben en attendant, je suis infirme."

"Tu exagères !..." souriante, connaissant sa façon d'accentuer les choses. "Repos forcé. Ça ne te fera pas de mal."

Satoru attrape son smartphone. "L'occasion de tester tous les jeux du moment." grimaçant au mouvement de torsion pour attraper l'appareil.


Megumi ouvre. "Hi."

"Salut."

J'entre et me déchausse.

"Sur le canap'."

Je me présente à l'entrée du séjour.

"Ouais alors gaffe, il est furax parce que le sort d'inversion n'a pas fonctionné." me glisse Megumi.

"Hey !... Je t'entends !..." lui signale Satoru.

"Bah quoi, c'est vrai, nan ?" me préparant un thé.

Je lui ai amené un paquet de chocolats dont il est friand.

"Ah et en plus, tu comptes me faire perdre la ligne ?" se décalant en grimaçant pour me faire une place sur le canapé.

"Tu as de la marge." m'installant.

"T'as eu du bol."

Satoru se gratte la tête. "Oui, n'empêche que ça craint s'il fait des petits, celui-là."

"Pour nous mettre le meilleur au tapis, je confirme, ça craint."

"Megumi, une fois que je serai sorti de ce canapé, je compte sur toi pour assurer mon entraînement." taquin.

"Hmm. Tu rêves." servant le thé chaud.

"Tu nous as fait très peur."

"Je m'en serais bien passé. Mais je pense savoir qui se cachait derrière un engin pareil..." plus sombre.


J'ai eu du mal à partir et il a eu un mal fou à me laisser m'en aller... A plusieurs reprises, il a voulu me demander de rester ici pour la soirée ou la nuit.

Son comportement ne manifeste plus aucune agressivité, bien au contraire.

S'il n'était pas blessé, je suis certaine qu'il me ferait une place dans son lit.


"Nous avons à parler."

L'attaque est si vive qu'elle vient de prendre Suguru totalement au dépourvu.

Le bras de Satoru qui écrase ses clavicules constitue une menace sans précédent.

"T'aurais-je... fâché, Satoru ?..." suffoquant sous la prise.

"Hey toi !" hurle un de ses alliés.

"Libère Maître Geto immédiatement !..." ajoute un autre.

"Arrière." leur adressant une salve. "Dis à tes singes de prendre garde."

"Mes singes ? Allons, allons... Satoru !..." outré. "Ce sont tous des exorcistes de haut vol."

Une clavicule cède sous la pression imposée par Satoru, ce qui fait grimacer Suguru.

"Ooooh, je vois... tu n'as pas digéré ta confrontation avec... ma toute dernière création."

"Pas que. Je déteste que tu t'offres ma copine."

Le sourire de Suguru s'étire, plus cruel que jamais. "Je tiens quand même à te signaler que c'est elle qui se fourre régulièrement dans mes pattes. Trouverait-elle chez moi ce qui te fait défaut, Satoru ?"

L'exorciste offre un coup de genou dans l'arrière de celui de Suguru, ce qui le fait chuter d'un cran.

Ce dernier éclate en un rire dément. "Il va falloir... investir dans une laisse... ou une cage."

"Ni l'une ni l'autre, enfoiré. Je suis juste venu t'avertir de ne plus t'en approcher." donnant un coup pour qu'il bascule sur l'avant. "Quant à vous..." avisant les alliés maudits de Suguru. "... je vous conseille de changer de leader avant qu'il ne vous mène droit à votre perte."


Il n'y a pas que Satoru qui maîtrise les sorts d'inversion ; Suguru en possède également un usage. Face au miroir, il fait appel à l'énergie cumulée des fléaux qui garnissent son système digestif et note comment, lentement, l'os se remet dans l'axe.

La colère de Suguru se fait immense. "Comment te permets-tu de me ridiculiser ainsi devant tous mes hommes ?!"

Le poing défonce le miroir la seconde d'après. Le visage harmonieux de Suguru se change en une grimace rageuse. "Tu n'as pas idée de ce qui t'attend, de ce que je ferai abattre sur toi, Gojô Satoru !..."


"Je kiffe le Japon, maman. Je me demande si je ne vais pas m'y installer." me confie Eliott.

"Ah mais je comprends !..." souriante. "Nous pourrions visiter des appartements, si tu veux."

"Je veux bien. Ce sera notre aventure tokyoïte !..." me serrant contre lui. "Puis ici je peux m'habiller comme je veux, même porter des jupes et ça, c'est vachement cool !"


Une ombre se dessine derrière moi puis se forme.

"Tu passes une bonne après-midi, j'espère." d'une voix glissante.

"Tu es venu faire les boutiques ?..."

"Il y a... bien trop de singes pour que je puisse apprécier l'activité." reniflant, regard plissé. "Satoru m'a fait l'honneur d'une visite récemment. J'y ai laissé une clavicule. Fort heureusement... je maîtrise le sort d'inversion aussi bien que lui." effectuant quelques moulinets du bras.

"Le fils Gojô n'aime pas partager ses jouets, on dirait." taquine à l'égard du caractère possessif de Satoru.

"Est-ce ainsi que tu te considères ? Comme un... jouet ?"

Je hausse les épaules. "Son jouet de prédilection, si tu préfères."

"Je ne vois absolument pas les choses de cette façon." glissant une main dans mes cheveux. "A mon sens, tu es la dame de l'échiquier, au centre de la partie qui nous oppose, Satoru et moi."

"Ne me... touche plus, Suguru. Cela insupporte le roi que le fou ose poser la main sur sa dame."

Ses doigts crispent. "Dans ce cas, je me dois de faire appel à la cavalerie pour détrôner le roi." proche de mon oreille.


"Et... côté cœur ?"

"Hmm ? Qu'est-ce que tu veux savoir ?" questionne Eliott.

"Dans cette ville ?"

"Je suis en chasse d'un appartement, je te rappelle. Non d'un cœur à prendre."

"Ah oui, pardon."

Mon smartphone bipe. J'en souris.

"Attends, je vais deviner : il est blond scandinave de cheveux, plutôt grand et beau gosse ?"

"Hmm mmm." souriante.

"Par contre, je ressens une autre énergie, plus néfaste celle-là, dans ta proximité."

"Le fou. Qui dispute la dame au roi."

Long sifflement d'Eliott. "Connaissant le tempérament du roi, ça va saigner !..."