Chapitre 312 : Fight again
"Tu ne t'es pas contenté de choisir la première guenon venue, Satoru." sur un sourire de guerre.
"Tu es prié de surveiller ton langage, y compris à l'égard des non-exorcistes, Suguru."
"Mon langage est totalement adapté à leur condition." n'en démordant pas.
"Dire que c'est toi qui m'as enseigné à respecter..."
"... les faibles ? C'est une fable qui m'est passée, Satoru."
"Ton ego n'a jamais supporté travailler dans l'ombre."
Chacun se tient prêt à un éventuel assaut.
"Mon talent est fait pour se déployer en pleine lumière, Satoru. Les faibles ralentissent la progression des forts."
"C'est, au contraire, ton orgueil qui nuit à l'évolution de ta vision du monde, Suguru."
"Être un élu se proclame, Satoru. Nous sommes faits pour nous promener au-dessus d'un jardin des délices, exempt de tout macaque."
"Je t'ai dit de veiller au langage que tu emploies."
"Les règles du jujutsu t'ont ramolli le cerveau, Satoru."
"Je pense plutôt que c'est le chemin que tu as choisi d'emprunter qui nuit à l'équilibre harmonieux du monde."
Suguru se gratte le conduit auditif. "Pardon, tu peux répéter ? L'équilibre... harmonieux ?..."
"Tu t'es maudit dès la première bouchée."
"Le plus amusant dans l'histoire est que... personne, pas même Yaga, Shoko ou toi, n'a remarqué quoi que ce soit. J'ai pu habilement poursuivre mon festin en toute quiétude."
Satoru fait la moue. "Ta capacité à t'autodétruire est pour le moins effective."
"Parce que tu m'as tourné le dos, Satoru. Il n'y avait plus que l'éveil de ton pouvoir qui t'intéressait. Mais bon, l'histoire est ancienne." avec un geste.
"Chaque fois qu'elle refait surface, j'entends comme un appel au secours."
"Si je voulais de l'aide ce n'est pas à toi que je m'adresserai, Satoru. L'histoire a prouvé que tu n'accordes de l'importance qu'à toi-même."
Satoru serre le poing.
"Oh, touché ? Déjà ? Allons... je ne comptais pas si rapidement te mettre à terre." moqueur.
J'écarte délicatement les paupières, avisant l'œil. Au-delà de la couleur absolument phénoménale, la précision en demeure l'atout majeur. La moindre particule d'énergie y est détectée et répertoriée. Il s'agit d'un flot ininterrompu d'informations qui parviennent à la rétine et au cerveau du détenteur, ce qui l'épuise considérablement. Même camouflé par le bandeau ou les verres opaques, la haute précision demeure celle d'une infrarouge.
Un merveilleux cadeau empoisonné !... Jamais le détenteur d'un tel pouvoir ne pourra connaître le repos.
"Quelle arme de guerre..." osant glisser une langue douce sur la cornée.
Il en frémit des pieds à la tête.
Je lui souris. "Quoi ?..." joueuse.
"Rien, c'est..." ne trouvant pas l'exact qualificatif.
"Désagréable ?"
"Étrange."
Je m'allonge à ses côtés, fixant le plafond.
Il tourne la tête dans ma direction, appréciant mon profil.
"Je ne pensais pas que... je détesterai à ce point que Suguru s'intéresse à toi."
"Tu es possessif, Gojô."
"Tu m'en blâmes ?"
"Non, c'est... tellement toi."
"Aucun autre ne l'a fait avant moi ?..." se montrant curieux.
"Si."
"Et ?"
"Ça s'est très mal terminé."
"Hmm mmm. Je prends le risque. J'aime assez." provoquant, comme à son ordinaire.
"Tu es fier. Je kiffe." ébouriffant ses cheveux clairs.
Il cligne puis rit. "J'ai pensé que t'allais m'en mettre une !..."
"Je devrais. Je suis très, très contrariée."
"Hein ?"
"Il était convenu que je mette cette ordure de Pseudo-Geto au tapis... mais Suguru m'est passé devant." croisant les bras, joues gonflées.
Il éclate de rire. "Alors... promis, je te dégotterai un fléau qui vaudra le déplacement."
"Tu vas me refiler celui qui t'as mis la pâté, c'est ça ?"
Il rit. "Je lui ai mis son compte, t'en fais pas !..."
Ses mains commencent à se faire baladeuses.
"Ça va comme tu veux ?..." souriante.
"Bah oui, pourquoi ?..." joueur, poursuivant à son aise, paume entière venant flatter mon entrejambe.
Il me prend le souffle.
Les jeux de regards prennent une tournure explicite.
Mes jambes s'écartent dans une invite manifeste et il ne se fait guère prier pour y occuper la place.
Sa main entière passe à l'action ; doigts et paume en renfort. Il choisit toujours la parfaite pression à exercer, alternant avec des effleurements lascifs sur les points sensibles.
Je me défais pour m'offrir à lui et il fait de même, déjà bien haut.
Son sexe est purement et simplement un régal à la vue et au goût. Droit. Très belle et fière courbure.
Il prend la place dominante, lui offrant toute latitude pour mener la danse comme bon lui semblera.
Je ne proteste pas, bien au contraire !... Satoru est l'un des seuls hommes à qui je cède volontiers la place de choix.
Il a une façon très mobile de mouvoir ses hanches, venant heurter mon pubis, m'offrant un surplus de délice à chaque butée. Autant dire qu'il met clit' à la fête !...
Nos voix montent de pair, s'égarant dans la pièce.
L'orgasme vient, simultanément, nous arrachant du matelas.
Nous nous sourions.
"Nous sommes vraiment... sur la même longueur d'ondes..." peinant à reprendre son souffle, posant des baisers avortés ça et là sur ma peau.
J'égare les doigts dans sa chevelure fournie. "Mon amour d'exorciste..." souriante, épanouie.
"On aime ça, hein ?... Casser du fléau. De véritables... tueurs." amusé par notre bonne entente sexuelle, me quittant lentement pour basculer sur le dos. "Tu sais, avec toi je n'ai pas été assailli par tous les doutes que je nourrissais avec mes autres... relations."
"Par relations, on entend bien coups d'un soir ?"
Il rit, touché. "Pour la plupart, oui. D'autres que j'ai eu envie de revoir parce que ça matchait pas mal."
"Aucune avec laquelle tu as eu envie de t'installer." posant le menton sur son torse imberbe.
"Nope. C'est assez compliqué avec quelqu'un étranger au métier."
"J'imagine. Il faut mentir pour préserver la personne, j'imagine."
"Ouais. C'est vraiment pas simple. Même franchement risqué voire voué à l'échec."
"Tu me racontes le moment où ton pouvoir s'est éveillé ?"
"L'épisode avec Toji ?"
"Oui." prête à écouter.
"Je dois dire qu'il m'avait salement amoché. Et je n'avais jamais entendu parler du gars avant !..." caressant mes cheveux. "Il a franchi la barrière du lycée grâce à une ruse subtile. Et là... il m'a salement amoché, sérieux. J'en ai eu pour mon compte." fermant les paupières sur les joyaux de guerre qui ornent ses orbites. "Il n'a cependant pas pris le soin de me décapiter ou m'achever grâce à un objet maudit... là a été son erreur. Ça m'a permis d'activer le sort d'inversion."
"Et... tu l'as retrouvé après ça ?"
"Ah oui, j'ai été immédiatement le chercher pour la seconde manche. La sensation était... unique. Je flottais, littéralement. J'étais en phase avec ce que j'étais et le monde. C'était... vraiment une sensation de béatitude, tu vois ? Un truc qu'on ne ressent qu'une fois dans sa vie. Il n'a pas été de taille face au Hollow Purple. Je dois cependant reconnaître que, pour un non-exorciste, son niveau était excellent."
"Ah ben hé... papa Fushiguro !..."
"Ha, ouais."
"Megumi le sait ?"
"Pour son père ? Nan. Pas vraiment. Il n'en a jamais manifesté l'intérêt."
"Il n'en aurait rien fait de bien, de son gosse."
"Il aurait été vendu à la famille Zenin. Qui aurait profité de ses pouvoirs."
"Les clans d'exorcistes, c'est quelque chose !..." secouant la main.
"Les relations sont très tendues, oui." ne niant pas le fait.
Il tourne le visage vers moi. "Parfois je me demande... où tu étais et ce que tu faisais au moment où ça m'est arrivé..." caressant ma hanche, basculant sur le flanc.
Je ris. "Et avec qui j'étais à ce moment ?..." le devinant avec aisance.
"Ouais." riant de lui. "C'est débile, je sais."
"Non, c'est plutôt chou. Et je ne saurai pas répondre... c'était en quelle année ?"
"2007."
"Voyons... ah oui ! Je voguais sur les flots avec un certain pirate notoire, hihihi !"
Il cligne. "Ah bravo !..."
"Bah hey !..." tirant la langue.
"Pourrais-tu m'honorer quelques heures de ta présence ?..."
Je me rends au temple où on le vénère.
Il me retrouve autour de la kotatsu, nappant de chocolat chaud un fléau fraîchement exorcisé tandis qu'il me fait servir de délicieuses mandarines confites.
"Veux-tu savoir pourquoi Satoru tolère aussi bien ton statut si particulier de Spectre ?"
"Tu vas me le dire." souriante.
"C'est parce que lui-même est le descendant de l'un d'entre eux. En effet, il a pour aïeul Sugawara no Michizane(*) Les exorcistes, vois-tu, occupent une place à part du fait qu'ils combattent le mal par le mal. En effet, on ne peut exorciser un fléau que par de l'énergie maudite. De fait, les exorcistes le sont également, maudits. Les chances pour qu'un exorciste tué ou décédé de mort naturelle devienne un fléau sont immenses, sauf si l'on tue ledit exorciste avec de l'énergie maudite."
"Satoru lui-même a été sollicité pour rejoindre l'armée des Spectres - proposition formulée par Hadès en personne, c'est dire si son pouvoir intéresse grandement l'Empereur des Enfers !... Satoru a décliné et Hadès lui en a laissé le choix."
"Tu mourras de toute manière, d'une mort affreuse, Gojô Satoru, ce qui te fera immanquablement devenir un des fléaux les plus puissants n'ayant jamais existé et tu apporteras ton lot de plaies sanglantes à la Terre à laquelle je voue ma haine."
"Ça doit être très beau à voir un Satoru Gojô hors de contrôle !... J'ai cru comprendre, à demi-mots, que son regard était absolument dingue dans de tels moments et que son sourire fait penser à un fou qui aurait égaré sa raison !... C'est dans ces moments que la véritable nature de Satoru, issue d'un long héritage spectral, fait sa totale apparition. Je dois dire que je kifferai de voir ça. L'éveil à son plein potentiel doit être de toute beauté pour qui sait apprécier !..."
"Je n'y ai pas assisté non plus." confesse Suguru, s'emparent du fléau pour le déguster d'un seul tenant. "Le seul à l'avoir vu dans cet état est Toji Fushiguro. Mais je ne t'apprends rien, je suppose."
Sa voix me fait penser à un serpent de velours aussi caressant qu'agile.
"Je trouve presque touchant le petit groupe dont Satoru s'est entouré. A défaut d'une famille."
"Ils l'aiment tous beaucoup."
"Je n'en doute pas. Mais... sont-ils prêts à mourir pour lui ?..." penché sur la table, fléau logé au fond de l'estomac.
Petit rire de ma part. "Ce n'est pas ce que Satoru attend d'eux."
"Détrompe-toi. Je connais Satoru mieux que personne..." avançant la main pour caresser mon cou de sa paume entière.
Suguru a des doigts de malade ! Fins et longs. Ongles parfaitement manucurés.
"Tu ne me recommandes plus de... retirer ma main ?..."
"Si." la repoussant lentement, doigts posés sur l'intérieur du poignet.
Il sourit, fauve. "Laisse-moi te dire une chose : je suis loin d'être le fou de l'échiquier. Je me vois plutôt comme la tour ; capable de se déplacer d'un nombre quelconque de cases horizontalement ou verticalement et même sauter par-dessus le roi, dans certaines circonstances. La liberté de mouvements du fou est limitée à côté de la sienne."
De l'ambition !...
"Le roi... n'appartient déjà plus à l'échiquier, mon cher Suguru. Il est régi selon une seule loi ; celle de l'infini."
"Tu places Satoru à un niveau bien plus supérieur qu'il ne l'est réellement. Mais c'est cela, son complexe ; se prendre pour un dieu."
On frappe soudain. Suguru pose l'index sur ses lèvres.
"Maître Geto ?..." glissant la porte.
Elle donne sur deux lycéennes, l'une blonde, l'autre noire de cheveux.
"Ah, Mimiko, Nanako." se levant, défroissant sa robe au passage, allant se placer derrière elles, mains sur chaque épaule. "Voici Rachel. Je vous en avais parlé, vous vous en souvenez sans doute ?"
"Oui, Maître Geto."
"Bien. Comme je vous l'ai recommandé, je veux que vous fassiez preuve du plus grand respect à son égard."
Je me lève, les saluant d'une manière très polie, à la japonaise, ce qui les fait cligner toutes deux.
"Enchantée de faire votre connaissance."
Elles courbent à leur tour. Mais clairement leur regard m'indique que je n'ai pas intérêt à faire le moindre mal à "Papa Geto".
"Terminez vos devoirs et détendez-vous après. Je vous rejoins pour le souper."
Elles quittent sans un mot.
"Hmm. Belle garde rapprochée."
Il rit - oui, il rit - d'un rire cristallin très pur, reprenant place.
"Connaissent-elles tes... habitudes alimentaires ?"
Il sourit. "Je crois comprendre pourquoi Satoru tient tellement à toi... tu manies le verbe telle une arme."
"Tu ne réponds pas à la question." butée.
"Sais-tu pourquoi je les ai sauvé toutes deux d'une mort certaine ?"
Je secoue la tête.
"Parce que ces... foutus singes les avaient emprisonnées après les avoir rouées de coups et maltraitées. Tout ça parce qu'elles étaient... différentes de ces macaques."
"..."
"Grand mal leur a pris. C'est à cet instant que j'ai pris définitivement position. J'ai été pris d'une sainte colère lorsque j'ai assassiné ce village de primates. Et pour répondre à ta question..." s'emparant d'une mandarine nature qu'il épluche patiemment. "... il est des choses que je préfère garder pour moi."
"Pourquoi... me faire partager tout ça ?..."
"Parce que si Satoru t'a choisie... c'est que tu me vaux." me dardant de ses pupilles rétrécies.
"Je peux te poser une question ?..."
"Tu demandes ?..." amusé par ma soudaine pudeur.
"Est-ce que... consommer des fléaux rend... accroc ?..."
"Très." sans détour. "C'est extrêmement plaisant de les stocker là." désignant son estomac et son ventre. "Ce sont un peu... mes enfants."
J'observe le jus couler en mince filet d'une commissure, glissant le long de la mâchoire, prenant le tracé de son cou.
Je me penche, langue récoltant la goutte audacieuse.
Relevant les yeux, je note qu'il m'observe avec un regard entendu.
Le baiser suit, terriblement chaud et envoûtant.
Suguru a l'art des baisers exotiques.
A l'haleine de chocolat amer se mêle celle, exquise, de l'agrume.
Je défais l'attache du gojogesa, ce tablier composé de plusieurs pièces - fait amusant qu'on retrouve le nom de Satoru dans l'appellation.
Sitôt l'article passé par-dessus sa tête, le baiser reprend, appuyé par ses mains qui retroussent tout ce qu'elles peuvent pour prendre possession de ma peau.
"Tes... filles..." lorgnant sur la porte.
"Ne t'inquiètes pas... elles sont toutes à leurs devoir..."
Il ouvre le kesa sombre pour s'y allonger, m'invitant contre lui.
Je le fais saillir du pantalon ample, le caressant, tout en appréciant la dureté remarquable qui l'anime.
"Une chose est sûre... c'est que tu ne vas pas voir ailleurs entre deux..."
"Ce sont tes mains que je veux." s'emparant d'elles pour les porter à son sexe qui fait preuve d'une gourmandise gloutonne.
Redressée, assise sur ses cuisses, je lui prodigue des caresses à deux mains.
Son dos cambre sous l'effet combiné, le soulevant du sol.
Je finis par me défaire pour l'invitant au fond de moi, bougeant à plaisir, notant avec délectation le plaisir montant qui déforme ses traits princiers, faisant rendre à sa bouche des rauques remarquables.
La vague nous frappe, corps tendus à l'extrême, rendant une jouissance organique.
Son souffle revient après de longues minutes perdues, souriant, pupilles encore imprégnées de plaisir lascif.
Sa main caresse mon épaule. "Merci pour cette offrande."
"Est-ce que Satoru t'a déjà parlé d'Okkotsu Yuta ?" alors que nous nous offrons une promenade dans le vaste jardin entourant le temple.
"Vaguement."
"Ah. Yuta était un garçon brillant. Il possédait un fléau... que dis-je un fléau ?... la reine des fléaux !..." souriant à l'évocation. "Sa puissance équivalait toute ma collection. Elle a suscité une énorme convoitise de ma part et j'étais prêt à lui sacrifier plus que ma propre vie pour la compter dans mes rangs."
"Tu en parles... au passé ?"
"Le sort qui s'était emparé d'elle a été rompu par Yuta lui-même." abaissant les paupières, sur sa faim. "Me ferais-tu l'honneur de demeurer pour le souper ?..."
"Avec... tes filles ?..."
"Mais oui. Elles ne vont pas te dévorer, tu sais. Elles apprécient généralement ce que je mets dans leurs bols." riant.
"Tu... popotes... toi-même pour elles ?..."
"Je suis très soucieux de ce qu'elles avalent." fermant les yeux sur son propre vice.
"Ça sent bon !..." se pourlèche Nanako.
Suguru, tablier enfilé, lui fait goûter la sauce.
"Mmm. Parfait, l'assaisonnement."
"Alors à table." y amenant le plat.
Il nous regarde manger, sourire aux lèvres.
"J'ai peiné sur un devoir." avoue Nanako.
"J'y jetterai un œil tout à l'heure." conciliant.
"Allez-vous... à l'école publique ?" questionnais-je innocemment.
Elles pouffent.
"Les filles." secouant la tête devant leur réaction. "Nous avons un professeur qui vient au temple."
"Maître Geto ne souhaite pas que nous nous mélangions aux macaques."
Je vois. Le même langage...
Il pose la main sur la tête de sa protégée, souriant. "Vous valez mieux. Vous valez le meilleur, toutes les deux." paume regagnant la tête de la blonde.
(*) Ancien exorciste, érudit et poète du Moyen-Âge, qui est devenu l'un des trois plus grands esprits vengeurs du Japon.
