Ruby tomba sur un sol dur et avala une grande goulée d'air ; elle avait eut l'impression qu'on l'avait forcé à traverser un lac très, très profond. La jeune fille grelottait, mais son corps était brûlant. Mais de toutes les sensations déplaisantes qui l'assaillaient, c'était sa tête qui lui faisait le plus mal. J'ai l'impression qu'elle va exploser… ! se dit-elle en réprimant un haut-le-cœur.

— Je t'interdis de vomir en sa présence.

Yannis se tenait debout au dessus d'elle. Paniquée, elle chercha Crescent Rose mais le brun avait son arme dans sa main.

— Je sais que tu es faible sans ton arme. Et ne pense pas à user de ta Semblance, ou je te briserais le cou.

— Yannis.

Ruby hoqueta ; la voix qui avait parlé était d'une froideur sans nom. Le brun cessa de la regarder et s'inclina. C'est là que la jeune fille put tout voir : la salle dans laquelle ils se trouvaient ressemblaient à une de ces grandes salles à manger qu'on voyait dans les vieux châteaux. Mais le sol, les murs et les piliers étaient construits dans une matière sombre qui semblait pulser depuis l'intérieur.

Et à travers les vitres, Ruby vit des centaines de Nevermores sillonner un ciel ocre aux nuages rouges. Puis son regard se porta vers le fond, par delà la table et les bougies. Un trône vu de dos, entièrement fait d'ossements et de noirceur. La voix glaciale parla à nouveau, plus posément cette fois.

— Je te prie de traiter notre invitée avec plus de tact.

— Veuillez m'excuser, votre Majesté. Je prends juste mon devoir à cœur.

— Ah oui ? Très bien… (une main blanche veinée de jais dépassa du trône et s'agita) Tu es pardonné. Vas.

Yannis s'inclina plus bas et sortit de la salle avec l'arme de Ruby. Cette dernière tenta de se relever, mais ses jambes la lâchèrent. Elle faillit hurler de frustration de par sa faiblesse, quand un soupir s'étendit :

— Tu continues à te battre même malgré ton état de faiblesse. C'est vraiment éreintant…

— Qui êtes vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?

La personne à qui appartenait cette voix se leva de son trône, et Ruby écarquilla les yeux : la femme avait les cheveux et la peau d'un blanc identique au masque des Grimm. Une robe noire ample laissait découvrir des veines noires parcourant l'ensemble de son corps, rejoignant en rivières impies des yeux rouges de haine, de mort et de destruction.

Yeux qui la regardèrent avec un air doux mêlé de pitié. Mais derrière, il n'y avait que la destruction pure, dénuée de toute bontée.

— Oh, crois-moi. Nous allons avoir tout le temps de nous connaître.


C'est parce que tu es la plus empathique de nous toutes que tu peux comprendre le pire d'entre nous mieux que quiconque…

…ce fut avec un effort certain que Ludvinia ouvrit ses yeux. Elle flottait paresseusement dans l'eau, des îles volantes ponctuant le ciel. Où suis-je… Ah oui, le lac Matsu. La blonde se laissa flotter quelques instants, bercée par le calme plat…

— Weiss ! se rappela-t-elle.

Ludvinia se mit à nager sur place pour avoir une vision périphérique en tournant sur elle-même ; de la fumée s'élevait près du rivage.

La jeune fille nagea jusqu'à l'atteindre, se traînant sur le sable. Quand elle se leva, une douleur sourde l'assailli à la jambe ; après vérification, elle s'avéra tuméfiée. En tâtant un peu, elle constata qu'il n'y avait rien de cassé, mais il valait mieux ne pas forcer pour y arriver…

Le son du craquement lui arracha un cri ; sa jambe se déroba et la blonde tomba. Brisée. Yannis savait comment manipuler les âmes, il avait dû perturber son Aura en espérant la tuer. Pas de chance pour lui : Ludvinia était robuste. Enfin pas assez… pensa-t-elle en sifflant de douleur, n'osant pas toucher sa jambe.

Elle se traîna tant bien que mal jusqu'au vaisseau écrasé. Il n'en restait plus que des restes calcinés.

— Weiss ! cria-t-elle.

Aucune réponse. La jeune fille espérait qu'elle ne soit pas morte avec le crash. Un corps. Si je trouve un corps ou ses restes, je…je serais fixée. Le pire à imaginer, c'était qu'elle ait survécu, mais que Yannis ait toujours des plans pour elle, et la contrôlait encore. Dans ce cas-là, Ludvinia ne saurait pas quoi faire.

Elle trouva un bâton et s'y appuya. Son regard se piquetait de noir, elle était éreintée. Elle regarda son Scroll ; son Aura était totalement vidée.

— Tiens, tiens, tiens…

Ludvinia leva les yeux ; une femme avec des habits délavés, une hache à la main, la toisait d'un air amusé. La blonde voulut se redresser, mais tout ce qu'elle fit, ce fut se mettre à genoux, haletante ; sa tête tournait tellement…

— On dirait que tu n'en as plus pour longtemps, ricana la femme. Ne t'inquiète pas, je prendrais soin de tes affaires ; un Scroll, c'est toujours un bon troc, et ton arme a l'air d'être en bon état…

— Laissez-moi tranquille, s'il-vous-plaît, la supplia Ludvinia, à bout de souffle. Je dois retrouver mes amies…

— Comme c'est touchant ! Mais j'en ai rien à carrer (la femme s'avança et leva sa hache) Je suis de bonne humeur aujourd'hui, alors je vais abréger tes souffrances.

— Pitié, je…

— Laissez-la tranquille.

Ludivina tourna la tête ; une autre personne était arrivée, une cape verte masquant sa silhouette. La brigande se mit à rire et fit quelques moulinets de sa hache. Mais la blonde, elle, sentit une lueur d'espoir poindre le bout de son nez.

— Ah oui ? Et comment vous allez m'en empêcher ?

La personne enleva sa cape, et révéla une femme aux cheveux bruns courts et raide, la peau mate claire. Elle portait un chemisier blanc cassé avec une veste marron, un corset et un pantalon un peu plus sombre. Un brassard d'or sur le bras gauche, deux bracelets en or sur le poignet droit et une paire de bottes blindées en or. Sur son épaule, une épaulière blindée en or soutenait une bandoulière en diagonale. Ludvinia ne l'avait jamais vu, et pourtant, il émanait de cette femme une présence familière…

— Ah ! T'es même pas armée, c'est pas drôle… Bon, je m'occupe de la p'tite blonde et de toi ens…

La brigande n'eut pas le temps de terminer sa phrase que sa hache lui fut arrachée des mains par une lance de lumière. Puis, la nouvelle venue apparut subitement devant elle et lui balança son poing ganté dans cette même lumière, qui envoya paître la malheureuse sur les restes du vaisseau.

Ludvinia, étonnée, tourna vers sa sauveuse. Celle-ci s'approcha et s'agenouilla pour la regarder, et eut un air étrange…

— Je vous connais, vous êtes… vous êtes Ludwig… Ou Ludvinia ? (la brune mit sa main sur sa tête, le visage grimaçant) Tout est encore un peu flou…

— Qui êtes vous ? balbutia la concernée.

— Amber.


— Impossible qu'on se fasse aider par ce traître ! Même Illia

— Sun, je comprends tout à fait, lui répondit Blake avec un serrement au cœur. Mais il n'est pas comme ceux qu'on a déjà affronté.

Son ami blond tournait en rond en balançant sa queue, tandis que ses deux parents avaient l'air un peu perdus. Le plus étonnant dans tout cela, c'était Illia ; elle restait près de l'entrée en tenant son bras, le regard gêné tourné vers le sol. Blake s'approcha d'elle pour lui mettre une main sur l'épaule et lui sourire, lui faire comprendre que tout irait bien, quand son père demanda :

— Ce… Yannis, est-il celui dont tu m'avais parlé dans ta lettre ?

— Ton ancien camarade de classe ? ajouta sa mère.

— Oui, c'est l'un de ceux qui m'a le plus compris pendant mon année… Sans offenses ! dit-elle envers Sun.

— Il est retors et intelligent, il a lu en toi comme dans un livre ouvert (malgré la rudesse de cette phrase, son ton en était dénué, bien au contraire) Et t'en a offert plein. Normal qu'il ait pu s'approcher de toi.

— Je suis désolé, Blake, sanglota Illia. Mais avec lui, j'ai su que… que… !

— Ne t'inquiète pas, Illia, tu es pardonnée, fit Blake en la serrant dans ses bras. Mais tu es vraiment sûre de vouloir participer à tout ça ? Je ne t'en voudrais pas si tu décides de t'en aller.

Elle se tourna vers Sun, qui acquiesça ; personne ici ne voulait forcer qui que ce soit. Cependant, Illia secoua sa tête.

— Je dois être à tes côtés une dernière fois.

Blake lui sourit et hocha de la tête… quand on toqua à la porte.

— Je vais ouvrir.

C'était lui, bien sûr… Enfin, ce qu'il en restait ; il entra sans dire un mot, la tête baissée et les yeux dans le vague. Blake eut tout de même le temps de voir à quel point les cernes avaient creusé ses yeux. Qu'est-ce qui pourrait bien le stresser à ce point ?

— Yannis, dit-elle sur ton froid.

— Hum… Oh ? Bonjour, Blake… (il regarda son Scroll) Il est déjà l'heure ? Mon corps a dû réagir de lui-même pour venir jusqu'à toi…

— Cesse tes sornettes, serpent ! cracha Sun, avant de sursauter et dire : Oups ! J'vous jure que c'était pas fait exprès.

— Blake, tu es sûre qu'on peut lui faire confiance ? fit son père en montrant le brun agité, qui regardait à droite à gauche avec ses yeux fatigués. Il n'a pas l'air très… sûr de lui.

— Il doit être rongé par les remords, ouais ! (Sun se précipita trop vite pour que Blake puisse l'arrêter et prit Yannis par le col) Ton petit numéro va durer encore combien de temps, hein ? Jusqu'à que tu tranches la tête de Blake ?

L'autre lâcha un sourire moqueur, ce qui fit perdre le contrôle à Sun qui leva son poing et frappa, l'envoyant au sol. Il s'apprêta à recommencer quand Blake lui prit le bras. Le Faunus haletait, et regarda son amie secouer sa tête. Quand il se tourna vers Yannis, ce dernier essuyait sa bouche avec le même sourire narquois, et Blake savait pourquoi ; il avait de quoi leur permettre de démanteler la White Fang.

— Mr et Ms Belladonna, je vous remercie pour ce… chaleureux accueil. Et merci pour votre sollicitude, mais ces temps ont été… mouvementés. Sachez que ça n'affectera pas mon jugement ou mon esprit stratégique.

— Illia me dit que tu es un serpent, fit Blake. Donc je ne crois pas que ton « jugement » nous soit utile ici.

— Blessant. Je prends note.

Yannis s'avança et posa son Scroll sur la table. Immédiatement, une vidéo s'afficha pour montrer Adam Taurus au siège officiel de la White Fang, et…

— Il a tué Sienna Khan ? rugit Ghira, qui fut calmé par Kali, qui reprit :

— Où avez vous trouvé cet enregistrement ?

— Les ombres sont un domaine qu'Edward… Enfin, Edelyn m'a enseigné il y a fort longtemps, lorsque nous étions proches. Grâce à elles, l'adage « les murs ont des yeux et des oreilles » prend tout son sens.

— Mais je croyais que tu l'avais empêché de partir ! fit Illia en se tournant vers Yannis.

— Je ne connais aucun remède qui puisse empêcher les fous de s'empêtrer davantage dans leur folie. En n'en étant moi-même le roi, je peux l'assurer…

— Que cherche-t-il à faire ?

— Lancer une attaque sur l'académie Haven et y détruire la Tour du Système de Transmission Trans-Continental. Cela paralysera encore plus les royaumes, et lui donnera l'occasion de prouver l'impuissance des humains face aux Faunus…

—…et leur donner raison de déclarer la guerre, finit Blake.

Yannis sourit en reprenant son Scroll, quand Sun intervint :

— C'est complètement idiot, il aura plus un pète de com' une fois qu'il aura tout fait pété !

— Adam possède des voies de communications annexes par l'intermédiaire d'alliés providentiels. Nous nous battons contre un ennemi bien plus vaste que vous ne le pensez.

— Dont tu fais partie, finit Sun.

— Non, moi j'agis comme un agent triple.

Blake haussa les sourcils, et les autres furent un peu confus. Yannis soupira et frotta son menton, visiblement fatigué.

— Actuellement, je suis à la fois à Mistral, vers Atlas et à un autre endroit que je ne peux vous révéler au risque de griller ma couverture.

— Comment est-ce possible… souffla Illia.

— Un simple tour de passe que j'aurais eu plaisir à enseigner s'il n'y avait pas cette guerre en marche. Mais ce tour n'est pas important ; ce qu'il faut, c'est empêcher votre assassinat.

— Vous savez tenir votre audience, hein ? fit Kali en mettant ses mains sur ses hanches.

— C'est bien ta mère, sourit Yannis à Blake, qui croisa ses bras ; le brun toussota avant de reprendre : Il s'agit de Fennec et Corsac.

— Hmpf ! fit Ghira. Cela ne m'étonne pas…

—…vraiment ! dit Sun en même temps.

Les deux se toisèrent avec agacement pour l'un et gêne pour l'autre, et le brun continua :

— Leur attaque surviendra ce soir. Mais il n'y aura pas qu'eux, je le crains.

— Qui d'autre ? demanda Blake.

— Un ennemi de la faction supérieure dont je vous ai parlé ; son nom est Tyrian.