Il n'y avait pas assez de désespoir ici bas pour ressentir la situation actuelle.
L'ambiance ne se prêtait pas à des retrouvailles chaleureuses ; Ruby avait été capturée, Jaune était grièvement blessé et, pour couronner ce tout bien vicieux, l'oncle alcoolique leur était tombé dans les bras. J'ai franchement très envie de le vider de son sang, pensa très sérieusement Edelyn en observant Qrow qui ronflait, la tête sur un rondin.
Elle tourna son regard vers Ren et Nora ; le premier était droit comme un piquet et fixait le feu, la seconde baissait les yeux. Leur réaction était assez normale vu ce qu'Edelyn avait fini par leur avouer :
— Donc… (Nora marqua une pause) La magie existe ?
— Oui, répondit Edelyn.
— Et toi, Ludvinia, Uguette, A… et Yannis ?
— On vient bien d'un autre monde.
Edelyn entendit Jaune grogner. Le blond, à moitié couvert de bandages, dégageait le capiteux parfum d'un onguent réparateur, dont la recette n'était connue que de la blafarde seule (réunir les ingrédients lui avait pris une journée entière !). Edelyn s'approcha de son ami et posa ses doigts sur sa poitrine, puis pressa.
Le visage de Jaune, tiré par la douleur, se détendit. Les points d'acupuncture trouvaient leur potentiel via l'usage d'aiguilles chauffées, mais des doigts de vampire gelés faisaient aussi l'affaire. C'est alors que Ren lui demanda :
— Pourquoi Ruby ?
— Je ne sais pas.
Et c'était le cas, mais Ren ne lâcha pas l'affaire pour autant :
— Yannis a été ton ami depuis longtemps, non ? (Il haussa le ton) Tu dois donc savoir deux ou trois choses qui nous permettront de comprendre tout ça ?!
— Je ne sais pas, répéta Edelyn, patiente.
— Quoi ?!
— Ren…, commença Nora.
— Si tu ne réponds pas honnêtement, alors ça veut dire que tu nous caches quelque chose.
L'accusation fut lancée telle un couteau dans la nuit, et fit mouche : de tous les vices qui avaient perverti Edelyn, le mensonge se trouvait être le moins fourbi. Elle jeta une bûche dans le feu, projetant des étincelles.
— Tu m'accuses à tort, dit-elle simplement.
— Une innocente ne serait pas aussi calme.
Edelyn regarda Ren qui croisait les bras, puis Nora avec son air penaud. La méfiance ternissait l'air, et finirait par attirer des Grimms si Edelyn n'agissait pas…
— Ce que je cache, c'est uniquement des choses strictement personnelles (son regard se fixa sur celui de Ren) Le reste, tout ce qui concerne la magie et les voyages entre les mondes, c'est tout ce que je sais (elle prit un ton plus doux) Je sais que c'est difficile à accepter, mais l'état de Jaune et la pert… l'absence momentanée de Ruby m'affectent tout autant que toi. Ce sont mes amis, je tiens à eux. Mais vous trois êtes là avec moi ; je préfère me concentrer sur notre équipe et le reste du voyage plutôt que m'attarder sur des détails gargantuesques. Tu es un homme de peu de mots, alors tu comprends mon point de vue quand je dis qu'il ne faut pas tergiverser.
Ren voulut répondre, quand Nora posa sa main sur le bras de son coéquipier et ami, puis secoua doucement de la tête. Edelyn remercia intérieurement la rousse de tempérer les égarements émotifs du jais à la mèche rose. Elle jeta un œil vers Qrow ; endormi comme une masse. Au moins donne-t-il l'exemple !
— Dormins. Il nous reste du chemin à faire jusqu'à Haven.
— Vous êtes sérieuse ?
— On ne peut plus.
Ludvinia suivait Amber à travers la forêt. La femme l'avait sauvé, mais voulait en retour que la blonde l'aide à sauver Weiss des griffes de Yannis.
Le plus surprenant ? Cette femme était l'ancienne « Vierge de l'Automne », faisant partie d'un quatuor de magiciennes dont les pouvoirs dépassaient de loin ceux de la Dust ou des Semblances. En plus, Amber lui avait assuré que le pouvoir des Vierges ne se transmettait qu'à la mort de l'individu.
— Vous êtes censée être morte, là ? la railla Ludvinia, encore endolorie après le crash.
— Je l'étais. Puis plus du tout.
— Et ce que vous avez fait… C'est de la magie ? Les armes de lumière…
— Grâce à ceci (Amber montra son bâton) J'ai utilisé un mélange de Foudre et de Lumière Solide. Et à l'aide de mon Aura, je l'ai manipulée pour en faire des armes.
— Votre Semblance vous permet de manipuler la Dust ?
— Oui (Amber regarda sa main, avant de serrer son poing) À mon réveiln j'ai changé. Mon Aura a drastiquement augmenté, quand à ma Semblance… (elle secoua sa tête) Non, ce sera plus clair si je vous le montre.
Amber se plia en deux et gronda. Soudain, Ludvinia entendit un craquement provenant du dos de la femme, qui enfla, gonfla… jusqu'à exploser pour faire jaillir deux ailes ocres veinées de rouge brillant.
— C'est impressionnant… et un peu dégoûtant. Donc vous pouvez devenir une Faunus sur commande, mais sans être très discr… Wow !
Ludvinia bondit en arrière quand les ailes s'enflammèrent. Amber lui sourit, et tendit sa main, paume vers le ciel. Les flammes des ailes glissèrent de son bras jusqu'à sa main, et se condensèrent en boule de feu tourbillonnante.
— Je n'ai pas fini, annonça Amber.
Un crépitement, puis les ailes changèrent de l'ocre à l'or et se couvrirent d'électricité jaune. Même phénomène de main tendue, et enfin une sphère choquante (au sens propre du terme).
— Tes ailes sont en… Dust ? comprit Ludvinia.
Amber opina puis grogna de nouveau, et ses ailes se rétractèrent. Une fois rentrées, la femme lui intima casuellement de la suivre, avant d'expliquer :
— Je n'ai pas besoin de les sortir pour user de ma Semblance, mais crois-moi, je peux détruire une maison en une attaque avec ces ailes.
— Mais votre corps.. Vous… ?
—…« n'avez pas de contrecoup », si c'est ce qui t'inquiètes. Je suis devenue très résistante, sinon immunisée à la Dust. Et même si je tombe à court d'Aura, elle ne me fait que me chatouiller.
— Alors vous devez souvent tomber à court, non ?
— J'ai désormais bien plus d'Aura qu'un humain. Bien, bien plus : tout un caveau m'était tombé dessus, et il m'en restait encore la moitié (le visage d'Amber s'assombrit) J'ai alors juré de retrouver l'imposture de l'Automne et de venger Pyrrha Nikos.
— Quoi ? Qu'est-ce que vous venez de dire ?
— Mlle Nikos était mon héritière… Quelque chose vous dérange dans ce que… Ouf !
Ludvinia avait plaqué Amber contre un arbre, le faisant trembler. Son visage exprimait une colère sourde.
— Pyrrha est morte à cause de vous ?!
— Non, vous vous méprenez ; elle avait…
— « Choisi », hein ? Mais c'est de Pyrrha dont on parle ! (Ludvinia appuya plus fort, ses yeux mauves projetant des éclairs menaçants ; pourtant, Amber ne se débattit pas) On lui a donné le choix de sauver le monde ! Elle ne pouvait pas refuser, car c'était le genre de personnes qui prenait à cœur ses responsabilités ! Mais mettre un poids titanesque sur les épaules d'une jeune fille, c'est d'une cruauté sans bornes !
— Et vous ? (Amber suffoquait et s'offusqua) Si le choix s'offrait à vous, l'auriez vous refusé ? C'est l'hôpital qui se fiche de la charité !
— Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi, gronda la blonde. Vous m'auriez proposé, j'aurais réfléchis ! Et j'aurais demandé de l'aide à mes amis, parce que partir combattre seule, pour soi-disant « sauver le monde », c'est du putain d'égoïsme.
Amber ouvrit la bouche de stupeur tandis que Ludvinia s'écarta. Elle frappa un arbre, qui trembla… Non, c'était elle qui tremblait. De rage. De douleur. De peine. Elle se sentit nauséeuse quand Amber l'attrapa par l'épaule :
— Comment osez-vous insulter le noble sacrifice de Pyrrha ?!
— J'OSE ! Oui, j'ose ! À quoi ça sert de se battre si on doit mourir seule ? Si on abandonne ses amis juste pour essayer ?
— C'est un sacrifice héroïque…
— Au diable les héros ! Je refuse de perdre quelqu'un d'autre… (Ludvinia se mit à sangloter) Pas de nouveau…
Elle fondit en larmes devant une Amber désemparée. La jeune fille en avait assez. Assez de Yannis qui faisait son loup solitaire. Assez des sacrifices vains comme Pyrrha ou le professeur Ozpin. Assez des morts démérités… Je veux revoir Arian… pensa-t-elle avec un déchirement au cœur.
— Qui est Arian ? s'enquit Amber.
Elle avait pensé à haute voix. Son courage porta ces quelques mots sortant de sa bouche avec raideur :
— Une autre morte idiote.
Amber voulut répondre, mais Ludvinia lui fit comprendre d'un regard que cette conversation était close… Quand soudain, le scroll de la jeune fille vibra ; c'était Uguette ! Ludvinia décrocha et s'écria :
— Uguette ! Tu vas bien ?
—…Oh merde, j'ai activé le haut-parleur ! Crie pas si fort !
La blonde sourit, heureuse que son amie aille bien, quand cette dernière lui demanda :
— T'es où ?
— Près du lac Matsu, et je suis accompagnée.
— Tant mieux, parce qu'on aura besoins de renforts !
— Pourquoi ça ?
— Yang et moi sommes en route vers un camp de bandits, et devine quoi : leur chef, c'est sa mère !
Décidément, Uguette aimait foncer droit dans les problèmes.
