Chapitre 12 : La soirée de Slughorn
Même à l'approche de Noël, avec la neige, les branches de houx et les guirlandes argentées qui couraient sur les murs, les professeurs ne se laissèrent pas attendrir. La liste des devoirs et les mètres de parchemins à rendre continuaient de s'allonger.
– Tu ne prends pas mes avertissements au sérieux, lui reprocha Hermione en enroulant sa dissertation de métamorphose pour la relire depuis le début.
– Je dois continuer, j'ai encore quelque chose à faire.
Hermione poussa un soupir exaspéré puis jeta un coup d'œil inquiet autour d'eux. Aucune Madame Pince en vue. Elle reprit plus bas :
– Je ne te parle pas de Malfoy, Harry. Je te parle des filles qui cherchent à te faire boire un philtre d'amour.
– Oh, euh... OK, c'est noté. Je ferai attention.
– Si tu invitais quelqu'un à t'accompagner à la soirée de Slughorn, ça les calmerait. Il n'y a personne avec qui tu aies envie d'y aller ?
– Non, répondit Harry d'un ton détaché, soudain absorbé par son manuel de défense contre les forces du Mal.
Il tourna une page qu'il n'avait pas lue en espérant que ce sujet s'enterrait tout seul. Imaginer Malfoy valsant avec lui lui paraissait si ridicule.
– Qu'est-ce qui te fait sourire, Harry ?
– Rien.
– Si tu le dis. En tout cas, surveille ce que tu bois.
Appliquant le conseil d'Hermione, Harry invita Luna à la soirée de Slughorn. Dans le bureau agrandi, que les tentures drapées tout autour rendaient étouffant, il tenta de se faire oublier, ce qui ne fut pas une mince affaire. Après avoir fui un petit homme appelé Worpel, qui s'était mis en tête d'écrire sa biographie officielle, il croisa Hermione qui fuyait McLaggen et ils fuirent ensemble face au professeur Trelawney prête à prédire leur futur apocalyptique dans sa tasse, ce qui les poussa droit vers le professeur Slughorn.
Et Rogue.
Alors qu'il tentait une énième fois de s'esquiver, Rusard débarqua, traînant Malfoy avec lui.
– J'ai trouvé ce garçon qui rôdait dans un couloir. Il prétend avoir été convié à votre soirée et être arrivé en retard.
Harry se détourna. Il ne devait pas intervenir. Il ne devait pas. Mais Rogue observait Malfoy avec colère. Cette histoire allait mal finir ; il n'y avait qu'un endroit où Malfoy pouvait se rendre aussi tard et si la Pensine avait clarifié un point, c'est que Rogue n'était pas du côté de Voldemort.
– Lui avez-vous envoyé une invitation ? demanda Rusard à Slughorn.
Si sa mission était percée à jour et que Voldemort l'apprenait, quel prix payeraient Malfoy et sa famille ?
Ce dernier se dégagea de la poigne de Rusard.
– D'accord, je n'ai...
– Bien sûr que oui, le coupa Harry.
Tout le monde se tourna vers lui dans un silence que seule la musique de fond brisait, tout le monde y compris Malfoy. D'un coup, la pièce lui semblait suffocante. En quête d'un peu de soutien, il se tourna vers Slughorn.
– Il est dans notre cours de potions... c'est...
– Oh, bien sûr, bien sûr, dit aussitôt Slughorn en écartant les bras. Merci Argus, mais tout va bien, et puis c'est Noël !
Alors que Rusard ravalait sa déception, des murmures s'élevèrent dans la salle. Harry résista à l'envie de quitter la fête sur le champ. Tous les regards le suivaient quand il se fraya un chemin jusqu'à Luna, en pleine conversation avec le professeur Trelawney.
– Je suis fatigué, je vais rentrer à la tour de Gryffondor. Excuse-moi de te laisser.
– Ça ne fait rien Harry. Je suis contente que tu m'aies invitée.
En esquivant un elfe de maison coiffé d'un plateau de toasts, il se retrouva nez à nez avec le professeur Rogue qui l'observait curieusement. Harry le dépassa à la hâte.
Dehors, il tira sur le col de sa robe de sorcier. Les couloirs étaient froids, pourtant il avait la sensation de bouillir sur place. Si seulement Hermione possédait encore son retourneur de temps, il aurait pu s'étrangler avec une guirlande et cacher son corps dans un placard jusqu'à la fin de la fête.
À cette heure de la nuit, la plupart des hiboux chassaient, laissant la volière déserte. Seuls trois préféraient dormir, la tête sous leur aile. Hedwige ne se trouvait pas parmi elles. Harry s'assit sur les marches enneigées, ignorant le froid sous ses fesses et les flocons qui s'infiltraient par les fenêtres sans carreaux.
Il pesait le pour et le contre de geler sur place en attendant son amie à plumes quand des pas résonnèrent en bas de l'escalier. Harry se releva d'un bond.
Sérieusement ?
Il se tourna vers les hiboux pour se donner l'air occupé en espérant que ce ne soit pas un invité de la fête de Slughorn. Ou pire, quelqu'un d'humeur bavarde.
– Tu as un comportement de plus en plus étrange, Potter.
OK, il aurait préféré quelqu'un de bavard. Voire Voldemort.
Comme avoir Malfoy dans son dos ne le mettait pas en confiance, il se retourna. Sa silhouette se découpait dans l'entrée, lui barrant la route.
– Tu me suis maintenant ?
– Ne te donne pas trop d'importance. J'essaie juste de comprendre à quoi tu joues.
– À quoi je joue ? Ce n'est pas moi qui me balade un peu trop souvent au septième étage.
– D'après toi, j'y étais invité, répondit Malfoy.
Harry croisa les bras pour combattre le malaise. Il ne savait pas quoi faire de ses bras ni du reste de son corps, si les sortilèges protégeant le château ne bloquaient pas le transplanage, il aurait tenté le coup. Finir désartibulé lui paraissait un compromis acceptable si ça le sortait de cette situation. Un courant d'air dans son cou lui rappela la fenêtre derrière lui et il s'y appuya lentement.
– J'ai dit ça...
– Oui, tu as dit ça, confirma Malfoy.
– Je sais que je l'ai dit. Je disais : j'ai dit ça parce que...
Une excuse valable. Une excuse valable pour avoir menti à toute l'assemblée de Slughorn et pour avoir protégé Malfoy... Merlin, comment il était censé trouver ça ?
– Rusard avait l'air un peu trop content et je ne le supporte pas.
Le sourire de Malfoy s'étira.
– Tu le supportes moins que moi ?
– Exactement.
Un silence s'installa dans la volière. Dans la semi-obscurité, Harry était encore plus conscient de la présence du Serpentard. La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés seuls, il avait fini en sang sous un sortilège impardonnable. Malfoy fit un pas en avant. Le cœur battant soudain à tout rompre, Harry se redressa. L'ambiance n'avait rien à voir.
– Tu collectionnes les mensonges cette année, Potter.
Il avait dit ça d'un ton bas, à peine audible par-dessus des craquements de la forêt, et ajouta :
– Qu'est-ce que tu manigances ?
– C'est vrai que ça te regarde, répliqua Harry à mi-voix.
– Effectivement, j'ai le sentiment que ça me concerne, répondit-il en s'avançant encore.
Harry fit mine de s'esquiver et Malfoy le bloqua contre la fenêtre. Harry se statufia, l'esprit blanc. La seule pensée qu'il lui restait était la peur que les battements de son cœur s'entendent.
– À quoi tu joues, Malfoy ? murmura-t-il en plantant son regard dans le sien.
C'était probablement la pire idée du monde, mais il refusa de se détourner. Le Serpentard prendrait ça pour une victoire.
– Toi, qu'est-ce que tu fiches ? Ton comportement est si bizarre que la moitié du château pense que tu souffres d'une peine de cœur affreuse ou une mièvrerie dans ce goût-là.
Harry parvint à afficher un sourire sarcastique, mais il sentait un brin d'amertume au fond de sa gorge.
– C'est avec moi que ton attitude a le plus changé, reprit Malfoy.
– Tu rêves.
– Tu as déjà oublié notre dernier duel ? Je croyais que tu étais capable de tenir tête au Seigneur des Ténèbres en personne.
– Ce n'est pas...
– Sans parler de la soirée de ce vieux Slughorn.
Harry resserra sa prise sur le rebord de la fenêtre, les pierres glacées anesthésiant ses doigts. Malfoy se pencha vers lui pour lui dire quelque chose sans doute, mais son cerveau refusa de traiter l'information. Il sentait son parfum, distinguait les détails de son visage. En le voyant plisser ses yeux gris, Harry réalisa qu'il était censé répondre.
– J'ai juste pitié de toi, répondit-il au hasard. Tout le monde me trouve fatigué, mais à côté de toi je me porte très bien. Même Rogue avait l'air prêt à laisser tomber son favoritisme quand Rusard et toi avez débarqué. Il te surveille de près ces derniers temps, non ?
À la mention de Rogue, une étincelle de frayeur traversa Malfoy.
– Comment ça ?
Harry décrispa les mains du rebord, ses doigts aussitôt envahis par des fourmillements.
– Comment ça quoi ? répondit-il avec un léger sourire.
Il osa se pencher en avant et ce fut au tour de Malfoy de reculer.
– Je dis juste que Rogue te surveille, donc je ne suis pas le seul à penser que tu prépares quelque chose.
– Mêle-toi de ce qui te regarde, Potter.
– Pourquoi ? Tu as peur que je découvre ton petit secret ?
Malfoy parut sur le point de tirer sa baguette. Finalement, il préféra tourner les talons.
– Je ne le répéterai pas, occupe-toi de tes affaires.
Harry lui laissa le temps de s'éloigner. Il ne voulait pas s'attarder trop longtemps dans la volière, mais en se relevant, il réalisa que ses jambes ne le porteraient pas.
Il prit une grande bouffée d'air qui glaça sa gorge et ses poumons, les sourcils froncés. Qu'est-ce qu'il venait de se passer là ? C'était quoi cette attitude ? Ça lui ressemblait, mais... mais jamais il ne se serait imaginé être si proche, physiquement, de Malfoy. Pas sous sa forme humaine en tout cas.
Est-ce que Malfoy avait déjà agi comme ça avant ?
Hehe.. o:)
J'ai pris assez d'avance, du coup petit changement dans le rythme de publication qui sera désormais chaque lundi, mercredi et vendredi au lieu de deux fois par semaine !
