Chapitre 15 : Le Manoir Malfoy
La première sensation lorsqu'il reprit connaissance fut celle des brûlures qui pulsaient le long de ses pattes avant. Il était allongé sur un matelas de vêtements où flottait l'odeur de Malfoy et tout était sombre. En voulant se redresser, sa tête heurta presque aussitôt un plafond. Il était dans une valise, mais est-ce que la valise en question se trouvait encore à Poudlard ?
Deux déclics retentirent et le haut de la valise se souleva, laissant entrer de la lumière. Ce n'était plus le dortoir des Serpentards qui l'entourait mais des fauteuils de cuir et des meubles ouvragés formant un petit salon à côté duquel un arc dans le mur laissait entrevoir le pied d'un lit recouvert d'une étoffe émeraude brodée d'argent.
L'unique porte était close, tout comme les fenêtres. Malfoy le posa sur un bureau en bois sombre.
– Le Seigneur des Ténèbres sera bientôt là, il voulait un récapitulatif de mes progrès, j'en profiterai pour lui faire part de ta présence, qu'est-ce que tu en dis ? dit-il en s'installant au bureau avec un livre.
Harry l'ignora.
Il savait que ce qu'il ressentait pour Malfoy était dangereux, mais même ses pires scénarios ne l'avaient pas préparé à ça. L'angoisse ne suffit pas à chasser la sensation qu'on lui broyait le cœur dans un étau. Ces derniers mois, il avait eu l'illusion de se rapprocher de lui, de le comprendre. Il s'affaissa sur lui-même, les oreilles tombantes. Au moins en le livrant à Voldemort, Malfoy serait épargné, même s'il ne le méritait pas.
Le poids autour de son cou disparut soudain.
Pensant que cela annonçait l'arrivée de Voldemort, il sauta au bas du bureau et se métamorphosa. Même désarmé, il préférait l'affronter en tant qu'humain.
– Ne sois pas si pressé. Ma marque n'est pas activée.
Harry se tourna vers Malfoy qui avait relevé sa manche du bout de sa baguette. Sur sa peau pâle, une encre d'un noir profond dessinait un crâne de la bouche duquel sortait un serpent.
– Tu l'as laissé te marquer ?
Harry ne parvenait pas à masquer son dégoût.
– Parce que tu crois que j'ai eu le choix ?
– Oui, j'ai bien compris que tu ferais tout pour survivre.
– Ne prends pas tes grands airs juste parce que tu es l'Élu ! répliqua Malfoy en repoussant sa chaise. Tu aurais fait la même chose à ma place.
Envahi par une rage sans nom, Harry agrippa le col de sa chemise.
– Tu crois que je serais ici si c'était le cas ?!
Les brûlures sur ses paumes l'obligèrent à lâcher et la rage retomba aussi vite qu'elle était apparue.
– Comment ça ?
La douleur explosa dans son crâne comme si une flèche venait de le traverser. Une main pressée contre sa cicatrice, Harry tituba jusqu'à heurter un mur.
– ... Potter ?
– Voldemort est là. Il sait que je suis ici. Il arrive.
Malfoy abaissa sa baguette, son regard passant de lui à la porte.
– Tu devrais... Retransforme-toi.
– Ça ne changera rien. Tu faiblis, Malfoy ?
Son front lui faisait de plus en plus mal au fur et à mesure que Voldemort se rapprochait. Au moment où ses pas se firent entendre, il crut qu'il allait vomir. Puis tout retomba. Le mage noir se tenait devant lui, son visage reptilien fendu d'un sourire. À côté de lui, un de ses Mangemorts, Avery, le dévisageait d'un air stupéfait.
– Quelle jolie surprise, fit Voldemort. Avery, emmène-le en bas. Suis-nous Draco, après tout c'est toi qu'il faut remercier.
Le salon du manoir était une vaste pièce qu'il détestait déjà. Ses murs d'un violet sombre et la riche décoration étaient étouffants. Au moins les partisans de Voldemort n'étaient pas là, seule Narcissa et Bellatrix les avaient rejoints, l'une en fronçant les sourcils, l'autre en tirant une chaise comme si elle s'installait devant un spectacle. Draco se tenait de l'autre côté du salon, le regard fuyant.
– Comme nous nous retrouvons, Harry Potter, susurra Voldemort.
Avery le poussa au centre de la pièce.
– Sois rassuré, je ne te tuerai pas avant ce soir. Après tout il serait cruel de priver mes Mangemorts de ce spectacle. (Il se tourna vers Draco qui se raidit.) Nous sommes tous curieux de savoir comment tu t'y es pris pour emmener Harry Potter ici, sous le nez de Dumbledore.
– J'ai... peu avancé sur la mission qui m'a été confiée... l'Armoire à Disparaître est plus difficile à réparer que prévu et il n'y a pas beaucoup de ressources à ce sujet, même dans la Réserve...
– Bien entendu, tu n'es pas assez idiot pour croire que me livrer le garçon te dispenserait de ta tâche ?
Malfoy pâlit.
– N-Non, je ne...
– Et toi, Tom, tu n'es pas assez idiot pour croire qu'un sixième année peut venir à bout de Dumbledore ? dit Harry en feignant un sourire. Surtout que toi-même tu n'as jamais réussi.
Le temps sembla se figer, les Mangemorts le regardant avec effroi. Bellatrix fut la seule à ne pas sursauter quand Voldemort éclata de rire et le Doloris qui suivit le déchira, pire que tous ceux qu'il avait encaissés avant. Il hurla tout l'air de ses poumons, vacilla et sa tête cogna le marbre. La douleur ne faiblissait pas, ne s'arrêtait pas. Quand, enfin, Voldemort leva le sortilège, son cri continuait de résonner à ses tympans.
L'intrusion dans son esprit fut tout aussi brutale. Il tenta de chasser Malfoy, mais Voldemort ne lui laissait aucun répit. En désespoir de cause, il poussa les souvenirs qui n'impliquaient pas sa forme Animagus ; la fête de Slughorn, la volière, leurs affrontements...
– Voilà qui est intéressant.
Une joue contre le sol, Harry rouvrit les yeux et ce fut comme si son sang le quittait. Les pupilles écarlates de Voldemort s'étaient arrêtées sur Malfoy.
– J'ai à faire. Bellatrix, je te confie le garçon. Fais en sorte qu'il démontre plus de politesse ce soir, je crains que Dumbledore ait oublié de la lui enseigner. Ne le tue pas, ajouta-t-il à l'intention de son serpent. Que Draco ne quitte pas le manoir.
.
Draco était dans les escaliers conduisant à ses appartements quand les hurlements reprirent. Il monta les dernières marches quatre à quatre et referma derrière lui, mais les cris transperçaient le bois. Chaque nouveau le tendait un peu plus, Bellatrix avait beau être sa tante, il ne voulait pas passer entre ses mains.
Un hurlement plus long que les autres lui fit grincer des dents. Potter n'avait pas émis le moindre son sous son Doloris, à quel point la torture était-elle pire ? Il frissonna en réalisant que ça aurait pu être lui s'il ne l'avait pas livré... et si Potter n'était pas intervenu. Comme avec Slughorn, quand Rogue le fixait dangereusement.
Il continuait de hurler, Draco jeta un sort de silence et resta planté là, le souffle court. Le silence était pire encore. Il contourna le canapé vers le coin qui avait été aménagé pour les potions à l'instant où il avait manifesté un peu d'intérêt pour cette discipline. Il alluma un feu magique sous le chaudron en argent puis fouilla la bibliothèque qui prenait tout un pan du mur jusqu'à retrouver un vieux grimoire dont la reliure était aussi large que son poing. Il passa le doigt sur l'index jauni et s'arrêta sur une des potions. Pendant les heures qui suivirent, il se concentra sur sa préparation pour oublier ce qui se passait en bas.
Plusieurs fois, il leva le sortilège de silence. Entendre les cris faiblir peu à peu le secoua et il manqua de rater sa potion plusieurs fois. Une fois la texture pâteuse qu'il désirait, il alla tirer les rideaux émeraude. Le soleil avait commencé à décliner, étendant des rayons paresseux sur le domaine enneigé. La baguette dans sa poche arrière, il ressortit dans le couloir. Le silence qui y régnait le fit frissonner.
Il avait peu de temps avant le retour du Seigneur des Ténèbres, mais pour l'instant les couloirs étaient déserts. En bas, il entendit les voix de Bellatrix et Avery provenant du salon. Remerciant le tapis qui étouffait ses pas, il se rapprocha, collé au mur. Le cœur battant, il se pencha de quelques centimètres vers le salon. Sa tante discutait avec l'autre Mangemort, une tasse de thé à la main, mais aucune trace de Potter.
C'était ce qu'il espérait et en même temps, il aurait préféré que Potter soit avec eux. Il n'aurait eu aucune occasion d'agir. Il aurait dû se contenter de remonter dans sa chambre et sa vie aurait suivi son cours.
En haut des escaliers qui s'enfonçaient vers la cave humide, il fixa les ténèbres, écoutant les bruits autour de lui. Personne ne venait, c'était le moment ou jamais. Mais s'il descendait, et qu'un Mangemort arrivait à ce moment ? Pire, et si c'était Voldemort ? Quelques secondes s'écoulèrent sans qu'il entende autre chose que les voix de Bellatrix et Avery. Il aurait eu le temps de descendre. Plus il attendait, plus c'était dangereux, mais son corps était paralysé.
Le crissement d'une chaise dans le salon le fit sursauter et il faillit repartir.
« J'ai bien compris que tu ferais tout pour survivre. »
La voix de Potter lui rappela aussitôt ses hurlements. Très lentement, Draco descendit la première marche.
Draco qui rentre en scène, après avoir fait exactement ce que Harry a dit pour survivre : n'importe quoi
Non mais on fait tous des erreurs, genre renverser son verre sur son ordi, oublier un anniversaire, spoiler quelqu'un sans faire exprès, livrer Harry à Voldemort, etc.
(spoiler c'est chaud quand même..)
