Chapitre 17 : Serpentard


L'angoisse le prit à la gorge quand Harry reprit connaissance pour la deuxième fois. Il avait toujours l'impression d'avoir été jeté dans une forêt de saules cogneurs, mais Voldemort n'était pas venu le chercher.

« Ils ne te trouveront pas. »

Malfoy lui avait dit ça. Le tissu qui frôlait sa joue était celui d'un couvre-lit. Il fronça les sourcils. La pièce était sombre mais il n'était plus dans la cave. Des frissons le parcoururent et il tenta d'ignorer le rire de Bellatrix qui résonnait encore dans son esprit.

Derrière les rideaux, il distinguait le ciel noir. Il faisait nuit et il était toujours en vie... comment ? Sous la fenêtre, la silhouette de Malfoy était assoupie contre son bureau, la tête dans ses bras.

Sa voix qui l'appelait n'était pas un rêve ? Il était venu le chercher ? Malfoy n'était pas courageux, il ne l'imaginait pas prendre autant de risques pour le tirer des griffes de Voldemort.

Tout son corps protesta quand il voulut se redresser et il retomba en grimaçant de douleur. Son bras pesait des tonnes. Il revit le serpent bondir vers lui, sa gueule aux crocs acérés se refermant sur son épaule. Au lieu de trouver la plaie, il frôla ce qui ressemblait à un morceau de terre sèche. Pendant un instant, il crut que c'était sa peau puis se calma en sentant le cataplasme s'émietter. Son bras droit était enveloppé dans ce qui ressemblait à une écharpe rigidifiée par un sort.

Il releva le regard vers la silhouette de Malfoy.

Il avait eu plus d'une fois la preuve que le Serpentard le mettait en danger, mais il n'aurait jamais cru qu'il risquerait sa vie pour sauver la sienne. Son cœur accéléra, décuplant les pulsations des morsures et de son bras cassé, il étouffa un cri de douleur. Malfoy se redressa, sa baguette brandie.

– C'est toi, marmonna-t-il en passant une main sur sa figure. Réveillé ?

– Ouais.

Harry se détourna. Son précédent réveil était flou, mais ses yeux brûlants et son état le mettaient mal à l'aise.

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

– Je suis descendu te chercher.

– C'est trop aimable.

– Tu réalises que j'ai risqué ma vie pour te récupérer ?

Harry éclata d'un rire froid qui tira sur ses plaies encore vives.

– Et je devrais te remercier sans doute ?

Il laissa sa tête retomber sur les coussins, profitant du fait qu'il tourne le dos à Malfoy pour grimacer. Ses blessures lui faisaient un mal de chien.

– Bellatrix est déjà passée, avec le Seigneur des Ténèbres, parce qu'ils me soupçonnaient de t'avoir aidé.

Ce simple nom raviva tous ses souvenirs et il garda les yeux fermés pour lutter contre les vertiges. Après un long moment qui lui donnait l'impression de chuter vers les enfers, la voix de Malfoy le ramena à la réalité.

– Ce n'est pas ce que je voulais.

Harry tenta de retrouver son calme mais sa voix tremblait encore quand il répliqua :

– Tu t'imaginais qu'il allait me tuer gentiment ?

– C'est toi qui a décidé de me suivre que je sache. Laisse tomber, Potter.

Le bruit d'une chaise qu'on tire se rapprocha du lit.

– Donne-moi ton bras.

Après une hésitation, Harry bascula sur le dos et lui tendit son bras valide. Alors qu'il examinait les cataplasmes, Malfoy demanda :

– Quand tu as affronté le Seigneur des Ténèbres, pendant le Tournoi des Trois Sorciers, comment tu t'en es sorti ?

– Ça ne servira à rien ici.

– Peu importe. Raconte.

Pour meubler le silence, Harry finit par lui raconter. Sa voix était un peu rauque et Malfoy finit par aller lui chercher un verre d'eau en roulant des yeux. Même quand il faisait quelque chose de positif, il faisait en sorte d'être désagréable. Sur le lit, il déposa également une fiole remplie d'une pâte verte. Harry s'obligea à boire à petites gorgées alors que Malfoy débouchait le flacon, puis reprit son récit. Il se souvenait encore vivement de l'Endoloris que Voldemort avait utilisé contre lui dans ce cimetière.

– Je ne sais pas ce que ça fait, admit Malfoy.

– Ça dépend de la personne qui l'utilise et de ses intentions.

En le voyant se figer, Harry ajouta :

– Le tien n'était pas grand-chose en comparaison.

– Rien de tout ça ne serait arrivé si tu ne l'avais pas provoqué, répliqua Malfoy attrapant son bras pour retirer la pâte séchée de son épaule.

Il récupéra un morceau de potion et l'appliqua. Harry se laissa faire sans bouger. Après avoir pansé les blessures les plus visibles, Malfoy déposa la fiole à côté de lui.

– Tu as une dernière morsure là, dit-il en indiquant ses cotes.

Il le laissa seul.

Harry n'avait pas besoin qu'il le lui dise, il la sentait parfaitement. En soulevant son t-shirt, il découvrit qu'un vieux cataplasme la pansait déjà et il écarquilla les yeux, envahi par une chaleur désagréable.

Faire tomber l'ancienne couche fut facile, mais la remplacer d'une seule main tout en gérant le sang qui perlait, son t-shirt et en gardant la fiole droite fut infernal. Le résultat final était un peu approximatif, mais au moins ça ne saignait plus.

– Le venin empêche tes blessures de se refermer, dit Malfoy en revenant. La potion contre un peu ses effets mais ne t'attend pas à un miracle.

Ses muscles le lançaient. Il s'appliquait à respirer lentement quand Malfoy ruina tous ses efforts.

– Pourquoi tu l'as provoqué ? Tu es complètement stupide ou tu ne peux pas t'empêcher d'agir comme si tu n'avais peur de rien parce que tu es un Gryffondor ?

– À ton avis, il serait arrivé quoi si je n'avais rien dit ? répliqua Harry, acide.

– Il se serait peut-être contenté de t'enfermer.

– C'est vrai, après tout il aurait été occupé avec toi.

– C'est bien ce que je pensais, tu voulais détourner son attention de moi. Je peux savoir en quel honneur ?

Malfoy reprit place sur la chaise à côté de lui.

Respirer. Lentement.

– J'étais condamné, pour ce que ça changeait.

– Tu n'étais pas condamné quand j'ai débarqué à la soirée de Slughorn.

– Non.

– Ni pendant notre duel.

– C'est vrai mais...

– Et rien ne t'empêchait de te retransformer et de te battre dans notre dortoir. Tu as préféré jouer à cache-cache.

Harry bascula sur le côté, lui tournant une nouvelle fois le dos. Sa poitrine se soulevait rapidement, les lancements se faisant plus vifs à chaque inspiration.

– Tu n'as rien dit de ce que tu savais, sinon on m'aurait arrêté depuis longtemps. La belette et ta copine Sang-de-Bourbe savent ?

– Retire ça de suite, Malfoy, ou je t'étrangle.

– Je suis mort de trouille, Potter. Et donc ? Weasley et Granger, ils savent ?

– Non.

– J'espère que tu as une bonne explication.

Même de dos, Harry sentait son regard peser sur lui.

– Tu avais l'air seul, marmonna-t-il. Quand j'ai compris ce que Voldemort t'avait demandé, j'ai eu espoir que tu sois un peu plus qu'un petit crétin arrogant et j'ai voulu t'aider, je suppose.

Un bruit sourd les fit sursauter. Harry se retransforma en catastrophe, Malfoy le poussa entre les coussins, rabattant le haut de la couverture sur lui. Ça ne le masquait pas complètement. Harry se recroquevilla quand Bellatrix traversa l'arche et fondit sur Draco.

– Draco, si tu as quoi que ce soit à voir avec la fuite de Potter tu dois le dire tant que notre Seigneur peut le rattraper.

– Si je savais quelque chose, je l'aurais déjà dit, répliqua-t-il.

Il était pâle mais au moins, il n'hésitait pas.

– On a couvert tout le manoir et il n'est nulle part. Notre maître pense que tu es lié à sa fuite, tu es sûr de ne rien savoir ?

– Oui, je te l'ai dit.

– Draco, je dois insister, ta mère ne se le pardonnerait pas s'il t'arrivait quelque chose.

– Pourquoi j'irais aider Potter ? C'est moi qui l'ai amené ici !

Malfoy resta aussi immobile qu'une statue jusqu'à ce que la porte se ferme. Après avoir jeté un œil de l'autre côté de l'arche, il se tourna vers Harry qui avait repris forme humaine.

– Il va m'interroger... et si je mens... Mais ça n'aurait aucun sens que j'ai décidé de t'aider, même Bellatrix le sait, je peux peut-être...

– Malfoy, Voldemort est un Legilimens, tu ne pourras pas mentir s'il entre dans ton esprit.

– Je sais !

– Si tu le sais, pourquoi est-ce que tu m'as aidé ?

– Ferme-la ! s'exclama Malfoy.

Tous deux se tournèrent vers l'arche mais n'entendirent aucun bruit. Voldemort n'allait pas tarder à s'apercevoir de sa présence de toute façon.

– Dis-moi que tu as une idée, Potter.

Harry fit « non » de la tête. Même en se rendant, ça ne ferait pas grande différence. La seule chose qu'il pouvait faire était de minimiser l'aide que Malfoy lui avait apportée. Il tira sur un des cataplasmes.

– Qu'est-ce que tu fais ?

– Tu veux qu'il voie la potion que tu as préparée pour me soigner ? Écoute, dis-lui que je suis un Animagus et que c'est comme ça que tu as réussi à m'emmener ici, que quand je me suis échappé, tu as cru que j'avais reçu de l'aide, avant de comprendre que j'avais utilisé mon autre forme. Tu as fait semblant de ne pas savoir pour ne pas avoir d'ennuis. C'est proche de la réalité, tu as une petite chance qu'il ne vérifie pas tes souvenirs.

Malfoy attrapa son poignet et l'éloigna de la pâte verte contre laquelle il se battait.

– Garde ça. Tu vas partir pour de vrai, Potter.

De sa valise il sortit une baguette que Harry aurait reconnue entre mille, la sienne, qu'il lui rendit.

– Je vais ouvrir la porte. Je ne regarderai pas et toi tu vas partir.

Sa baguette serrée dans son poing gauche, le droit toujours en écharpe, Harry éprouva un désagréable pincement au cœur.

– Dégage avant que je change d'avis, insista Malfoy en levant sa baguette.

Harry acquiesça.

.

Tourné vers les rideaux, Draco entrevoyait un ciel rosé. L'aube se levait enfin, sur ce qui serait peut-être son dernier jour. Ce qu'il venait de faire était plus héroïque que n'importe lequel des exploits de Potter. Décidant qu'il lui avait laissé assez de temps pour quitter la pièce, il leva le sort de silence qu'il s'était mis pour être sûr de ne donner aucun indice au Seigneur des Ténèbres.

Ce denier n'était pas encore là, peut-être interrogeait-il d'autres Mangemorts à la recherche du traître. Draco l'attendit debout au milieu de la pièce en préparant ses barrières mentales. Quand la porte de ses appartements s'ouvrit, son esprit devint comme blanc, fixé sur le serpent qui glissait au pied de la robe du mage noir. Le Seigneur des Ténèbres donna un ordre à Nagini, un ordre que lui ne comprenait pas.

– J'ai fait une erreur, dit Draco, que le silence glaçait. Vu l'état dans lequel Potter était, je n'ai pas pensé que c'était utile d'en parler... C'est un Animagus, c'est comme ça que j'ai pu l'emmener ici.

– L'état dans lequel Potter était ? Je présume que tu l'as vu au moment où tu es descendu le libérer.

Draco sentit sa respiration se bloquer. Le mage noir pénétra son esprit, toutes les barrières mentales qu'il avait mises en place volèrent en éclats et il se revit avec horreur dire à Potter de partir.

– Quelle est sa forme d'Animagus ?

– Le chat, il se transforme en chat.

L'intrusion s'arrêta net. Draco n'osa pas relever la tête, mais le serpent s'enroulait autour de ses pieds, le terrifiant presque autant que le Seigneur des Ténèbres. Il avait vu ce que ses crocs pouvaient faire à la chair.

– Sais-tu ce qui arrive à ceux qui me trahissent, Draco ?

La boule dans sa gorge l'empêcha de répondre.

– Il se trouve que malgré toi, tu peux encore m'être utile. C'est la seule raison pour laquelle toi et ta famille êtes encore en vie, ne l'oublie pas. Quant à Harry Potter, il n'ira pas très loin dans son état.

Il siffla Nagini. Après un coup d'œil de regret vers Draco, celui-ci glissa derrière son maître. Avec l'impression qu'on venait de lui scier les jambes, Draco se laissa tomber dans un fauteuil. Lui survirait, pour l'instant, mais il était seul à présent et en poussant Potter à fuir, il l'avait précipité droit vers sa mort. Cette fois, il ne pourrait rien pour l'aider.

Il était au bord de la crise de nerfs quand un grincement lui fit tirer sa baguette. Ça venait de sa chambre.

En passant sous l'arche, il découvrit que son armoire était ouverte. Appuyé contre un des battants, Harry Potter le fixait, l'air assez satisfait de lui-même.

Draco leva les yeux au ciel et rangea sa baguette.

– Qu'est-ce que tu fiches ici ?

– Je me suis dit qu'on aurait plus de chances ensemble. S'il avait tenté de te tuer, j'aurais pu l'attaquer par surprise. J'ai eu raison de rester de toute façon.

Après tout le mage noir croyait ce que Draco lui-même avait cru : qu'il avait fui. Ça ne les sauvait pas, mais même si elle était infime, ils avaient une chance.


Un chapitre peu plus long cette fois, mais après le chapitre "Gryffondor" je tenais à ce que "Serpentard" soit complet aussi :D

Bon week-end !