Chapitre 24 : Pas dans le même camp
– Harry, nous n'avons pas le temps pour ces petits jeux. Rends-toi gentiment et il ne lui arrivera rien. Notre maître t'as envoyé suffisamment d'avant-goûts pour que tu saches ce qui se passera si tu désobéis.
Harry se raidit. « Lui » c'était Draco. Draco qui avait déduit que la personne ciblée par ses visions était celle qu'il aimait. Draco qui se trouvait juste en face de lui, dans l'étroit passage qui les dissimulait aux Mangemorts.
Draco qui se pencha vers lui de sorte que son souffle frôlait sa joue lorsqu'il murmura :
– Secoue-toi, il faut qu'on sorte d'ici.
Pour une fois, il était à cent pour cent d'accord. Avec des gestes lents, pour ne pas faire tomber ou se prendre un objet dans les pieds, ils rebroussèrent chemin vers la sortie. Ils n'avaient pas fait deux mètres lorsque Bellatrix lança :
– Allons, allons, Harry, ce n'est pas raisonnable, tu sais ce qui va arriver...
Harry poussa Draco à avancer plus vite. Celui-ci fit volte-face et tira sur sa cravate jusqu'à ce que leurs visages soient à un centimètre l'un de l'autre.
– Je me fiche de tes petits secrets Potter, mais si tu nous fais tuer pour ça, c'est moi qui t'étranglerai en personne.
Harry leva les mains en guise de capitulation. La voix qui s'éleva était si proche qu'ils faillirent sursauter.
– S'il a pris sa forme d'Animagus, on ne le retrouvera pas dans cette maudite salle.
– Je peux te garantir que si, dit Bellatrix avec un rictus dans la voix. Dès que notre Seigneur sera là, il viendra se rendre de lui-même tu verras.
Soudain l'atmosphère changea radicalement. Aucun doute, Voldemort les avait rejoints. Des bruissements de cape envahirent les allées alors que les Mangemorts s'éloignaient à la recherche de la sortie. Après quelques instants, Greyback appela les autres et le silence retomba dans la Salle sur Demande.
Harry retint Draco.
– Reste ici, Voldemort ne te trouvera pas.
– Parce que tu crois que c'est une option pour moi ?
Sa famille était menacée, mais s'il rejoignait les rangs des Mangemorts, Draco ne se rendait pas compte à quel point il serait en danger à cause de lui. Ce n'était pas comme s'il pouvait le prévenir non plus.
– Le Seigneur des Ténèbres a suffisamment de doutes sur ma loyauté comme ça, je ne peux pas rester caché ici.
– Justement, il est persuadé que tu m'as aidé à m'échapper, comment tu crois qu'il va t'accueillir.
– Il tient ma famille, c'est toi qui me l'a dit.
– Même quand tu seras là-bas, il la tiendra toujours, la seule différence c'est que tu seras dans le camp ennemi.
Draco le dévisagea.
– Il serait temps que tu réalises que nous ne sommes pas dans le même camp, Potter.
Il quitta la Salle sur Demande. Resté seul, Harry écrasa son pied contre une pile de chaises qui se fracassa par terre. Lorsqu'il sortit à son tour, la bataille raisonnait dans les couloirs, les sortilèges ricochant contre les murs de pierre, frappant alliés et ennemis. Il courut à travers les étages à s'en décrocher les poumons, ignorant son cœur qui bondissait dans sa poitrine. En bas, il se mêla aux professeurs et aux sixième et septième années qui s'étaient rassemblés dans l'allée entourant la cour.
Au milieu de celle-ci s'étaient rassemblées les silhouettes cagoulées des Mangemorts. Dans la clarté de la lune, les cheveux blonds de Narcissa et Lucius se détachaient nettement. Voldemort les voulait bien visibles, évidemment.
Lorsque Draco apparut sur les marches du hall, les sortilèges se suspendirent. Avec un sourire triomphant, Voldemort ouvrit les bras pour l'accueillir. Un instant, Draco demeura aussi immobile que l'armure postée à côté de lui, puis il descendit une marche, puis une autre, et finit par traverser la cour jusqu'au Mage Noir. Quand il arriva à son niveau, Voldemort posa une main sur son épaule et ses yeux écarlates se plantèrent dans ceux de Harry.
Un instant plus tard, Dumbledore descendit dans la cour.
– Tu ne pourras pas protéger le garçon cette fois, Dumbledore !
Quelqu'un lui tapa dans le dos et Harry fit volte-face. Ron et Hermione l'avaient rejoint.
– Je n'ai pas pu les empêcher d'entrer, dit-il en se détournant.
Hermione lui serra le bras.
– Seul face à eux, c'est déjà bien que tu sois encore en vie, répondit Ron qui observait la cour, soucieux. Et puis... on a prévenu Dumbledore plus tôt que prévu. Je sais que tu ne voulais pas mais...
– C'était trop dangereux, murmura Hermione. La plupart des élèves que tu vois sont des membres de l'Ordre ou des Aurors déguisés. Tu-Sais-Qui ne se doute de rien, on a toutes les chances de le faire tomber cette nuit.
La lueur d'espoir qui animait Hermione fut soufflée lorsqu'elle repéra Draco.
– Malfoy est... Harry, tu ne comptes pas...
– Je ne peux pas le laisser.
Il se tut ; Voldemort venait de lever sa baguette. Son geste était lent mais Harry savait parfaitement qui serait sa cible. Dumbledore ne pourrait pas protéger Draco de là où il se trouvait. Trop de Mangemorts s'étaient placés entre eux.
En un flash, son esprit lui montra Draco qui s'effondrait et disparaissait à jamais, comme Sirius lorsque le sort de Bellatrix l'avait frappé. Hermione tendit les mains pour le retenir lorsqu'il prit appui sur le rebord de l'arche mais un chat noir lui glissa entre les doigts.
– Avada...
La baguette continuait son chemin. Harry arriva dans les rangs des Mangemorts en quelques bonds. Son cœur menaçait d'exploser dans sa poitrine.
– ... Kedavra !
Draco écarquilla les yeux avec horreur quand le sort fusa vers lui. Son dernier saut propulsa Harry devant le rayon de lumière verte qui le frappa à l'épaule.
.
Le chat noir que l'Avada Kedavra venait de frapper fut projeté comme une poupée de chiffon droit sur Draco qui le rattrapa au vol. Tous les regards pesaient sur lui, mais lui ne voyait que le chat inanimé qui gisait dans ses bras. Il tenta de le remuer mais la minuscule tête roula sur le côté.
Une rage incontrôlable l'envahit, en relevant les yeux il vit que Voldemort s'était effondré. Le temps semblait suspendu ; personne ne comprenait ce qui venait de se passer, tout comme aucun des habitants de Poudlard ne devait avoir compris que Harry Potter n'était plus – à part peut-être Granger et Weasley.
Voldemort s'était servi de lui, encore une fois. Si Potter n'était pas intervenu, il n'aurait pas eu le moindre scrupule à le tuer. Il ne pouvait même pas être sûr que Potter le sauverait, il avait juste tenté, quitte à lui prendre sa vie, à l'arracher à ses parents. Et il avait gagné son pari.
Il dégagea un de ses bras, tenant toujours le chat contre lui, et sortit sa baguette alors que Bellatrix se précipitait vers son maître pour l'aider à se relever.
Personne ne prêtait plus attention au fils Malfoy, alors Draco incanta un Doloris. Bellatrix l'encaissa pour Voldemort et la bataille explosa de nouveau. La colère de Dumbledore lorsqu'il s'avança vers Voldemort était aussi brûlante que le gigantesque feu qu'il déployait.
Les quelques Mangemorts qui n'étaient pas trop occupés à riposter se tournèrent vers Draco, y compris Narcissa et Lucius, et il comprit pourquoi aucun des deux n'avait bougé le petit doigt pour le défendre. Ce n'était pas eux. Évidemment, Voldemort n'aurait pas embarqué deux personnes susceptibles de le trahir dans une bataille aussi dangereuse.
Draco se baissa pour esquiver les sorts puis agrippa le chat et se mit à courir, bousculant tous ceux sur son passage jusqu'à atteindre l'arche de pierre. Il sauta à l'intérieur, esquivant un sort qui fit s'effondrer tout un pan du mur et roula sur le côté pour ne pas se faire ensevelir. Noyé dans les gravats et la poussière, il resta un instant allongé à tousser. Le couloir à sa gauche était bouché, étouffant les bruits de la bataille et l'autre tournait vers le château. Il était seul.
Après toute l'énergie qu'il avait déployée ces dernières heures, c'était comme si sa force l'avait quitté. Lentement, il se dégagea des morceaux de pierre, s'assit sur le sol et étendit le chat devant lui.
– Tu n'as pas le droit...
Sa baguette tremblait lorsqu'il lui rendit forme humaine. Il approcha la main de son visage, sachant déjà qu'il ne sentirait rien, rien que la mort et le vide qu'elle laissait sur son passage. Il crut sentir un souffle, mais si faible qu'il aurait pu s'agir d'un filet d'air qui s'était frayé un chemin entre les gravats. Draco posa ses doigts contre son cou. Comme il s'y attendait, la peau froide resta inerte, puis il la capta, l'infime pulsation prouvant qu'il vivait. Il le secoua violemment.
– Réveille-toi, que je t'étrangle, Potter.
Dumbledore pas content. Draco moyen aussi, mais Draco n'est pas l'Élu, tout le monde ne peut pas survivre en boucle à des Avada Kedavra voyons !
À mercredi ! :D
