Chapitre 27 : Négociations
En rentrant dans la salle de commune de Gryffondor, Harry s'attendait à la trouver vide, mais trois fauteuils étaient encore occupés par Hermione, Ron et Ginny qui interrompirent aussitôt leur conversation pour se tourner vers lui.
– Alors ? lança Ginny.
Harry grimaça.
– Ça s'est si mal passé que ça ? demanda Hermione avec un air compatissant. Raconte.
Comprenant qu'il ne s'en sortirait pas si facilement, et parce qu'il avait envie de se libérer du torrent d'émotions contradictoires qui bouillonnait dans sa poitrine, il tenta de leur résumer ce qui s'était passé. Il peina un peu lorsqu'il fallut décrire les moments où Draco avait soudain décidé d'ignorer complètement son espace personnel. Ginny émit un gloussement à la fin, recevant un coup d'œil d'un Ron écœuré.
– Je sais ce que tu penses et c'est n'importe quoi, dit-il.
– Et pourquoi pas, Ronald ? Malfoy a un comportement inhabituel.
– Tu vas lui mettre tes fausses idées dans la tête et quand Malfoy apprendra ça, ton soi-disant pourquoi pas va se retourner contre lui !
– Oh, oh, oh ! De quoi vous parlez ? dit Harry pour calmer le jeu.
Hermione roula des yeux.
– Pour te résumer le long débat qui a eu lieu pendant ton absence, Ginny pense que tu devrais tenter ta chance et Ronald, non.
– Qu'est-ce que vous avez à m'appeler Ronald toutes les deux ? Et tenter sa chance ? Tu veux qu'il se retrouve comme en quatrième année, quand tout le monde parlait dans son dos ?
– Excuse-moi ? répliqua Ginny. Je te rappelle que tu faisais partie de ce « tout le monde » !
Voyant que le débat reprenait sans lui, Harry finit par se racler la gorge.
– Vous avez fini de discuter de ce que je dois faire ou non comme si je n'étais pas là ? Il ne se passe rien avec Malfoy et je ne lui dirai pas.
Inutile de leur dire que Draco saurait bien assez tôt.
.
Lorsqu'ils descendirent dîner après un après-midi à somnoler, Harry fit un effort et s'installa dos à la table des Serpentards. À son entrée, il avait vu Draco attablé devant un plat de pommes de terre en sauce, en pleine conversation avec Pansy et Blaise.
Il sirotait son jus de citrouille en débattant Quidditch avec Ron quand Hermione releva les yeux de son manuel de Métamorphose. Harry crut qu'elle voulait lui dire quelque chose, mais son regard se portait derrière lui. La commissure de ses lèvres se souleva une fraction de seconde alors qu'elle replongeait entre ses pages.
Puis une main se posa sur la table, juste entre Ron et Harry. Maudissant Hermione, qui cachait à présent son sourire derrière la couverture de son livre, Harry se composa un masque calme.
– Oui, Malfoy ?
– Sur un autre ton, Potter. Je viens parce que tu es supposé être à peu près correct en défense contre les forces du Mal.
– C'est possible, répondit Harry en se concentrant sur son jus de citrouille dont la surface orange dessinait la silhouette qui le surplombait.
– Parfait. Puisque je t'ai sauvé la vie tout à l'heure, il est tout naturel que tu accèdes à une de mes requêtes. Je pourrais utiliser un peu de ta connaissance en matière de défense, tous les partisans du Seigneur des Ténèbres n'ont pas été capturés et je ne suis pas exactement dans leurs bonnes grâces.
– Harry ne te doit rien, répondit Hermione en posant son manuel à plat. Il t'a aussi sauvé pendant la bataille je te rappelle.
Elle soutint le regard de Draco sans sourciller. À quoi jouait-elle ?
– En quoi ça te regarde, Sang-de-Bourbe ?
– Le Sang-de-Bourbe est de trop, Malfoy, répliqua aussitôt Harry, sauf si tu veux te passer de mon aide.
Au-dessus de lui, Draco étouffa un soupir irrité.
– Si tu y tiens, Potty. En quoi ça te regarde, Granger ?
– Je soulignais juste que Harry n'est pas à ton service...
– Dans ce cas, je te saurais gré d'aller souligner plus loin.
– ... par contre, il aurait bien besoin d'aide en potions, conclut-elle en reprenant son livre et ses révisions.
Ça eut au moins l'avantage de couper Draco dans son élan.
– Je croyais que tu étais bon en potions, Potter ?
– Non, répondit Hermione sans relever les yeux. C'est son manuel du Prince de Sang-mêlé et les conseils douteux qui sont inscrits dedans qui lui ont permis de se distinguer.
– Intéressant.
– J'ai mon mot à dire ? demanda Harry, indigné.
– Très bien. Potions contre défense contre les forces du Mal. On commence demain matin, il n'y aura personne dans la salle de Slughorn.
– Oh, mais parfait, répondit Harry.
– Puisque c'est parfait, je te dis à demain, dit Draco avec un sourire moqueur.
La présence dans son dos s'éloigna. Harry sentit ses épaules se détendre, qu'il n'avait pas réalisé avoir crispées. Sans l'Armoire, il pensait que ses moments en tête à tête avec Draco étaient terminés. Il vit Hermione réprimer un sourire derrière son livre, puis se tourna vers Ron qui tirait la langue comme si elle avait un goût écœurant.
– Quoi ?
– Si vous pouviez éviter de me flirter sous le nez pendant les repas, merci...
Harry faillit s'étouffer avec son jus de citrouille.
– Quoi ?
Comme il avait enfourné une part de tarte entre temps, Ron désigna le reste de la table du menton. En jetant un œil aux autres Gryffondors, Harry vit les regards se détourner de lui et les bouches se refermer.
– Qu'est-ce qui leur prend ? dit-il à voix basse pour que seuls Ron et Hermione l'entendent.
Ron déglutit sa tarte.
– Il leur prend que Malfoy était bizarrement proche de toi il y a deux secondes, murmura-t-il.
Harry lui fit les gros yeux.
– Il est venu négocier de l'aide en défense contre les forces du Mal.
– Il est venu négocier du temps avec toi, répliqua-t-elle.
– Mais qu'est-ce que vous...
– Si, le coupa Ron. Elle a raison.
– De toute façon, tu en saurais quoi ? À part Lavande il ne me semble pas que tu aies beaucoup d'expérience en la matière.
– Ouch. Tu cherches la guerre, mon vieux ? dit Ron en ramassant son couteau. Au cas où tu n'aurais pas remarqué, Malfoy t'a donné rendez-vous dans les cachots et il a choisi demain matin pour que vous soyez seuls.
– Seuls, c'est pour éviter que les autres jasent.
Avec l'impression d'être observé, Harry se retourna et croisa le regard d'un élève de Poufsouffle qui se détourna aussitôt et se hâta vers sa table.
Harry revint à Ron et Hermione. Malgré tous ses arguments, malgré le fait qu'ils parlent de Malfoy, ça commençait à faire beaucoup.
Le reste de la journée s'écoula dans une ambiance étrange. Poudlard se relevait après la bataille, et dans chaque couloir, des élèves s'entraînaient aux sortilèges en redressant les murs, en réparant les armures et les toiles, en lissant le sol lézardé par les coups et en faisant disparaître la poussière. Les cours ne recommenceraient pas avant lundi.
De son côté, Harry ne put se concentrer sur autre chose que le rendez-vous que Draco lui avait donné le lendemain et son stupide espoir.
Petites ~ négociations ~
