Chapitre 29 : Le Prince de Sang-Mêlé


Aucun bruit ne les avait alertés qu'un groupe d'élèves approchait, mais le silence qui suivit leur entrée fut encore plus profond. Harry s'était écarté de Draco, bien trop tard. Les uniformes des élèves étaient brodés de jaune et noir et Harry était presque sûr que le garçon qui se tenait en arrière était celui qui avait surpris leur discussion dans la Grande Salle. Il se tourna vers Draco et se trouva face à un mur ; impossible de déchiffrer ce qu'il pensait.

Le doute qui courrait sur sa peau depuis que Draco l'avait touché le prit soudain à la gorge. Et les élèves qui continuaient de les fixer...

– C'est bien ce qu'il me semblait, dit enfin Draco, en pesant chaque mot.

Tout l'espoir qu'il avait accumulé malgré lui se brisa. C'était exactement ce qu'il redoutait.

– Il te semblait quoi ? répliqua Harry d'un ton bas. Qu'est-ce qui t'a pris ?

Sa voix tremblante sonnait comme de la colère. Le visage de Draco se fendit aussitôt d'un rictus.

– Pas la peine de t'énerver comme ça, Potter. Les Gryffondors ont vraiment une manie de se scandaliser pour tout. Pansy avait des doutes, je ne pouvais pas la laisser dans l'ignorance. Tu admettras que ton comportement était particulièrement bizarre.

Harry eut un rire glacial. Il avait envie de le frapper, de briser tout ce qui se trouvait dans cette salle, mais il parvint à garder un ton bas.

– Je t'ai aidé parce que j'avais pitié de toi et vous, vous vous imaginez que j'ai des sentiments pour toi ? Il faudrait vraiment que je sois le dernier des imbéciles pour oublier tout ce que tu as fait.

– Au vu des mauvaises décisions que tu collectionnes, rien ne me surprendrait, répliqua Malfoy d'un ton traînant.

– Je me demande pourquoi j'ai envisagé une seule seconde d'être ton ami.

– C'est ça, remets en cause le seul choix un tant soit peu intelligent que tu aies fait, dit Malfoy en attrapant son sac. Tu iras loin comme ça.

Harry se retint de lui jeter le chaudron alors qu'il quittait la salle de cours.

– Quoi ?! lança-t-il aux élèves qui le fixaient toujours.

Ceux-ci se dirigèrent aussitôt vers les bureaux et commencèrent à sortir leurs affaires. Toutes les tentatives de conversations sonnaient faux. Harry attrapa le manuel du Prince de sang-mêlé qui dépassait de son sac et quitta la salle à son tour.

Il avait besoin de garder son esprit concentré sur quelque chose qui ne soit pas Malfoy, mais la rage rendait ses yeux brûlants et les pages devenaient un peu plus floues chaque seconde, si bien qu'il finit par heurter quelqu'un.

– Potter !

Rogue.

– Je m'excuse, dit-il d'un ton acide en lissant les pages que le choc avait froissées.

Le manuel lui fut arraché des mains.

– Où avez-vous trouvé ce manuel ?

– Dans le placard du cours, quand Slughorn m'a proposé d'en récupérer un.

La réaction de Rogue le dévia un instant de ses préoccupations. Le maître des potions agissait bizarrement, et celui qui avait griffonné ces remarques, corrigeant des professionnels dans l'art de confectionner des potions ne pouvait être qu'un expert lui-même, ou un futur expert.

– C'est vous. C'est le vôtre !

– Je comprends mieux pourquoi Slughorn passe son temps à vanter vos mérites. Je pensais à du favoritisme mais je vois qu'il y a une autre explication.

– Oui, répliqua Harry, il faut croire que vous êtes capable d'être un bon professeur, sous certaines conditions.

Un silence s'étira. C'était sorti tout seul.

– Que vous arrive-t-il ?

Clairement, Rogue se retenait de l'envoyer en retenue. Harry s'apprêtait à répliquer que ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait comprendre quand des souvenirs lui revinrent. Pas les siens mais ceux qu'il avait vus dans la Pensine : ceux de Lily. Un torrent d'émotions noya sa colère.

– Rien. Je vais y aller.

Sa voix était cassée. Il n'était pas d'humeur pour tout ça.

– Quand je croise monsieur Malfoy dans une humeur massacrante et vous la minute suivante, j'ai du mal à croire à une coïncidence, Potter. D'autant plus après que tout le château ait pu profiter de votre... rapprochement.

– Il n'y a pas de rapprochement. Rien que de petites machinations pour vérifier si Malfoy ne tenait pas un meilleur moyen de me pourrir !

– Monsieur Malfoy a une prédisposition naturelle à l'Occlumentie, en plus d'avoir été l'élève de Bellatrix, j'imagine que ça le rend difficile à lire pour quelqu'un comme vous mais je peux affirmer qu'il n'a plus l'intention de vous nuire depuis un certain temps.

Harry en doutait fortement. Si seulement il avait pu être aussi bon à se créer une façade que Malfoy.

.

Comme il ne voulait pas terminer sa journée enfermé au milieu des regards, Harry se dirigea vers les portes du château. Le soleil brillait au-dessus du parc, réchauffant les élèves qui se prélassaient dans l'herbe. Sous les branches tombantes d'un saule dont les feuilles frôlaient la surface du lac, il repéra Ron, Hermione et Ginny. Plongée dans son livre, Hermione hochait de temps en temps la tête et Ron était étendu dans l'herbe, jouant avec les tiges qui pendaient au-dessus de son visage.

Ils tournèrent la tête à son arrivée et Harry se laissa tomber sur la pelouse sans un mot.

– C'était si terrible que ça ? demanda Ginny.

– Oui, j'ai été stupide, répondit Harry en décapitant un brin d'herbe.

Hors de question de leur donner des détails, surtout si c'était pour être obligé d'admettre qu'ils avaient raison et que Malfoy avait tenté de découvrir ses sentiments pour les retourner contre lui. Il allait s'en débarrasser et quand Lucius, Narcissa ou d'autres Mangemorts balanceraient la vérité à Malfoy, ce serait loin derrière lui.

Vers midi ils quittèrent le parc pour se rendre dans la grande salle. Harry se tendit en jetant un regard à la table des Serpentards, mais Malfoy n'était pas avec son groupe habituel, il n'était nulle part. Par contre, Harry eut l'impression que des ricanements le suivaient alors qu'il passait à côté d'eux. Par prudence, il les ignora.

Le week-end, il préféra éviter les heures d'affluence, descendant manger à l'aube et dînant avec les élèves les plus tardifs. Ron et Hermione le suivirent sans poser de questions, mais il les voyait échanger des regards. Par chance, il n'eut pas à revoir Draco. Le lundi matin, il s'arma d'un masque neutre en descendant déjeuner.

– Je suis affamé, dit Ron en s'étirant. Il faut faire le plein avant les cours... J'aurais bien continué le week-end.

– Nous avons pris suffisamment de retard, décréta Hermione

Alors qu'ils franchissaient les portes de la Grande Salle, Ron donna un coup de coude dans les côtes de Harry.

– Tu l'imagines passer un savon à Tu-Sais-Qui parce qu'il nous fait prendre du retard sur le programme ? murmura-t-il. Parce que moi oui.

– Je suis sûr qu'il rassemblerait ses Mangemorts et ficherait le camp, répondit Harry en scrutant la salle.

– Elle est terrifiante quand ça concerne les cours, confirma Ron alors qu'Hermione levait les yeux au ciel.

Draco était encore absent de la table des Serpentards. Par contre Pansy se leva à son approche.

– Tiens, mais c'est Potter.

Il continua de marcher sans répondre, mais ses jambes semblaient soudain remplies de plomb. Malfoy lui avait parlé, sinon comment expliquer son attitude ? Il n'allait pas avoir cette conversation en plein milieu de la Grande Salle. Il n'allait pas avoir de conversation tout court. Sauf que Pansy, Crabbe, Goyle et Blaise semblaient d'un autre avis. Il venait à peine de s'asseoir que les quatre se plantaient derrière lui.

– C'est difficile à croire, dit Blaise, surtout venant du célèbre Harry Potter.

Le cœur battant, Harry échangea un regard avec Hermione, assise en face de lui. Les Gryffondors proches d'eux et les élèves des tables Poufsouffle et Serdaigle autour d'eux avaient interrompu leur conversation.

– Allez voir ailleurs si on y est, lança Ron en fusillant les Serpentards du regard.

– On pourrait, répondit Pansy, mais le plus intéressant est ici. Dire que depuis tout ce temps, la peine de cœur de Potter était causée par un membre de notre maison, c'est assez inattendu. Enfin le plus inattendu, c'est quand même l'identité de la personne en question.

– C'est fou, fit Hermione d'un ton hautain, parce que cette peine de cœur était pure invention. Enfin, je vous en prie, déversez vos mensonges.

Le sourire de Pansy s'accentua.

– Vraiment ? Pourtant je suis convaincue du contraire. Moi et la demi-douzaine d'élèves qui l'ont vu se laisser embrasser par Draco Malfoy.

Le silence autour d'eux se fit plus pesant. Plus personne ne parlait. Harry sentit son sang accélérer, battant à ses tempes. Ça n'était pas en train d'arriver. Pas comme ça, pas en plein milieu de la Grande Salle. Ron et Hermione se tournèrent vers lui.

– Attends, c'était vrai cette histoire ? murmura Ron.

– Non, répliqua aussitôt Harry.

Pansy éclata de rire.

– Amusant, parce que Draco l'a confirmé, lui.

– Plusieurs élèves vous ont vus, dit Blaise, et ils ne sont pas à Serpentard, alors dis-moi Potter, pourquoi auraient-ils menti ? Surtout que ça explique ton attitude de ces derniers mois. Toujours à coller Draco et tu es allé jusqu'à te sacrifier pour lui. Tout le monde sait que c'était toi le chat.

– C'est faux, répliqua Harry.

Cette fois, Ron et Hermione étaient trop occupés à digérer l'information pour venir à son secours. En plein milieu de la Grande Salle, ciblé par tous les regards, il se sentait exposé. Si tout le monde se convainquait qu'il l'aimait, Draco finirait par suivre le mouvement et il n'avait pas eu le temps de faire le tri dans ce qu'il ressentait, tout était encore trop vif.

– Quand même, Harry Potter amoureux de Draco Malfoy, fit Pansy en se délectant de chaque mot.

Derrière elle, Harry croisa le regard de Cho et se détourna aussitôt. Puis il se leva, il devait sortir de ce cauchemar. Quand il voulut partir, Crabbe lui barra le passage. Ron se réveilla et vint se placer à côté de lui.

– Foutez-lui la paix.

– Tu te rends compte que c'est un aveu, ça, Weasley ? dit Blaise. Tout comme le fait que tu ne trouves rien à répondre et que tu préfères fuir, Potter.

– Je ne fuis pas.

– C'est assez ironique que tu puisses tenir tête au Seigneur des Ténèbres mais que tu te retrouves sans défense face à Draco. Je suis certaine qu'il sera ravi de l'apprendre. Après tout il n'a toujours pas pu te faire payer pour son père et il manque de distractions en ce moment.

Harry ne trouva rien à répondre, son esprit était blanc.

– Vous êtes ridicules, lança Hermione en se levant à son tour. Viens Harry, ça ne sert à rien de discuter avec eux.

Elle parlait d'un ton posé, mais sa main droite s'était rapprochée de sa baguette à travers la poche de sa robe. Crabbe ne put retenir Ron et lui et ils traversèrent la Grande Salle sous les regards.


Le côté positif, c'est que des rumeurs, il en a vu d'autres.. (quoi, c'est pas positif.. ? Ah. Hmm, bah au moins c'est le week-end (pour nous))