Chapitre 34 : Beaux-parents
Ron et Hermione descendirent l'escalier pour le rejoindre alors que Harry se massait les tempes pour faire passer l'impression qu'il venait de courir un marathon au milieu de la forêt Interdite avec toute la famille d'Aragog à ses trousses. Évidemment, Draco refusait de partir avant d'avoir eu des nouvelles de ses parents, alors ils le laissèrent dans le fauteuil de Dumbledore et se retranchèrent de l'autre côté du bureau.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? murmura Hermione avec un regard en direction de Draco. C'est moi ou il... ?
– Pourquoi vous n'avez pas dit que vous étiez là ?
– Vous aviez l'air de vous expliquer, répondit Ron d'un ton bas en frottant ses cheveux, embarrassé. Sauf sur la fin, j'avais pas l'impression que tu étais très sûr de ce qui se passait, alors...
Il semblait soudain fasciné par les cercles de vapeur qu'émettait un des objets.
– Rien qu'à son attitude, on a deviné qu'il savait, ajouta-t-il.
Les joues brûlantes, Harry baissa tant la voix que ses amis durent se pencher pour l'entendre.
– Non, ça ne veut rien dire, il est comme ça depuis des mois.
Le petit objet à vapeur se renversa, répandant un nuage blanc sur la table ronde, et Ron s'empressa de le redresser.
– Ce n'est pas la première fois ? murmura Hermione, interdite.
Ça avait commencé après leur retour du manoir Malfoy. Harry se souvenait encore de son sourire quand il lui avait dit qu'il voulait que leur trêve dure. Mais Merlin, est-ce qu'ils ne pouvaient pas attendre avant d'avoir cette conversation ?! Il jeta un bref coup d'œil vers Draco et croisa son regard.
– Il n'était pas comme ça avant, souffla Harry en lui tournant le dos, il a juste changé d'attitude quand on a commencé à être un peu moins... glacial l'un envers l'autre. Enfin c'était pas non plus à ce point, mais disons que c'était pire à chaque fois. Quoi ?
Hermione secoua la tête.
– Ces derniers temps j'avais quelques soupçons, mais comme tu ne nous avais rien dit, je n'étais pas sûre.
Les flammes de la cheminée gonflèrent et s'illuminèrent soudain de vert. Le professeur McGonagall fut la première à apparaître dans l'âtre, en rajustant ses lunettes, elle avisa Harry et Draco.
– Vous êtes ici.
Harry lança un regard à Hermione, frustré. Qu'est-ce qu'elle soupçonnait ?
La poudre de cheminette se réactiva et le professeur Flitwick surgit à son tour. Bientôt suivi par le professeur Chourave.
– Vous serez heureux d'apprendre que les derniers Mangemorts sont en train d'être appréhendés, reprit McGonagall. Tous les trois, je vais vous demander de quitter le bureau pendant que nous réglons les derniers points. Restez à proximité, le professeur Dumbledore tient aussi à vous parler. Monsieur Malfoy, restez où vous êtes.
Harry refermait derrière eux quand de longs cheveux blonds surgirent au milieu des flammes de la cheminée. Narcissa ? D'ailleurs, elle et Lucius les avaient aidés, non ? Malheureusement pour sa curiosité, la porte de chêne se ferma, étouffant les bruits du bureau. Doublement frustré, il se tourna vers Hermione.
Au moins ils pouvaient parler librement.
– Qu'est-ce que tu soupçonnais exactement ?
– Ça ne te semble pas évident ? répondit Hermione. Tu as dit toi-même que c'était pire à chaque fois. Compte tenu de qui sont ses parents et de qui sont ses amis, tu es aussi inaccessible pour lui qu'il ne l'est pour toi. Il n'a pas le droit au faux pas, donc je suppose qu'il testait jusqu'où il pouvait aller.
– Ouais, il testait, dit Ron. Là il s'amuse juste, c'est quand même de Malfoy qu'on parle. Je ne vais pas te dire que je te l'avais dit, mon pote, mais je te l'avais dit. Et je le maintiens, c'est un choix de merde.
– C'est ridicule, marmonna-t-il. Vous êtes en train de dire que Malfoy teste s'il a ses chances avec moi ?
Hermione fit exactement la même tête que quand elle expliquait une notion de cours pourtant simple (selon elle) et qu'il ne comprenait pas.
– Oh, Harry ! Tu l'imagines agir comme ça avec Crabbe ?
Un frisson de dégoût l'envahit. Elle marquait un point, mais tout de même, ça paraissait si... invraisemblable.
– Il me déteste ! Depuis la première année, il ne fait que me rappeler à quel point il ne peut pas me supporter.
Ron fit la moue.
– Tu sais, en y réfléchissant, c'est comme s'il essayait d'attirer ton attention. Je n'aime pas Mimi Geignarde mais je n'ai pas un besoin constant de lui prouver que c'est moi le meilleur. Je veux dire, viens faire un duel avec moi Potter, moi aussi j'ai rejoint l'équipe de Quidditch Potter, regarde mon super balai, quoi tu t'es évanoui Potter ? et vas-y que je joue au Détraqueur pour attirer ton attention, que je crée des badges « à bas Potter », que je rappelle à quel point ma famille a des relations au ministère et qu'elle est riche et gnagnagna.
– Exactement, renchérit Hermione. Pour quelqu'un qui s'en fiche de toi, il gaspille beaucoup d'énergie à essayer de t'impressionner.
Harry resta sans voix, à peser ses souvenirs sous cette nouvelle lumière en essayant de déterminer s'il fallait y voir un espoir. Puis Ron posa la question qui le tracassait.
– Si c'est vrai, qu'est-ce que tu vas faire... ? Ce n'est pas pour te décourager ou quoi que ce soit, mais c'est Malfoy.
– Il ne changera jamais complètement, commença Hermione en levant la main dès qu'elle le vit prêt à objecter. Tout ce que tu dois te demander c'est si tu peux lui faire confiance.
– Même s'il t'a aidé, il a couru rejoindre les Mangemorts à la première occasion, dit Ron d'un ton amer. Il continue de jouer sur plusieurs tableaux comme un bon Serpentard.
Harry sentit son cœur accélérer.
– Juste avant que Dumbledore et les autres arrivent, Bellatrix était en train de détailler ce qu'ils allaient me faire si Voldemort n'était pas libéré. Ses parents et Bellatrix l'ont appelé mais Draco n'a pas bougé. Il m'a poussé derrière lui et il n'a pas bougé.
Il y eut un silence.
– Je n'aurais jamais cru qu'il prendrait un risque comme ça pour quelqu'un d'autre, dit enfin Ron, aussi choqué que les Mangemorts quand Draco avait refusé de s'écarter. Enfin, je suppose que tu peux lui faire confiance dans ce cas.
Il avait l'air à moitié sûr de lui, mais que Ron lui dise ça signifiait beaucoup.
Le bureau s'ouvrit, laissant clairement voir Narcissa et Lucius Malfoy debout devant le bureau de Dumbledore. Draco avait rendu son fauteuil au directeur et se tenait à côté d'eux. Sur un signe de tête de McGonagall, lui et ses parents prirent congé. Harry s'écarta au maximum pour les laisser passer, le regard rivé sur la statue du Griffon, mais à la périphérie de sa vision, il capta le rictus moqueur de Lucius.
Dumbledore lui fit signe d'entrer et il laissa Ron et Hermione.
– Harry, assieds-toi je t'en prie, dit vais être bref, tu dois être épuisé mais il nous reste encore des points à régler avant que tu puisses prendre un repos mérité.
Il ouvrit un tiroir duquel il sortit le vieux journal de Jedusor sur lequel il déposa un médaillon et une bague ancienne, tous deux fendus comme par un coup d'épée.
– Tu te souviens du journal, je suppose ? Lorsque tu me l'as amené j'ai tout de suite soupçonné sa nature et détenir Voldemort m'a permis de confirmer qu'il s'agissait d'un Horcruxe. Une forme de magie noire très puissante qui consiste à déchirer son âme pour en protéger une partie dans un objet. Tant que les morceaux d'âme survivent, leur propriétaire ne peut mourir.
Harry réprima un frisson. Alors le journal... ? Cette bague et ce médaillon aussi ? Ils contenaient une part de Voldemort ?
– Et comment on déchire une âme ? demanda-t-il lentement, pas certain de vouloir connaître la réponse.
– En tuant.
La pierre fendue brillait d'un éclat sombre, si sombre qu'il semblait aspirer la lumière. Harry tendit la main pour ramasser la bague.
– Ça n'a pas dû être trop difficile pour lui, dit-il d'un ton amer. Ils sont tous là ?
– Non. Il nous reste encore du chemin à parcourir avant de rendre à Voldemort sa mortalité. Cependant, avec les informations que nous parvenons à récolter parmi ses fidèles, nous avons déjà retrouvé la bague et le médaillon de Serpentard, ainsi que le serpent, Nagini. C'est une question de temps. De plus, l'Horcruxe qui m'inquiétait le plus a déjà été détruit.
Harry releva la tête.
– La connexion entre toi et Voldemort n'a plus dû t'inquiéter depuis la bataille, n'est-ce pas ?
– C'est vrai. Il n'a plus rien tenté.
– Oh, je ne dirais pas qu'il n'a plus rien tenté, simplement qu'il n'en a plus été capable.
Les pièces du puzzle s'assemblèrent. « L'Horcruxe qui l'inquiétait le plus », il ne voulait pas parler de...
– En t'interposant face au sortilège de mort de Voldemort, tu as involontairement détruit le morceau d'âme qui vivait en toi, celui qui lui permettait de prendre le contrôle de ton esprit.
– J'étais un de ses Horcruxes, dit Harry en resserrant le poing autour de la bague, les éclats fendus de la pierre blessant sa paume.
– Je doute que Voldemort lui-même en ait soupçonné l'existence, mais oui. Ainsi il ne pouvait mourir tant que toi, tu vivais. Ce qui n'est à présent plus le cas. J'ai pensé que tu devais le savoir, après tout ton courage t'a sauvé la vie. Le Choixpeau ne s'est pas trompé en te plaçant à Gryffondor, bien que tu n'aies certainement plus de doutes depuis des années.
Il y eut un silence seulement troublé par la vapeur des machines où le froissement de tissus des anciens directeurs qui écoutaient leur conversation. Toutes ces années, il avait été lié à Voldemort, il avait été un de ses Horcruxes.
– Veux-tu bien m'excuser, Harry ? dit finalement Dumbledore. J'ai parfaitement conscience à quel point cette journée a été éprouvante pour toi et je ne fais qu'aggraver les choses en te partageant ces informations. Pour te dire la vérité, je souhaitais t'en faire part beaucoup plus tôt dans l'année. Quand Severus m'a rapporté ton rapprochement avec monsieur Malfoy, j'ai jugé plus prudent pour vous deux de garder ce que je savais pour moi.
Dumbledore s'attarda sur la bague que Harry tenait toujours et il s'empressa de la reposer à côté du médaillon de Serpentard.
– Peut-être devrais-tu la garder. C'est un cadeau dangereux, aussi dangereux que le miroir du Riséd, mais si tu l'utilises avec précaution, il peut t'aider à tirer un trait sur le passé – Harry regarda la bague sans comprendre – ce n'est pas la bague mais la pierre qu'elle contient. Je suis sûr que ton ami Ron pourra t'éclairer à son sujet, demande-lui de te narrer le Conte des trois frères.
Avec un sourire pétillant, Dumbledore ajouta :
– Notre cher Severus faisait un excellent Voldemort, tu ne trouves pas ?
Harry releva la tête.
– C'est vrai, comment vous avez su où nous étions ?
– Eh bien je dirais que Lucius et Narcissa ont compris que la condition pour sauver leur fils était de te sauver toi.
Soyons honnête, j'ai très peu d'inspiration pour les titres de chapitres, donc à défaut je m'amuse XD
