Chapitre 35 : La pierre de résurrection


Harry attendit le lendemain midi pour parler à ses amis du cadeau que lui avait fait Dumbledore. Il n'avait toujours pas décidé pour quoi l'utiliser.

– Alors cette pierre serait la pierre de résurrection dont parle le conte des trois frères ? demanda Hermione qui examinait la bague fendue, fascinée.

– Si ce n'est pas ça, je ne vois pas, répondit Ron, mais quand même, Dumbledore te l'a donnée comme ça ? Il ne voulait pas la garder pour lui ?

Dans sa stupéfaction, il en avait oublié la tourte qui refroidissait dans son assiette.

– Peut-être qu'après la destruction de l'Horcruxe elle ne fonctionne plus ? dit Hermione en rendant la bague à Harry.

– Je ne pense pas, sinon pourquoi il m'aurait mis en garde ?

La douleur et le vide qu'il avait ressentis, assis seul face au miroir du Riséd et les jours qu'il lui avait fallu pour reprendre le cours normal de son existence le faisait hésiter. Bien sûr il garderait toujours les précieux souvenirs de ses parents que Sirius, Rogue, Lupin et tous les autres avaient partagé avec lui, mais il s'était construit une famille depuis. Une qui le suivrait dans le pire des cauchemars. Ça valait toutes les pierres de résurrection du monde.

Si encore il y avait eu une question qu'il devait absolument poser, une réponse dont il aurait eu besoin pour avancer dans la vie.

Harry releva soudain la tête vers la table des professeurs mais elle était déserte. Avec les récents événements, leurs enseignants ne faisaient que des apparitions éclairs aux repas. Harry se remémora leur emploi du temps. Le dernier cours de la journée était la défense contre les forces du Mal.

Parfait.

Tout en piquant les cubes de pomme de terre du bout de sa fourchette, il peaufina son idée jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment claire. En revenant à la réalité, il croisa le regard d'une Serdaigle à la table en face. Celle-ci se détourna aussitôt. Il remarqua vite qu'elle n'était pas la seule à l'observer de travers.

– Qu'est-ce qu'il leur arrive encore ?

– Avec ton voyage chez les Mangemorts, tu l'as peut-être oublié, mais tout le monde ici est encore bloqué sur le fait que tu aimes Malfoy.

– Génial, marmonna-t-il en reposant sa fourchette.

Pendant les cours de l'après-midi, il s'appliqua à ignorer les commentaires plus ou moins subtils de ses camarades de classe. Par chance ce n'était pas des cours qu'il avait en commun avec Draco. Il en avait presque oublié que le cours de défense contre les forces du Mal, lui, l'était. Pansy le lui rappela.

Il se força à ignorer les ricanements et les commentaires dans son dos. Quand Draco entra à son tour, Harry se tendit sans le vouloir. La tension empira encore quand Draco prit le siège juste derrière lui et que Pansy décala son sac pour le rejoindre. Deux Serpentards dans un périmètre aussi proche, c'était un de trop.

Un coup dans sa chaise le fit se retourner.

– Ça va aller, Potter ? dit Pansy avec un sourire narquois. Tu ne seras pas trop déconcentré avec Draco derrière toi ?

Le regard que Draco posa sur elle n'affichait que de l'ennui. Pansy en perdit la voix jusqu'à l'arrivée du professeur Rogue.

La main d'Hermione fusa vers le plafond lorsque le professeur Rogue leur demanda quel sortilège servait à repousser les Détraqueurs et Harry fut content de voir les anciens membres de l'Armée de Dumbledore lever également la main. Le professeur Rogue accorda un tout petit point pour la réponse d'Hermione (ce qui sembla lui arracher son âme) puis se tourna vers Harry.

– Il paraît que nous avons un spécialiste de cet enchantement, si vous nous montriez à quoi ressemble un Patronus corporel, monsieur Potter ?

Pour une fois, il ne pouvait pas le laisser tranquille ? Il n'avait vraiment pas besoin d'attirer plus d'attention et former un Patronus corporel avec le malaise qui lui collait à la peau... Avec réticence, il repoussa sa chaise et leva sa baguette en se concentrant sur le souvenir qu'il appelait toujours pour former son Patronus. Alors qu'il peinait, Ron lui donna une pichenette et un regard qui voulait dire « C'est ton sort, vieux. » et juste comme ça, la pression s'envola.

Spero Patronum !

La brume argentée se condensa, prenant la forme d'un cerf argenté, immense et brillant. Ceux qui n'avaient encore jamais vu de Patronus poussèrent des exclamations fascinées alors que la silhouette étincelante décrivait des bons gracieux entre les tables. En se retournant, Harry vit Draco suivre le cerf des yeux avec un sourire et changea d'avis ; ce n'était pas plus mal que Rogue lui ait confié la démonstration.

Après une longue étude de la théorie, ils déplacèrent les tables pour dégager un espace de pratique. Plusieurs élèves vinrent demander conseil à Harry, comme quand il enseignait encore aux membres de l'A.D., sauf qu'aucun d'eux n'en aurait profité pour glisser des questions sur Draco, sur les rumeurs et sur le fait qu'il était censé préférer les filles puisqu'il était sorti avec Cho Chang.

– C'était peut-être pour ça que c'était si bref ? suggéra Pansy. Comment l'a pris Chang, Potter ?

– Je ne crois pas que ça la concerne, répliqua-t-il sans desserrer les dents.

– On va mettre une chose au clair, intervint Draco. Je me fiche des rumeurs que vous vous amusez à inventer, le prochain qui m'utilise dans une d'elles j'en fais mon elfe de maison.

– Donc tu ne vas pas réagir au fait qu'il ait des sentiments pour toi ?

Harry se tendit. Tous les élèves autour d'eux avaient suspendu leur entraînement pour observer la scène.

– Fichez... commença Hermione.

Draco la coupa en ricanant.

– Oui, Harry Potter est désespérément amoureux de moi. Ça semble tellement évident, c'est à se demander comment on ne s'en est pas rendu compte plus tôt.

– Arrête de rire. Tu veux nous faire croire que tu n'as pas remarqué son changement d'attitude ? dit Blaise.

– Il ne m'insulte plus, c'est l'amour fou. On ne va pas tarder à te voir roucouler autour de moi, non Potter ?

– Oh oui. Oui, sûrement, répondit Harry en faisant mine de réfléchir. J'ai déjà prévu de faire ça demain entre le cours de potions et celui de botanique.

– C'est ce que je me disais. En même temps, il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer que je suis le meilleur parti possible.

Harry plissa les yeux. Est-ce que... ?

– Exactement, reprit-il sur le même ton que Draco. Quand est-ce que je pourrais avoir un rendez-vous, qu'on discute de ta magnificence ?

– Je pourrais me libérer ce soir, mais c'est bien parce que tu es l'Élu.

– Aïe pas possible. Je comptais réparer une armoire ce soir.

– Dommage. Ça restera donc une tragique histoire d'amour à sens unique.

Les rires de ceux qui les écoutaient attirèrent finalement les foudres de Rogue qui les dispersa avec la promesse d'une retenue au prochain qui bavarderait au lieu de s'entraîner. En retournant vers Ron, Harry croisa le regard de Draco et sut que le message était passé ; ce soir, à l'armoire à disparaître de la Salle sur Demande.

Se reconcentrer sur son Patronus devint soudain beaucoup plus complexe. Il était autant impatient qu'il appréhendait la fin du cours, et il avait encore une chose à régler avant de pouvoir enfin confronter Draco.

Lorsque l'heure sonna, il fit signe à Ron et Hermione qu'il les rejoindrait et s'attarda dans la salle jusqu'à ce que le dernier élève soit parti. Comprenant qu'il voulait lui parler, Rogue ferma la porte d'un coup de baguette.

– J'ai quelque chose que je voudrais vous prêter, dit directement Harry en fouillant dans sa poche.

Il sortit la bague, ce qui provoqua un haussement de sourcil de Rogue.

– Vous avez sûrement entendu parler du Conte des trois frères ? dit-il en la déposant sur le bureau. C'est la pierre de Résurrection qui est sertie dessus. Je n'ai pas voulu l'utiliser, je pense que ça fera plus de bien que de mal, mais vous, il y a quelqu'un avec qui vous avez besoin de parler, non ?

Le regard du professeur Rogue avait toujours ressemblé à un tunnel froid, sans vie, mais à présent qu'il fixait la bague, Harry y discernait de la peur. Lui qui affrontait Voldemort sans ciller semblait soudain hésiter. Quoi qu'il se soit passé entre eux, ce devait être grave.

– Après tout ce temps, elle doit avoir envie de vous parler aussi, insista Harry, de plus en plus convaincu que Rogue en avait besoin. Vous avez fait beaucoup de choses pour moi, je serais probablement mort plusieurs fois si vous n'étiez pas intervenu.

Et pas que pour lui, durant ses missions d'espionnage, combien de fois avait-il risqué sa vie pour le plus grand bien sans que personne ne sache, à part peut-être Dumbledore ?

Après une longue hésitation, Rogue ramassa la bague.

– Donnez-moi une heure.

Harry acquiesça et le laissa seul.


.. si on faisait une liste de gens qui ont besoin de tourner la page sur une perte je crois que Rogue serait très très haut avec Lily (presque aussi haut que Voldemort avec son nez)..