Les après-midi d'été

Auteur : PlumePlume

Disclaimer : Harry Potter appartient à J.K. Rowling et je ne tire aucun profit financier de cette histoire.

Rating : K

Pas vraiment de spoiler, tant que vous savez ce qui arrive pendant l'été 1899.

Pairing : jeune Albus Dumbledore/Gellert Grindelwald (alias Grindeldore)

Voici donc un deuxième OS pour répondre au défi journalier du serveur Discord "Le Petit Salon d'Ecriture", celui-ci consistait à écrire une histoire contenant les mots "libre", "oiseau" et "prison".

Bonne lecture !


Les après-midi d'été


C'était un après-midi pluvieux. Le jeune Albus, installé à son bureau, jouait distraitement avec sa plume, en parcourant des yeux l'épais volume de botanique ouvert devant lui. Il soupira profondément et reposa sa plume. Encore un ouvrage dénué d'intérêt, qui ne faisait que reformuler ce que tant d'autres avaient déjà établi, démontré et re-démontré maintes fois. Le livre vint rejoindre la pile dangereusement haute et instable d'ouvrages que le sorcier avait déjà lus et vidés du peu d'informations décentes qu'ils contenaient. Le jeune homme se penchait pour atteindre sa prochaine lecture lorsque quelqu'un frappa à la porte.

Il fronça les sourcils et jeta un œil par la fenêtre. L'averse avait dû cesser peu de temps auparavant, car les carreaux étaient encore constellés de gouttes, et les gros nuages noirs qui s'amoncelaient déjà au loin annonçaient qu'une nouvelle vague de pluie n'aller pas tarder. Il était curieux que quiconque s'aventure dehors par ce temps-ci. Albus roula des yeux à cette pensée. Ça faisait plusieurs jours que ce temps humide et désagréable persistait, et chaque nouveau jour de pluie incitait davantage le jeune mage à faire ses bagages pour enfin quitter ce village miteux perdu au fin fond de la campagne.

Ses pensées commençaient à s'égarer vers sa mère, dont la mort avait fait voler en éclat tous ses rêves de voyage, mais des nouveaux coups répétés contre la porte le ramenèrent violemment à la réalité. Il grogna et tendit l'oreille. Abelforth était censé être à la maison également, alors pourquoi n'allait-il pas ouvrir ? On frappa de nouveau. Albus finit par se relever dans un raclement de chaise et sortit de sa chambre en claquant la porte avec agacement. Un bruit de livres qui s'écroulent sur le sol retentit, provenant de sa chambre. Albus jura bruyamment.

La personne à la porte sembla s'impatienter, puisque les nouveaux coups frappés résonnèrent si fort qu'Albus craint qu'on tentât de défoncer la porte. Il lança un « J'arrive ! » sonore, sans prendre la peine de cacher son irritation.

Il arriva à la porte et l'entrouvrit avec humeur. Albus fronça les sourcils en découvrant sa voisine Bathilda Tourdesac, qui lui offrit un grand sourire. Il y répondit par une petite grimace contrite, toujours contrarié d'avoir été dérangé au milieu de son important travail. Puis Balthida esquissa un pas sur le côté et le visage d'Albus passa de la colère à la stupéfaction.

– Albus, je te présente mon petit-neveu Gellert ! Il vient passer les vacances chez moi. Vous avez à peu près le même âge donc je me suis dit que vous devriez bien vous entendre !

Albus détailla le-dit Gellert du regard, s'attarda sur ses cheveux blonds dorés légèrement bouclés, puis ses yeux bleus perçants, et ses pommettes hautes, qui criaient ses origines d'Europe de l'Est. Le mage se reprit soudainement alors que ses yeux dérivaient sur la paire de lèvres fines du jeune homme, qui s'arquèrent en un petit sourire joueur. Gellert s'avança d'un pas puis lui tendit la main. Albus eut un moment d'hésitation, perturbé par les yeux pétillants de son interlocuteur, avant se reprendre et saisir la main fine et pâle. Le sourire de Gellert s'agrandit.

– Enchanté, Albus. Vraiment.

Au grand étonnement du jeune mage, les mots avaient été prononcés dans un anglais parfait, dénué de tout accent. Il sourit à son tour.

– Tout le plaisir est pour moi.

ooo

Bathilda s'était éclipsé peu après, marmonant quelque chose à propos de ses plantes, mais Gellert et Albus étaient déjà perdus dans une fascinante conversation sur les usages controversés du polynectar. Albus souriait de toutes ses dents, totalement fasciné par cet étranger qui amenait avec lui des idées qui, couplées aux idées d'Albus, ouvraient un nombre de possibilités vertigineuses. C'est donc tout naturellement qu'il l'invita dans sa chambre pour qu'ils continuent plus confortablement leur conversation.

Installé sur son lit, qui était déjà noyé sous des feuilles volantes, livres, plumes diverses et encriers multicolores, Albus buvait les paroles de Gellert, qui s'était adossé à la tête de lit avec une décontraction qui contrastait avec sa tenue guindée. Albus aurait pu se laisser bercer par sa voix de velours des heures durant. Gellert avait vécu, expérimenté et osé tant de choses ! Albus lui sourit, éperdu d'admiration et de reconnaissance. Pour la toute première fois de sa vie, il se sentait compris. Il pouvait parler de n'importe quoi, Gellert trouverait à lui répondre, et en aucun cas il ne le jugerait ou ne détournerait pudiquement la conversation, comme l'avait trop souvent fait ses professeurs à Poudlard. Non, Gellert était comme lui, il le sentait dans son cœur qui battait à tout rompre, ivre de joie. Albus rayonnait littéralement, illuminant sa petite chambre de bonheur. Enfin il l'avait trouvé, son jumeau, son âme-sœur, son égal… Il n'était plus seul.

ooo

Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis leur première rencontre, et Gellert et Albus étaient rapidement devenus inséparables. Au grand dam d'Abelforth et Ariana, mais encore aurait-il fallu qu'Albus détache ses yeux de Gellert pour le remarquer. Les deux jeunes gens passaient toutes leurs journées ensemble, la plupart du temps enfermés dans la chambre d'Albus, à s'enivrer de livres et élaborer des plans pour révolutionner le monde magique et moldu. Lorsqu'ils ne pouvaient pas se voir, ils s'envoyaient des lettres par hiboux interposés, et Albus conservait précieusement chacune de ses lettres dans une petite boîte qu'il cachait sous son lit.

Le jeune mage n'avait pas tardé à réaliser que son attachement devenait de plus en plus grand, et, suite à certaines pensées et rêves déplacés, qu'il ne se limitait manifestement plus à de la platonique amitié. Mais il n'en avait jamais touché mot à Gellert, terrorisé à l'idée de baisser dans l'estime de ce dernier, qui se montrait plutôt réservé et distant quant au sujet des relations humaines. Albus ne pouvait s'empêcher de se demander, de temps à autre, si Gellert avait déjà expérimenté ces choses-là, avec une fille – ou peut être un garçon, il paraissait que Durmstrang était une école masculine. Après tout, Gellert n'avait que deux ans de moins que lui, il était aussi dans cet âge-là. Mais, une fois encore, il avait gardé ses questionnements pour lui, et se contentait de rêver de son côté, en prenant garde à ne pas reluquer Gellert de façon trop évidente.

ooo

C'était une après-midi calme, le ciel était bas, gris, et de petites brises balayaient de temps à autre la campagne anglaise, formant des motifs mouvants dans les champs de blé au loin. Albus avait décidé de se rendre à l'orée de la forêt, non loin du village. Il comptait sur le temps maussade pour dissuader les éventuels randonneurs. Son carnet sur les genoux, le dos confortablement calé contre le large tronc d'un chêne, Albus dessinait.

Il avait tout d'abord esquissé le paysage, puis quelques oiseaux qui s'aventuraient dans les arbres. Il s'était ensuite essayé aux végétaux l'environnant, observant les petites fleurs colorées qui poussaient çà et là. Il avait souri lorsque Gellert en avait arraché une pour venir la placer dans ses cheveux, puis il avait rougi en sentant les doigts de Gellert lui effleurer le visage avant de venir replacer une ses mèches auburn derrière son oreille. Gellert l'avait fixé quelques instants, et Albus avait tremblé légèrement devant son regard bleu pénétrant. L'espace d'un instant, il avait craint que Gellert ne lise ses pensées et ne découvre les secrets qu'il y cachait. Puis il s'était rassuré en se rappelant qu'ils s'étaient promis de ne jamais utiliser la légimancie entre eux. Gellert avait finalement détourné le regard et s'était tout naturellement installé contre lui, la tête posée sur ses cuisses. Albus avait souri et avait repris ses esquisses, en tenant son carnet d'une main et dessinant de l'autre. C'était moins pratique, mais c'était un bien maigre prix à payer pour avoir son ami installé sur ses genoux.

Albus finit par reposer son crayon dans l'herbe, à côté de Gellert, qui haussa un sourcil.

– Tu ne veux plus dessiner ?

– J'ai fini.

Gellert fronça les sourcils, puis lui lança un sourire amusé.

– Tu as déjà tout dessiné ? Je parie que tu n'as pas dessiné le petit bouleau tout maigrichon là-bas !

Albus suivit son regard puis lui donna une bourrade amicale.

– Il est moche, ton bouleau ! Moi je ne dessine que de belles choses !

Gellert gloussa.

– Donc j'ose espérer que tu m'as déjà dessiné !

Le rire d'Albus s'étrangla brusquement et il se sentit rougir, soudainement nerveux. Gellert, surpris par son soudain silence, se tourna vers lui.

– Hey, c'était une blague, Al', tu dessines bien ce que tu veux.

Albus lui répondit par un faible « Oui, je sais. », accompagné d'un hochement de tête raide. Il fuyait son regard, les joues légèrement rouges. Albus revoyait très clairement le paquet de dessins de Gellert qu'il avait accumulé au fil du temps. Des dizaines de morceaux de parchemins déchirés, planqués précieusement au fond d'une de ses armoires. Son petit secret. Des portraits croqués alors que son ami était endormi, des dessins de mémoire, de son visage, ses mains, ses bras, ses cheveux… Et bien d'autres esquisses tirées de son imagination beaucoup trop prolifique, des rêves couchés sur papier, d'étreinte chaste et rassurante dont Albus rêvait, de baisers échangés sous la pluie et d'autres choses encore.

– Al' ? Tu m'entends ?

Albus tressaillit violemment, tiré de ses rêves éveillés pour trouver le visage de Gellert, à deux pas du sien. Avec deux yeux bleus qui le fixaient, vaguement inquiets. Albus se racla la gorge, en espérant faire redescendre rapidement la température affolante de ses joues. Gellert pencha la tête sur le côté, sans se reculer pour autant.

– Tu es sûr que tout va bien ?

Albus baissa la tête.

– Oui oui, un coup de chaud. Rien de bien grave, ne t'en fais pas.

Gellert ne parut pas convaincu mais ne le questionna pas davantage. Albus fit mine de se lever, aussi l'autre jeune homme finit par quitter ses genoux et se releva à son tour. Albus, le rouge aux joues, se dirigea à grands pas vers la route, dans le but de retourner s'enfermer chez lui au plus vite, et ne plus jamais reparler de cet épisode embarrassant.

– Albus !

Il grimaça mais s'arrêta et se retourna vers son ami.

Gellert, qui était quelques pas derrière lui, lui lança un petit sourire en s'approchant. Et, avant qu'Albus ait le temps d'esquisser le moindre geste, Gellert s'arrêta juste devant lui, posa ses mains sur ses hanches et se pencha pour l'embrasser.

Le cœur d'Albus fit un bond et il inspira brusquement en sentant les lèvres de Gellert contre les siennes. Puis il ferma les yeux et se laisser aller entre les bras de son ami.

Gellert se recula et lui caressa tendrement la joue. Il lui adressa un sourire timide, comme s'il appréhendait la réaction d'Albus. Un grand sourire sincère lui répondit, débordant de bonheur. Albus était l'homme le plus heureux du monde.

ooo

Cet après-midi-là n'était ni gris ni pluvieux. Le temps était même plutôt radieux. À tel point qu'Abelforth avait décidé d'emmener Ariana avec lui pour aller promener ses chèvres dans un pré à l'écart du village. Albus et Gellert en avait profité pour se retrouver dans la chambre d'Albus, pour échanger leurs brillantes idées, entre deux séances de bécotage.

Les deux jeunes hommes étaient installés dans le lit d'Albus, entremêlés dans les draps, Albus calé contre la poitrine de Gellert. Sa main traçait des motifs abstraits sur le torse de son compagnon. Albus inspira profondément, comme à chaque fois qu'il souhaitait aborder un sujet délicat.

– Tu sais, parfois j'ai l'impression d'être en prison ici…

La main de Gellert, posé sur son dos, marqua un temps d'arrêt, puis reprit ses petits mouvements circulaires, réconfortant Albus, qui reprit.

– Je sais que je ne devrai pas me plaindre, mais toute cette pression, tous ces devoirs familiaux… Devoir gérer Ariana et ses problèmes, Abelforth, qui ne pense qu'à ses chèvres et s'oppose à tout ce que je dis… Parfois c'est trop, c'est juste trop…

Gellert lui déposa un baiser dans les cheveux.

– Et si tu partais ?

Il sentit Albus se crisper brusquement contre lui. Il déposa une myriade de petits baisers dans les boucles auburn et continua.

– C'est juste une idée comme ça, mais imagine tout ce qu'on pourrait faire, ensemble. On serait libre de voyager où on veut, quand on veut. On parle plusieurs langues et l'argent n'est pas un problème, rien ne nous arrêterait ! On pourrait même faire ce tour du monde dont tu rêvais !

La main de Gellert lui caressa doucement le dos et Albus sourit.

– J'aime bien cette idée…

Gellert sourit à son tour, puis Albus se releva sur un coude pour l'embrasser doucement, avant de revenir se blottir dans le creux de son cou. Gellert déposa un baiser sur le sommet de son crâne et ils restèrent ainsi, blotti l'un contre l'autre, à profiter de la douceur de cet après-midi d'été.


FIN

Et voilà ! J'espère que ça vous a plu !

En tout cas merci d'avoir pris le temps de découvrir cette histoire :)