CHAPITRE I :
C'était arrivé de nouveau. L'Europe sorcière s'était détruite, pour la neuvième fois consécutive. L'air était vif et l'automne s'installait alors que les feuilles d'un beau rouge vif voletaient sur les trottoirs. Harriet Potter était assise, affalée sur un banc du parc, ses cheveux noirs étaient courts et ébouriffés, dressés aux mauvais endroits. Il y avait une éclaboussure de sang visible sur son chemisier bleu pâle, sa respiration se résumant à de courts soupirs laborieux. Elle avait passé toute sa vie à essayer de sauver le monde sorcier de lui-même et cela n'avait pas donné de résultat.
Des moldus passèrent devant elle sans même un regard dans sa direction. Les charmes "Ne-me-remarque-pas" avaient leurs avantages et Harriet en appréciait chaque seconde parce qu'elle savait que son partenaire venait lui parler et honnêtement, elle n'avait aucune envie de le supporter. A vingt-cinq ans, elle n'aurait pas dû mener deux guerres différentes dans l'objectif d'en faire une troisième. Et, elle détestait avoir à faire à Lui…
Surtout quand elle saignait lentement.
Il allait à nouveau être très… déçu.
Connard.
Quoi qu'il en soit, elle sentit une présence à côté d'elle et força ses yeux à s'ouvrir pour voir la divinité à capuchon qu'elle redoutait le plus de rencontrer aujourd'hui : la Faucheuse..
"Tu ne l'as pas empêché de se réaliser," la voix de Mort résonna de façon inquiétante, ou du moins c'est ce que Harriet supposait qu'il recherchait. Sa voix sonnait plus grinçante qu'effrayante pour elle à ce stade. Neuf vies passées à faire face à la Mort avaient tendance à faire cela à une personne.
"Ce n'est pas comme si tu m'avais aidé. J'ai sauvé ce que j'ai pû, mais deux Seigneurs des Ténèbres mégalomanes à moins de cinquante ans d'intervalle ont vraiment ruiné toute chance de repeuplement, " grinça-t-elle en serrant les dents. Elle était presque certaine qu'un, sinon plusieurs, de ses organes étaient en train de cesser de fonctionner.
"Je pensais que tu aurais réussi cette fois. C'était ta neuvième tentative de sauver ton monde magique", répondit la Mort, ne remarquant pas son sarcasme ou choisissant simplement de l'ignorer.
Vivre la même vie neuf fois, faisant des changements ici et là pour obtenir le meilleur résultat possible pour l'avenir tout en tentant de préserver la race sorcière. Cela s'avérait impossible. Il n'y avait tout simplement pas assez de temps. "Tu sais, il y a un dicton qui dit que si tu fais la même chose encore et encore et que tu t'attends à un résultat différent, alors tu es fou. Je commence à croire que c'est vrai."
La divinité à côté d'elle soupira. Il en avait tout autant marre qu'elle. Il y avait une limite au nombre de fois où il pouvait la renvoyer dans le passé afin de garder la magie en vie en Europe. Harriet est née trop tard à cette époque pour que quoi que ce soit en sorte. Cela l'avait prouvé. Peu importe ce qu'elle changeait, personne ne prendrait les paroles d'un enfant au sérieux et au moment où elle serait en âge d'être entendue, le monde sorcier de l'Europe serait trop consanguin pour arrêter leur destruction imminente.
"Je pensais vraiment que tu avais réussi cette fois-ci. Les lois que tu avais mises en place auraient dû fonctionner."
Harriet gémit, sentant la blessure à l'arme blanche de son côté palpiter. Elle n'allait pas vivre beaucoup plus longtemps. " Il n'y a juste pas assez de temps. Si les lois avaient été adoptées quarante ans plus tôt, oui, mais il n'y a tout simplement plus assez d'individus avec un potentiel magique suffisamment fort pour faire ressurgir les dons magiques perdus.
La Mort se tourna vers elle, ses yeux sans âme plongeant dans les siens, et Harriet pût jurer un instant voir ce qui s'apparente à de l'excitation en eux.
"Le temps… tu as besoin de plus de temps."
"Oui, je dis cela depuis trois retours en arrière. Tu as toujours dit qu'il n'y avait rien que tu puisses faire à ce sujet. Qu'aucun de mes ancêtres ne répondait à tes critères pour accueillir mon âme ou une autre connerie du genre", répondit-elle, mais elle commença à tousser du sang avant de pouvoir dire un mot de plus.
Ah, son poumon devait être perforé.
"Il y en a une à laquelle je peux penser, mais elle était… endommagée… bien avant sa mort. Je pourrai te donner son corps, mais il pourrait y avoir des complications."
"Lesquelles ?" demanda-t-elle avec une respiration sifflante, le sang dans son poumon commençant à la noyer.
"Oh, tu verras. Toi, ma chère, Maître, tu es hors du temps", dit-elle avant qu'Harriet ne sente son âme quitter son corps pour la neuvième fois.
Quand Harriet reprit connaissance, elle se trouvait dans un espace gris, flottant dans l'éther. Le néant l'entourait de tous les côtés. Elle attendit un moment que la Mort revint et s'explique. Elle ne l'a pas déçue en se matérialisant devant elle.
Sa capuche était toujours relevée et la faux traditionnelle était dans sa main. La Mort, comme toujours, était un cliché ambulant. "Si tu me disais où nous nous trouvons", dit-elle en désignant le néant autour d'eux en agitant les bras de façon exagérée.
La Mort gloussa, faisant dresser les cheveux sur sa nuque. Elle ne l'avait jamais entendu rire auparavant. Quelle idée lui avait-elle donnée ?
Mince, elle avait besoin d'arrêter de l'influencer. La Mort avait été calme quand elle l'avait rencontré la première fois et maintenant la bâtarde aimait la taquiner. La Mort a désigné le néant d'un signe du bras : "C'est le paysage mental de ton nouveau corps, il se décompose lentement. Elle était l'un des maîtres potentiels de la Mort qui n'a jamais accompli son destin. Elle a été capturée par un groupe de sang-pur qui dirigeaient un anneau magique de duels d'enfants. Les Mangemorts l'ont tuée lors d'un raid quand elle avait quatorze ans. C'était une combattante vicieuse, mais elle n'avait pas perdu son humanité. En bref, elle était parfaite mais je ne pouvais rien faire pour la sauver."
Harriet était censée prendre la place de cette fille ? C'était l'une des choses les plus dingue que la Mort lui avait demandées. "Comment suis-je censée entrer dans la vie de cette fille ?" Il y avait tant de choses que Harriet ignorait à son sujet. Quelqu'un comprendrait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas chez elle. Elle se retrouverait internée au service psychiatrique de Sainte-Mangouste.
Il y avait trop de failles dans ce plan. Quand cette fille est-elle née ? Comment allait-elle même survivre après l'attaque ? Serait-elle parmi les victimes du carnage des blessés et des mourants ? Serait-ce juste un voyage dans le temps inutile et douloureux ?
"Tu vois, c'est la raison pour laquelle je t'ai amenée ici. C'est le moment où les humains voient leur vie se dérouler devant leurs yeux. Tu entreras dans l'esprit de cette fille pendant qu'elle meurt."
"Attends une minute…"
"Sois prudente" avertit la Mort en agitant les mains.
Soudain, elle sentit la gravité reprendre ses droits, sans sol en dessous d'elle. Elle aperçut la Mort. Celle tête de con souriait.
Harriet tomba dans le néant avec un cri.
C'était comme regarder un film, voir des morceaux d'un passé qui n'était pas le vôtre. Son vaisseau s'appelait Jasmine. Elle était née en Autriche, la dernière de la branche principale des Peverell. Son père, Matthew, avait émigré de l'Angleterre vers l'Autruche quand il était enfant avec ses grands-parents pour échapper à Grindelwald. Il avait traqué et assassiné la majorité de la famille Peverell et ils avaient décidé de se cacher juste sous le nez du fou dans son pays d'origine, l'Autriche.
Le plan avait fonctionné et la famille avait survécu pendant un certain temps.
Jasmine se souvenait des histoires que son père lui racontait la nuit, la façon dont il avait rencontré sa mère ainsi que de ses propres recherches.
Le père de Jasmine était tombé amoureux et avait épousé une jeune sorcière nommée Elisabeth Brunner. Ils s'étaient rencontrés pendant qu'il faisait des recherches sur les cracmols et que sa future tante cracmole, Anna, avait accepté une interview. Anna avait été mordue par un loup-garou quand elle était jeune et même si elle ne possédait pas de magie active, sa magie latente était suffisante pour survivre à la morsure et se transformer mensuellement.
Cela avait été un coup de foudre et le mariage avait eu lieu peu de temps après. Trois ans plus tard, Jasmine est née. Harriet la vit grandir dans un foyer aimant pendant les huit premières années de sa vie, jusqu'à la mort de ses parents dans un accident de voiture plutôt horrible. Jasmine avait toujours su que l'accident avait été provoqué. Son père lui avait toujours dit que ses recherches expérimentales avaient tendance à mettre les gens en colère. Il essayait de prouver que la pureté magique empoisonnait le monde sorcier et pouvait prouver que les cracmols et né de-moldus ne volaient aucune magie mais au contraire qu'avoir des enfants avec des moldus faisait ressortir les plus rares des dons magiques. Il l'avait prévenu que les puissants sang-purs n'aimaient pas ça. Il lui avait alors donné ses recherches, cachées dans un médaillon familial qu'elle ne devait jamais retirer, et elle ne l'avait jamais fait.
Et lorsque des personnes avaient fouillé et presque détruit la maison pendant les funérailles de ses parents, Jasmine n'avait jamais été aussi heureuse d'avoir le médaillon autour du cou et à l'abri des regards indiscrets.
Après cela, elle était allée vivre avec sa tante, qui aimait beaucoup sa nièce malgré son affliction mensuelle. Leur bonheur n'avait duré qu'un an avant qu'elle ne soit assassinée pour être un loup-garou par des sangs-pur qui deviendraient ensuite ses patrons dans l'anneau de duel.
Cette nuit-là avait été calme. La pleine lune aurait lieu 3 jours plus tard, alors Jasmine préparait la maison pour que sa tante reste au sous-sol durant sa transformation. Elle avait alors vu les lumières des baguettes au loin et elle avait rapidement caché tout ce qu'elle pouvait prendre dans le médaillon. Elle avait appelé sa tante mais elle était trop faible pour se déplacer rapidement et les sorciers étaient devant elles avant qu'elles ne puisse aller jusqu'à la voiture.
Le chef du groupe avait tué sa tante avec un simple avada.
Jasmine avait crié mais rien n'avait changé : sa tante était morte et les sorciers avaient tourné leur attention vers elle. Ils lui avaient à peine jeté un coup d'oeil avant que le chef ne lui dise en anglais "Prends un sac et emballe tes affaires. Tu as cinq minutes."
Harriet regarda la jeune fille monter les escaliers et mettre ses vêtements dans son sac d'école ainsi que quelques livres que sa mère lui avait laissés. Tout ce qui importait vraiment était dans son collier.
La scène a changé, choquant Harriet. Elle a atterri dans une chambre différente, plutôt opulente. Jasmine pleurait de tout son cœur. Harriet a réalisé que c'était le lendemain de son enlèvement. La porte de la chambre était verrouillée et il n'a pas fallu longtemps avant que ses ravisseurs n'entrent dans la pièce. Un homme et une femme. Ils étaient grands et imposants, vêtus de robe rouge vin, coiffés impeccablement.
Jasmine a reculé le dos contre le mur, essayant de garder autant de distance que possible entre eux et elle. "Pourquoi suis-je ici ? Où suis-je ?", demanda-t-elle dans un désordre d'anglais presque brouillé sous son accent autrichien.
"Arrête de pleurer, jeune fille. A partir d'aujourd'hui, tu es pupille de la maison Chester. Tu vas être entraînée à gagner au combat ou à mourir en essayant", a ordonné la femme, sa baguette sortie en un instant. Jasmine grinça des dents et se recroquevilla, attendant l'attaque. L'homme posa une main sur le poignet de sa femme, baissant sa baguette.
"Non, Marie, ne l'attaque pas tout de suite. Nous ne pouvons pas endommager notre marchandise. Cette fille sera forte, mais nous ne pouvons pas la briser. Pas comme le dernier."
Jasmine ne savait pas ce que ces mots signifiaient à ce moment-là, mais elle a appris rapidement.
Les images défilaient devant les yeux d'Harriet alors qu'elle regardait Jasmine s'entraîner à se battre contre les Chester. Elle a vu l'œil gauche de Jasmine être endommagé de façon permanente par l'une des malédictions errantes d'Arnold et la façon dont ils l'ont "réparée" en brûlant une rune près de lui. Elle a regardé Jasmine se battre contre d'autres jeunes sorcières et sorciers dans la même situation difficile qu'elle. Elle l'a regardé se frayer un chemin dans les rangs, mutilant, blessant et tuant presque divers autres participants.
Les années ont passé et rien n'a changé. Jusqu'à ce qu'une femme du ministère ne se présente déguisée lors d'un des week-end du tournoi au manoir Chester. Elle avait acculé Jasmine alors qu'elle attendait de se battre. De temps en temps, certains clients parlaient aux combattants avancés, afin qu'ils puissent placer leurs meilleurs paris. Cela a également montré que les clients avaient le contrôle total de leurs combattants, décidant de s' ils se battaient ou non. Ils décidaient de leur sort.
La jeune femme se présenta comme Amelia Bones. Elle a promis qu'elle aiderait et Jasmine n'osait pas espérer que quelqu'un les ait enfin trouvés. Tous les enfants allaient sortir de cet enfer sans fin. La femme lui a dit que quelqu'un viendrait arrêter les clients dans les prochains jours.
L'aide d'Amelia n'est pas arrivée assez vite, car Voldemort a attaqué le Manoir en premier, tuant tout le monde à l'intérieur.
Harriet vit cette fille vicieuse tuer divers Mangemorts et pas mal de clients quand ils ne faisaient pas attention. Beaucoup de combattants avancés étaient utilisés comme boucliers humains contre les Mangemorts.
Deux sortilèges verts se sont dirigés vers elle et Harriet fut de retour au néant, Jasmine flottant devant elle. Elles avaient l'air étonnamment similaires en apparence, Jasmine avait les même cheveux foncés, bien que les siens soient visiblement bien plus longs ; la forme de son visage était similaire ; ses yeux étaient différents, d'un bleu vif, mais elle était plus jeune, environ quatorze ans et c'était triste de voir qu'elle mourrait si jeune. Il semblait que la Mort avait un type précis de physique en tête quand elle choisissait un Maître.
"Alors, tu as été choisi par la Mort ?" demanda-t-elle, un léger accent autrichien ressortant de sa voix, un sourire narquois sur son visage. "Visiblement. Cela te dérange si je prends la relève à partir d'ici ?"
"Tout ce que je demande est que tu sauves les enfants dans le manoir. Ils sont dans la cave inférieure. La Mort me doit de te laisser prendre le relais. Penses juste à sauver la vie de mes amies en remboursement pour avoir pris mon corps. Souviens-toi de cela pour moi, Harriet" supplia-t-elle, ses yeux bleus écarquillés.
"Je le ferai, ne t'inquiète pas", répondit Harriet en essayant d'avancer pour enlacer la fille devant elle qui recula.
"Garde mes souvenirs comme les tiens, tu es Jasmine Peverell. Maintenant, réveilles-toi."
Harr-no-Jasmine tomba dans les ténèbres.
