Deux jours. Cela faisait deux jours qu'elle n'avait pas quitté sa chambre. Elle refusait d'ouvrir à qui que ce soit. Et ils avaient presque tous essayés. D'abord Chrome, et par l'Oracle elle avait dû se faire violence pour ne pas ouvrir au Loup, il était un ami si précieux pour elle. Karenn et Eweleïn avaient également essayées de lui faire entendre raison, mais elle avait presque dû les implorer, leur assurant qu'elle n'était pas en danger, mais qu'elle avait simplement besoin de temps. Ceci dit, elle était réellement étonnée que personne n'ai encore forcé sa porte à l'aide d'un belier ou ne l'ai déverrouillé à l'aide de la magie. Peut être avaient-ils finis par comprendre qu'elle avait réellement besoin de temps. Elle était presque sûr d'avoir entendu une personne attendre devant sa porte, parfois en journée, parfois le soir. Une personne ou... Deux ? Parfois elle avait reconnu malgré elle la démarche de Nevra. Ils s'étaient côtoyés de prêt et pendant un moment, elle savait reconnaître sa démarche. Il était discret d'ordinaire, imperceptible, mais par moment, il se laissait écouter. Dans le silence de la nuit, elle avait cru percevoir ce son familier.

Cependant, par moment, et uniquement la nuit, elle avait entendu une autre démarche. Bien moins discrète, plus lourde. C'était arrivé par deux fois , la personne venait, et s'asseyait devant la porte. Puis, elle n'entendait plus un bruit. Elle ne cru pas reconnaître une démarche en particulier et à dire vrai, cela la questionnait grandement. Un inconnu qui campait devant sa porte. Elle se surprit à sourire faiblement à la pensée d'avoir un admirateur secret. Dit comme ça, c'était creepy, mais cela la ramenait avec douceur à des périodes plus insouciantes de sa vie. Elle fixa le plafond de sa chambre, comme pour y trouver une réponse. Son coeur se serra quand elle fut rattrapée par ses pensées.

Au final, plus elle y pensait et plus cela faisait sens. Ezarel avait toujours été ainsi : solitaire. Et quand bien même ils s'étaient aimés, quand bien même il lui avait semblé qu'il était l'amour de sa vie, leur histoire venait de commencer, elle n'était qu'un prémice. Il avait certainement terriblement souffert de la perdre, mais c'était sa manière de passer à autre chose. Elle l'avait vu, en action, il passait rapidement à autre chose. Elle n'en doutait pas un instant, il l'avait aimé, certainement l'aimait il encore d'une certaine manière. Mais il avait fait le choix de partir, de tourner cette page. Il aurait pu rester, veiller le Crystal, attendre son réveil. Mais il avait choisit de partir. Qui était elle, pour lui retirer ce choix ? Pour le priver de cette décision, pour débarquer dans sa vie, après sept longues années, et venir tout chambouler ? Imaginons qu'il ai refait sa vie ? Comment pourrait il réagir ? Elle soupira. Non, elle ne pouvait pas lui infliger de telles souffrance. Arriver dans sa vie lors qu'il avait certainement réussit à l'oublier. S'il n'était jamais revenu, c'était pour une bonne raison. Il était parti. Un sentiment fugace de colère s'empara de son coeur. Il l'avait laissé. Une violente crise de larme l'avait à nouveau secouée, il était parti. Elle pleura à s'en fendre le coeur, criant à pleins poumons. Il l'avait abandonné. C'était si douloureux de se le dire, mais les faits s'imposèrent à son esprit, déchirant une nouvelle fois son cœur, se gravant dans ses entrailles. Il était parti. Et elle ne pouvait pas lui en vouloir, elle était partie la première, en fin de compte. Une dernière lame s'enfonça en elle quand elle comprit enfin pleinement, pour la première fois ce que cela impliquait. C'était terminé. Leur histoire, elle était terminée. Défaites, elle se laissa tomber dans son lit, le corps lâche, exténuée par les pleures. Son corps, vide,secoué par moment de sanglots, finit par sombrer dans le sommeil, emportant son esprit avec lui.

Nejma se surpris à avoir les yeux grand ouvert. Depuis combien de temps elle ne dormait plus, perdu dans un demi-sommeil ? Elle se redressa doucement, et quand elle fut assise, elle fut prise d'une soudaine nausée. Elle s'appuya contre le mur, redressant son oreiller dans son dos. Elle prit deux profondes inspirations pour se recentrer et essayer de faire passer la nausée. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle avait faim. Étonnant, quand on a passé deux jours en ermite. Elle souffla bruyamment devant la bêtise de sa greve de la faim involontaire, et tourna son regard vers sa fenêtre. Il faisait nuit. Elle sembla réfléchir un instant. Bon, ce ne serait pas la première fois qu'elle empruntait quelque chose dans le garde manger, Karuto ne devrait pas trop lui en tenir rigueur. Pas trop. La jeune femme posa ses pieds sur le sol froid, et resta un instant assise dans cette position. Sa tentative d'infiltration dans le garde manger risquerait de tourner court si elle n'était déjà pas capable de se déplacer jusqu'à sa propre porte. Elle finit par se lever, fébrilement. Elle ouvrit la porte de sa chambre avec toute la discrétion dont elle était capable, et elle se dirigea lentement vers le garde manger. Elle dû faire de nombreuses pauses, sa tête vacillait. Appuyée contre un mur, elle soupira lourdement. Le garde manger n'était plus qu'à quelques mètres. Malheureusement pour elle, c'était les quelques mètres de trop. Elle se laissa glisser contre le mur, la tête en arrière. Elle essaya de calmer sa respiration mais elle connaissait trop bien la sensation qui l'envahissait à ce moment. Elle allait faire un malaise. Parfait. Si elle n'avait pas été si faible elle aurait éclaté de rire en s'imaginant tomber inconsciente jusqu'au lendemain matin, et que Karuto la retrouve, au sol, un bras tendu dans un dernier geste de désespoir pour tenter d'atteindre le garde manger, en vain. C'était d'un dramatique. Ses mains commencèrent à fourmiller quand elle entendit un bruit non loin d'elle. Elle se fit violence pour redresser légèrement la tête et voir quelqu'un s'accroupir à sa hauteur, lui tendant un verre. Dans la pénombre, elle ne le reconnu pas tout de suite.

- Bois, c'est de l'eau et du miel, ça devrait t'aider à te sentir mieux.

Nejma frissonna. C'est une voix qu'elle ne pourrait jamais oublier. Elle était apaisée, la haine l'avait quitté, mais elle reconnaîtrait cette voix entre mille. Elle focalisa son regard pour croiser un bleu azur qui ne la lâchait pas, un air soucieux fixé sur elle. Honnêtement, elle aurait adoré lui cracher au visage qu'il n'avait qu'à lui briser la mâchoire pour la forcer à boire, mais elle n'en avait pas la force. Elle ne savait même pas si elle aurait la force de boire. Et quand elle tenta de redresser la tête une nouvelle fois, elle la senti partir en arrière malgré elle. Elle plissa les yeux, s'attendant à sentir sa tête s'abattre sur le mur derrière elle, mais à son grand étonnement, il n'en fut rien. A la place, elle senti une main lui maintenir l'arrière du crâne avec douceur. Elle leva ses yeux sur l'homme, toujours accroupi à cotés d'elle , qui lui tendais le verre.

- Bois.

Sa voix était calme, mais elle n'appelait pas à une réponse. Nejma le vit approcher le verre de ses lèvres, elle n'était pas en état de protester. Au moins, s'il avait décidé de l'empoisonner il le faisait avec douceur, il fallait voir le bon côtés des choses, il y avait certainement pire comme mort. Quand elle eu finit de boire et qu'il l'aida à reposer sa tête délicatement contre le mur, elle senti le sucre présent dans le miel faire effet assez rapidement, et ses pensées était déjà plus clair. Effectivement, oui. Il y avait pire comme mort. Se faire étrangler, jeter d'une falaise, mourir noyé, ou emprisonné dans un cristal. De la colère monta en elle, ce qui la surpris car elle ne se pensait pas capable d'encore en ressentir au vu de son état. Elle leva les yeux vers l'homme qui s'était redressé, il pu apercevoir la colère dans ses yeux. Étrangement, elle eu la sensation qu'il était... Gêné ? Il détourna le regard. Nejma l'ignora un instant reprenant sa respiration, elle se sentait de moins en moins nauséeuse. Bientôt, seulement la faim lui prit le ventre. Elle rouvrit les yeux, sa respiration était calme. Elle préféra ne pas penser à l'instant où elle devrait se lever, elle n'était pas certaine que ses jambes la soutiendrai. Elle n'avait certainement pas envie de s'effondrer devant lui.

- Tu as repris des couleurs. Remarqua l'homme a présent adossé à une table en face d'elle.

Elle fulminait. D'où est ce qu'il lui adressait la parole. Un peu plus vivante, elle se redressa légèrement et leva ses genoux contre elle, posant ses avants bras dessus.

- Qu'est ce que ça peut te faire. Pesta elle, le regard noir.

- Est ce que tu te sens capable de te lever ? Lui répondit simplement l'homme.

Non parce qu'en plus, il m'ignore ? Nejmafulminait. Pour toute réponse elle souffla, et, prise d'un accès de colère, elle se redressa subitement. Peut être un peu trop subitement pour son corps, elle senti sa tête tourner, et avant qu'elle puisse comprendre ce qui lui arrivait, elle se senti fortement maintenu par deux bras puissant. Lance l'avait rattrapé, un bras dans le bas de son dos, l'autre soutenant ses bras, elle s'était d'ailleurs accroché à son bras par réflexe. Il se tenait au dessus d'elle, son visage bien trop proche du sien. Et avant toute autre réaction, c'est la première chose qu'elle remarqua. Son visage bien trop proche du sien. Le bleu glacial de ses yeux plongé dans les siens. Elle resta sans voix le temps d'une seconde, puis sa colère prit vite le dessus.

- Lâche moi Lance, ne me touche pas ! Commença la jeune femme.

- Si je te lâche, tu vas tomber. Commença l'homme.

Elle aurait juré qu'il s'était retenu d'ajouter quelque chose. Elle le dévisagea, et avec amertume elle le laissa l'accompagner jusqu'à une chaise pour qu'elle puisse s'assoir. Elle prit sa tête dans ses mains un instant, quand quelque chose s'illumina dans ses pensées.

- On est au milieu de la nuit, tu m'expliques ce que tu fais, comme par hasard, au même endroit que moi ?

Lance la regarda un instant, semblant hésiter. Elle le scruta, l'air accusatrice, puis quand son estomac se contracta sous l'action de la faim, elle se détourna de lui pour regarder vers son ventre. Il fallait qu'elle mange. Elle allait soupirer pour la dixième fois de la nuit, quand elle aperçue Lance poser une part de gâteau sur la table à côté d'elle. Dans l'état, et vu comme son ventre grondait, elle se méfierait plus tard. La faim avait parlé. Elle attrapa la part tout en lançant un regard assassin au Dragon, puis commença a manger. Tout en mangeant , elle dévisagea Lance.

- Je t'ai vu plus véhément. Lança Nejma, moqueuse.

- Toi en revanche, tu n'as pas beaucoup changé. Lui répondit Lance.

Elle resta interdite un instant. Effectivement, les menaces de mort mise à part, elle avait presque oublié la réparti Dragon. Elle souffla.

- Tu penses que tu vas te racheter en m'offrant de l'eau et un gâteau ? Tu penses sincèrement que ça va changer mon avis sur toi ? Je pense qu'au nombre de fois où tu as essayé, voir réussis de me tuer, il va falloir plus qu'un gâteau pour que je passe à autre chose. Lui lança Nejma.

Quand elle s'entendit parler, elle se mordit presque la lèvre. « Il va falloir plus qu'un gâteau pour que je passe à autre chose ». Sérieusement Nejma ? Quelle dinde. Lance pencha la tête, et elle cru voir du remord dans ses yeux.

- Je ne m'attend absolument pas à ce que tu changes d'avis sur moi, Nejma.

Quelque chose clochait. L'entendre prononcer son nom la fit frissonner, d'une étrange manière. C'était irréel, de se trouver face à lui. De lui parler, qu'il lui réponde. Elle devrait être terrifiée. Mais elle était tellement en colère qu'elle n'avait plus peur de lui. Elle n'avait pas envie de rester ici, avec lui, il y avait quelque chose d'anormal dans l'atmosphère, elle se sentait mal à l'aise.

- Tu ne m'as pas répondu. Tu me suivais ?

- Si j'avais voulu te faire du mal tu crois vraiment qu'on serait là, à discuter.

Nejma ne répondit rien. Il ne lui disait pas tout, c'était certain. Elle arrivait au bout de sa patience.

- Tu m'excuseras, ta présence ne m'est pas des plus agréable, je vais retourner me coucher.

Quand elle l'aperçu se redresser et ouvrir la bouche, elle ajouta.

- Ah non. C'est hors de question. Tu ne m'accompagnes nul part. Fous moi la paix.

Et sans attendre de réponse, elle se dirigea vers sa chambre, en étant persuadée qu'il la suivrait tout de même pour vérifier que tout irait bien.