Le lendemain matin, Nejma pointa doucement le bout de son nez dans la cantine. Elle appréhendait, les regards, les questions. Quelque part, elle avait honte de s'être absenté si longtemps. Elle commença à marcher, cherchant une table quand elle vit quelqu'un secouer la main avec énergie. Elle reconnu le sourire de Mathieu. Nejma avait fait sa connaissance au moment de son réveil, et elle devait avouer qu'elle le trouvait d'agréable compagnie. Quand elle arriva à sa hauteur, elle le vit sourire de plus belle. Il était accompagné de Koori et Karenn. Quand Nejma s'assied en face de Mathieu, elle vit le visage de Koori se déformer d'un sourire malicieux. Du peut qu'elle l'avait entendu parler, cela n'annonçait rien de bon.
- Alors Nejma, tu as finit de jouer aux ermites ?
- Koori ! Lança Mathieu, un air de reproche sur le visage.
- Quoi ! Je dis juste que c'est quand même pas commun de s'enfermer sans boire ni manger pendant deux jours !
- D'ailleurs c'est étonnant que tu ne sois pas en moins mauvaise forme. Lui dit Karenn.
Nejma les regarda tout les trois, un peu prise au dépourvu. Ça commençait fort, effectivement. Elle ne savait même pas quoi leur répondre a vrai dire. Elle tourna son regard vers Mathieu, elle avait certainement l'air d'appeler à l'aide car il prit la parole.
- Je ne sais pas, moi j'aimerais bien vous y voir toutes les deux, de ressusciter subitement après sept ans d'absence, je ne trouve pas qu'il y ai quelque chose de drôle.
Nejma sourit à Mathieu. Elle entendit Koori souffler bruyamment.
- Évidemment, personne n'a dit le contraire Mathieu ! Tu es beaucoup plus drôle d'habitude. Si tu veux mon avis, tu es beaucoup trop premier degrés, ça me désole, ça ne marchera jamais entre nous.
Nejma éclata de rire malgré elle, mais s'arrêta rapidement quand elle vit le visage sarcastique de Koori se tourner vers elle, elle n'en avait pas finit avec elle, c'était certain.
- Tu sais Nejma, je reste persuadé que tu as fait tous ça pour attirer l'attention de Nevra.
Nejma ouvrit des yeux rond, crachant presque le contenue de son verre sur Mathieu, toussant bruyamment. Karenn tourna la tête vers Koori, interrogative.
- Bah oui, a ce qu'il se dit c'est quand même lui qui l'a trouvé avant qu'elle ne se terre dans sa chambre. Et de source sûre, il est resté pas mal de temps devant la porte. Moi je dis çaaaaa.
Koori aimait beaucoup trop la tournure que prenait cette discussion. Mais ce qu'elle dit troubla Nejma, c'était donc bien lui qui avait attendu devant sa porte. Pourquoi est ce qu'il l'avait attendu ? Elle repensa un instant au moment qu'elle avait passé seule avec lui, à pleurer dans ses bras, sur le sol de sa chambre. Ses caresses dans ses cheveux, le réconfort qu'elle avait trouvé à être contre lui.
- Nejma ? Tu rêves de lui éveillée ? Ajouta Koori, l'air visiblement satisfaite d'avoir troublée la jeune femme.
- Ton coeur s'accélère ! Surenchérit Karenn, le sourire aux lèvres.
Nejma senti le rouge lui monter aux joues. Non, c'était impossible. Nevra était un ami. Juste un ami, elle avait ressentis le réconfort qu'un ami peut offrir, rien de plus. Et quand elle commença à paniquer à ce que tout cela pouvait impliquer, Koori reprit la parole:
- ça va, je te taquine, les humains sont tellement fragiles !
Mathieu s'insurgea immédiatement, ce qui fit éclater de rire la Kitsune. La conversation se tourna alors vers Mathieu, Nejma intercepta un regard bienveillant de Koori, elle avait senti qu'elle était allée trop loin, elle ne voulait pas mettre Nejma mal à l'aise plus que nécessaire , c'était prévenant de sa part. La conversation devint plus légère, et Mathieu la fit beaucoup rire. Nejma le trouvait charmant. Il était gentil, attentionné et tellement drôle. Quand elle vivait encore sur terre, il aurait certainement été totalement son genre. Mais ici, tout avait changé. Il ne serait pas offensé de le savoir, mais ici il ne faisait clairement pas le poids, de son point de vue, bien entendu.
Nejma attrapa son verre, et laissa son regard parcourir la salle d'un air songeur. Non, son style avait bien évolué depuis qu'elle était là. Elle serait beaucoup plus intéressée par d'autres personnes, son genre ce serait plutôt... Et à l'instant où cette pensée l'effleura, elle croisa le regard de Lance. Ses yeux s'agrandirent légèrement sous la surprise, et cette fois, elle n'eut pas le loisir de pouvoir éviter à sa gorgée d'eau de passer de travers. Elle recracha une partie de sa gorgée sur ses genoux et commença à s'étouffer bruyamment avec le peu d'eau qui avait réussis à passer. Elle devait être rouge pivoine. Et tandis qu'elle essayait de reprendre son souffle, elle senti Karenn lui tapoter doucement le dos. Koori éclata de rire, bien évidement.
- Bah alors décidément Nejma, tu lui en veux à ce verre d'eau. Lui lança la Kitsune avec un clin d'œil.
Quand elle eu finit de s'étouffer, la jeune femme jeta un regard noir à Koori, ce qui la fit rire de plus belle. Reprenant ses esprits, Nejma tourna une nouvelle fois le regard vers Lance, sans vraiment y réfléchir. A sa grande surprise, elle tomba directement sur son regard Azur. Elle tressaillit. Est ce qu'il était en train de sourire ? Parfaitement, il arborait un sourire... Satisfait? Ses yeux s'agrandirent de nouveau, elle sentit son coeur s'accélérer brutalement. Elle rompit le contact visuel et se leva précipitamment, faisant racler sa chaise contre le sol.
- Nejma ? Ton coeur bat vraiment vite, lui dit Karenn à voix basse. Tu es sûre que tu vas bien ?
Elle allait se sentir mal. « Oui, ça va, je vais prendre l'air ». Bredouilla Nejma avant de sortir en trombe de la cantine, laissant ses amis derrière elle. Non,non,non. Ça non plus, ce n'était pas possible. Ses pas la menèrent d'eux même vers l'extérieur du QG. Non mais qu'est ce qu'il clochait chez elle ? C'était quoi ça ? Non, non. Tout ce qu'elle acceptait de ressentir pour cet espèce de rustre, c'était de la colère, du dégoût à la rigueur. Et pourtant, elle avait ressentis la même chose que la veille, cette sorte de brûlure à l'intérieur de son ventre. Un flash lui traversa l'esprit soudainement, cette brûlure, elle l'avait déjà ressenti. Sur mémoria. Elle secoua la tête brutalement. Non. Elle refusait cette information. C'était un assassin. Attirant ou pas , c'était un assassin. Et puis non, attirant de quoi est ce qu'elle parlait. On appelle ça le syndrome de Stockholm Nejma, redescend. Elle était complètement déboussolée. Autant par l'intensité du sentiment qui l'avait submergé que par son incompatibilité avec ce qu'elle était sensé ressentir. Nevra, et maintenant Lance ? Tu débloques Nejma, sérieusement. Sa tête allait exploser.
- Nejma ?
Elle leva la tête, sortant de ses pensées. Leiftan ? Elle ne pouvait pas se dire qu'elle avait marché jusqu'à lui par hasard.
- Tu à l'air troublée, est ce que tu vas bien ?
Il avait sincèrement l'air soucieux, elle s'approcha doucement, s'asseyant à sa hauteur.
Elle n'eut pas besoin de parler pour qu'il comprenne ce qui l'animait, elle vit une lueur de tristesse passer dans ses yeux.
- Je peux t'apprendre à te calmer, si tu veux essayer.
Nejma se réveilla en sursaut, les joues trempées de larmes, haletante. Encore ces maudits cauchemars. Elle se sentait tellement seule. La tête dans ses mains, une idée lui vint. C'était certainement une mauvaise idée, mais si elle se mettait à réfléchir, elle n'irait jamais au bout de cette idée. Elle se leva, et sorti de sa chambre. Elle fit quelque pas, et sans réfléchir, elle frappa à la porte voisine de la sienne. Pendant un quart de seconde un stress lui prit le ventre. Qu'est ce qu'elle était en train de faire? La porte s'ouvrit à une vitesse impressionnante. Trop tard pour faire marche arrière.
- Nejma ? Qu'est ce que tu...
Elle ne le laissa pas parler, elle risquait de partir en courant sinon.
- Je n'arrive pas à dormir, est ce que... Est ce que je peux dormir avec toi ?
Nevra resta interdit un instant, complètement sous le choc de sa demande. Elle ne le lâchait pas des yeux. Il ne répondit pas, soupirant doucement. Il se décala, lui laissant le champs libre pour qu'elle puisse entrer. Elle avança doucement le pas hésitant, d'un coup beaucoup moins sûre d'elle. Elle l'entendit fermer la porte derrière elle. Elle se figea complètement. Mais qu'est ce qu'elle était en train de faire? C'était absurde. Et est ce qu'il l'avait vraiment laissé entrer ? Voyant qu'elle semblait perdu, Nevra lui attrapa la main en la dépassant, l'attirant contre lui tout en s'allongeant dans ses couvertures. Elle retint son souffle un instant, n'osant pas bouger. Quand elle senti les mains de Nevra caresser ses cheveux et sa nuque, elle se détendit instantanément. Se laissant bercer par sa respiration et ses caresses, elle se senti rapidement mieux. Après un instant, elle le senti prendre la parole.
- Tu as rêvé de lui? Chuchotât le vampire dans ses cheveux.
Nejma se crispa, elle ne s'attendait pas à cette question. Elle senti une boule se former dans sa gorge, des larmes couler sur ses joues.
- De tout, Nevra, je rêve de tout... Chuchotât elle entre deux sanglots.
Elle senti l'homme resserrer son étreinte sur elle, la serrant contre son torse. Elle enfouit son visage dans son cou, osant poser ses mains contre lui.
- Je suis passé par là, il y a sept ans, a peut de chose prêt... Je sais comme c'est difficile.
- Alors, pourquoi est ce que tu m'as laissé seule tout se temps...
La voix de Nejma se brisa.
- Je crois que je me suis revu en toi, le moi d'il y a sept an. Je crois que ça m'a terrifié... Mais force est de constater que je ne peux pas me tenir si loin de toi que je le voudrais.
Nejma se redressa pour le regarder, est ce qu'il venait de dire ce qu'il venait de dire? Qu'est ce que cela signifiait ? En redressant la tête, elle se rendit subitement compte du peu de centimètres qui séparaient leur deux visages. Elle se senti rougir quand elle prit une conscience soudaine de leur proximité. Nevra avait une main emmêlée avec douceur dans ses cheveux, l'autre tenant le bas de son dos, ses propres mains étaient posées contre son torse, et maintenant qu'elle y pensait, elle pouvait sentir les muscles de ses pectoraux contre ses paumes. Elle se senti rougir. Et, prenant conscience de leur posture, elle prit également conscience de l'atmosphère qui les étreignait tout deux. Elle se sentait irrémédiablement attiré contre lui, comme aimantée, comme si son corps voulait se fondre au sien. Elle n'avait jamais ressentis cela en sa présence. C'était déroutant. Elle se sentait presque fiévreuse, incapable de détourner le regard de cet œil gris qui la contemplait avec la même intensité.
Avec douceur, elle leva une main sur le visage de Nevra, caressant sa joue. Il ferma les yeux, semblant se fondre dans sa caresse, décalant son visage pour embrasser sa main, délicatement. Quand il rouvrit les yeux, elle ressenti un violent frisson face à l'intensité de son regard. Un frisson qui lui brula le ventre, remontant dans sa gorge, lui chauffant les joues. Il resserra encore son étreinte autour d'elle, elle sentait qu'elle allait perdre pied. Il approcha son visage encore un peu, resserrant la pression de sa main à l'arrière de son crâne. Elle sentait que lui aussi, était visiblement en train de tout mettre en œuvre pour ne pas craquer. Elle entendait sa respiration s'accélérer, elle sentait ses doigts se crisper contre ses reins. Elle n'avait pas du tout prévu ça en entrant, à aucun moment. Elle leva un peu plus la tête, son regard ne l'avait pas lâché quand elle se rendit compte qu'elle avait son propre regard porté vers les lèvres du vampire depuis tout ce temps. Elle fit un autre lent aller retour entre son intense regard anthracite et ses lèvres, puis planta son regard améthyste dans celui du vampire. Elle sentait son souffle contre ses lèvres. Sa poitrine commençait à la faire souffrir à force de contenir cette pulsion qui à la consumer. Elle passa sa main dans les épais cheveux ébène du vampire, serrant son poing. Elle entendit un râle sourd sortir de la gorge de l'homme. En un instant, elle senti la main de Nevra tirer ses cheveux avec délicatesse mais fermeté, lui faisant pencher la tête en arrière. Et tout en attirant son autre main à lui, plaquant son bassin au sien, il posa ses lèvres contre l'oreille de Nejma, chuchotant :
- Je peine déjà à me contenir... N'en rajoute pas...
- Alors...
Nejma s'interrompît le temps de faire glisser sa main le long du torse de Nevra, jusqu'à son bassin, enfonçant ses ongles dans son haut.
- ...Peut être que tu devrais arrêter de te retenir.
Cette fois, le gémissement qui franchit les lèvres de Nevra était bien audible. Il se redressa, attrapa avec douceur le visage de Nejma, et plongea une nouvelle fois son regard vibrant de désir dans le sien. Elle lui rendit son regard, fiévreuse, il s'approchât doucement de ses lèvres, et dans un seul geste, il plaqua sa deuxième main contre sa joue et l'attira à lui pour l'embrasser, passionnément. Nejma gémis de soulagement contre ses lèvres, et en les goûtant, elle se demanda depuis combien de temps elle avait désiré les sentir contre les siennes. Elle le senti, qu'elle en avait envie depuis longtemps, sans s'en être rendu compte. Elle passa ses deux mains dans les cheveux de Nevra, l'attirant un peu plus à elle, avide de ses lèvres, pressant sa langue contre la sienne. En une fraction de seconde, il se retrouva au dessus d'elle, embrassant son cou. Nejma laissa échapper un nouveau gémissement, elle perdait pied. Quand elle senti la main du vampire se frayer un chemin sous son haut, elle revint brusquement à la réalité, se redressant subitement. Nevra se stoppa instantanément. Il reprirent tout deux leur souffle, leur visage toujours aussi proche. Le vampire se recula pour la laisse s'adosser au mur, il remit une mèches de ses cheveux derrière sont oreille, posant la paume de sa main contre la joue brûlante de la jeune femme.
- Nevra...
La raison s'empara d'elle, avec son lot de questions. Voyant son air torturé, Nevra se laissa glisser sur le dos, l'attirant à lui pour la prendre dans ses bras. Il embrassa ses cheveux avec douceur, les caressant délicatement.
- Je me suis laissé emporter, je crois. Souffla le vampire.
- Nous nous sommes laissés emporter... lui répondit Nejma.
- Est ce si grave... Finit par chuchoter Nevra après de longues minutes.
- Je... Je ne sais pas, je ne crois pas, mais c'est trop brusque pour moi.
Nevra posa sa joue contre sa tête, elle le senti sourire contre ses cheveux.
- Nous avons tout le temps devant nous, ne t'en fais pas.
Étonnement, elle se senti apaisée d'entendre ces mots. Elle se blotti un peu plus contre lui, et se laissa doucement appeler par le sommeil.
