Disclaimer : L'univers de Star Trek n'est pas ma propriété, et je ne profite pas financièrement de cette histoire.

Relation : Spock/Léonard H. "Bones" McCoy

Rated : T

Note : Bien le bonjour ! Ceci est ma première contribution au fandom de Star Trek, tous Trek confondus :) L'histoire se passe pendant et juste après l'épisode "Sur les chemins de Rome" (02x25), et elle est très certainement plus facile à suivre si on a encore l'épisode en tête ! J'espère qu'elle vous plaira :D

Enjoy !

. . .


- Une prison à Rome -

Ça le prit par surprise. Une sensation vive, et chaude, qui démarra de son ventre et le prit brièvement tout entier. Il haussa un sourcil, regarda en direction d'un émotif Docteur McCoy. Il entrouvrit très légèrement la bouche malgré lui, mais c'était plus par réflexe que pour répondre quelque chose, parce qu'il n'avait rien à dire. Il ne trouvait rien à dire. Son esprit était… complètement vide. Les mots de son collègue et ami résonnaient toujours à son oreille, comme un écho.

-Parce que, mon cher Mr. Spock, c'est illogique ! Rome n'avait pas d'adorateurs du soleil, pourquoi ce parallèle avec Rome en tout point sauf celui là ?

Il n'avait pas tort. Mais surtout, Spock se rendait compte que sa réaction à son observation était tout sauf logique, elle aussi. Bien qu'il s'en défiait, il était régulièrement… disons, amusé, ou parfois frustré par les déclarations et autre opinions de leur médecin de bord. Ceci dit, il ne s'était jamais senti… comme ça. Déjà les autochtones revenaient vers eux et ni McCoy ni Jim n'eurent l'air de remarquer son inhabituelle réaction.

Les hommes avaient pris la décision de les croire, et de les aider. Ils suivirent Flavius pour se changer, puis encore le laissèrent le guider en direction de la ville. Spock ferma la marche, à la fois pour des raisons de sécurité et pour pouvoir garder un œil sur le Docteur McCoy. Il était l'un des seuls hommes au monde à savoir que Spock avait, de fait, des émotions. Ce n'était pas Spock qui le lui avait dit, bien sûr, mais il clamait toujours haut et fort et surtout en sa présence qu'il ressentait clairement telle ou telle chose et que c'était évident pour tout le monde et qu'il l'agaçait à continuer de le nier. La plupart du temps, ça ne lui faisait rien. Spock n'avait pas, en fait, exactement la même expérience de ses émotions que les autres humains. Plus rarement, ça l'irritait, quand parfois ce n'était pas l'endroit, ou le moment de s'attarder sur lui. Moins rarement, ça l'amusait. Juste un peu. Comme en… arrière plan.

C'était parce que McCoy et lui étaient amis. Leur relation était basée sur la science, l'honnêteté, et une loyauté sans faille à l'Entreprise et son Capitaine. Qu'ils se… « prennent le bec », comme disait parfois Jim, n'était qu'une forme de communication comme une autre. Une forme de communication qui fonctionnait particulièrement bien, puisqu'elle permettait à McCoy d'être aussi émotif qu'il en ressentait le besoin, et à Spock de s'en tenir aux faits qu'il trouvaient nécessaires à la conversation, sans les empêcher d'échanger leurs idées et leurs points de vues. A vrai dire, ils allaient même plus vite comme ça. Et aucun n'avait besoin de se retenir pour accommoder l'autre.

Jim faisait partie de ces personnes lui aussi, bien entendu. Il était son Capitaine, son plus proche ami, parfois son confident. A la différence près que Jim ne passait pas tout son temps à essayer de lui prouver qu'il ressentait ci ou ça. Il se contentait de le savoir, et n'en faisait pas une compétition. Parfois il s'amusait d'une situation ou d'une autre, dans laquelle Spock aurait été un peu plus évident qu'à l'accoutumée, un peu moins en contrôle. Spock n'en prenait pas offense. D'ailleurs, il prenait très rarement offense de quoi que ce fût.

Et des fois, des fois, l'un ou l'autre lui arrachait une bribe d'émotion, qui passait son contrôle de Vulcain – qui se voyait de l'extérieur plus rarement encore. L'amusement était le plus courant, avec l'un comme avec l'autre. La gratitude, aussi. L'agacement en ce qui concernait McCoy, c'était certain, même si Spock faisait de son mieux pour toujours le garder sous contrôle. Il redoublait toujours d'attention en ce qui concernait ses émotions négatives. A une époque il les avait toutes traitées de manière égale, mais au contact de son Capitaine et du médecin, il avait peu à peu… « laissé du leste » à certaines de ses émotions plus… positives. Pas démesurément, bien entendu. Juste assez. Juste assez pour en profiter.

-Nous attendrons ici qu'il fasse nuit, dit Flavius en mettant un genou dans le sable derrière un arbre épais.

Jim l'imita, cherchant à voir devant eux l'endroit où leur guide les mènerait plus tard. McCoy et Spock se glissèrent derrière eux, afin de profiter au maximum de la cachette de fortune. Le soleil était déjà bas dans leur ciel, et étant donné la taille et la masse de leur planète et celles de leur étoile, Spock pouvait calculer qu'il devrait faire nuit d'ici une vingtaine de minutes. Vingt minutes était un peu long pour être caché accroupi à quatre derrière un arbre, mais ils avaient connu situations plus désagréables encore.

-Vous êtes un esclave, Flavius ? Demanda Jim en se tournant vers leur guide.

Spock, lui, jeta un œil à McCoy.

-Vous êtes bien des barbares pour ne pas connaître Flavius Maximus. Pendant sept ans, j'ai été le gladiateur le plus redouté de cette province.

Le Docteur écoutait Flavius raconter son passé, puis la façon dont il avait trouvé le salut dans le Soleil. Spock n'était pas sûr de savoir exactement ce qu'il recherchait à regarder son ami de la sorte. Il devait simplement être toujours sous le coup de son étrange réaction, plus tôt. McCoy et lui étaient… enfin, leur amitié n'était pas exactement la même que celle qu'il partageait avec Jim. Par exemple, Spock n'éprouvait que très rarement de la tendresse pour son Capitaine. Il avait fait la paix avec le fait que l'affection qu'il portait au Docteur McCoy était… ce qu'elle était. Aurait-il été plus à l'aise avec son humanité, il aurait pu dire qu'il… Enfin. Mais la bouffée de chaleur, ça, c'était nouveau.

Des coups de feu soudains interrompirent à la fois la nouvelle question de Jim et le fil des pensées de Spock, tandis que tous les quatre se retrouvèrent soudain encerclés de gardes romains lourdement armées.

-Ne bougez plus ! Les mains en l'air !

Spock se retint de justesse de faire remarquer que les deux actions demandées réclamaient des réactions différentes, et leva les mains en l'air. Apparemment, leur chance avait tourné court. Le chef du groupe d'assaut paraissait bien satisfait d'avoir attrapé quatre « esclaves échappés », et particulièrement fier d'avoir mis la main sur Flavius en particulier – Flavius qui se releva vivement pour se battre, mais qui fut assommé d'un rapide coup derrière la tête. Ils étaient huit et il était seul, ça avait été à prévoir. La seconde suivante, le chef faisait un pas vers Spock pour lui retirer son couvre-chef, et Spock retint un soupir – pas un soupir, un bref souffle qui n'évoquait pas d'émotion en particulier. Ses oreilles découvertes, l'illusion disparaissait.

-Pas des esclaves… des barbares, exulta l'homme.

Il eut un sourire que Spock ne put que mentalement qualifier de cruel.

-Ça fait bien longtemps que je n'ai pas vu des barbares se battre dans l'arène !

Ah, brillant. Il leur donna vivement l'ordre de saisir Flavius et de les suivre. McCoy et lui, qui étaient les plus proches de l'endroit ou leur malheureux guide était tombé, s'approchèrent pour lui saisir chacun un bras et le soulever de terre. Il n'était pas bien lourd pour Spock, mais il jeta tout de même un regard au médecin pour s'assurer que ça irait. Pour des raisons d'efficacité, cela allait de soi. Et aussi parce qu'il donnait de l'importance à son confort et son bien-être. Spock n'était, depuis longtemps, plus au stade de le nier.

L'homme avait parlé de combats dans l'arène. Il imagina McCoy dans l'un de ces combats. Il ne s'inquiétait pas trop pour Jim, il était Capitaine de flotte et entraîné à toutes sortes de confrontations. Mais McCoy était médecin. Homme de science, chirurgien, psychologue, mais pas soldat. Un brin d'inquiétude vint naître dans le creux de son estomac. Il la reflua, mais elle revint. McCoy ne devait pas se retrouver dans cette arène. Il en mourrait. Il ne pensa qu'à ça, tandis qu'ils étaient emmenés vers le colisée. Ils furent envoyé directement au sous-sol, au niveau des cellules, et jetés tous les quatre dans l'une d'elle. Elle faisait un angle, mais n'était pas bien grande.

-Dîtes à Merikus que j'aimerais le voir, lança Jim avant que le chef de la garde ne s'en aille.

-Le premier citoyen ? Pourquoi est-ce qu'il perdrait son temps avec un pion de l'arène comme toi ?

Spock et McCoy amenaient précautionneusement un Flavius de nouveau difficilement conscient sur la banquettes latérale.

-Dîtes-lui que c'est Jim Kirk. Peut-être un ami.

-Peut-être ?

Laissant Flavius au soin de leur médecin, Spock releva les yeux vers son Capitaine. C'était une très bonne approche.

-Eh bien, si je suis un ami et que vous ne lui dîtes pas, vous voulez vraiment prendre le risque ?

L'homme parut soudain hésitant. Bien, c'était bien. L'instant suivant, ils étaient laissés seuls dans leur cachot, avec la précision que quelqu'un viendrait amener de l'eau et un linge pour le blessé. Prendre contact avec le Capitaine Merik leur serait d'une grande aide, rien que pour comprendre ce qu'il se passait au juste sur cette planète, et savoir enfin ce qui était arrivé à son équipage de marchands. Ceci dit, les probabilités étaient bien hautes que l'équipage de Merik était, lui aussi, passé par les cellules de cette arène. Quand l'homme leur amenant l'eau et le linge fut venu puis reparti, et que Flavius retrouva assez de sa lucidité grâce aux soins rudimentaires du Docteur McCoy, Jim se décida finalement à poser la question qu'ils avaient certainement tous les trois à l'esprit.

-Mais comment cela se fait-il, s'il y a des esclaves depuis deux mille ans, qu'il n'y ait jamais eu de révoltes… de violences ?

Assis sur un tas de vieux matelas, il regardait McCoy faire son œuvre sur Flavius. Spock, lui, s'approcha de la grille, le regard en direction de la porte que leurs geôliers avaient empruntée. Il ne voulait pas regarder en direction de McCoy qui terminait ses soins sur l'arrière du crâne de leur compagnon d'infortune. Ce n'était pas le moment de penser à cette arène et à ces combats. C'était le moment d'être rationnel.

-Il y a longtemps que les révoltes ont cessé, répondait Flavius, les esprits se sont apaisé. Siècle après siècle les esclaves obtenaient des droits, par des lois, comme l'assurance maladie, le droit au logement, la retraite de vieillesse… alors, à la longue, ils apprirent à être heureux.

Croisant les bras, Spock se retourna finalement vers les trois autres. Il ne revenait pas de ce qu'il entendait.

-De plus en plus fascinant, dit-il. L'esclavage devenant une institution. Avec des assurances de logement et des pensions de vieillesse.

McCoy, les yeux toujours sur la blessures de Flavius, trouva son mot à dire.

-C'est très logique je dirais, Mr. Spock.

Et, tout aussi soudainement que la dernière fois, ça recommença. Une chaleur vive, et un fourmillement, naissant dans son abdomen et remontant le long de sa colonne vertébrale.

-Comme il est aussi logique que cette Rome du vingtième siècle utilise la télévision pour les jeux des arènes.

Sa bouffée de chaleur, au lieu de se dissiper, redoubla d'intensité – il avait maintenant aussi chaud que sous le soleil de Vulcain. Il prit une grande quoique discrète inspiration.

-On baptise une voiture « Jupiter 8 »…

-Docteur, l'interrompit-il, si j'étais sujet à montrer des émotions, votre nouvelle infatuation pour ce terme commencerait singulièrement à m'énerver.

Ce n'était pas l'exact vérité, mais on ne pouvait pas dire qu'il pouvait être exactement sincère. La seule chose logique à faire était de pousser McCoy à cesser d'utiliser ce mot en sa présence. De toute évidence, de l'entendre ainsi sortir de sa bouche lui faisait un certain effet.

-Quel terme ? Demanda McCoy en levant les yeux vers lui. Logique ?

Ou plutôt, qu'il l'utilise de manière si pragmatique. Si… justement. McCoy s'approchant de lui, Spock préféra se retourner de nouveau pour regarder vers l'extérieur de leur cellule. Il devait réguler sa température. La nouvelle proximité du médecin ne l'aida en rien à y parvenir.

-Les médecins sont formés à la logique, Mr. Spock, s'amusa McCoy tout près de lui.

-Vraiment Docteur ? Répondit-il sans le regarder.

Peut-être qu'une courte joute verbale le distrairait assez pour faire cesser la réaction.

-Je ne savais pas qu'ils étaient formés. A vous voir je pensais que tout se faisait à l'essai et à l'erreur.

Ça marchait un peu. Non, ça marchait, tout court. Il lui fallait juste un instant. Quelques échanges plus tard, et il était revenu à la normale. Ses échanges avec le médecin lui paraissaient toujours très simples. Toujours naturels. Parfois il se demandait si son affection pour lui transparaissait dans son attitude. Parfois il se demandait si cette affection était… peut-être… réciproque ? Le Docteur McCoy et lui étaient souvent en désaccord, mais rarement fondamentalement. Ce n'était jamais vraiment sérieux. Ou tout du moins, ça ne restait jamais sérieux longtemps. Parfois Spock se demandait s'il regardait tous les membres de l'équipage avec cette étincelle dans le regard. Ou bien si ça lui était réservé. Mais ces observations étaient brèves, et sans importance. Il gardait son affection pour lui. Il comptait continuer de le faire. Et même si parfois McCoy semblait voir clair en lui, le Docteur ne lui avait jamais rien dit.

Ils restèrent enfermés bien des heures, au point que ses trois codétenus purent dormir quelque temps. Spock, lui, passa ce temps à réfléchir, mais rien de concret ne lui vint. Ils n'avaient pas encore vu les installations, alors concocter une évasion s'avérait impossible. L'idéal aurait été de mettre la main sur leurs communicateurs, mais les barreaux de leur cage semblaient bien solide, sans compter les hommes qui devaient monter la garde de l'autre côté de cette porte au bout du couloir.

Quand on revint les chercher, c'était le matin. Ils firent sortir Flavius le premier, l'envoyèrent se préparer pour combattre, mais il ne serait apparemment pas le seul à fouler le sol de l'arène ce jour-là, étant donné que la porte restait ouverte et les armes à feu des gardes restaient pointées sur eux.

-Tous les trois, aboya le chef de la veille, vous venez avec nous.

-Trois contre trois, souffla Jim, on n'aura peut-être pas de meilleure chance.

Il avait raison.

-Pas de bavardage ! Dehors !

-Je ne pense pas qu'il ira très loin, dit le Capitaine en faisant un geste vers McCoy. Il se sent malade.

L'idée n'était pas mauvaise. Spock regarda vers McCoy, qui comprenait vite. L'instant suivant, Jim et lui le « soutenait » pour sortir. L'instant d'après, il se tordait de douleur. Les deux gardes envoyés pour le secourir furent neutralisés en même temps que le troisième resté à la porte, mais leurs efforts ne payèrent pas suffisamment et ils furent bientôt de nouveau entièrement encerclé par la garde romaine. Et puis, Merik fit son apparition. Lui, et son Proconsul. Etonnant. Peut-être même… intéressant.

-Suivez-moi. Vos amis aussi. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Spock regarda de nouveau vers leur médecin. Peut-être bien qu'il échapperait à l'arène, finalement. Qu'ils y échapperaient, tous les trois.

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Le Proconsul, Claudius, savait apparemment déjà beaucoup de choses sur l'espace et ses voyageurs. Assez, en tout cas, pour ne pas être surpris par eux et leur provenance. L'Equipage entier du Capitaine Merik était effectivement passé pas l'arène et, étant donné que Merik lui-même évitait toute question sur l'endroit où ils se trouvaient maintenant, il était fort probable qu'aucun des quatre-cent hommes ne vivait encore. Sans surprise pour Spock, quand Claudius fit la demande à Jim de faire descendre son équipage en utilisant son communicateur, il lança l'ordre de non-intervention tout en signalant leur danger imminent. De cette façon il était honnête avec le reste du vaisseau, mais leur défendait de mettre un pied sur cette planète, où ils seraient immédiatement emprisonnés à leur tour. C'était sensé, et Spock aurait sans doute fait la même chose à sa place.

Quatre cent ans. C'était le temps depuis lequel cette contrée n'avait pas connu de guerres. Les jeux maintenaient la population sous contrôle, les esclaves avaient plus ou moins de droits, et le Proconsul prenait bien garde à ce qu'aucune idée de l'extérieure ne vienne perturber l'ordre établi. C'était logique de la part de cet Etat de chercher à perdurer de cette façon, quoi que pouvait en penser le Docteur McCoy. Spock regarda en biais dans sa direction, tandis qu'ils étaient menés – poussés – dans une série de couloirs. Il semblait toujours en colère après leur entrevue dans le bureau du Proconsul. Il pensait que Spock appréciait cet endroit. Ou en tout cas, il était mécontent qu'il ait soulevé la valeur logique de leur fonctionnement, malgré leur clair despotisme.

Mécontent pouvait dire beaucoup de chose, en ce qui concernait les humains. En ce qui concernait McCoy, en particulier. Il pouvait être simplement énervé, mais il pouvait aussi être vexé, ou frustré. Spock n'arrivait pas encore bien à les discerner, visuellement. Il pouvait aussi être déçu. Mais ça y ressemblait moins qu'au reste. Quelque chose, dans son flanc, voulait que ça y ressemble moins qu'au reste.

On les arrêta devant une petite pièce qui était fermée à clef et qu'un garde ouvrit devant eux sans les faire entrer. Ils restèrent dans le couloir tandis que deux romains entraient dans ce qui ressemblait à un local de stockage, tapissés d'étagères et de supports d'armes. Ressortant dans le couloir, ils leur mirent un glaive et un bouclier chacun dans les mains. Evidemment ils ne craignaient pas qu'ils s'échappent, étant donné les quatre armes à feu braquées sur eux.

-Pas d'armure, j'imagine ? Marmonna McCoy, sarcastique.

Spock regarda de nouveau vers lui. Il avait les yeux sur la lanière par laquelle il tenait son nouveau bouclier, testant de toute évidence la meilleure façon de le tenir. Son cœur se serra. C'était une réaction parfaitement logique, parce que le médecin serait bientôt en danger de mort sur une planète aliène, et Spock n'avait pas envie que cette mort survienne. Il vit un garde le pousser dans le dos pour seule réponse, et il se mit de nouveau à regarder autour d'eux à la recherche d'une solution de dernière minute, tandis qu'ils étaient de nouveau menés – poussés – le long du couloir. Mais il lui aurait fallu plus de temps. Ils n'était plus qu'à quelques pas de leur destination, ce qui était plutôt logique s'ils devaient garder leurs armes non loin de leur arène. Au détour du virage, leur parvint la lumière presque aveuglante des projecteurs.

Spock ne s'était pas exactement attendu à ça. Peut-être qu'il s'était attendu à un véritable morceau d'arène construit dans un studio, ou peut-être qu'il avait simplement imaginé une surface de combat plus grande. Mais le bâtiment était peint en arrière plan et la place qu'ils auraient pour se battre était ridiculement réduite. Avec ça, peu de chance de s'éloigner assez de son adversaire pour reprendre son souffle. Interdiction, sans doute, de mettre le pied hors du champ de la caméra. Que se passerait-il, s'ils sortaient du champ ? Un avertissement ? La mort ? Personne ne le leur avait encore dit. Et ça n'avait pas l'air d'être dans leur intention de le faire.

Jetant un œil derrière lui tandis qu'ils arrivaient en bordure de la zone de « sable », escortés par deux nouveaux gardes en tenue traditionnelle, Spock avisa les nombreux gardes armés de fusils automatiques dans leurs dos. Mieux vaudrait sans doute ne pas trop faire n'importe quoi. Jim était là, en hauteur, derrière les caméras, menotté entre Claudius et Merik.

On les poussa sur l'arène.

En face, deux gladiateurs entrèrent à leur tour. Ils étaient en armures légères et leurs visages étaient recouverts d'un casque, mais Spock reconnut immédiatement Flavius.

-Me battre ça ne me dérange pas, mais pourquoi contre vous ? L'entendit-il souffler à travers ses protections.

Pourquoi, en effet. Le Proconsul avait peut-être un sens particulier de l'humour pour forcer Flavius à se battre contre les hommes avec qui il avait été arrêté – ou bien alors il voulait simplement que les membres de l'Entreprise se battent contre ses meilleurs éléments. Mais Flavius n'avait pas envie de leur faire de mal, et c'était bien pour eux. Spock devrait se battre contre l'autre. Ainsi McCoy et Flavius pourraient gagner du temps. Il devait se battre contre l'au- Il releva vivement son glaive pour parer la première attaque de son adversaire. De toute évidence, l'autre l'avait choisi – bien. Spock osa un coup d'œil aux deux autres. Ils n'avaient pas encore commencés à se battre, et sa huait déjà du côté des régisseurs du son.

Un coup violent contre son bouclier le força à se concentrer de nouveau sur son combat. Mais pouvait-il vraiment se battre ? Spock était plus fort physiquement que les humains, et ces hommes étaient apparemment de physionomie identique. Ce n'était pas la faute de ce gladiateur, s'il se battait contre un Vulcain. Et même si Spock le tuait, qu'arriverait-il ensuite ? Comment aiderait-il McCoy à se sortir de là ? Il ne pouvait pas tuer Flavius. D'ailleurs, il ne pouvait tuer aucun de ces hommes. Ils étaient prisonniers de cette arène, comme eux.

Un garde en tenue traditionnelle était vivement venu et reparti, et avait probablement menacé McCoy et Flavius de quelque chose, parce qu'ils se battaient à présent. Pas très bien. Vraiment pas très bien. Spock aurait voulu faire quelque chose, mais quoi ? Un nouveau coup sur son bouclier fit trembler son bras et le ramena à son combat. Enfin, autant qu'on pouvait appeler sa danse un combat. Il ne voulait pas donner de coup, il ne faisait que se défendre.

-Arrête de courir ! Bats-toi ! Cria son adversaire.

Spock n'arriva pas à savoir s'il voulait se battre, ou s'il avait peur de ce qui arriverait s'ils n'offraient pas un beau spectacle. Spock jeta un nouveau regard aux autres. Flavius avait le dessus, McCoy se protégeait, un genou au sol. Son cœur dans son flanc rata un battement. Quand était-ce arrivé ?

-Besoin d'aide, Docteur ? Héla-t-il.

-Qu'est-ce qui vous fait penser ça ! Cria McCoy en retour.

C'était de toute évidence du sarcasme. Son propre adversaire se plaça vivement dans sa ligne de mire, glaive levé.

-Bats-toi ou je t'aiguise un peu plus les oreilles !

-Dîtes-lui, Fantomas ! Rugit McCoy derrière eux. Que c'est la plus ridicule, la plus illogique question que j'ai entendu de ma vie !

Spock avait l'estomac serré, mais ça n'avait rien à voir avec les mots du Docteur – et ça n'avait rien à voir, non plus, avec ce qu'il ressentit l'instant suivant tandis que McCoy tombait dos au sol, soudain complètement vulnérable, le glaive de Flavius à la gorge.

Les cris de bravos enregistrés s'élevèrent plus fort encore depuis les consoles.

Les yeux de Spock s'écarquillèrent.

Sans avoir besoin de réfléchir, il se retourna vivement vers son adversaire et donna de toute sa force de Vulcain un coup de coude dans son abdomen qui le fit se plier en deux, et enchaîna, de toute sa force toujours, un coup dans son casque à l'aide de son bouclier – métal contre métal, le bruit fut retentissant. Son adversaire était inconscient avant de toucher le sol. Il se jeta sur Flavius qui leva son glaive vers lui pour se défendre : un seul coup pour aligner son bras de manière à dégager son épaule, et Spock élança sa main pour lui faire une prise dans la nuque. Il s'écroula en une-point-deux seconde.

Les huées revinrent en force, ainsi que les gardes en rouge armés de fusils automatiques, mais Spock regarda au sol vers McCoy pour s'assurer qu'il n'était pas blessé – on le relevait sans ménagement, lui retirant arme et bouclier, comme on les lui retiraient à lui aussi. Seulement ensuite il leva les yeux vers son Capitaine. Ils devaient sortir de là. McCoy n'était décidément pas fait pour se battre dans ces conditions. D'ailleurs, il n'était pas fait pour se battre.

-Votre opinion, Capitaine Kirk ? Voudriez-vous que je les tue maintenant ? Une mort rapide ? Ainsi vous accepteriez enfin votre sort.

Spock regarda vivement vers McCoy de nouveau.

-Ramenez-les en cellule ! Aboya le Proconsul.

Tous les deux furent de nouveau poussés hors de l'arène.

-Ils n'apprécieront certainement pas le sort que j'ai prévu pour eux, l'entendit dire Spock à Jim tandis qu'ils s'éloignaient. Et vous non plus.

Il n'arriva pas à entendre la suite, ils étaient déjà de nouveau dans le couloir qui partait en virage. McCoy marchait moins vite qu'à l'aller, et était régulièrement poussé par les gardes. Spock sentait monter en lui une pointe de colère qu'il avait tout le mal du monde à réprimer. On les ramena au sous-sol, dans la même cage qu'ils avaient partagée avec Jim et Flavius. On les jeta à l'intérieur sans ménagement. Spock les regarda refermer la porte de leur cellule et s'en aller par là où ils étaient arrivés. Le Docteur McCoy se traîna jusqu'au tas de vieux matelas contre le mur du fond et Spock décida de tester la résistance de ces barreaux. Il referma un poing sur l'un d'eux, joua de sa force pour tenter de le faire bouger dans sa prise de béton. Enfin, ce qui ressemblait tout du moins à une sorte de béton. Ça ne bougea pas d'un iota. Intéressant. Il changea d'angle, se rapprochant d'un mur, testa la résistance latérale.

Non, rien ne bougeait. Ni sur cette grille, ni sur celle du côté adjacent. Peut-être le loquet serait-il plus fragile. Derrière lui, McCoy avait fermé les yeux, la tête contre le mur, sur son assise de fortune, une main agrippée au poignet opposé. Spock se détourna de lui. Il n'arrivait pas à contrôler la colère qui perçait en lui. Il n'arrivait pas à la renvoyer d'où elle venait. Il faudrait sans doute qu'il médite. Oui, il devrait faire une pause, s'asseoir, fermer les yeux une petite heure, se reprendre en mains. Il serait sans doute plus efficace. Il y verrait sans doute plus clair.

Mais les mots de Claudius ne le quittaient pas. Quel sort avait-il « prévu pour eux » ? Est-ce qu'ils retourneraient sur l'arène, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils finissent par y mourir ? Il imagina McCoy de retour dans ce studio. Il l'imaginait seul, sans lui pour l'aider. Parce que le Proconsul ne les renverrait pas ensemble, ce serait idiot de sa part, et il était tout sauf idiot.

Une pensée pire encore le traversa. L'arène de Rome n'avait pas connu que des combats de gladiateurs. Ils avaient fait se battre des hommes contre des animaux sauvages, des prédateurs préalablement affamés. Spock recommença son inspection des barreaux depuis le début. Il ne pouvait pas prendre une heure pour méditer. Et si les gardes revenaient chercher McCoy avant ça ? S'ils l'envoyaient se battre contre il ne savait quel prédateur affamé natif de cette planète ? Et si c'était pire encore. S'ils mettaient en scène sa torture, comme l'avait fait la Rome de la Terre avant eux. Il entendit de nouveau les mots du Proconsul dans sa tête, entendit de nouveau son ton cruellement amusé. La torture, c'était peut-être ça.

Il ne pouvait pas rester dans cette cellule à attendre que ces gardes romains viennent chercher McCoy pour le faire torturer en direct à la télévision. Reprenant son inspection depuis le début, il tenta de mettre de côté les images qui lui venaient en tête pour mieux se concentrer. Y mettre plus de force. Un peu de volonté, Vulcain. Cela ne servait à rien d'imaginer McCoy fouetté à mort, ou bien écartelé par des montures.

De nouveau, il recommença son inspection. Il devait y avoir une manière de sortir d'ici. Si seulement il trouvait un moyen de briser ces barreaux… Les gardes ne s'attendaient pas à une évasion, ils pourraient peut-être les prendre par surprise. Il ignorait combien il y avait exactement de gardes armés dans le bâtiment, mais peut-être qu'en prenant des chemins de traverse… Il ne connaissait que deux chemins, partant d'ici. Celui qu'ils avaient emprunté depuis l'extérieur, et celui qui menait au studio de l'arène. L'un comme l'autre était lourdement surveillé. Peut-être qu'en trouvant le chemin vers des parties administratives… au rez-de-chaussée, ou au premier étage… ils pourraient s'échapper d'une fenêtre, sans risque de se blesser en chute. Si seulement de telles pièces existaient. Si les couloirs qui y menaient n'était pas truffés de gardes. Si il parvenait à faire céder ces fichus barreaux.

-En colère, Mr. Spock ? S'éleva la voix de McCoy dans son dos. Ou frustré, peut-être ?

Spock se retint de soupirer. Ce n'était pas le moment d'être émotif.

-Ces émotions me sont étrangères, Docteur, mentit-il. J'éprouvais simplement la résistance de cette porte.

McCoy ne répondit pas tout de suite, et Spock préféra ne pas regarder dans sa direction pour voir quelle expression il avait ou n'avait pas.

-Pour la quinzième fois, entendit-il sur un ton qui n'était ni agressif ni moqueur.

Spock devina qu'il devait être fatigué. Las, même. Il ne voulait pas se retourner. McCoy avait raison, il était énervé, et frustré, et ce n'était pas le moment de le lui montrer. Il retourna du côté du mur où la grille s'enfonçait dans la pierre, juste pour être certain qu'il n'était pas passé à côté d'un point faible. Sur les deux grilles, peut-être qu'il était passé à côté de quelque chose. C'était logique, pour un scientifique, de s'assurer du bien-fondé de ses observations. Il fit expressément taire la voix qui lui faisait remarquer que ce n'était pas très logique de sa part de remettre à ce point son observation de Vulcain en question. Il s'accroupit, passa les mains sur les endroits les plus bas auxquels le métal rencontrait la pierre.

-Spock.

Il se redressa, sans se retourner. Ce n'était pas le moment, se rappela-t-il, pour penser au fouet ou à l'écartèlement.

-Spock, hm…

McCoy était juste à côté de lui, une main à deux barreaux de la sienne. Il fit de son mieux pour ne pas le regarder. Il y avait une pointe de culpabilité qui grandissait dans son ventre. C'était illogique, bien entendu, parce que ce n'était pas lui qui l'avait enfermé, ni menacé de combat et de torture. Mais c'était comme si son incapacité à les sortir de là était la véritable cause de son sort futur.

-Je sais qu'on a… on a souvent des désaccords… Dit McCoy. Peut-être qu'ils ne sont pas si sérieux… enfin, je ne sais pas… Jim dit que souvent qu'on ne doit pas en être sûrs nous-mêmes, parfois.

Spock ne put se retenir plus longtemps de le regarder. Il ne lui parlait jamais comme ça. Sur ce ton. Pour un peu, on aurait eu l'impression qu'il cherchait à s'excuser pour leurs… querelles répétées. Ce n'était pas quelque chose qu'il aurait fait, n'importe quel jour. Ça donna soudain l'impression très nette à Spock que McCoy pensait qu'il allait mourir, et qu'il n'aurait pas d'autres occasions. Il repoussa cette idée en bloc, et détourna les yeux.

-Ce que j'essaye de dire c'est…

-Docteur, le coupa-t-il, j'essaie de trouver le moyen de nous évader, tentez d'être bref.

Il prit sur lui pour relever les yeux vers lui, mais à la place du froncement de sourcils attendu, de la réaction colérique habituelle, il ne vit qu'un léger sourire.

-Eh bien… Je vous remercie de m'avoir sauvé la vie dans l'arène.

Dans son flanc, le cœur de Spock accéléra de manière remarquable. Il sentit qu'il avait soudain la bouche sèche, et l'esprit vide.

-C'est vrai, c'est très juste, souffla-t-il.

Il ne savait pas quoi faire de ces remerciements. Peut-être qu'il les aurait mieux appréciés, sans cette impression que McCoy se résolvait à la mort. Peut-être qu'il n'avait pas envie d'être remercié de lui avoir sauvé la vie, qu'il aurait préféré qu'ils ne se trouve pas dans cette situation pour commencer. Spock ne s'était jamais retrouvé dans ce genre de situation, auparavant. McCoy avait déjà été en danger, bien sûr. Mais pas comme ça. Pas en spectacle. Pas sans échappatoire.

McCoy dont l'expression venait de changer.

-Et moi qui essaye de vous remercier, oreilles de bourrique ! S'irrita-t-il.

La bouche de Spock était plus sèche encore.

-Ah, oui, parvint-il à prononcer. Vous les humains avez ce besoin émotif d'exprimer la gratitude.

Il se fit violence pour ne pas détourner de nouveau les yeux.

-Il n'y a pas de quoi, dit-il à la place. Je crois que c'est la bonne réponse.

L'amertume qu'il sentait dans ses propos lui semblait étrangère et particulièrement désagréable – elle avait presque un goût concret sur sa langue, un goût âpre, rêche. Il passa devant McCoy pour aller de nouveau vérifier la solidité des barreaux dans le mur opposé.

-Néanmoins Docteur vous devez vous rappelez que… mes émotions ne sont basées que sur la logique, dit-il autant pour McCoy que pour lui-même.

Il n'aurait pas dû déverser sa frustration sur le médecin, il le savait. C'était pour cela qu'il n'était pas fait pour les émotions. C'était pour cela qu'il devait les garder sous contrôle. Spock ne savait pas quoi faire de cette négativité, cette colère, cette peur. Elles n'étaient pas constructives, tout du moins pas pour lui. McCoy arrivait toujours à en tirer quelque chose, sa colère semblait toujours ou presque un catalyseur efficace – la sienne rendait Spock stupide et mesquin. Peut-être que de laisser glisser ses émotions positives çà et là était une erreur. Peut-être que ça fragilisait son contrôle global. Pourtant, s'agenouillant près de la grille, et même en regrettant chaque mot à l'instant de le prononcer, il n'arriva pas à faire autrement.

-La perte de notre chirurgien, nonobstant mon scepticisme concernant sa valeur, aurait causé une réduction de… d'efficacité à l'égard de l'Entreprise et-

McCoy l'interrompit en le saisissant au bras, soudain à son niveau, et le poussant contre la pierre.

-Vous savez pourquoi vous n'avez pas peur de la mort, Spock ?

La voilà. La colère légitime du médecin. Son catalyseur le plus efficace. Spock était à la fois surpris et rassuré qu'il l'ait interrompu. Ce n'était pas la première fois qu'il insultait ses capacités professionnelles, mais ça n'avait pas le goût habituel dans sa bouche. Il était certainement allé trop loin. Il devait reprendre le contrôle. Rediriger son énergie.

-C'est parce que vous avez peur de vivre ! Eructa McCoy. Vous êtes un Vulcano-Terrien et vous tremblez à l'idée que votre moitié Vulcaine perde le combat ! Et que l'autre moitié reprenne le pouvoir !

Il le cernait, d'une main sur la grille à leur côté et de l'autre contre le mur juste derrière son épaule. La pierre était dure, contre le dos de Spock, mais pas aussi dure que les yeux de son ami. Il se détourna, incapable de soutenir son regard plus longtemps. Comme souvent, il voyait juste, ou presque juste. Mais comment lui expliquer ? S'il laissait ses barrières Vulcaines tomber, qu'il laissait tout ce fatras d'émotions prendre le dessus, alors il ne resterait plus rien de cohérent en lui. Preuve en était la façon qu'il avait eu de ce comporter dans cette fichue cellule depuis qu'ils y avaient été renvoyés.

-C'est ça, non ? Fit McCoy, moins fort. La peur de vivre ?

Spock ne pouvait pas se résoudre à le regarder. Il ne voulait pas voir quel genre d'expression animait son visage. A l'oreille, ça ressemblait à de la déception. C'était comme s'il regrettait de voir juste. C'était déjà beaucoup à encaisser, surtout avec ce qu'il tentait déjà de contrôler.

-Parce que vous ne sauriez que faire de sentiments tel qu'amour, ou reconnaissance.

Son amertume ne lui échappa pas. Ou bien était de la peine ? Si seulement McCoy savait. Mais d'ailleurs, ne savait-il pas ? Lui qui clamait toujours savoir qu'il ressentait mille choses. Lui qui passait le plus clair de leur temps ensemble à lui extirper des réactions émotionnelles. Il l'avait vu amusé, il l'avait vu irrité, pas moins d'une minute auparavant il avait reconnu en lui de la colère et de la frustration. Spock se retourna vers lui, lentement, malgré lui. Il pensait même que, parfois, là-haut, dans l'espace, quand les circonstances étaient réunies, il voyait… sa façon de le regarder. Amour, reconnaissance ? N'avait-il vraiment jamais vu cela en lui ?

-Vous en êtes sûr Docteur ? Souffla-t-il malgré lui.

Il vit l'instant où l'expression de McCoy s'adoucit, pris par le regret à son tour. N'était-ce pas idiot de leur part. De dire des choses qu'ils regrettaient aussitôt.

-Je sais, souffla McCoy.

Un instant, Spock crut qu'il allait lui dire qu'il savait.

-Je me fais du souci pour Jim, aussi, dit-il doucement à la place.

Jim. Oui, Jim, là-haut quelque part. En mauvaise posture, sans doute. Sous la torture, peut-être. Spock ne s'inquiétait que rarement pour son Capitaine, il savait se battre, il avait de la ressource. Une ombre de culpabilité revint doucement, de n'avoir pas plus pensé à lui. McCoy était toujours très, très près de lui. Ses yeux semblaient emplis d'inquiétude. De peine, aussi. De fatigue. De tendresse ? Spock baissa les yeux, malgré lui. Les humains étaient si… expressifs. McCoy se redressa, soupirant, s'éloigna de lui pour aller se rasseoir sur la banquette de pierre.

-Je suis désolé, Spock. J'ai dépassé les bornes.

Spock avait l'impression qu'il aurait dû dire quelque chose. Quelque chose de gentil.

-Je…

-Oui, je sais, je sais, l'interrompit McCoy. Des excuses ne sont pas nécessaires, les Vulcains ne s'offensent pas, et cetera, et cetera.

Toujours assis dans son coin entre l'étroite paroi de pierre et la grille de métal, Spock tourna la tête, leva les yeux vers lui. Le Docteur McCoy se passait une main lasse devant les yeux. Il n'avait pas dormi beaucoup, cette nuit. Ils avaient été arrêtés peu avant le crépuscule, et avaient passé la nuit en cellule. Jim, Flavius et McCoy avaient dormi quelques heures, trois, ou quatre. Ce n'était pas un endroit confortable pour dormir. Les humains avaient besoin d'un repos continu de sept à neuf heures tous les jours, et trois heures, dans un endroit comme celui-ci, ce n'était pas suffisant pour leur organisme. Sans compter qu'ils avaient été amenés à l'arène sans avoir été offert de se sustenter, et qu'ils avaient dépensé beaucoup d'énergie pour se battre, et plus d'énergie encore en stress. Il devait maintenant être quinze heures sept, si son horloge interne ne lui faisait pas défaut, et McCoy devait être épuisé, avoir faim, et avoir soif.

-Je vous dois des excuses, moi aussi, s'entendit dire Spock au bout d'un moment.

McCoy regarda dans sa direction. Il avait l'air légèrement… surpris. Spock se leva, en prenant bien garde à ne pas se détourner. Sa colère et sa frustration semblaient de nouveau sous son contrôle. Sa peur, aussi. De toute évidence, d'avoir dû être confronté à McCoy de la sorte l'avait… aidé. Peut-être parce qu'il avait pu profiter de la colère du médecin, en substitut à la sienne. Ou peut-être que ça avait été sa proximité physique. Spock n'aurait pas su dire.

-Je vous ai parlé durement quand ce n'était pas nécessaire, admit-il. J'ai laissé mes… émotions, prendre le pas sur mon bon sens.

Il s'attendait à ce que McCoy dise quelque chose. Un petit commentaire, un petit « je le savais », rien qu'un petit sourire sarcastique. Mais McCoy ne dit rien, ne fit pas un geste. Il n'avait pas l'air fâché, ni même plus surpris. Il avait l'air… Spock n'était pas sûr. C'était l'une de ces subtilités, avec lesquelles il avait encore du mal. Après quelques secondes de silence, il décida d'aller s'asseoir lui aussi, et il alla jusqu'au tas de vieux matelas, pour ne pas empiéter sur son espace personnel. Pas après ça. C'était… plus mou que de la pierre. Mais juste un peu. Il mit ses mains sur ses genoux. Ils ne pouvaient rien faire d'autre qu'attendre.

-Vous croyez qu'ils le torturent ? Demanda la voix basse de McCoy, après sept point quatre minutes dans le silence.

Spock prit le temps d'y réfléchir, d'y réfléchir vraiment. L'idée l'avait effleuré, plus tôt. Claudius avait dit que ce qu'il avait prévu pour eux ne leur plairait pas. Et Jim non plus. Mais pourquoi ne pas les enfermer ensemble ? Ou pourquoi ne pas emmener McCoy et lui assister à la torture de leur Capitaine ? Mais ce n'était peut-être pas nécessaire. Ce que Claudius voulait, c'était que Jim donne l'ordre à tout le personnel de l'Entreprise de descendre sur la planète. Les envoyer McCoy et lui dans l'arène n'avait pas fait céder leur Capitaine alors, par la torture, il pensait peut-être le faire flancher.

-Je ne sais pas, répondit-il finalement.

Il ne voulait pas lui dire oui. Il ne voulait pas lui dire que c'était plus que certain. Après tout, il ne savait pas. C'était une possibilité, et les pourcentages n'étaient pas bons. Mais ils n'avaient aucun moyen d'être sûrs.

-Docteur…

McCoy releva les yeux vers lui, mais Spock ne continua pas tout de suite. Il ne savait pas exactement comment… Il tourna la tête vers lui, et leurs regards se trouvèrent.

-Je tenais à vous dire, reprit-il, presque à voix basse. Je suis venu à votre secours dans l'arène parce que… vous êtes mon ami.

McCoy eut l'ombre d'un rictus. Juste au coin des lèvres, dans un air légèrement amusé.

-Je sais bien, Spock.

Soulagé, Spock hocha doucement la tête, une fois, avant de regarder de nouveau face à lui. Ça l'aurait hanté de penser que McCoy aurait pu croire ce qu'il avait dit plus tôt.

-Mais, vous savez Spock…

Il se retourna vers lui. Le petit sourire à ses lèvres lui sembla agréablement familier.

-Je suis sûr que vous l'auriez fait pour n'importe qui.

Spock cligna des yeux, une fois, malgré lui. Il y songea, un instant. Oui il avait… sans doute raison. Il détourna de nouveau doucement les yeux vers le couloir face à lui. Il repensa à la frayeur soudaine qui l'avait pris dans l'arène en le voyant vulnérable, au sol. N'importe qui… oui, certainement. Mais pas comme ça. Pas comme ça. Le silence revint entre eux, moins pesant que le précédent. Tout de même, Spock avait la sensation… enfin, s'il voulait dire quelque chose… enfin, ils n'étaient pas aussi sincères l'un avec l'autre tous les jours. Ils n'étaient jamais malhonnêtes, bien sûr. En tout cas, Spock ne l'était jamais. Mais si Spock pouvait assurer à la ronde qu'il ne mentait jamais, il avait en bon Vulcain appris très tôt à maîtriser l'omission et le non-dit.

-Docteur.

McCoy le regardait, mais il n'était pas sûr de pouvoir soutenir son regard et continuer. Il y avait une différence de taille entre laisser ses amis deviner ce qu'il ressentait et l'admettre. Mais il avait déjà fait la moitié du chemin. Il avait admis sa colère. Il pouvait admettre le reste.

-Dans l'arène…

Il s'interrompit. Ce n'était pas une bonne idée. Il n'était pas prêt. Ça paraissait plus simple avant de commencer à parler. Ça paraissait plus simple, conceptuellement.

-Spock, dit finalement McCoy depuis la banquette. S'il s'agit d'émotions, ne vous sentez pas obligé de me dire quoi que ce soit.

Spock se pinça légèrement les lèvres, malgré lui.

-Je sais ce que j'ai dit, mais… Hésita le Docteur. Ça ne veut pas dire que je veux que vous… enfin, je ne veux pas que vous fassiez quoi que ce soit qui vous mette mal-à-l'aise.

-Bien que j'apprécie votre offre de retrait, fit Spock sans pour autant parvenir à le regarder, je souhaiterais poursuivre mon propos.

McCoy ne répondit rien, à son plus grand soulagement. Ça aurait été plus dur encore, s'il avait insisté qu'il se taise. Comment faisaient les humains pour communiquer leurs émotions si souvent. Rien que de les ressentir était éprouvant, pour Spock. Quotidiennement, quand rien de spécial ne lui arrivait, à lui ou au vaisseau, ou à l'équipage, tout était très simple. Son contrôle était efficace, et facile. C'était une seconde nature – non, sa première. Sa première nature. C'était quand ces sensations prenaient de l'ampleur, que ça devenait… comme ça. Comme à cet instant, dans cette cellule, face à face avec McCoy et ce qu'il essayait de lui dire. Il se sentait si vulnérable. Si… petit.

C'était irrationnel. Il n'y avait aucune raison logique de craindre une conversation. Il prit une brève inspiration.

-Dans l'arène, répéta-t-il plus fermement, j'ai eu…

L'angoisse le reprit en traître, et le fit buter sur ses mots, très brièvement.

-J'ai eu peur pour vous.

Une fois que c'était sorti de lui, il fut assailli à la fois de honte et de soulagement. Il releva les yeux vers son ami, et sa honte s'atténua doucement face au regard posé sur lui. Il n'y vit aucune trace de jugement, et pourtant c'était une chose qu'il voyait souvent dans ce regard là. D'ailleurs… il ne voyait rien du tout, rien qu'une certaine forme de douceur. Spock n'aurait pas su reconnaître l'émotion qu'il avait sous les yeux, quand bien même s'agissait-il d'une émotion. C'était trop subtil pour ses yeux de Vulcain, et le fait de s'en rendre compte le tendit légèrement.

-Merci, Spock, souffla finalement McCoy.

Spock haussa un sourcil.

-Je ne vois pas exactement en quoi je mérite vos remerciements, Docteur, étant donné que cette peur était irrationnelle et que je n'avais aucun pouvoir sur le choix de la ressentir ou non.

McCoy eut un léger souffle amusé, qui aurait pu passer pour un léger rire s'il y avait mis plus d'énergie. Spock n'était pas sûr de savoir ce qu'il trouvait si drôle, mais n'avait pas l'impression qu'il se moquait, alors il ne dit rien.

-Je veux dire, fit McCoy, merci de me l'avoir dit. De… de me faire confiance, à ce point.

Spock se sentit s'adoucir, d'une façon qui lui était seulement familière en la présence de son actuel codétenu.

-Vous êtes une personne de grande confiance, Docteur, souffla-t-il à son tour.

A sa plus grande surprise, il ne ressentit plus le besoin de détourner le regard. C'était comme si d'avoir exprimé une partie de ce qui lui avait occupé l'esprit jusqu'à présent le libérait d'un poids métaphorique. Il se rendait bien compte que ça n'empêcherait pas des gardes de venir et d'emmener McCoy se faire torturer en direct à la télévision, mais pour une raison qui lui échappait son esprit était plus clair. Il mit bien une point deux minute à se rendre compte que son ami le regardait toujours. Cette fois-ci, il reconnut son expression.

-Vous avez le visage de quelqu'un qui a une opinion à formuler, Docteur, fit-il remarquer.

McCoy n'eut pas l'air surpris, mais n'eut pour lui qu'un bref rictus.

-Ce n'est peut-être pas le moment, dit-il. J'ai déjà beaucoup ouvert ma grande bouche aujourd'hui.

Spock eut un imperceptible froncement de sourcils.

-Je crois, au contraire, que c'est le moment idéal. Après tout, nous allons peut-être mourir avant la nuit.

Le regard de McCoy se fit soudain contemplatif, les sourcils légèrement haussés, le tout dans un faible hochement de tête.

-En effet, dit-il.

Mais il ne parla pas de ce qu'il avait en tête pour autant – au lieu de ça, il eut l'air de penser à leur mort prochaine quelques secondes supplémentaires, accompagné d'une expression faciale qui avait pourtant l'air de n'avoir rien à voir avec une expérience de décès imminent. Spock étudia le pincement de ses lèvres, la façon dont ses yeux, hors de focus, regardaient apparemment un point dans l'air approximativement à deux point trois mètres de lui, zéro point huit mètre au dessus du sol. Et puis l'instant passa, McCoy se mordit très brièvement la lèvre en baissant les yeux sur ses mains, remontant un genou contre lui, le pied sur la banquette de pierre, un bras autour pour le garder là.

-Quand je dis que vous avez peur de vos émotions, je le pense, commença-t-il sans le regarder. Mais c'est parce que vous pensez devoir les contrôler comme un Vulcain, ou les ressentir comme un humain. Mais Spock vous êtes… vous.

Spock cligna une fois des yeux, surpris de la tournure de sa phrase.

-Vous devez trouver la bonne manière de ressentir vos émotions pour vous. Les garder enfermées comme vous le faîtes, à la Vulcaine, c'est… c'est pas bon pour la psyché. Je pense que votre part humaine a besoin de relâcher la pression. Si vous pouviez trouver…

Mais il s'interrompit. Il releva les yeux vers lui, et Spock fut étonné de le voir esquisser un bref sourire incertain.

-C'est idiot. Je ne sais pas de quoi je parle.

Spock ne se rendit compte qu'en croisant le bleu si familier de ses yeux que son cœur battait particulièrement vivement à son flanc.

-Non, s'entendit-il dire. Continuez.

C'était étrange de penser que McCoy y avait tellement songé. Qu'il y avait réfléchi, qu'il avait toute une théorie. Sur lui. Pour son… bien-être. Alors même que Spock n'était même pas encore convaincu d'en avoir besoin. Enfin, n'était-il pas convaincu ? Il s'était déjà admis à lui-même que ses émotions lui posaient problème, lorsqu'elles étaient fortes. Les Vulcains ne ressentaient pas de cette façon. Ils ne ressentaient pas si… profondément. La profondeur était métaphorique, bien entendu. Ses dimensions corporelles ne différaient pas des autres membres de son espèce.

-Je pense… Peut-être que je me trompe, nota McCoy prudemment. Je pense que vous pourriez trouver une manière de concilier votre éducation vulcaine et vos besoins émotionnels humains. Vous contrôlez parfaitement vos émotions, et ça marche pour vous, mais des fois… je veux dire, quand vous ressentez des choses fortes… la manière vulcaine n'est pas la bonne. Réprimer une émotion forte sans la confronter ne fait rien de bien.

McCoy se tut, et Spock ne sut pas quoi lui répondre. Il ne s'était jamais rendu compte qu'il… voyait si clair en lui. Qu'il le comprenait de cette façon, presque plus que lui-même. Soudainement, il eut la sensation de retomber entièrement amoureux de lui. Enfin de- de ressentir cette affection, si particulière, comme la première fois. Tandis qu'il sentait son visage prendre une teinte plus chaude, McCoy eut un genre de petit rire nerveux, détournant les yeux.

-Evidemment, je ne peux pas vous dire comment faire, dit-il. Personne ne le peut, j'imagine.

Le silence retomba, doucement. Spock ne parvint pas à détourner le regard. Le Docteur McCoy était la personne la plus… compatissante, qu'il connaissait. Grâce à cela, il faisait un médecin remarquable. Il avait toujours du mal avec lui, à cause de sa biologie, mais Spock était à moitié à blâmer. Il ne lui facilitait pas la tâche en gardant pour lui les spécificités de son espèce. La médecine vulcaine était réservée aux Vulcains. Aux Vulcains, et aux quelques initiés qui l'avaient étudié sur leur planète. Et puis, Spock ne tombait pas malade. Il était immunisé contre de nombreux virus qui affectaient les humains. Et ses transes de guérison pouvaient le remettre de presque n'importe quel traumatisme physique. Pourtant, McCoy insistait pour lui faire passer des tests réguliers, comme au reste de l'équipage. Spock ne pouvait pas dire qu'il y allait avec enthousiasme. Mais il devait reconnaître que le Docteur était maintenant globalement capable de reconnaître le normal de l'inhabituel, en ce qui le concernait, du rythme cardiaque à la tension, en passant par le ratio de température corporelle et ambiante. Spock avait sous-entendu, la veille, que McCoy marchait à l'essai et à l'erreur, et ça avait été un peu hypocrite de sa part, il le reconnaissait. Il savait que McCoy ne lui en tenait pas rigueur, ils se disaient ce genre de choses quotidiennement. Avec lui, il devait souvent recourir à ces approximations – essayer, observer, améliorer. Depuis presque trois ans qu'il était son médecin, cela avait porté ses fruits. Globalement. McCoy était un excellent médecin. Il avait aussi de très beaux yeux bleus.

-J'imagine… Le vit-il hésiter après trois point cinq minutes de silence. Qu'il vous faudrait peut-être reconnaître celles qui vous posent problème et… trouver une manière de les confronter. Peut-être les exprimer serait suffisant pour vous, qui sait. En parler à quelqu'un de confiance. Jim, par exemple ?

Il releva les yeux vers lui et parut surpris que leurs regards se croisent. Puis Spock le vit rougir, inexplicablement, et détourner de nouveau les yeux dans un petit rire nerveux.

-Je viens de dire que je ne pouvais pas vous dire comment faire, et voilà je donne des conseils. A croire que c'est trop dur pour moi de la fermer cinq secondes !

Son sourire était fait d'auto-dénigrement, mais Spock ne put empêcher le coin de ses lèvres d'esquisser l'ombre d'un rictus en réponse à la tournure de sa phrase. Evidemment, McCoy était resté silencieux plus de cinq secondes. Il avait gardé le silence exactement deux cent dix secondes consécutives.

-Ça ne me dérange pas, s'entendit-il répondre.

McCoy retourna son attention sur lui tandis que Spock se rendait compte qu'il avait parlé, et les deux événements ensemble firent s'accélérer brièvement la pulsation dans son flanc. Avec moins de contrôle, il se serait empourpré.

-Faites attention Mr. Spock, sourit McCoy dans un brin de sarcasme, on pourrait penser que vous venez de me dire quelque chose de gentil.

-Ça ne se reproduira plus, assura-t-il.

McCoy répondit d'un petit rire, bien plus naturel que le dernier. Spock répondait toujours à son sarcasme avec la plus grande facilité. Il n'avait jamais besoin d'y songer longuement, ça lui venait toujours tout naturellement. Le bref rire de son ami l'avait allégé. Métaphoriquement allégé, bien entendu, Spock n'avait pas perdu de masse au cours de ces dernières secondes. Le contraire aurait été for inquiétant.

McCoy soupira, secouant très légèrement la tête, réajustant sa position contre le mur de pierre dans son dos. Spock aurait pu le lui dire. Il aurait pu lui faire part de ce qu'il ressentait pour lui. Ils étaient seuls, ils parlaient justement de ses émotions, le lien était évident.

Il se souvint du mal qu'il avait eu à admettre avoir eu peur pour lui dans l'arène.

Spock continua de le regarder. Il avait fermé les yeux, la tête contre le mur, les mains jointes devant lui entre ses jambes. Ses épaules étaient plus détendues qu'auparavant, mais seulement légèrement. Cette banquette de pierre ne devait pas avoir gagné en confort, ces dernière minutes. Elle ne pouvait pas, d'ailleurs. Ses yeux glissèrent de ses épaules à son torse, où sa respiration lente faisait se soulever sa cage thoracique, sous ses habits d'esclave. Puis ils glissèrent de son torse à ses bras. Spock savait que c'était nécessaire pour se faire admettre sur un vaisseau d'exploration d'être en bonnes conditions physiques. Et McCoy était un médecin. Un très bon médecin, même.

-Vous devriez peut-être dormir un peu, dit-il en partie pour interrompre le fil de ses propres pensées.

Elles devenaient incohérentes, de toute façon. McCoy ouvrit les yeux, jeta un regard dans sa direction. Un instant, il eut l'air de considérer sa remarque. Deux point six secondes, précisément. Ensuite il soupira, bougea pour s'allonger sur la pierre, un bras derrière sa tête, l'autre sur son ventre.

-Vous aussi vous devriez vous reposer, Mr. Spock, fit-il en refermant les yeux. Qui sait quand on aura encore l'occasion de faire une pause.

-Je n'en ressens pas le besoin immédiat, répondit Spock.

-Ouais, évidemment.

Spock dut retenir un sourire. Il n'avait pas besoin de se reposer, il avait besoin de conserver les yeux ouverts et veiller que rien n'arrive pendant le sommeil de son codétenu. Méditer pendant qu'il dormait risquait de leur faire perdre de précieuses secondes de réactions en cas de… quoi que ce fût. Il préférait rester concentré sur leur réalité tangible, pour le moment.

Mais rien ne se passa. Au bout de quinze point sept minutes, Spock remarqua que la respiration de McCoy avait encore ralenti et qu'il s'était finalement endormi, et son sommeil dura une point cinq heures. Spock passa ce temps à le regarder, l'oreille aux aguets de tout ce qui aurait pu se passer dans le couloir des geôliers. Mais il n'y avait pas un bruit, seulement celui de leurs respirations. McCoy ne bougea pas d'un millimètre, durant toute la durée de son sommeil. Il devait être exténué. Il ne commença à avoir quelques brefs mouvements qu'après une point deux heure. Surtout des mouvements nerveux, des contractions musculaires de bras, une crispation du visage. Spock n'était pas familier avec le cycle de sommeil des humains et ne préféra pas faire d'hypothèses sur la situation, mais cela ne l'empêcha pas de considérer l'idée brève de le réveiller. Cependant McCoy avait besoin de ce sommeil, et peut-être que ce passage nerveux serait bientôt terminé. Il était logique de le laisser dormir.

Mais il se redressa subitement sur la banquette, avec une vive inspiration et des yeux écarquillés. Il regarda vivement autour de lui, croisa le regard de Spock, passa par un certains nombre d'émotions dont les changements furent trop rapides pour lui.

-Tout va bien, Docteur ? Demanda-t-il.

Il ne répondit pas tout de suite. Spock remarqua que son rythme respiratoire était plus rapide qu'à son habitude.

-Ça va impeccable, grommela-t-il finalement en se passant une main devant les yeux, s'asseyant de manière à avoir les deux pieds sur le sol. Quelqu'un est-il venu ?

-Non, personne.

Il était maintenant dix-sept heures seize, si l'horloge interne de Spock ne se trompait pas. Ce devait aussi être approximativement l'heure de la planète sur laquelle ils se trouvaient, si Spock se souvenait correctement de la vitesse de révolution de Roma. C'était la fin de l'après-midi, et il ne s'était absolument rien passé. Personne n'était venu les emmener nulle part, ni ne leur avait rien amené. Quand il devint évident que le Docteur McCoy n'allait pas réémerger tout de suite de ses mains, Spock se leva de son tas de vieux matelas et alla s'asseoir, précautionneusement, près de lui. Sans le toucher, et en choisissant ses mots avec soin, il ouvrit la bouche.

-Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?

McCoy tourna la tête vers lui, émergeant à peine de ses mains. Spock vit à quel point il était fatigué. Il le vit baisser les yeux sur le bas de son visage, puis les détourner – il soupira en se levant.

-Non, rien j'en ai peur, dit-il en se passant de nouveau une main sur le visage.

Il marcha jusqu'à la grille d'en face, s'y appuya, soupira une deuxième fois.

-A moins que la physique de ces barreaux ce soit assez modifiée pendant mon sommeil pour que vous puissiez en casser un ou deux.

Spock fronça légèrement les sourcils, ouvrit la bouche.

-C'est une blague, Spock, intervint McCoy sans même le regarder.

Alors Spock ferma la bouche, en gardant pour lui ses observations sur les bases de la physique cartésienne. Il regarda le Docteur McCoy en silence. La façon dont il était appuyé contre la grille. Son dos, ses épaules. Ses hanches. Il détourna les yeux. Brièvement il se demanda ce qu'il avait pu rêvé, pour se réveiller ainsi aussi soudainement. Mais s'il avait voulu lui en parler, il l'aurait fait, et ce n'était pas sa place de demander. Pourtant, il se surprit à parler.

-Docteur…

Mais une soudaine baisse de tension électrique les priva de lumière et ils levèrent tous les deux les yeux vers l'endroit ou l'ampoule ne brillait plus dans le couloir.

-Qu'est-ce qui se passe encore ? Marmonna McCoy.

Ça ne dura pas longtemps pourtant, et bientôt ils entendirent des bruits de pas – quelqu'un qui courait, et dans leur direction. Spock fronça les sourcils. McCoy, toujours près de la grille, fut le premier à le voir.

-Jim !

Spock se leva aussitôt. C'était bien le capitaine, et il était armé à la manière des locaux – le Docteur et lui allèrent vivement vers la porte tandis que Jim faisait vivement le tour du de l'angle pour venir les délivrer, mais il leur demanda aussitôt de reculer. Ils le firent, bien sûr, puisqu'il pointait son fusil automatique sur le verrou.

-Peu évolué, mais efficace, fit leur Capitaine alors qu'ils sortaient enfin de leur état de captivité.

-Qu'est-il arrivé, Jim ? Demanda aussitôt McCoy.

-Ils vous ont torturé, Capitaine ? Demanda Spock à son tour.

-Oui, répondit Jim – mais son ton laissa Spock perplexe. Oui mais une douce torture, ajouta-t-il, je n'ai pas le temps d'expliquer.

Spock n'avait aucune idée de ce que pouvait être une « douce » torture, mais n'eut effectivement pas le temps de poser la question. Des miliciens armés arrivaient des deux côtés du couloir – d'ors et déjà bien plus nombreux qu'eux.

-Halte ! Cria le Proconsul.

Ils étaient quatre d'un côté, deux de l'autre. Spock fit rapidement le calcul de leurs probabilités de survie, et elles étaient bien minces. Il jeta un œil à McCoy, qui serrait les mâchoires. Comment faire ?

-J'ai pitié de vous, Capitaine Merik, disait maintenant le proconsul – Spock regarda dans sa direction et vit que Merik se tenait juste à côté de lui. Mais regardez au moins comment on tue proprement. Les glaives seulement !

Tous les miliciens jetèrent leurs fusils automatiques au sol et sortirent leurs glaives. McCoy retourna vivement la l'intérieur de la cellule et Spock se plaça devant la porte, sans même y penser. Deux premiers soldats se jetèrent sur eux – Spock parvint à le repousser et lui prendre son glaive, un coup d'œil à son Capitaine lui apprit que c'en était de même pour lui. Son ouïe de Vulcain fut attirée par la voix de Merik.

-A l'Entreprise, localisez pour téléporter trois-

Le Proconsul lui enfonça un poignard dans le dos, Spock se tourna vers lui juste assez vite pour le voir faire. Apparemment McCoy et le Capitaine avaient entendu eux aussi, et le Docteur se servit d'un des vieux matelas pour repousser vivement trois de leurs assaillants et pour leur laisser le temps au Capitaine et à lui-même de se renfermer dans la cellule – et puis Merik jeta leur communicateur dans leur direction. Il tomba droit à leurs pieds.

-Entreprise au Capitaine Kirk, dit la voix de Scotty dans l'appareil. Prêts à téléporter trois hommes.

Et avant que leurs fusils automatiques aient pu se vider sur eux, et tandis que Merik rendait son dernier souffle sur le sol, ils disparurent dans un familier bourdonnement de lumière.

.

La première chose qu'ils firent, en revenant à bord, fut de se dépêcher d'aller se changer. Spock regarda le Docteur et leur Capitaine, déjà bien plus souriants, se diriger vers l'ascenseur le plus proche et il les suivit, quelques pas en arrière, tandis qu'ils discutaient avec animation de leur toute récente échappée. Il ne quitta pas le Docteur McCoy du trajet. Il savait que ce n'était pas exactement logique, mais il avait toujours ses aveux avortés sur le bout de la langue. Bien sûr ils n'étaient pas physiquement là, dans sa bouche. Mais pour la première fois depuis… toujours, il en avait la sensation. McCoy descendit deux ponts avant eux, et Spock hésita un instant à le suivre. Mais ses quartiers à lui étaient plus haut, au même pont que ceux du Capitaine, et ça aurait été suspicieux.

-Est-ce que tout va bien, Spock ? Demanda Jim quand les portes s'ouvrirent de nouveau pour eux.

Ils sortirent d'un même pas, et Spock leva un sourcil en direction de son Capitaine.

-Vous m'avez l'air particulièrement pensif, précisa-t-il avec un demi-sourire.

-Tout va bien, Capitaine, répondit Spock sur son ton habituel.

-Tout ce temps, là en bas, avec Bones… vous ne vous êtes pas entre-tués ? Insista Jim.

-De toute évidence, fit remarquer Spock, nous sommes tous les deux toujours en vie.

Ça eut le mérite de tirer un petit ricanement amusé à son Capitaine et ami, et à le convaincre de ne plus poser de questions. Ils arrivèrent à leurs quartiers sans que Jim ne fasse d'autres remarques sur son « air pensif », et Spock fut particulièrement soulagé d'enfin arriver face à sa porte, qui s'ouvrait déjà devant lui.

-Spock ?

Il s'arrêta, peut-être un peu tendu. Jim savait qu'il ne mentait pas aux questions directes. Il redouta une question de ce genre, concernant ce qui le préoccupait, ou leur captivité, ou le Docteur McCoy.

-Ça vous ennuie si j'utilise la douche le premier ?

Une nouvelle vague de soulagement détendit ses épaules.

-Pas du tout, Capitaine, allez-y.

Il entra dans ses quartiers, et laissa la porte coulisser derrière lui. Le silence de la pièce lui fit… un certain bien. Il jeta un œil à la petite lumière près de la porte de la salle de bain, juste à temps pour la voir passer du vert au rouge. Le Capitaine ne perdait pas de temps. Spock décida de sortir son tapis de méditation en attendant de pouvoir utiliser la salle d'eau à son tour – un temps bien employé, pour mettre derrière lui les émotions fortes qu'il avait ressenties sur le sol de cette planète. Sa peur. Sa colère. Sa frustration.

Il eut beaucoup de mal à faire le vide. Le Docteur McCoy revenait sans arrêt dans ses pensées.

Ce ne fut qu'après avoir accepté le fait qu'il ne pourrait pas l'écarter de son esprit qu'il parvint à faire le travail de vide, en le gardant juste là, sur le côté, sans plus essayer de l'éliminer.

Sa peur le quitta, entièrement. Sa colère, sa frustration aussi. Il continua de respirer quelques minutes, sans rien d'autre en tête que McCoy, comme en sourdine.

Quand il rouvrit les yeux, il était entièrement détendu. La petite lumière près de la salle de bain était redevenue verte. Il alla prendre une douche, revêtit l'un de ses uniformes. En ressortant, il hésita à remettre à plus tard la rédaction de son rapport.

Mais non, ça devait être fait. Il s'assit à son bureau devant son computeur, et commença à dicter. Il s'arrêta aux faits, et seulement aux faits. Leur arrivée sur la planète, les adorateurs du Soleil, Flavius, leur tentative de rentrer en contact avec l'ancien équipage du Capitaine Merik, leur arrestation par les forces militaires locales, leur entretien avec le Proconsul, l'arène, la captivité, et finalement leur évasion, grâce au Capitaine Kirk, et au Capitaine Merik. En mettant un point final à son rapport, il demanda au computeur de lui montrer ceux du Capitaine et du Médecin-Chef, s'ils étaient rédigés. Ils l'étaient. Celui du Capitaine datait de vingt minutes auparavant, celui du Médecin de sept minutes seulement.

Il hésita à les lire. Il lisait très vite, ça ne lui prendrait pas plus d'une minute, une minute point cinq peut-être.

Mais cette mission, il la connaissait. Il la connaissait même très bien, et s'il venait de mettre certaines émotions derrière lui, ce n'était pas pour relire par deux fois les événements de ces deux derniers jours, après en avoir lui-même rédigé sa version. Peut-être qu'il les lirait un autre jour.

Il éteignit son computeur et sortit de ses quartiers, en direction de la passerelle. En mettant le pied dans l'ascenseur son flanc fourmilla, physiquement, une sensation qu'il n'avait jamais ressentie auparavant et qui le surprit tout autant que le sourire qui l'accueillait dans le petit espace.

-Ah, Mr. Spock ! Fit McCoy avec bonne humeur. J'imagine que vous montez, vous aussi.

-En effet, parvint-il à répondre tandis que les portes se refermaient derrière lui. Etant donné que la passerelle est l'endroit où je tiens mon poste.

Le Docteur leva les yeux au ciel, visiblement ennuyé par le sous-entendu que lui, médecin, n'avait rien à faire à la passerelle. Spock n'avait pas voulu le dire de cette façon, mais de toute évidence le double-sens s'était fait naturellement. Il fallait dire que Spock le lui rappelait souvent.

-Je tenais à voir Jim, voilà tout, répliqua McCoy.

Ceci dit Spock remarqua qu'il ne semblait pas froissé par sa remarque, si son petit sourire pouvait en être l'indication. L'envie vive de lui dire ce qu'il avait sur le cœur revint soudainement, comme une boule chaude dans son abdomen.

Mais les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur la passerelle. McCoy sortit le premier, et Spock dut se faire violence pour le suivre – ils croisière l'Officier Scott, qui prit l'ascenseur à son tour pour redescendre, visiblement satisfait.

-Messieurs ! Les salua Jim en les voyant arriver.

Ils s'approchèrent de son fauteuil, comme ils le faisaient souvent, et Spock fit de son mieux pour ne pas regarder McCoy.

-Capitaine, disait-il, j'ai lu dans votre rapport que Flavius avait été tué. J'en suis navré.

Spock se retint de froncer les sourcils. Il ne savait pas que Flavius était mort. Il aurait peut-être dû lire ces rapports, finalement.

-J'aimais ce fils du Soleil, finissait McCoy, dans un brin de tristesse qui n'échappa pas à Spock.

-J'aurais bien voulu examiner cette croyance fanatique du soleil, dit-il à son tour. Il semble illogique pour l'un de ses adorateurs de développer une philosophie de fraternité totale. Flavius et son adoration peuvent être considérés comme d'une primitive… superstition, ou religion.

-J'ai bien peur que vous soyez dans l'erreur Mr. Spock, intervint le lieutenant Uhura.

Ils se retournèrent vers elle, tous les trois – Spock haussant un sourcil. Elle exposait sa théorie en quelques mots, et Spock ne pouvait pas nier qu'elle faisait sens. Un simple malentendu de traduction, non pas « fils du soleil » mais « fils de Dieu », des adorateurs d'un… symbole divin sur leur sol.

-César et le Christ… Souffla Kirk, apparemment impressionné par l'idée même que ça se produise. En même temps. Et leur parole se répand.

-Une philosophie offrant tout amour, et fraternité, intervint McCoy.

-Qui va remplacer l'impérialisme romain, termina Spock, pensif. Mais, ajouta-t-il après un bref calcul, cela n'arrivera que vers leur vingtième siècle.

Kirk était d'autant plus enthousiaste. Spock n'arriva pas à savoir si c'était le fait statistiquement impressionnant qu'une religion similaire à l'une des grandes croyances terrestre se développe sur cette planète, ou bien la perspective que cette nouvelle idéologie allait bientôt sans doute faire cesser la pratique de l'esclavage et du combat à mort. Spock jeta un œil au Docteur McCoy. Leurs regards se croisèrent. McCoy eut un petit sourire.

-Mr. Chekov, fit le Capitaine. Sortons de l'orbite Chrétienne, distorsion facteur 1.

-Ave, Cesar !

McCoy détourna les yeux, eut un dernier sourire pour Jim.

-Je vous laisse, Messieurs, dit-il. Je m'en retourne à mon infirmerie, avant que mon service ne se termine officiellement sans que j'y ai mis les pieds une seule seconde aujourd'hui.

-A tout à l'heure, Bones, répondit Jim avec un clin d'œil.

Spock regarda McCoy partir, fit le tour du fauteuil de leur Capitaine, marcha jusqu'à sa station d'observation. Le Docteur avait raison, ils s'étaient échappés de leur cellule en fin d'après-midi, et une heure s'était déjà écoulé depuis leur retour. Le service de Spock se terminait dans seize minutes. Quinze point neuf, exactement. Si bien sûr on partait du principe qu'il avait commencé à l'heure habituelle ce jour-là, alors qu'ils étaient encore sur le sol de la planète.

Trente-deux secondes s'écoulèrent avant qu'il ne se redresse de sa station et ne marche résolument vers l'ascenseur à son tour. Jim le regarda passer, mais Spock ne vit pas s'il comptait dire quelque chose ou non – les portes se refermèrent sur lui et il prononça distinctement :

-Infirmerie.

La descente fut rapide, comme toujours, et il haussa le pas en sortant de la capsule. Il aperçut le Docteur McCoy dans la courbe du couloir principal, seulement vingt-quatre secondes après être descendu à ce pont.

-Docteur ! Héla-t-il.

McCoy se retourna, surpris, mais l'attendit. En arrivant près de lui, Spock savait exactement ce qu'il allait dire, et comment il allait le dire. Il se dit brièvement qu'il avait extrêmement bien fait de prendre le temps de méditer avant de se changer et d'écrire son rapport.

-Auriez-vous une minute à m'accorder ? Demanda-t-il.

McCoy fronça légèrement les sourcils.

-Bien sûr, qu'y a-t-il Spock?

-Ce que vous avez dit à la surface… Commença-t-il. Je crois qu'il faut que je vous dise quelque chose.

L'expression de McCoy changea légèrement. Sa perplexité se transforma en inquiétude, et peut-être une touche de douceur. Spock reconnut l'expression qu'il avait eu dans leur cellule lorsqu'il lui avait offert de renoncer à exprimer ses sentiments devant lui, pour son confort de Vulcain.

-Vous êtes sûr ? Lui dit-il. Vous n'êtes pas ob-

-Je vous porte une affection particulière, Docteur, dit-il d'une traite.

McCoy eut l'air surpris. Spock se rendit compte que, malgré sa claire décision de le lui dire, son cœur battait inhabituellement fort contre son flanc. Et puis l'expression de McCoy s'adoucit.

-J'apprécie que vous me le disiez. Vous savez que je tiens beaucoup à notre amitié.

Spock prit malgré lui une brève inspiration tendue.

-Vous m'avez mal compris.

McCoy fronça légèrement les sourcils, mais Spock ne laissa pas cela le décontenancer davantage.

-Mon affection pour vous est de nature… romantique.

L'expression de McCoy ne changea pas. Il semblait comme figé. Spock fit taire l'once d'anxiété qui naissait dans son poumon.

-J'ai essayé de vous le dire lorsque nous étions retenus prisonniers, mais vous avez raisons sur certains points et je reconnais que jusqu'à présent je préférais mettre ces émotions de côté, mais-

Il s'interrompit, brièvement, dans le seul but de reprendre son souffle. Pour une fois, l'expression du Docteur était indéchiffrable.

-Mais la peur que j'ai éprouvé pour vous sur cette planète a mis en évidence le fait que cacher ces sentiments que j'éprouve pour vous n'est plus la solution, et je pense que vous devez maintenant savoir la place que…

Il hésita sur la façon de tourner sa phrase, un instant seulement.

-L'importance que vous avez pour moi.

Après avoir tout dit, il se tut. La réponse du Docteur McCoy n'avait que peu d'importance, chercha-t-il à se convaincre. Il ne s'agissait pas d'avoir une réponse positive de sa part, ni même aucune sorte d'appui. Ce n'était qu'une question de… d'honnêteté. Puis de le dire l'enlevait de son esprit, et méditer sur ces sentiments serait plus facile à présent, peu importait ce que McCoy pouvait lui répondre. McCoy qui, Spock put clairement s'en rendre compte, se mettait à… graduellement… rougir. Après vingt-trois secondes du silence le plus total, le médecin détourna les yeux, marmonnant un juron.

-Merde.

Spock n'était pas sûr de savoir quoi en penser, mais il ne pouvait pas dire que ça le rassurait. McCoy baissa nerveusement la tête, d'une telle manière qu'il regardait maintenant le sol à zéro point sept mètre sur sa droite.

-Vous choisissez bien votre endroit, pour faire une déclaration pareille, marmonna-t-il.

Il ne pouvait toujours pas voir son visage, mais cette fois-ci Spock crut reconnaître l'intonation qu'il associait habituellement à un sourire, aussi bref pouvait-il être. Et ça… c'était plutôt une bonne chose, certainement. Étonnamment, ça ne parut pas suffire à le rassurer.

-Toutes mes excuses, si cela vous met mal-à-l'aise, dit-il en s'évertuant à parler de manière égale.

Mais à sa grande surprise, McCoy eut un petit rire – Spock n'arriva pas à savoir si c'était nerveux ou amusé. Un enseigne passa près d'eux en direction de l'ascenseur. Spock se rendit compte avec étonnement que ses paumes semblaient moites. McCoy releva enfin les yeux vers lui, les lèvres pincées, l'air gêné – et amusé, cette fois-ci il n'y avait pas de doute possible. Il ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, mais se retint quand deux autres enseignes les dépassèrent dans l'autre sens – il les regarda passer, les lèvres toujours pincées dans le même sourire.

-Suivez-moi, fit-il en se détournant.

Surpris, Spock mit une point deux seconde supplémentaire à lui emboîter le pas.

-Et où allons-nous ?

-Juste là, souffla McCoy en passant la porte d'un laboratoire de botanique sur leur droite – Spock y entra à sa suite, pas encore certain de la raison qui les amenait là.

Il n'était pas nerveux. Simplement, il aurait bien aimé savoir ce que le Docteur McCoy avait en tête, exactement. La porte se refermait derrière eux et Spock put constater que le laboratoire était désert, et mis à part les systèmes d'irrigation et d'oxygénation automatique des éléments de flores aliènes, toute machinerie était éteinte. Il se retourna vers le Docteur pour lui demander s'il avait quelque chose en particulier à lui montrer, et également si ce quelque chose avait un rapport quelconque avec ce qu'il lui avait dit dans le couloir – mais il n'eut pas le temps de prononcer un mot. Le Docteur McCoy, une main soudainement contre sa joue, vint vivement poser ses lèvres sur les siennes. Spock entendit un souffle surpris, et se rendit compte que c'était le sien. Il eut l'illogique impression que son cœur se soulevait dans son flanc et, avant qu'il ait pu mettre un mot sur la sensation, McCoy avait reculé. Spock cligna des yeux, une fois. Puis deux. Il s'humidifia les lèvres – ou bien peut-être était-ce pour retracer la présence furtive de celles du Docteur contre sa bouche.

-Faut-il que je comprenne, à la lumière de votre réaction, que mon affection est partagée ? Souffla-t-il.

-Oui ! S'exclama le médecin d'un air bien plus brusque que ce que la situation demandait. Bien sûr, espèce de-

Mais McCoy s'interrompit dans un nouveau petit rire qui indiqua à Spock qu'il n'était pas réellement fâché. Il semblait plutôt envahi d'une grande émotion positive. Spock espéra que c'était de la joie. Il évitait son regard sans arriver à le poser quelque part dans le laboratoire, et son sourire était… Spock n'arrivait pas à regarder autre chose.

-Alors ? Fit McCoy finalement, croisant les bras, l'air satisfait. Qu'est-ce qu'il faut faire sur ce vaisseau pour se faire inviter à un vrai rencard ?

Spock se sentit s'empourprer, tandis que revenait la sensation de fourmillement à son côté droit.

-Est-ce que vous accepteriez de dîner avec moi, ce soir, Docteur ? Parvint-il à demander, inexplicablement nerveux.

L'euphorie qu'il ressentait était telle qu'il avait la sensation toute irrationnelle que l'intérieur de son corps allait plus vite que l'extérieur. Ridiculement plus vite. Il n'avait aucune idée si ça se voyait de l'extérieur. Sans doute pas. McCoy souriait, décroisant les bras, s'appuyant contre l'une des tables autour d'eux.

-Oh mais absolument, Mr. Spock, accepta-t-il.

Spock sentit le coin de ses lèvres se relever, très légèrement. Il observa McCoy un instant encore en silence, ce sourire satisfait, ces yeux amusés, la façon dont tout son corps semblait s'être relaxé ces quelques dernières secondes. Il fit doucement le pas et demi qui le séparait de lui, presque sans s'en rendre compte

-Léonard, dit-il.

Il put l'entendre inspirer, retenir son souffle un instant.

-M'autoriseriez-vous à vous embrasser de nouveau ?

Léonard eut de nouveau un petit rire, qui réchauffa le flanc de Spock. A son tour il porta une main contre son visage, et déposa doucement ses lèvres contre son sourire. Il ferma les yeux, afin de mieux apprécier le contact. En plus de la sensation de sa peau contre la pulpe de ses doigts, il perçut une douce impression d'euphorie, qui ne venait pas de lui. Les mains de Léonard vinrent se poser contre ses côtés, au même moment où Spock entendit et sentit un soupir tout contre lui. Il savait que Léonard pouvait sentir son cœur battre contre sa paume. Sa main glissa comme d'elle-même dans les cheveux courts, son autre main contre sa taille – ils reprirent leur souffle un instant, changeant d'angle en douceur. Spock put entendre un second souffle, et se rendit compte qu'il venait de lui.

La porte du laboratoire s'ouvrit.

-Oh ! Pardon Monsi- Mess- O-officiers.

Et se referma aussitôt. Spock ouvrit doucement les yeux, et eut le plaisir de voir sur le visage de Léonard un sourire familier. Satisfait, amusé, et particulièrement sarcastique.

-Voilà qu'on embarrasse les enseignes du département de botanique.

Spcok se sentait lui-même particulièrement calme. Détendu, même.

-Et sans même élever la voix ! Ajoutait Léonard, haussant des sourcils moqueurs.

-Je dois remonter à la passerelle afin de terminer mon service, répondit doucement Spock, amusé.

-Je vous en prie, Commandant, je ne vous retiens pas, sourit Léonard.

Et bien qu'en effet ses mains contre sa taille reposaient là de manière à ce qu'il pouvait tout à fait s'écarter sans effort, Spock se retrouva dans l'intéressante situation où son corps ne sembla pas vouloir faire le pas en arrière nécessaire pour se mettre en mouvement. Il savait, consciemment, que son service n'était pas terminé, et que par conséquent il devait remonter sur la passerelle, d'autant plus que ce qui occupait son esprit était maintenant dissipé et qu'il sentait déjà que sa capacité de concentration était revenue à son maximum. Cependant, il n'apparaissait pas qu'il fut en train de reculer. Le sourire de Léonard s'étira doucement, et Spock ne put que le regarder faire.

-Vous savez, j'aurais pensé que m'entendre parler logiquement vous aurait fait plaisir, plutôt que de vous énerver.

Spock, dont l'attention était toujours sur son sourire, et son flanc toujours baigné de la même douce chaleur, ne vit pas d'objection à répondre avec sincérité, même si le rapport du sujet lui échappait à cet instant en particulier.

-Vous parlez généralement logiquement, Docteur, répondit-il doucement. Sauf bien sûr quand vous vous laissez emporter par vos émotions.

Léonard fronça légèrement les sourcils, ce qui aurait très certainement dû alerter Spock d'une façon ou d'une autre.

-Pourtant, vous avez dit que ça vous énervait que j'utilise ce terme ?

Les yeux de Spock retrouvèrent vivement ceux du médecin.

-Oh.

Il voyait, maintenant, de quoi il retournait. McCoy haussa un sourcil. Spock chercha une façon subtil de se dégager.

-Oh ? C'est tout, Spock ? « Oh » ?

-J'ai peut-être un peu… exagéré, admit-il en entamant finalement ce pas en arrière. Ce n'est pas exactement…

Il chercha ses mots, brièvement, tandis que leurs mains se trouvaient entre eux. Ce n'était pas la stratégie optimale pour s'éloigner, il s'en rendait compte tandis que ses pouces trouvaient leur place contre les paumes de Léonard, et que leurs doigts se mêlaient les uns aux autres. Un agréable frisson le parcourut de part en part. Ce n'était pas ce qu'il avait eu tête quand il avait commencé à reculer, mais il ne pouvait pas nier que le geste était en partie venu de lui. Et qu'il émanait de leurs mains une chaleur agréable.

-Vous ne le formulez que rarement de cette façon, dit-il finalement. Je n'ai pas l'habitude, voilà tout. Je suis sûr qu'à force l'usage de ce terme ne me fera… hm, plus rien.

McCoy plissa les yeux, une once de suspicions grandissant en lui de manière particulièrement évidente. Ce malgré la façon qu'avait son pouce de tracer de léger cercle sur la peau de sa main. Spock s'humidifia brièvement les lèvres.

-Donc vous voulez… que je le dise d'avantage ?

-Non, répondit-il vivement.

Peut-être un peu trop vivement. Il se rappelait avec précision de la sensation de chaleur au creux de son ventre lors de ces quelques… instants particuliers. Pas si différente de ce qui naissait discrètement en lui à cette exacte seconde, ses doigts contre ceux du médecin. Léonard penchait très légèrement la tête sur le côté.

-Je veux dire… tenta-t-il de se reprendre, récupérant ses mains, les plaçant aussi tranquillement que possible derrière son dos. Non. Pas forcément. Faites comme bon vous semble.

Léonard croisa ses bras sur son torse, moins défensif qu'intéressé, ce qui était à la fois une bonne et une mauvaise chose, pour des raisons très différences. Spock jeta un œil à la porte, par-dessus l'épaule du médecin, à six point huit mètres de là.

-Je ne trouve pas votre réaction très logique, pour le coup, Mr. Spock. Quelle différence que je le dise d'une façon ou d'une autre ?

Spock redressa légèrement sa posture.

-J'ai bien peur que ce ne soit pas rationnel, Docteur, répondit-il.

Sa gêne devenait un peu trop évidente à son goût, mais il ne regarda pas de nouveau vers la porte, afin de ne pas communiquer plus d'embarras que nécessaire. Le Docteur McCoy était plutôt intuitif en ce qui concernait les émotions, humaines ou non, et il avait prouvé dans les geôles de cette arène qu'il savait parfaitement lire celles de Spock. Après six secondes du plus grand des silences, Léonard écarquilla les yeux.

-Est-ce que ça vous… excite ? Souffla-t-il, incrédule.

Spock fit un deuxième pas en arrière, afin de véritablement mettre de l'espace entre eux – rien qu'un raisonnable zéro point cinq mètre. Il se sentait dangereusement s'empourprer.

-Docteur, il faut que je retourne à mon poste pour terminer mon service, rappela-t-il avant d'entamer sa sortie stratégique.

-Oh merde, j'ai vu juste c'est ça ? Lança Léonard en faisant un pas de côté pour lui barrer la route.

-Docteur, répéta-t-il, obligé de s'arrêter.

Il résista à l'envie de lever les yeux au ciel, mais ne put faire autrement que de se pincer les lèvres. Il savait par la chaleur qu'il ressentait au niveau de son visage qu'il devait avoir pris une teinte de vert supplémentaire. McCoy eut de nouveau un petit rire, tout bas, presque confidentiel, et Spock baissa les yeux vers les siens, adouci malgré lui. Il se mordait la lèvre inférieure dans son sourire, comme s'il faisait un effort particulier pour que son amusement ne soit pas perçu comme de la moquerie. Ça… fonctionnait. Spock eut tout le mal du monde à réprimer le début d'un sourire. Léonard se rapprocha de nouveau de lui, glissa une main contre sou cou, caressant à la fois la ligne de sa mâchoire de son pouce et les cheveux à la base de sa nuque du bout de ses doigts.

-Ne vous inquiétez pas, sourit-il. Je n'abuserai pas de ce pouvoir.

Spock haussa un sourcil. Ne pas « abuser » de quelque chose impliquait de tout de même en faire usage, et- Léonard combla la faible distance entre eux pour l'embrasser et Spock le laissa faire avec le plus grand plaisir, fermant de nouveau les yeux malgré lui. De ce contact, il pouvait percevoir une si grande tendresse que c'en était presque renversant – et ce n'était même pas une véritable fusion, seulement des perturbations, des échos, juste un aperçu. Il se sentit empli de joie, et celle-ci, à la différence, émanait très clairement de lui. Ses mains quittèrent son dos, mais le baiser ne dura pas assez longtemps pour qu'elle aillent se placer ailleurs – Léonard fut le premier à s'éloigner, d'à peine la distance nécessaire à leur respiration.

-Pour l'instant, ajouta-t-il d'un sourire contre ses lèvres.

Il se recula avec un clin d'œil et Spock, quelque part entre l'exaspération et l'amusement, préféra ne rien répondre – au lieu de ça, il lissa de la paume de ses mains le haut de son uniforme.

-A ce soir, Mr. Spock ! Fit Léonard en tournant les talons et passant la porte du laboratoire.

Spock remarqua que son pas était remarquablement plus léger qu'à son habitude, et en retira une illogique grande fierté. Une fois que la porte se fut refermé sur lui, il décida de prendre quelques secondes pour respirer une fois, deux fois, et une fois de nouveau entièrement sous contrôle il sortit à son tour pour remonter en direction de la passerelle. Son service se terminait maintenant dans six minutes, et si son retour là-haut pouvait certes sembler sans conséquence, au vu de son dossier le Capitaine trouverait cela bien étrange de ne pas le revoir. Sans compter que Spock n'aurait besoin que de un point trois minute pour retrouver sa place à sa Station, et les quatre minutes restantes seraient suffisantes pour faire sa dernière observation circonstancielle de la journée en vu du passage au service suivant, et à l'officier scientifique de l'équipe qui prendrait alors leur place.

Mais tandis que les portes de l'ascenseur se refermaient sur lui, Spock n'avait qu'une seule chose en tête. Le dîner à venir, et la personne avec qui il allait le partager.

Fin


Et voila ! Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ? :)

J'espère que ça vous a plu ! Surtout n'hésitez pas à me laisser vos avis ! :D

Si ma façon d'écrire sur Star Trek vous plaît, j'ai encore quelques idées sous le coude, alors... peut-être à bientôt ? ;)

Ciao ciao ! ~
Chip.