Opération Overlord
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Notes de l'Auteure :
- Pardon, mais je devais vraiment écrire ça.
- Comme ce récit est un 'Original' mais qu'il est impossible, à ce jour, de poster des récits hors Fandom sur ffnet, j'ai décidé de le poster dans l'Univers de Marvel. Il y a une brève apparition de Clint Barton dans cette histoire, j'utilise donc ce personnage pour la publication.
- Les langues parlées sont réelles. Il y a, évidemment, le Français. Mais aussi le très vieil Anglais pour les sorts Magiques. Ainsi que des phrases en Roumains. Et oui, j'ai vraiment parlé tout ça.
(Plus d'explications et traductions à la fin.)
Allez, bon courage pour les plus hardis...
/!\ Âmes sensibles s'abstenir /!\
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'Comme je vais bientôt partir,
C'est à toi de me lire,
Une lettre écrite de moi en souvenir.'
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Mes chers lecteurs,
Mes chères lectrices,
Mon nom est Alisone, et je vais vous raconter une histoire assez... Étrange.
Et pourtant réelle, dans un sens.
Voyez-vous, mes Alliés et moi-même avons un métier somme toute assez simple, et néanmoins différent. Oui, nous sommes des Soldats, mais des Soldats un peu particuliers, car nous ne combattons pas dans le présent, mais dans le passé. Sans pour autant le changer !
Inutile de dire que cela est compliqué, par moment.
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Notre histoire commence en 1943 et, si vous n'êtes pas trop perdu en Histoire, vous devez connaître les heures sombres qui se sont déroulées à cette époque, n'est-ce pas ?
Je n'aurais pas dû faire partie de cette mission.
À la question :
'Si vous pouviez retourner dans le temps, tueriez-vous Hitler avant qu'il ne commette ses crimes de Guerre ?'
J'avais répondu :
'Oui.'
Et vous ?
De ce fait, ma mission n'était pas Hitler, qui ne devait pas mourir prématurément pour ne pas changer la Ligne Temporelle. Non, mon équipe et moi-même devons nous occuper d'une de ses favorites, une jeune Allemande nommée Gabriella.
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Je ne vais pas vous mentir, je n'ai rien d'un Soldat. Je suis petite, mince, une peau blanche presque transparente, de trop long cheveux noués en une grossière natte qui tombe dans mon dos jusqu'à mes hanches, et ma santé est aussi bonne que celle d'un asthmatique au milieu d'un champ de fleurs au printemps. Seulement, je fais partie de cette équipe particulière, car j'ai un atout intéressant pour eux. Je vous en dirais plus dans la suite de l'histoire.
Pour l'heure, nous voici donc en 1943, dans un camp militaire. Je partage mon immense tente avec certains de mes collègues, dont un ami proche prénommé Chriss.
J'ai un lit une place contre la toile couleur camouflage. Nous devons nous coucher tôt, puisque le lendemain allait être violent.
Très violent.
Donc, pourquoi suis-je dans une Mission Secrète avec une aptitude physique quasi-nulle ?
En dehors de mon atout, j'ai aussi une grande connaissance concernant l'année 1943, et la Seconde Guerre Mondiale en général.
La raison de ma présence ici-même.
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Après l'extinction des feux, je m'allonge sur mon matelas, essayant de trouver le sommeil. Je tourne mille et une fois. Une heure passe, et je n'arrive toujours pas à partir au pays des cauchemars. Je me lève pour marcher un peu et m'aérer l'esprit.
Dehors, il ne fait pas nuit noire, ce qui me perturbe un peu. Je n'ai lutté contre mes couvertures que deux heures, tout au plus.
Pourtant, en marchant sur le sentier de graviers au milieu des tanks, je vois nettement le soleil se lever à l'horizon. Donnant l'impression que la forêt à quelques kilomètres de là prenait feu sous mes yeux fatigués. Soudain, je comprends que c'est le matin et que je n'ai pas dormi de toute la nuit. Ce qui me panique un peu, connaissant le programme de la journée.
Éreintée et angoissée, mes jambes cèdent et je tombe sur les petits cailloux. Mes pieds nus me font mal et ma tête tourne.
Mon malaise inquiète Chriss, qui se réveille à son tour et me découvre, au loin, en train de sombrer sur le sol rocheux.
Mon ami court vers moi et m'aide à me relever, difficilement, je lui explique en quelques mots ce qu'il vient de se passer. Pas besoin, en réalité, il me connaît.
Il connaît mes cauchemars, mes terreurs nocturnes, et même mes crises de somnambulisme.
Comme celle-ci.
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Nous retournons vers la tente pour faire nos valises. C'était notre dernière nuit au camp, et je l'avais passé à marcher en dormant à peine.
J'ouvre ma valise et je commence à ranger et à plier mes affaires dedans. Chriss fait de même en face de moi et je profite de cette accalmie pour téléphoner. Oui, nous sommes en 1943, mais n'oubliez pas que nous venons des années 2020 ! Avec notre technologie, nous pouvons facilement appeler nos familles, en 2023 !
Ce que je fais, un appel groupé sur WhatsApp, parlant à la fois à ma jeune sœur et à ma mère. J'essaye de leur expliquer que nous allons entrer en guerre le jour même.
Étrangement, elles ne semblent pas apeurées. Tant mieux, dans un sens, mais je veux quand même leur expliquer, sans trop de détails, que la Mission peut être dangereuse.
Elles savent que nous ne pouvons pas modifier le passé et que nous allons forcément gagner, puisque notre victoire est déjà écrite dans les livres d'Histoire.
En théorie, oui.
Cependant, elles ignorent la Mission. Je leur donne le nom :
'Opération Overlord'
Ce nom de code ne leur dit rien, je leur dis de simplement chercher le nom sur Wikipédia pour mieux comprendre l'enjeu et le danger de la situation.
Je raccroche ensuite, pour terminer de fermer ma valise. Je dépose mon linge plié, ma trousse de toilette et j'attrape ma peluche.
Oui, j'ai une peluche, et alors ?
C'est une chauve-souris noire que j'ai nommée Drac' pour des raisons évidentes.
Une fois ma valise fermée, j'enfile mon costume.
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'Car si je reste là-bas,
Si je ne reste pas en vie,
Tu ne te souviendras jamais de moi.'
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Mon costume est une parfaite copie des tenues que les femmes portaient pendant la Seconde Guerre Mondiale, lorsqu'elles travaillaient dans les usines, pour fabriquer les munitions des Soldats combattant aux fronts.
J'ai donc une grande chemise blanche, qui couvre entièrement mes bras, nouée par une épaisse ceinture noire à la taille. Un pantalon sombre, simple, qui tombe sur mes chaussures compensées, les plus courues du tout Paris en 1943.
Une fois tout le monde prêt, nous nous dirigeons vers le Manoir immense pour notre Mission. Une bâtisse imposante au milieu de nulle part. Telle une Maison Hantée, avec plusieurs étages transpirant la richesse et le pouvoir, des escaliers gigantesques qui partent dans tous les sens comme ceux de Poudlard, et même un restaurant au rez-de-chaussée.
Toute mon équipe et moi-même nous nous retrouvons au premier étage pour un dernier Briefing. Gabriella, la favorite d'Hitler donc, devait venir manger au restaurant avec... Moi.
Tout le personnel du Manoir se trouve sous le commandement militaire.
Notre chef de troupe, Clint Barton, nous distribue les dernières instructions.
Puis, il est temps.
Chriss me jette un dernier regard amical. Il reste au premier étage, pendant que je descends les longs escaliers de pierres, jusqu'à arriver dans la salle à manger.
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Une salle Baroque, au mobilier gravé à la main, des imposantes chaises de bois ornées d'entrelacs et de doux coussins rouge sang, des lustres de cristal de plusieurs mètres, portant des dizaines d'ampoules électriques, des tapis de Turquie et des objets en or décorent l'endroit qui étouffe la richesse.
Un Serveur me fait signe de m'asseoir sur une chaise d'une petite table pour deux.
Gabriella m'y attend déjà.
Elle n'avait rien d'une Allemande, si je puis dire, avec sa peau basanée, ses courts cheveux noir de jais et ses yeux sombres. Elle me sourit en me tendant une coupe de champagne.
C'est parti, la Mission commence maintenant.
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Nous avons un code, avec mon équipe. Je dois attendre patiemment le signal qui me permettra d'attaquer Gabriella. En attendant, le dîner se déroule assez étrangement.
Je suis sans cesse sur le qui-vive, observant trop intensément le moindre de ses mouvements.
Pour faire une pause, je me retire quelques minutes pour monter aux toilettes du premier étage. Je passe donc devant mon équipe, qui garde un œil sur la cible via des caméras cachées.
Je file aux toilettes, puis je me dirige vers la salle de bain. Une belle pièce, avec une baignoire et un évier en marbre.
En me lavant les mains, une impression désagréable s'empare de moi. J'ai le sentiment que c'est la dernière fois de ma vie que je me retrouve dans cette salle de bain.
Dans ce manoir.
Ou même... Vivante ?
J'enlève cette pensée morbide de ma tête et je retourne au restaurant.
Assise devant Gabriella, je me force à sourire en lui parlant, en Français.
Toujours, mes yeux suivent tout ce qu'elle fait, tout ce qu'elle touche, pendant que mes oreilles sont focalisées sur le potentiel signal sonore qui peut retentir à tout moment.
Bon, je ne vais pas vous mentir, je suis plutôt nulle en Agent Double, Gabriella comprend vite ma panique et décide de tenter un coup de Poker.
Comme j'essaye de jouer les filles innocentes et gentilles, elle attrape rapidement le couteau en argent posé à côté de son assiette et le lance sur moi.
Ni une, ni deux, en une fraction de seconde à peine, je me lève d'un bond, j'attrape le couteau et je le jette plus loin.
Mon mouvement vient de trahir mes compétences de combat et elle comprend donc que je suis un Soldat. Je comprends aussi qu'elle comprend, et sans attendre sa prochaine charge, je me recule, donne un énorme coup de pied dans la table, qui tombe violemment et avec fracas sur Gabriella.
Tous nos Alliés du Manoir se joignent à moi.
Nous pouvons penser qu'à vingt contre un, elle n'a aucune chance.
Et pourtant...
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'Le métal en Lorraine,
Nos corps fendus à la peine,
Je te léguerais ma haine,
Car je ne veux pas mourir.'
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Gabriella sort un pistolet de son sac à main.
Je reconnais son arme, une arme Allemande : un Walther P38, l'ancêtre du Luger P08.
Un pistolet double action semi-automatique, très appréciée par les commandes de la Wehrmacht. C'est donc avec ça qu'elle commence à tirer dans tous les sens, tout en courant vers les escaliers et en esquivant les balles de justesse. Je la suis jusqu'aux marches de l'immense colimaçon.
Désormais, le but est d'attraper Gabriella, la garder prisonnière, et revenir dans notre Ligne Temporelle. Toute l'équipe sort de sa cachette pour se jeter sur elle.
Seulement, Gabriella esquive gracieusement les attaques, en sautant d'escaliers en escaliers et de marches en marches.
Oui, il y a plusieurs escaliers qui se dirigent dans tous les sens, comme à Poudlard, quoi !
Je n'évite les balles que par miracle. Celles de Gabriella, mais aussi celles de mon unité, qui fusent dans tous les sens pour blesser la fugitive.
Je saute également de marches en marches pour tomber devant la jeune femme, surprise.
Je lève les mains en signe de reddition et pour lui montrer que je ne lui veux aucun mal. Le souffle coupé par ma course, je lui avoue :
- Nous ne te voulons aucun mal. Nous ne voulons pas te tuer.
Elle me regarde droit dans les yeux et lâche, étrangement :
- Tu es ma Mission.
Je tique.
Plisse les yeux.
Et elle en profite pour se jeter sur moi.
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Commence ainsi notre combat au corps-à-corps, durant lequel j'arrive à lui arracher son arme pour me battre à mains nues.
Mon équipe ne tire plus sur elle, de peur de me blesser dans l'action.
Gabriella me tord le bras et me murmure avec colère :
- Tu es ma Mission.
Mon ventre se noue et je lui assène un énorme coup de tête qui l'a fait reculer en quelques secondes. Je me jette sur son pistolet, posé sur le sol, pour le tenir fermement.
Les Alliés profitent que Gabriella soit désarmée et loin de moi pour lui tirer dessus.
Enfin, à ce moment-là, j'utilise mon atout, la raison pour laquelle je me retrouve dans cette Guerre. Je lève les mains vers les balles qui se dirigent vers l'Allemande.
Puis, je me mets à hurler :
'Ic þé wiþdrífe !'
Les balles s'arrêtent par Magie à quelques centimètres du visage de la fugitive, qui en profite pour prendre la poudre d'escampette. Les Soldats me regardent avec colère. Je leur répète, tout aussi énervée :
- Elle ne doit PAS mourir ! Nous ne pouvons pas changer l'Histoire !
Ils râlent.
Mais ils savent pertinemment que j'ai raison.
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Malheureusement, Gabriella n'a pas dit son dernier mot.
Elle revient au combat, accompagné... Attention... D'un serpent géant !
Oui, oui !
Alors, les serpents sont mes animaux préférés, oui. Mais là, celui-ci est immense et bien plus effrayant que Nagini. D'ailleurs, c'est un Naja Mossambica (Pardon, mon côté Herpétologue ressort. En gros, c'est un Cobra Cracheur.)
Et merde...
J'attrape Chriss par les épaules et je nous jette tous les deux dans la salle la plus proche, en l'occurrence, une chambre luxueuse. Mais la tête du Cobra essaye de passer par l'ouverture.
Je lève ma main vers lui en hurlant :
'Flíeh on nu moras !'
Le reptile recule de quelques centimètres, assez pour me permettre de fermer la porte. Seulement, l'animal attaque le battant de son énorme tête écaillée. Cette fois-ci, je lève ma main armée du Walther. Mais je ne suis pas du tout habitué à ces pistolets Allemands. Je vise très mal. Affreusement mal. Les rares fois où les balles se logent sur les écailles épaisses du serpent, celui-ci ne semble pas affecté par la douleur.
Uniquement par la colère.
Le chargeur désormais vide et le viseur trop atroce pour moi, je jette le pistolet contre le mur. Inutile.
Pendant ce temps, Chriss cherche une autre sortie des yeux. Juste à notre gauche, une minuscule porte donne sur un autre couloir.
Il me prend par la main pour m'emmener là-bas.
Au moment où je lâche la poignée, le serpent pénètre dans la chambre.
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Nous descendons quatre à quatre les escaliers en colimaçon de pierre, entortillés les uns sur les autres. Nous sautons d'escaliers en escaliers, de marches en marches, au milieu du labyrinthe de montées et de descentes.
Gabriella saute devant nous, plus énervée que jamais, me regardant encore droit dans les yeux, en lâchant :
- Tu es ma Mission !
Ouais, j'ai compris.
C'est au tour de Chriss et moi de prendre les jambes à notre cou.
Courant loin, plus loin, le long d'un couloir étroit menant Dieu seul sait où. Dans notre échappée, nous rejoignons deux autres Soldats Alliés à nos côtés.
Le corridor de briques grises se resserre à mesure que nous avançons. Nous passons des portes béantes, avec Gabriella non loin de nous.
L'Allemande sort un énorme poignard de derrière son dos.
Nom de Dieu, mais elle en cache combien des armes ?!
Les trois personnes devant moi essayent tant bien que mal de se frayer un chemin dans le couloir rétrécissant de plus en plus.
Gabriella se rapproche dangereusement. Je lève donc ma main gauche vers elle en hurlant un autre sort, que je connais bien :
'Ic ia tóspringe !'
La porte devant Gabriella se ferme violemment par Magie, ce qui nous laisse le temps d'avancer un peu plus.
Malheureusement, pas si longtemps que ça, car Gabriella fracasse la porte avec véhémence.
Arrivé à une autre double porte, mon équipe et moi-même la passons, puis une fois de l'autre côté, je jette un nouveau sort de verrouillage :
'Oncluce þe !'
Nous pouvons progresser, mais d'une avance de quelques secondes à peine.
Ce petit manège dure beaucoup trop longtemps à mon goût.
Je sens déjà ma réserve Magique diminuer dans mon corps.
Et nous ne sommes pas encore en sécurité...
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Gabriella avance avec trop d'aisance. Après avoir fracassé sa troisième porte, magiquement condamnée par mes soins, elle se retrouve à trois mètres à peine de nous. Une colère intense me gagne et je jure à haute voix :
- Bisnitar de mahala !
Gabriella se fige et me regarde avec rage :
- Hahaleră, je parle Roumain, moi aussi !
Estomaquée, je murmure seulement :
- Este groaznic...
Sans me quitter des yeux, Gabriella court vers moi, le poignard en main, tout en criant :
- DA !
Le fond du couloir nous mène enfin dans une pièce géante. Pour ne pas que Gabriella nous suive, je décide d'utiliser toutes mes forces Magiques, en m'égosillant :
- Ablinn ðu forlæte ðu nu !
Une espèce de frontière invisible se dessine au sol, entre elle et moi. Tel un bouclier de verre, du carrelage au plafond, que Gabriella essaye néanmoins de traverser.
Sans sucés.
Ses mouvements s'arrêtent contre une vitre inexistante.
Je garde toujours mes mains levées vers la protection. Je sens pourtant que Gabriella force.
Force et force encore.
Ses pieds commencent à dépasser la limite Magique sur le sol.
Catastrophe !
Je puise dans mon énergie pour recommencer un sortilège plus puissant :
- Awendaþ eft wansæliga neat !
Mes forces diminuent tandis que celles de Gabriella augmentent, essayant toujours de passer le bouclier. Chriss hurle des mots encourageants dans mon dos. Mais, déjà, mon esprit s'embrume et s'épuise lentement.
Énervée et à bout de forces, je jure à voix basse pour, étrangement, m'encourager :
- Handicapat cu doua clase mai mult decât trenul...
Oui, je lance mes sorts en vieil Anglais, je jure en Roumain et je parle en Français, ne cherchez pas, je ne suis pas toute seule dans ma tête.
Je lutte, je lutte, les mains en avant, mon souffle coupé, mes yeux brûlants, mes muscles endoloris et mon énergie baissant.
Gabriella sourit en avançant millimètres par millimètres, passant la barrière Magique, lentement mais sûrement.
Jusqu'à ce que, finalement, le bouclier explose et disparaît avec fracas.
Je me retrouve les bras ballants, dans un couloir sombre, sans ressource Magique restante en moi.
Je n'ai même pas le temps d'apercevoir Gabriella se jeter sur moi.
Je sens seulement la douleur.
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'Ici on nous envoie à l'abattoir,
Mais je ne veux pas trahir,
Que tu sois fier de moi.'
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Une douleur intense.
Aiguë.
Fulgurante.
Mon souffle se coupe.
Gabriella m'observe de ses yeux noirs de colère.
Lentement, je baisse les miens pour voir sa main droite tenir le poignard. Le poignard dont la lame d'argent est méchamment enfoncée dans mon abdomen, à ma gauche.
Une tache écarlate se répand lentement sur ma chemise blanche.
Plus personne ne bouge.
Pas même les Alliés dans mon dos.
Bouche bée.
Choqués.
Immobiles sur place.
Lorsque Gabriella retire la lame avec violence, ma douleur s'intensifie. Je n'arrive plus à respirer. Ni même à parler. Ni même à rester debout.
En toute logique, donc, je tombe au sol, sur le dos.
Je pose ma main gauche sur ma plaie, comme pour essayer de contenir l'hémorragie. Sauf que, Gabriella s'accroupit à ma gauche et enlève ma main de mon ventre. Elle pose la sienne, avec agressivité et une agonie atroce s'empare de tout mon corps. Mes jambes bougent pour tenter de s'échapper des ongles meurtriers de l'Allemande. Elle appuie de toutes ses forces, et elle a beaucoup de forces restantes. Ma respiration se coupe et, dans un dernier souffle, je murmure :
- Gabriella...
Toujours enragée, elle crache presque :
- Taca-ti fleanca !
OK...
Elle semble pourtant se calmer. Mon cœur cogne dans ma poitrine, prêt à exploser, tandis que mes poumons sont vides de tout air. La douleur monte et descend dans mon corps. Le sang arrête presque de couler, sûrement grâce à la ceinture de cuir à ma taille, qui fait office de garrot.
Gabriella avance son visage du mien, pour me murmurer, en Français cette fois-ci :
- Je ne vais pas te tuer. Tu m'as sauvé la vie des tirs de balles. Pourquoi ?
J'essaye de parler, mais ma voix se perd dans les nœuds de ma gorge.
Perdant patience, elle enfonce son poing dans ma plaie, ce qui me fait hurler de douleur, et accessoirement me permet de libérer ma parole.
Ainsi, d'une voix rouillée, faible et saccadée, je lui avoue :
- Tu ne dois pas mourir... Pas changer... Ligne Temporelle...
Elle semble accepter cette explication. Puis, à son tour, elle m'avoue :
- Tu m'as sauvé, je ne te tuerais pas. Tu seras seulement ma POW. Tu sais ce que cela signifie, n'est-ce pas ?
Oh, oui...
POW signifie 'Prisoner Of War' en Anglais, soit 'Prisonnier de Guerre'.
Dois-je en être soulagée ?
De toute façon, je n'ai pas trop le temps d'y réfléchir, car je tourne méchamment de l'œil. Ce que Gabriella remarque. Elle se relève en attrapant mon bras gauche pour tirer mon corps le long d'un autre couloir ténébreux.
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'Je ferais mon devoir pour toi,
Comme je n'en reviendrai pas,
Toi tu me remplaceras,
Tu deviendras Maréchal ou Roi.'
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Gabriella me jette dans une minuscule pièce exiguë, aux murs de bois et rempli de bougies allumées. Battant frénétiquement des yeux pour rester éveillé, je vois un autel contre un des murs, ainsi que des choses inscrites sur les planches.
Nous sommes dans une Église. Dans une espèce de Sacristie effrayante, car à l'entrée, en face de la porte, il y a un cercueil. Fermé, Dieu merci, sans vouloir blasphémer.
Gabriella me lance un regard étrange avant de partir en claquant le battant derrière elle.
Eh bien, chers amis, je dois vous avouer que jamais au grand jamais, je pensais un jour être une POW. Ce n'est pas du tout comme dans les livres, je ne vais pas vous mentir.
Je profite de ma solitude pour poser ma main gauche sur ma plaie et utiliser mes dernières volontés pour murmurer un sort de guérison :
'Ic þe þurhhæle þin licsare.'
Puis, je m'évanouis.
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Lorsque je rouvre les yeux, je suis toujours dans cette salle angoissante. Ma plaie n'est pas totalement guérie, puisque je n'ai pas toute ma Magie. Mais, au moins, ça ne saigne plus.
Je lève les yeux vers les murs en bois et je vois que les mots gravés sur ces derniers, sont en réalité des noms.
Deux noms :
GABRIELLA
ALISONE
Décidément, elle ne mentait pas lorsqu'elle disait que j'étais sa Mission. Perdue dans mes pensées, je sursaute violemment lorsque la porte s'ouvre à la volée. Ma panique laisse place à la joie lorsque je découvre mon ami Chriss courir vers moi.
Son air inquiet et angoissé lui déforme horriblement le visage.
Il murmure :
- Alisone... Je croyais que tu étais morte.
Il m'aide ensuite à me relever et j'en profite pour lui dire, à mon tour :
- Je croyais que vous étiez parti sans moi.
Il sourit en passant mon bras droit autour de son cou et sa main gauche autour de ma taille pour me maintenir debout. Mes jambes tremblent beaucoup trop pour marcher correctement.
Doucement, nous arrivons au camp militaire. Clint Barton m'explique qu'ils ont finalement réussi à capturer Gabriella. Sans la tuer.
Tant mieux.
Gênée, je lui demande bêtement si mon côté paranoïaque au restaurant a changé la Ligne Temporelle ou même détruit la Mission.
Clint sourit et me dit que non, pas du tout. Ils allaient de toute façon finir par donner l'alerte et ça aurait fini tout pareil.
Je souffle de soulagement.
Désormais, il est temps de repartir chez nous... En 2023 !
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Puis, je me suis réveillée...
En sueur, mais transie de froid, avec une douleur violente à l'abdomen.
Et aux poignets. J'ai eu mal aux poignets toute la journée.
Il est 5h20 du matin lorsque j'ouvre péniblement les yeux.
Aux côtés de mon chéri Irlandais, à Drogheda, chez moi.
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'Jamais ne t'oublieras,
Une dernière fois,
La guerre n'est pas faite pour toi.'
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Notes de fin et Traductions :
- 'Opération Overlord' : Réelle Opération militaire pour la libération de la France, en 1944.
- Les paroles de la chanson entre les paragraphes : 'La Lettre de Métal' – Indochine – La République des Meteors.
- Bisnitar de mahala : Racaille.
- Hahaleră : Minable.
- Este groaznic : C'est la merde.
- Da : Oui.
- Handicapat cu doua clase mai mult decât trenul : taré de première/semi-débile.
- Taca-ti fleanca : Ta gueule.
