Chapitre 15
Forks, Washington 1994
Je n'avais plus aucun Quileute à qui me fier, Levi et Quil étaient décédés très âgés et William venait de mourir à son tour. Qu'adviendrait-il de notre accord conclu des décennies plus tôt ? Il était évident que je ne m'étais pas rendue aux funérailles, pour autant, je ne pouvais m'empêcher de m'associer à leur tristesse.
Le soir des funérailles, j'arpentais la frontière de la réserve, hésitant à me révéler au nouveau chef de la tribu. Aucun loup ne s'approcha, aucun guerrier ne s'aventura près de chez moi. Je poussai alors vers la plage où avait eu lieu la cérémonie. Je distinguai un groupe d'hommes âgés retourner vers les habitations tandis que trois jeunes hommes s'attardaient autour d'un feu mourant et discutaient, je reconnus Billy, je devinais que la relève était assurée mais ces trois descendants l'accepteraient-ils ?
« Devrions-nous vraiment continuer ? » lâcha Billy.
« Tu les as entendus. Tu es le chef désormais. »
« Ce sont des coutumes d'une autre époque. Le monde a changé. » contra Billy.
« Tu veux vivre hors de la réserve ? » s'étonna l'un.
« Quil, ne dis pas de bêtises. » le rabroua le troisième homme.
Ainsi donc la décision du premier Quil perdurait, le premier garçon de chaque génération portait le même prénom.
« Je suis pour la préservation de notre culture, mais que voulez-vous que je fasse ? Nous ne pouvons pas rester des citoyens de seconde zone, il faut offrir à nos enfants les mêmes chances de réussite que n'importe quel américain, même si cela signifie étudier hors de la réserve. »
« Ta femme pense comme toi ? » s'étonna Quil.
« Bien sûr que non. Si je l'écoutais, nous porterions tous que des tenues traditionnelles. Elle voudrait que je ferme le garage. »
« Tu ne peux pas faire ça, on a tous besoin de toi ! » s'alarma le troisième Quileute ; était-il donc le descendant de Levi ?
« Je ne vais pas le faire, et ça fait des années que j'aide mon père dans ses responsabilités, il n'y a pas grand-chose à faire en vérité. Quelques cérémonies par an, raconter autour d'un feu sur la plage les mêmes légendes. »
« Tu n'y crois pas non plus ? »
« Mon père m'a toujours dit que tout était vrai. Qu'il en avait eu la preuve. » avoua Billy.
« Quelle preuve ? » demanda Quil.
« Vos pères et vos grands-pères ne vous en ont jamais parlé ? » les questionna Billy, et ils firent non de la tête.
Le nouveau chef de la tribu resta silencieux un long moment. Il sortit finalement une lettre de sa poche et la tendit à ses compagnons.
« C'est écrit que les Sang-Froid existent. » murmura le Quileute dont j'ignorai toujours le nom.
« Des yeux dorés ? La seule personne avec de tels yeux, c'est cette femme qui vit seule dans la forêt. » observa Quil.
« Bella. » confirma Billy.
Devais-je me révéler ? Exiger d'eux le respect de l'accord ? Je ne voulais pourtant surtout les forcer à se changer en loup, je savais qu'Éphraïm aurait préféré éviter cela à tous les membres de sa tribu. Si aucun ne se transformait, comme pour la génération précédente, cela signifiait que leurs gênes resteraient endormis malgré ma présence, je n'étais pas leur ennemie, c'était le plus important. Et pourtant, jamais plus je ne pourrais les aider comme autrefois.
« C'est écrit qu'ils sont tout un clan comme ça. »
« Elle n'est peut-être pas seule. Elle a fait construire ce mur haut de trois ou quatre mètres autour de chez elle, personne ne sait ce qu'il se passe dans cette maison. » observa le troisième.
« Laisse-la tranquille. » le menaça Billy.
« Ne me dis pas que tu en pinces toujours pour elle. » se moqua Quil.
« Tu te souviens de la colère de son père quand il a voulu sortir avec elle ? » continua le troisième.
« Fermez-la. » les rabroua Billy.
« En attendant, si Bella est un monstre, elle vit trop proche de nous. » se tendit le troisième Quileute.
« Arrête, Joshua. » le bouscula le descendant d'Éphraïm.
« Je n'en peux plus de cette réserve, sérieusement, j'étouffe. » se plaint-il.
« On doit se serrer les coudes, lui rappela Billy. On est les descendants de Taha Aki, nos trois familles sont liées, Black, Uley et Ateara. On doit rester ensemble et aider notre communauté. »
« Je n'ai pas choisi de faire partie d'un conseil, je n'ai pas choisi cette vie ! » s'emporta Joshua.
« Et qu'est-ce que tu vas faire ? »
J'entendis alors un enfant approcher du groupe, il alla dans les bras de Joshua en l'appelant papa.
« Tu devrais dormir, Sam. »
L'enfant se contenta de se blottir contre son père et c'est alors qu'il me vit. Je mis un doigt sur ma bouche pour lui dire de se taire, son regard endormi me contempla un long moment, puis il s'endormit sur l'épaule paternelle.
Quelques jours plus tard, Billy vint chez moi, attendit au portail, il ne sonna pas. J'allai à sa rencontre, sans mon attirail habituel, sans chercher à cacher que je n'avais pas changé depuis notre première rencontre. Il était temps de mettre les choses au clair.
« Bonjour, Billy, mes condoléances. »
« Bella, je suis venu au sujet de l'accord. »
« J'avais deviné. Ton père t'en a donc parlé ? »
« Avant de mourir, il a eu le temps de me remettre une lettre qu'il avait écrite il y a des années. L'accord tient toujours de ton côté ? »
« Bien sûr, ta tribu n'a rien à craindre de moi ou de mon clan. »
« Sont-ils présents ? »
« Deux sont avec en ce moment moi, parfois nous venons tous quelques semaines, nous restons toujours très discrets. » l'informai-je.
Depuis le grand salon, Carlisle et Esmé écoutaient attentivement. Je les avais venir au cas où il faudrait à nouveau négocier un traité de paix avec les Quileute.
« Bien. »
« Billy, est-ce que tu - »
« Je voudrais ne pas impliquer d'autres personnes, m'interrompit-il. Puisqu'il n'y a aucune menace de votre part. »
Nous n'étions pas amis, mais il avait été le premier Quileute à ne pas me regarder différemment. Éphraïm avait bien essayé parfois d'oublier que j'étais devenue un vampire, son fils ne m'avait jamais fait confiance et s'était toujours servi de moi. Au moins Billy ne m'en voulait-il plus de n'avoir jamais accepté ses invitations à aller au cinéma avec lui. Il avait décidé de s'en tenir aux recommandations de son père, de garder ses distances avec moi, avec près de quinze ans de retard, il avait compris pourquoi. J'aurais pourtant aimé éviter d'être ainsi perçue par lui.
« En temps voulu, je transmettrai l'accord au prochain chef. » me promit-il.
« Très bien, Billy. Bonne continuation. »
« Au revoir, Bella. »
Il remonta en voiture sans un regard pour moi, le nouveau chef Quileute venait d'entrer en fonction et son premier acte avait donc été de s'assurer que nous resterions bien de ce côté de la frontière entre nos deux mondes.
« Bella, n'y pense plus. » m'encouragea Esmé depuis le perron.
« Il a été moins virulent que son père, c'est bon signe. » commenta Carlisle.
« C'est beaucoup plus dur que je ne le pensais. Les voir naître et mourir. » expliquai-je en retournant à l'intérieur avec eux.
« Une autre raison pour ne pas nous mêler aux humains. Nous devons les aider sans nous impliquer personnellement dans leur vie. »
« Je sais. »
Carlisle me sourit et suggéra de prendre la route dès le lendemain, il était inutile de rendre nerveux le nouveau chef des Quileute, et l'été touchait à sa fin, je devais reprendre le lycée.
« Et si je ressayais de devenir médecin ? »
« Tu t'en crois réellement capable ? » douta-t-il.
« Merci pour la confiance. »
Esmé me prit le bras et nous fit assoir sur le canapé.
« Carlisle et moi pensons que tu ne devrais à pas te forcer à soigner des gens. C'est une vocation tellement ancrée en ton p-, ton créateur, mais nous ne sommes pas comme lui, et ça n'est pas une mauvaise chose. Tu peux très bien continuer le lycée. Chacun d'entre nous a le droit de vivre selon sa volonté. Ne te crois pas obligée de suivre les pas de ton p-, ton créateur. »
« Il est urgent qu'on arrête avec cette comédie du lycée, me rebellai-je, vous vous prenez réellement pour nos parents ! »
« C'est plus fort que moi. » s'excusa Esmé.
« Nous allons repartir en mission bientôt, de toute façon. Tu pourrais venir avec nous. »
« Si c'est pour rester confinés encore, non merci. »
Après avoir aidé discrètement après l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986, nous avions dû rester confinés pratiquement deux ans jusqu'à ne plus être radioactifs, j'aurais pu tuer Emmett pour nous avoir embarqué dans cette galère.
« Nous repartons en Yougoslavie. » m'annonça Carlisle.
« Les Volturi vous ont déjà averti l'année dernière. » m'inquiétai-je aussitôt.
« Et les nomades ont été prévenus aussi, nous ne risquons plus rien. »
« Emmett et Rosalie viennent avec nous. » ajouta Esmé.
« Si je comprends bien, je suis obligée de rester pour surveiller Jasper et Alice ? »
« Santiago est reparti, nous pensons qu'il ne reviendra pas. Aro semble très préoccupé par les conflits en Europe du Sud. »
« Il a peur que les anciens rois en profitent. Vous y retournez avec sa bénédiction, alors. » devinai-je.
« J'ai demandé à Aro l'autorisation de me faire passer pour un médecin croate. Éléazar et Carmen seront aussi du voyage, lui a été chargé de nous surveiller et surtout de guetter si Stephan et Vladimir se montrent. »
« Tanya et ses sœurs viendront vivre avec vous, comme ça tu ne seras pas seule avec un couple. » m'annonça Esmé.
« C'est une blague ?! »
_oOo_
Virginia, Minnesota, 1994
« C'est une blague ?! »
« Avec ton bouclier, on ne risque rien ! » tenta Alice.
« Bella, tu nous dois bien ça. » enchaîna ma créature.
« Qu'est-ce que j'ai fait pour vous devoir quoi que ce soit ? Je n'arrête pas de couvrir vos manigances ! »
« Emmène-nous au concert ! Ne fais pas ta rabat joie ! » me disputa Alice.
« Mais pourquoi les Backstreet Boys ? » gémis-je de désespoir.
« Tu préfères les Boys II Men, je sais, mais on a voté et Kate et Irina aussi veulent aller voir les Backstreet Boys. On a déjà les tickets. »
« C'est quand ? » me résolus-je.
À quoi bon lutter ? Rosalie voulait profiter un maximum avant de partir en Europe avec Emmett, Carlisle et Esmé, je ne pouvais pas lui refuser ça. Mon don était devenu si pratique qu'il m'était désormais pratiquement impossible de passer un weekend tranquille, ils avaient tous besoin de mon bouclier autour d'eux pour se mêler à d'immenses foules.
Le jour du concert, toutes excitées, elles se préparaient en chantant les tubes du groupe. La mode de l'année précédente, couleurs ternes et coupes informes, avait été balayée par un raz de marée de couleur, de vêtements serrés et de hauts talons. À les voir toutes les cinq débarquer dans le salon, prêtes à assister à leur premier grand concert, je me dis que je n'étais pas normale. Je me démarquais une fois de plus, ayant opté pour un simple jean et une veste noire. Y avait-il quelque chose qui n'allait pas chez moi ? Parfois je regrettai les jupes longues et les chemises simples, que je portais avant de devenir un vampire, mon unique costume-tailleur réservé aux grandes occasions.
Les garçons avaient décidé de ne plus tenter l'expérience du cinéma, ils avaient monté une société où ils pouvaient acheter les bobines des films qui les intéressaient et les projetaient dans la salle de cinéma installé au-dessus du garage. Carlisle avait d'abord désapprouvé, puis avait été convaincu, lui aussi préférait regarder un film sans tous les commentaires murmurés par des spectateurs humains. Les filles, elles, rechignaient moins à se mêler aux humains, surtout si j'étais avec elles, et puisque Rosalie avait besoin de se pavaner assez régulièrement, aller au cinéma et se faire draguer était devenu un passe-temps des samedi après-midi, Emmett ne lui en voulait même pas.
Les trois succubes avaient fait de gros progrès pour être plus sociables, elles se mettaient moins en avant, trouvaient toujours des amants, cela dit. Elles laissaient volontiers la vedette à ma créature, elles savaient que c'était la condition pour bénéficier de mon bouclier. Esmé se joignait souvent à nous, et tous ensemble, nous avions donc fait l'expérience d'un premier jour de solde à Macy's et Bloomingdale's à Manhattan, des weekends à Disneyland un jour de pluie à Los Angeles, des voyages en avion sans avoir à réserver des jets privés, assister à des matchs en tout genre.
Quelques semaines plus tard, je dus endosser le rôle de chef de famille, un couple et trois succubes à surveiller tout en prétendant être lycéenne. Il y avait de quoi devenir dépressive. Tanya et ses sœurs ne s'étaient pas inscrites au lycée, elles avaient décidé de rester oisives, comme à leurs habitudes. Elles prétendirent être les tantes de Jasper, étant blondes comme lui. Chez nous, elles découvrirent les joies de la télévision câblée et de notre salle de cinéma privée.
La maison que nous avions acheté cette fois-ci n'était pas suffisamment isolée, elle se situait au bord du long lac à l'est de la ville. Nous devions donc être prudents, nous partions chasser la nuit évidemment, ne prenions jamais nos voitures pour cela. Ayant prospéré grâce aux mines de fer, la ville en avaient tout autour et la plupart encore en activité vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Les mois s'écoulèrent paisiblement, sans Emmett et ma créature, j'appréciais cette routine, cette répétition insensée de chaque journée, multipliant les gestes inutiles que les humains faisaient. Tout à vitesse humaine : marcher, me doucher, me brosser les cheveux, choisir les vêtements que je porterais, descendre au salon rejoindre Alice et Jasper, monter en voiture, conduire sans dépasser les limitations de vitesse, ce qui agaçait Alice, et me fondre dans la masse des lycées. Et les jours sans lycée, je restais en pyjamas, je regardais la télévision, je lisais plus lentement les journaux, j'écrivais dans mon journal intime en prenant mon temps pour choisir mes mots. Je ne sortais jamais de chez nous sans un paquet de mouchoirs et un paquet de chewing-gums, Jasper se moquait de moi depuis qu'il l'avait remarqué. Si on excluait les moments où je devais redevenir la prédatrice, où le sang coulait dans ma gorge, illuminant mes prunelles, je pouvais m'imaginer humaine.
Mais mes nouvelles habitudes déplurent, et parce que je refusais depuis de sortir la nuit avec elles, sauf pour chasser, les sœurs m'offrirent un cercueil.
« Ça n'est pas drôle. » leur répliquai-je en soulevant l'objet pour l'emporter au garage.
Irina me stoppa, Kate tenta vainement de m'électriser.
« Tu n'as pas aimé le film qu'on a vu l'autre soir ? » me questionna Tanya en riant.
Elle me reprit le cercueil des mains, j'étais toujours plus forte qu'elle mais à quoi bon me battre contre les trois succubes.
« Elle a préféré l'humain dans cette histoire. » pouffa Kate.
« Bella, arrête de jouer à l'humaine quand tu es à la maison. » m'invectiva Irina.
Elle avait adoré le film que nous étions tous allés voir, Entretien avec un vampire, et n'avait visiblement pas apprécié mes réflexions partagées par la suite. Depuis, elle ne supportait plus mes manies humaines et ne se gênait pas pour me le dire. J'avais peut-être été trop loin la veille.
« J'en ai assez de me sentir en porte à faux, la soutint Kate. Elle agit comme si nous étions des criminels. Nous devons déjà nous cacher à l'extérieur, je refuse qu'elle nous impose d'aller au supermarché, de vider dans les poubelles ce qu'elle a cuisiné et que personne ne mange ! Ça suffit ! »
« Je ne vous force en rien. » me défendis-je.
« Tu nous as emmené à l'église hier matin, je te rappelle ! Tu es complètement folle ! » s'écria Irina.
« Je suis désolée, je vais faire un effort, je ne vous demanderai plus rien. Je garderai pour moi mes… lubies. »
« Tu as plutôt intérêt, sinon on s'en va. » me menaça-t-elle.
Ses sœurs se postèrent à ses côtés, l'ultimatum avait été décidé par elles trois. Jasper et Alice, en revenant au petit matin, attendirent avant de me parler. Une fois dans la voiture et suffisamment loin de la maison, Alice s'excusa.
« Si j'avais su, je les aurais dissuadées. »
« Ça n'est pas ta faute, nous avons passé la journée de dimanche ensemble, tu étais sous mon bouclier. » la rassurai-je.
« Elles devraient partir, soupira Jasper, qui était toujours assis sur le siège arrière. Je sais que ça n'est pas possible, que vous n'êtes pas trop de cinq pour me restreindre si je craque, mais j'ai presque envie que tu les pousses encore à bout. »
« Merci, Jasper. »
Il me fit un clin complice dans le rétroviseur et Alice me tapota le genou.
« Ça va leur passer, me promit-elle. Mais ça pourrait aussi aider si tu ne te passais pas en boucle chaque soir depuis fin juillet « I'll make love to you ». Je les entendus envisager de s'en prendre au groupe. »
« Ok. » murmurai-je gênée.
Je n'écoutais ma chanson préférée que quand je me croyais seule, des écouteurs dans les oreilles, mon lecteur cassette et moi sous ma couette. J'avais du mal à m'expliquer pourquoi j'aimais tant cette chanson d'ailleurs, ça me passerait sûrement.
Après ce recadrage, je pris soin d'effectuer mes petits rituels de pseudo-humaine à l'abri des regards. Je me joignis à un groupe de volontaires pour aider dans un refuge pour animaux le weekend, à trente kilomètres, juste pour avoir du temps loin des autres vampires, et pouvoir chanter à tue-tête dans ma voiture sans gêne.
Je décidai de tirer profit de la situation au maximum et avec Jasper, nous accaparâmes Kate chaque fin d'après-midi pour améliorer notre contrôle sur notre don. Lui savait que je n'en avais pas vraiment besoin mais je ne voulais pas le laisser seul dans cet apprentissage.
Après des décennies à subir les plaisanteries et les défis d'Emmett, je ne pouvais qu'apprécier le calme à toute épreuve de Jasper et son attitude respectueuse envers nous tous. Alice profitait de nos séances d'entrainement pour tenter de convaincre Tanya et Irina d'aller faire du shopping avec elle, elle réussissait rarement.
Au fond de moi, j'étais tiraillée entre le remords de ne pas pouvoir aider Carlisle et les autres en Europe et le soulagement de ne pas avoir à être le témoin impuissant à ce qui s'annonçait déjà être un nouveau génocide. À chaque article de journal lu, à chaque reportage télévisé et à chaque lecture d'une lettre de ma créature, je me sentais si lâche et si faible. Dans ces moments, je tentais de me convaincre que même s'ils n'avaient pas fait ce choix pour ces raisons, les Volturi avaient raison de ne pas se mêler de l'Histoire humaine.
« Tu penses qu'ils seront un jour en paix ? » demanda Irina un jour à Tanya, quand nous regardions toutes les quatre le journal télévisé, le petit couple s'étant déjà éclipsé pour la nuit.
« Tu les connais. Ils ont la mort dans le sang, autant que la vie. »
« Avez-vous déjà essayé de sauver des humains ? » me permis-je.
« Bien sûr. Pour être ensuite accusées d'être des démones, puis être maudites et chassées. Une seule fois, des humains nous ont remerciées, et quelques jours plus tard, ils se sont vengés et ont tué chaque habitant du village voisin qui les avaient attaqués, aucun survivant. »
« Je sais qu'ils ne sont pas tous comme ça. » contrai-je.
« Ils sont plus civilisés depuis quelques siècles, tu veux dire ? Oui, nous l'avons remarqué, admit Tanya. Et pourtant, plus ils sont civilisés, plus ils sont ingénieux, plus ils tuent. »
« Nous avons vécu des années en Afrique, nous étions vénérées comme des déesses, c'était à la fin du siècle dernier, m'apprit Kate. Et puis un jour, des hommes blancs ont débarqué, ils ont voulu négocier avec les Africains, en vérité ils ont voulu prendre, soumettre. Nous avons été chassées parce que nous étions blanches comme ces hommes, alors que nous n'avions jamais fait de mal à personne. Jamais tué quelqu'un. »
« Je n'arrive toujours pas à décider, me confiai-je. J'ai vu tout le mal dont les hommes sont capables mais je les ai vu aussi s'aider, se sauver, se sacrifier. Les Volturi ont bien tenté de me laver le cerveau mais j'ai été élevée par Carlisle, en quelque sorte. »
« Tu te sentirais coupable si tu cessais de te préoccuper des humains ? » me questionna Tanya.
« Oui, je me sens déjà coupable de ne pas être avec eux dans les Balkans, je pourrais vraiment les aider, et en même temps je redoute d'y aller, de voir les mêmes atrocités et de ne rien pouvoir faire parce que nous devons garder notre existence secrète. »
« Nous sommes peu à pouvoir souffrir de ce dilemme, commenta Kate. Peu de vampires ont le recul nécessaire pour ne pas voir les humains comme des proies et des éléments de décor. »
« Ça n'est pas votre cas du fait de vos aventures amoureuses avec des hommes ? »
« Non, en effet, sinon cela nous réduirait à être réellement des succubes comme Carlisle et toi vous nous appelez secrètement. »
J'en aurais rougi, je murmurai désolée à la place.
« Nous ne nous attachons pas à nos partenaires parce qu'ils ne doivent pas subir les affres de notre condition, me rappela Kate. Si l'une d'entre nous rencontrait son âme-sœur, elle le changerait, nous avons déjà décidé de cela il y a longtemps. Sinon, ça ne vaut pas la peine de nous attacher à eux, ils en souffriraient plus que nous. »
« Être amoureuse justifiera de le transformer, confirma Irina. Même si ça n'est pas une vie facile, surtout après mille ans juste entre nous, je suis persuadée que mon âme-sœur ne m'en voudra pas. Comme Esmé et Emmett n'en veulent pas à Carlisle et Rosalie. »
« Ils allaient mourir, leur rappelai-je. Carlisle n'a pas changé Esmé quand il l'a rencontrée pour la première fois. »
« Elle était trop jeune, il était inexpérimenté et seul. » argua Irina.
« Et toi ? » m'interrogea Tanya.
« Si je rencontre mon âme-sœur et qu'il est humain ? »
« Oui. »
« Oui, je le changerai aussi, assurai-je. Ça me parait être la chose la plus logique. »
_oOo_
Peotone, Illinois, 2006
Je me lavais les mains après avoir fait semblant d'être allée aux toilettes quand j'entendis des filles s'égosiller.
« Il est sublime ! Tu as vu ses yeux ? »
« Incroyable, et ses cheveux… OMG ! »
« J'espère avoir au moins un cours en commun avec lui ! »
Je quittai au plus vite l'endroit que, décidemment, je détestais le plus dans un lycée. Toute la matinée, les filles de ma classe gloussèrent plus que d'habitude, même si j'y étais habituée, peu importait l'époque, les adolescentes ne changeaient pas tant que ça.
Sur le chemin vers le réfectoire, Alice et Rosalie discutaient de leur prochaine virée shopping à Chicago, avec un passage obligatoire chez le concessionnaire, c'était l'anniversaire de ma créature dans une semaine. Emmett et Jasper se disputaient pour savoir à quel jeu vidéo ils consacreraient leur fin d'après-midi. Aucun d'entre eux ne semblaient partager la curiosité des autres élèves quant au nouveau venu, aussi je n'en parlais pas. Pourtant en pénétrant dans le réfectoire à la suite des deux couples, j'entendis mon prénom prononcé par une voix que je n'avais jamais entendue, moi qui avais une mémoire parfaite depuis ma transformation, une voix basse et chaude.
Je me tournai vers la voix, ça ne pouvait être que celle du nouvel élève du lycée de Peotone. Il tenta de cacher sa curiosité envers moi, de mon côté je ne lui accordai plus aucun autre regard et pris soin de macher longuement chaque bouchée du sandwich immonde acheté pour coller aux apparences, me sentant régulièrement observée. Les deux couples à ma table, eux, ne prirent même pas la peine de faire semblant de manger, après dix minutes, ils quittèrent la table.
« Tu restes ? » s'étonna Jasper.
« Je dois finir un devoir. » mentis-je.
« Elle doit en avoir assez de nous. » maugréa ma créature.
J'osai de nouveau observer la table où le groupe de garçons avait aussi terminé leur repas et ramassait leur sac. Le nouveau prétexta refaire son lacet, il me chercha du regard et se détourna immédiatement en croisant le mien.
« Ne perds pas ton temps avec elle, personne n'est assez bien pour elle. » lui dit un autre élève.
« Ils sont tous assez bizarres, ils restent entre eux. » commenta un autre.
« Elle ne m'intéresse pas. » répondit le nouveau.
Mais lui comme moi savions que c'était un mensonge et je ne pus m'empêcher de rire, d'abord tout bas puis de plus en plus fort. Les quelques élèves qui restaient dans la cafétaria me dévisagèrent, je leur faisais peur, c'est instinctif chez eux, et pour se rassurer, car pourquoi auraient-il peur d'une autre élève, ils se dirent certainement que j'étais la plus bizarre des cinq Cullen.
Je me levai de table un peu trop vite et désactivai mon bouclier, je pouvais toujours entendre les deux garçons, Kendal et Sean, avec qui le nouveau était parti. Ne me restait plus qu'à découvrir son odeur, la seule qui m'était encore inconnue dans ce lycée. Hélas, la sonnerie annonça la fin de mon heure de repas, je devais me rendre à mon prochain cours, biologie.
Je remis en place mon bouclier avant de me mêler au flux d'élèves, j'allais devoir expliquer aux autres pourquoi je l'avais enlevé quelques minutes. Je me creusai la tête pour trouver un moyen de discrètement découvrir l'odeur du nouveau sans mettre en danger ma famille quand soudain j'entendis une nouvelle fois sa voix.
« Assieds-toi là, c'est la seule place disponible. » disait Mr Howard, mon professeur de biologie.
« Ok. »
« Tu arrives d'où ? »
« De Chicago. »
« Tu as des difficultés en sciences ? »
« Un peu. »
« Ne t'inquiète pas, ta partenaire dans ce cours est la plus intelligente, elle t'aidera. La voilà justement. »
Je m'approchai de la table où je ne passerais plus ces heures ennuyeuses sans compagnie. Je souris à mon partenaire de biologie, je ne pouvais tout simplement pas m'en empêcher. Enfin !
Il me sourit à son tour, nerveux mais heureux sans doute de cet heureux hasard. Il ne pouvait pas encore comprendre que c'était notre destinée, tout simplement.
« Je m'appelle Edward Masen, tu es Bella ? »
FIN
DU PREMIER TOME
Note
Je n'ai pas lu « À la vie, à la mort » de , ni Midnight Sun (et pourtant j'ai acheté les livres, la honte). Dans ce premier tome, j'ai gardé la plupart des éléments de Twilight à part Bella et Edward, y ajoutant ce qu'on pourrait imaginer sans bousculer la chronologie. Le deuxième tome va s'écarter de la saga Twilight tout en ayant ça et là des éléments clés ou des références.
Bella est une fille et j'ai pensé qu'il était plus logique qu'elle ait beaucoup pensé à son âme-sœur, d'où le titre de ma fic. J'ai toujours pensé que dans Twilight, Edward est tellement convaincu ne pas mériter d'être aimé, qu'il n'a jamais pensé à ce qu'il se passerait pour lui s'il rencontrait son âme-sœur, et ce terme n'est même pas adapté au terme anglais « mate » mais la traduction de « mate » par partenaire n'est pas assez romantique pour moi.
Donc la rencontre a eu lieu, Bella comprend tout de suite qu'Edward est son âme-sœur, elle a son bouclier en place qui la protège de toute tentation ( ? ). Sa réaction est donc à l'opposé de celle d'Edward dans la saga. Et si vous avez prêté attention à ce dernier chapitre, vous pourriez être tentée de croire que cette rencontre est justement la fin idéale.
Après tout, Bella a déjà décidé qu'elle transformerait son âme-sœur s'il est humain, elle le rencontre, le reconnait, et c'est Edward, happy end ?
On a suivi Bella dans chaque décennie jusqu'à sa rencontre avec Edward, désormais la chronologie des chapitres va être plus classique, mais pas les évènements.
