Coucou !
Merci à Shippeusesamnjack et Dana LMM pour leur soutien et leurs retours. Merci à Dana LMM d'avoir rendu mon texte meilleur en proposant les bonnes choses là où c'était bancal.
(NB: j'ai fait un petit édit sur un commentaire très pertinent de Shippeusesamnjack ;) merci :) )
Toutes les erreurs sont les miennes.
Balises d'épisodes:
Post séries: post SG1, post Atlantis, post Universe.
Jack/Sam établis. Daniel/Vala établis
7x13: Grace / Voyage intérieur. Cette partie comme la suivante repose sur l'épisode. Elles se déroulent en parallèle de l'épisode pour être exacte. Certaines répliques sont donc celles de l'épisode en VF et ne sont pas de moi mais des auteurs, acteurs et traducteurs de la série. Merci donc à Damian Kindler et toutes les personnes qui ont participé à l'écriture de cet épisode mais aussi à toutes celles et ceux qui ont participé à cet épisode d'une façon ou d'une autre et ont permis son existence et sa traduction en VF.
Rappel: Rien ne m'appartient, ni la franchise, ni l'histoire, ni les personnages, rien du tout, ce texte a juste pour but de vous divertir et aucune visée commerciale.
Cette partie est l'avant dernière, la partie suivante est écrite et sera bientôt là terminant cette histoire. Merci de me lire et n'hésitez pas à commenter.
:)
Grace jeta un dernier coup d'œil à sa mère sur l'écran. Daniel, quant à lui, venait de rentrer en un seul morceau, malgré une cote de pari défavorable :
— Bien, elle est dans la réserve. Teal'c et moi sommes les prochains à intervenir.
Le Prométhée grinça et le bruit sinistre résonna jusque dans le jumper.
— C'est normal ça ? s'inquiéta son père.
— Ouais, éluda Grace. Donc je disais, Teal'c, tu attendras dans ce couloir et je vais conduire maman jusqu'à toi.
— Mais encore ? insista Jack alors qu'un nouveau grincement se faisait entendre.
— Corrosion, soupira-t-elle en évitant de croiser son regard. Donc, il faut qu'on soit coordonné et…
— Je te demande pardon ? De la corrosion ? répéta Jack, la voix un peu trop tendue pour être calme. Tu es en train de dire que la nébuleuse attaque la coque du vaisseau ?
— Oui.
— Et ça ne t'inquiète pas ?
Grace soupira et leva les yeux vers on père :
— Non.
Daniel croisa les bras :
— C'est quand même un peu inquiétant.
Jack tendit le doigt vers son meilleur ami :
— Ah tu vois ? Je ne suis pas le seul à le dire !
Grace se passa les mains sur le visage :
— Ok. Le nuage est fait de gaz corrosif, d'accord ? Je le sais, et maman va bientôt s'en rendre compte également, c'est aussi ça qui la poussera à chercher plus rapidement une solution plutôt que d'attendre qu'on vienne la chercher, ce qui vu son état aurait pu la tuer… elle marqua une pause… de toute façon, on n'aurait pas été là… bref. Oui, c'est corrosif mais tant mieux.
— Et pour le vaisseau ? insista Daniel.
— J'ai fait le calcul, on ne risque rien. Il faudrait qu'on reste quelques jours.
— Ça fait déjà deux jours Grace.
Elle inspira pour éviter de lever les yeux au ciel :
— Je sais, ça passe je vous dis.
Le jumper bipa et la petite fille jeta un œil qui se voulait discret à l'écran.
— Zut.
Jack fronça les sourcils :
— Un problème ?
— Non, tout va bien, mentit-elle.
— Pas à moi Citrouille ! Tu mens plus mal que moi.
Elle grimaça en pianotant sur les claviers :
— Satané Meredith, feula-t-elle entre ses dents.
Son père fronça les sourcils :
— Qu'est-ce que Mckay vient faire là-dedans ?
Grace soupira :
— Il a fait les calculs.
— Je croyais que tu avais dit que c'était toi ! Et Mckay est au courant de tout ça ?
— Non ! J'ai sous-traité, c'est tout.
— Sous-traité ? répéta Jacob, à lui ?
— Vous connaissez Rodney ? releva Vala.
Le tok'ra fit la moue :
— J'ai eu ce déplaisir oui, il y a quelques mois, sur le site alpha. Il nous a abreuvé de ses commentaires ineptes pendant deux jours alors qu'on essayait de faire marcher l'arme anti-guerrier kull. Il était déjà reparti le jour de l'attaque, c'est fort dommage si vous voulez mon avis.
— Jacob, gronda doucement Jack.
Le tok'ra offrit un air étonné à son gendre :
— Vous supportez Mckay maintenant ?
— Sam travaille avec lui, Atlantis l'a beaucoup changé.
— Atlantis ? répéta Jacob. Alors vous l'avez trouvée ?
Grace capta le mouvement de son père dans sa direction même avec les yeux rivés sur les écrans, elle balaya sa question silencieuse :
— Tu peux lui dire tout ce que tu veux. Papi peut tout savoir.
— Ils l'ont trouvée, et Sam l'a dirigée.
Grace releva le nez pour attraper un papier et un stylo, juste à temps pour saisir l'expression de joie béate qui barrait le visage de son grand-père. Elle se décala un peu pour le regarder du coin de l'œil.
— Elle s'en est bien sortie ?
— À votre avis, répondit Jack, un sourire dans la voix.
— Et vous, vous n'y êtes pas allé ?
— Si quelque fois, j'ai même failli m'y noyer. Longue histoire, ajouta-t-il devant la mine ahurie de Jacob.
Grace s'immobilisa, le stylo trembla un instant dans sa main :
— Une retenue ! Meredith a oublié une retenue ! Sérieusement ?
Elle leva le nez vers son père dont la mâchoire se crispa :
— Comment t'es-tu débrouillée pour qu'il te fasse ces calculs ?
— Tout le monde s'en sert de calculette ! se défendit Grace. J'ai glissé mes équations sur un papier au milieu des autres un matin et je les ai récupérées le soir. Tout le monde sait qu'il fait ça pour s'amuser pendant qu'il est aux toilettes !
— Grace ! la sermonna Daniel.
— Quoi ? Ce n'est pas un secret d'état ! Toi tu y fais bien des sudoku !
Daniel vira pivoine. Un autre bip retentit et Jack se tourna vers elle, l'air déterminé :
— Qu'est-ce que c'est ? Et réponds-moi sans détour cette fois.
Grace se rendit :
— C'est une alerte du Prométhée.
Elle tourna l'écran vers eux. Daniel remonta ses lunettes sur son nez et couina :
— Rupture de l'intégrité dans huit heures ! Grace !
— Quoi ? Je vous jure que ça va passer, sur les vidéos ça passe. Regardez, maman est déjà en train de condamner les sections les plus endommagées…
— Oui, et elle ne va pas assez vite, la coupa son père, la mine grave, concentré sur les données. Teal'c, avec moi, on va aller condamner tout ce pont-là.
— Mais maman va le voir !
Son père était déjà presque dehors :
— Fais-lui croire que c'était une procédure automatique.
— Mais comment tu veux que je fasse ça ?
— C'est toi le génie Citrouille ! lança-t-il en passant devant la baie du jumper, Teal'c en remorque.
Grace plissa le nez :
— Ben voyons, c'est sûr que je n'ai que ça à faire de bidouiller le système d'alerte interne !
Assis à côté d'elle, Jacob gloussa. Elle se tourna trop vite vers lui, le regard noir :
— Quoi ? aboya-t-elle alors que ses doigts volaient déjà sur le clavier.
— Rien, pouffa le tok'ra. Tu ressembles beaucoup trop à tes parents pour ton propre bien.
Grace se renfrogna :
— Pfff. Très drôle papi, vraiment très drôle.
Il ne répondit rien mais gloussa carrément. Dans son dos, sa tante émit le petit couinement caractéristique qu'elle faisait à chaque fois qu'elle se retenait de rire. Grace n'avait pas du tout envie de rigoler, elle :
— C'est un complot ou quoi, vous vous êtes donnés le mot ? grogna-t-elle en cherchant à se concentrer sur le programme qu'elle modifiait.
— Ton père n'en fait toujours qu'à sa tête et c'est frustrant, je sais bien. Mais comme ça, tu vois ce qu'on vit avec toi, souffla Daniel hilare.
Grace tapa si fort sur les touches qu'elle eut un instant peur pour le clavier, mais non. Ouf. Elle n'en laissa rien paraître :
— C'est ça, moquez-vous, allez-y. Ça ne m'atteint même pas.
Cette fois-ci, ils éclatèrent de rire tous les trois, Grace leva les yeux au ciel, feignant de les ignorer et se leva.
— Teal'c ? appela-t-elle avant de sortir.
— Je t'écoute Grace O'Neill.
— J'entre en scène. Il faut que tu sois dans le couloir dans neuf minutes.
— Je serai en place.
% % %
Grace repéra sans difficulté sa mère, appuyée douloureusement sur un mur. Son angoisse monta d'un cran. Elle essaya de se rassurer en pensant à Vala. Si vraiment l'état de sa mère empirait, Vala pourrait toujours la soigner de nouveau. Sam semblait à deux doigts de pleurer, son épuisement crevait les yeux, les mots glissèrent tout seuls hors de la bouche de Grace :
— Quand tout espoir s'est enfui. Quand le soleil s'obscurcit.
Sa mère se figea et fixa ses yeux sur elle :
— Mais qui es-tu toi ? Qu'est-ce que tu veux ?
Cette chanson, sa mère lui chantait toujours quand elle était triste, malade ou blessée, c'était son tour maintenant. Elle pencha légèrement sa tête sur le côté :
— Tu redoubles encore d'éclat, petite étoile éclaire-moi. Petite étoile éclaire-moi, suis-moi je vais te montrer.
Il fallait la conduire à Teal'c. Grace détestait courir dans cet accoutrement. Les robes n'étaient définitivement pas son truc, pas plus que les affreuses petites socquettes blanches de petite fille modèle qui lui grattaient les pieds dans des petits souliers blancs vernis. Pourquoi y avait-il fallu qu'elle porte ça ? Elle avait hésité à changer de tenue : après tout, qu'est-ce que ça aurait changé ? Mais quand un beau matin, la panoplie complète était apparue dans son placard comme par magie, elle avait vite compris qu'elle n'aurait pas le choix et que cette robe et ses accessoires devaient être importants.
— Attends ! cria la voix de sa mère dans son dos.
Elle tourna. Teal'c était là, impassible, fiable et souriant.
— Elle est épuisée, souffla-t-elle en le dépassant.
Il tendit la main et elle tapa dedans avant de se dissimuler dans un recoin.
— Samantha.
Grace, cachée dans son réduit, leva les yeux au ciel. Son oncle n'appelait pas sa mère Samantha à l'époque et il était bien le seul à le faire aujourd'hui.
— Teal'c vous avez vu une… elle leva le doigt et secoua la tête, bien sûr que non, quelle idiote.
Grace grimaça, elle n'aimait pas l'idée que sa mère se sente idiote à cause d'elle.
— Faites bien attention, tonna la voix de centaure du jaffa.
— Je sais oui, je n'ai pas le droit de dormir.
— Et il y a autre chose, vous devez également vous méfier des apparences.
— Merci du conseil mais je prouve déjà mon ouverture d'esprit en parlant avec quelqu'un qui n'est pas là.
Grace se coinça la lèvre entre les dents pour ne pas rire. Elle n'était pas assez loin d'eux pour se le permettre. Même en mauvais état, sa mère restait mordante.
— Justement, réfléchissez, peut-être que c'est vous qui n'êtes pas là.
Cette fois, Grace se plaqua la main contre la bouche. Daniel avait fait du grand Daniel, mais Teal'c jouait encore un niveau au-dessus.
— Comment ça ? Je ne comprends rien.
Il avait même réussi à perdre sa mère, du grand art.
— Peut-être que vous et les autres membres de l'équipage êtes prisonniers à bord du vaisseau qui vous a attaqués…
Grace se décala un peu pour mieux les voir. Elle avait visionné beaucoup de vidéos du SGC de l'époque pour préparer cette mission mais, même si son oncle de par sa nature jaffa n'avait pas trop changé malgré ses soixante ans de plus, heureusement, elle restait étonnée que sa mère n'ait pas remarqué de changements, dans sa carrure mais surtout sur son visage. Teal'c était maintenant beaucoup plus jovial qu'à l'époque. Elle soupçonnait d'ailleurs son oncle de prendre un ton si dur avec sa mère pour justement cacher cela. Sam secoua la tête :
— Mais où allez-vous chercher ça ?
— L'ennemi veut peut-être explorer votre esprit, et s'il cherchait à obtenir des informations lui permettant d'envahir la terre ?
Sam gémit en fermant les yeux :
— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Bon, disons que vous avez raison et que je suis bien sur ce vaisseau, maintenant dites-moi ce que je dois faire ?
Grace pouvait presque deviner le sourire sur le visage de Teal'c quand il répondit :
— Mais rien.
— Teal'c, je ne vais pas me laisser faire.
— Si au contraire, parce qu'en voulant réparer le Prométhée pour vous enfuir, vous pourriez révéler beaucoup de chose à l'ennemi et ainsi mettre tout votre peuple en danger. Il serait par conséquent plus prudent de ne rien faire du tout.
Il cherchait à l'obliger à se reposer, c'était malin, et si elle renonçait effectivement à farfouiller dans toutes les commandes du vaisseau, cela allait lui simplifier la vie pour la suite. Peut-être même pourrait-il éviter le problème suivant… Mais elle s'énerva :
— Non, c'est hors de question Teal'c !
Raté. C'était bien essayé malgré tout. Son oncle s'inclina, sans doute souriant :
— Soyez prudente Samantha.
— Attendez ! Où est-ce que vous allez ?
Grace dut lutter pour ne pas courir dans les bras de sa mère tant celle-ci paraissait désespérée. Cette dernière leva les bras et les laissa tomber :
—Vous avez tort ! Je ne suis pas sur le vaisseau ennemi, je suis là, j'en suis persuadée !
Teal'c tourna les talons et marcha dans la direction de la cachette de la petite fille. Quand elle fut certaine d'être hors de vue de sa mère, elle fila jusqu'à lui :
— Samantha ? Sérieusement ? Personne n'appelle maman comme ça !
— Si Grace O'Neill, moi.
— Maintenant ! Mais pas à l'époque.
Il ne répondit rien mais pinça les lèvres, remuant très légèrement la tête : un désolé à la Teal'c.
— Il y a un problème ! grésilla brutalement la voix angoissée de son père dans son oreille alors qu'au même moment, le bruit d'un corps qui tombe résonnait dans le couloir.
Le cœur de Grace se serra :
— Maman !
Teal'c courait plus vite qu'elle, il les précéda elle et son père. Ce dernier arrivait au bout du couloir quand elle s'immobilisa à côté du jaffa penché sur sa mère :
— Elle est inconsciente et ses constantes sont stables, expliqua Teal'c pour eux deux. Mais son état m'inquiète.
— Ah tu crois ? claqua la voix de Jack alors qu'il se laissait tomber à côté de Sam.
Grace connaissait assez son père pour reconnaître le masque que l'angoisse donnait à ses traits. Elle aussi avait peur. Avec une infinie douceur, il glissa une main sous la nuque de sa mère et la blottit contre lui :
— Vala ! hurla-t-il, la voix crissante comme pleine d'éclats coupants.
— J'arrive ! chuinta leurs oreillettes.
— Elle est déshydratée, il lui faut de l'eau, ordonna-t-il alors qu'il dégageait doucement une mèche de cheveux du front blanc et transpirant.
— Je vais en chercher O'Neill.
Seule avec ses parents, les bras ballants dans le couloir, Grace se trouvait tétanisée. Son cœur battait dans ses oreilles et l'air plus tranchant qu'une lame la blessait à chaque inspiration. Elle regarda sa mère, son teint livide, presque cadavérique, ses yeux anormalement clos, les cernes bleues qui les bordaient, sa poitrine qui se soulevait à peine.
— Grace !
Elle sursauta. Ça ne devait pas être la première fois qu'il l'appelait. Elle respirait par à-coups.
— Grace, appela-t-il plus doucement. Regarde-moi. Maintenant.
Elle se força à se détacher de la peau violette qui tremblait sous les orbites creusées de sa mère. Le masque du père avait recouvert l'angoisse du mari sur le visage de Jack :
— Bien. Elle va s'en sortir et tu le sais.
— Mais…
— Non. Pas de mais. Nous sommes là pour ça, tu te rappelles ? La sauver fait aussi partie du plan, c'est toi qui me l'as dit.
— Si je…
— Tu n'y es pour rien. Si nous n'étions pas là, elle serait seule ici, encore plus mal. Ce n'est pas ce que je veux et toi non plus. Aucun de nous. Regarde-moi. Ce n'est pas ta faute.
— La nébuleuse, le vaisseaux… c'est moi qui…
— Ça avait déjà eu lieu, ça devait avoir lieu, tu te rappelles ?
Grace sentit une larme rouler sur sa joue et renifla.
— Viens.
Il ouvrit l'autre bras et elle se laissa tomber à côté de lui. Se glissant contre lui et sa mère. Elle était glacée.
— On est là !
Vala, Jacob en remorque, arrivait, un brin essoufflée malgré tout. Le manque de mission était visible chez tout le monde.
— Comment va-t-elle ? demanda Jacob en caressant le front de sa fille.
— Pas très bien. Teal'c est parti lui chercher de l'eau.
Vala sortit l'appareil goa'uld de sa poche :
— Selmak ? Vous serez sans doute plus précise que moi.
Jacob inclina la tête et son symbiote prit le relais. Derrière eux, Teal'c et Daniel apportaient de l'eau.
% % %
Jack ne pouvait détacher le regard des moniteurs. Laisser Sam, inconsciente, seule, dans ce couloir avait été un crève-cœur :
— Vous êtes sûr que ça va aller ? grogna-t-il.
Jacob soupira et posa une main sur son épaule :
— Jack, ça va aller. Selmak est formelle.
Il plissa le nez, fusse un tok'ra il n'aimait pas faire confiance à un serpent, surtout au sujet de Sam :
— Mouais.
Jacob s'assit à côté de lui :
— Vous voulez en parler ?
Il gronda plus qu'il ne répondit :
— De quoi ?
Un léger sourire passa sur le visage de son beau-père et cela énerva Jack encore davantage :
— Oh je ne sais pas, de vous et ma fille ?
— Je n'ai rien à dire.
Jacob éclata de rire :
— Vous étiez bien plus bavard sous l'effet du cocktail de Vala.
Le cœur de Jack rata un battement :
— Attendez… quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
Jacob haussa les sourcils et ria de plus belle.
— Mais quoi ? insista-t-il. Et c'était quoi ce cocktail ? Vala !
— Je ne suis pas là ! cria une voix féminine dans le lointain.
— Daniel !
— Évidemment, soupira ce dernier. Oui Jack ?
— Qu'est-ce qu'elle m'a donné ?
Daniel sembla hésiter, il se passa une main sur le visage et remonta ses lunettes, l'énervement de Jack allait croissant de seconde en seconde :
— Rah ! Crache le morceau Daniel !
— Des plantes, qu'on donne aux enfants, sur sa planète.
— Un somnifère pour enfant ? s'étrangla Jack.
— Mais à grosse dose.
— Vous m'avez drogué avec un machin dont on ne sait rien ?
— Elles, moi je n'y suis pour rien.
— On dénonce sa femme et sa filleule, nota Jacob, je ne vous félicite pas Daniel.
— Mais ?
— Et tu les as laissées faire ? insista Jack.
Daniel agita les bras :
— Tu en as de belles aussi ! Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu crois vraiment que Vala me met au courant de ce qu'elle compte faire ? Et ta fille, hein ? Tu crois qu'elle écoute ce que je dis ? Et sans vouloir les défendre, tu aurais résisté à n'importe quelle substance classique.
Jack était obligé de concéder ce point. Son entraînement lui aurait permis de résister à n'importe quel autre produit plus traditionnel. Il était vieux, et à la retraite, ses temps à la course étaient désormais ridicules, mais certaines choses ne changeaient pas :
— Mettons.
— C'est bon, vous avez fini ? les coupa Grace.
— Ah, tu es là toi ? Où est-ce que tu étais passée ?
Jack regarda sa fille tourner deux grands yeux, un poil effrontés, vers lui. Elle planta son regard dans le sien et annonça très sérieusement de sa voix fluette :
— J'arrimais mieux nos affaires à l'extérieur du jumper. Visiblement, maman compte toujours mettre son plan à exécution donc ça va secouer.
Il devina où elle voulait en venir et la tournure des événements ne lui plaisait pas du tout :
— Grace ! Non. Je t'interdis d'y aller.
— Mais je n'ai pas le choix ! Tu l'as vu sur la vidéo !
— C'est dangereux ! C'est non !
— Mais papa ! Si je n'y vais pas, elle va vider tout l'air de ce vaisseau et on sera coincé dans le jumper ! Tu sais très bien qu'elle arrête uniquement parce qu'elle me voit sur les caméras.
Jack fronça les sourcils :
— J'irai moi.
— Non.
— Comment ça non ? Tu crois que ta mère va me laisser mourir si elle me voit dans un couloir ?
— Non. Mais dans la vidéo, c'est moi qui fais ça. Toi, tu n'apparais que plus tard. Si c'est toi qui y va, ça pourrait tout changer !
Elle était passionnée. Elle ressemblait tellement à sa mère, il céda :
— D'accord…, les épaules de sa fille s'affaissèrent de soulagement. Mais je viens avec toi, ajouta-t-il et elle se crispa immédiatement.
— Pas question !
Jack ne put retenir un sourire :
— Elle ne me verra pas Citrouille, je resterai juste à côté de toi mais hors-champ. Je veux pouvoir être là si ça tourne mal.
Grace prit ce petit air renfrogné qui ressemblait tellement à celui de Sam et qui le faisait fondre à chaque fois et lâcha entre ses dents serrées :
— Soit.
% % %
Grace se mit en position, elle faisait son maximum pour ne pas trembler. Elle avait beau savoir que tout s'était déjà passé et qu'elle s'en était sortie et s'en sortirait encore, être dans un couloir qui allait s'ouvrir sur le vide spatial lui foutait quand même la trouille. Elle appréciait finalement la présence de son père. Il lui enserra le poignet :
— Ça va aller, tu es sûre ?
Elle avait envie de hurler non. Elle prit sur elle :
— Oui papa.
— Tu es certaine que tu ne veux pas que Daniel soit là aussi pour te réceptionner de l'autre côté ?
— Oui, il doit être en position pour la suite.
— Vous êtes prêts tous les trois ? demanda la voix de Vala dans leurs oreilles. Daniel, Jack, vous êtes attachés ? Sam s'attache.
Grace inspira à fond et commença à compter. Elle connaissait la vidéo par cœur, elle savait précisément quand sa mère allait ouvrir la porte. Elle ferma les yeux. Les doigts de son père enserrèrent une nouvelle fois ses poignets. La porte allait d'ouvrir, il allait la lâcher, elle allait se rattraper à la colonne, juste dans l'angle de la caméra et ça irait. Ça irait. Elle ouvrit les yeux un bref instant.
Maintenant.
La porte s'ouvrit et l'air siffla violemment autour d'eux, lui bloquant le souffle, les mains de son père la lâchèrent et un sentiment qu'elle n'avait jamais ressenti jusque-là lui donna la nausée. La peur. La vraie, primale, déchirante. La panique. Elle chercha à crier. Son cerveau tournait dans le vide comme une feuille dans une tempête. Son père brailla quelque chose mais il y avait tellement de bruit qu'elle n'entendait rien. L'air hurlait autour d'elle. La séquence ne devait durer que quelques secondes. Mais ces secondes s'étiraient en éternité. La colonne ! Elle s'agrippa de toutes ses forces, utilisant ses dernières ressources pour fixer la caméra, imaginant les yeux de sa mère de l'autre côté. Elle lâcha et vit brièvement la panique hanter les yeux de son père. La porte se referma et elle s'écroula. Il fut à côté d'elle en une seconde, signe qu'il s'était détaché avant la fermeture de la porte, si tant est qu'il se soit un jour effectivement attaché comme ils l'avaient convenu.
— Ça va Gracie ?
Elle chercha son souffle :
— Oui.
— Prends ton temps, respire doucement, tout va bien.
Elle secoua la tête :
— Non. Il faut qu'on bouge, elle va arriver. On doit se replier. Par-là !
Il l'aida à se relever et elle le traîna jusqu'à un recoin proche de la position de Daniel.
— Tu veux écouter ? s'amusa son père.
— Évidemment. Pourquoi ? Pas toi ?
Il haussa un sourcil, et lui fit un clin d'œil assorti d'un de ces sourires en coin dont il avait le secret :
— Bien-sûr que si.
— Chut, elle est là, prévint Grace alors que sa mère passait, chancelante, à moins d'un mètre de leur cachette :
— Est-ce tu es là ? Je t'ai vue sur l'écran !
Daniel se glissa derrière elle :
— Recoucou. Il faut que je vous expose ma dernière théorie, elle est osée mais intéressante.
Grace se tourna vers son père qui soupira en secouant la tête. Sa mère regardait partout et Daniel l'imita, un air moqueur sur le visage. Grace hésitait entre l'envie de l'imiter et celui de lui mettre un coup de pied. Elle n'aimait pas qu'on se moque de sa mère.
— Vous cherchez quelque chose ? demanda son oncle, avec son air de mauvais clown.
— Oui, je suivais…
— Une petite fille ? la coupa Daniel.
Grace se claqua les deux mains sur le front. Oncle Dany était impossible.
— Mais quel abruti, grinça son père entre ses dents.
Elle pouffa.
— Oui, murmura sa mère.
— Je ne l'ai pas vue.
— Et il insiste en plus, gémit Grace.
Son père lui posa une main compatissante sur l'épaule.
Sam secoua la tête et soupira avant de repartir dans l'autre sens, tournant le dos à Daniel.
— Visiblement, elle en a marre de Space Monckey, siffla son père à son oreille et Grace se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire.
Daniel suivait Sam :
— Dites, vous n'avez pas l'air très en forme.
— Sans blague Daniel ! s'exclama la voix de Vala dans leurs oreilles et cette fois c'est Jack qui pouffa.
— Je sais, mordit Sam avec le peu de force qui semblait lui rester.
Daniel se gratta le nez :
— Bon, je vous explique ma théorie…
— Super, commenta Jack, ça manquait.
— … imaginez que ce nuage ne soit pas juste un amas de gaz corrosif mais un être conscient à part entière, disserta Daniel, visiblement absorbé par son propos. Je crois que ce nuage est vivant Sam.
Cette dernière s'arrêta, soupira et se retourna :
— Un nuage vivant ?
— Oui, un être avec des sentiments, des idées, des souvenirs. Comme nous quoi, mais sous forme de brume gazeuse et qui vit dans l'espace.
Il fit un signe avec sa main, un air de ravi de la crèche ancré sur le visage et vu comme son père se tendit à côté d'elle, Grace sut que cette fois, c'était lui qui avait envie de lui mettre un coup de pied.
Sa mère, interloquée, secoua la tête :
— C'est n'importe quoi.
— Tu m'étonnes, commenta Jack dans sa barbe.
— Alors pourquoi ce gaz attaque-t-il la coque du vaisseau ?
— Parce que c'est un gaz corrosif, c'est tout.
— Non, moi je pense qu'on l'a mis en colère en envoyant notre vaisseau dedans. Il cherche à se défendre. Si on lui expliquait pourquoi on a fait ça, peut-être qu'il nous laisserait partir.
— On dirait presque que tu crois à ton histoire, rigola Vala dans l'oreillette.
Daniel, qui avait peut-être entendu, s'il avait conservé la sienne, sourit et enfonça ses mains dans ses poches.
— Vous me demandez d'aller discuter avec le nuage ?
— Ça ne coûte rien d'essayer
— Et comment je fais ?
— Vous savez, cette petite fille qui se promène à bord ? Si ça se trouve, c'est une sorte d'incarnation du nuage sous forme humaine ? Je vous avais dit que c'était osé comme théorie mais je pense que c'est sa façon de communiquer avec nous.
— Il retombe sur ses pattes, lui chuchota son père à l'oreille.
— Daniel vous ne m'aidez pas du tout là, gémit Sam en s'effondrant.
Daniel se retourna vers eux assez peu discrètement, visiblement paniqué. Grace, d'un signe de la main, l'incita à continuer :
— Vous devez essayer de lui parler.
À côté d'elle, son père fronça les sourcils :
— Il ne faut pas qu'elle dorme.
Grace sortit de leur cachette alors que Daniel revenait vers eux l'air perdu, et commença à chanter. Visiblement, ça marchait quand elle n'avait pas d'autre idée :
— Dis-moi jolie petite fille, quelle est cette étoile qui brille ?
Grace s'immobilisa à un petit mètre de sa mère qui ouvrit les yeux et se releva péniblement en penchant la tête :
— C'est ma mère qui avait inventé ces paroles.
Oups. Trouve quelque chose Grace.
— Elles sont bizarres.
Tu n'as pas mieux, sérieux ?
— Je suis morte de fatigue.
— Tu n'as pas le droit de dormir, pas encore.
— Pourquoi ?
Ah ben oui pourquoi ? En voilà une bonne question ! Parce que ça peut te tuer maman ! Trop violent…
— Parce qu'on a plein de choses à se dire !
Mouais.
Sa mère, étonnée, haussa les sourcils puis ses yeux roulèrent dans leur orbite et elle s'effondra.
— Papa !
% % %
Jack fut vers elles en quelques enjambées. Grace, prostrée, fixait sa mère toujours aussi livide.
— Comment vous pouvez maintenir que ça va ? tempêta-t-il en se tournant vers Jacob qui arrivait derrière.
— Jack, tempéra ce dernier, elle a une commotion, évidemment que ce n'est pas la forme mais Selmak est formelle, elle n'est pas en danger.
— Mais elle est inconsciente, encore.
— La fatigue ? tenta Vala.
Jack fronça les sourcils :
— Ou la faim. Est-ce que quelqu'un vérifie ce qu'elle mange depuis qu'on est là au moins ?
Ils baissèrent tous la tête, sauf Daniel :
— Elle a mangé un sandwich tout à l'heure.
Jack sentit ses mâchoires se contracter. Il détestait voir Sam dans cet état. Bien sûr, elle n'avait besoin de personne, c'était un bon soldat, elle était brillante, mais pour prendre soin de sa santé, c'était autre chose et il avait pris l'habitude de veiller à cet aspect de sa vie. Dès le tout début de SG1, il s'était rapidement aperçu que son second ne dormait et ne mangeait pas suffisamment, il avait depuis lors mis un point d'honneur à s'assurer qu'elle le fasse, quitte à le lui ordonner. Quand il avait quitté l'équipe, il avait passé le relais à Daniel qui visiblement avait gardé certaines habitudes, même s'ils avaient, plus ou moins, dû tous les deux y renoncer quand elle était partie sur Atlantis, puis sur le Hammond. Il avait beau savoir qu'il n'y était pour rien, comme tout le monde ici, il s'en voulait de la voir si mal :
— Ce n'est pas assez, grogna-t-il. Il faut qu'elle mange. Grace, tu passes devant, je te suis jusqu'au mess.
Il se releva, soulevant délicatement Sam dans ses bras. Ses genoux protestèrent mais il les ignora. Malgré l'inquiétude, l'émotion de la porter ainsi dans ses bras le gagna, comme à chaque fois. Il ne l'avait fait que très peu de fois et pas depuis très longtemps. Toujours inconsciente, elle se nicha malgré tout contre lui, glissant son nez contre sa clavicule comme elle le faisait souvent maintenant qu'ils dormaient, enfin, la majorité du temps, ensemble. Il suivit leur fille à travers le dédale de couloirs jusqu'au mess, les autres leur emboîtant le pas sans bruit. Il assit délicatement Sam sur une chaise, croisa ses bras sur la nappe bleue qui couvrait la table et posa sa tête dessus. Il resta là un moment, accroupi à côté d'elle, la tenant pour s'assurer qu'elle ne tombe pas, respirant son parfum, essayant de la rassurer de sa présence, ou peut-être était-ce lui qu'il essayait de rassurer.
— Elle se réveille papa, souffla Grace à son oreille.
À contre cœur, il rejoignit les autres dehors. La compassion se lisait déjà sur le visage de Vala, il avait horreur de cela, ça le mettait mal à l'aise. Daniel posa une main sur son épaule quand il passa à côté de lui :
— Ça va aller Jack.
Il grogna. Teal'c se racla la gorge :
— Comme nous n'avons plus à intervenir avant un moment auprès du jeune major Samantha Carter, Daniel Jackson, Vala et moi allons aller réparer les dégâts occasionnés par le gaz.
Jack, reconnaissant ce qu'il était en train de faire, lui adressa un léger signe de tête.
— Ah bon ? s'étonna Vala. Et depuis quand on doit faire ça ?
Après un instant de flottement, le temps qu'il comprenne, Daniel l'attrapa par le bras et l'entraîna dans le couloir à la suite de Teal'c :
— Depuis tout de suite. On en a parlé tout à l'heure.
— Non, grimaça Vala. Je m'en souviendrais.
— Mais si, allez viens.
Jack les regarda partir alors qu'un sourire ourlait le coin de la bouche de Jacob.
— Quoi ? cracha Jack en plissant le nez.
— Même maintenant, vous essayez toujours le cacher.
Ce n'était pas une question, juste une constatation. Jack grogna. Jacob secoua la tête :
— Je sais que vous avez peur pour elle, maintenant, et à l'époque. Je le sais parce que j'ai peur et j'ai eu peur aussi il y a quelques semaines, quand c'est arrivé.
Jack se tourna vers son beau-père, il n'avait pas réalisé que si peu de temps seulement séparait Jacob de la disparition du Prométhée. Jacob continua :
— Je sais ce que vous avez traversé pendant ces trois jours. George me l'a dit.
— Mais…
Jacob leva la main pour le faire taire :
— Il me l'a dit parce que je lui ai demandé comment tu allais fiston, le tok'ra soupira, Selmak va me charrier pendant des mois avec ça mais je vais le dire quand même : je n'ai jamais été dupe. Depuis Washington, je sais que tu aimes ma fille et je sais qu'elle t'aime. Je ne vais pas te dire que ça m'a fait plaisir quand je m'en suis rendu compte vu vos carrières, mais j'ai rapidement vu que c'était plus qu'un simple flirt.
— Vous savez Jacob, j'ai fait mon maximum pour…
— Que ça ne se sache pas et que ça ne se voit pas, je sais. Et c'est tout à ton honneur et à celui de Sam, mais vous en avez tellement souffert aussi. C'est aussi pour ça que tout le monde a joué le jeu. Personne n'a jamais été dupe fiston, mais on savait tous que jamais vous ne franchiriez la ligne, on savait tous combien ça vous coûtait, alors on a fait la seule chose qu'on pensait pouvoir faire : détourner le regard.
Jack sentit sa gorge se serrer et il déglutit maladroitement :
— Je suis désolé Jacob, je ne pensais pas être si transparent. Il se passa les mains sur le visage : Quand elle a disparu, avec le Prométhée, j'ai cru que mon monde s'écroulait. Toutes les fois où j'ai disparu, elle m'a retrouvé. Toujours. Mais là, c'était elle et je n'arrivais pas à la retrouver, je ne savais pas comment faire…
— Tu te sentais impuissant, suggéra doucement Jacob en comblant l'écart qui les séparait.
— Ouais. Et j'ai échoué. Elle est revenue toute seule. Elle s'en sort toujours toute seule alors qu'elle a sauvé mes fesses tellement de fois. Si j'ai toujours renoncé à partir, c'était parce que je me persuadais qu'il fallait que je reste dans l'équipe pour les protéger, Daniel et elle, mais la vérité, c'est que je me foutais le doigt dans l'œil jusqu'au coude. J'ai toujours échoué à la protéger et je l'ai fait souffrir tellement longtemps en la faisant attendre.
Jacob posa une main sur son épaule :
— Elle ne serait pas d'accord avec ce que tu dis. Et je pense que cette attente, vous l'avez voulue et vous en avez souffert tous les deux.
Jack renifla :
— J'ai toujours suivi Sam. Je me foutais de ma carrière mais la sienne… hors de question de la risquer. Je ne me le serrais jamais pardonné. J'ai attendu que ça vienne d'elle. Sauf cette fois-là. Il déglutit : Quand elle s'est réveillée dans l'infirmerie, après le retour du Prométhée, elle m'a appelé Jack. J'avais juste envie de me lever et de la prendre dans mes bras, mais à la place, je lui ai fait une remontrance. Il baissa la tête : J'ai engueulé Sam, Jacob. Parce que pendant sa disparition, Hammond m'a convoqué dans son bureau et plus tard, Teal'c est venu me parler dans les vestiaires, et j'ai su que j'étais devenu trop transparent. Que ça se voyait trop, que c'était dangereux, que c'était mal, pour Sam. Que je n'avais pas le droit de lui faire courir un risque pareil alors que je n'étais même pas fichu de la protéger et de la retrouver.
— Jack…
— Et après, on a perdu… il laissa la fin de sa phrase mourir dans sa gorge, incertain de ce qu'il pouvait dire à Jacob ou non, malgré ce qu'avait dit Grace et ne sachant pas exactement de quel moment il venait. C'était vraiment une année de merde, et je n'ai pas été là pour Sam comme elle l'aurait mérité.
Jacob soupira en secouant la tête :
— Tu étais là fiston, du mieux que tu pouvais. Tu as toujours été là.
Jack jeta un œil en direction du mess :
— On dirait que ça va bientôt être à vous.
Jacob grimaça :
— Oui, on dirait bien. D'après Daniel, je vais la pousser dans les bras de cet imbécile de flic.
Jack plissa le nez, la mine basse :
— Si ça peut vous rassurer, je crois que c'est surtout moi, en la repoussant, qui vais le faire.
— Allez mon garçon, elle va te revenir à la fin.
% % %
Grace déposa une assiette de fruits devant sa mère :
— Tiens mange, tu as besoin de reprendre des forces.
Machinalement, Grace fit tourner la gourmette en or blanc à son poignet.
— Comment tu t'appelles ?
Grace sourit en se tordant les mains. Tant pis, elle allait tenter le tout pour le tout :
— Je m'appelle Grace.
— Qui es-tu ?
S'il y avait bien une chose que Grace avait apprise au cours de sa courte vie, c'était qu'il ne fallait jamais se démonter, sourire et avancer, ne pas montrer qu'on était coincé :
— Tu le sais déjà.
Elle avisa Jacob prêt à entrer en scène, le timing allait être très serré.
Sa mère secoua la tête :
— Non, non, je n'en sais rien du tout.
Grace recula jusqu'à la sortie et disparut d'un pas de côté dans les bras de son père.
— Je suis ton père, tonna la voix de Jacob.
— Sérieusement papi ? Starwars ! couina Grace, presque trop fort.
— Papa ?
— Je sais que c'est ce que tout le monde dit mais quand on arrive à un certain âge…, Jacob s'avança et s'assit sur la chaise de gauche en soupirant : celui que j'ai en l'occurrence, on commence à se demander si on a échoué et ce qu'on a mal fait en tant que parent.
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Sam, les coudes sur la table, posa son front sur ses mains jointes. Le cœur de Jack se serra. Elle paraissait si fragile, si épuisée aussi.
— On ne devrait pas écouter ce qu'ils se disent Citrouille, ça ne nous regarde pas.
Grace grimaça d'incompréhension :
— Quoi ? Pourquoi ?
La vérité, c'était surtout que lui n'était pas sûr de pouvoir rester là, à l'écouter sans intervenir, sans la rejoindre, sans chercher à l'apaiser. Il n'était pas certain non plus d'avoir envie de savoir ce qu'allait dire Jacob. Il éluda la question de sa fille :
— Tu dois être où ensuite ?
— Dans le couloir, mais on a le temps.
— Non, viens on y va, je t'emmène.
Il lui prit la main mais Grace se dégagea d'un mouvement vif :
— Non. C'est papi et toi qui devez avoir le plus d'impact sur elle aujourd'hui, vous êtes les seuls à avoir eu une conversation personnelle avec elle. Tu dois savoir ce qu'il lui a dit.
Jack se passa une main sur le visage :
— Bien.
— Par contre, je peux partir si tu préfères.
Elle planta son regard dans le sien. Lucide, intelligente, forte, elle semblait avoir tellement plus de neuf ans. Il grimaça :
— Peut-être, oui.
Il put lire sa déception dans la manière dont ses minuscules épaules s'affaissèrent avant de rebondir :
— Ok.
Elle le sera brièvement et s'éloigna. Il se laissa glisser au sol, la tête contre le mur pour entendre :
— Tu es heureuse comme ça Sam ?
Jack déglutit tellement fort que cela le gêna.
— Pardon ? s'étrangla Sam au même moment.
— Réponds-moi s'il te plaît.
— Bon, j'avoue qu'en ce moment, je suis dans une mauvaise passe, mais sinon je suis heureuse d'habitude.
— Non c'est faux, tu es contentée, satisfaite, tu contrôles la situation, et c'est bien ça le problème.
Un souffle de colère ourdit dans le cœur de Jack, Jacob poussait Sam beaucoup trop loin.
— Écoute, je suis désolée mais j'ai vraiment du mal à te suivre là.
Jacob devait arrêter maintenant, mais Jack savait bien au fond de lui qu'il ne le ferait pas, il ne le pouvait pas, Grace avait été claire sur leur mission ici.
— Ce que je veux te faire comprendre, c'est que tu passes à côté de quelque chose d'essentiel, et ce qu'il y a de plus triste, c'est que tu ne vois même pas de quoi je parle.
— Non je suis heureuse, crois-moi papa, j'ai déjà pu voir et faire des choses que la plupart des gens ne peuvent même pas imaginer, j'ai une vie formidable.
— Mais tu es toujours seule.
On y était. Jack inspira et ferma les yeux.
— C'est vrai, la voix de Sam se brisa et Jack en eut la nausée, ces derniers temps j'avoue que je n'ai pas eu l'occasion de beaucoup sortir, ce qui est logique puisque je suis perdue au milieu de l'espace.
Jack se laissa aller à sourire. Il n'avait pas besoin de la voir pour savoir qu'elle avait levé les yeux au ciel en bottant en touche, une manière désespérée de cacher ses larmes sous une note d'humour, elle le faisait tout le temps, elle avait un peu appris ça de lui aussi. Mais Jacob ne mordit pas à la diversion :
— Sam, c'est toujours comme ça ! Quand ta mère était encore en vie, elle m'a ouvert les portes d'un monde qui dépassait de loin tous mes rêves les plus fous.
La gorge brûlante, Jack se décala pour essayer d'apercevoir Sam, ou au moins son reflet dans la surface en aluminium du porte serviette sur la table.
— Tu sais ce qu'elle m'a apporté ? reprit Jacob. Elle a donné un sens à ma vie, rien de moins et j'ai eu l'honneur de l'aimer pendant de trop courtes années.
Sam baissa la tête et Jack fit de même, le cœur lourd. Il comprenait trop bien les paroles de son beau-père, cela faisait longtemps que Sam donnait un sens à sa vie. Par sa simple présence, elle lui avait donné envie de continuer à vivre, d'essayer, au moins pour elle. L'émotion perçait dans la voix de Jacob :
— Si je pouvais revenir en arrière, jusqu'au moment où j'ai vu ta mère pour la première fois…
Sam se mordit la lèvre et commença à pleurer. Jack serra ses jointures à s'en faire mal.
— … je choisirais de tout revivre à nouveau même en sachant qu'elle me serait arrachée trop tôt. C'est ça, le vrai amour. Sam, je sais que tu as toujours refréné tes sentiments de peur que toutes ces histoires d'amour se terminent par des larmes, tu refuses d'aimer quelqu'un que tu pourrais perdre.
Jack entortilla ses doigts et inspira un peu fort. Sam pleurait, il était si proche et à la fois si loin d'elle. Impuissant. Et les mots de Jacob l'atteignaient en plein cœur. Lui aussi avait eu tellement peur de la perdre, il avait toujours peur, il avait tellement failli la perdre aussi. Mais il n'échangerait ça contre rien au monde, même si rien n'avait jamais été possible entre eux, le simple fait de pouvoir être à ses côtés toutes ses années, la simple possibilité de veiller sur elle, de l'aimer, même en silence, même en secret…
Jacob tendit la main et prit celle de Sam :
— Aujourd'hui, il est peut-être temps de te laisser aller, de prendre le risque de connaître le bonheur. Sam, tu mérites d'aimer un homme et d'être aimée en retour.
Sam éclata en sanglots et Jack sentit son cœur se fendre. Jacob se glissait déjà hors de la pièce, il se redressa, tentant de se redonner une contenance.
— Elle arrive, lui souffla le tok'ra en passant. Est-ce que ça va Jack ?
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Grace sortit la montre qu'elle cachait sur elle et la regarda pour la troisième fois, ils n'étaient pas repassés devant elle, ils étaient en retard sur l'horaire. Elle remonta le couloir et les trouva en grande conversation, elle agita les bras :
— Mais qu'est-ce que vous faites ?
Ils tournèrent vers elle un regard de lapins pris dans les phares d'une voiture qui fit soupirer Grace intérieurement.
— Alors ? insista-t-elle.
— Oui c'est bon on arrive, répondit son grand-père sur le même ton, même s'il semblait légèrement amusé.
— Papi, retourne au jumper.
— Bien votre altesse.
Elle fronça le nez :
— Très drôle papi, tu devrais plutôt laisser Selmak s'occuper des blagues à l'avenir.
Il lui tira légèrement la langue et lui ébouriffa les cheveux en passant à côté d'elle.
— Hé ! Papa, reste dans le coin, après c'est à toi.
Il avait un drôle d'air mais elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur la question, sa mère arrivait. Alors que son père disparaissait au coin d'un panneau, Grace sortit le flacon à bulle. Il était bleu, avec une tige rose, comme dans la vidéo. En trouver un avait relevé de la gageur et même nécessité une mission temporelle. Il venait donc de 1982. Elle le dévissa et souffla :
— Tu veux essayer ? C'est rigolo.
— Je me rappelle, quand j'étais petite fille, je me demandais comment les bulles pouvaient exister. En fait, c'est la tension de surface qui attire la cohésion des molécules qui forment le liquide et maintient…
Oh misère, encore cette histoire ! Grace l'avait entendue un millier de fois au moins. Elle se demanda soudain dans quelle mesure ce n'était pas précisément à cause de ce moment qu'elles étaient en train de vivre que cette anecdote était devenue l'une des « histoires du soir » favorite de sa mère. Elle grimaça :
— Ça, c'est pas rigolo du tout ! Tiens essaie, ajouta-t-elle en plaçant la tige devant la bouche de sa mère qui la prit et souffla dedans. Voilà ! Ça c'est rigolo !
— Oui.
Un léger sourire étira les yeux de sa mère mais ses yeux se voilèrent légèrement et elle s'appuya sur le mur, la tête dans les mains.
— L'appareil dit que ça va, souffla Vala dans son oreille comme si elle lisait dans ses pensées.
Grace s'écarta du champ de vision de sa mère mais garda un œil sur elle pour s'assurer qu'elle parvienne jusqu'au point suivant. En gémissant, cette dernière s'adossa contre un mur et tomba assise, la tête dans les genoux. Elle croisa son père et se mit en courir. Elle voulait arriver rapidement au jumper, elle ne voulait rien louper.
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Vala fronça les sourcils et bidouilla les instruments.
— Qu'est-ce que j'ai manqué ? demanda Grace, essoufflée, les mains en appui sur les genoux, à l'entrée du jumper.
— Pas grand-chose, on n'a pas le son et à peine d'images…
— Quoi ?
Grace bondit entre les deux sièges, bousculant au passage Daniel sur les genoux duquel Vala s'était assise :
— Hé !
— Désolée ! chantonna-t-elle en les escaladant.
Vala ne put s'empêcher de sourire, elle adorait quand Grace venait s'asseoir contre elle comme ça. Daniel râla, évidemment :
— Ça va, je ne vous gêne pas ? Je suis un siège confortable ?
— Tout à fait, répondit Grace sans se démonter, la pointe de la langue entre les lèvres alors qu'elle pianotait sur le clavier.
Dieu qu'elle aimait cette enfant, son impertinence et son apparente assurance, même si Vala n'était pas dupe, ayant un peu trop expérimenté par elle-même cette idée de fausse confiance en soi comme carapace.
— Papa a coupé les micros et modifié l'angle des caméras, ronchonna-t-elle après quelques minutes. Il n'avait pas le droit de faire ça !
— Tu crois que ça peut changer quelque chose ? s'inquiéta Daniel.
Elle grimaça, contrariée :
— Non. Je suis quasi sûre que non, on ne voyait quasi rien sur la vidéo d'origine déjà, c'est pour ça que j'avais fait des modifications sur l'angle, et on n'avait pas le son donc…
— Donc tout va bien, soupira Daniel.
— Mais moi je voulais savoir ! s'énerva la petite fille, avec une moue boudeuse.
Vala avait envie de la serrer contre elle à l'étouffer, elle le fit, un peu, et lui souffla à l'oreille :
— Il y a quand même un moyen de savoir.
Teal'c se racla la gorge :
— Si O'Neill a agi de la sorte, c'est qu'il ne souhaite pas que nous sachions ce qu'ils vont se dire. Il me semble plus sage de respecter son souhait.
— Teal'c a raison, ajouta Daniel.
Évidemment. Vala leva les yeux au ciel, gigotant exagérément sur les genoux de son mari pour le regarder :
— Vous êtes réfrigérants tous les deux. Avoue que tu veux savoir.
— Non.
— Tu mens.
— Possible.
Elle se retourna brutalement et l'entendit grogner :
— Et vous Jacob, qu'est-ce que vous en pensez ?
Le vieux tok'ra leva les mains en secouant la tête :
— Gardez moi en dehors de tout ça !
— Oh mais allez, je suis sûre que vous voulez savoir aussi.
— Selmak tient à faire remarquer que si votre idée consiste à utiliser l'appareil stimulateur de souvenirs, vous n'aurez pas directement accès à la conversation mais juste aux ressentis de Sam.
— Cela me semble inapproprié, souligna encore Teal'c.
— En effet, imita Daniel.
Vala lui tira la langue :
— Taisez-vous les pères la morale !
Grace descendit de leurs genoux et tira l'appareil tok'ra au milieu du jumper avant d'allumer la fonction holographique.
— Juste pour voir où ils en sont, précisa-t-elle.
Une foultitude de souvenirs de Sam inonda les murs. Des missions, des scènes de batailles, des briefings, des barbecues, des soirées télé, un seul point commun : Jack, partout. Le visage de Jack, les yeux de Jack, les lèvres de Jack.
— Je pense vraiment qu'on ferait mieux d'arrêter, suggéra Daniel, visiblement mal à l'aise.
Vala était à deux doigts de lui donner raison, malgré son envie de voir et de savoir, quand tous les souvenirs tombèrent pour ne montrer qu'une chose : la pièce où Jack et Sam se tenaient. Dans l'esprit de Sam, cette dernière s'avançait vers Jack et laissait sa main courir sur sa joue. Dans la réalité, sur l'écran de contrôle, personne ne bougea.
— Je ne suis pas certain de vouloir voir la suite de ça, gronda Jacob, ou plutôt si, je suis absolument certain que je ne veux pas.
— Beuuurk, grimaça Grace en sautant sur le bouton pour éteindre la projection holographique alors qu'en plan large, Sam et Jack s'embrassaient.
— Je tiens à souligner que j'avais dit que c'était une mauvaise idée, fit remarquer Teal'c.
— Roh ça va, ronchonna Grace encore visiblement contrariée par la manifestation d'amour entre ses parents, même si elle était juste imaginée par sa mère. C'est à moi d'y aller. Où est le truc à bulle. Ah là ! Je vais aller la rejoindre sur la passerelle, dès qu'elle aura compris et qu'elle tentera le coup, Daniel et Teal'c vous interviendrez une nouvelle fois avec Papa. Papi, Vala et moi, on vous attend là. Dépêchez-vous de venir une fois que vous avez fini, je voudrais quitter le Prométhée avant que tout le monde ne se rematérialise dedans. Pour les sections endommagées…
— Tout est sous contrôle, affirma Teal'c dans un hochement de tête que Grace lui rendit.
— Et qu'est-ce qu'on doit dire à ta mère ? demanda Daniel.
Grace s'immobilisa alors qu'elle allait sortir :
— Je ne sais pas, ce que tu veux, reste dans le rôle et improvise.
Elle sauta en dehors du jumper et fila.
(à suivre)
