Cutie Pie VS Eleganza Prologue 1 : La chute de la Matriarche des sorcières, seconde partie :
Madoka en avait profité pour ouvrir la porte de la pièce close une fois les petits chenapans sortis. Elle verrait plus tard pour la punition de Tsutomu, à cet instant, son attention se focalisa surtout sur sa plus vieille apprentie. Takeda-kun l'avait prévenue qu'il partait les surveiller un moment donc la Matriarche put voir si Kiyoko allait bien.
La chambre, imprégnée d'une subtile fragrance de bleuet, était recouverte par une brume glaçante tandis qu'une toute jeune fille vêtue d'un elégant kimono violet, dont la beauté complémentait malheureusement avec le sobriquet moqueur de Tsutomu, se tenait assise sur ses genoux, les deux mains posées délicatement sur ses jambes pliées, le dos droit et les yeux fermés par une intense concentration.
Ses lèvres aux teintes bleutées laissaient échapper une fine buée à chaque petite expiration, le peigne à motifs floraux qui retenait ses longs cheveux de jais en un chignon raide fut recouvert par du givre.
Madoka prit alors le parti de la laisser tranquille et de fermer discrètement la porte coulissante. Elle n'en fut que plus morose concernant l'état de son apprentie.
Du haut de ses treize ans, Kiyoko était l'héritière du clan Shimizu, des sorcières insulaires qui se présentaient rarement aux réunions du Coven. L'une des seules fois où leur cheftaine était venue, c'était justement pour lui confier sa fille omega non pour lui enseigner la magie mais simplement pour se débarasser d'elle.
Madoka avait accepté seulement parce qu'elle savait que sa residence serait un meilleur environnement pour Kiyoko. L'adolescente s'était très vite faite à sa situation et l'accompagnait lors des reunions.
Les cheftaines les plus influentes du Coven avaient davantage encensé son potentiel magique au lieu de le maudire tout comme elles avaient félicité la maturité dont son apprentie faisait preuve en dépit de son age.
De plus, Hitoka s'était attachée à elle, la considérant même comme sa grande sœur. La Matriarche se disait que Kiyoko pouvait lui succéder, surtout qu'elle l'avait guidée dans cette optique au cas où...
Des petites lucioles apparurent sous ses yeux au moment où elle regarda l'étang dans le jardin, comme en été. Un sourire se dessina sur ses lèvres en découvrant la coupable de ce changement de température subite en train d'accourir vers elle. "Maman!"
Madoka la prit dans ses bras et la porta dans ses bras. "C'est moi, Hitoka. Tu voulais voir Kiyoko?" Le pouvoir de glace de sa protégée n'effrayait pas sa fille même si elle avait hérité du tempérament anxieux de son défunt époux. Il lui arrivait qu'un tout petit rien lui fasse peur. Hitoka hocha la tête pendant qu'elle lui ébouriffa un peu les mèches blondes. "Elle est pas venue.
- Kiyoko se repose en ce moment, lui expliqua doucement sa mère, si tu veux, c'est moi qui te raconterai une histoire, ce soir mais avant..." Elle lui offrit un sourire taquin. " Tu n'aurais pas quelque chose à me dire?"
Madoka savait que sa fille de trois ans n'arrivait pas très bien à mentir. Elle commençait même à trembloter un peu. "Tsutomu a dit qu'il avait trop froid et que c'est la faute à Kiyoko. J'ai voulu qu'il fasse plus chaud parce que, comme ça, il la laissera tranquille.
- Je comprends que tu veuilles défendre Kiyoko mais la magie peut faire peur, Hitoka, lui dit Madoka tandis qu'elles se dirigèrent vers la chambre de la fillette.
Heureusement lors de sa sortie à l'extérieur du Coven que tout le monde avait mis ça sur le compte d'une journée exceptionnelle comme ça arrivait des fois.
Une jolie marque dorée, mélange d'entrelacs et d'arabesques, était apparu sur le poignet de sa fille. Le tatouage magique de Hitoka était apparu de manière très précoce, sans que personne ne puisse déterminer la nature exacte de sa magie.
Seule la Matriarche le savait puisqu'il s'agissait de la même que son mari. Elle le cachait juste tout comme lui l'avait fait pour ses propres pouvoirs de son vivant.
Madoka se remémorait avec nostalgie de ses mots à ce sujet. "Le répertoire de la magie ne cesse de s'agrandir avec les générations futures mais des fois, c'est mieux que les anciennes restent ignorantes sur certains sujets. Moins elles en savent, mieux c'est." Oui, les conflits de pouvoir sont légion malgré la présence du Coven.
Madoka décida de ne plus y poser lorsqu'elle borda Hitoka avant de se lever et se diriger vers l'étagère où furent rangés les recueils d'histoires pour enfa... Le livre tomba à terre à l'instant même où elle fut sur le point de le prendre. "Maman?"
Ses yeux s'écarquillèrent à la vue de son tatouage magique, un mandala ocre qui s'étalait de plus en plus le long de sa paume tandis que sa main tremblait de plus en plus. Non, ce n'est pas vrai. "Hitoka..., commença-t-elle en réfrénant sa nervosité du mieux qu'elle put, va voir tonton Ittetsu et dis-lui de te raconter l'histoire, d'accord? Maman a oublié de faire quelque chose."
La Matriarche offrit un sourire aimant à sa fille puis elle attendit que la petite blonde fut levée pour quitter la pièce. La femme alpha travailla lentementsa respiration en laissant sa fille partir en direction de la chambre de son second puis se rendit dans la salle réservée aux prières et aux rituels où se trouvait son atamée.
Une fois la dague entre ses mains, Madoka courut jusqu'à la sortie de la résidence, la terre tremblant légèrement sous ses pieds. Une chanson se mit alors à envahir sa tête, une voix enfantine qui commençait à la hanter d'une manière incessante au point qu'elle eut de plus en plus de mal à contrôler sa géomancie.
Des loups hurlaient au loin avant de se taire déréchef au moment où elle fit appel à son odeur de domination le long du trottoir qu'elle arpentait d'un pas pressé, découvrant avec horreur les petites fissures qui commencèrent à apparaître sur l'asphalte de la route.
Je dois... Trouver un coin calme, sans... personne. Le chant devenait plus persistant au point que la concentration lui fit presque défaut. Allez Madoka, se sérina-t-elle en se tailladant le poignet à l'aide de l'atamée.
La douleur lui permit de retrouver un peu ses esprits. Assez pour répérer une ruelle où se trouvait une impasse. Parfait.
La Matriarche s'assit le long du mur, un long soupir exaspéré franchissant ses lèvres. Elle se donna un coup de dague à la cuisse, ce qui lui permit d'oublier ce foutu air même si elle savait que ce n'était que pour un bref instant.
Elle devrait se tuer là, tout de suite, tout comme son mari lors de leur dernière escapade qui lui avait coûté la vie.
Pourtant, connaissant les coupables, ils se montreraient bien assez vite, histoire de savourer son état de faiblesse.
Et les voilà, justement à la contempler en train de se vider de son sang.
Enfin, elle ne parlait pas pour son apprenti le plus doux qu'elle connaissait qui continuait de chanter alors que le coeur n'y était pas.
Plutot de la femme qui se tenait derrière lui dont les prunelles grises se montraient tout aussi sadiques que son caractère le laissait le supposer.
Son odeur de domination, évoquant le benjoin, en était presque suffocante.
Ayame Semi, cheftaine du clan Semi. Une alpha qui s'était toujours autoproclamée comme sa rivale en terme de beauté et de magie.
Elle connaissait aussi trop ses tendances séparatistes sauf qu'elle n'avait jamais fait l'unanimité. Et dire que je voulais qu'Eita se libère de cette... Le pauvre petit en avait les larmes aux yeux tandis que les entrelacs noirs entourant son cou lui firent penser lugubrement à un collier l'attachant à cette femme.
"Il a une jolie voix, n'est-ce pas?, claironna-t-elle en caressant la tête de son fils tel un animal de compagnie qu'elle félicitait pour ses tours, la même que sa défunte mère omega. Quel dommage que nous ayons eu des divergences d'opinion, elle et moi.
- Si vous souhaitez contempler ma déchéance, Semi-san, déclara Madoka d'un ton faussement poli, allez-y mais laissez votre fils en dehors de nos querelles.
- Eita, continue de regarder, ordonna Ayame à la place, et continue de chanter aussi. Madoka aime entendre ta voix, tu m'as dit qu'elle te complimentait beaucoup à ce sujet, n'est-ce pas?"
Madoka se donna un coup de poignard dans son autre cuisse même si le faire sous les yeux d'Eita lui creva le coeur. Elle ne voulait plus lui causer plus de frayeurs, surtout que sa voix devenait plus éraillée. " Arrête de le faire chanter, Ayame. Eita a mal à la gorge, tu ne l'entends pas à sa voix?, cria-t-elle malgré la douleur qui la tenaillait, que veux-tu? Le Coven? Tu sais très l'avis des... Nnn!" La voix d'Eita avait monté d'un octave.
Sa magie était sur le point de devenir incontrôlable vu que la terre tremblait au point d'en devenir presqu'un séisme.
"C'est bien mon fils, le complimenta la cheftaine du clan Semi, tu n'aides pas seulement ta chère mère en faisant cette besogne, fit-elle en lui tapotant l'épaule, je suis certaine que le petit Satori serait aussi fier de toi."
Eita retint les sanglots qui menaçaient d'éclater en voyant la Matriarche se donner un coup d'atamée dans l'abdomen.
Il eut envie de vomir.
Il n'aimait pas ça, sa gorge le brûlait à force de trop chanter.
Il ne pouvait s'empêcher de pleurer.
Pardonnez-moi, Madoka-sama.
Malheureusement, ces mots, il ne pouvait les lui dire.
Pas quand sa mère menaçait de manière implicite l'être le plus cher à son coeur.
Pardonnez-moi de ne penser qu'à moi.
Le garçon écoutait sa mère se vanter auprès de sa rivale d'un pas désordonné tandis que la terre continuait de trembler de manière plus ténue. "Tu sais, Madoka. Le Coven m'importe peu? J'aurais plutôt souhaiter que tu finisses tes jours là-bas, sous les décombres de cette fondation factice ce qui aurait été parfaitement humiliant pour ta petite "communauté". Dire qu'on aurait pu régner ensemble toi et moi mais tu as choisi ce freluquet trouillard de Yachi, se plaignit-elle en se rapprochant doucement de sa rivale, mais non, j'ai des désirs plus simples qu'il n'y parait, sussura-t-elle d'une voix doucereuse, à croire que tu ne connaisses pas l'amour."
Les yeux de Madoka s'écarquillèrent à la vue des deux petits trous bien définis qui apparurent brièvement dans son champ de vision lorsque quelques mèches blondes cendrées avaient laissé transparaitre le cou fin de la sorcière devant elle.
Par amour... "Tu parles, grogna-t-elle en assénant une gifle à sa prétendue rivale. Elle en profita que Semi-san fut trop estomaquée pour répondre quoique soit et transmettre ses derniers mots à Eita. "Eita, je souhaite de tout coeur que tu te libères un jour de ces méchantes sorcières. Sache que je suis fière de toi, mon apprenti."
Ses mains prirent l'atamée et elle l'enfonça ensuite dans son coeur avec une dernière pensée pour sa fille et sa protégée.
Kiyoko, je suis désolée de t'imposer de si grands fardeaux mais le Coven et l'avenir de Hitoka sont maintenant entre tes mains.
A suivre.
