TU PEUX TOI AUSSI COMMANDER TA FICTION
Oui tu peux toi aussi commander une fiction en te rendant sur notre histoire "Commandes de fictions" ou sur notre forum, et review le mois en cours !
Hé ! Bien le bonjour (ou le bonsoir) à toi qui arrive sur cette histoire ! Cherrylloll nous a demandé un Leodagan/Seli en enemies to lovers.
Marina Ka-Fai, une des auteurs de notre collectif, a décidé répondre à cette commande.
Disclaimer : Kaamelott est l'oeuvre d'Alexandre Astier.
Résumé: Dans une autre vie, jamais Séli n'aurait pu en venir à éprouver une affection pour Léodagan. Mais dans cette vie, celle où son peuple vient de la lâcher pour vingt mille pièces d'or, si c'est improbable, cela finit par arriver.
Note de l'auteur: C'est mon premier essai pour ce trope, donc j'espère avoir réussi!
L'amour prend souvent des formes très diverses
Séli l'admet, elle a mal. Son propre peuple l'abandonne. Certes, elle n'a jamais été très appréciée, au point que ses amies, elle a dû aller les chercher parmi les Burgondes mais jamais un picte ne laisse un autre picte derrière soi.
Enfin, normalement.
Le prince héritier de Carmélide, Léodagan, l'a enlevée et a réclamé à sa tribu dix mille pièces d'or.
Il en obtient dix mille de plus s'ils la gardent.
Vendue pour vingt mille pièces d'or… La jeune femme ignore si elle doit se réjouir de valoir autant ou s'autoriser à pleurer car sa mère patrie décide de la donner au plus offrant, jetée comme un dessous usagé…
-Vous devez être encore plus chiante là-bas qu'ici, ma parole. Raille son ravisseur
-Pardon de ne pas être soumise comme vos bonnes femmes. Riposte-t-elle
Le guerrier a un rictus.
-Vous, vous n'avez pas encore rencontré ma sœur. Par contre, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de vous ? Nan, parce que l'or, c'est bien mais je vais pas vous loger aux frais de la princesse sans une bonne raison, hein…
-C'est clair que si j'attends votre charité, j'ai le temps de crever de faim !
-Elle me plaît, cette petite. Sourit Goustan
Le roi semble pris d'une illumination.
-Je sais ! S'exclame-t-il. Leodagan, vous êtes célibataire. La demoiselle l'est aussi. L'or constituera sa dot.
-Je vous demande pardon ?! S'étrangle son fils
-Il est grand temps de me donner des petits-enfants.
-Et il y a quoi, pour moi, là-dedans ? Lance la captive
-Le titre de reine de Carmélide dans un avenir plus ou moins proche. Répond l'héritier du royaume
-Mouais, ça va, il y a plus dégueulasse comme perspective…
Ce mariage est une farce. Goustan a mis les moyens parce qu'après tout, c'est son héritier qu'il marie et non Jo le Clodo. Mais il n'y a personne de la famille de la fiancée. Il pleut, ça pue la boue et le fumier mais la bouffe a l'air bonne, au moins… Ca compense les œillades qu'elle reçoit. Ils n'ont jamais vu de femmes ou quoi ?! Leodagan tire la gueule, non pas qu'il soit connu pour être souriant. Sincèrement, elle a l'impression d'assister à une cérémonie longue, chiante, faite à la sauvette. Il n'y a pas de fleurs, pas de musique, rien, juste les rustres et la nourriture…
-Quelle cérémonie de merde… Souffle-t-elle
-Je ne vous le fais pas dire.
Elle trésaille. Elle rêve ou son désormais mari l'approuve ?
Derrière eux, un certain Calogrenant sèche ses larmes.
-Quel beau mariage !
La nuit de noces arrive. On les a installés dans le même lit, on constate qu'il partage le même plumard et ils se cassent. Tant mieux, elle n'avait pas spécialement envie qu'on les regarde en train de faire un héritier. Le sexe n'est ni honteux ni sale chez les pictes. Mais selon elle, cela reste une affaire privée, un peu de pudeur ne fait jamais de mal…
Une fois la foule partie, Léodagan se lève.
-Vous faites quoi ? S'étonne-t-elle
-Je vais ronquer ailleurs. Répond son époux
-Je vous dégoûte tant que ça ?
-Non, il est juste hors de question que je viole ma femme lors de sa nuit de noces.
Il voit son masque tomber pour la première fois, ce loup d'assurance, de fierté, pour ne laisser place qu'à son incompréhension.
-Vous ne violez pas les filles de clan, en Carmélide ? Lui demande-t-elle
-La fille aînée des chefs vaincus, oui. Mais je n'ai pas vaincu votre père. Je vous ai enlevée. Et maintenant, même si ça me fait bien chier, vous êtes ma femme et désolé d'avoir des principes : un mari ne viole pas sa femme.
Il existe donc un peu d'honneur chez celui qui lui a volé sa vie… Oui, d'accord, être une future reine, c'est très bien. Sauf qu'elle n'est pas là parce qu'elle l'a voulu. Elle n'aimera jamais cet homme. Il est peut-être cependant possible de ne pas le détester.
-Si vous ne consommez pas le mariage ce soir, on va se foutre de votre gueule, non ?
-Le premier qui ose, je lui fous une bonne patate et on n'en parle plus.
-Venez.
Le prince hausse un sourcil.
-On ne fera rien. Mais au moins, vous dormez au chaud et vous sauvez les apparences.
-Merci.
-Vous et moi, on n'a jamais voulu ça. Mais c'est fait. Autant essayer de ne pas se tirer dans les pattes.
-Je vous préviens, si vous ronflez, je m'en vais.
Séli apprécie étonnamment la Carmélide. Bon, d'accord, hormis la sœur de Léodagan qui partage sa verve, les femmes d'ici sont soumises, douces, obéissantes, font la cuisine et la couture. Elle déteste cet aspect de la culture de son futur royaume. Chez les pictes, les femmes sont des guerrières, elles décident, elles sont égales aux hommes. Néanmoins, une fois ceci mis de côté, elle aime sa nouvelle maison. Le roi Goustan fait bâtir un château de pierre pour sa famille et sur les remparts accessibles, elle a une vue imprenable sur les champs qui les entourent. Le charme de la première fois fonctionne toujours : elle est amoureuse de ses grands pans de terre verdoyants et le calme qui règne ici a quelque chose d'apaisant dans le fond.
Son époux, elle le voit assez peu. Elle le retrouve aux repas, le soir pour aller dormir. Ils ne parlent pas vraiment, même s'ils se répondent quand ils se posent des questions. Il tient sa promesse : tant qu'elle ne lui dit pas que c'est bon pour elle, il ne la touche pas. Sauf que cela fait des mois. Elle sait qu'on va parler de lui, d'elle, d'eux. On va le traiter de bande-mou. On va l'accuser, elle, de le tenir éloigné. Cela l'affecte plus qu'elle ne l'aurait souhaité, qu'on se moque de lui. Il n'est pas l'homme rêvé, il est bourré de défauts, quand ils discutent, ils s'engueulent très vite. Mais il la respecte. Par les Dieux, c'est bien la première fois que quelqu'un lui montre autant d'importance. Est-ce parce qu'elle est sa femme ? Sans doute. En attendant, il lui arrive régulièrement de lui demander son opinion, il suggère à son père d'écouter sa bru et peu à peu, grâce à lui, elle intègre la sphère politique. Ne doit-elle pas, en retour, préserver son honneur ?
-On devrait mettre en route l'héritier. Déclare-t-elle un soir
-Vous êtes sûre ?
Elle ne peut pas le blâmer d'être étonné.
-J'ai pas envie qu'on se foute de notre gueule.
-Notre gueule ?
-Bah oui, la nôtre, pas la mienne et celle du porcher !
-Toujours aussi aimable.
-Pardon de vouloir vous éviter des ragots.
-Je vous l'ai dit, les colporteurs, je les défonce.
Pourtant, ce soir-là, ils ne font qu'un. Il n'est pas très délicat mais il essaye de ne pas lui faire de mal non plus.
Et de toute façon, le sexe trop doux, Séli n'aime pas ça, donc c'est réglé.
Quand elle lui annonce sa grossesse, la première réaction de Léodagan, cela a été de demander à tout le monde de sortir. Quand il n'y a plus qu'eux deux, il lui demande si elle est bien sûre d'elle.
-Il me semble que les femmes s'y connaissent mieux que les hommes, à ce niveau-là.
C'est la première fois qu'elle le voit sourire. Un vrai sourire, sincère, pas celui forcé qui lui déforme les traits. Non, là, son visage s'illumine, ses yeux pétillent de joie. Il est comme un enfant à qui on fait le plus beau des cadeaux. La jeune femme n'aurait jamais cru voir ça chez lui, bien plus connu pour sa soif de sang, sa brutalité. Il se rapproche d'elle, pose une main surprenamment précautionneuse sur son ventre qui commence à poindre et il s'autorise sa première tendresse : il l'enlace.
Séli est rassurée sur un point :
Leur bébé sera élevé par des parents qui, à défaut de s'aimer, l'aimeront autant l'un que l'autre.
-Ca vous fait mal quand il tape ?
Le bébé est un petit être très actif qui bouge beaucoup et qui a souvent le hoquet. Léodagan voit la forme d'un pied, d'un poing, sous la peau tendue du ventre. Sa question est aussi touchante que légitime.
-C'est pas hyper confortable. Mais non, ça ne fait pas mal.
-Vous faites quoi là ? S'inquiète-t-il quand elle lui prend la main
Séli la pose sur le rebondi de sa robe de nuit. L'héritier tape.
-Il a votre caractère. Plaisante-t-il
-Et s'il a votre amour de la guerre, on est mal barrés !
C'est la première fois qu'ils rient ensemble d'aussi bon cœur.
C'est une fille.
L'accouchement a été long. Les premiers mettent toujours plus longtemps, après tout, le corps n'est pas habitué. Les prochains iront peut-être plus vite. Cependant, malgré un travail de plus de cinquante heures, la délivrance a été aisée, il n'y a aucune complication et la mère comme le nourrisson sont en bonne santé. Il y a de quoi réjouir tout le monde…
Sauf que c'est une fille.
Goustan l'a surprise, semblant content de la nouvelle, restant pragmatique pour cacher son bonheur d'avoir une descendance :
-Le prochain, ça sera un garçon. La petite, elle vous entraînera à être parents. Et puis, elle montre que vous pouvez en avoir, tous les deux, des enfants.
La cour, elle, raille ouvertement pour une fois. Déjà que Séli n'était pas le genre d'épouse qu'il fallait pour un guerrier de Carmélide, encore moins pour leur futur roi, voilà qu'elle n'était pas fichue de mettre au monde un fils, à la place, c'est une chieuse qui coûtera cher en dot !
L'une des sages-femmes ose le dire un peu trop fort. L'accouchée ne dit rien, trop épuisée, même si les paroles la giflent en plein visage. C'est là qu'elle voit les joues de Léodagan s'empourprer alors qu'il revient et qu'il découvre leur petite pour la première fois. Ses yeux, eux, sont d'un noir où bat une tempête qui est sur le point d'éclater.
-Alors, vous allez fermer vos gueules et ouvrir vos esgourdes ! D'où vous parlez ainsi de MA femme ?! De MA fille ?! DE VOTRE FUTURE REINE ! Personne ! Personne n'a le droit de parler à DAME Séli ainsi !
Le cœur de la nouvelle mère se met à battre plus fort. Elle ne lui a rien demandé mais le fait qu'il la défende ainsi la touche profondément. Plus elle y pense, plus elle se rend compte qu'elle a fini par s'attacher à lui. Oui, son mari a un caractère de merde, il l'exaspère très souvent… Sauf qu'elle ne voit plus une vie sans lui. Il est un casse-couille, oui. Néanmoins, il est le sien. Elle ne sait pas si c'est de l'amour, elle n'est pas assez fleur bleue pour se projeter dans une idée grandiloquente de la romance comme dans les histoires d'amour courtois. Cependant, elle le respecte, elle l'estime et oui, elle le chérit, elle a une vraie affection pour lui. C'est bien assez et avec leur départ commun, c'était pas gagné…
-Dégagez-moi ça ! Ordonne-t-il à ses gardes. Une semaine au cachot, ça leur fera les pieds !
-Vous ne les envoyez pas au billot, Seigneur Léodagan ? S'étonne un soldat
-Qu'elles considèrent ça comme une grâce que je leur octroie en l'honneur de la naissance de ma fille.
Les dames s'en vont, malmenées et bougonnantes. Le prince s'assoit sur le bord du lit, ses doigts calleux caressant le duvet fin de leur bébé.
-Je suis désolée. C'est une fille.
Pourtant, Séli sourit.
-J'ai rien contre les filles. Répond-il. Et encore moins contre la mienne. Je peux ?
Il la prend délicatement contre lui. Le petit poing de la nouvelle-née attrape fermement l'index paternel. Ca y est, il l'aime déjà.
-Ca vous emmerde si on l'appelle Guenièvre ?
Le nom de sa mère, morte lors d'une fausse-couche alors qu'il était sur le point de devenir un adolescent.
-Elle a une tête de Guenièvre.
Le jour où ils deviennent parents est aussi le jour où Léodagan l'embrasse pour la première fois sur les lèvres sans que ce ne soit que pour les affaires de la chambre. Et elle sent, à travers cette étreinte que ce qu'elle peut éprouver, il l'éprouve aussi.
-Le prochain sera un garçon.
-Pas trop vite quand même… Je veux apprendre à connaître ma fille avant de me lancer dans l'aventure d'un fils.
FIN
