hello!

OUI, ce sont les personnages de TGAA mais comme il n'y a pas de catégories et que je n'ai pas le temps d'attendre qu'ils en rajoutent une, je triche un peu. De toute façon cet OS est écrit pensé réalisé construit pour la seule et unique personne qui va le lire, j'ai bien sûr nommé LIUANNES! JOYEUX ANNIVERSAIRE COPINE c'est un petit truc sans prétention qui fait pas vraiment sens plotwise mais qui présente surtout les personnages que tu voulais voir, et tu remarqueras mon effort intense de pas en faire du VZ/Herlock.

Cet OS est entièrement sponsorisé par les OST de Persona 5 ainsi que par Aeliheart974 qui l'a gracieusement relu. D'ailleurs stay tuned pour son cadeau à elle qui va être incroyable !

J'espère que ça te plaira, bonne lecture !


Zéro verre sur six

(au cinéma)

...

Ryuunosuke s'arrêta à proximité des deux grandes portes décorées d'une multitude d'affiches de films, les mains dans les poches pour cacher ses poings serrés. Devant le cinéma, Kazuma regardait l'écran de son téléphone les sourcils froncés, ce qui pouvait vouloir dire deux choses : ou bien il tentait de comprendre pourquoi son message écrit par commande vocale comportait des fautes, ou bien il réfléchissait à la meilleure combinaison possible sur Candy Crush.

Toute tentative de retraite était maintenant impossible : le cinéma se trouvait dans un centre commercial et déjà, une multitude de famille emmitouflées dans des vestes qui faisaient un bruit de sac poubelle à chaque mouvement avaient envahi son environnement.

Il s'approcha de Kazuma à reculons et fit semblant de ne pas voir, en format taille d'éléphant derrière lui, la grande affiche aux contours éclaboussés de peinture rouge et présentant un homme masqué portant une quelconque arme de destruction massive et douloureuse.

— Ah, Ryuunosuke, l'accueillit Kazuma en rangeant vivement son téléphone dans la poche de sa longue veste.

Candy Crush, donc.

Son ami ne mit pas longtemps à remarquer son trouble.

— Allons, reprit-il, on ne va quand même pas en faire tout un pataquès. Ce serait chercher midi à quatorze heures que de tergiverser cent sept ans. Tu sais très bien quelle est la contrepartie si tu montes sur tes grands chevaux.

La lecture actuelle de Kazuma était Cent-trois expressions pour ponctuer votre discours. Ryuunosuke haussa les épaules, ce qui fit encore plus froncer les sourcils son ami. Ils se rejoignaient presque maintenant, barreau unique de la prison dans laquelle Ryuu était sur le point de se rendre.

— Oui. Il faut que je le fasse. Il en va de mon honneur.

— Exactement, acquiesça furieusement Kazuma en passant un bras autour de ses épaules, cognant la tête de Ryuu contre son menton.

Ce dernier se laissa guider jusqu'au guichet du cinéma. Kazuma avait changé de parfum.

Il avait parfois du mal avec les quelques gestes que ce dernier pouvait avoir envers lui, mais depuis qu'il avait compris d'où venait son trouble – ou plutôt, depuis qu'Iris l'avait espionné lorsqu'il en avait parlé à Herlock et lui avait ensuite envoyé une lettre pleine de recommandations diverses et variés sur les Arts Du Mariage–, il était plus facile de prétendre qu'il ne se passait rien.

Kazuma n'était pas comme ça, Kazuma ne supprimait rien et affrontait tout en face à face. Il prenait le taureau par les cornes et voilà que Ryuunosuke se mettait lui aussi à employer des expressions.

— Je vois bien que ça te rend malade, annonça Kazuma lorsqu'ils entrèrent dans la salle, mais ne t'en fais pas. Tu pourras toujours utiliser mon chapeau pour te cacher les yeux.

Ryuunosuke l'observa un instant.

— Tu n'as pas de chapeau, Kazuma.

— C'était une supposition hypothétique.

— C'est pas grave. J'utiliserai mes mains.

— Et mettre un milliard de germes dans tes yeux ? Sûrement pas. Tu pourras utiliser les miennes.

Ryuunosuke s'assit au fond de la salle, le plus près de la porte possible, mais Kazuma le réprimanda d'un regard et lui fit signe de le suivre jusqu'au troisième rang. Il avait l'estomac tordu dans tous les sens, mais ne pouvait dire si c'était l'épouvante à venir ou la facilité déconcertante qu'avait Kazuma à toujours avoir une longueur d'avance sur lui.

— Les tiennes sont propres ?

— Bien sûr. Depuis que j'ai lu Cent-trois façons de vous débarrasser des germes au quotidien, je n'ai jamais été aussi propre. Cette série est vraiment édifiante.

Ryuunosuke lui tendit un sourire alors que Kazuma se mit à énumérer tous ceux qu'il lui restait à lire (Cent-trois façons de charmer vos beaux-parents, Cents-trois façons d'écouter de la musique, Cents-trois façons de gagner une dispute…). Il s'accrocha à son discours en évitant de commenter sur tous les titres, sans quoi sa tentative de diversion allait éclater au grand jour, et puis le film commença. Malheureusement, Kazuma ne poursuivit pas et le laissa se noyer dans les yeux terribles du protagoniste, un meurtrier à la hache automatique – un mélange entre une tronçonneuse et une pelleteuse étrange.

Des bruits de massacre animalier les accompagnèrent durant toute la séance. Chaque minute était un martyr duquel il ne pouvait se détourner, et ses phalanges étaient blanches de s'accrocher ainsi aux bras de son siège. Kazuma tourna de temps en temps la tête dans sa direction, mais ne fit aucun commentaire.

Les lumières se rallumèrent enfin et Ryuunosuke garda un long soupir bien enfermé derrière ses lèvres. Kazuma n'avait fait aucun mouvement pour rassembler ses affaires, et il laissa lui aussi reposer ses mains sur les accoudoirs.

Ce ne fut qu'une fois le dernier nom de la dernière partie du générique du dernier sponsor de la dernière seconde passé que Kazuma fit claquer ses mains contre ses cuisses.

— Allons-y.

Ils sortirent et retrouvèrent les familles empaquetées les unes sur les autres.

— C'était bien, dit Ryuunosuke.

— Tu n'es pas obligé de mentir ainsi.

— Tu sais très bien que c'était horrible. Mais au moins, je l'ai fait, et maintenant Herlock me doit une brique de jus de fruit et sept verres de vin.

Une main ferme atterrit sur son épaule.

— Tu as raison. Tu t'es bien battu, affirma Kazuma comme s'il venait de terrasser au moins quatre ennemis armés jusqu'aux dents. Bien sûr, je n'ai jamais douté de toi.

Il n'avait jamais été avare en compliments, mais la sensation, les mots, la chaleur de sa voix, tout se transforma en vague tempêtueuse dans l'estomac de Ryuu qui la contint du mieux qu'il put en serrant les poings. Peut-être que son estomac allait se mettre à gargouiller s'il ne se crispait pas assez, peut-être que tout ce qu'il ressentait pouvait soudain lui échapper et s'échapper et peindre les murs de plein de mots qu'il n'oserait jamais dire.

— Merci, souffla-t-il.

– Allons réclamer ton dû ! s'écria Kazuma en faisant se retourner quelques têtes.

Victorieux, peut-être trop pour ce qu'il venait d'accomplir, Ryuunosuke hocha vivement la tête.

...

Trois verres sur six

(chez Herlock)

...

Herlock avait déménagé au moins sept fois en six mois, et personne ne savait vraiment pourquoi. Kazuma pensait qu'il tentait d'échapper aux lettres de demande de remboursement de la CAF, Iris de se débarrasser d'un stalker, et Ryuunosuke pensait qu'il évitait les réprimandes pour un incendie sur les poubelles du quartier ou d'avoir à appeler le dératiseur.

Son nouvel appartement était constitué de deux chambres, mais il n'en utilisait qu'une, laissant traîner au milieu de la deuxième un lit à peine solide pour les fois où Van Zieks viendrait passer du temps chez lui – du moins c'était ce qu'il disait, et ce que ceux qui l'entendaient faisaient semblant de croire.

— Tu pourrais le traiter mieux que ça, gronda un peu Ryuu lorsque Herlock lui présenta la pièce. Il te rend service avec Iris quand même.

Herlock haussa vaguement les épaules et fit glisser un verre de vin dans sa direction, le premier d'une longue série. A côté de lui, Kazuma hocha vivement la tête.

— Remercie le serpent et il te piquera le bras, affirma leur hôte d'un air conspirateur.

Ryuu savait de source sûre – Iris – que l'homme n'avait pas lu le livre maudit que Kazuma était en train de parcourir, et que c'était juste sa manière habituelle d'être.

— Ça n'a rien à voir, dit-il en fronçant les sourcils.

— Au contraire, mon cher Ryuu-

Herlock et Kazuma avaient tous les deux parlé en même temps. Ils échangèrent un regard indéchiffrable et Kazuma reprit le premier :

— Faisons un concours.

Il chercha dans sa poche et ne trouva rien de mieux qu'un vieux mouchoir à lancer vers son futur adversaire. Herlock s'en saisit solennellement, respectant les règles anciennes du duel. Déjà, Ryuu avait levé les yeux au ciel en sirotant son breuvage qu'il avait bien mérité.

Il savait que tenter de les arrêter ne servait à rien, alors il se contenta de s'installer plus confortablement dans sa chaise en laissant ses yeux se balader entre les deux. Herlock portait son expression préférée, celle qu'il avait parfois quand il faisait des découvertes étonnamment judicieuses. Il était soudain plein d'une malice qui se reflétait mal sur le sérieux de Kazuma. Ryuu voyait bien que son ami aurait déjà tiré son sabre si la police ne lui avait déjà pas mis quatre avertissements pour port d'arme blanche en lieu public.

— Quelles sont tes modalités ? demanda Herlock.

Kazuma pointa la bouteille du doigt et son vis-à-vis acquiesça comme si le geste ne soulevait pas plus de questions.

— Ryuu, toi aussi, affirma son ami.

Le concerné secoua doucement la tête, mais Kazuma posa un instant sa main sur la sienne et son refus mourut dans sa gorge. Il pourrait toujours faire semblant : Kazuma serait trop préoccupé par la performance de Herlock pour s'en soucier.

Parfois, quand il se sentait d'humeur rêveuse et que Kazuma dormait à quelques pas de lui, ou quand ses doigts traînaient plus longtemps que nécessaire sur les siens et qu'il était persuadé de ne pas l'avoir rêvé, il se demandait comment ce serait – de dire un peu ce qu'il avait sur le cœur.


Iris avait fini par rejoindre Ryuunosuke une fois leur affrontement terminé – une partie de Uno qui, pour une fois, ne dégénéra pas – comme si elle était biologiquement réglée pour toujours arriver au bon moment. Elle s'assit à côté de lui après s'être servi un jus de pomme et regarda l'heure.

— Tu as regardé le film ?

Ryuunosuke dont la fierté n'était pas descendue depuis tout à l'heure hocha vivement la tête.

— Est-ce qu'il t'a plu ?

— Beaucoup.

— Tu n'es pas obligé de mentir.

Comment tous ces gens en dehors de Kazuma était-il parvenus à intégrer sa peur bleue des films d'horreur restait un mystère, mais il supposait que son ami pouvait avoir la langue bien pendue – et puis il se souvint aussi que c'était une terrible idée de penser à sa langue.

Il fixa le jus de pomme d'Iris pour reprendre ses moyens rapidement et hocha la tête.

— C'était nul. Mais maintenant c'est fait. J'attends mes verres de vin.

— Tu vas tout boire d'un coup ?

— J'imagine. Si vous déménagez encore une fois, je pense qu'Herlock tentera de me faire oublier que j'ai gagné.

Elle hocha la tête.

— Tu as raison.

Elle tourna ensuite les yeux vers son père, affalé sur le canapé et la tête couverte de son paquet de carte de Uno, qui tentait de se remettre de sa défaite. Sur le sol, à ses pieds, Kazuma avait repris son téléphone.

Ryu se pencha en avant pour tenter d'apercevoir ce qu'il faisait, mais constata son impolitesse et se redressa.

Iris s'apprêta à faire un commentaire quand quelqu'un ouvrit la porte. Ryuunosuke fronça les sourcils : ils n'attendaient personne d'autre (à moins qu'Herlock ait promis du vin à tort et à travers, ce qui n'était pas impossible).

Un homme d'une vingtaine d'année plus vieux que lui s'annonça et presque immédiatement, Herlock se leva d'un bond du canapé pour prendre sa main dans la sienne et la serrer bien trop affectueusement.

— Je suis content de te voir ! dit-il avant d'essayer de poursuivre, mais déjà Kazuma l'avait rattrapé et tendit lui aussi sa main à l'homme devant lui.

— Enchanté, dit-il, je suis Kazuma, l'ami de Ryuunosuke qui est lui-même l'ami d'Iris qui est elle-même la colocataire d'Herlock. Vous devez être l'incroyable Barok Van Zieks dont je loue les bienfaits depuis des années. Enchanté de faire votre connaissance.

Lorsqu'il le disait, et peut-être aussi parce qu'il l'avait dit deux fois, il paraissait sincèrement enchanté. L'homme lui offrit un léger sourire et inclina un peu la tête, faisant glisser le dessus gris de ses cheveux sur le côté. Il paraissait demander des explications à Herlock qui ne tarda pas à réagir :

— Ah oui, oui, Barok Van Zieks, mon cher ami que j'ai invité pour boire du vin à notre table.

Ryuunosuke esquissa un sourire. Van Zieks était moins grand qu'il l'avait imaginé, et portait des vêtements traditionnels plutôt que son habit de procureur terrifiant qu'Iris lui avait une fois décrit.

Il le rejoignit et lui tendit la main à son tour.

– Enchanté, je suis Ryuunosuke. Nous avons beaucoup entendu parler de vous.

Herlock se rapprocha de lui simplement pour lui asséner un coup de coude dans les côtes, mais Ryuu ne perdit pas son sourire.

— Enchanté, dit à son tour le baron, et sa voix elle aussi paraissait moins intimidante que ce que Ryuunosuke avait imaginé.

— J'espère que vous n'êtes pas trop déçu d'habiter une telle chambre lorsque vous venez ici, poursuivit Kazuma sans prendre garde aux autres conversations qui auraient pu naître.

— Ma chambre ? demanda le baron en se tournant à nouveau vers Herlock.

Ce dernier hocha vivement la tête.

— Parfaitement. Ta chambre. Dans mon appartement. Ta chambre, dans mon appartement, à toi, le baron Barok Van Zieks. Tu fais encore semblant d'oublier ? Je t'ai déjà dit que ça ne me fait pas rire.

Van Zieks haussa un sourcil et secoua doucement la tête.

— Il faudrait que tu me rafraîchisses la mémoire, mon ami.

Herlock lança un coup d'œil à la petite assemblée autour de lui et s'excusa d'un haussement d'épaule avant d'attraper le poignet du baron pour le guider jusqu'à la chambre.

Une série de chuchotements s'ensuivit, mais Ryuunosuke ne put rien en tirer.

Les trois restants se regardèrent un instant sans savoir quoi dire, même si Iris portait un large sourire qu'il ne parvint pas à interpréter, et puis Kazuma soupira.

— Bon, on va pas tergiverser cent-sept ans, ni en faire tout un fromage. Qui veut du vin ?

Iris hocha la tête et sortit des verres. Ils s'installèrent tous les trois autour de la table ronde au milieu du salon, une fois que Kazuma ait un peu fouillé dans le réfrigérateur.

— Il me semblait avoir lu que le baron était particulièrement friand de vin. Peut-être devrions-nous l'inviter ? demanda Ryuu.

— Non, dit Iris, j'ai l'impression qu'ils ont des choses à discuter.

— C'est parce que Herlock le presse comme un citron, c'est ça ?

Kazuma continua de s'indigner dans sa barbe tout en servant deux verres de vin.

Ryuunosuke s'empara du sien, le fit tourner doucement et le respira comme ils le faisaient dans les films. Il le tendit à Iris pour qu'elle fasse de même. Elle mit son nez au-dessus du verre et inspira grossièrement, et Kazuma la regarda comme il regarderait un martien lui expliquer les principes basiques des mathématiques spatiales.

— Tu n'es pas sorti de la cuisse de Jupiter ma pauvre.

Iris haussa les épaules.

— Toi non plus. D'ailleurs je ne suis pas sûre que tu l'aies correctement utilisée, celle-là.

Kazuma fronça les sourcils et, avant qu'il ne s'embarque dans un nouveau lavage d'honneur, Ryuu goûta le vin.

Il grimaça d'abord avant de s'habituer au goût un peu âcre, et puis hocha doucement la tête.

— Je dois dire que ce n'est pas mauvais du tout.

— Qu'est-ce qui n'est pas mauvais du tout ? demanda Herlock en sortant de la chambre attribuée soi-disant à Van Zieks.

— Le vin, répondit Kazuma.

Et puis, Herlock posa ses mains sur les épaules du baron qui sortit à sa suite pour le placer juste devant la table avant de se mettre à côté de lui.

— J'ai quelque chose à vous dire.

Ryuu jeta un coup d'œil à Iris qui riait sous sa cape.

— Je peux ? demanda le baron. Je ne suis en aucun cas Barok Van Zieks, au regret de vous décevoir. Mon nom est Yujin Mikotoba, et je suis un docteur qui travaille conjointement avec Herlock dernièrement.

— Conjoint ?

— Conjointement.

Kazuma s'affala un peu plus sur sa chaise en grimaçant.

— Où est le baron alors ?

— Il ne vient plus, dit Herlock.

— Parce que tu sors avec un vieil homme maintenant ?

Ryuunosuke voulut s'enterrer six pieds sous terre et peut-être l'enterrer lui aussi, mais à sa plus grande surprise, Mikotoba éclata de rire.

— Herlock n'est pas tout jeune non plus.

— Alors ce vin ? dit plutôt ce dernier.

— Il n'est pas mauvais du tout, répéta Ryuu.

Mikotoba et Herlock firent glisser des chaises supplémentaires et ils se retrouvèrent à cinq autour de la table. Ryuunosuke fut doucement pressé contre Kazuma pour laisser de la place, et termina son verre de vin d'une traite.

— Un peu de tenue, lui murmura Kazuma.

Il lui tendit un léger sourire avant d'être resservi par Iris. Un sur six.

— Comment est-ce que je pourrai rencontrer Van Zieks ? reprit son ami en direction de Herlock.

Ce dernier haussa les épaules.

— Tu sais que petit à petit, l'oiseau fait son nid.

Ryuunosuke fronça les sourcils.

— Je n'ai pas compris.

Herlock fit simplement un mouvement de sourcil avant de servir du vin à Mikotoba et lui.

— N'oublie pas que tu lui dois six verres, dit Iris.

— Tu devrais les boire plus vite alors.

Kazuma secoua la tête.

— Je ne veux pas avoir à le ramener endormi, dit-il alors qu'il parlait lui-même déjà un peu plus fort.

Il échangea un long regard avec Herlock et si Ryuu n'avait pas été aussi focalisé sur la façon dont son souffle atterrissait dans ses cheveux maintenant qu'ils étaient aussi proches, il aurait peut-être pu empêcher la catastrophe à venir.


C'était au tour de Kazuma d'être affalé sur le canapé, un verre de vin à peine rempli se balançant dangereusement entre ses doigts.

Ryuunosuke n'en avait bu que trois avant de sentir que c'était assez pour aujourd'hui et promis de revenir très vite pour les trois autres. Il fallait maintenant rentrer chez lui, et rentrer Kazuma.

— Tu aurais pu être indulgent, dit Mikotoba en direction de Herlock.

Ils n'avaient pas beaucoup discuté, ou peut-être que le docteur n'avait tout simplement pas dit grand-chose, mais ses rares interventions avaient toujours été pertinentes. Ryuu était persuadé qu'il le préférait à Van Zieks, même en n'ayant pas rencontré ce dernier. Ce qui était certain en revanche restait la façon dont les yeux de Herlock s'allumaient à chaque fois que tous les deux échangeaient un regard, et Iris l'avait bien compris elle aussi. Peut-être que lorsque lui-même regardait Kazuma, il y avait un peu de ça aussi.

Iris, qui avait disparu de son champ de vision pour aller fouiller dans le bureau de Herlock, était revenu avec un livre entre les mains. Elle le tendit à Ryuunosuke.

— Tu pourras lui donner ça de ma part, lorsqu'il ira mieux.

Ryuu grimaça un peu.

— Tu n'as pas peur que ça le vexe ?

— J'espère au moins que ça le fera réfléchir.

Il hocha la tête et rangea le livre Cent-trois façons d'arrêter d'être bizarrement compétitif avec une personne que l'on déteste – et comment cela peut être relié à l'idée commune que l'on se fait d'un « crush » dans sa veste.

— Il a l'air différent des autres de la série.

Iris hocha doucement la tête.

— C'est la dernière édition.

Ryuu fit un geste compréhensif avant de contourner le canapé pour rejoindre Kazuma. Il mit son verre à distance et attrapa son bras pour le passer autour de ses épaules.

— J'ai perdu, murmura-t-il. J'AI PERDU !

— Ce n'est pas grave. Tu devrais arrêter de t'engager dans des paris que tu ne peux tenir. Surtout lorsqu'il s'agit d'alcool.

Kazuma reprit possession de son bras pour tirer sur le col de Ryuu, rapprochant soudain leurs visages. Il avait la mauvaise haleine de l'alcool mais quelque part dans son geste, un effluve de son parfum de ce matin s'installa contre sa peau.

Il murmura en posant son front contre le sien :

— Tu es toujours de très bon conseil, Ryuunosuke.

Embarrassé d'être l'objet de son affection publique et sentant sur lui les regards perçants des trois individus de l'autre côté du salon, Ryuu ne lui rétorqua pas qu'il ferait mieux de les appliquer plus souvent s'il pensait vraiment ce qu'il disait et recula doucement pour l'aider à se lever.

Ils clopinèrent jusqu'à la porte et Mikotoba murmura quelque chose à l'oreille de Herlock, qui secoua vivement la tête en lui attrapant le bras, avant de dire :

— Laissez-moi vous ramener.

...

Cinq verres sur six

(en terrasse)

...

Kazuma alla se rasseoir sur son canapé dès qu'il eut ouvert, et Ryuunosuke le rejoignit après avoir enlevé ses chaussures. Il se pencha sur ce qu'il était en train de lire et fronça les sourcils.

Cent-trois façons de tuer un ours, et il semblait l'avoir commencé à l'instant.

— Tu fais semblant de lire ?

— Qu'est-ce que tu racontes ?

Ryuu haussa les épaules et fouilla un instant dans sa veste.

— Je suis venu te ramener ça. Iris me l'a donné la semaine dernière. Je voulais venir plus tôt, mais-

— Tu n'as pas besoin de te justifier, dit Kazuma un peu plus doucement que la normale.

Il posa le livre qu'il tenait pour s'emparer de celui que Ryuunosuke lui présenta et fronça les sourcils.

— Ce titre m'a l'air bien farfelu. Tu es sûr que c'est de la même série ?

— C'est ce qu'elle m'a dit.

— Tu devrais te méfier de cette petite arnaqueuse.

— Tu dis juste ça parce qu'elle t'a battu aux échecs deux fois.

— Une fois, rétorqua Kazuma en le fusillant du regard.

Impassible, Ryuunosuke lui tendit un sourire et l'observa tout de même délicatement déposer le livre sur sa table basse.

— Je sais qu'elle t'apprécie particulièrement.

— Ce n'est pas réciproque.

— C'est toi qui mens, cette fois.

Kazuma ne répondit pas et reprit possession du livre à côté de lui, l'ignorant tout simplement.

— Herlock a proposé de nous voir tout à l'heure, au café. Il a dit qu'il ramène une autre bouteille. Qu'en penses-tu ?

— Tu n'es pas trop occupé ?

Kazuma avait tenté de maintenir sa voix le plus stable possible, mais Ryuunosuke l'entendit quand même. Il se racla un peu la gorge.

Si lui était un individu en qui on lisait comme dans un livre ouvert, Kazuma était plutôt un guide touristique qui se prétendait clair mais qui n'avait aucune information imprimée sur ses pages. Il fallait creuser et se salir les mains dans les recoins de son esprit pour espérer en tirer quelque chose sur son individualité, alors que lui de son côté déblatérait tout un tas de choses contradictoires à longueur de journée. Il fallait prendre ce qui sortait de sa bouche (sa bouche, encore) avec des pincettes et pas trop près du cœur, sans quoi un rien pouvait devenir blessant.

Et alors que Ryuunosuke pensait enfin apercevoir les premières lignes de son document, voilà qu'elles s'effaçaient. Il ne pouvait négliger la possible influence qu'il avait sur lui, puisqu'ils passaient la plupart de leur temps ensemble, mais il ne pouvait pas non plus le traiter comme l'une des affaires dont il s'occupait parfois avec Herlock.

Il ne pouvait pas enquêter ici, il fallait qu'il demande.

— Tu es fâché ?

Kazuma haussa les épaules. Peut-être parce que ça ne lui ressemblait pas et qu'il ne savait pas quoi en faire.

— Je te retrouverai plus tard, au café.

Ryuunosuke hésita un instant mais comprit que son insistance ne ferait que soulever des éléments dont aucun des deux ne voulait parler maintenant, et il hocha doucement la tête.

— Bonne lecture.

Kazuma lui lança un dernier sourire qu'il aperçut à peine et puis il quitta son appartement.


Le café était celui auquel ils se retrouvaient constamment. Ils y parlaient d'affaires en cours, d'Iris qui n'y venait que rarement, évoquaient leurs dernières lectures ou bien s'échangeaient des regards amusés en écoutant les conversations et les bruits alentour.

Ils s'installaient toujours tous les trois à la même table, au soleil pour Kazuma et à l'ombre pour Ryuunosuke et Herlock. Cette fois-ci cependant, Mikotoba les rejoignit et s'assit à côté du premier.

Une fois qu'ils eurent commandé, Herlock demanda à Kazuma de faire le guet et sortit de son sac une bouteille de vin parfaitement identique à celle de la semaine précédente. Il en avait déjà tiré le bouchon à moitié et le bruit qu'il fit en s'échappant du goulot n'attira heureusement l'attention que de leurs proches voisins.

Ryuunosuke se dépêcha de finir sa menthe à l'eau pour que lui soit servi son quatrième verre de vin.

— Tu te rends compte que ce que tu fais est blasphématoire ? lui demanda Herlock alors qu'il entama son vin dans son verre à jus de fruit.

— Oui, blasphématoire Ryuunosuke, renchérit Kazuma.

L'interpellé échangea un regard avec Mikotoba, et ne s'arrêta pas de boire pour autant.

— Où est-ce que tu as trouvé ce vin, Her' ? Qu'est-ce qu'il a de si spécial ? demanda finalement le médecin.

Ryuu et Kazuma échangèrent un regard à l'entente du surnom et les rougeurs d'Herlock leur parurent presque surréalistes lorsque ce dernier répondit.

— C'est un secret.

Mikotoba lui tendit un sourire bien trop attendri. Kazuma fit une grimace et Ryuunosuke lui asséna un léger coup dans la jambe. Il garda la sienne à proximité ensuite, l'effleurant à chaque mouvement de la part de l'un ou de l'autre.

— Il l'a sûrement acheté à la supérette en bas de chez lui, marmonna Kazuma finalement.

— Je demanderai à Iris.

— Elle n'en sait rien. C'est un vrai secret.

— Tu es incapable de garder un secret.

Ce fut au tour de Kazuma de lui asséner un léger coup. Herlock fronça les sourcils dans sa direction.

— Ce n'est pas vrai. Aucun de vous deux ne savait que je fréquente Mikotoba maintenant que Van Zieks est parti.

Ryuunosuke haussa un sourcil en direction de Mikotoba qui agita simplement la main pour dire que ce n'était pas très grave si c'était formulé comme ça, et que lui comprenait au moins ce que ça signifiait. Du moins, ce fut ce que Ryuu comprit de ce vague signe du poignet.

— Où est-ce qu'il est allé ? Comment je pourrais le rencontrer ?

Herlock leva les yeux au ciel.

— Tu n'en as pas marre d'être redondant Kazuma ? Ils devraient écrire un livre rien que pour toi qui s'intitulerait Cent-trois façons de ne pas être redondant.

— Tu pousses le bouchon un peu loin, là.

Ryuunosuke approuva d'un geste.

— Ce n'est pas grave de raconter plusieurs fois la même histoire ou de poser plusieurs fois la même question. Surtout que tu n'es pas connu pour répondre.

Kazuma l'appuya d'un hochement vigoureux de tête.

— Il est au Brésil, finit par dire Herlock.

Si on lui avait arraché de la bouche, il l'aurait dit exactement de la même façon.

— Tout s'explique alors. Tu es avec Mikotoba en attendant qu'il revienne.

L'interpellé s'étouffa un peu sur son jus de fruit, et Ryuunosuke reposa le verre de vin qu'il était en train de porter à ses lèvres.

— N'importe quoi, rétorqua Herlock avant qu'aucun des deux ne puisse dire quoi que ce soit. Je suis avec Mikotoba certainement pour toujours, et c'est bien mieux comme ça.

Kazuma souleva un sourcil dubitatif et Ryuunosuke se dépêcha de finir son vin d'une traite avant qu'il ne redise une bêtise aussi grosse qu'un camion.

Cela eut au moins pour effet d'attirer l'attention sur lui.

— Ryuunosuke ne sait même pas comment boire du vin. Il y a des affaires plus urgentes à gérer, Kazuma.

Etrangement, Kazuma se contenta de hocher la tête et resservit Ryuunosuke.

Ils entreprirent alors tous les deux de lui apprendre à boire son verre convenablement. Il aurait voulu être avec Iris et renifler l'arôme du liquide sans se draper de prétention, mais le sort en avait décidé autrement.

Et puis il valait mieux qu'il discute de la meilleure théorie œnologique sur la consommation de vin que de la vie amoureuse de Herlock.

...

Sixième verre sur six

(chez Ryuunosuke)

...

Kazuma entra sans s'annoncer et marcha d'un pas décidé jusqu'à la cuisine, où Ryuunosuke était en train de prendre son dernier thé de la journée. Il évitait parce-que le breuvage menaçait souvent de le tenir éveillé, mais Herlock l'avait lancé sur une nouvelle affaire aujourd'hui même et il avait justement besoin de s'accrocher à encore quelques heures conscientes.

Ces heures qu'il allait apparemment devoir allouer à Kazuma. Non pas que ça le gêne, bien sûr. Au contraire, même, il l'avait encore une fois à peine vu de la semaine. Pour une fois, ce n'était pas de sa faute.

— J'ai terminé, annonça Kazuma en claquant un livre sur la table.

Ryuu fronça les sourcils. Il s'agissait du livre qu'Iris lui avait chargé de remettre.

— Alors, qu'en as-tu pensé ?

Kazuma fronça les sourcils et ouvrit le livre à la dernière page, l'agitant avec véhémence sous le nez de Ryuu.

Il parvint malgré tout à déchiffrer le nom de l'auteure, écrit en petit italique en bas de la page : Iris Wilson.

— Tiens, c'est étrange.

— Ce n'est pas étrange, rétorqua Kazuma, c'est calculé. Tu ne vois pas ? J'ai joué son jeu pile dans sa paume. Elle a tiré les cheveux de ma marionnette.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Que ce livre est véritablement utile, mais qu'elle ne peut en aucun cas le savoir.

Et Ryuunosuke se sentit fier de pouvoir, lui, au moins, le savoir.

— Ah ? Tu as appris alors que cela ne servait à rien de tenir des duels avec Herlock ?

— Tu dis n'importe quoi, bien sûr que c'est utile.

— Qu'est-ce que tu as appris alors ?

Les mots de Kazuma se bloquèrent un peu dans sa gorge, et il fronça les sourcils comme lorsqu'il décidait d'un plan d'action. Au bout de plusieurs secondes de silence, il s'empara du livre pour le feuilleter, connaisseur.

C'était donc cela qui l'avait gardé chez lui toute la semaine – des « recherches approfondies ».

Au bout d'un certain temps supplémentaire, il finit par taper le livre ouvert sur la table, invitant Ryuunosuke à lire le titre de la section.

« Peut-être que ma frustration vient du fait que je ne sais pas reconnaître mon attirance envers la personne juste en face de moi : un quizz à passer.

Consigne : Pense à la personne la plus importante pour toi, et si le nombre de réponses positives est supplémentaire à dix, alors très cher, c'est un « crush » (si nécessaire, revoir définition p.12). »

En examinant la page plus en détails, Ryuunosuke constata que toutes les réponses avaient été cochées positives. Il reposa le livre avec ses mains tremblantes et se tourna vers Kazuma qui semblait attendre quelque chose de sa part.

— A qui est-ce que tu pensais ?

Il n'avait jamais voulu lui dire que parfois il pensait trop fort aux quelques contacts qu'ils avaient ou que lui aussi devait peut-être se référer à la fameuse page douze, mais il n'avait jamais non plus considéré l'éventualité que Kazuma tomberait sous le charme de quelqu'un lui aussi.

— Au début je pensais à Van Zieks, mais je me suis dis qu'un homme dont je n'ai entendu que les légendes ne pouvait rationnellement pas être la personne la plus importante de ma vie. Alors j'ai pensé à toi.

Ryuunosuke mit quelques secondes à intégrer l'information, repassant le mouvement de lèvres rond de Kazuma en boucle, rien que pour s'assurer qu'il ait bien dit toi toi toi, et que ce ne soit pas une hallucination.

— Moi ? demanda-t-il tout de même.

Kazuma hocha la tête.

Ryuunosuke hocha la sienne aussi, en miroir, avant de se rendre compte que c'était à son tour de dire quelque chose.

— Moi aussi, je devrais peut-être me référer à la page douze.

— Tu veux faire le quizz ?

— Je crois que je n'en ai pas besoin.

— Et à qui tu penserais ?

Kazuma le savait. Il faisait semblant de fermer les yeux sur beaucoup de choses, mais ils étaient maintenant grands ouverts, dévorant toute l'expression de Ryuunosuke pour la consumer tout entière.

— Tu sais. Je penserais à toi.

Kazuma hocha la tête comme il le faisait lorsqu'il concluait une affaire agréable, et fit un pas dans sa direction.

Ryuu se leva pour le rejoindre à mi-chemin et le laissa poser ses mains sur ses joues et puis aussi ses lèvres sur les siennes.

Ils restèrent ainsi de longues secondes, jusqu'à ce que Kazuma recule doucement pour reprendre son souffle.

— Tu deviendras le Mikotoba de mon Herlock. J'espère que ça te convient.

Ryuunosuke esquissa un sourire en hochant la tête. Il n'était pas sûr qu'en dehors des marques d'affection romantiques leur relation changerait vraiment, mais c'était peut-être parce qu'ils s'étaient tous les deux installés dans une routine justement peut-être un tantinet amoureuse.


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Merci d'avoir lu !

(OST TGAA)