Le vent se lève et je sens une mèche venir me chatouiller la joue. Le silence suspendu entre nous est paisible, sans gêne ou embarras. Peu importe ce qu'il s'est passé, mon ami reste égal à lui-même. Calme mais passionné, un roc pour ses compagnons pris dans la tourmente.

Des tempêtes, il en a connu sa part, comme nous tous. Mais toutes ces années vécues en paria au sein du Sanctuaire, le nom de son frère foulé dans la boue… Peut-être qu'il est le mieux placé pour comprendre ce que c'est d'être au plus bas. Un petit soupir m'échappe et je laisse ma tête retomber contre la sienne.

Il se fige l'espace d'un instant, je peux presque entendre l'engrenage de ses pensées de mettre en branle à l'intérieur de sa tête. Puis, il se décale légèrement et son bras vient entourer mes épaules.

Je fixe le vide, les lèvres tremblantes. Ça…

Ça m'a tellement manqué. C'est tellement Aiolia, ce réconfort muet, un peu emprunté que ça me ravage le cœur. Il n'y a rien de tendancieux dans son geste. Juste…

Juste sa présence solide, fiable.

Juste lui.

Autant je me débats pour rester à flot entre Kanon et Camus, autant la simplicité de son geste m'ancre dans la réalité.

Je suis vraiment sorti de l'enfer des geôles des Maîtres. Avec Kanon, on s'en est vraiment sorti. Je réalise seulement maintenant.

— T'es vivant, murmure-t-il doucement dans l'air nocturne.

— Ouais… je réponds sur le même ton.

Et ça suffit.

Le sommeil qui me fuyait me prend en traitre et je finis par m'endormir contre son épaule.