« Moins vite, Sheperd. »

Mina passa sa main dans sa nuque raidie et moite. Le soleil rendait les choses toujours plus complexes : les hautes températures étaient difficiles à gérer, la vision se troublait à cause de la chaleur, les réflexes s'affaiblissaient. Par bien des côtés, c'était comme essayer de réciter la liste des chiffres derrière la virgule de Pi en étant ivre. Autrement dit : très compliqué.

L'homme en armure prit soin de réduire son allure, laissant les deux jeunes gens le rattraper.

Mina s'était habituée à ses deux gardes du corps. Sheperd était le plus âgé, le mieux entraîné et le plus à même d'encadrer ses expéditions. Elle savait que Mercer les avait bien brieffé depuis leur première sortie. La scientifique avait elle-même été largement prise dans des combats pour que ses compétences aient pu être développées. C'était ça ou mourir.

Son regard glissa vers son autre comparse, doté de cette même armure blanche : Dylan. Plus jeune, moins porté sur le règlement, c'était un as de la gâchette, la preuve en était de l'arme confiée par Mercer au garçon, un pistolet douze coups. Mina n'y connaissait rien aux armes à feu, mais elle disposait de l'une d'elle dans un holster sous son blouson. Elle avait dû menacer de s'en aller pour que le Commonwealth accepte de la laisser sortir. La raison était simple : Mina était biologiste, notamment virologue et elle étudiait depuis le début de toute cette épidémie mortelle l'infection qui faisait se relever les morts.

Oh, certes, avant qu'elle ne rejoigne le Commonwealth, elle n'avait guère étudié quoi que ce soit, même si elle avait encore quelques carnets de cette triste époque. De groupe en groupe, la jeune femme avait survécu jusqu'à ce que des soldats en blanches armures tels des chevaliers ne l'amène à leur château civilisé. Là-bas, on avait placé entre ses mains des patients, des appareils sauvés de l'ancienne époque, de quoi étudier tout ce qu'il fallait. Elle n'avait pas été la seule et c'était une chance : cela expliquait pourquoi on lui laissait une certaine liberté. Si elle avait été la seule à travailler sur un remède, elle aurait été telle une princesse enfermée dans une tour d'ivoire, avec des microscopes où elle n'aurait guère pu se piquer le doigt.

Mais même le Commonwealth avait besoin de ressources et elle avait toujours apprécié se dégourdir les jambes. Elle savait ce dont les médecins et autres scientifiques avaient besoin, mais surtout, cela lui permettait de garder pied dans la réalité et de ne pas oublier ce qui se cachait au dehors.

Dans l'ambiance douce du Commonwealth, on pouvait rapidement oublier la menace des morts ou les autres tracas comme la famine, la désolation, les autres groupes menaçant la civilisation. Quand on en venait à se demander si, à la cantine, on allait prendre les pommes de terre ou les brocolis, c'est que le Commonwealth avait réussi à endormir votre inquiétude.

Et Mina refusait cela.

Son instinct de survivante lui dictait que si ses recherches étaient de la plus haute importance, il l'était tout autant de ne pas perdre pied.

Ses chaussures de marche entaillaient sa cheville à l'arrière, un très bon contrepoint à ses pensées éperdues. Peut-être auraient-ils dû prendre les chevaux, finalement. Mais elle avait cru, naïvement, pouvoir tenir la distance. Sheperd les menait comme un bon petit automate. Le soleil leur donnait, à Dylan et lui, des allures de fantômes dans leurs grandes armures blanches - ou de Stormtrooper. La demoiselle eut un petit sourire et étira ses épaules en balançant les bras en l'air au-dessus de sa tête.

« ▬ On y est dans combien de temps, Shep' ?

▬ Je dirais trois ou quatre heures à vue de nez, étant donné notre allure.

▬ Tu sous-entends que je dois me remuer les fesses et aller plus vite ? fit-elle avec une grimace, faisant sourire Dylan.

▬ Au contraire, j'allais te proposer une petite pause. »

Mina comprit qu'il avait remarqué combien la chaleur du midi lui pesait. Elle lui en fût reconnaissante, bien qu'une part d'elle, son égo sans doute, fût piqué. Ils sortirent du sentier de terre et s'éloignèrent, mais soudain, Sheperd leur fit signe de s'abaisser. Dylan sortit aussitôt son arme de poing. Mina se tut, sa propre main sur son couteau. Sheperd approcha d'un buisson et, lentement, écarta les branches : un cadavre, bel et bien mort, prenait le soleil en compagnie d'insectes qui profitaient de son statut de carcasse. Il avait été achevé et n'avait pas eu le temps ni la tristesse de se transformer.

« ▬ C'est étonnant que les zombies ne l'aient pas ...

▬ Regarde mieux, Dyl.

▬ Une balle. »

Mina observa le trou dans l'abdomen, preuve qu'il n'était pas mort de faim mais plutôt pour avoir rencontré la mauvaise personne.

« ▬ On rentre.

▬ Je refuse. On a vraiment besoin de ces médicaments et de ces appareils, Shep.

▬ Est-ce que ça vaut qu'on en meure ?

▬ Je sais pas, est-ce que le remède à toute cette merde vaut un sacrifice ? »

Elle fusilla du regard le soldat ; il retira avec précaution son casque et l'observa avec cet air de réprobation intense qu'il avait à chaque fois qu'elle discutait ses ordres. Le soleil plombait ses cheveux noirs, sa peau tannée, ses traits durs. Shep durcit la bouche, grimace mécontente avant de répondre :

« Une heure. Si on rencontre encore des ennuis d'ici une heure - ou des preuves d'ennuis dans ce genre - on fais demi-tour aussitôt. »

Mina accepta. Ils reprirent la route, mais c'en était fini de l'ambiance douce du début. C'était pour cela qu'elle souhaitait aller dehors quand elle le pouvait. Non pour l'adrénaline, même si c'était très agréable, mais pour garder les pieds dans toute cette merde. Si elle ne se faisait pas un bon bain de réalité, elle oublierait ce que c'était. Ces morts, le danger, les autres humains.

Ils passèrent devant une croix de guingois, mal peinte, entre le gris et le blanc. L'idée d'entrer dans l'église vint de Dylan, très pieu. Shep accepta qu'on se repose, ce qu'ils n'avaient pas fait quand ils l'avaient proposé, auparavant. Ils mourraient de soif et se prémunir du soleil à l'ombre d'un toit leur ferait du bien. Mina savait que leurs armures pesaient et qu'ils devaient être en nage là-dessous. Ils poussèrent les portes du bâtiment religieux avec méfiance, d'autant plus qu'un meuble avait été glissé devant. Sheperd leur indiqua quelques gouttes au sol : le parquet l'avait bu, mais il s'agissait bien de sang. Depuis combien de temps ? Mina inspira lentement tandis que les deux gardes faisaient le tour, observant sous les bancs. Quelqu'un avait-il barricadé l'endroit ?

Mina, pistolet sorti, s'approcha de la porte jusqu'à l'arrière de la salle. Elle s'attendait à y découvrir un simple placard, peut-être des osties ou du vin de messe évaporé depuis belle lurette. Pas un jeune homme pâle comme un linge et de toute évidence évanoui - ou mort. Non, pas mort. Sa poitrine se soulevait, lentement, irrégulièrement. Mais il était vivant.

« Merde, merde, merde. »

Elle n'avait rien de plus intelligent à dire alors qu'elle s'agenouillait rapidement auprès du corps inconscient. Elle chercha un pouls : faible, anormalement fébrile. Il était moite, couvert d'une sueur due à une forte fièvre. Mina ne tarda pas à découvrir pourquoi : autour de lui, une flaque de sang sombre et séché, qui venait d'une blessure au ventre. Elle grimaça en voyant la plaie. Ce n'était pas très beau à voir ; elle hésita puis écarta très doucement les pans du vêtement. L

L'inconnu sursauta dans son inconscience, de douleur sans aucun doute. La peau autour de la blessure était tendue et trop chaude au toucher, l'infection s'y était répandue. Mina douta encore une fois - était-il possible de le sauver ? Allait-il se transformer ? Mais il était encore vivant, encore humain. Elle passa sa paume fraiche sur le front poisseux du jeune homme, ses cheveux chatains collés en mèches éparses par la fièvre. Mina eut pitié de lui.

« ▬ RAS. Mina ?

▬ Aidez-moi. »

Elle avait retiré d'un, geste d'épaule son sac de son dos. Dylan arriva avant Sheperd, il put l'empêcher de dégainer son arme. Les deux gardes observèrent pourtant la jeune femme sortir un peu de matériel médical basique d'un air de reproche.

« ▬ Tu déconnes ? Tu ne vas pas le soigner ?!

▬ Insurge toi comme tu veux, mais je vais le sauver. Ou il mourra alors que j'essaye. Regarde le, merde. Il souffre.

▬ Mais je m'en fous. Ces soins peuvent servir aux nôtres !

▬ Le Commonwealth n'est pas dans le besoin. Lui si. Si ça vous déplaît, assommez-moi et amenez moi loin d'ici, mais vous avez intérêt à ne pas être là à mon réveil.

▬ Merde, Shep, tu sais comme elle est. Un chat blessé ou un animal errant, et elle a besoin de s'en occuper ... Tu fais chier, Mère Thérésa » grogna Dylan alors qu'il l'aider à sortir des gants à peu près propres.

Mina visualisait déjà ce qu'elle devait faire ; le faire sur le sol dans une église sale n'allait guère l'aider mais elle refusait de bouger l'inconnu. Sa blessure suppurait, et si le sang avait cessé de couler, elle était clairement infectée. Elle craignait également de le réveiller si elle le bougeait et il valait mieux qu'il restât immobile et inconscient. Avec des gestes précautionneux, elle fit avec ce qu'elle avait sous la main, regrettant de ne pas être à son cabinet ou son laboratoire. Il fallait tout d'abord libérer la blessure de son infection, puis désinfecter et recoudre, puis s'occuper d'assainir le sang. Aucun organe vital n'avait été touché, il avait eu de la chance, même s'il n'était pas sorti d'affaire.

Elle ne reprit conscience qu'une fois la dernière suture posée. Les gants étaient recouverts de sang. Elle avala difficilement sa salive ; Dylan lui essuya gentimment le front avec sa manche et l'invita à sortir pour reprendre son souffle. Mina suivit le conseil de son ami et but deux longues gorgées à sa gourde. Shep était sorti pour vérifier les environs et calmer son humeur. Mina ne lui en voulait pas ; elle avait fait ce qui lui avait semblé juste. Elle retourna auprès du jeune homme et, toujours avec douceur, le fit boire. La fièvre était toujours là, mais peut-être baisserait-elle à présent.

« ▬ On va faire quoi, maintenant ? La nuit va tomber, on va devoir rester ici. Shep va détester ça.

▬ Qu'est-ce qu'il ne déteste pas ? gloussa Mina, épuisée, échangeant un sourire avec Dylan avant de reprendre. Ce garçon était vivant, je n'avais pas le droit de le laisser mourir.

▬ T'es bien trop naïve. Si ça tombe, c'est un connard. Il a peut-être tué, pillé, violé des innocents.

▬ Ou alors il a sauvé des vies, a tenté de survivre, a offert sa nourriture à son gamin ou à sa femme. Si on part sur des hypothèses, Dylan, on peut aller loin.

▬ Il pourrait bien être le Petit Jésus rescussité, reste qu'il m'emmerde profond. Notre mission est retardée et on doit dormir dans un endroit non sécurisé ! pesta Sheperd en se laissant tomber sur un banc qui craqua.

▬ Je te pardonne ton blasphème parce que tu es énervé, mais ne recommence pas.

▬ On part demain à l'aube. Et je garde un oeil sur lui. Vous, allez dormir. »

Dylan alla s'occuper de former un petit nid où Mina et lui pourraient dormir. Sheperd était insomniaque et rester debout toute la nuit n'aurait aucune incidence sur sa forme physique. Il était, de toute façon, trop angoissé par la sécurité de son compagnon et de la virologue pour pouvoir s'enfoncer dans les bras de Morphée. Il n'avait pas eu le temps de chasser, et il aurait volontiers râlé là-dessus mais ça ne servait à rien. Etrangement, il était en colère contre la morale et la douceur de Mina. La biologiste avait toujours été ainsi et cette innocence, cette naïveté la feraient tuer. Il haïssait cette idée et espérait parfois lui apprendre la vie, mais malgré qu'elle sorte très souvent, elle restait trop gentille et trop inconsciente pour son propre bien. Il se devait de la garder en sécurité. Non pas seulement pour le bien du Commonwealth ou parce que Mercer le lui avait ordonné, mais parce qu'il l'appréciait, dans le fond. Dylan et lui aimaient cette petite. Peut-être justement parce qu'elle avait encore cette espèce d'espoir en elle. Ce même espoir qui la poussait à sauver tout et n'importe quoi, y compris un inconnu aux allures de chien déguenillé.

Sheperd s'accroupit près du blessé et observa son visage. Barbu, il devait être jeune, la trentaine peut-être, la musculature développée, peut-être un soldat d'un autre groupe. Une menace, sans doute. Enfin, pas en tant que tel - il avait déjà du mal à seulement respirer sans siffler, alors être une menace pour lui, non. Mais s'il se transformait ... Il se cala dans l'entrebaîllement de la porte, poignard dans une main, casque posé à côté de lui.

La nuit allait être longue.

« Je sais pas qui tu es, mais t'as intérêt à survivre et à pas faire le con. Ou alors crève et donne moi une bonne raison de te ficher ces huit centimètres d'acier dans le crâne. Mais décide toi vite. »

Il avait murmuré, tout bas, sa menace.

Il avait beau avoir l'air jeune, une fois zombifié, il aurait juste l'air mort.

Les ronflements très légers de Dylan lui firent tourner la tête, mais il resta concentré. Il n'y avait pas vraiment de lumière, hormis celle de la lune qui scintillait dans la poussière remuée de l'église. Pas de morts-vivants dans le coin, du moins pas à sa dernière patrouille. Il réveillerait bientôt Dylan pour une nouvelle balade. Pour le moment, il surveillait le souffle irrégulier du gosse. Mina était toujours triste quand ses protégés mourraient. Alors, pour une fois, il espérait qu'il vivrait, celui-là.

Et comme ça, il pourrait répondre à toutes les questions qu'il avait en tête.

Oui, survis, et tu pourras nous remercier en répondant à tout ça.


Il flottait.

Cette impression était libératrice.

Un univers de ténèbres autour de lui, où la peur et la douleur avaient cessé d'exister pour n'être plus qu'une paix intérieure. C'était doux, chaud, comme la caresse d'une mère ou le sourire d'un amant. Alden aurait voulu se fondre dans ce décor, pour cesser de penser.

Mais, hélas, son esprit continuait de remuer comme une bête prise au piège.

Des souvenirs hantaient son crâne. Maggie, Negan, et Enid, le dernier sourire échangé avec Enid. Le regard de Maggie, son refus de le laisser, au tout départ. La fusillade. Ses amis. Sa famille.

Pourquoi tout devait toujours faire si mal ? Il voulait juste laisser le fardeau de vivre à d'autres.

Non, il n'avait pas le droit.

D'autres souffraient, d'autres avaient besoin de lui.

La douleur revenait comme le reflux d'une marée. Elle l'engloutit, lui faisant réaliser qu'il n'était pas mort et que chaque partie de son corps se réclamait à lui.

Il inspira, difficilement, râle obscur dans sa gorge trop sèche.

Il ouvrit enfin ses yeux papillonnant, ses cils collés par la fièvre et la déshydratation, le corps tendu et la peur soudaine d'être devenu un zombie.

Que ressentait-on en devenant zombie, après tout ?

« Magg ... eau ... » crôassa t-il, en voyant une silhouette au-dessus de lui.

Maggie était venue comme elle l'avait promis. Le monde était flou, ouaté, et les voix étaient difficilement discernables. Il accepta avec reconnaissance l'eau qu'on lui versa dans la bouche. Alden s'étrangla mais la fraicheur de l'eau lui fit beaucoup de bien. Il ferma les yeux une seconde à nouveau, ou dix minutes, peut-être. Mais quand il les rouvrit, il se sentait un peu mieux. Remuant, il tenta de se redresser ; Negan l'aida à se coller au mur derrière lui.

Non, pas Negan.

« La belle au bois dormant se réveille ? » grogna l'homme face à lui, la petite cinquantaine, peau brune, cheveux noirs poivre et sel, armure blanche, air dangereux.

Alden leva les yeux et observa, médusé une jeune femme une gourde à la main, le visage froncé d'inquiétude, et un autre homme en armure. Il se tendit soudain et chercha d'un main son arme, sa méfiance au maximum, mais l'homme face à lui éclata de rire. Le plus jeune partagea un sourire.

« ▬ Si on avait voulu te tuer, on t'aurait laissé crever de ta foutue infection. Allez, tu vas gentimment te lever et on va te poser de l'autre côté sur un banc, et tu vas tout aussi gentimment répondre à nos questions.

▬ Sheperd, il vient de se réveiller, laisse-lui quelques minutes ! protesta la jeune femme, apparemment offusquée.

▬ Pas le temps. Dylan. »

Alden avait du mal à comprendre ce qu'il se passait ; il comprit cependant la douleur quand, aidé de son comparse, le premier homme le souleva aussi doucement que possible pour l'amener jusqu'à un banc dans l'église. Ce simple trajet avait épuisé les maigres forces d'Alden, grignotées par sa fièvre. La jeune femme écarta soudain les deux gardes et posa une main fraiche sur son front. Alden poussa un soupir de soulagement en sentant les doigts froids contre sa peau chaude ; la douceur de son geste, quand elle repoussa les cheveux du garçon en arrière, le laissa penaud.

« Dix minutes. Après tu pourras l'interroger. Mais sa santé d'abord. Et ne proteste pas ! »

Son exclamation était furieuse, pourtant elle ressemblait à une petite fille qui s'énerve sur une de ses peluches. Alden regarda, surpris, les deux gardes reculer d'un pas. Les deux regards posés sur lui n'avaient rien d'amical ; il vit les armes prêtes à servir. Croyaient-ils qu'il serait une menace ? Respirer et avoir les yeux ouverts en même temps était déjà plus qu'il ne pouvait en faire ! La jeune femme lui proposa de boire à nouveau et il accepta ; il fut surpris de sentir non de l'eau mais un bouillon léger. Réalisant qu'il était affamé, il avala goulument jusqu'à ce qu'elle lui jette un regard de pitié qui le fit cesser.

« Pourquoi ... ? »

Il n'arrivait pas encore à formuler des phrases complètes, encore sous le choc et un peu enfiévré ; il tenait également à paraître un peu plus faible qu'il ne l'était réellement. Il ne comprenait pas la situation mais ce qu'il savait, c'était que Maggie et Negan n'étaient pas là.

« Pourquoi quoi ? Pourquoi je vous ai sauvé ? » Il hocha la tête. « Vous étiez encore vivant. Je n'ai pas besoin de beaucoup plus » confia t-elle sur un ton d'excuse.

Elle sortit de son sac un tube et l'un des deux gardes protesta, mais elle le fit taire d'un geste de la main. Alden essayait de déduire des hypothèses : la femme menait leur groupe, quand bien même les deux hommes étaient en armures et étaient plus lourdement armés qu'elle. Apparemment, elle l'avait sauvé, et ses deux compagnons étaient moyennement d'accord avec ce fait. Le plus âgé voulait le questionner, mais la jeune femme tenait à l'observer avant l'interrogatoire. Alden était épuisé d'avance à l'idée que l'aîné tente d'être violent avec lui.

« Vous semblez avoir encore de la fièvre, mais votre blessure n'est plus aussi chaude. Ce sont des antibiotiques légers, est-ce que vous acceptez de les prendre ? » proposa t-elle en lui tendant deux comprimés. « Ils aideront à faire baisser ce qu'il reste de fièvre et agiront comme anti-douleur. Par contre, il va falloir faire attention aux sutures, alors on évite de sauter d'un toit ou de s'entraîner pour les jeux olympiques, ok ? »

Il n'hésita pas ; comme l'avait dit l'aîné, s'ils l'avaient voulu mort, ils auraient eu largement le temps d'arriver à cette conclusion. Une fois les pillules avalées, Alden dut reconnaître qu'il se sentait bien mieux. Il regarda la jeune femme être écartée par le jeune garde et l'aîné s'installer face à lui sur un banc. Alden remua pour être plus confortablement calé sur le sien.

« ▬ Ton nom.

▬ Alden.

▬ Qui t'as fait ça ?

▬ Ils s'appellent les Reapers, c'est un groupe de mercenaires.

▬ Ils traînent encore dans le coin ?

▬ Aucune idée.

▬ Pourquoi ils t'ont attaqué ?

▬ Aucune idée, mentit Alden en ne baissant pas les yeux. »

L'aîné secoua doucement la tête et sortit de sa ceinture une poignard.

« On recommence. »

La demoiselle eut un hoquet et se planta entre eux d'un mouvement souple, poings sur les hanches.

« ▬ Tu te fous de moi ?

▬ Il ment. Je sais quand quelqu'un ment, Mercer m'a appris. Maintenant, tu t'écartes, ou je me fâche pour de vrai, Mina.

▬ Shep, il est affaibli et -

▬ Qui êtes-vous ? demanda soudain Alden, les paupières lourdes.

▬ On ne te doit rien ! grogna l'aîné, mais la jeune femme eut un soupir et présenta le groupe.

▬ Voici Dylan, le vieux râleur c'est Sheperd et je suis Mina. »

Derrière elle, les deux hommes émirent de nouvelles protestations, mais la jeune femme rétorqua qu'ils n'avaient pas à avoir peur qu'Alden les chercher sur les réseaux sociaux, de toute façon. Il eut un petit sourire amusé à cette référence du vieux monde. Il ne savait pourquoi elle avait désiré l'aider, en tout cas il ne savait pas si elle avait dit vrai, mais il leur devait la vie.

Pourtant, il n'allait pas trahir Alexandria.

« ▬ Merci à vous, mais vous pouvez partir. Je survivrais.

▬ Tu crois t'en tirer à si bon compte ? On a découvert un cadavre, dehors. Du genre troué par une balle. On veut savoir dans quel guêpier on met les pieds. Merde, Mina, je propose qu'on se barre. On revient avec vingt gars. »

Alden frissonna : Sheperd était sérieux. S'ils arrivaient, aussi lourdement armé et en armure, il ne donnait pas cher payé de la peau des Reapers. Pouvait-il réussir à jouer ses billes là-dessus ? C'était un gros pari. Mais Maggie, Negan, tout le monde était encore dehors. Il leur devait bien ça.

« Ecoutez, fit-il en se redressant et aussitôt il se tut, grimaçant de douleur, je dois vous dire quelque chose. »

Trois regards sur lui, intenses, attendaient la suite. Alden pesa intelligemment ses mots, avant de continuer.

« Il y a, là-dehors, des mercenaires, ces Reapers. Ils sont très dangereux. Ils m'ont fait ça. Et le cadavre dehors - soit un des leurs, soit un des miens. Ma famille a souffert à cause d'eux. Vous ne pouvez me blâmer pour avoir tenté d'aider ma famille. Mais nous n'avons pas vos moyens - d'où venez vous, exactement ? »

Sheperd eut un grognement et s'avança, écartant la jeune femme.

« ▬ C'est pas ton affaire. Tout ceci est classé secret. Quant à tes petites guerres, c'est pas les nôtres. On ne peut pas s'engager là-dedans.

▬ Alors quoi ? On le laisse là, mourir de faim ? Ou il va aller mourir sous les balles de ces Reapers, Shep ?

▬ Mina, tu vas gentimment la fermer. Tu nous as déjà mis dans la merde à le soigner et à dépenser nos médicaments. On devrait avoir déjà fini la mission, mais non, parce que mademoiselle veut sauver chaque chien errant qu'elle voit.

▬ Excuse-moi d'avoir encore de la compassion. Et s'il dit vrai, tu crois vraiment que ce genre de menace ne peut pas nous atteindre ? Peut-être qu'on pourrait ... Je ne sais pas, repérer un peu la zone, ou ... Ou rentrer et avertir Mercer de l'existence de ces Reapers.

▬ Et le laisser, lui, dans la nature ? Hors de question.

▬ Et si je viens avec vous ? »

Alden avait proposé cela d'un air innocent. Ces gens semblaient venir d'une très grosse structure. Et il ne pouvait de toute façon rien pour ses amis en cet état. A moins qu'ils n'acceptent de l'aider. Ou alors, s'il rejoignait lui-même Maggie et Negan ... Cependant, l'assaut pour la recherche de la nourriture devait déjà avoir été fait. S'il rejoignait Alexandria ? Ses pensées s'entrechoquaient et il frissonna à nouveau.

« ▬ Bien essayé. C'est non.

▬ Mina, on va devoir rentrer, avec ou sans ces fournitures, ou Mercer va nous tuer. Par contre, on rentre sans lui, dit Dylan avec un air désolé.

▬ Mais je l'ai sauvé ! Et il a sûrement des informations importantes !

▬ D'où l'intérêt de le faire parler maintenant ... sussura Sheperd dont le visage devint menaçant.

▬ Shep je -

▬ A TERRE ! »

Sheperd roula derrière un banc et regarda dans la direction qu'indiquait Dylan.

Mina avait renversé un banc pour en faire une protection. Elle s'accroupit aux côtés d'un Alden mal en point. Elle l'aida à se tenir assis contre le dossier renversé, arme au poing.

« Ca va aller, d'accord ? »

Son optimisme de façade était stupide. Elle jeta un regard et alors, les balles se mirent à pleuvoir.