I'm trying to help you, Tom


Prêt pour une de mes tentatives de fanfictions clichées laissées au placard puis corrigées et publiées ici ? J'imagine que oui alors voici ma version de "Harry remonte le temps et adopte Tom." Bonne lecture !


Tom se replia sur lui-même, tentant d'échapper au froid et aux cris autour de lui. Il serra fermement ses genoux contre sa poitrine et essaya de ne pas regarder les portes de l'entrée du bâtiment s'ouvrir et se refermer dans un grincement affreux.

Aujourd'hui était le premier dimanche du mois et comme chaque premier dimanche du mois, les enfants de l'orphelinat Wool étaient parqués dans le hall d'entrée, habillés de leurs plus beaux vêtements, attendant que d'éventuels parents adoptifs n'entrent et ne les choisissent comme on le ferait d'un nouvel animal de compagnie dans un élevage.

Tom s'était reculé dans le coin le plus sombre de la pièce, assis sur les dalles nues du hall d'entrée, il essayait de conserver un minimum de chaleur corporelle alors que son uniforme, une culotte courte qui lui arrivait au-dessus des genoux et un pull trop large, le faisait trembler par intermittence.

La scène qui se déroulait sous ses yeux ne méritait pas son attention. Comme d'habitude quelques familles fortunées de Londres étaient venues renouveler leur mécénat à l'orphelinat. Ces gens-là ne faisaient que donner un chèque à la directrice puis repartaient sans même jeter un œil aux enfants dont ils se vantaient de parrainer l'éducation.

Une fois les mécènes partis, c'était au tour des familles cherchant un enfant à adopter d'entrer.

Immédiatement les cris cessèrent et un silence de plomb tomba sur le hall, les enfants les plus désireux de partir se rangèrent rapidement en rang et ne dirent plus un mot. De loin, Tom aperçut Dennis Bishop tirer sur ses cheveux blonds emmêlés pour tenter de les recoiffer alors qu'Amy Benson lissait les plis de sa jupe démodée.

Ils avaient l'air misérables. Tom grimaça et tenta de se rendre invisible, espérant en vain que la directrice ne remarquerait pas son absence.

Celle-ci commença son inspection des vingt-huit orphelins que comptait l'orphelinat Wool. La matrone passa dans le rang des enfants et vérifia que chacun avait l'air propre et sage, ceux qui ne répondaient pas à ces critères se verraient durement punis à la fin de la journée, lorsque les derniers parents potentiels auraient quitté le bâtiment.

La matrone arriva bientôt à la fin du rang et ses traits se déformèrent sous la colère lorsqu'elle remarqua qu'il manquait l'un de ses pensionnaires.

Tom l'entendit crier son nom de famille et il se raidit. Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine ; à quoi bon le forcer à participer à cette journée alors que personne n'avait jamais montré de l'intérêt pour lui ?

Aucune famille de Londres ne voulait de lui.

Oh, parfois certaines s'arrêtaient pour le regarder et il entendait des compliments sur la beauté de son visage mais arrivait toujours un moment où l'un des parents grimaçait et se mettait à chuchoter à l'autre.

— C'est un beau petit garçon mais son comportement est étrange. Pourquoi ne joue-t-il pas avec les autres ? As-tu vu l'expression de son visage ? C'est comme s'il n'était pas capable de sourire… Nous devrions prendre une fille. Regarde comme elles sont charmantes !

Puis ils s'éloignaient et faisaient comme s'il n'existait pas. Les autres orphelins se moquaient de Tom à cause de ça, ils étaient méchants et tentaient de lui faire du mal.

C'était pour cela que Tom s'était vengé en pendant le lapin de Billy Stubbs, l'un des garçons qui l'avait brutalisé, à une poutre du toit.

Il avait obtenu un mois entier de tranquillité après cela. La directrice se doutait que c'était lui mais comme elle ne pouvait rien prouver, Tom n'avait pas reçu de punition.

Il n'avait pas le choix, pour éviter qu'on ne lui fasse du mal, il fallait qu'il effraie ses camarades.

Tom n'était pas un garçon comme les autres. Du haut de ses cinq ans, Tom savait que quelque chose clochait avec lui. Une chose qui empêchait les adultes de vouloir l'adopter. Une chose qui lui avait permis d'ordonner au lapin de Billy de se tuer. Il était capable de bizarreries comme les appelait la directrice.

Directrice qui s'approchait désormais dangereusement de l'endroit où Tom avait trouvé refuge. Son corps frigorifié et terrorisé refusa de se lever et de présenter ses excuses à la matrone, ce qui lui valut une gifle si forte que le petit garçon sentit l'intérieur de sa joue se déchirer et le goût de son propre sang emplir sa bouche. Il eut un haut-le-cœur et alors que la douleur l'abrutissait la directrice le souleva du sol pour l'amener dans le rang avec les autres enfants.

Elle le plaça à l'arrière, là où personne ne pourrait voir sa joue rouge et enflée. Tom fit un effort pour rester droit et ne pas bouger. Il ne devait pas pleurer. Ses yeux le brûlaient et la douleur le rendait confus mais il savait que pleurer maintenant ne ferait qu'empirer sa situation.

La matrone le relâcha avec dégoût, comme s'il était une chose anormale et effrayante qu'elle tentait désespérément de dresser puis, fébrilement, elle se remit en place et fit son habituel discours.

— Lorsque la cloche sonnera, vous saluerez poliment les familles qui passeront cette porte puis vous pourrez aller jouer ensemble. Répondez aux questions qu'on vous posera avec un vocabulaire correct, tenez-vous bien lorsque l'on vous parle et n'hésitez pas à poser des questions si on vous le permet. Suivez mes conseils et vous aurez peut-être une chance de quitter cet endroit.

Elle leva le nez d'un air pincé et jeta un dernier regard d'avertissement à Tom avant de se diriger avec raideur vers la porte.

La cloche sonna et Tom sentit son corps se remettre à trembler.

Quelques hommes et femmes entrèrent alors dans le hall et la mascarade à laquelle ils se livraient chaque mois recommença. Les enfants restèrent d'abord debout sans bouger, saluant les inconnus venus pour eux, puis ils partirent faire semblant de jouer et de bien s'entendre dans les espaces prévus à cet effet. Tels des animaux de cirque répétant leur numéro préféré.

Les petites filles jouaient à la poupée en tentant de paraître aussi distinguées et polies que possible. Tom les avait vues s'arracher les cheveux pour cette poupée, le matin même. Dorénavant elles la dorlotaient ensemble comme si elles étaient devenues les meilleures amies du monde.

Les garçons quant à eux jouaient aux cartes ou faisaient semblant de lire. Évidemment la plupart d'entre eux ne savaient même pas lire. Tom savait lire, il avait commencé à apprendre par lui-même au début de l'année et dorénavant il était capable de lire chaque livre de l'orphelinat. Ce qui signifiait peu de livres en réalité puisque l'orphelinat n'avait que quelques livres pour enfants usés, un dictionnaire très abîmé et un exemplaire de l'encyclopédie que Tom appréciait beaucoup même si celui-ci était difficile à lire.

L'un des orphelins était resté seul avec une petite toupie rouge et affichait un regard suppliant. Éveiller la pitié se révélait être une stratégie payante.

Quant à lui, il resta immobile à la place où la directrice l'avait mis. Tom n'avait ni la force ni le courage de bouger, sa joue tuméfiée le faisait souffrir et il avait l'impression que s'il se permettait de bouger, son corps se fissurerait et tomberait en morceaux sur le sol.

Il se retenait toujours de pleurer et il tentait de faire disparaître le goût du sang sur sa langue en déglutissant plusieurs fois. Il espérait pouvoir se rendre invisible, ne serait-ce que quelques heures, jusqu'à ce que ces inconnus qui le regardaient comme s'il était porteur de la peste partent.

Il les détestait. Il les détestait tous. La directrice, les autres enfants, ces hommes et ces femmes qui ne l'adoptaient pas et osaient commenter la blessure sur sa joue, l'humiliant au passage.

— Il a certainement été grondé avant notre arrivée. Certains enfants ne peuvent pas se tenir correctement. Pauvre Mrs Cole, elle qui se donne tant de mal pour leur donner une éducation convenable.

— Ignorons-le, ne m'avais-tu pas précisé que tu aimerais un petit garçon blond ?

Puis ils se dirigèrent vers ses camarades qui jouaient comme si de rien était.

Tom les haïssait. Il les haïssait si fort que ce sentiment le faisait souffrir. Plus qu'aucun coup de Mrs Cole ne l'avait jamais fait.

Il ferma les yeux et serra les poings, restant parfaitement immobile. Encore quelques heures et ce serait fini. Encore quelques heures et ce serait terminé. Il se répéta ces phrases en boucle comme un mantra. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour ne pas s'effondrer.

Le mélange de rage, d'humiliation, de peur et de douleur qu'il ressentait le torturait et son supplice sembla durer une éternité. Jusqu'à ce que quelque chose d'imprévu ne se produise.

Un adulte était venu jusqu'à lui. Tom pouvait sentir sa présence. Il rouvrit les yeux et remarqua qu'effectivement, un homme brun habillé d'un costume coûteux, se tenait droit devant lui.

Il paraissait plus jeune que ne l'étaient habituellement les personnes venant adopter un enfant et il n'était pas accompagné de son épouse ou de quiconque. Il était seul et il le fixait.

Ses yeux étaient verts et son expression était un mélange entre hébétude et tristesse. Il l'observa pendant un moment et Tom se raidit sous cette inspection minutieuse, tout à coup terrorisé face à cet examen.

Son cœur s'emballa dans sa poitrine et son souffle sembla se raccourcir. Ses mains devinrent moites et dans un mouvement de panique, il tenta de s'éloigner. Personne ne lui avait jamais prêté attention avant aujourd'hui.

Le visage de l'adulte se teinta du même désespoir que le sien alors que Tom faisait un pas en arrière. Puis l'homme sembla se ressaisir, poussa un profond soupir, inspira puis expira lentement avant de s'accroupir devant lui.

Son expression n'était plus du tout la même. Ses yeux paraissaient animés d'une certitude et d'une détermination qui y étaient encore absentes quelques secondes auparavant.

Il ouvrit la bouche et Tom retint son souffle.

— Tu n'as aucune raison d'avoir peur de moi.

Tom se figea alors que l'adulte ajoutait, en approchant une main de son visage.

— Je vais arranger ça.

Paralysé par la peur, il laissa l'adulte poser sa main sur son visage puis celui-ci murmura quelque chose que Tom ne comprit pas et tout à coup, la douleur qui lui cuisait la joue diminua puis disparut. La coupure dans sa bouche aussi. Il n'était plus blessé, comme si la directrice n'avait jamais levé la main sur lui.

Tom écarquilla les yeux de stupeur alors que l'homme en face de lui lui adressait un sourire.

— Cela te fait moins mal ? Je ne suis pas le meilleur en soins mais j'imagine que c'est toujours mieux que de te laisser comme ça.

Le petit garçon en resta bouche-bée, un silence s'étendit entre l'adulte et lui. Un silence contemplatif pendant lequel chacun put s'accoutumer à la présence de l'autre.

Ce n'était pas désagréable, Tom sentit son corps se détendre un peu et l'envie irrépressible de pleurer qu'il gardait en lui depuis tout à l'heure s'apaisa. La présence de l'autre agit comme un baume, exactement comme sa main avec sa joue.

C'est l'adulte qui rompit ce silence pour lui demander ce que Tom n'avait jamais espéré entendre.

— Est-ce que tu aimerais repartir avec moi ?

Ses oreilles rejouèrent ces mots une centaine de fois comme un disque rayé avant que Tom ne puisse réellement les comprendre. L'homme était en train de lui proposer de l'adopter, n'est-ce pas ? De quitter l'orphelinat pour partir avec lui.

Son corps se remit tout à coup à trembler et Tom ne réussit pas à formuler sa réponse. La directrice les avait entraînés à répondre aux éventuelles familles venues les adopter et Tom connaissait par cœur les phrases qu'il était censé prononcer mais aucune d'entre elles ne franchit la barrière de ses lèvres.

Au lieu de cela, son corps tout entier se mit à trembler et ses yeux le brûlaient encore plus fort que lorsqu'il avait reçu la gifle. Sauf que ce n'était pas de la peine ou de la douleur qui envahissait son cœur à présent. C'était de la joie, de l'espoir. Des émotions nouvelles. Qui lui parurent encore plus méchantes que les précédentes.

Il réussit à prendre une inspiration tremblante et à hocher la tête dans ce qu'il espéra ressembler à une réponse positive avant que des larmes traîtresses ne se mettent à couler sur son visage.

Tom vit les yeux de l'autre homme s'écarquiller et le petit garçon tenta désespérément d'effacer l'eau sur son visage avec des gestes tremblants et rageurs mais bientôt l'inconnu se pencha vers lui et, avec maladresse, celui-ci posa une main dans son dos et lui chuchota.

— Tout va bien, ce n'est pas grave, tu as le droit de pleurer.

Tom s'effondra, son corps lui sembla se fissurer pour de bon et éclater en un millier de morceaux.

— Tout va bien. C'est fini maintenant. Tout va bien.

Lorsqu'il se retrouva tout à coup assis dans le bureau de la directrice avec l'inconnu à ses côtés, Tom ne se souvenait plus vraiment de ce qui était arrivé. Ses yeux étaient tout rouges et il avait l'impression que les traits de son visage étaient lourds. Il se sentait exactement comme s'il avait vidé l'intérieur de lui-même.

Toutes les choses qui lui faisaient mal à l'intérieur s'étaient comme diluées dans le néant.

Tom remarqua que le veston et la chemise de l'homme étaient humides et il comprit qu'il avait pleuré contre sa poitrine. Exactement comme le faisaient les nouveaux-nés.

Ce qui signifiait que l'homme l'avait porté dans ses bras jusqu'ici.

La honte le submergea et il se redressa, essuyant son visage encore une fois. Il tressaillit sous l'œil de la directrice qui le fixait avec dégoût puis capta le regard de l'autre adulte.

L'homme lui adressa un regard encourageant. D'une douceur qui fit accélérer subitement le rythme cardiaque de Tom, puis il reprit la conversation qu'il menait avec la directrice.

— Comme je vous l'ai dit, j'aimerais pouvoir repartir avec Tom dès aujourd'hui. Il n'y a rien qui m'en empêche n'est-ce pas ?

La directrice plissa ses lèvres en une ligne mince. Tom savait que la procédure voulait que les parents souhaitant adopter remplissent les papiers le jour où ils venaient la première fois, puis qu'ils reviennent la semaine suivante pour repartir avec l'enfant choisi.

Tom ignorait pourquoi les choses se passaient ainsi mais il savait qu'il n'avait jamais vu la directrice déroger à la règle. L'homme ajouta, en voyant l'expression de la matrone.

— Si c'est de ma décision que vous doutez, je vous assure que je ne ramènerai pas Tom ici. Il va venir vivre avec moi et ne remettra plus jamais les pieds dans un orphelinat.

Il avait l'air en colère. Tom vit les yeux verts de l'homme s'assombrir et sa voix se teinter d'impatience.

Lorsque la directrice ne montra aucun signe pour accéder à sa demande, il ajouta.

— Vous concevez bien qu'étant donné l'état de Tom, je ne veux pas le laisser à vos bons soins plus longtemps. Puisqu'il va devenir mon fils, vous êtes capable de comprendre mon inquiétude quant à la blessure que j'ai vue sur son visage quand je suis arrivé.

Il la menaçait ouvertement. La directrice pâlit et Tom fut surpris de la voir capituler. L'autre adulte l'avait menacé, à demi-mot, de signaler les mauvais traitements dont les orphelins étaient victimes. Ce qui aurait mis à mal la réputation de l'orphelinat.

L'orphelin se demanda pourquoi l'homme agissait ainsi, peut-être tenait-il à repartir avec lui aujourd'hui car il était de passage à Londres et préférait ne pas être obligé d'y revenir. Ou alors, et le petit garçon tenta de se persuader de l'invraisemblance de son raisonnement, il tenait à ce que Tom aille bien et soit en sécurité.

Mais ce n'était pas possible. Ils se connaissaient à peine. Et si Tom se révélait trop abîmé, l'adulte pourrait toujours prendre un autre enfant, non ? Il y avait une demi-douzaine de petits garçons de son âge ici, n'importe lequel aurait certainement pu convenir.

Les papiers furent rapidement signés et Tom se sentit inexplicablement plus léger lorsque ce fut fait. Il entendit la directrice appeler son inconnu, Harry Potter. C'était le nom de son père adoptif. Le nom de son nouveau tuteur. Tom avait encore des difficultés à croire ce qui était en train de lui arriver.

Il sortit du bureau de la directrice avec Harry et vit les regards de tous les autres enfants du hall se poser sur lui avec envie. Ils étaient jaloux, réalisa-t-il, les parents qui étaient autour d'eux ne paraissaient pas aussi riches et jeunes que Harry. Pas aussi gentils. Pas aussi courageux. Eux n'auraient pas menacé la directrice pour leur sécurité.

Harry le coupa dans son observation pour lui demander.

— Est-ce que tu veux bien me montrer ta chambre ? On va emballer tes affaires et on partira, d'accord ?

La douceur de sa voix éveilla chez Tom une timidité qu'il n'avait jamais eue devant personne. Si bien qu'il ne fit qu'acquiescer. Il n'avait pas encore réussi à adresser un seul mot à l'adulte et cela le faisait se sentir idiot. Il aurait dû le remercier pour son adoption comme la directrice lui avait appris mais il n'y arrivait pas.

Mrs Cole les accompagna jusqu'à la porte de la chambre puis elle partit en leur indiquant qu'elle était attendue en bas et qu'elle les raccompagnerait jusqu'à la porte lorsqu'ils en auraient terminé.

Tom resta devant la porte un instant, se rappelant à quel point sa chambre était minable et ayant tout à coup honte de la montrer à l'autre homme. Il comprit que son comportement était ridicule, cela se voyait que l'orphelinat était pauvre et qu'il ne pouvait pas y avoir de vraies chambres pour chaque enfant.

L'adulte le savait. Il ne serait pas surpris. Il n'avait aucune raison de le trouver pitoyable et de changer d'avis le concernant, n'est-ce pas ?

L'homme dut remarquer son trouble puisqu'il lui dit à voix basse.

— Prends ton temps.

Ne voulant pas paraître encore plus faible, Tom se décida et tourna la poignée. Sa chambre n'était pas plus grande qu'un placard, elle était nue et ne comportait qu'une étagère mal fixée et un lit en fer avec des couvertures élimées. Sous ce lit, il y avait une malle que tous les orphelins possédaient et qu'ils étaient censés remplir et emmener le jour de leur départ.

Tom se dirigea immédiatement vers elle, l'ouvrit sur le sol et fut tout à coup perdu. Qu'était-il censé mettre dedans ? Il ne pouvait pas emmener les draps, puisqu'un autre orphelin viendrait certainement vivre dans sa chambre après son départ. Pouvait-il emmener les vêtements sur l'étagère ? Ils étaient à lui mais certains étaient probablement trop abîmés pour qu'il puisse encore les porter l'année prochaine…

Qu'y avait-il de vraiment à lui, ici ?

Quelques pierres sur le rebord de la fenêtre qu'il avait ramassé parce qu'elles lui paraissaient jolies. Un soldat de plomb dont les jambes étaient cassées et qui se trouvait être le seul jouet qu'il n'avait jamais eu. Une feuille de papier sur laquelle il avait écrit son prénom et maladroitement dessiné la vue de sa chambre ainsi qu'un crayon de couleur trop court dont la mine était cassée.

C'était tout. Il s'empressa de mettre ces choses-là dans sa malle et remarqua qu'elles ne remplissaient même pas un coin de celle-ci. Cela le fit se sentir très mal et il se demanda si les autres enfants avaient des choses qu'il aurait pu voler. Des choses qu'il aurait pu mettre dans cette malle pour remplir ce vide en lui.

Tout à coup, Harry fut à côté de lui, il s'assit sur le sol et lui adressa un regard bienveillant puis il dit.

— Ça me paraît bien. Est-ce que tu as un manteau et une paire de chaussures pour l'hiver ?

Tom regarda le visage de l'adulte un instant avant de se concentrer pour répondre.

— J'ai un manteau en bas et des bottes.

Puis il baissa les yeux et serra les dents.

— Mais je ne pense pas être autorisé à les emmener, ils serviront à quelqu'un d'autre bientôt.

Tom ne vit pas son visage mais il entendit Harry Potter lui répondre, alors que le petit garçon fixait le fond de la malle avec inquiétude.

— Ce n'est pas grave. Nous irons en acheter un peu plus tard, ce sera juste gênant pour rentrer, tu risques d'avoir froid si tu sors avec les vêtements que tu as sur toi.

Tom ne dit rien, ne sachant quoi répondre. Partagé entre l'excitation d'avoir de nouveaux vêtements et la mortification de n'avoir rien pour quitter l'orphelinat.

Alors que de sombres pensées s'accumulaient dans son esprit, Tom sentit un poids sur ses épaules. Il releva la tête dans un mouvement vif, pour voir que Harry avait retiré la veste de son beau costume et que celle-ci se retrouvait désormais sur son dos.

L'homme aux yeux verts lui adressa un autre sourire et lui dit.

— Tu peux mettre ma veste en attendant, j'ai pris un manteau alors je ne risque pas d'avoir froid. Elle te gardera au chaud.

Puis il se pencha vers les chaussons usés que Tom portait et lui dit en sortant un bâton en bois de sa poche.

— Je pensais te le dire un peu plus tard mais j'imagine que c'est le bon moment.

Tom releva les yeux de manière à plonger les siens dans ceux de son nouveau tuteur.

— Le bon moment pourquoi ?

L'homme prit un air mystérieux et posa le bâton sur ses chaussons. Tout à coup, les chaussons se transformèrent en une paire de bottes en cuir toutes neuves et Tom sursauta de stupeur.

C'était comme avec sa blessure ! Ses chaussons avaient disparu pour devenir des bottes ! Tom les toucha avec ses mains pour être certain qu'elles fussent bien réelles et Harry éclata de rire à sa réaction, un rire chaleureux.

— C'est de la magie. Je suis un sorcier. Ce qui signifie que je peux utiliser la magie. Tout comme toi, Tom.

Le petit garçon releva la tête vers l'autre homme, éberlué, puis il répéta.

— Un sorcier ?

L'homme hocha la tête. Puis précisa.

— Tu es un sorcier. C'est peut-être difficile à accepter tout de suite mais tu t'y feras avec le temps et quand tu seras plus grand tu pourras même apprendre la magie.

Tom fronça les sourcils et ne put s'empêcher de demander.

— C'est une plaisanterie ?

Il n'en était pas sûr, puisque Harry avait l'air sérieux. Celui-ci secoua la tête négativement et ajouta.

— Ne t'est-il jamais arrivé de faire des choses qui sortent un peu de l'ordinaire, qui paraissent étranges au premier abord ?

C'était arrivé plusieurs fois. Ce que la directrice appelait des bizarreries… toutes les choses que Tom faisait et à cause desquelles il pensait ne pas être comme les autres enfants alors c'était cela ?

Il était un sorcier. Quelqu'un d'exceptionnel. Capable de magie.

Une joie furieuse et transcendante rayonna tout à coup dans sa poitrine et il se sentit sourire. Potter lui sourit en retour.

— Tu vois ? Tu es un sorcier, comme moi.

La joie de Tom s'évanouit brusquement lorsqu'un horrible doute l'assaillit, il l'exprima à voix haute sans pouvoir s'en empêcher.

— C'est pour ça que vous êtes venu me chercher ? Parce que je suis comme vous ?

Les yeux verts de l'homme se ternirent un peu et il se pencha vers lui, il avait l'air triste tout à coup. Tom le laissa poser une main sur son épaule.

— Je savais que tu étais un sorcier. Je l'ai su tout de suite mais ce n'est pas pour ça que j'ai décidé de t'adopter Tom.

Tom sentit sa voix quitter sa bouche sans sa permission.

— Alors pourquoi ?

L'homme se pencha davantage, de manière à pouvoir le prendre dans ses bras et Tom l'entendit lui souffler.

— Tu as besoin d'aide et j'éprouve l'envie de t'aider.

C'était la chose la plus gentille que Tom avait entendue de sa vie. Le petit garçon sentit ses doutes voler en éclats et l'homme le libéra de son étreinte puis se redressa sur ses genoux et lui demanda.

— Est-ce que tu veux bien venir avec moi Tom ? Je sais que je t'ai déjà posé la question tout à l'heure mais tu ne savais pas que j'étais un sorcier à ce moment-là.

Harry le regarda avec considération, comme si Tom était capable de faire ses propres choix, de prendre ses propres décisions. Il le considérait comme un égal.

— Venir avec moi signifie découvrir un monde très différent du tien, où il faudra que tu apprennes beaucoup de nouvelles choses. Ce ne sera pas facile au début et même si la magie est magnifique, les gens qui la pratique ne sont pas forcément gentils. Leur monde est imparfait. Je pense que je le suis aussi. Je ne peux pas te promettre le bonheur, la santé ou même la richesse mais je te promets d'être là pour toi et de te protéger.

Cela ressemblait à une déclaration à laquelle Tom aurait dû réfléchir et répondre quelque chose de précis. Sauf qu'il ne put que rester là, parfaitement immobile.

Du haut de ses cinq ans, Tom comprit que l'avenir que lui offrait Harry Potter ne serait pas comme celui des autres enfants adoptés. En prenant la décision de le suivre, il se jetait dans l'inconnu.

Cela paraissait meilleur que l'orphelinat Wool. Jamais personne ne lui avait prêté d'attention, excepté pour lui faire du mal. Jamais personne ne lui avait adressé la parole, sauf pour lui dire des choses blessantes. Harry Potter était le premier, le seul, à le considérer comme un être à part entière, méritant respect et déférence.

Tom allait le suivre. C'était lui. Harry Potter. La chose qu'il allait emmener avec lui hors de ce sombre orphelinat. Sa première possession. Il n'avait pas besoin de remplir la malle, il partait avec bien plus que cela.

— Je veux venir avec vous.

C'était sorti de sa bouche avec conviction et Tom s'en sentait particulièrement fier. L'adulte se releva avec le sourire, lui tendit la main et lui proposa.

— On y va ?

Tom glissa sa petite main dans celle plus grande et sentit son cœur battre à tout rompre alors que son tuteur saisissait sa malle. Ils se dirigèrent tous deux vers la porte puis traversèrent les escaliers jusque dans le hall.

La directrice les raccompagna à l'entrée et Tom se retrouva dehors. Sur le perron de l'orphelinat Wool, cet endroit sinistre et grisâtre dans lequel il avait passé pratiquement six ans de son existence. Harry Potter ne lui lâcha pas la main et ils traversèrent ensemble la cour gelée, des flocons de neige tombaient du ciel et Tom décida qu'il se souviendrait toujours de ce moment.

Ce jour était le plus important de son existence.


Tom et son nouveau tuteur marchèrent pendant un moment sous la neige puis Harry héla un taxi à moteur.

Tom avait déjà vu des automobiles mais c'était la première fois qu'il montait à l'intérieur de l'une d'elles. Il s'installa fébrilement à l'intérieur et Harry lui fit la conservation pour le détendre.

Il lui dit que, s'il le désirait, il pouvait l'appeler par son prénom ce que Tom accepta de faire. Mrs Cole leur avait dit d'appeler leurs futurs parents adoptifs père et mère ou, s'ils ne s'en sentaient pas capables, monsieur et madame. Par la suite, avec l'autorisation de leurs parents, ils pourraient les appeler papa et maman mais devaient éviter de le faire en public et privilégier le cadre privé.

Cependant si son tuteur souhaitait que Tom utilise son prénom et non monsieur, père ou papa pour le nommer, il le ferait.

Le petit garçon ne voulait pas faire d'incartade. Il serait irréprochable pour que Harry Potter ne regrette pas son choix et ne le ramène pas à l'orphelinat. Il serait sage, poli et serviable. Exactement comme s'il était véritablement l'enfant bien élevé d'un homme comme Harry.

Le voyage en voiture dura assez longtemps pour que Tom commence à se sentir mal, il n'aimait pas beaucoup la sensation de se déplacer aussi rapidement et il dut se concentrer sur l'extérieur pour atténuer la sensation désagréable que lui causait le voyage. Ce fut ce moment que son tuteur choisit pour lui chuchoter.

— Je ne savais pas que tu avais le mal des transports. J'aurais pu nous faire apparaître directement à côté de la maison avec la magie mais cela aurait pu te rendre malade alors j'ai préféré la voiture. Nous prendrons la poudre de cheminette au Chaudron Baveur. C'est le moyen de transport le plus sûr avec un enfant.

Harry lui désigna de la main une rue qui s'étendait au loin.

— Nous sommes presque arrivés, encore un petit effort et on descendra de la voiture.

Tom eut envie de demander ce qu'étaient la poudre de cheminette et le Chaudron Baveur mais il garda toutes ses interrogations pour lui. Il ne voulait pas se montrer trop curieux. Mrs Cole punissait les enfants qui posaient trop de questions.

Harry lui avait dit qu'il aurait beaucoup de choses à apprendre et qu'un monde différent du sien l'attendait, Tom saurait se montrer patient et apprendrait au fur et à mesure. Il allait commencer par chercher comment ne plus se sentir mal en voiture. Pour être digne d'avoir été choisi par Harry.

La voiture s'arrêta et ils descendirent dans une grande rue passante où il y avait plus de monde que Tom n'en avait jamais vu. Toutes ces personnes portaient des manteaux d'hiver et se pressaient dans les cafés et les boulangeries avec tout un tas de sacs remplis de choses qu'ils avaient certainement achetés dans les rues adjacentes.

Harry lui proposa à nouveau de lui prendre la main, ce que Tom fit immédiatement de peur de le perdre dans la foule. Puis il les guida vers ce qu'il ressemblait à un établissement flambant neuf mais sombre. L'écriteau indiquait Le Chaudron Baveur, avec un petit chaudron gravé dans le bois et une cuillère étrangement animée. Elle remuait le chaudron, comme si elle était autre chose qu'une gravure.

Tom cligna des yeux, peu sûrs de ce qu'ils venaient de voir puis le garçon remarqua que bien qu'il y ait foule autour d'eux ; Harry et lui étaient les seuls à s'être arrêtés en face de cette boutique, comme si les autres n'étaient pas capables de la voir.

Son tuteur lui expliqua, avant de pousser la porte de l'établissement.

— Les moldus - c'est-à-dire les personnes qui n'ont pas de pouvoirs magiques - ne peuvent pas voir cet endroit. Il y a une protection qui les en empêche. Il n'y a pas si longtemps, les gens qui n'avaient pas de pouvoirs magiques ont découvert que certains d'entre eux en avaient, ce qui a mené à une chasse aux sorcières et beaucoup d'entre nous sont morts. Pour éviter que cela n'arrive de nouveau, le monde des non-sorciers et celui des sorciers ont été séparés.

Tom trouva que c'était logique et parfaitement censé. La directrice ne l'aimait pas et le traitait différemment des autres enfants à cause des bizarreries qu'il causait. S'il ne s'était pas retrouvé dans un orphelinat moldu cela ne serait jamais arrivé.

Si Tom était un sorcier et que les deux mondes étaient censés être séparés alors comment avait-il atterri dans un orphelinat moldu ? Sa mère décédée le jour de sa naissance n'était peut-être pas une sorcière comme lui et Harry.

Harry Potter poussa la porte du Chaudron Baveur pendant que Tom y songeait mais ses pensées s'évanouirent lorsqu'il posa les yeux sur ce qu'il y avait devant lui. Le Chaudron Baveur était un bar-restaurant qui servait également d'auberge à l'occasion.

Sous les yeux ébahis de Tom, les chaises bougeaient toutes seules et une sorcière assez âgée lisait un journal qui flottait devant ses yeux alors qu'elle tenait un bâton en bois, similaire à celui de Harry. Sur le journal nommé La Gazette du sorcier, les photographies en noir et blanc étaient animées comme de vraies personnes.

Une odeur de cannelle et de houblon flottait dans l'air, deux ou trois petits chats avec une drôle d'apparence passèrent entre les chaises en poursuivant un crapaud à cornes et au moment où Tom leva les yeux vers elle, un hibou vint toquer à la grande fenêtre du bar.

Il eut l'impression d'avoir ouvert une porte sur un autre monde. Un monde incroyable et fantastique, celui des livres pour enfants qui parlaient de magie, de dragons et de nains. Toutes les personnes présentes ici portaient des robes de sorciers. Parfois certains d'entre eux avaient même des chapeaux pointus et ils avaient tous une baguette de bois.

Lorsque le petit garçon fut remis de sa surprise, Harry le mena en avant, là où le tenancier du bar se tenait. C'était un homme d'une carrure impressionnante, complètement chauve qui avait une voix un peu trop aiguë, lorsqu'il les vit, il s'exclama.

— Ah, Harry ! Comment allez-vous ? Je vous sers quelque chose, vous souhaitez déjeuner ? Mon épouse a fait du rôti, c'est une vraie merveille.

Tom leva la tête vers son tuteur.

— Ce sera pour une autre fois. Je vais emprunter votre cheminée, si ça ne pose pas de problème. Je ramène Tom à la maison.

Le tenancier se tourna tout à coup vers lui et déclara avec enthousiasme.

— Ravi de te rencontrer bonhomme ! Puis il se tourna de nouveau vers son tuteur et ajouta.

— Bien sûr que vous pouvez emprunter la cheminée ! Rentrez bien et revenez nous rendre visite.

Harry le remercia d'un signe de tête et se dirigea vers une grande cheminée située dans un coin tranquille du restaurant, Tom le suivit avec curiosité. Il se demandait ce qu'était la poudre cheminette et comment on pouvait s'en servir pour se déplacer.

Lorsque son tuteur se retrouva devant la cheminée, il saisit un pot de poudre sur le montant de celle-ci et le lui présenta.

— Ce n'est pas compliqué mais la première fois ça peut paraître impressionnant. Il suffit de prendre de la poudre et d'aller dans l'âtre, ensuite il faut annoncer clairement sa destination en lâchant une poignée de poudre. Se tromper de destination n'est pas dramatique, les accidents de cheminette arrivent souvent mais généralement on se retrouve dans la cheminée de quelqu'un d'autre et il suffit de recommencer.

Tom se sentait intimidé et eut peur de ne pas réussir. Et si jamais Harry s'était trompé et qu'il n'était pas vraiment un sorcier ? La poudre ne fonctionnerait pas sur lui et Harry le ramènerait à l'orphelinat…

Son gardien remarqua son hésitation et lui proposa.

— On peut le faire ensemble, si tu veux ?

Tom acquiesça, rassuré et Harry s'accroupit et lui demanda.

— Est-ce que tu veux bien que je te porte ? Ce sera plus facile que de se tenir la main.

Tom savait que l'autre homme l'avait déjà porté dans ses bras à l'orphelinat. Néanmoins l'idée lui paraissait tout de même embarrassante.

Il avait presque six ans après tout. N'était-il pas trop grand pour qu'un adulte le prenne dans ses bras ? Est-ce que les parents des autres enfants continuaient à les porter lorsqu'ils savaient marcher et courir assez vite pour les suivre ? La matrone de l'orphelinat ainsi que les nourrices cessaient de porter les enfants après leurs deux ans.

Tom songea que pour cette fois, ça irait. Parce qu'il n'avait encore que cinq ans et que traverser la cheminette paraissait être quelque chose d'effrayant. Il accepta alors timidement et Harry l'attrapa avant de le caler dans ses bras, de saisir la poudre de cheminette et de se diriger vers la cheminée.

— Si cela t'effraie, tu peux fermer les yeux.

Tom se sentit obligé de répliquer.

— Je n'ai pas peur.

En réalité, la curiosité et la peur se débattaient férocement à l'intérieur de lui. Harry Potter prononça tout à coup.

— La maison chantante.

Puis il lâcha la poudre et Tom vit un feu verdâtre les entourer avant qu'il ne se sente partir très vite, comme s'il faisait du toboggan mais à l'envers, en partant vers le haut, puis sur la droite et enfin en bas.

Ils arrivèrent dans le foyer d'une cheminée massive qui donnait sur un grand salon où trônaient plusieurs fauteuils ainsi qu'un canapé. Des meubles en bois de toutes sortes y étaient disposés, une table basse ainsi qu'une console et un guéridon. Des lys couvraient ce dernier, la pièce était beaucoup plus lumineuse que le Chaudron Baveur. Le soleil de midi donnait dans les fenêtres et ils furent accueillis par cette lumière éblouissante qui disparut presque aussitôt.

Tom fut déposé avec douceur sur le tapis et Harry lui annonça.

— Voici notre maison, j'espère que tu t'y sentiras à l'aise.

La première chose à laquelle Tom pensa c'était que cette maison paraissait aussi grande que l'orphelinat et que Harry était probablement un homme très fortuné. Puisqu'il pouvait se permettre de vivre dans une maison comme celle-ci. Grande, richement décorée, exactement comme un manoir ou un château.

Tom réalisa qu'il allait vivre ici.

Depuis quand sa misérable existence s'était-elle transformée en contes de fées ?

L'orphelin était presque sûr qu'il était en train de rêver et qu'il se réveillerait bientôt dans son lit de l'orphelinat, délirant à cause du froid et de la faim.

Sauf qu'Harry Potter lui proposa de déjeuner, en précisant qu'il lui ferait visiter la maison cette après-midi s'il le souhaitait et Tom se rendit compte que cela ne pouvait pas être un rêve. Aucun de ses rêves n'avait jamais été aussi beau.

Il suivit son père adoptif jusqu'à la salle à manger et celui-ci lui proposa de s'asseoir pendant qu'il allait à la cuisine préparer le repas. Tom s'installa et n'osa pas bouger, les mains sagement posées sur ses genoux, il contemplait une tapisserie qui surmontait la grande table en chêne à laquelle il était à tabler.

La tapisserie représentait un gigantesque dragon endormi et alors que Tom se demandait si les dragons existaient réellement, celui de la tapisserie releva son immense tête recouverte d'écailles et ouvrit des yeux pourvus de pupilles verticales pour les braquer sur lui.

Le petit garçon sursauta si fort qu'il manqua de tomber de sa chaise, Harry arriva à ce moment-là, des assiettes fumantes flottant derrière lui.

Son tuteur fit un geste de sa baguette et la table nue se mit toute seule, une nappe apparut à l'instant même où les assiettes se déposaient sur la table. L'homme jeta alors un regard à la tapisserie puis la réprimanda.

— Qu'ai-je dit au sujet de terroriser les invités ?

Le dragon secoua la tête, roula des yeux comme un humain et se recoucha paisiblement alors que Harry s'installait près de lui.

— Il peut paraître impressionnant mais ce n'est rien de plus qu'une image enchantée. Ne t'inquiètes pas si les gens dans les tableaux ou les tapisseries bougent, c'est courant chez les sorciers. Parfois les personnages partent même faire un tour et reviennent un peu plus tard.

Tom en fut fasciné et passa un long moment à observer le dragon pendant le repas.

Ce fut excellent, à tel point que Tom fut obligé de se restreindre, de peur de se rendre malade à manger plus que son estomac en avait l'habitude. La pire erreur qu'il pouvait faire sur la liste des choses à ne pas faire, était de vomir à la table de son nouveau parent.

Alors il se contenta de petites quantités et tenta de manger le plus proprement possible. La directrice apprenait aux enfants un peu plus grands que Tom l'étiquette et les bonnes manières mais il était trop jeune pour avoir reçu cet enseignement alors il se sentait maladroit et craignait de se comporter de manière dégoûtante. Mrs Cole le regardait toujours comme s'il était une chose méprisable.

Harry ne le regarda pas une seule fois de cette manière-là, il lui proposa un dessert et lui adressa des sourires en lui expliquant que les dragons existaient véritablement et vivaient dans des colonies un peu partout dans le monde. Qu'il s'agissait de créatures dangereuses mais essentielles et qu'il y avait des sorciers dont c'était le métier de vivre parmi les dragons, pour les étudier, les protéger et faire en sorte que les espèces les plus rares ne disparaissent pas.

Tom trouva chaque mot qui sortait de la bouche de son tuteur captivant. Il buvait ses paroles avec plus d'appétit que le déjeuner. Après un moment, le sorcier fit disparaître la vaisselle et se leva pour lui indiquer.

— Nous aurons tout le temps de parler de dragon plus tard. Si je te faisais visiter plutôt ?

Tom acquiesça, bien qu'il eût pu écouter son tuteur parler de dragons toute la journée sans se lasser, il avait hâte de voir à quoi ressemblait la maison.

Il quitta la chaise sur laquelle il était assis pour suivre Harry. Ils traversèrent le salon puis un long couloir couvert de tableaux animés et ils arrivèrent dans l'entrée de la maison qui comportait un escalier massif menant aux étages supérieurs.

Harry le mena jusqu'au premier étage dans un autre couloir assez large, au bout duquel il y avait une grande fenêtre. Toutefois ils s'arrêtèrent bien avant d'atteindre celle-ci et Harry se stoppa devant une porte en bois clair, attrapa tout à coup sa baguette magique et tapota la porte.

Ce qui fit apparaître le prénom Tom sur celle-ci. La porte se grava d'elle-même un instant avant que son tuteur ne la pousse pour en dévoiler l'intérieur à l'enfant.

Enfant qui poussa une exclamation éblouie. Elle était exactement comme Tom imaginait la chambre d'un prince ou d'une princesse. Avec un lit à baldaquin, un gros coffre à jouets, un tapis aux motifs colorés, une armoire, un miroir à pied, une coiffeuse, un secrétaire et une banquette qui donnait sur une double-fenêtre couverte par des rideaux en velours vert.

Il y avait même un chandelier au plafond et Tom se demanda comment il était censé l'éteindre puisqu'il était trop haut pour pouvoir être soufflé.

Lorsqu'ils entrèrent dans la chambre, son tuteur lui demanda.

— Elle te plaît ? C'est la plus grande chambre, elle me paraissait adaptée à un enfant qui aurait besoin de place pour pouvoir y jouer.

Puis il pointa la porte laissée ouverte du doigt et précisa.

— Ma propre chambre se trouve au bout du couloir, à droite de la fenêtre. Tu ne peux pas la louper, mon prénom est gravé sur la porte. N'hésite pas à y venir si jamais tu te sens mal pendant la nuit, d'accord ?

Tom hocha la tête avec obéissance. Il espérait ne pas faire de cauchemars comme c'était parfois le cas à l'orphelinat et se demandait s'il pouvait déranger Harry en pleine nuit pour quelque chose d'aussi dérisoire qu'un mauvais rêve. Probablement pas. Faire un cauchemar était quelque chose que faisaient les bébés, il était grand maintenant, il n'avait plus peur des cauchemars.

Son tuteur lui précisa alors que Tom était perdu dans la contemplation de sa chambre.

— Pour éteindre ou allumer les lumières d'une pièce, frappe dans tes mains, j'ai enchanté toutes les bougies pour qu'elles s'allument et s'éteignent grâce à ce signal.

Puis il se dirigea vers la porte et ajouta en souriant.

— Tu pourras passer du temps dans ta chambre un peu plus tard, je vais te montrer le reste de la maison.

Tom suivit sagement Harry, tentant de retenir où se trouvait chaque pièce. Le salon, la salle à manger, la cuisine, la buanderie et le cellier se trouvaient au rez-de-chaussée. Le premier étage était réservé aux chambres et à la salle de bain.

Celle-ci possédait une baignoire aussi grande qu'un bassin et se trouvait en face de la chambre de son tuteur, quant aux portes entre la chambre de Tom et celle de Harry, il s'agissait d'autres chambres inutilisées. Probablement pour pouvoir y mettre des invités.

Tom se demanda si Harry avait de la famille, il paraissait trop jeune pour être marié mais peut-être avait-il des parents et des frères et sœurs qui lui rendaient souvent visite. Il n'avait pas osé poser la question et supposa que si son tuteur avait de la famille, il les rencontrerait bien assez tôt.

Pour une raison qu'il ignorait, Tom imagina difficilement Harry entouré de sa famille. L'homme paraissait solitaire. Il se dégageait de lui une solitude persistante, comme s'il avait passé la majeure partie de sa vie seul. Peut-être était-ce pour cela qu'il avait souhaité adopter un enfant. Pour ne pas être seul dans cette grande maison.

Tom songea que s'il n'y avait qu'eux deux, c'était pour le mieux. Il n'avait besoin de personne d'autre.

Au deuxième étage, Tom découvrit une bibliothèque qui lui parut immense, pleine de vieux livres doués d'une vie propre, murmurant des choses dans leurs étagères encombrées. Des fauteuils et des pupitres étaient disposés un peu partout dans la pièce pour y lire et y travailler.

Harry lui expliqua en jetant un coup d'œil aux rayons les plus hauts de la bibliothèque qui était accessible par des échelles à roulettes.

— Tu peux lire les livres qui sont à ta portée, ils sont organisés par thèmes, ceux qui sont en haut ont mauvais caractère et traitent de choses vraiment complexes. Si jamais tu as envie d'en lire un lorsque tu seras à l'école de magie, on y regardera ensemble.

Tom s'empressa de demander.

— L'école de magie ?

— En Angleterre les enfants sorciers sont tous inscrits à Poudlard, l'école de magie, dès leur naissance mais il faudra attendre d'avoir onze ans pour y aller. C'est là-bas que tu apprendras à te servir de ta propre magie.

Tom aurait voulu poser beaucoup de questions sur cette fameuse école Poudlard mais Harry le mena vers une porte au fond de la bibliothèque, l'ouvrit et lui dit.

— Comme tu le vois, j'ai laissé cette partie de la bibliothèque vide. On pourra la remplir ensemble avec autre chose que des grimoires de magie. Des livres d'images par exemple, des romans d'aventures ou même des manuels de sciences ou des classiques de la littérature. Tout ce qui te plaira. Est-ce que tu sais lire ?

Tom acquiesça, il savait lire et en était fier mais il avait du mal à réaliser qu'on lui proposait tout à coup d'avoir des livres à lui, qu'il aurait choisi parce qu'il souhaitait les lire. Tout paraissait trop beau pour être vrai, il se sentit tout à coup trop émotif et ne réussit plus à prononcer le moindre mot.

Harry ne sembla pas lui en tenir rigueur, au contraire même, il ralentit le rythme de la visite et sembla prêter davantage attention à ses réactions.

Il lui montra son bureau qui était une grande pièce carrée à l'atmosphère feutrée, juste en face de la bibliothèque et qui contenait un bureau, des parchemins, des plumes et plusieurs pots d'encres et précisa qu'il était possible qu'il soit ici tôt le matin ou tard le soir s'il n'était pas dans sa chambre.

Puis Tom fut emmené dans une pièce qui ressemblait étrangement à une cuisine mais dans laquelle il y avait des chaudrons et des bocaux contenant toutes sortes de drôles de choses.

Harry lui expliqua.

— C'est un laboratoire de potions magiques. Les sorciers se servent des potions de la même façon que les moldus se servent des médicaments, il est donc indispensable de pouvoir en faire à la maison. C'est une pièce où il y a des ingrédients dangereux alors si tu veux t'en servir, il faudra me demander la permission. Je n'ai aucune raison de te la refuser si nous sommes ici ensemble. D'ailleurs je préparerai parfois des potions et tu pourras venir regarder, si tu en as envie.

Tom en avait envie. Il était même pressé à l'idée de voir comment on préparait une potion magique. Le fait que les potions magiques existent le rendait extatique.

Il allait bientôt savoir comment on lançait des sortilèges, fabriquait des potions et même lire des livres de magie. De la vraie magie !

S'habituer à cette idée aurait dû lui prendre davantage de temps mais Tom se rendit compte que maintenant qu'il avait cette connaissance, un monde sans magie lui paraissait inconcevable.

Il y avait également une petite pièce fermée par magie à cet étage que son tuteur ouvrit brièvement pour lui expliquer qu'il s'agissait d'une pièce où il mettait des artefacts et autres objets magiques qui pouvaient se révéler dangereux puis il la referma avec un sortilège et précisa à Tom qu'il n'avait pas le droit d'entrer à l'intérieur.

Tom décida qu'il respecterait l'interdiction, il ne voulait pas mettre Harry en colère ou pire le décevoir alors il prit soin de retenir l'emplacement de cette porte et de faire attention à ne pas s'y rendre.

Après cela, ils traversèrent un autre escalier menant au troisième et dernier étage qui se révéla être une seule et unique pièce immense, deux fois plus grande que la bibliothèque.

Haute de plafond, pleine de colonnes de pierres, de miroirs et fenêtres. Elle possédait deux grandes estrades de bois, la première s'étalait en longueur comme un couloir alors que l'autre formait un cercle. Il y avait de drôles de mannequins de part et d'autre de la pièce ainsi que des armoires et quelques coffres cadenassés. Tom remarqua même, du coin de l'œil, une épée qui paraissait tout à fait authentique, gardée sous vitre.

Il se dégageait de cet étage une atmosphère particulière, le jeune sorcier était certain d'être capable de ressentir la magie qui se dégageait de cet endroit.

Sans savoir pourquoi, il décida que cette pièce était sa préférée de la maison. La plus magique. Pourtant elle était pratiquement vide et Tom se doutait de ce à quoi elle servait… ce devait être une salle pour s'entraîner.

Un endroit pour pratiquer la magie. Une magie pour combattre, une magie pour se défendre. Un étage pour pratiquer des sortilèges bien plus puissants, bien plus dangereux que ceux qui avaient été utilisés sur les bougies de la maison.

Son tuteur lui avait dit que les sorciers n'étaient pas tous gentils, il avait sous-entendu que ce monde, leur monde, était plus dangereux qu'il n'en avait l'air. Tom commença à comprendre que la magie était un pouvoir extraordinaire et un grand pouvoir vient avec de grandes responsabilités.

Les moldus arrivaient à se faire la guerre avec leurs poings, que feraient les hommes s'ils pouvaient se battre à coup de maléfices ?

Tom avait ordonné à un lapin de se tuer, de véritables sorciers étaient certainement capables de bien pire.

Il était évident qu'ils ne s'en priveraient pas. Le petit sorcier songea qu'il aurait dû en avoir peur car il ne savait rien de ces autres sorciers qui étaient ses congénères mais il n'avait pas peur.

Harry Potter lui avait promis de le protéger et Tom le croyait dur comme fer. Il était en sécurité.

Son tuteur s'avança dans la pièce, la contempla du regard puis passa une main dans ses courts cheveux bruns et prononça avec un sourire fragile.

— J'ai construit cet étage moi-même.

Il avait l'air malheureux comme s'il eût préféré ne pas à avoir à le construire, il se tourna pour le regarder dans les yeux et précisa.

— C'est une salle d'entraînement. C'est également la pièce la plus protégée de la maison. C'est ici que je pratique la magie et c'est ici aussi que tu pourras la pratiquer lorsque tu seras plus grand. C'est aussi dans cette pièce qu'il faudra te rendre si jamais il venait à arriver quelque chose. Si un danger te menace ou menace cette maison, tu dois te rendre ici. Même si la maison brûle ou tombe en ruine, cette pièce restera indemne. Personne ne peut te faire de mal si tu te trouves ici.

Tom la trouva alors encore plus intrigante qu'auparavant. Fasciné, il se demanda si les sorciers pouvaient démolir une maison comme celle-ci d'un seul coup de baguette.

Cela lui paraissait faisable, dans son imagination encore enfantine, la magie était capable de tout. Ce qui la rendait terriblement attirante.

Ils restèrent un instant dans le silence puis Harry se secoua et lui proposa.

— Tu veux voir à quoi ressemble l'extérieur de la maison ? Il y a également un accès qui mène au grenier en haut mais ce n'est pas un endroit très intéressant, j'y ai mis quelques objets comme mon balai magique mais il est pratiquement vide, peut-être que j'en ferai quelque chose plus tard.

Harry le ramena vers la porte d'entrée, tout en bas des escaliers, puis il l'ouvrit en grand et Tom put voir l'extérieur pour la première fois.

Le soleil était en train de disparaître, parant l'extérieur de lueurs roses orangées et la neige s'était remise à tomber pendant qu'ils visitaient la maison. Au-dehors s'étendait la mer à perte de vue et de l'autre côté il y avait une plaine immense recouverte de neige et délimitée par une forêt de pins.

Tom n'avait jamais vu un paysage aussi magnifique. En réalité, c'était la première fois qu'il quittait Londres. Il se doutait bien que la maison de Harry ne se situait pas à Londres mais il n'aurait jamais imaginé se retrouver propulsé à la campagne et certainement pas au bord de la mer, sur le rebord d'une falaise.

Il n'avait jamais vu la mer. Il n'avait jamais vu de plaine aussi grande ni même de forêt enneigée.

Harry sembla sourire au paysage.

— Tout ce qui se trouve sous tes yeux est à nous. Je rêvais d'un endroit paisible pour y vivre, j'ai acheté ces terres. Le village le plus proche se trouve à une dizaine de kilomètres de marche en longeant la côte et c'est un village moldu. Poudlard ainsi que le premier village sorcier se situent au sud, il faut traverser la forêt pour s'y rendre. Et de l'autre côté de la mer… il y a le reste du monde.

Tom se sentit minuscule. L'orphelinat Wool lui parut si loin, si éloigné de ce qu'il avait sous les yeux, qu'il sentit un poids qu'il ne savait porter quitter ses épaules.

Mrs Cole se trouvait probablement à plusieurs centaines de kilomètres de lui, elle ne pourrait plus l'effrayer ou lui faire du mal. Billy Stubbs n'allait pas le coincer dans un coin pour le rouer de coups, et Amy et Dennis ne passeraient plus jamais leur temps à se moquer de lui ou à le bousculer dans les couloirs.

Cette vie était derrière lui.

Sa vie était à lui.

Harry quitta le paysage des yeux pour lui jeter un œil.

— Ce sera un terrain de jeu immense toute l'année. Tu pourras te baigner en été, jouer dans la neige en hiver, te promener dans les dunes en automne et profiter de la forêt au printemps. On pourra visiter les environs, aller jusqu'à Poudlard en volant et jusqu'au village moldu à pied. Et le reste du temps, si tu souhaites te rendre en ville ou n'importe où en Angleterre ; il y a la poudre de cheminette.

Tom se sentit obligé de déclarer, ses émotions revenant batailler dans sa poitrine, conscient de la chance qu'il avait d'avoir été choisi par Harry. Il ne devait pas être le seul enfant sorcier orphelin de Londres, n'importe qui aurait pu être à sa place mais il avait été choisi.

— Merci.

Sa voix était tremblotante et il avait l'impression que ce simple mot n'exprimait rien du soulagement réel qu'il ressentait depuis qu'il était sorti de l'orphelinat. Il aurait voulu ajouter quelque chose d'autre, n'importe quoi mais il n'y parvient pas.

Harry le ramena à l'intérieur et ils se retrouvèrent tous deux un peu perdus dans le silence de cette grande maison… toutefois son tuteur lui proposa rapidement de le suivre à l'étage.

Tom changea de vêtements car Harry lui expliqua qu'il n'était plus obligé de garder son uniforme de l'orphelinat maintenant et que, s'il le voulait, il pouvait mettre n'importe quel vêtement de l'armoire de sa chambre.

Mettre des vêtements neufs, qui ne lui rappelaient pas l'orphelinat, lui parut fantastique alors Tom sauta sur l'occasion. Au début, il ne sut pas quels habits porter et se décida finalement pour une robe de sorcier qui paraissait à sa taille en espérant ne pas faire n'importe quoi.

Il n'avait pas l'habitude de mettre ces habits et se sentait maladroit, il ne voulait surtout pas les abîmer.

Lorsqu'il fut prêt il sortit pour découvrir que son tuteur l'attendait et que lui aussi s'était changé, le costume moldu avait laissé place à une robe de sorcier, une chemise, un veston, une cravate et un pantalon assorti.

Harry était un bel homme et Tom songea qu'il aurait certainement pu trouver une femme et avoir un enfant avec elle s'il l'avait voulu.

Que se passerait-il si son tuteur se mariait un jour ?

Tom serait probablement mis à la porte, Harry préférerait fonder sa propre famille plutôt que de le garder. Sauf si… Tom réussissait à se rendre indispensable. S'il prouvait sa valeur et montrait qu'il valait aussi bien, sinon mieux qu'un enfant légitime, alors son tuteur le garderait quoi qu'il advienne.

Tom s'excusa d'avoir été aussi long et Harry ne sembla pas du tout lui en vouloir, il ajusta même sa tenue et lui expliqua comment boutonner correctement sa robe de sorcier puis il l'emmena jusqu'à la bibliothèque et ils s'installèrent dans les fauteuils.

Ils eurent alors une conversation passionnante sur la magie et Harry lui expliqua ; lorsque Tom demanda s'il pouvait lui apprendre un sortilège.

— Je peux te montrer des sortilèges et t'expliquer comment ils fonctionnent mais tu ne peux pas les reproduire, tu pourras quand tu seras plus grand, lorsque tu iras à Poudlard.

Tom fut très attentif lorsque son père adoptif précisa.

— Avant l'âge de onze ans, la magie dans ton corps est encore trop jeune et instable, ce qui peut causer des accidents. C'est pour cela que tu dois attendre d'être plus âgé et d'aller à l'école pour pouvoir apprendre. Il faut savoir que plus un enfant possède de magie à l'intérieur de lui et plus l'accident de magie accidentelle peut être dangereux. Il se pourrait que tu te fasses très mal ou que tu casses ta magie en voulant t'en servir dès maintenant. C'est pourquoi j'aimerais que tu me fasses la promesse de ne pas l'utiliser avant d'être assez grand pour le faire.

Tom resta parfaitement silencieux, il comprenait ce que Harry venait de lui dire et ce que cela impliquait pour lui mais il trouvait cela dommage. La première chose qu'il voulait faire était utiliser cette magie présente à l'intérieur de lui.

Tom voulait devenir un grand sorcier et pour cela, il lui fallait pratiquer la magie au plus vite. Toutefois il ne voulait pas la casser… ce serait horrible.

Alors il prit la décision qu'il ferait attention et qu'il ne l'utiliserait pas… sauf s'il était sûr de pouvoir le faire sans danger.

— Je ne ferai pas de magie avant d'être sûr de pouvoir.

Harry lui adressa un sourire reconnaissant et l'apprenti sorcier se sentit soulagé.

Son tuteur poursuivit ses explications sur le sujet.

— Lorsqu'un sorcier atteint l'âge de onze ans, sa magie se stabilise et il peut alors choisir une baguette qui lui permettra d'apprendre à utiliser sa magie. Il est nécessaire d'en avoir une pour s'exercer mais par la suite, certains sorciers deviennent capables de magie sans baguette. C'est une forme avancée de magie. Pour la plupart des sorciers, la baguette est un objet extrêmement important et la perdre ou la casser équivaut à perdre une partie de soi-même.

Tom posa un regard nouveau sur le bâton que tenait Harry entre ses mains. Comment un simple bout de bois pouvait-il être si important ?

En regardant attentivement celle de son tuteur, Tom remarqua que la baguette paraissait avoir été cassée, comme si on l'avait brisé puis reconstitué.

— Elle a été cassée ?

Harry porta un regard attendri au morceau de bois entre ses mains.

— Effectivement, elle s'est cassée. Lors d'un combat, une amie l'a utilisé pour lancer un sort explosif mais le sort a ricoché et a détruit ma baguette. C'était un accident qui ne se serait pas produit si j'avais été celui qui avait lancé le sort. Mais parfois on n'a pas le choix et on utilise la baguette qu'on a sous la main. En fonction de la situation, tu n'auras peut-être pas toujours ta baguette sur toi. Si cela arrive, assure-toi de lancer ton sort comme si c'était la première fois. En le prononçant clairement et en faisant le geste qui y est associé.

Harry tendit sa baguette et fit un mouvement vers le haut en prononçant Lumos et une boule de lumière vive naquit au bout du morceau de bois.

Tom la contempla avec émerveillement alors que l'adulte lui expliquait.

— Ce n'est pas une mauvaise idée d'essayer un sortilège simple comme Lumos pour essayer une baguette qui n'est pas la tienne, ainsi tu verras si elle est compatible avec ta magie ou non. Si la lumière est vacillante, c'est que le noyau de la baguette ne reçoit pas assez ou pas correctement ta magie, dans ce cas, il faudra donner plus de force et d'intensité à tes sorts pour obtenir le même résultat qu'avec ta propre baguette. En revanche, si la lumière est trop forte ou incontrôlable, c'est que le bois de la baguette est trop sensible à ta magie et elle ne pourra pas être contenue par celui-ci. Dans ce cas tes pouvoirs seront mal transmis au noyau et sortiront avec un excès. Ce qui peut briser la baguette.

Tom acquiesça même s'il y avait trop de mots compliqués pour qu'il saisisse pleinement le sens des paroles de son tuteur.

Il était heureux que l'homme partage ses connaissances sur la magie et il n'avait pas l'impression d'être pris pour un petit enfant à qui il fallait tout expliquer de façon idiote comme le faisaient souvent les hommes de l'église qui venaient parfois donner des leçons sur la Bible.

Ils passèrent la fin de l'après-midi à parler de magie et Tom réussit à poser des questions sans se sentir trop intimidé.

Il apprit énormément de choses et après le repas du soir, Tom réussit à demander s'il pouvait écrire les choses apprises sur un papier et Harry lui amena un cahier, un plumier et de l'encre en lui précisant qu'il y avait beaucoup de matériels de ce genre dans la bibliothèque et qu'il pouvait s'en servir quand l'envie lui prenait.

Tom l'avait remercié avec joie puis avait passé une partie de la soirée à écrire sur son cahier dans le salon alors que son tuteur lisait un livre affublé d'une sorte d'animal étrange pourvu de cornes sur la couverture.

Enfin il devait s'être endormi devant son cahier puisqu'il se souvenait vaguement d'avoir été dans les bras de son nouveau parent avant d'atterrir dans son lit. Harry l'avait ramené dans sa chambre et bordé et Tom s'était réveillé un moment plus tard, emmitouflé dans ses couvertures, sa malle de l'orphelinat posée sur sa table de nuit, l'esprit en paix, des réminiscences de rêves emplis de magie plein la tête.

Le petit garçon réalisa que sa vie ne serait plus jamais la même. Il avait la magie, un parent pour prendre soin de lui, une maison. Il pouvait grandir ici puis aller dans une école où il apprendrait la sorcellerie.

Pour la première fois de son existence, Tom se sentait à sa place. Heureux.

Fin.


Est-ce que ce truc mérite des reviews ?

J'ai presque envie de poursuivre cette fanfiction en suivant Tom quelques années plus tard pour voir ce qu'il est devenu avec Harry mais cette histoire peut aussi être un one-shot isolé.

Dites-moi ce que vous en pensez !

En espérant que vous ferez de merveilleuses lectures sur le site.