Levée à l'aube, les acadesses avançaient furtivement dans la pâle lumière de l'aube. Le soleil commençait tout juste à se lever, comme réveillé par le léger bruissement produit par les armures. Aucun mot n'était prononcé. Les consignes leurs avaient été données au réveil, entre deux séries d'algones. Leur seule mission : atteindre le point de ralliement avec tout leur barda sans se faire prendre par les Maîtres. Tous les moyens étaient bons pour y parvenir. Ainsi, les jeunes filles s'étaient regroupées par équipe afin de gagner en discrétion. Elles avaient été faites de manière équilibrée et des rôles avaient été distribués naturellement, en fonction des compétences de chacune. Les porteuses s'occupaient des sacs des éclaireuses. L'arrière garde s'occupait de camoufler leurs traces après leur passage pour éviter d'être prises à revers. Les relayeuses faisaient le lien entre les différentes équipes, chacune guidée par trois orientatrices. Il y avait cinq équipes au total. À leurs têtes, liant tous les postes, se trouvaient Ylen, Aricie, Méléanna, Palhmire et Ségolia. Cette dernière s'occupait également de coordonner l'ensemble des acadesses.

Après avoir réussi à sortir de l'académie puis d'Ebnestal, les groupes s'étaient rapidement dirigés vers la forêt la plus proche, afin de gagner en discrétion. Cela ne s'était pas fait sans heurt : deux éclaireuses de l'équipe 3 avaient croisé la route d'un Maître. La première, cachée, n'avait pas été repérée ou du moins était-elle suffisamment bien cachée pour que la dame guerrière lui laisse la vie sauve. L'autre n'avait pas eu cette chance : elle ne l'avait pas entendu arriver et elle s'était faite prendre par surprise. Pour elle, le combat était fini à moins que ses coéquipières arrivent à la récupérer. Mais le choix cornélien de sauver des alliés en mettant les autres en danger revenait aux chefs de groupe : en comparant les avantages et les risques, elles avaient dû l'abandonner, la mort dans l'âme. En effet, chaque acadesse prisonnière à la fin de l'exercice serait condamnée à un entraînement intensif nocturne pendant 1 semaine, accompagnée de sa chef de groupe et de Ségolia. Ainsi, non seulement les "morts" et leurs chefs seraient sanctionnées mais également les autres acadesses qui seront gênées par le bruit inévitable qui en découlerait.

À l'affût du plus léger souffle, Méléanna guettait avec patience le retour de ses éclaireuses. Elle était responsable de la première équipe. Même si elle n'était pas en charge de l'ensemble du groupe, son unité était la pierre d'angle sur laquelle reposait l'intégrité des autres équipes : elle devait avertir des dangers qu'elle repérait sur le chemin et tracer un itinéraire suffisamment sûr pour que le maximum d'équipes puissent y passer sans danger.

Un petit craquement survint sur sa droite. Toutes les filles de l'équipe mirent immédiatement leur main sur la garde de leur épée. Ce fut Ludyvine qui sortit des buissons, rassurant la petite troupe. Elle revenait faire son rapport à Méléanna et lui indiquer les chemins les plus adaptés à leur passage.

Attentives à ce que leur éclaireuse expliquait, elles faisaient moins attention à ce qui les entourait. Ainsi, Maître Clenia les prit par surprise. Le temps qu'elles se ressaisissent, huit d'entre elles étaient déjà à terre. Tandis que la défense se mettait en place, Ludyvine quitta le groupe en courant afin d'avertir le groupe suivant.

Cette fois-ci, elle vérifia plusieurs fois de n'être pas suivie avant de prendre contact avec Aricie, cheffe de l'équipe 2.

– Éclaireuse de l'équipe 1, au rapport. Maître Clenia nous a repérées, nous demandons de l'aide pour évacuer le maximum de personnes. Je n'ai pas été suivie.

Aricie se posa quelques minutes afin de réfléchir à la marche à suivre ; était-ce rentable pour le groupe d'aller secourir une équipe ? Et dans ce cas, que devait-elle faire : attendre que l'équipe entièrement soit faite prisonnière ou aller l'aider immédiatement et devoir tirer les blessés ?

– Myriam, tu vas demander un soutien pour l'évacuation au groupe 3 et Adèle, tu vas prévenir les groupes 4 et 5 qu'il faut un camp temporaire pour s'occuper des blessés. On pose nos sacs ici : ce sera le point de ralliement. Camille et Lucie, vous êtes chargées de les camoufler rapidement puis de nous rejoindre au pas de course. Ludyvine, on te suit.

Tandis que chacune des filles appelée se mettait à l'ouvrage sans attendre et que les autres suivirent rapidement l'éclaireuse du groupe 1, Aricie continua de donner ses consignes pour la bataille à venir. Le but était de récupérer le maximum de personnes. Ainsi, les porteuses étaient chargées de ramener les blessées au lieu, protégées par l'arrière-garde. Ce serait la priorité. Puis, les autres devraient permettre aux filles de l'équipe 1 de reprendre un peu leur souffle, afin de réussir à fuir toutes ensemble au signal d'Aricie.

Aricie et Méléanna s'occuperaient de Maître Clénia. Même si elles faisaient parties des meilleures lames de leur promotion, la générale de l'équipe 2 savait qu'elles ne battraient pas leur adversaire. En revanche, elle savait qu'elles avaient plus de souffle qu'elle. Ainsi, elles devaient la distraire suffisamment longtemps pour que toutes leurs filles s'éparpillent dans la forêt puis si elles arrivaient à tenir jusque là, elles tâcheraient de s'enfuir à leur tour.

Afin de garder l'élément de surprise, l'équipe 2 arriva par l'arrière. La maître d'arme ne fut pas plus gênée par leur arrivée. En revanche, un regain d'énergie boosta ses premières adversaires. Aricie repéra rapidement Méléanna : elle se trouvait en première position. La sortant de la mêlée d'attaque, elle lui expliqua rapidement leur plan puis elle partit aider ses porteuses à récupérer toutes les filles à terre afin d'accélérer le mouvement : il ne fallait pas non plus que les renforts viennent grossir les rangs des personnes à évacuer !

Méléanna en profita pour avoir un regard global de la situation. Les filles de son équipe et de celle d'Aricie avaient mis en place des groupes qui se relayaient en première place afin de rester au mieux de leur forme. Quand l'une d'elle avait besoin de reprendre son souffle ou, blessée, devait évacuer les lignes avant, elle criait "porte". Ce simple mot n'avait pas lieu d'exister dans ce contexte et il portait plus loin qu'un mot comme "flûte". Il était ainsi immédiatement entendu par les filles en attente, ce qui permettait un échange d'attaquante plus rapide.

Lorsqu'il ne resta plus que les attaquantes de front, Méléanna et Aricie se préparèrent à monter à l'assaut. Tandis que Méléanna monta en première ligne, Aricie resta au niveau de l'équipe d'attente où elle demande à sa voisine de lancer le signal au moment où elle arriverait elle aussi en position d'attaque. Lorsqu'enfin elle put prendre sa position, à l'opposée de Méléanna, un "assaut" retentit fortement.Toutes les acadesses hormis leurs chefs d'équipes s'enfuirent dans toutes les directions afin de ne pas indiquer à Maître Clénia la position de leur campement. Ce mot avait été choisi spécialement pour tromper le maître d'épée et obtenir un élément de surprise. Cela avait marché : pendant un quart de seconde, leur adversaire s'était figé.

Aricie savait bien qu'il y avait très peu de chance que les deux chefs d'équipes s'en sortent mais préférait se sacrifier pour sauver le plus de personnes possibles, tout comme Méléanna. Tantôt parant un coup, tant esquivant, tantôt pointant, les deux lionnes se démenaient afin de gagner quelques précieuses secondes pour leurs équipes. Elles donnaient tout ce qu'elles avaient dans ce combat, mettant de côté toute pensées parasites.