La voix sifflante de Voldemort les tira de leur transe. Lorsqu'elle se tut enfin, Harry regarda comme hypnotisé la fiole de souvenirs qu'il tenait dans ses mains. Sans un mot, il se leva et se dirigea vers la sortie de la Cabane Hurlante.

Hermione lui jeta à peine un coup d'œil avant de se laisser tomber aux côtés du moribond. Sous les yeux éberlués de Ron, elle tira de son sac un assortiment de Potions de premier secours ainsi qu'un bézoard qu'elle envoya directement dans l'estomac de l'homme à présent plus pâle que la mort. De sa main qui tremblait à peine, elle pressura l'infâme blessure qui laissait couler des flots de sang et d'un diffindo habilement maîtrisé, elle découpa un pan de la robe de Snape pour lui faire un pansement provisoire.

-Mione... Mione !

Hermione sursauta et se retourna vers son ami. Il s'était accroupi près d'elle et tentait de l'arrêter.

-Ron... Lâche-moi !

-C'est fini Mione. Tu perds ton temps. Il n'en vaut pas la peine. Viens. Allons aider Harry, dit-il en tentant de l'entraîner à sa suite.

La sorcière se dégagea de l'emprise d'un mouvement sec.

-Laisse moi, Ron ! Personne, pas même lui ne mérite de mourir ainsi ! Surtout pas lui ! Marmonna une petite voix au fond d'elle même. Pourquoi avait-elle la certitude que ni elle, ni personne ne savait rien des motivations de l'homme étendu la, dont la vie s'échappait à une vitesse alarmante ? Elle n'aurait pu le dire mais elle le savait. Elle se retourna vers Snape et posa ses doigts ensanglantés sur sa jugulaire. Le pouls était si ténu qu'elle ne pu le sentir qu'en retenant sa respiration.

-Je retourne auprès de Harry, Mione. Tu perds ton temps... D'autres ont déjà et auront besoin de tes soins et de l'énergie que tu gaspilles inutilement en ce moment. Penses-y.

Hermione ferma les yeux pour se concentrer sur ses gestes et non sur la colère sourde qu'elle sentait monter en elle. D'une main sûre, elle ouvrit grand le col de la robe de l'ancien Directeur de Poudlard et chercha sous les ruisseaux de sang d'autres blessures qu'elle n'aurait pas remarquées. Les crocs du serpent avaient fouillé la chair et l'épaule et une partie du cou n'étaient plus qu'une immonde bouillie de sang, de chair et d'os. Le malheureux pansement destiné à arrêter l'hémorragie ne servait déjà plus à rien et elle l'ôta d'un geste rageur.

Hors de question de capituler devant cette saloperie !

Tandis qu'elle réfléchissait à toute allure, sa main gauche pressée sur le cou de Snape, elle déchira une nouvelle bande et prit soin de lui apposer quelques sorts de puissants coagulants. Si le bezoard avait bien fait son œuvre, le sorcier pourrait tenir jusqu'à ce qu'il puisse être pris en charge par de vrais Médicomages.

Une angoisse sourde lui vrilla la poitrine. S'ils survivaient à cette nuit-la...

Rien n'était moins sûr.

Elle se redressa, échevelée, le visage rougi par l'effort, ses mains et ses vêtements ensanglantés du sang de l'homme gisant à terre.

-Tenez bon, Severus Snape. Je reviendrai vous chercher.

Elle tourna les talons et courut rejoindre ses deux amis, non sans avoir jeté à plusieurs reprises un regard en arrière.

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Il souffrait. Merlin qu'il souffrait ! Il savait que vivre était douloureux mais mourir...! Sa dernière douleur, pensa-t-il, son dernier calvaire. Mais pourquoi cela durait-il ? C'aurait dû être rapide.

La seule chose qu'il regrettait était de n'avoir pas su l'affronter aussi dignement qu'il l'aurait voulu. Il avait presque voulu s'enfuir, prendre un prétexte pour échapper à sa mise à mort. Il n'avait pas su regarder la mort et son bourreau en face. Et quel bourreau ! Tué par un serpent ! Encore une ironie pour un fier Serpentard !

La douleur lui vrillait le corps et la tête. Quelqu'un s'affairait sur lui.

Non ! Laissez-moi mourir ! Vous n'avez pas le droit !

Il aurait voulu se débattre, ôter les charmes puissants qui le maintenaient à présent en vie, qui le ramenaient lentement mais sûrement vers la lumière.

POURQUOI ? Pourquoi cela même lui était-il refusé ?

Qui aurait donc voulu de sa misérable vie ? Qui était assez fou pour ne pas vouloir se débarrasser de lui ?

Et comble de l'horreur... Envers QUI allait-il avoir une Dette de Vie ?

Toutes ces réflexions se heurtaient dans sa tête tandis qu'il reprenait peu à peu conscience. Lorsqu'il fut assez fort pour ouvrir enfin les yeux, la faible lueur de l'aube se profilait déjà hors de la Cabane. Barricadant sa douleur au plus profond de lui-même, Snape tenta de se redresser. Un gémissement lui échappa tandis qu'il parvenait au bout de plusieurs tentatives à ramper peu à peu vers le tunnel. Un dernier regard en arrière, un Récurvite plus tard, et ce fut comme si jamais il n'était entré dans ce lieu maudit.

Lorsqu'il parvint enfin à l'air libre, le jour commençait à poindre à l'horizon. Le ciel s'était paré d'un doux kaléidoscope de couleurs, depuis le bleu encore sombre à l'ouest au rose flamboyant à l'est.

Snape leva les yeux vers le ciel et une ombre obscurcit son regard.

Saleté de gamin ! Ce petit con avait réussi finalement...

Avec un jour aussi beau, Voldemort ne pouvait être vainqueur...

Il jeta un dernier regard vers le château qu'il distinguait dans l'aube naissante et rampa lentement vers la forêt toute proche.

Lorsque beaucoup plus tard des Aurors vinrent récupèrer ce qu'il pensaient être les misérables restes du détesté Serpentard, ils retournèrent au château stupéfaits : c'était comme si jamais Severus Snape n'avait approché la Cabane Hurlante. Des battues furent organisées, et l'on chercha tous azimuts dans le monde magique une trace du Potionniste. Peine perdue.

Severus Snape, Mangemort avéré, Directeur de Poudlard, meurtrier de Dumbledore avait disparu de la surface de la Terre.