Attention ! Mention de torture très difficile ! Âmes sensibles s'abstenir !
Elle hésitait.
Jamais elle n'aurait pu imaginer se voir proposer une telle opportunité, un honneur à ses yeux. Mais jamais non plus, elle n'aurait imaginé pouvoir répondre par l'affirmative, surtout le sachant vivant. Et pourtant, Merlin ! Qu'elle était tentée ! Tentée de dire oui, juste pour voir ses limites. Savoir si elle pouvait survivre. Survivre à ses souvenirs. A Lavande. A Colin. A Tonks. A Remus. A Hagrid. A Flitwick. A cette femme démembrée par un géant et dont les hurlements hantaient ses nuits. A cet autre homme, visage inconnu, dont le corps sans tête avait atterrit à ses pieds, décapité à la main par Greyback. A celui-ci encore... A celle-là... A ce tourbillons de visages désormais compagnons de sa solitude.
Elle étouffa un sanglot et se reprit. Oui, elle allait accepter le poste. Mais elle devait l'en avertir. Voulait-elle par là lui demander son accord ? Sa bénédiction ? Un rictus amer étira ses lèvres. Non, mais au moins lui faire part de sa décision. Il le méritait après tout. Elle pouvait affirmer sans trop de risque d'erreur qu'il avait été le Professeur des Potions le plus marquant de l'Histoire de Poudlard.
Sa décision prise, elle se saisit d'un morceau de parchemin et griffonna à la hâte quelques lignes. La balle serait demain dans son camp... Ou dans sa poche, pour être plus précise.
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Il sortait comme à son habitude de l'herboristerie et se dirigeait vers la librairie discrète où il avait ses habitudes. En chinant un peu dans les rayons de seconde main, il ne doutait pas de pouvoir mettre la main sur quelque ouvrage intéressant. Son regard se tourna machinalement vers la ruelle où il avait interpellé la Miss Je-Sais-Tout deux jours auparavant et il se figea. Elle était là et le fixait de telle manière qu'il lui était impossible de croire qu'elle ne l'eut pas reconnu. Leurs regards se happèrent un instant avant qu'il ne rompe le lien et ne continue sa route.
Deux heures plus tard, une dizaine de livres magiquement rétrécis en poche, il transplana chez lui avec dans l'idée une soirée comme il les affectait. Un fauteuil confortable, une bouteille de Cognac français 20 ans d'âge et une pépite de la littérature anglais ou française. Il hésitait ce soir entre Shakespeare et Victor Hugo, deux géants de papier qu'il affectionnait particulièrement. Tout à sa réflexion, il sortit les livres de sa poche et leur rendit leur taille normale en les posant sur la table basse du séjour. Fronçant les sourcils, il tendit la main vers le morceau de parchemin qui s'était coincé entre les pages du roman de Stendhal. Il était persuadé qu'il n'y était pas lorsqu'il avait acheté le livre. Une minute plus tard, la mâchoire serrée, il fixait le bout de papier comme s'il avait voulu lui lancer un Avada Kedavra. Cette infernale bonne femme venait de lui gâcher sa soirée. Elle pouvait bien se mettre sa demande de rendez-vous là où il pensait ! Il était hors de question qu'il y aille.
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Deux jours plus tard, il déambulait dans cette fameuse ruelle, s'insultant lui-même, ses ancêtres et Merlin, maudissant sa stupide curiosité et son virage complètement Poufsouffle. Il ne s'arrêta que lorsqu'elle surgit en face de lui, haussant un sourcil moqueur devant ses grommellements digne d'un demi-géant. Tout en tentant de reprendre un peu de dignité, il lui lança un regard noir pour la décourager de tenter de commenter quoi que soit. Ce regard ! Fut un temps, il faisant trembler tout élève entre la première et la septième année... Elle sourit. Plus maintenant, ou, du moins, pas elle. Elle sentit toutefois une boule d'angoisse se former au niveau de son estomac lorsqu'elle se souvint de ce qu'elle avait à lui avouer. D'une voix moins ferme qu'elle ne le voulut, elle osa avancer :
-Pouvons-nous discuter dans un coin tranquille...?
Il haussa un sourcil interrogateur, pesa le pour et le contre rapidement avant de hausser les épaules et de lui faire signe qu'il la suivait. Il était bien trop curieux de voir ce qui pouvait mettre cette jeune femme effrontée aussi mal à l'aise.
Hermione souffla un bon coup et se dirigea sans hésitation vers un petit bar dans un angle reculé de la rue. Elle entra et le sorcier qui la suivait nota immédiatement le scanner circulaire qu'elle faisait de la salle. Après s'être assurée qu'ils étaient dans un endroit sûr, elle se dirigea avec assurance vers une table dans un angle sombre et commanda immédiatement deux whisky Purfeu.
Snape l'avait suivi et s'était installé face à elle sans un mot. Le barman leur apporta leurs verres et la jeune femme en prit immédiatement une lampée, sous l'œil un brin amusé de son vis-à-vis. La tigresse, pardon la lionne, avait besoin de courage ? Intéressant.
Hermione soupira une nouvelle fois et il vit distinctement l'instant précis où elle décida de crever l'abcès.
-J'ai vu Minerva...
-Et en quoi votre rendez-vous avec le chat de gouttière me concerne-t-il, Granger?
-Elle m'a proposé un poste... et j'ai cru de mon devoir de vous faire part de ma décision avant de lui donner ma réponse.
-Je vais donc reposer ma question autrement... En quoi votre carrière, si brillante soit-elle, me concerne-t-elle ?
-Parce que Minerva m'a proposé le poste de Professeur de Potions... votre poste.
-Ancien poste, la corrigea-t-il avec une grimace. Et alors ? Si vous voulez perdre votre temps, votre vie et votre énergie à enseigner un art subtil à une bande de cornichons décérébrés, libre à vous. Vous ne pourrez, je pense, pas être pire que Slughorn.
-Merci du compliment...
-Ce n'en était pas un, croyez-moi. Je sais tout de même faire la différence entre un Niffleur et un Scroutt à pétard...
-Rassurez-moi...ou pas. De Slughorn ou de moi, qui est le Niffleur...et le Scroutt...?
Merlin que cette femme était agaçante ! Ce n'était plus Miss Je-Sais-Tout mais Miss J'ai-réponse-à-tout ! Un détail le turlupinait, cependant et il marmonna plus pour lui-même que pour elle.
-Slughorn parti, la Maison Serpentard devrait logiquement revenir à Aurora... ce ne pourra pas être pire que lui de toute manière.
Malheureusement, ou heureusement, elle l'entendit. La pièce tangua. Seule la chaise sur laquelle elle était assise lui permit de ne pas s'effondrer. Lui s'était aperçu de son trouble, non, plus que ça, de sa terreur. Nulle explication en fut nécessaire, seulement des précisions.
- Quand...? murmura-t-il doucement
Elle fut étonné que sa voix accepte de se laisser moduler, bien que brisée.
-Six mois après la fin de la guerre...
-Comment..?
-Éventrée... Elle était enceinte, suffoqua-t-elle rapidement. Les mots se bousculaient, comme pour évacuer cet énième cauchemar.
-Qui...? demanda-t-il pour la forme, sachant d'avance ce qu'il allait entendre.
Elle sanglotait doucement mais trouva encore la force de bégayer dans un souffle.
- Bellatrix... et Greyback... Ils l'ont attrapée... elle sortait d'un rendez-vous... avec le médicomage... seule... elle l'a éventrée... en veillant à ce qu'elle reste... consciente... pour sentir Grayback... lui arracher... oh Merlin !
La jeune femme réprima difficilement un haut-le-cœur. Lui avait fermé les yeux, le visage de marbre, blême de colère et de dégoût. Ces gens ne méritaient pas de vivre. Aurora Sinistra avait toujours été honnête et étonnement assez droite pour une Serpentard. Il devait cependant lui poser une dernière question avant de tenter de clore le sujet.
-... Son compagnon ?
-Moldu... Devenu fou...
Le regard fixe, elle ne parlait plus que par monosyllabes, d'une voix atone.
-Ça a duré quelques mois... Ils attaquaient tout... Tout ce qui n'était pas Sang-Pur... Torturaient... Laissaient pour morts...
-... Vous...?
-Ils ont tenté... Je m'en suis sortie, ajouta-t-elle avec, lui sembla-t-il, comme une pointe de regret.
Un silence lourd se fit et il sut ce qu'il devait faire pour l'empêcher de sombrer dans ses souvenirs.
-Et aujourd'hui Minerva semble vous trouver à la hauteur pour ME remplacer..?
Elle papillonna des yeux, comme si elle émergeait d'un rêve.
-Oh... Euh, oui... Mais non ! Ajouta-t-elle rapidement. Je ne veux pas vous remplacer. D'ailleurs, si je ne m'abuse, c'est à vous que je devrais donner du "Monsieur le Directeur"...
Il la regarda sans rien dire mais elle distingua très clairement une étincelle amusée, non moqueuse serait plus exacte, au fond de ses yeux d'encre.
-J'avais raison ! Jubila-t-elle.
-Et qu'est-ce qui a amené notre Miss Je-sais-tout à cette brillante conclusion ?
Il avait tenté de lui répondre avec morgue mais pour une fois, il fut presque content d'échouer lamentablement.
-Minerva. Elle m'a dit que personne n'avait pu rentrer chez vous depuis votre disparition. Pas même elle. Ce qui est totalement impossible si le château l'a reconnue comme Directrice. Seule explication : elle ne l'est pas vraiment et le château reconnaît quelqu'un d'autre. Vous, en l'occurrence.
-J'ose espérer pour vous que vous avez gardé vos brillantes déductions pour vous-même...
Il ne plaisantait plus et elle fut presque vexée de son manque de confiance.
-Sachez, Professeur, que je ne suis pas du genre à parler à tort et à travers.
-Je l'espère pour vous. Tout ceci ne règle pas notre problème, cependant.
Elle le regarda sans comprendre et il leva les yeux au ciel.
-La Maison Serpentard n'a pas de Directeur.
-Oh...
Elle rougit, honteuse de n'y avoir pas pensé.
-Minerva se donne jusqu'à juin. Elle a même voulu me confier le poste que j'ai catégoriquement refusé, ne vous inquiétez pas. Ce n'est pas à moi de porter cette charge. Mais Minerva a insisté. Elle me dit que si nous ne trouvons pas de solution d'ici Juin, pour la première fois depuis sa création, Poudlard aura une Maison Orpheline.
