Plop bonjour !
Cet OS a été écrit à l'occasion de l'Event de la Saint Valentin 2022 du Forum Francophone de My Hero Academia. Un thème est donné chaque jour du 14 au 20 février et nous pouvons écrire sur tous les fandoms possibles et sans forcément que ce soit sur un couple. ^^
Le thème pour cet OS est "Mélange équilibré", bonne lecture !
DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient
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La neige danse derrière la fenêtre, luisant en renvoyant la lumière du gigantesque panneau publicitaire. Izuku observe un instant New-York assoupie par la tempête dehors, sa tasse de thé entre les mains. Tokyo lui manque si fort. Le Tokyo d'avant la guerre d'autant plus. Il voudrait pouvoir assister à la reconstruction, mais il a dû fuir avant, aidé par ses amis. Les autorités internationales désirent mettre la main sur son pouvoir, faire de lui une arme de dissuasion ; Izuku veut juste sauver les gens.
Une guerre civile lui a suffi. Il n'en veut pas d'autres, jamais, pas lorsqu'il connaît le prix à payer. (Les ennemis qui pleurent leurs amis, les camarades qui se dévoilent traîtres, trop de souffrance pour aucun vainqueur).
Il tressaille quand le bruit des clés tournant dans la serrure résonne dans l'appartement ; il se force à se rappeler qu'il est en sécurité ici (personne ne cherche à le tuer ou à récupérer son Alter, personne) tout en buvant une gorgée de sa boisson. Le thé américain lui paraît fade comparé à celui qu'il buvait dans la salle commune des dortoirs de la classe A. Ses amis lui manquent, mais les appeler les mettraient en danger. Fichues autorités qui le considèrent comme une menace parce qu'il a mis fin à All for One et Shigaraki.
Izuku esquisse un sourire amer et jette un regard vers la porte, alors que Matt rentre dans l'appartement. L'homme secoue son manteau, le lance sur le porte manteau et dépose sa canne blanche contre le mur (il n'a pas besoin de dissimuler ses compétences ici, Izuku a rencontré Daredevil avant Matt Murdoch) ; le jeune japonais se sent apaisé par sa simple présence.
— Tout va bien ?
La question n'est pas si anodine qu'il n'y paraît ; Matt a sans doute dû entendre les changements dans son corps lorsqu'Izuku s'est tendu en entendant le cliquetis de la serrure.
— De vieux réflexes. Rien d'inquiétant.
Matt ne dit rien, mais Izuku est persuadé qu'il sait que c'est dû à la guerre, à la fuite de ceux qui veulent le pouvoir de One for All. Il n'a pratiquement pas eu de moment pour souffler entre son départ du Japon sous une fausse identité (fabriquée avec l'aide de la police et de certains membres du gouvernement. La reconnaissance fait bien des choses, parfois) et son arrivée à New-York, plus particulièrement à Hell's Kitchen. Ici, il est un Japonais comme il y en a tant d'autres, peut-être avec plus de cicatrices que la moyenne, peut-être plus discret, mais la plupart du temps, on l'ignore et on lui fout la paix.
Son amant (est-ce qu'il peut penser à lui comme son compagnon ? Rien n'est officiel, ce ne sont que des mots murmurés au creux de draps en soie) s'assoit dans le canapé et tapote la place à côté de lui. Izuku hésite, avant de venir s'installer auprès de Matt, son thé tiède entre les mains. Il y a encore un peu de neige qui fond dans les cheveux de l'avocat ; Izuku esquisse un sourire, avant de poser sa tasse sur la table basse.
— Est-ce que je peux enlever la neige de tes cheveux ?
Peut-être que Matt ne veut pas qu'il le touche. Izuku a bien compris que son hypersensibilité est autant une bénédiction qu'une malédiction ; parfois, après une journée compliquée, l'avocat ne supporte pas le contact. Jamais il ne lui en a tenu rigueur, lui-même ne supportant pas toujours que quelqu'un touche ses cicatrices et elles sont nombreuses.
— Tu vas avoir les doigts gelés.
— Je les réchaufferais avec mon thé.
— Ton thé presque froid ?
— Au moins, mes mains ne seront plus glacées, seulement froides. L'échange thermique…
Izuku marmonne à toute vitesse et Matt esquisse un sourire en coin (l'avocat arrive toujours à comprendre ce qu'il dit lorsqu'il pense à haute voix, qu'importe la vitesse) avant de poser sa tête sur son épaule. L'ancien apprenti héros s'arrête aussitôt, glissant doucement ses doigts dans les cheveux sombres pour en dégager la neige. Son amant enroule alors ses mains autour de ses doigts froids pour les réchauffer, quand bien même cela est sans doute inconfortable pour lui.
— Foggy a dit qu'il passerait dans la soirée. J'ai beau lui dire que tu n'es pas un assassin qui a pour mission de voler mon cœur pour me tuer quand je baisserai la garde, il se méfie de toi.
— Il a raison.
— De se méfier de toi ?
— De se méfier tout court. Je pourrais ne pas être doué de bonnes intentions.
— Tu es incapable de mentir, Izuku. Encore moins à moi.
Izuku fronce le nez et boude ; Matt rit contre son cou, avant de se redresser un bref instant pour retirer ses lunettes, qu'il dépose sur la table basse, auprès de la tasse de thé abandonnée. Il se réinstalle contre lui ensuite, fermant les yeux.
— Tu veux dormir un peu avant notre patrouille cette nuit ? chuchote Izuku.
Le jeune homme ne devrait pas être un Vigilante. Quand bien même il s'interdit d'utiliser One for All pour ne pas se faire repérer, se contentant d'utiliser son esprit d'analyse et ses capacités en combat, c'est un risque supplémentaire qu'il n'aurait pas dû prendre. Pourtant, à son arrivée dans le quartier, il n'a pas pu s'empêcher d'agir sous le nom de Bunny, se dissimulant sous un hoodie avec des oreilles de lapin ; ça ne devait être que pour quelques semaines, avant de fuir vers une nouvelle ville.
Puis, sous les lumières sales de Hell's Kitchen, il a rencontré le démon du quartier. Daredevil. Le Vigilante newyorkais, comble de l'ironie, l'a d'abord pris pour un criminel (Izuku a mal au nez rien qu'au souvenir du crochet du droit reçu cette nuit-là) avant de comprendre qu'ils avaient le même but. Ils ont fini par faire des patrouilles ensemble (ou plutôt, des patrouilles où Daredevil lui ordonnait de ne pas le suivre et où Izuku ne l'écoutait absolument pas). Puis il y a eu plus, beaucoup plus, à partir du jour où Izuku a découvert son identité en le soignant après une bagarre plus violente encore que d'habitude.
Daredevil l'a menacé de le tuer s'il parlait. Il a dit chiche. Matt a pesté sans rien faire. Izuku l'a embrassé sur un coup de tête.
C'est petit à petit qu'il s'est installé chez Matt, en fait. D'abord des vêtements de rechange, puis une trousse de toilettes, puis les médicaments contre les douleurs de ses anciennes blessures, puis ceux qui ralentissent l'effet du One for All sur son corps. L'Alter est désormais trop puissant, même pour un Sans-Alter ; Izuku sait qu'il mourra tôt, comme les autres porteurs avant lui.
Lorsque Matt a demandé pour quelle pathologie il les prend, Izuku lui a dit la vérité. Il a voulu s'enfuir ensuite, incapable de supporter le jugement d'une personne qu'il aimait. Matt lui a demandé de rester. Izuku a accepté. Matt l'a embrassé à travers ses larmes.
L'ancien apprenti héros devrait déjà être reparti, il le sait bien. Ce n'est pas seulement sa promesse faite de rester auprès de Matt qui le retient ; pour la première fois de sa vie, il a l'impression d'être entièrement compris. Daredevil et Deku sont semblables sur bien des plans ; Izuku serait le dernier à pouvoir critiquer le comportement de Matt, vu le nombre de Vilains qu'il a envoyé à l'hôpital.
Et s'il n'a pas la Foi, pas de la même manière que son amant, il comprend son besoin d'aller voir le prêtre. Parfois, il l'accompagne jusqu'à l'église ; parfois, le souvenir de ce qu'il a fait durant la guerre lui pèse trop pour qu'il accepte de mettre le pied dans un endroit si paisible. Le prête lui a dit qu'il pouvait lui parler, s'il le souhaitait. Izuku n'est pas certain d'en avoir le droit.
Mais Izuku n'est pas certain de beaucoup de choses, comme la capacité de pouvoir désormais vivre sans Matt. Foggy plaisante en disant qu'ils forment un couple équilibré, mais il n'ose pas lui dire à quel point il a tort.
Leur envie de justice les mène à la tombe, lentement mais sûrement. Les criminels qu'ils laissent en vie voudront un jour avoir leur revanche ; les mafias qu'ils font tomber seront remplacées par d'autres et un jour, ils seront trop blessés pour réussir à se défendre. Un jour, ils mourront parce qu'ils se seront surestimés ou parce qu'ils auront poussé leurs idéaux au-delà du raisonnable.
Ils tiennent ensemble, comme deux arbres entrelacés. Bunny raisonne Daredevil lorsqu'il danse sur la ligne mince qui sépare les Vigilantes des assassins. Matt raisonne Izuku lorsqu'il est à deux doigts d'utiliser son pouvoir, qu'importe le prix à payer, que ce soit sa vie raccourcie, encore des os cassés ou d'être repéré par les agences de renseignement.
Deux arbres entrelacés vivent et meurent ensemble, quoi qu'il advienne.
Izuku aimerait seulement ne pas entraîner Matt dans sa chute inévitable, car il ne pourra pas se cacher à jamais. Alors il vit chaque seconde comme la dernière, espérant que l'échéance soit retardée le plus longtemps possible.
— Je veux juste être avec toi, murmure l'avocat, à moitié endormi malgré ses propos.
— Moi aussi, Matt, moi aussi. À jamais.
Mensonge au goût de miel et des larmes qui roulent sur les joues rondes d'Izuku.
Tic-tac. Tic-tac.
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