« Antoine ? Qu'est-ce que tu fais là ?, demande la blonde surprise.
- Elle dort…
- T'as réussi à rentrer ?
- Elle a cru que c'était toi qu'avait toqué…
- Tu lui as parlé donc j'imagine ?
- Ouais… On a parlé un peu avant qu'elle s'endorme.
- Elle sait pour l'opération, donc ?
Antoine acquiesça.
- Antoine ?, entendirent-ils du fond du salon.
Ils aperçurent Candice s'approcher de l'entrée. Antoine lui souriait.
- Ah c'est toi ! Bah entre ! Reste pas dehors.
- Non mais je vais pas vous déranger…
- Non mais y a pas de problèmes. Viens ! »
Candice fit entrer Nathalie. Les trois collègues se dirigèrent vers le salon. Antoine paraissait gêné. Il proposa à Candice de les laisser entre amies mais sa compagne refusa. Il s'installa dans le canapé pendant que Nathalie aidait Candice à préparer les boissons.
« J'ai cru qu'il te parlerait jamais… souffla Nathalie en s'accoudant sur le plan de travail.
Candice fit volte-face.
- Ah parce que tu étais au courant ?
- Non… Enfin oui mais…, bredouilla-t-elle avant d'être coupée par sa collègue.
- Et tu m'as rien dit ?
- C'est de ma faute ! Je lui ai demandé de rien dire… intervint Antoine en s'approchant d'elle.
- Mais quand même ! T'es mon amie… T'aurais du me le dire ! »
La discussion fut interrompue par la sonnerie du téléphone d'Antoine. Il raccrocha brièvement :
« On a un corps dans une villa du Mont-Saint-Clair.
- Ok ! Bah on y va !, afirma Candice.
- Je croyais que t'étais en congé ?, demanda Antoine.
- Oui enfin… C'est pas grave.
- Tu devrais rester là et te reposer encore. T'inquiète pas on peut se débrouiller sans toi !, tenta Antoine.
- Non mais c'est l'hôpital qui se fout de la charité… Tu crois pas que ce serait plutôt à toi de te reposer ? Je te signale que tu te fais opérer dans à peine trois jours hein…
- Alors non ! Pitié. Vous allez pas recommencer !, supplia Nathalie.
- Bien ! Alors c'est parti !, lâcha Candice enjouée. »
Tous trois arrivèrent sur la scène de crime une vingtaine de minutes plus tard. Candice observa les lieux : une superbe villa très moderne qui surplombait le centre de Sète.
« Dis-donc, je sais pas ce qui s'est passé ici mais… Vu le bordel, ils devaient être nombreux et TRÈS bourrés », affirma la responsable de l'IJ en observant les détritus, bouteilles vides et restes de nourriture qui tapissaient le sol. Candice acquiesça, observant à son tour l'état déplorable de l'intérieur de la maison.
Ils retrouvèrent leurs trois autres collègues qui les briefèrent :
« Bonjour à tous ! Alors qu'est-ce qu'on a ?, s'exclama Candice.
- Les trois collègues se regardèrent, étonnés de voir leur supérieure arriver.
- Alors, Yann Jensac, 42 ans. A priori il est mort noyé dans la piscine, mais il a sûrement dû être battu à mort, expliqua Val.
- C'est exact ! Mais, à mon avis il a été mis à l'eau post-mortem. Vu les traces sur son cou, je pense que c'est l'étranglement qui l'a achevé, précisa Nathalie.
- Donc, il a été battu à mort, étranglé puis noyé, répéta Candice.
- Qu'est-ce qu'il faisait ici ? demanda Antoine.
- Alors, bah vu le bordel vous vous en doutez hein, mais avec ses potes ils ont organisé une grosse soirée dans la villa hier soir. Ça a pas mal picolé et ils l'ont retrouvé ce matin, expliqua le brigadier en désignant les 3 autres hommes assis sur un banc plus loin.
- Vous avez retrouvé ses papiers sur lui ?
- Non ! C'est eux qui nous ont filé son identité. Il avait rien sur lui, ni même son téléphone. Ils pensent qu'il l'a perdu pendant la soirée… Apparemment c'était un vrai bordel !
- Ok. Merci Medhi. On va aller les interroger. »
Candice et Antoine se dirigèrent vers les trois hommes assis sur le banc. Ils paraissaient encore sonnés de la nouvelle et bien fatigués de leur soirée de la veille. Pour vérifier leurs déclarations, Candice proposa à son supérieur de les interroger séparément. Antoine accepta et demanda à Marquez de se charger de l'interrogatoire d'un des trois hommes. Ils s'isolèrent respectivement dans un coin de la villa et procédèrent à l'interrogatoire.
Une heure plus tard, les trois policiers se retrouvèrent devant la villa pour confronter leurs versions :
« Alors ça a donné quoi ?
- Bref résumé : grosse soirée bien arrosée qui a dérapé. Il a rien vu et rien entendu.
- Pareil pour moi… Simon m'affirme qu'au début ça allait. Ils avaient prévu une soirée retrouvaille style « On s'était dit rendez-vous dans 10 ans » mais Fabien a posté des vidéos et photos sur les réseaux. Il a rameuté plein de monde en donnant l'adresse… Ça a vite débordé.
- C'est ce que Vincent m'a dit aussi… affirma Candice.
- T'en penses quoi ? lui demanda Antoine.
- Je sais pas… C'est difficile de se prononcer. Ils sont encore à moitié ivre mort. Après leurs versions concordent donc c'est qu'il y a une part de vérité.
- Mais ? Je te connais… Y a un truc qui te tracasse.
- Bah non mais je trouve ça juste étrange qu'ils n'aient rien vu quoi. Ok, ils étaient nombreux mais bon…
- Bon ! Pour l'instant on laisse ça comme ça. Marquez tu vois avec Val et Medhi pour réquisitionner les téléphones de ces messieurs. Ah ! Et vous demandez la liste des invités aussi… Faut tout passer au peigne fin. Nous on va aller voir la famille de Yann, ordonna le commissaire.
- Dis-donc, monsieur le commissaire est en forme cet après-midi !, lâcha Candice dans un sourire en se dirigeant vers la voiture. »
Antoine souria et hocha la tête en l'observant s'éloigner dans la rue. Il était tellement soulagé de l'avoir enfin retrouvé. Son opération avait lieu dans moins de trois jours maintenant et l'angoisse montait. Même s'il ne laissait rien paraître, sa fatigue se lisait sur son visage.
Arrivés devant l'appartement de la victime, Antoine toqua à la porte. Ils la virent s'ouvrir sur une fillette d'une dizaine d'années qui appela sa mère, surprise par la venue de ces inconnus. Ils se présentèrent et entrèrent dans la pièce, précédant la grande blonde qui pria sa fille d'aller jouer dans sa chambre.
« Il s'est passé quelque chose avec Yann c'est ça ?
- On a pas de très bonnes nouvelles… On l'a retrouvé mort ce matin.
- Putain !, s'énerva la quadragénaire, Je savais que c'était pas une bonne idée cette soirée !
- Pourquoi vous dites ça ?, demanda Candice surprise.
- Mais parce que… Ses trois copains là, c'est pas des bonnes fréquentations. Déjà à l'époque ils faisaient plein de conneries.
- Vous les connaissez bien ?
- On a fait notre jeunesse ensemble, on traînait tous dans le même groupe. Mais après avec les études, on s'est peu à peu éloignés. Et y a un mois, on a croisé Fabien par hasard dans un magasin à Bouzigues. Il a proposé la soirée et Yann a tout de suite été emballé.
- Mais pas vous ?
- Non… Je me souvenais de leurs soirées à l'époque et ça partait toujours en vrille… Et 20 ans plus tard bah… Ça n'a pas changé !, s'exclama-t-elle en s'effondrant en larmes.
Antoine et Candice se regardèrent, désolés.
- Et vous, pourquoi vous n'étiez pas à la soirée ?
- C'était une soirée entre hommes…
- D'accord… Est-ce que vous connaissez des gens qui pourraient lui en vouloir ?
- Là comme ça je vois pas !
- Bien. On vous remercie pour votre aide. On va vous laisser tranquille pour ce soir, lança Candice en se dirigeant vers la sortie avec Antoine. »
