Le lendemain matin, elle retrouva ses collègues dans l'openspace. Vue leurs mines, la nuit avait été studieuse. Marquez dormait à moitié sur son clavier d'ordinateur, Mehdi tentait de poser son coude entre une dizaine de gobelets de café vide et Val retint un bâillement.
« Bonjour tout le monde !
- Eh bah ! Y en a qu'on l'air d'avoir passé une bonne nuit on dirait…, sous-entendit Val face à l'engouement de sa collègue.
- Et vous ? A-t-elle été fructueuse ?
- Oui ! s'écria Medhi. Enfin, on a peut-être un truc quoi…
- Je vous écoute !
- On a littéralement tout épluché et sur plusieurs photos et vidéos on aperçoit un homme cagoulé. Regarde ! Là il est derrière le muret, là dans les buissons…
- Vous l'avez identifié ?
- Non… Impossible ! Faudrait réinterroger les trois mousquetaires, au cas-où ils auraient vu un truc.
- Bien ! Vous me les convoquez. Je dois régler quelques détails administratifs. Je remets ma casquette de commissaire !
- Ah ? Antoine reviendra pas ?
- Pas pour l'instant… Il doit se faire soigner. Donc je prends ses responsabilités, conclut-elle en sortant de la pièce. »
Candice longea le long couloir afin de se diriger vers la salle de repos. Elle salua le major Morin a qui elle fixa rendez-vous ultérieurement puis entra dans la pièce. Elle approcha de l'évier lorsqu'elle fut rejointe par Nathalie. Les deux femmes n'avaient pas véritablement eu l'occasion de se reparler depuis ses explications avec Antoine. L'atmosphère était quelque peu tendue.
« Tu fais encore la gueule ?
- Non pourquoi ?, mentit-elle sans même la regarder.
- Candice… Je suis désolée ! Mais comprends-moi merde. J'avais le cul entre deux chaises, voilà !
- Mais t'étais mon amie Nathalie ! Tu aurais dû me prévenir.
- Mais je suis aussi l'amie d'Antoine je te signale. Puis c'était pas à moi de t'annoncer ça. Pourtant, crois-moi que je l'ai tanné pour qu'il te parle…
- Et pour Stéphanie, tu savais ?
- Plus ou moins… Mais c'est pas la question. L'essentiel c'est que vous ayez mis les choses à plat, non ?
- Oui… murmura Candice en regardant dans le vide, soufflant sur sa tasse chaude.
- C'est quand son opération ?
- Dans 3 jours…
- Allez ! Ça va bien se passer !, la rassura Nathalie en lui caressant le dos pour la soutenir.
- J'ai peur…, avoua Candice les larmes aux yeux.
- C'est normal d'avoir peur ! Mais tout devrait bien se passer. Antoine est en pleine forme, le chirurgien compétent et tu seras là pour le soutenir.
- Merci ! lui répondit-elle reconnaissante de son soutien. Bon, j'y vais ! Travailler ça me fait penser à autre chose…
- À plus tard !, conclut la responsable de l'IJ en observant Candice quitter la pièce »
La commandante passa une heure à régler quelques formalités administratives en compagnie du major, lorsque Mehdi vint la chercher pour interroger leurs potentiels témoins. Elle quitta le bureau d'Antoine et se dirigea vers la salle d'interrogatoire dans laquelle elle prit place accompagnée de son brigadier. D'emblée, ils déballèrent les photos sur la table et entrèrent dans le vif du sujet.
« Est-ce que vous avez vu cet homme pendant la soirée ?
- Les trois hommes se regardèrent avant que l'un d'entre eux n'ose parler.
- Ouais… Enfin, c'est moi qui l'ait vu.
- Vous le connaissez ?
- Absolument pas ! En fait, ça faisait plusieurs fois qu'on venait nous dire qu'un mec louche traînait dans le jardin mais on a pas pris ça au sérieux… Tout le monde avait un peu bu donc…
- Donc vous l'avez vu. Et qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?
- Bah j'étais près de la piscine, où y avait le barbecue. Je me suis retourné et j'ai vu que ça bougeait derrière le buisson donc je me suis approché. Là le gars s'est relevé et a commencé à courir vers la sortie. J'ai essayé de le suivre mais j'me suis ramassé la gueule… précisa-t-il en montrant son coude égratiné.
- Ok… Et est-ce que vous vous souvenez de quelque chose de particulier qui permettrait de l'identifier ?
- Du tout… Enfin, il avait un jogging et un pull noir. Ah et si, il est remonté dans une voiture rouge. Il a démarré à toute allure… »
Quelques kilomètres plus loin, père et fille se baladaient en bord de mer. Antoine décida de s'arrêter et s'assit sur le sable. La fillette commença à s'amuser avec les coquillages qu'elle trouvait sur le sol. Son père l'observait, admiratif. Elle avait tellement grandi… Et il s'en voulait tellement de ne pas avoir assez upris le temps de s'occuper d'elle. Songeur, il fixait l'horizon, observant les va-et-vient des vagues. Son opération était prévue dans deux jours et plus l'échéance approchait, plus il craignait le pire. Il avait tellement peur de ne pas s'en sortir. Tellement peur de laisser ses proches dans la douleur. Tellement peur de plus jamais connaître le bonheur. Antoine Dumas se contint et parvint à retenir les larmes qui menaçaient de dévaler ses joues. Il changea de champ de vision et vint à nouveau poser ses yeux sur sa fille qui accourait vers lui. Elle s'approcha et se jeta dans ses bras. Le commissaire l'attrapa et déposa des bisous dans son cou. Elle se mit à rire en le priant d'arrêter ses chatouilles. Son père s'exécuta et lui déposa un dernier baiser sur sa joue avant qu'elle ne s'asseye devant lui entre ses jambes.
« Qu'est-ce que tu veux faire maintenant ?
- Baigner !
- Tu veux te baigner ? Mais il fait trop froid ma chérie. C'est pas possible…
- Oh !, s'exclama-t-elle déçue.
- Glace !
- Ça on peut ! Suzanne frappa dans ses mains. Tu sais ce qu'on va faire ? On va finir la balade, on va prendre une petite glace et on va aller dire bonjour au travail de papa. Ok ?
- Candice ?
- Oui. On va aller dire bonjour à Candice aussi.
- Et maman ?
- Ah non ! Maman elle sera pas là. Je te ramène chez elle ce soir. Ça te va ? »
Suzanne acquiesça et se leva, aidée par son père. Tous deux marchèrent en direction du marchand de glace avant de reprendre la voiture en direction de la BSU.
Suite aux précisions apportées par Fabien, l'équipe observait les caméras de surveillance du devant de la maison espérant apercevoir la plaque d'immatriculation. Ils comparaient les heures auxquelles les photos avaient été prises et les séquences enregistrées par la caméra, lorsque Marquez poussa un cri victorieux.
« J'AI ! Regardez, là on la voit bien la plaque.
- Très bien. Lance la recherche dans le fichier, demanda la commandante.
- C'est parti !
Ils attendirent quelques secondes lorsque le nom du propriétaire de la Peugeot rouge apparut.
- Notre vainqueur s'appelle donc Jérôme Gouvenot. Tu me notes l'adresse sur un post-it ? lui demanda-t-elle.
Marquez s'exécuta et lui tendit le petit papier jaunâtre.
- Parfait ! Val, on y va ! » conclut-elle en enfilant son manteau.
