Le lendemain matin, Candice arriva à la BSU dans une humeur particulière. Se plonger dans le travail était sa seule issue pour éviter les tergiversations concernant la situation d'Antoine. À peine le pied posé dans l'openspace, Mehdi lui sauta dessus.

« Bon Candice, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Ça fait vingt minutes qu'on en parle tous ensemble mais…

- Déjà, bonjour ! le coupa-t-elle avant de renchérir, Récapitulons. On a une fête entre vieux amis qui dégénère et beaucoup de disputes. Beaucoup trop même, pour une simple soirée de retrouvailles.

- Tu penses qu'ils mentent tous ?

- Tous, je ne sais pas. Mais en tout cas on n'a pas retrouvé le téléphone et pourtant on a fouillé partout…

- Donc Simon nous a baladé…

- Et la question c'est pourquoi… Candice marqua un temps, Ce qui me perturbe c'est leur cohésion. On les interroge et tout concorde parfaitement bien. Ils ont un discours trop parfait… C'est quasi militaire quoi !

- Donc qu'est-ce qu'on fait ? On a rien !, s'agaça Val.

- Il nous a parlé d'une embrouille entre Yann et sa femme. Donc on va le suivre et on va aller la confronter, voir si elle aussi nous prend pour des jambons.

- Ah bah ça change des quiches pour une fois !, lâcha Mehdi en rigolant, vite gêné par le ridicule de sa remarque. »

Ses trois collègues le regardèrent perplexe avant de quitter les lieux et de se rendre chez la femme de la victime. Elle les accueillit et leur proposa un café. L'équipe déclina sa proposition, et entra dans le vif du sujet.

« Pourquoi ne pas nous avoir dit que vous vous étiez rendu à la soirée ?

- Euh… Et bien, parce que je pensais pas que c'était important… répliqua-t-elle surprise.

- Pas important ? Mais vous avez quand même omis de nous dire que vous vous étiez disputée avec votre mari ce soir-là, madame…

La quadragénaire souffla.

- C'est Simon qui vous a dit ça ?

- Là n'est pas la question. Vous êtes-vous disputée avec votre mari, oui ou non ? demanda sèchement Candice.

- Oui !

- Bien. Et quel était le motif de cette dispute ?

- Yann me trompait. Il me disait que non mais j'suis tombée sur des échanges avec une certaine Eva dans son téléphone. J'avais peu de doutes… Et comme il avait insisté pour que je reste à la maison, je me suis dit qu'elle serait à la soirée. Donc j'ai décidé de débarquer.

- Vous l'avez vu ?

- Non. À peine arrivée, je suis tombée sur Yann. Je l'ai confronté et on s'est disputés.

- Et vous l'avez tué…

- NON ! Jamais ! Même s'il me trompait, je l'aimais.

Candice s'apprêtait à répondre lorsque la sonnette retentit.

- Marquez tu vas ouvrir.

Ils l'observèrent revenir quelques secondes plus tard en compagnie de Simon. Candice observa la réaction de la femme qu'ils interrogeaient. Les deux suspects se regardaient gênés avant que la brune ne s'emporte.

- Pourquoi t'as été balancé notre engueulade ?

- Parce que monsieur Pogny sentait qu'on se rapprochait de lui. Alors nous donner cette info, c'était nous emmener sur une autre piste… N'est-ce pas ? affirma Candice.

- N'importe quoi ! La seule chose que je veux c'est retrouver son assassin.

- Sauf que vous vous êtes tous les deux disputés avec la victime. Et aucun de vous ne peut prouver qu'il n'était pas là au moment du meurtre. Donc… Ce que je propose, c'est que vous leur passiez les menottes et qu'on règle tout ça au poste. »

Ses coéquipiers s'exécutèrent et emmenèrent les deux suspects au poste. Candice les plaça en garde-à-vue. Bien qu'elle pensait la femme de la victime innocente dans cette histoire, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir des doutes sur Simon, qui paraissait être à la tête du groupe d'amis. Après le règlement des quelques formalités administratives, la blonde vint partager ses soupçons avec son équipe.

« J'le sens pas ce Simon… Le mec nous balade depuis le début, j'en mettrais ma main à couper !, s'exclama-t-elle avant de renchérir, Déjà il omet de nous parler de sa dispute avec Yann. Ensuite il prétexte avoir écrasé et balancé son téléphone mais on retrouve rien. Puis il nous emmène sur la piste de la femme de la victime… Bref, il est dans tous les coups !

- Ouais mais il a pas de mobile… constata Val.

- C'est vrai ça ! Parce que bon, s'il l'a tué a cause du bordel de la soirée… fin le mec est pas très net quoi… commenta Marquez.

- Et si l'engueulade de Simon avec Yann n'avait pas pour motif la soirée mais cette fameuse Éva ?

- Tu crois qu'il était au courant qu'il trompait sa femme ? demanda Mehdi.

- Je sais pas, mais y a quelque chose dans ce téléphone qui ne doit pas être divulgué. Ça c'est sûr !

- Bonjour Bonjour ! s'exclama Nathalie en entrant dans la pièce, J'ai quelques infos pour vous ! déclara-t-elle en envoyant un baiser furtif à son amant.

- Pourvu que ça nous aide ! répondit Candice.

- Alors, désolée mais je n'ai pas de traces ADN exploitables. Mais, ce qui est certain c'est qu'il y en a plusieurs. Et vu les coups, je pense sincèrement que plusieurs personnes se sont acharnées sur lui.

- Tu veux dire qu'il n'y a pas un seul meurtrier, mais deux ?

- C'est possible ! Mais le truc c'est que je ne peux pas vous dire la date et l'heure précise des coups.

- Ouais puis il avait fait un match de rugby plus tôt dans la journée… Et parfois ça peut vite être violent… expliqua Mehdi.

- C'est con qu'Antoine soit pas là… Lui qu'a fait du rugby, il aurait peut-être pu nous aider… lâcha Val.

Candice regarda sa montre qui affichait 13h.

- MERDE !

- Quoi ? s'interrogea Mehdi perplexe.

- J'avais promis à Antoine que je l'emmenais à l'hôpital. Bon, vous allez demander à Simon s'il connaît une fameuse Éva et vous allez m'interroger l'entraîneur de rugby. Je veux savoir si la séance était violente ou pas. Qu'on soit fixés, lâcha Candice dans la précipitation en enfilant son manteau.

- Ok ! ET TU LUI SOUHAITES BON COURAGE DE NOTRE PART !, s'écria Val alors que sa supérieure sortait de la pièce. »

13h15. Candice Renoir arriva devant la porte d'entrée de son compagnon. L'heure du départ pour l'hôpital approchait à grand pas et plus les minutes défilaient, plus elle stressait. Elle prit une grande inspiration et toqua. Elle attendit quelques secondes avant que le commissaire ne lui ouvre. Il l'embrassa et la fit entrer. Son regard fut directement happé par son sac de voyage posé sur la table. Tout devenait si concret… La commandante tenta de dissimuler son angoisse par un sourire teinté de fausseté et lança la conversation :

« T'es prêt ?

- Presque! lui répondit-il en se dirigeant vers la salle de bain»

Candice déposa son sac et son manteau sur le canapé et prit le même chemin que son compagnon. Depuis l'encadrement de la porte, elle observait Antoine qui terminait de remplir sa trousse de toilette appuyé sur le lavabo. Le commissaire s'énervait en essayant de fermer sa trousse. Face à la résistance de la fermeture, il pesta en jurant dans ses dents. Consciente qu'il avait besoin d'être rassuré à nouveau, la commandante s'approcha. Elle se plaça derrière lui et l'encercla de ses bras. Un geste tendre qui convint Antoine de relever la tête. Ils s'observaient à travers le miroir. Candice déposa un baiser dans son cou avant de le regarder à nouveau. Elle se heurta à des yeux embués et comprit qu'il était en train de contenir toutes ses peurs pour ne pas l'inquiéter. « Ça va aller, mon amour » lui chuchota-t-elle a l'oreille. Antoine ferma les yeux. Il se retourna et la prit dans ses bras. Elle était touchée par sa vulnérabilité, lui par sa bienveillance.

Mais cette bulle de protection dans laquelle ils étaient placés éclata lorsque la sonnerie du téléphone de Candice retentit. Antoine releva la tête:

« C'est ton téléphone?

- C'est pas grave… lui répondit-elle alors que la sonnerie s'arrêtait. »

Antoine l'embrassa pour la remercier. Candice allait lui répondre lorsqu'il retentit à nouveau.

« Vas-y, répond. C'est peut-être important. » déclara Antoine.

Elle lâcha son compagnon et se dirigea vers le salon. Elle fouilla dans son sac et décrocha à temps avant la dernière sonnerie. Antoine l'observait. Elle semblait soucieuse et écoutait son interlocuteur plus qu'elle ne parlait. Elle finit par raccrocher et s'approcha de son partenaire :

« Je suis désolée y a un problème à la brigade et je dois y aller… annonça-t-elle déçue.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda-t-il inquiet.

- Un problème avec un suspect…

- Et Ils peuvent pas faire sans toi ?

- Non… Déjà que t'es pas là…

- Ok… lui répondit-il déçu.

- Je te dépose à l'hôpital et je file. Je passerai te voir dans la journée. »

Antoine acquiesça et la suivit jusqu'à sa voiture. Le trajet se fit en silence. Candice observait son partenaire. Elle ressentait son angoisse, ses peurs, ses doutes aussi. Pour le rassurer et montrer sa présence, elle déposa sa main sur sa cuisse. Il tourna la tête et l'observa, un léger sourire sur son visage. Il prit sa main et déposa un baiser dessus avant de la lui rendre pour qu'elle manœuvre afin de se stationner devant l'hôpital. Il l'embrassa avant de lui rappeler de passer le voir avant ce soir et sortir de la voiture. Candice l'observa entrer dans le grand hall et alluma le moteur en direction de la BSU.