« Alors je vous écoute, c'est quoi cette grosse urgence ? » demanda Candice en arrivant en furie dans l'openspace avant d'écouter Val raconter les derniers évènements.

Quelques minutes plus tôt.

À peine Candice était partie que les collègues se répartissaient le travail. Val devait se charger d'appeler l'entraîneur et les deux flics restants se chargeaient de Simon qu'ils convoquèrent en salle d'interrogatoire.

L'entraîneur affirma que la séance avait été plutôt calme et pacifique. Cependant, il n'avait pas connaissance de ce qui se passait après dans les vestiaires. L'interrogatoire de Simon vint confirmer les dires de l'entraineur. Il rajouta simplement qu'il n'y avait eu aucun débordement particulier dans les vestiaires. Les policiers parvinrent à évoquer Éva mais Simon nia connaître son existence. Ayant conscience des doutes de leur supérieure, ils décidèrent d'appeler Fabien et Vincent, voir si leurs propos coïncidaient. Là était le problème.

« QUOI ?, s'écria Candice, Comment ça disparus ?, s'énerva-t-elle.

- On les a appelé, leur téléphone est éteint. Chez eux y a plus personne…

- Mais et leur famille ?

- Ils sont pas mariés, pas d'enfants. Ils vivent seuls.

- Y a des retraits sur leurs comptes ?

- Non rien à signaler.

- Mais c'est pas possible… »

Candice était paniquée. Déjà que son compagnon s'apprêtait à vivre l'une des épreuves les plus difficiles de sa vie, voilà que son enquête partait en vrille. Elle était sur tous les fronts. La commandante devait gérer la brigade en l'absence d'Antoine, le soutenir et faire bonne figure alors qu'elle était terrifiée, et désormais gérer la disparition de deux hommes. Elle demanda donc du renfort et divisa le groupe en deux : la moitié irait chez Fabien pour perquisitionner son domicile et l'autre moitié chez Vincent.

Ils y passèrent trois heures. Trois heures à tout retourner, de fond en comble, sans rien trouver de pertinent pour leur enquête. Candice qui s'était rendue chez Vincent commençait à perdre patience. Seule dans le bureau du suspect et à bout de nerfs, elle s'emporta les larmes aux yeux, en envoyant valser les livres présents sur l'étagère. Elle baissa la tête sur le tas qui s'était formé au sol et changea d'expression. La commandante renifla et se pencha pour ramasser une vieille photo. Dessus figurait un groupe d'amis. Parmi eux, elle reconnut clairement les quatre hommes qui formaient l'épicentre de son enquête. Elle retourna la photo et lut quelques prénoms « Fabien, Myriam, Vanessa, Lucas, Vincent, Simon, Emmanuelle, Yann et Éva ». Cette dernière était donc une ancienne amie de la victime. Candice récupéra son téléphone dans son sac et appela Val, présente au domicile de Fabien.

« Oui Candice ?

- J'ai trouvé une photo de 1998. Y a des noms derrière et une certaine Éva est mentionnée. Simon est dessus aussi… Donc il a bien menti. Tu peux regarder si y a des albums photos de ton côté ? Ou même des photos de classe on sait jamais.

- Ok. Je regarde et je te tiens au courant ! Et Candice…

- Oui ?

- Tu peux aller rejoindre Antoine si tu veux. Nous on gère ici.

- T'es sûre ?

- Oui !

- Merci Val ! Mais vous me tenez au courant si y a un problème, ordonna-t-elle avant de raccrocher et de capturer la photo avec son téléphone pour lui envoyer »

La commandante ne se fit pas prier et se rendit à l'hôpital pour retrouver son compagnon qu'elle avait laissée plus tôt dans la journée. Voulant lui faire la surprise, elle ne le prévint pas de sa venue et demanda donc le numéro de chambre à l'accueil. Elle entreprit le chemin indiqué par la secrétaire médicale, toujours la boule au ventre. Elle arriva devant la porte et s'apprêtait à toquer lorsqu'elle entendit des rires provenant de l'intérieur. Elle reconnut celui d'Antoine et distingua celui d'une femme qu'elle ne connaissait pas. Intriguée, elle toqua et entra dans la foulée avant de pouvoir observer son partenaire assis sur son lit et Stéphanie à ses côtés.

« Ah bah enfin ! J'ai cru que tu m'avais oublié ! déclara Antoine content de la voir.

- Désolée… Grosse galère à la brigade… s'excusa-t-elle gênée par la présence de l'infirmière.

- Bon, je vais vous laisser, s'exclama Stéphanie, Je repasse te voir demain, déclara-t-elle à son ami.

- Merci !, lui répondit-il reconnaissant de son soutien.

- Bonne soirée ! lâcha l'infirmière en sortant de la chambre.

Candice acquiesça avant de s'approcher du lit de son partenaire, le regard perturbé par son crâne rasé pour le bien de l'opération.

- Oui je sais… Ça surprend !

- Non… Non pas du tout ! lâcha Candice déstabilisée.

- Viens, assis-toi !, l'invita-t-il en se décalant pour qu'elle puisse s'asseoir sur le bord du lit.

- Tes examens se sont bien passés ? lui demanda-t-elle en prenant sa main dans la sienne.

- Oui ! Tout est prêt pour demain.

- Bien… lui répondit-elle dans un faux sourire.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

- Rien… T'inquiète pas !

- Bah si… Je vois bien que ça va pas…

Candice avait les larmes aux yeux.

- C'est juste que… que je me rends compte que sans toi j'arrive à rien. Antoine fronça les sourcils, l'invitant à développer davantage, Morin me déteste, l'enquête n'avance pas, mes suspects ont disparu… Et…

- Et ?

- Et je me rends compte qu'en fait j'suis incapable de travailler sans toi..., avoua-t-elle dans un murmure.

- Mais c'est normal Candice, la situation est un petit peu compliquée, tenta-t-il de la rassurer en caressant sa joue. Et puis, j'ai pas dit mon dernier mot hein ! Je compte bien revenir pour t'embêter à nouveau !

- T'es bête ! lâcha-t-elle en s'autorisant un rire.

- Allez, viens-là ! lui ordonna-t-il en ouvrant ses bras »

Candice ne se fit pas prier et se réfugia dans les bras de son compagnon. Elle nicha sa tête au creux de son cou tout en profitant des caresses que lui prodiguait son partenaire dans son dos. Ils furent dérangés par la sonnerie du téléphone de Candice.

« Décidément… J'vais finir par être jaloux de ton téléphone… déclara Antoine en rigolant.

Candice s'excusa dans un regard avant de décrocher.

- Oui Val ?

- On a récupéré plusieurs photos et on a trouvé… Elle s'appelle Éva Salin, et elle avait une sœur, Emmanuelle Salin qui est aussi sur les photos.

- Avait ? Demanda Candice étonnée.

- Oui. Sa sœur, Emmanuelle était la petite amie de Simon à l'époque, mais elle s'est suicidée.

- On sait pourquoi ?

- Non. Mais Éva nous en dira un peu plus je pense. Elle habite en Bretagne mais on l'a convoqué. Vu la situation elle a accepté de se déplacer, elle sera là demain matin.

- Parfait ! C'est du bon boulot ça ! Merci. »

Elle raccrocha et rangea le téléphone dans son sac, satisfaite que l'enquête avance un peu. Elle expliqua l'intégralité de l'enquête à Antoine, bien qu'elle voulût l'épargner, elle ne put s'en empêcher pour avoir son avis.

« Tu sais, c'est des rugbymen et chez nous les valeurs c'est sacré… Solidarité, entraide, loyauté…

- Tu penses qu'ils se protègent tous ?

- Bah je ne sais pas, mais d'après ce que tu me dis, ça peut se tenir !

- Surtout qu'ils se connaissent tous depuis longtemps. Faut absolument qu'on retrouve nos disparus, c'est le seul moyen de tous les confronter.

Soudain, quelqu'un frappa à la porte.

- C'est la fin des visites pour aujourd'hui ! déclara l'infirmière du service.

- Déjà ? s'étonna Candice en regardant l'heure.

- Oui il est bientôt 19h ! confirma-t-elle en sortant de la chambre.

- Bon bah j'y vais alors ! C'est à quelle heure demain ?

- L'opération commence à 10h, mais je dois être prêt pour 9h30…

- Je serai là avant que tu partes.

- Promis ? demanda-t-il inquiet de ne pas la revoir avant son opération.

- Promis ! Juré ! répliqua-t-elle avant de l'embrasser, Et je peux cracher aussi, lâcha-t-elle pour détendre l'atmosphère.

Antoine éclata de rire.

- Ça va aller ! Je te crois ! répondit-il en rigolant avant de répondre à son baiser.

- À demain ! conclut-elle avant de l'embrasser une dernière fois. »

Candice rentra chez elle, laissant son compagnon seul dans cette chambre d'hôpital. Elle était terrifiée à l'idée de le perdre. Sa soirée fut difficile. Ses enfants le comprirent et essayèrent de l'aider. La commandante s'endormit difficilement cette nuit-là. Mais malgré tout, elle essaya de se conforter dans l'idée que demain, à cette même heure, Antoine serait sorti d'affaires.