Les pieds dans l'eau, Candice fixait l'horizon, bercée par le bruit des doux mouvements des vagues. Elle ferma les yeux, appréciant la fraîcheur qu'offrait cette brise marine qui soufflait. Un frisson lui parcourut le dos. Elle resserra instinctivement son manteau en souriant. Tout était si paisible, quasi factice. « Candice ! » entendit-elle résonner derrière-elle. Elle ouvrit les yeux, perdit son sourire et fit volte-face. Personne. La blonde en était pourtant sûre. Elle connaissait cette voix. Elle se retourna à nouveau et l'image qu'elle vit la paralysa. Il était là. Face à elle.

« Papa ? » parvint-elle seulement à murmurer. L'homme face à elle acquiesça, attestant sa présence. « Mais… c'est pas possible… T'es… » marmonna-t-elle paniquée avant qu'il ne la coupe: « Mort. Oui je sais. Et c'est à cause de toi ! ». Ses yeux s'embuèrent de larmes. Elle s'apprêtait à répondre lorsqu'elle entendit à nouveau son prénom. Elle se retourna et fit face à un autre homme qu'elle connaissait très bien également.

« David ? » lâcha-t-elle complètement sonnée. L'ancien commandant de la BRI la fixait, le regard dur. Elle entendit son père renchérir « Et lui aussi il est mort, à cause de toi ! ». Candice fit volte-face et se retrouva à nouveau face à son géniteur. « NON ! » cria-t-elle en se bouchant les oreilles. Elle observa David qui acquiesçait, se déplacer jusqu'aux côtés de son père. Elle recula, sortant ses pieds de l'eau.

Elle était sur le sable, bien au sec, eux restaient dans l'eau, trempés jusqu'aux genoux.

Son prénom transperça à nouveau les airs. La commandante n'osait plus se retourner. Elle sentit cette présence masculine se rapprocher et ferma les yeux pour s'en protéger. Il la contourna et se plaça aux côtés des deux autres hommes. Les yeux toujours clos, elle entendit son père en rajouter: « Franck aussi est mort à cause de toi… ». Cette accusation la fit vriller. Elle ouvrit les yeux, prête à rétorquer « C'EST FAUX ! JE… », mais Franck la coupa « Si tu ne m'avais pas choisi… On n'en serait pas là, Candice… ». Ses yeux s'embuèrent de larmes. C'était donc vrai ? Tous ces hommes étaient donc morts par sa faute ? Elle hocha négativement la tête en les observant, tous trois les bras croisés, lorsqu'elle vit David faire signe derrière-elle. Elle leur tourna le dos et aperçut cet homme qu'elle connaissait tant.

« Antoine ? » murmura-t-elle en le voyant s'approcher. Il la contourna sans lui prêter attention. Elle comprit qu'il voulait les rejoindre. Mais ce n'était pas possible. Candice était du côté des vivants, les trois autres du côté des morts. Elle tenta d'attraper son partenaire en hurlant son prénom. Il ne réagit pas. Elle réitéra son cri alors qu'il s'éloignait dans l'eau. Il se retourna, la fixa et lança sérieusement « C'est à mon tour maintenant… ». Les vagues commencèrent à s'animer violemment, prenant une ampleur quasi destructrice. La blonde tenta de les braver mais comprit très vite qu'elle n'y parviendrait pas. Elle observa son père disparaître, suivi de son ex, puis de son collègue. Il ne restait plus que lui. Elle cria son prénom à nouveau avant qu'il ne disparaisse lui aussi.

« NON ! NON ! NON ! NOOOOOON » hurla-t-elle en larmes.

Candice se réveilla en sueur dans son lit, complètement perturbée par ce qu'elle venait de vivre. Elle regarda son réveil qui affichait 6h54 et s'empara furtivement de son téléphone. Elle chercha son compagnon dans ses contacts et lança l'appel. Il resta lettre-morte. Elle réitéra son geste, sans réponse. La commandante paniqua. Elle se leva rapidement et partit se changer dans la salle de bain lorsqu'elle entendit la sonnerie de son téléphone retentir. Elle décrocha sans prêter attention au nom de son interlocuteur.

« Antoine ?

- Euh non, c'est Mehdi.

- Ah ! Pardon. Qu'est-ce qu'il se passe ?, répondit-elle déçue.

- Fabien et Vincent ont été repérés à la frontière espagnole. Ils ont été arrêtés et on est en train de les rapatrier. Ils seront là vers 9h je pense.

- Ok. Et Éva on a des nouvelles ?

- Elle devrait arriver à la même heure environ.

- Très bien. Vous me placez nos deux fugitifs en cellule et vous interrogez Éva en attendant que j'arrive.

- Tu vas accompagner Antoine ?

- Oui. Il part à 9h30. Je vous rejoins juste après.

- Ok ! Bon courage à toi.

- À tout à l'heure, conclut-elle en raccrochant »

De retour dans sa chambre d'hôpital, Antoine s'assit sur son lit en soufflant. L'échéance était si proche. Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, bien trop tourmenté par cette intervention à double tranchant. Et même si toutefois la chance était de son côté et qu'il s'en sortait, rien ne disait qu'il resterait sans séquelles. Il sortit son téléphone du tiroir de la table de nuit et se rendit compte des deux appels manqués de Candice. Inquiet, il la rappela.

« Ah Antoine !

- Euh oui, c'est moi. Tu m'as appelé ? Qu'est-ce qui se passe ?

Candice poussa un soupir de soulagement.

- Oui ! Je… C'était juste pour savoir si tout allait bien.

- J'ai pas beaucoup dormi mais ça va…

- Je suis presque prête ! Je vais pas tarder.

- Mais il est 7h15, les visites sont pas encore autorisées…

- Ah ? Bon bah tant pis…

- Oui puis j'ai encore quelques examens à passer avant de partir.

- Bon bah je viendrai tout à l'heure alors. Repose toi !

- À tout à l'heure »

Candice raccrocha et se laissa tomber de soulagement sur le canapé. Elle avait eu tellement peur. Elle prit quelques minutes de répit avant de préparer le petit-déjeuner pour ses enfants.

9h. Fabien et Vincent venaient d'être placés en cellule par Marquez et Mehdi. De son côté, Val était avec Éva qui était arrivée quelques minutes plus tôt. Écoutant les prescriptions candiciennes, elle commença à prendre sa déposition. Les dires de la quadragénaire étaient accablants. Éva avait une sœur, Emmanuelle avec qui elle avait 2 ans d'écart. Très fusionnelles, elles faisaient partie du même groupe d'amis. Elles avaient 20 ans et enchainaient les soirées, profitant de ces années de liberté jusqu'au jour où Emmanuelle mit fin à ses jours. Elle avait confié avoir été violée lors d'une soirée mais jamais elle n'avait eu le courage d'aller porter plainte. Mais toujours avait-elle accusée Simon qui niait les faits. Éva avait changé de vie, s'était éloignée de la région pour oublier. Du moins c'est ce qu'elle croyait.

Quelques mois plus tôt Yann l'avait contacté. Il voulait tout dire. Mais parler c'était rompre le pacte qu'ils avaient scellés en 1998. Parler c'était trahir les siens. Éva montra les échanges qu'elle avait eus avec lui. Il lui avait donné rendez-vous le lendemain de la soirée pour lui remettre des preuves du viol, et ce, malgré la prescription. Elle avait accepté, s'y était rendue, mais jamais elle ne l'avais rencontré. Sans le savoir, Éva était la clé qui permettait de résoudre leur affaire.

En parallèle, Candice venait d'arriver à l'hôpital. Antoine s'apprêtait à partir au bloc. Après une courte discussion, elle le prit dans ses bras. Ils se serraient si forts... Plantée dans l'encadrement de la porte, Stéphanie les observait le sourire aux lèvres. Elle s'éclipsa avant que Candice ne se défasse de ses bras. La commandante le fixa, caressa sa joue et l'embrassa.

« Je serai là à ton réveil ! promit-elle en se relevant du lit.

- T'as intérêt ! acquiesça-t-il l'air grave. »

Elle se dirigea vers la sortie de la pièce en reculant, les yeux toujours rivés sur Antoine. Elle s'apprêtait à sortir lorsqu'elle se retourna :

« Antoine ?

- Hum ? répondit-il en levant la tête vers elle.

- Je t'aime, confessa-t-elle en souriant avant de sortir »

Elle referma la porte et prit une grande bouffée d'oxygène avant de s'effondrer en larmes. Elle parvint à porter son corps en direction du long couloir et se dirigea vers la sortie. Dans le grand hall, elle fut interpellée par Stéphanie.

« Ça va aller Candice…

- J'espère, répondit-elle dans un faux sourire.

- Je connais Antoine depuis longtemps et c'est un battant, vous savez. Café ?

- Ok… accepta-t-elle en suivant l'infirmière près de la machine. Je… J'suis désolée pour la dernière fois, sur la plage.

- C'est rien ! J'aurais réagi comme vous aussi hein. N'empêche que j'ai eu peur ! J'ai vraiment cru que vous alliez le tuer.

Candice rigola.

- Mais j'y songeais sérieusement ! plaisanta-t-elle »

Les deux femmes discutèrent une dizaine de minutes avant que Candice ne la laisse pour rejoindre son équipe à la BSU. Val lui expliqua son interrogatoire avec Éva et Candice débuta l'interrogatoire des trois amis d'enfance. En ce jour si spécial, la commandante était sans pitié et exposa clairement les faits :

« Je vais vous dire ce qu'il s'est passé. En 1998 vous avez fait une soirée bien arrosée, un peu comme celle d'il y a trois jours. Simon vous étiez avec Emmanuelle, vous avez commencé à l'embrasser et à vouloir aller plus loin. Elle a refusé mais vous l'avez forcé.

- NON !

- Laissez-moi finir le coupa-t-elle autoritaire, Donc c'est ce qu'on appelle un viol. Et vos trois autres grands copains étaient témoins. Mais vous aviez tous juré de ne rien dire. Et encore plus lorsque vous avez appris qu'Emmanuelle s'était donné la mort. Mais voilà, 20 ans plus tard Yann n'en pouvait plus de se secret. Il voulait tout révéler. Alors même s'il y avait prescription, il a contacté Éva pour tout lui dire. C'est d'ailleurs ce qu'il vous a annoncé lors de vos retrouvailles. Vous avez fait un match de rugby comme au bon vieux temps, puis pendant la soirée tout a dérapé. Cela explique également pourquoi monsieur Pogny a volontairement récupéré le téléphone soi-disant jeté dans les buissons de la villa.

Aucun ne répondait, conscients que tout était terminé pour eux.

- Monsieur Pogny, avez-vous oui ou non violé Emmanuelle Salin en 1998 ?

- Oui… avoua-t-il dans un murmure.

- Bien. On avance ! Et vous, étiez-vous au courant ?

- Oui… Mais on s'était promis de rien dire. Yann nous a trahi. On allait passer pour des salauds.

- Donc vous l'avez tué ? Tous ?

- Je l'ai confronté, avoua Simon, Ça a dégénéré.

- Ils ont commencé à se battre donc on est intervenus, rajouta Fabien.

- Et vous l'avez frappé à mort, avant de le balancer dans la piscine ?

- Je l'ai étranglé, avoua Vincent.

- Bien. On a tout ce qu'il nous faut. Marquez, tu sais ce qu'il te reste à faire. »

Le capitaine de police emmena les trois coupables en cellule. Ils s'occupèrent des derniers détails administratifs et Candice s'entretint avec Éva. Cette enquête venait enfin d'être bouclée. Toute l'équipe était en salle de repos, profitant d'un moment de détente post-enquête. Candice paraissait ailleurs. Cela faisait quasi 4h qu'Antoine était parti au bloc et elle n'avait eu aucune nouvelle de son réveil. Elle commençait à perdre patience mais Val la rassura.

Une heure plus tard, Candice s'apprêtait à recevoir le major dans le bureau d'Antoine lorsqu'elle reçut un coup de fil de l'hôpital. L'opération de son compagnon s'était bien passée et il était placé en salle de réveil. Hélas, elle ne pouvait le voir dans l'immédiat, devant attendre la fin de journée.

Rassurée, Candice retourna à son labeur pour le reste de la journée. Aux alentours des 16h, la commandante perdit patience et se dirigea vers l'hôpital. Elle demande l'autorisation à une infirmière pour aller voir son compagnon. Face à la pression de Candice, elle céda. La blonde se précipita vers la chambre d'Antoine. Elle ne prit même pas le temps de toquer et entra. Il était endormi, et son crâne rasé recouvert par un bandage. Candice souriait en s'approchant de lui. Elle déposa ses affaires sur le côté et s'assit sur bord du lit. Elle prit sa main, et voyant qu'il commençait à réagir, déposa de légers baisers sur sa joue. Il ouvrit difficilement les yeux. Candice le regarda.

« Tu vois, tout s'est bien passé mon amour, déclara-t-elle en le fixant

Il bougea la tête, sortant peu à peu de sa léthargie.

- Vous êtes qui ?

- T'es con ! Rétorqua-t-elle en rigolant.

En réponse Antoine rigola. Candice hocha la tête et s'approcha de lui pour l'embrasser.

- Maintenant on se quitte plus! Jura-t-elle en prenant sa main dans la sienne.

-Promis ! Répondit-il »

3 mois plus tard

Alors que les rayons du soleil transperçaient à peine les rideaux de la pièce, Antoine sentit les doux baisers de sa compagne dans son cou. Encore endormi, il se contenta de sourire, profitant de cette tendresse matinale. Il finit par ouvrir les yeux lorsqu'il sentit ceux de sa compagne, posés sur lui. Elle le fixait, radieuse, avant de pencher sa tête vers la sienne.

« Bonjour mon amour, chuchota-t-elle contre ses lèvres avant de l'embrasser.

- Bonjour vous, lui répondit-il en ouvrant les yeux.

- Monsieur le commissaire est prêt pour son jour de reprise ?

Antoine hocha positivement la tête en rigolant.

- ça va ? Tu vas arriver à supporter mes ordres à nouveau ? la taquina-t-il.

- Ah non Antoine ! Tu commences pas ! Répondit-elle faussement vexée par ses accusations.

- En tout cas, j'ai hâte de voir le bazaaaaar que tu m'as laissé… continua-t-il.

Candice lui déposa une tape sur le torse.

- Aïe!

- J'ai super bien géré en plus! Lança-t-elle sérieuse.

- Ouf! Ça veut dire que je vais pas trouver de piles monstrueuses de dossiers non-traités sur mon bureau… répondit-il d'un ton ironique.

Candice grimaça. Évidemment que le travail administratif n'était pas sa tasse de thé. Antoine le savait et s'en amusait. Face à la moue enfantine de sa compagne, il ne put se retenir de rire.

- En tout cas t'as l'air en forme… constata-t-elle en caressant sa joue.

- Et encore… T'as pas tout vu…! Lâcha-t-il en se plaçant au dessus d'elle.

Candice rigola lorsqu'elle sentit les baisers de son partenaire s'amplifier et ses mains se glisser sous sa nuisette.

- Arrête… dit-elle en rigolant, Les enfants sont pas loin et…

Antoine la coupa en l'embrassant. Le commissaire n'avait visiblement pas envie de cesser ses caresses et sa partenaire, paradoxalement à ce qu'elle disait, le laissait faire.

- Antoine! Tenta-t-elle de l'appeler sérieusement alors qu'il disparaissait sous la couette.

Ce-dernier lui obéit et sortit la tête de la couette. Il s'approcha de son oreille et déposa un baiser sur sa joue.

- Chut! C'est moi le chef maintenant...

Candice éclata de rire avant de se laisser aller sous ses caresses tout en essayant de se contrôler pour ne pas attirer l'attention de ses enfants."