La Dame-Oiselle
Boya n'ouvrit pas tout de suite les yeux lorsque la conscience lui revint.
Il avait mal partout. Il ne s'en inquiéta pas vraiment. Pas alors qu'il sentait l'odeur distinctive de l'infirmerie de JingYun.
Il était vivant et à l'infirmerie, donc ce n'était pas très grave.
Il élargit ses perceptions pour faire le tour de son état. Ses muscles étaient douloureux, mais à part ça, il allait bien.
Que lui était-il arrivé pour qu'il se retrouve ici ?
Il avait beau se creuser la cervelle il ne comprenait pas pourquoi il était là. S'il n'avait pas été blessé, il aurait dû être juste déposé dans sa chambre. Et s'il avait été blessé, dès que ses blessures étaient fermées s'il n'était pas en danger, il aurait également dû être déposé dans sa chambre. Que faisait-il là ?
A part la pesanteur de ses membres, il ne comprenait pas trop si ce n'était le trou dans sa mémoire. Que s'était-il passé ?
Membre après membre pour éviter une crampe s'il était allongé depuis plusieurs heures sans qu'on lui ait fait rien boire, il s'étira longuement avant d'ouvrir les yeux.
Pas de réaction à la lumière vide, donc pas de commotion cérébrale. Il se mit lentement assis sur son lit. Pas de nausée donc définitivement pas de coup sur le crâne ou à l'estomac.
Il passa les jambes dans la ruelle du lit. Le mouvement ne lui causa qu'un inconfort musculaire certain, mais rien de plus que l'équivalent de courbatures un peu énervées.
Il se mit sur ses pieds et faillit tomber.
Ha. Donc son équilibre était compromis. Il se tint au mur le temps de reprendre ses appuis. Il n'avait pas de vertige, juste un embarras de l'équilibre comme si son centre de gravité avait été affecté. Pas grand-chose, il s'y habituait déjà. Un problème d'oreille interne ?
Si seulement il parvenait à se souvenir ce qui lui était arrivé ! C'était le trou noir.
On l'avait sans doute lavé puisqu'on lui avait enfilé une longue tunique qui frôlait le sol. C'était bizarre. En plus, la coupe faisait un effet étrange quand il baissait les yeux sur son torse.
Qu'est ce qui lui était arrivé ?
Et pourquoi ses cheveux étaient aussi longs ? Ils lui arrivaient aux fesses normalement. Comme il se devait pour un homme de son statut. Rien de trop gênant pour un chasseur, mais assez long pour son statut supérieur à celui d'un homme du peuple. Mais là ? Ils lui arrivaient aux mollets ?
Était-il resté inconscient suffisamment longtemps pour qu'ils poussent à ce point ?
Mais ca devrait prendre au moins dix ans ! Que…
Un miroir. Il lui fallait un miroir. S'il était resté endormit si longtemps sans cultiver, il aurait forcément pris un méchant coup de vieux.
Il quitta la chambre pour la salle de bain qu'il savait non loin.
"- Ha ! Boya Daren ! Vous êtes réveillé !"
Le guérisseur de garde avait bondi sur ses pieds pour lui courir après mais Boya s'en fichait. Il fallait qu'il puisse se voir.
Il entra dans la salle de bain, s'agrippa au miroir en pied et observa.
Il resta immobile peut-être une minute.
Puis il ouvrir la bouche et se mit à hurler.
Le cri dans les aigus le fit tressaillir en même temps qu'il hurlait.
Il se retourna d'un bond vers le guérisseur.
"- QU'EST-CE QUI M'EST ARRIVE ?!"
"- Boya Daren… Calmez-vous…"
"- QU'EST-CE QUI M'EST ARRIVE" Rugit-il encore mais son cri était bien moins impressionnant qu'à l'accoutumée.
"- Boya Daren, ne soyez pas hystérique…"
Le guérisseur se prit un coup de poing dans l'estomac.
"- Parle moi encore sur ce ton condescendant, gamin, et je te jure que je vais faire des chaussons pour l'hiver avec de la peau de tes testicules."
L'apprenti guérisseur glapit. Boya n'avait jamais été très supportable quand il était malade et devait rester à l'infirmerie. Mais LA ?
"- Boya Daren. Lâchez mon assistant, voulez-vous ?"
"- Qu'il ne traite encore comme une fille et je lui arrache les yeux."
"- Boya Daren, pour l'instant, vous ETES une fille."
Le regard meurtrier de Boya était peut-être ombré par des cils beaucoup trop longs et adoucit par un visage plus doux mais l'homicide dans ses yeux de biche était quand meme impressionnant de rage concentrée.
"- Qu'est ce qui m'est arrivé ? Ca fait combien de temps ? Comment je redeviens un homme ?"
"- De quoi vous souvenez vous ?"
"- Juste d'être partit sur le terrain avec deux autres maitres et une dizaine de juniors pour leur première mission sur le terrain. Un esprit à apaisé et qui avait demandé lui-même la présence d'un prêtre de JingYun. Plusieurs chasseurs ont été envoyées avant, mais aucun n'a semblé plaire à l'esprit. Comme il refusait de se montrer, on nous a envoyés en groupe dans l'espoir que les gamins l'attireraient." C'était le résumé exact de la mission. Sa mémoire fonctionnait donc encore bien.
"- Autre chose ?"
Boya avait croisé les bras sur son torse sans réaliser que les deux guérisseurs rougissaient lentement jusqu'à ce qu'ils se retournent
"- Boya Daren, s'il vous plait."
"- Quoi ?"
"- Votre poitrine…"
Boya baissa les yeux sur son torse.
Ha…C'était ca qui donnait un tombé bizarre à sa tunique.
Il tira sur le col et jeta un œil dessous.
"- BOYA DAREN ! ENFIN !"
"- Quoi ? Ce sont mes seins non ? Je peux voir à quoi ils ressemblent, non ?" D'ailleurs il ne voyait pas grand-chose. Il n'y avait pas grand-chose à voir non plus. Il posa les mains sur ses seins, curieux. Ils étaient si petits qu'ils tenaient au creux de ses paumes. Ils étaient de la taille d'une petite pomme. Une pèche ? Environ. Mais meme s'ils étaient petits, ils étaient bien ronds. Alors quand il croisait les bras sur sa poitrine, forcément, ils étaient bien mis en avant.
"- Alors, comment je me débarrasse de ces bidules ?"
"- Boya Daren… Pouvez-vous vous couvrir ?"
"- Où est mon uniforme ?"
"- Vous ne pouvez pas porter ca ! Vous êtes une femme !"
"- Pas pour longtemps. Je suis toujours moi. Alors, mes vêtements." Aboya le chasseur.
L'assistant lâcha un coassement d'horreur. Il fila les chercher. Les deux guérisseurs fuirent littéralement lorsque Boya commença à se déshabiller pour se changer.
Une fois nu dans la salle de bain, il en profita pour se laver, natter ses cheveux, les remonter en chignon, puis s'observer à nouveau devant le miroir en argent.
Ha…Oui…forcément…S'il avait des seins, il avait forcément perdu pénis et testicules. Il espérait qu'il allait les récupérer. Être une fille ne le dérangeait pas spécialement finalement. A moins qu'il ne soit beaucoup trop choqué pour réagir. Mais quand même, c'était bien pratique. Et puis il était habitué surtout.
Un peu honteux, il passa timidement ses mains sur lui-même pour juger des changements.
Ses hanches étaient plus larges, ses mains plus fines, son visage plus doux, il n'avait plus de pomme d'Adam… en plus des modifications évidentes, il était juste une version plus fine et plus délicate de lui-même.
Mouai. Pas grand-chose de changé quoi.
Tant mieux !
Boya finit de s'habiller et sortit de la salle de bain. Il avait eu un peu de mal à caser ses hanches et ses seins dans ses vêtements et devait reconnaitre qu'une femme en pantalon, c'était...vraiment bizarre et carrément honteux. Mais flûte, il n'y avait que son corps qui était féminin. Dans sa tête, il était toujours le fashi ronchon et agressif qu'il avait toujours été. Ce n'était pas une malédiction stupide qui allait l'empêcher de faire son boulot.
Le guérisseur et son assistant glapirent d'outrage devant son apparence.
"- Vous n'aviez qu'à me fournir une armure adaptée." Aboya Boya.
Il récupéra ses armes dans la chambre qu'il avait occupé sans se soucier du guérisseur qui tentait de le faire rester dans l'infirmerie.
"- Mais... Mais vous ne pouvez pas sortir ! Surtout pas habillé comme ça ! et...et une fille n'a rien à faire à Jing Yun !"
"-JE NE SUIS PAS ! UNE FILLE ! Qu'est-ce qu'on dit les maitres spécialistes en malédiction ?"
"- Comment ça ce qu'ils ont dit ?"
"-...Vous ne leur avait pas demandé de m'examiner ?"
"- Mais...Mais on ne peut pas demander à des hommes d'examiner une femme !" Ils étaient choqués au-delà des mots."
Boya du résister à l'envie soudaine et violente les attaquer avec son épée ou son arc et ses flèches
"- Alors qui m'a lavé et changé ?"
"- On... On a demandé aux lingères."
"- Vous voulez vraiment me faire croire que vous êtes tous des puceaux timides ? Vous m'avez vu tout nu depuis que j'ai sept ans et dès que je me cabosse quelque chose !"
"- Calmez-vous Boya Daren."
"- Mais je suis très calme. A peine irrité." Et si quelqu'un recommençait à lui dire qu'il devait se calmer, il allait péter des trucs. C'était quoi cette envie soudain de coller son genou dans l'entrejambe des deux idiots devant lui ? Un instinct ? Possible. Bref.
Il planta l'infirmerie et sortit en coup de vent pour aller chercher les spécialistes de la secte.
Sur son passage, il laissa un sillage de prêtres traumatisés, horrifiés ou carrément dans les pommes d'avoir vu une femme en armure et armée.
UNE FEMME DANS LE TEMPLE !
Boya toqua à une porte et entra directement. A l'intérieur, quatre maitres jetèrent un coup d'œil vers lui et se figèrent. Une horreur certaine apparue sur leurs visages.
"- Guniang…"
"- Arrêtez avec ça." Aboya le premier disciple qui n'avait aucune envie de faire preuve de grâce. Bon sang, même sa voix avait changée. Elle était plus haut perchée et avait une chaleur qu'elle n'avait jamais eu jusque-là.
"- Je...je..."
"- J'ai visiblement été affecté par une malédiction. Trouvez-la et supprimez là."
"- Mais...Mais... Heu... Boya…Daren ?"
"- Qui voulez-vous que ce soit ? Et REGARDEZ-MOI QUAND VOUS ME PARLEZ !"
"- Mais...votre tenue ! C'est gênant !"
Boya se retenait très fort d'aller les étrangler un à un.
"- Ma tenue m'ira aussi bien que d'habitude lorsque vous aurez supprimé cette fichue malédiction !"
Les quatre maitres échangèrent un regard. Ils allaient devoir s'approcher ! Et la regarder. Peut-être même TOUCHER la femme devant eux !
"- Mais qui m'a fichu des boulets pareils ! FAITES VOTRE BOULOT !"
Un des maitres finit par s'approcher avant de commencer d'une voix apaisante et affreusement condescendante.
"- Calmez-vous, Guniang."
Boya lui colla un coup de boule
"- Le prochain qui me traite comme une gamine de quatorze ans avec du fromage mou dans le crâne, je lui fais gouter ma lame par le fondement." Trop terrifiés pour protester, les trois maitres pas étalés par terre dans leur propre sang finirent par prendre la décision la moins dangereuse. Ils le firent asseoir sur une table pour pouvoir l'examiner confortablement avec leur troisième œil. Il y avait bien entendu une puissante malédiction sur le premier disciple qui était reliée à son apparence et nourrie par son Node doré. A mesure qu'ils se mirent à étudier la malédiction imprimée dans les chairs de Boya, ils oublièrent rapidement que leur sujet était une femme pour ne plus voir que la malédiction.
"- Et si on bloquait momentanément sa cultivation ?"
"- Non, ça ne servirait à rien. Ce ne sont pas ses méridiens qui l'alimentent mais son Node. Il faudrait détruire son Node et ça aurait toutes les chances de la tuer."
"- Hum...Pourtant, ce n'est pas une malédiction invasive. Elle est là, mais passive."
Ils n'avaient jamais vu quelque chose comme ça. La malédiction avait fait son travail et restait passive depuis. Normalement, ce genre de cochonnerie ne s'arrêtait pas. Même si elles modifiaient quelque chose sur le corps du patient, le résultat était invariablement le même avec la mort de la victime à mesure que la malédiction le rongeait de l'intérieur. Là, la quantité de qi qu'elle consommait pour se maintenir était visiblement stable depuis le début et rien ne laissait craindre qu'elle ne se développe davantage.
"- HA! JE L'AI !" S'exclama soudain un des maitres.
Les trois autres se précipitèrent, même celui qui était allé dire bonjour à par terre et qui avait fini par se relever. Ils avaient petit à petit déshabillé Boya pour chercher la marque physique de la malédiction pour la trouver finalement juste sous le sein gauche, au niveau du cœur. Sans le moindre complexe, bien trop concentré pour faire encore attention à quelque chose d'aussi ridicule que la bienséance, l'un d'eux soulevait délicatement le petit sein bien rond pour voir en dessus.
"- dessine, dessine."
Un autre avait pris un pinceau et un papier pour tracer le sigil gravé dans les chairs du premier disciple et visible uniquement avec leur troisième œil.
"- C'est bon ?"
"- Oui, je l'ai. Mais c'est bizarre qu'il n'y ait pas de marquage secondaire. Enfin, il y a un autre marquage sur les hanches, le sternum, le visage et les omoplates mais ils n'ont rien à voir."
Boya grogna.
Mince alors il n'avait pas rêvé ? Zhuque l'avait bel et bien marqué et...
"- QU'EST-CE QUI SE PASSE ICI ?" Le chef de secte venait de débouler comme une furie. Il resta une seconde horrifié de voir Boya torse nu et les mains des quatre maitres sur elle. "QU'EST-CE QUE VOUS CROYEZ ETRE EN TRAIN DE FAIRE ?"
Les quatre maitres restèrent un instant interdit avant de réaliser sur quoi étaient leurs mains et ce qu'ils tripotaient sans pitié depuis tout à l'heure.
"- BOYA DAREN ! PARDON !"
Boya leva les yeux au ciel. Dans la situation qui était la sienne pour l'instant, la pudeur était bien la dernière chose qu'il pouvait se permettre d'avoir.
"- Je peux me rhabiller ?" Il devait quand même fournir un effort pour ne pas laisser voir son malaise.
"- HA ! Oui ! Bien sûr !"
Boya reprit calmement ses tuniques pour les renfiler après s'être détourné. Il rentra a nouveau difficilement sa petite poitrine dans ses cuirs. Même écrasée comme elle l'était, elle se voyait.
Il s'inclina devant le chef de secte une fois présentable.
"- Zongzhu."
"- Boya. Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devrais être à l'infirmerie."
"- Je vais très bien."
"- Tu es resté inconscient presque deux semaines !"
"- Ce qui explique surement pourquoi je pourrais dévorer un bœuf."
Le chef de secte était visiblement ulcéré.
"- Tu ne peux pas te balader comme ça n'importe comment."
"- Je n'allais pas attendre plus longtemps que ces messieurs viennent me voir pour déterminer quel est la malédiction qui m'affecte."
L'ancien chasseur monté en grade se pinça la racine du nez entre deux doigts.
"- Boya... Nous ne savons pas ce qui s'est passé. Les rapports des autres maitres et des juniors ont des incohérences inquiétantes. Nous attendions avec impatience que tu te réveilles pour savoir ce qui s'est passé."
"- Je n'en ai aucun souvenir après notre arrivée sur site, Zongzhu. Quoi qu'il se soit passé, ce que nous chassions a visiblement posé une malédiction sur moi qui m'a fait changer de sexe." "- Est-ce une illusion ?" Le chef de secte tourna un regard noir vers les quatre maîtres spécialisés qui s'inclinèrent, les joues encore écarlates.
"- Non, Zongzhu. Boya Daren est pour l'instant physiologiquement une femme."
"- Qu'avez-vous découvert ?"
"- La malédiction est stable et en sommeil maintenant qu'elle a produit ses effets. Elle se nourrit de son Node doré pour se maintenir, mais sans l'impacter plus que ça. Je doute même que Boya Daren se soit rendu compte de l'infime prélèvement causé par la malédiction sur ses réserves."
Boya confirma. Même s'il se concentrait sur lui-même, il ne sentait rien.
Le chef de secte se renfrogna visiblement.
"- Et pour lever la malédiction ?"
"- Heu...Nous venons de commencer. Il nous faut un peu de temps."
"- Je vois. Boya, tu vas retourner à l'infirmerie."
"- Je ne suis pas blessé. Je n'ai aucune raison d'y rester."
"- Je ne veux pas que ton apparence cause des problèmes. Et puis les femmes sont interdites dans le temple."
Boya se retint difficilement de lever les yeux au ciel. Depuis sa rencontre avec QingMing, il s'était pas mal détendu. Les aspects les plus étriqués de la vie du temple qui ne l'avaient jamais gêné jusque-là l'irritaient de plus en plus. Ils ne servaient aucun propos, embêtaient tous les monde et n'aidait même pas dans le travail des chasseurs.
"- Zongzhu, que voudriez-vous qu'il se passe ?"
"- Certains pourraient avoir des idées saugrenues."
"- Si certains ont des idées saugrenues, ce sont eux le problème. Pas moi. Et je n'aurais aucun problème à leur rappeler que je reste premier disciple et que mon boulot inclus la discipline."
"- Boya..."
"- A moins bien sûr que JingYun estime que les agressions sexuelles sont normales ?"
Il y avait du défit dans le regard de Boya. C'était facile de se donner un air de supériorité morale quand il n'y avait aucune tentation pour la faire vaciller. S'il suffisait d'un croupion un peu serré dans du cuir pour transformer les disciples de JingYun en prédateur, c'était que la secte avait un gros problème.
"- Si les autres ne peuvent pas tenir leurs hormones en respect, pouvez-vous m'assurer qu'ils ne risquent pas d'agresser qui que ce soit sur le terrain ?" Le chef de secte paraissait mal à l'aise tout soudain. Sa réaction étonna Boya mais il avait autre chose en tête. "Parce que des prédateurs qui s'attaquent à des proies non consentantes pour en faire ce qu'ils veulent, c'est quand même très proche de la définition standard d'un démon."
Les hommes autour de lui pâlirent. Ils étaient choqués et outrés mais... Boya avait totalement raison.
"- Tu peux retourner à ta chambre, Boya. Je ferais une annonce ce midi. Mais s'il te plait, porte au moins quelque chose de moins...Moulant." Le chef de secte avala péniblement sa salive. La plastique de Boya serrée dans ses cuirs de chasse était réellement émouvante. Le célibat n'était pas une obligation pour les membres de la secte mais ils n'avaient pas vraiment le temps de s'amuser non plus. "quant à vous, quand pensez-vous que vous pourrez libérer Boya ?"
"- Nous allons travailler dessus dès à présent, Zhong Zhu." Rassurèrent les quatre maitres.
Satisfait, Boya retourna à sa petite chambre. Il s'assit sur le lit avec un gros soupir. Ce n'est qu'une fois seul qu'il se mit à trembler.
Il était une femme.
UNE FEMME !
Mais qu'est ce qui s'était passé ? Pourquoi ? COMMENT ? QUI l'avait maudit ainsi. Et pourquoi ? Il aurait manqué de respect à quelqu'un ? Parce que ça, c'était la vengeance d'un esprit ou d'un démon pour quelque chose qu'il avait fait. Ou pas fait.
Mais la question restait la même : Qu'est ce qui se passait ?
Comme à l'infirmerie, il se déshabilla pour prendre le temps de s'observer dans le miroir de ses appartements, cette fois avec son troisième œil. Un grognement lui échappa. Il voyait le sceau de la malédiction sous sa poitrine. Il voyait aussi les marques de Zhuque. Il se souvenait bien d'elles. C'était les mêmes qu'il avait porté quand il s'était offert à Zhuque. D'une façon ou d'une autre, il portait encore le poids du cadeau fait par le dieu-gardien. Est-ce qu'une partie de lui était encore le shishen de QingMing ?
Penser à lui serra le cœur du fashi. Son ami lui manquait. Il n'aurait jamais dû le laisser partir comme ça, si vite. Il aurait dû lui dire de rester un peu, lui faire découvrir la capitale et JingYun... Le chef de secte n'aurait rien eut contre un peu de communication intersecte après tout. Et puis...QingMing était une mine de connaissance. Peut-être qu'il saurait ce qui lui était arrivé et comment le défaire ?
pour la première fois depuis qu'il s'était réveillé, Boya était optimisme, autant de redevenir un homme que de pouvoir revoir son ami. Il rédigea une lettre à destination de QingMing et la fit envoyer par courrier rapide à la secte nord. En tant que premier disciple, Boya pouvait se permettre de demander l'utilisation d'un oiseau de qi pour le faire transiter plus vite que par un simple coursier à cheval qui mettrait au moins un mois pour rallier le Bureau. S'il ne tombait pas dans un ravin. Ou une avalanche. Ou une attaque de brigand. Ou un démon. Ou... Les causes d'accident étaient tellement nombreuses que s'en était stupide.
Satisfait, Boya rejoint la salle commune pour diner avec ses hommes. Il avait fourni un effort pour ne pas embarrasser toute la secte de ses courbes voluptueuses, la blague était ridicule, et portait sur ses vêtements d'intérieur une large robe blanche qui ne lui appartenait pas. Il ne savait plus quand il l'avait barbotté à QingMing, mais à la vue du ravaudage qui avait été couvert par une broderie sur le côté droit du ventre, ce devait être la robe que QingMing portait quand il avait été percé par Fangyue.
Pourquoi Boya avait cette robe ? Il n'avait aucun souvenir de l'avait récupéré pourtant. Un oubli de QingMing ? Possiblement. Avant qu'ils ne se séparent et que Boya rentre finalement au temple, ils avaient partagé une chambre d'auberge pendant quelques jours. Il avait dû coller la robe dans sa poche quiankun sans le faire exprès.
Prit d'une illumination soudaine, il en fouilla les manches pour en sortir plusieurs talismans divers et variés, plusieurs fu'yan dont un activé. Celui qui lui avait sauvé la vie dans la tombe de sable ? Comment QingMing l'avait-il récupéré ? Un peu de petite monnaie, un mouchoir propre en soie brodée du même seiman que celui de QingMing, un éventail en soie, et une petite poche quiankun. Et ce n'était que la manche gauche ! Il écuma la droite avec la même curiosité.
"- Boya Daren ? Qu'est-ce que vous faites ? Où avez-vous trouvé cette robe ?" Elle vibrait d'un qi inconnu de tous.
"- Je fouille les manches, ça se voit non ?" Et voilà, il était ronchon.
"-...Ce n'est pas à vous, ca."
"- J'ai dut la barbotter à QingMing pendant qu'on partageait une chambre à l'auberge." Il finit de poser ses découvertes devant lui sur la table pendant qu'il attendait qu'un serviteur ne le serve, lui et les autres maitres.
Il avait même trouvé plusieurs sachets de tisanes, des jouets (des jouets ? Pourquoi diable QingMing avait-il des jouets en plume et des petites peluches dans ses manches qui...ho...HO ! Ha oui. Les marques dessus avaient effectivement été faites par des dents animales. Chien ou renard, Boya n'en savait rien mais la question ne se posait pas, n'est-ce pas ? Bref.), des plumes blanches dont une qui devait dépasser le mètre de long, des pinceaux, de l'encre, du papier, du cinabre et... urk ! des baos. Le sort de préservation sur le petit sac les avait empêchés de pourrir mais il devrait les jeter rapidement maintenant qu'il avait ouvert le sac pour savoir ce qu'il y avait dedans. Les autres maitres avaient échangé un regard. Barbotté à QingMing Daren ? Et c'était quoi ce manque de respect ? Boya n'avait jamais été proche de personne. Mais s'il avait effectivement piqué les affaires de l'autre maitre, était-ce parce qu'il le méprisait à ce point ?
Boya rangea tout à sa place, fasciné de constater que les manches n'étaient pas plus lourdes et que tout tenait dedans sans que rien ne se voit. Quiconque avait brodé le tissu avait fait un travail somptueux. Peut-être QingMing lui-même ? Il aurait bien vu le demi-démon avec une
aiguille à la main.
"- Boya..."
"- quoi ?"
"- Tu vas rester comme ça encore longtemps, tu penses ?"
"- Je n'en sais rien, et j'espère que non." Le ton était à la fois lugubre et irrité.
Même s'il n'était pas réellement gêné pour l'instant d'être une fille, il était bien plus dérangé par le ton paternaliste, condescendant et les regards gourmands autour de lui.
Il espérait grandement qu'il ne se comportait pas ainsi auprès des femmes sans même s'en rendre compte, il comptait bien se surveiller de très près une fois qu'il serait redevenu lui-même.
C'était insupportable au dernier degré. A ce rythme, il allait mordre le mollet de quelqu'un avant la nuit. Comment faisaient les femmes pour supporter CA ? Plus ça allait et plus Boya crispait de sentir les regards des autres sur sa poitrine. En plus, avec la robe de Qing Ming sur son dos, il n'y avait rien à voir.
- Vous voulez que je me mette tout nu sur la table aussi ?" Les autres maitres sursautèrent et rougirent affreusement.
"- Désolé, Boya. C'est juste que... et bien..."
"- Il faut reconnaitre que tu fais une fille très regardable"
"- Et bien regardez ailleurs. Vous êtes quoi ? Des animaux ?" Le réprimande sèche fit baisser les yeux de toute la salle.
Le repas fut rapidement expédié dans un silence tendu. Boya finit son bol au plus vite avant de sortir de la salle commune. Seul une retenue qu'il ne se connaissait pas et qui avait étrangement la voix de QingMing l'empêcha d'aller pulvériser le sénior qui osa demander à voix haute si leur premier disciple était indisposé pour être aussi agressif.
C'est ronchon comme rarement que Boya retourna a sa chambre pour tenter de méditer. Avec un peu de chance, il arriverait peut-être a toucher la malédiction et à en apprendre davantage dessus. Lorsqu'il refit surface, il était plus que temps pour lui de dormir.
Boya était une fille depuis presque dix jours lorsque la réponse de la secte nord lui parvint.
Pourquoi avaient-ils trainé autant ? Boya soupçonnait de savoir pourquoi. Qingming lui avait dit que sa secte le considérait à peine mieux qu'un animal après tout. Mais de là à répondre sèchement que personne du nom de QingMing n'appartenait au Bureau ? Boya fut immédiatement inquiet.
Il remercia le junior qui lui avait apporté le message avant de s'enfermer dans son bureau pour tenter de contacter QingMing avec le lin'ger dont il avait encore l'autre moitié. Il avait tenté d'être polit sans résultat. On ne pourrait pas lui reprocher d'avoir fait au mieux n'est-ce pas ?
"- QingMing ?... QingMing ?"
Le premier disciple de JingYun tenta sa chance une bonne heure avant de laisser tomber. Sans doute QingMing était-il occupé ailleurs ? il réessayerait le soir même.
Non, il ne s'inquiétait pas pour lui. Du tout. QingMing était fort et solide. Il avait des shishen tout aussi puissants et solides. Il allait bien. Il allait forcément bien. Sans doute était-il en mission quelque part et avait-il laissé le lin'ger chez lui.
Boya se remis à son travail.
Le chef de secte avait refusé de le laisser aller sur le terrain tant qu'il serait une fille. Boya était furieux mais il pouvait objectivement comprendre. Il était le premier disciple, il représentait encore davantage la secte que son Zongzhu pour l'œil du public médiocre. Ca l'agaçait mais la société était ce qu'elle était. On écoutait moins une femme, on lui faisait moins confiance et quand bien même était-il tout aussi capable de faire leur fête à des démons agressifs, certains imbéciles verraient dans sa féminité transitoire une excuse pour faire n'importe quoi. Boya ne pouvait pas passer la moitié de ses chasses à tuer des démons et l'autre moitié à fracturer des mâchoires si on tentait de le tripoter. Parce que se battre en robe féminine était un "non" total et absolu. Déjà qu'il était fortement irrité de devoir garder la robe de QingMing sur ses épaules pour cacher ses hanches et ses seins de la concupiscence d'hommes qui le côtoyaient depuis qu'il avait sept ans et qui pour certains avaient l'âge d'être son arrière-grand-père... Comment les femmes n'avaient-elles pas encore brulé l'Empire ? Il ne subissait ça que depuis dix jours et devait se retenir d'arracher des yeux et de couper des mains. Il n'y avait bien que les juniors et les plus jeunes shidi qui ne le regardaient pas comme un bout de viande.
Non.
C'était quelque part pire.
Ils le regardaient comme une maman. Ou une grande sœur. En tout cas comme la présence féminine rassurante qui leur manquait à tous.
Boya ne pouvait pas leur en vouloir. Quand il était arrivé au temple, il aurait tué pour avoir une présence féminine près de lui parce que c'était tout ce qu'il avait connu de rassurant jusque-là dans sa vie.
Mais quand même ! Pour le principe, FLUTE ! Là. Il rongeait son frein. Il voulait aller faire son boulot.
Dépité, il finit avec ses piles de papiers puis, à défaut de pouvoir aller s'entrainer à l'épée parce que le voir sauter partout en s'agitant donnait visiblement des idées au troupeau de mâles en rut qui constituait JingYun, il prit son arc pour aller mettre quelques flèches dans des cibles à défaut de dans des fesses histoire de calmer tout le monde. Son plaisir de pratiquer une activité qu'il aimait et qui le détendait toujours fut rapidement gâché lorsqu'il entendit les premiers commentaires. Une femme ne devait pas se comporter comme lui. Une femme ne devait pas faire d'activité martiale. Une femme ne devait pas s'habiller comme un homme. Une femme devait être modeste. Une femme devait s'occuper d'être décorative et c'était tout.
Boya crispa si bien que sa dernière flèche transperça la cible qui s'enflamma à son contact, s'enfonça dans le rocher derrière qui explosa.
Les idiots qui l'observaient se turent d'un coup, blêmes.
"- ET UNE FEMME VA TRES VITE VOUS BOTTER LE CUL SI VOUS NE DEGAGEZ PAS AVANT DE QUE J'AI ENCOCHE UNE NOUVELLE FLECHE !"
L'arène se vida à la vitesse de l'eau d'un barrage qui se rompt.
Boya resta seul au milieu du sable à crier sa colère dans les aigues ce qui augmenta encore son outrage et sa fureur.
Lorsqu'il eut vidé tout son carquois, le rocher n'était plus que du gravier et la dizaine de cibles de la cendre.
Il se laissa tomber à genoux, vidé. Il y resta un long moment, les yeux clos, la rage au cœur et un peu de désespoir aussi. Quand allait-il redevenir lui-même ? Il n'en pouvait plus. Il ne pouvait même plus faire confiance à sa propre secte sans craindre que ses frères tentent de l'agresser dans un couloir sombre. Il n'était pas idiot. Il les entendait. Il les voyait. Et même s'il était fort, il ne pourrait jamais se défendre face à une dizaine de ses frères déterminés à lui
faire du mal.
Boya était écœuré.
Jamais il n'aurait imaginé avant devoir se méfier de ses frères. Jamais il n'aurait imaginé avoir peur d'eux.
Mais là...
Et que faisaient les spécialistes des malédictions ? Il était retourné les voir quelques fois, ils l'avaient examiné, ils avaient pris des notes, mais jusque-là, rien.
C'était de la torture.
"- Boya."
"- Zongzhu..."
"- Je crois qu'il va falloir changer notre fusil d'épaule te concernant."
Le regard morne et fatigué du premier disciple le fit frémir.
"- C'est-à-dire ?"
"- J'ai envoyé un message aux trois autres grandes sectes. Ils nous envoient des émissaires.
Boya soupira, En espérant que QingMing serait parmi les nordistes.
"- Merci, Zongzhu."
"- Retourne à tes quartiers, Boya."
Le chasseur obéit. Sa stabilité nerveuse allait finir par en prendre un coup.
Dans son dos, il ne vit pas son chef de secte secouer la tête, tout aussi dépité. Il était triste de perdre un premier disciple et un chasseur de la qualité de Boya, mais sa présence était de plus en plus problématique pour toute la secte. Il fallait faire au mieux pour la secte, et la garder ici n'était pas dans leur intérêt. Il trouverait bien à la marier parmi les trois autres sectes. C'était pour ça qu'ils venaient après tout. Il était rare qu'une secte majeure ait à vendre au plus offrant un produit de la qualité de Boya.
"- Je ne mettrai pas ces trucs."
"- Boya, soit tu mets ces robes, soit tu vas y aller toute nue !"
Le premier disciple haussa un sourcil. Il tentait de le défier là ?
"- Boya... Ne fais pas ta mauvaise tête."
Boya jeta un regard meurtrier à son Shifu, de plus en plus rebelle à chaque jour qui passait. Il n'en pouvait plus, nerveusement au bout. Alors qu'on exige de lui qu'il se grime en fille pour la tranquillité d'esprit des maitres en visite qui étaient là justement pour l'aider à se défaire de la malédiction ? C'était une option qui n'était même pas sur la table.
"- Boya."
"- Shifu."
"- Boya."
"- Shifu."
Le vieil homme se pinça la racine du nez entre deux doigts.
"- Tu étais bien plus vivable quand tu étais un homme."
"- Ma vie était bien plus vivable quand j'étais un homme. Et c'est bien pour ça que je veux redevenir ce que je suis !"
Son Shifu secoua la tête. Les spécialistes étaient désolés. Ils avaient fait de leur mieux mais... Pour eux, le maléfice était définitif. Il fallait que Boya accepte que sa vie s'épanouirait maintenant en tant que mère au foyer.
Personne n'avait encore eut le courage de le lui annoncer d'ailleurs. Finalement, le maitre et l'élève finirent par transiger. Boya ne mettrait pas son armure en cuir mais ses vêtements
d'intérieur, moins moulant, et la robe de QingMing sur ses épaules. Le pauvre bout de tissu en aurait vu pendant les quatre dernières semaines.
C'est avec sa tête des mauvais jours, à peine moins flippante au féminin qu'au masculin, que Boya suivit son Shifu dans le bureau du chef de secte. Des maitres des trois autres sectes étaient déjà là. Boya les salua respectueusement bien qu'il frémisse de malaise sous leurs regards calculateurs.
"- Alors ?"
"- Intéressant en effet."
Boya resta silencieux. Quelque chose n'allait pas, il le sentait. Il tentait de croiser le regard de chacun des maitres présents mais aucun ne lui faisaient la grâce de regarder autre chose que son corps, comme s'ils jugeaient un cheval à acheter.
"- J'en propose dix talents d'argent."
"- Douze."
"- Quatorze."
"- Vingt."
Boya resta incrédule un instant.
"- PARDON ?"
"- Tais-toi Boya." Lâcha froidement son chef de secte.
"- PARCE QUE VOUS CROYEZ QUE JE VAIS VOUS LAISSER ME VENDRE COMME UNE JUMENT ?"
"- Boya ! qu'est ce que tu veux qu'on fasse de toi ! Tu vas rester comme ca ! Qu'au moins tu finisses de payer ta dette a ta secte ! Tu auras une bonne vie avec le mari que la secte qui va t'acheter te choisira."
"- Elle est beaucoup trop énervée pour faire une bonne épouse." Protesta l'un des prêtres de l'ouest."
"- Sa cultivation sera bien entendue bloquée." Rassura le chef de JingYun.
Boya ne put se retenir plus longtemps. Il lui sauta à la gorge et commença à serrer. Il fallut trois maitres pour le faire lâcher. Et encore. Meme à trois ils avaient encore du mal à le tenir. Et s'était sans compter la brulure de son qi qui commençait à faire fumer les gants des maitres de JingYun.
"- JE VAIS TOUS VOUS CREVER !"
Les maitres des trois autres sectes s'étaient reculés. Mais elle était intraitable ! Il était hors de questions qu'ils achètent une furie pareille. Meme avec sa cultivation bloquée, elle était trop dangereuse. A part l'attacher et l'utiliser comme reproductrice, ils ne pourraient rien en faire.
Un cercle doré commença à se former pour s'ouvrir sur un portail.
QingMing en sortit tranquillement.
"- TOI !"
QingMing eut un sourire pour les nordistes.
"- Tient donc. Il est heureux que j'aie encore quelques amis dans le nord. Sinon, je n'aurais pas été au courant de cette petite sauterie.
"- QingMing…"
"- Bonjour Boya."
Le chasseur s'était enfin détendu entre les mains de ses frères de sectes, trop heureux qu'ils étaient qu'on ait trouvé un moyen de se débarrasser de lui.
"- Tu n'as rien à faire ici, Monstre !"
"- LeWang Daren. Je suis un cultivateur indépendant à présent. Vous n'avez plus aucun ordre à me donner." Il sourit tranquille aux prêtres de l'est qui tenaient toujours Boya. "lâchez-le, voulez-vous ?"
Boya aurait pu en pleurer de soulagement. QingMing était le premier à le genrer au masculin depuis des semaines.
Les maitres de l'Est avaient lâché Boya par reflexe sous l'ordre. Un maitre restait un maitre et celui là était au-dessus d'eux.
Boya les foudroya du regard. Comment avaient-ils osé ! Ils étaient ses amis d'enfance et ils le traitaient comme un esclave ?
"- Tu es dans une situation intéressante, Boya."
"- Ce n'est pas drôle, QingMing. J'ai essayé de te joindre, sans succès."
"- Je ne l'ai appris que tardivement. Je suis désolé, mon ami. Je n'ai pas pu venir avant. Il a fallu qu'un vieil ami me prévienne que tu avais cherché à me joindre et que des maitres des trois sectes avaient été envoyé ici pour toi."
"- Je croyais que c'était pour me libérer de la malédiction. Pff." Il cracha aux pieds de son ancien chef de secte. Il avait pris la décision à la seconde où QingMing avait passé le portail. Il ne resterait pas ici. Il avait tout donné à sa secte et on le traitait comme jetable ? Pire comme vendable ? Il était écœuré. QingMing avait raison. Il n'avait pas besoin d'une secte pour protéger les faibles et les innocents. Si son ami pouvait être un indépendant, lui aussi.
"- QingMing. Tu n'as rien à faire ici !" Crispait de plus en plus le maitre du nord. Il n'osait pas attaquer le demi-démon. Il était plus fort que lui et le savait. Si QingMing avait décidé de se battre pour le trône de la secte, il n'aurait rien pu faire pour s'y opposer. Et c'était ce qui le crispait le plus. Il n'était chef de la secte nord que parce que QingMing n'était pas intéressé pour l'être. Et puis, il ne voulait pas donner non plus une mauvaise impression aux autres sectes. La secte Est se ridiculisait très bien toute seule, il ne voulait pas les imiter.
Le Sud et l'Ouest s'étaient physiquement retirés des enchères c'était évident mais ils restaient assister au spectacle. Une femelle aussi farouche ne valait pas les risques pour l'obtenir même si les rejetons qu'elle produirait seraient exceptionnel. Elle était flamboyante, mais bien trop sauvage.
"- QingMing, tu peux faire quelque chose pour moi ?" Son ancien chef de secte toussait toujours en se frottant la gorge.
QingMing tendit la main vers lui. Boya lui donna immédiatement son poignet. Le demi-démon l'examina quelques minutes avant de rire doucement.
"- Comment as-tu réussit à te mettre à dos une Dame-Oiselle ?"
Les prêtres dans la pièce s'échangèrent des regards. De quoi ? Une quoi ?
QingMing leva les yeux au ciel.
"- Une Dame-Oiselle. Un esprit avien comme son nom l'indique. Née d'une fiancée suicidée juste avant son mariage après avoir été abandonnée par son futur époux. Elles sont rares et timides en général. Quand elles se montrent aux humains, elles ne sont pas agressives, juste joueuses. Quand on accepte de faire ce qu'elle demande, il y a de belles récompenses à la clé. Mais quand on les met en colère et bien…" le demi-démon eut un geste vers Boya. "Elles font ressentir la souffrance de leur condition de femme à leur victime."
"- …Je ne me souviens meme pas en avoir rencontré une !"
QingMing reprit sa main dans la sienne.
"- Hum…Il y a un sort sur ta mémoire. Je ne l'avais pas senti avant parce que la signature est proche de la tienne." Il se tourna vers le Shifu de Boya. "Peut-être pouvez-vous expliquer ?"
L'homme pâlit.
"- Shifu…" Le ton trahit de Boya le fit tressaillir.
"- Me fais-tu confiance, Boya ?" Sourit QingMing.
"- Avec ma vie." Le sourire du demi-démon se fit immense.
Il reprit la main de Boya et projeta une lance de qi dans ses méridiens pour détruire le blocage.
Boya vacilla une seconde.
"- Boya ?"
Le jeune homme se frotta le front.
"- Je me souviens." Il foudroya son Shifu et son chef de secte du regard. "Vous vouliez vraiment couvrir les autres ? En me sacrifiant MOI ?"
Les maitres des trois autres sectes buvaient du petit lait. C'était du pain bénit pour eux. Un tel règlement de compte en interne ? Et ils y assistaient ? Qui avait des grattons de porc frit au piment pour profiter un peu du Drama ?
"- Boya…"
"- Non ! Vous avez préféré passer sous le boisseau une tentative de viol ! Vous saviez que j'aurais demandé une punition exemplaire pour eux !"
"- Ce n'est qu'une démone !" S'emporta le chef de secte. "Qu'est ce que ca peut bien faire qu'on s'amuse un peu avec avant de les tuer !"
Meme les autres sectes furent écœurés. Eliminer les démons dangereux d'accord. Mais agresser des innocents avant de les tuer pour se débarrasser des traces ?
"- Qu'est ce qui s'est passé précisément, Boya ?"
Le chasseur cracha encore au pied de son ancien chef de secte.
"- On devait aller évaluer avec des juniors la présence d'un esprit de la nature. Cette Dame-Oiselle. Elle avait été repérée depuis quelques semaines et avait meme demandé à ce que des prêtres viennent la voir. Ca ne devait pas être difficile ni dangereux."
"- Vous avez attaqué à vue ?"
"- Bien sur que non !"
"- Boya ?"
Le chasseur rosit un peu.
"- J'ai commencé par vouloir discuter avec elle. Comme tu m'as appris. Elle avait demandé notre présence, je ne la pensai pas dangereuse. Et j'avais raison. Elle voulait juste discuter un peu et s'amuser. J'ai commencé à jouer de la flute pour elle mais les maitres qui m'accompagnaient ont voulu s'amuser eux aussi. Et "montrer aux gamins comment ont traite les monstres, pas les distraire." J'ai essayé de les en empêcher mais la Dame-Oiselle n'avait pas besoin de mon aide pour se défendre. Elle était furieuse. Elle a failli tuer les gosses alors je les ai protégés."
"- ET TU AS ABANDONNE TES FRERES !"
"- ILS N'AVAIENT QUE CE QU'ILS MERITAIENT ! N'AVEZ-VOUS DONC PLUS AUCUN HONNEUR ?" Boya était au-delà du scandale et les maitres des autres sectes aussi.
Ces révélations allaient faire le tour de la cultivation. Combien d'esprits et de démons avaient été tués sans raison, juste pour que des maitres de JingYun s'amusent ?
"- J'ai essayé de la calmer tout en protégeant les gosses. Je n'ai pas réussi à l'apaiser. Quand je me suis mit entre elle est mes frères pour qu'elle ne les tue pas, elle m'a jeté une fleur à la figure. Je me suis effondré et quand je me suis réveillé, j'étais comme ça, à l'infirmerie."
QingMing hocha la tête.
"- Vous avez eut de la chance, chef de JingYun. Si Boya n'avait pas tenté de l'apaiser, vous auriez perdu tous vos hommes à par lui. J'imagine que la punition des autres finira par apparaitre."
Le chef de secte paru enfin inquiet.
"- Comment ça la punition des autres ?"
"- Vous ne pensiez pas qu'ils s'en sortiraient sans rien n'est ce pas ? Les enfants sont probablement à l'abri. Mais les adultes, attendez vous à quelque chose de débilitant et de très handicapant."
"- Vous pouvez lever la malédiction ?"
"- Je le pourrais sans doute, mais je ne le ferai pas. Ça vous apprendra à tous. Je ne suis là que pour Boya après tout." QingMing avait un sourire en coin un peu moqueur. "Si nous faisions quelque chose pour toi ?"
Boya en aurait presque supplié.
"- Qu'est ce que je dois faire ?"
"- Juste me faire confiance." Sourit encore QingMing en reprenant sa main et en l'attirant dans ses bras.
"- QingMing ?"
"- Ferme les yeux et laisse-toi aller."
Le chasseur de démon n'hésita pas une seule seconde. Il ne tressaillit même pas lorsque les lèvres de QingMing se posèrent sur ses siennes et gémit doucement de plaisir lorsque sa langue glissa entre elles. C'est lui qui approfondit le baiser qui se prolongea tellement longtemps que les autres maitres commencèrent à se sentir tout à la fois gêné et émoustillés. Puis QingMing lâcha enfin Boya après ce qui avait parut au tueur de démon beaucoup trop court et infini tout à la fois. Il avait les joues roses, les lèvres gonflées et les yeux écarquillés.
"- Q…QingMing ?" Puis il sentit le sceau sur sa poitrine vibrer et éclater en morceau.
La transformation inverse le fit grogner de douleur mais QingMing le garda contre lui.
"- Un baiser ? Il fallait juste un baiser ?" Le Shifu de Boya était incrédule.
"- Pas n'importe quel baiser." Souriait QingMing avec révérence pour le jeune homme dans ses bras.
"- Un baiser d'amour véritable." L'un des maitres du sud en sautillait presque sur place. "Quoi ? ne me regardez pas comme ça. La plus part des contes sont toujours basés sur des éléments véridiques."
"- Il a totalement raison, néanmoins." Souriait encore QingMing.
Boya s'était affreusement empourpré. Comment QingMing avait-il pu être sûr que ça marcherait ?
"- Comment… je veux dire… Comment as-tu pu savoir que je…Enfin…"
Le sourire du demi-démon se fit plus large encore.
"- Ce n'était pas toi qui avais besoin d'aimer, Boya." Murmura le nordiste.
Boya en resta bête puis s'empourpra encore davantage. Il resta à fixer le demi-démon encore une minute puis retira le chapeau sur son crane qui marquait son rang et son appartenance à sa secte. Il le claqua au visage de son ancien chef de secte.
"- Je m'en vais."
"- BOYA ! Et qu'est ce que tu crois pouvoir faire ?! Tu appartiens à JingYun jusqu'à ce que tu ais remboursé la dette de ton éducation et de ton entretient jusqu'ici !"
"- Gardez ma part sur ce que le trône a envoyé à JingYun pour avoir vaincu le Serpent. Avez-vous une place pour moi chez vous, QingMing Daren ?"
"- Votre chambre vous attends depuis des mois, Boya Daren. Le temps de quitter proprement le Bureau, vous comprenez…"
Derrière eux, le Shifu de Boya savait quand il avait perdu. Il n'insisterait pas. Il posa une main lourde sur l'épaule du chef de secte. Ils avaient joué et perdu.
En attendant, les autres maitres des autres sectes allaient leur faire une réputation qu'ils allaient mettre des années à éponger il le savait déjà. Autant ne pas en rajouter en tentant de garder la main sur Boya. Ils l'avaient perdu lui aussi. Et totalement de leur propre faute.
"- Voulez vous de l'aide pour récupérer vos affaires, Boya Daren ?"
"- Avec plaisir, QingMing Daren."
"- Ho…et ma robe vous va excellement bien." Ronronna encore QingMing avec un regard appréciateur à la fois très proche et bien différent de ceux que Boya avait reçu depuis des jours. Il y avait du désir dans ce regard. Mais du respect aussi.
Snow Hound se posa près de la maison abandonnée.
La Dame-Oiselle jouait sur sa balançoire comme elle le faisait toujours en fin d'après-midi.
Elle sourit en voyant le tengu.
"- Alors ? Ça a marché ?"
Le digne shishen hocha la tête.
Il posa le gros sac qu'il avait à la main près du porche de la maison délabrée que l'esprit occupait depuis des siècles.
"- Comme prévu pour votre aide, belle Damoiselle."
L'esprit avien gloussa. Elle sauta de sa balançoire lorsqu'elle atteint l'apogée de sa course et battit des ailes pour se poser doucement devant le tengu.
"- Les humains qui accompagnaient le fauconneau étaient très désagréables."
"- J'ai apprit ce qu'ils ont voulu faire. C'était inattendu. Je vous en présente toutes mes excuses, soyez en sure." Il s'inclina profondément. "Je me suis permis d'ajouter quelques petites douceurs à notre marché pour vous faire oublier les désagréments."
"- Bah, je me serais contenté de tuer les adultes après avoir maudit le fauconneau. Ce n'était pas bien grave. D'autres ont essayés avant et leurs os décorent agréablement mon nid, tu sais." Elle eut un petit sourire torve. "Ton maitre a-t-il réussit à se déclarer à son élu alors ?"
"- Ils filent le parfait amour, s'en est dégoutant." Snow Hound avait un petit sourire de pure satisfaction malsaine.
"- Il serait ballot qu'ils apprennent ton implication dans cette histoire tu ne crois pas ?"
"- Ce serait effectivement très dommage."
"- Veux-tu venir voir les jolis os qui décorent mon nid ?"
"- Avec plaisir."
"- Et peut-être que tu pourrais rester ici cette nuit avec moi ?"
Cette fois, le sourire de Snow Hound se fit plus charmeur.
"- Avez plaisir."
La Dame-Oiselle sauta au cou du tengu en riant. Il la rattrapa au vol.
"- Mes appartements sont dans cette direction, bel oiseau."
"- A votre service ma Dame-Oiselle."
