91

La technologie de mécanisation leur avait promis l'immortalité. Sur leur planète pauvre en métaux, ils choisirent des corps en bois.
Par les bagages d'un voyageur négligent arrivèrent des termites.
Sur les ruines de leurs cités jadis prospères, ils regardaient leur monde mourir.

92

Depuis la bâtisse encastrée dans la falaise, ils se hâtaient de s'emplir les yeux de verdure.
Quelques minutes. Puis l'illusion holographique se réinitialisait pour d'autres visiteurs.
Derrière le mur minéral, la station spatiale aseptisée tournait dans une froide indifférence.

93

Rouille et sang.
L'ombre de la Terre passe devant la Lune, l'astre froid s'habille d'orangé, le vaisseau croise le cône d'obscurité. Hasards de navigation. Envies de beautés stellaires. Qui d'autre que lui admirera ce spectacle ?
Éclipse. Lune et Terre sont dans les mêmes tons.

94

Le trèfle noie peu à peu le banc sur lequel elle attend.
La végétation ne décourage pas les passants.
— Oh ma jolie ! Tu as besoin de compagnie ?
Elle sourit, elle les attire d'une œillade mutine, elle les enferme dans un piège végétal.
La faim la tenaille.
La chasse est bonne.

95

— Il est barbu. Sûrement le chef. Suivons-le, Warrius !
— Crétin de pirate, on cherche les habitants pour discuter de la construction d'un astroport. Ça, c'est une antilope !
— Un chevreuil, non ?
— Raah, peu importe ! Tu…
— Messieurs ? Messieurs ! Je n'ai pas toute la journée !

96

Imperturbable, le projecteur égrène les noms. Groupés par paquets. Classés sans logique apparente.
Ils attendent.
Ils savent que les barges d'évacuation n'embarqueront qu'une partie d'entre eux.
Ceux qui se lèvent ne regardent pas en arrière.
Ceux qui restent fixent l'écran.

97

Décontenancé, le garçon stoppa au bord du lac. Jamais ce ponton branlant n'aurait accueilli un vaisseau comme l'Arcadia ! Le pirate qu'il avait questionné la veille lui aurait-il joué un mauvais tour ? Était-ce une épreuve ?
— Je suis prêt ! cria-t-il au brouillard. Où êtes-vous ?

98

Grésillement. La lumière du néon oscille. Les fougères croissent à vue d'œil. Les mousses avalent le métal.
Rires. La jungle se joue des intrus. Le végétal est maître en ces lieux.
Cris. Les arbres sont partout. Leurs gardiennes sont implacables. La fuite est illusoire.
Silence.

99

Au décollage, Maetel aperçut le balcon sur lequel elle avait passé l'essentiel de l'escale.
Vision fugace. Souvenir d'un bonheur éphémère. Elle avait profité de chaque seconde avant de reprendre son voyage sans fin.
Le Galaxy Express ne s'arrêtait jamais.
Elle regrettait parfois.

100

Au-dessus d'eux, les étoiles scintillaient, enjôleuses et irréelles. Maetel baissa ses cils.
— Adieu, dit-elle.
— Adieu ? Qui te pousse à partir ?
— Tu n'es pas seul à percevoir ce qui est écrit, Harlock. Ce ne furent que des bribes, il y en a eu cent, et en voici le dernier mot.