Helloooooooo !

Wow déjà de retour avec un second chapitre encore plus long que le précédent ? (16800 mots)

On peut dire que ce nouveau pairing m'inspire finalement !

Je suis plutôt contente des statistiques de lecture du premier chapitre, même si le nombre de reviews n'a pas suivi :) Bizarrement, j'ai eu énormément de lecteurs américains/anglophones. Pas étonnant, je suppose que l'HaiKi est nettement plus populaire auprès d'eux que pour les francophones.

Pas de spoil, mais je me suis lâchée sur les dialogues par contre. Je compte petit à petit reprendre mes autres fanfics (l'AoKaga vaincra !), mais je dois d'abord bien "lancer" celle-ci avant.

En tout cas merci à toutes et en particulier à Dawlly :)

BON ALLEZ MOTEUR !

ENJOY !


Lorsque son nouvel ami avait proposé de le raccompagner, Kise s'était bien évidemment attendu à ce que celui-ci fasse usage d'un moyen de locomotion pour le mener à bon port. Sans doute le brun disposait-il une voiture quelconque, garée non loin du bar.

Mais jamais, ô grand jamais, il n'aurait pu imaginer qu'Haizaki puisse être l'heureux propriétaire…

… d'une rutilante Hayabusa GSX 1300R noire chromée ! Soit l'une des motos les plus puissantes et prestigieuses du marché ! En effet, « Hayabusa » signifie en Japonais « Faucon pèlerin », soit le seul oiseau capable d'atteindre une vitesse de plus de 300 km/heure en piqué et en même temps le plus rapide de tout le règne animal. Pour la petite info, chères lectrices, ce nom était également un hommage au célèbre avion de chasse homonyme Nakajima Ki-43 Hayabusa, que les concepteurs de cette moto lui donnèrent pour évoquer sa grande vitesse. Une tête de faucon était d'ailleurs représentée en silhouette par le carénage. (Merci Wikipédia !) Kise reconnut immédiatement le kanji "隼" peint sur les flancs du bolide et qui signifiait également Hayabusa.

Pas que le renard soit un expert niveau bécanes, mais un simple coup d'œil à la bête suffisait à déterminer qu'elle en avait sous le capot… et qu'elle n'avait pas dû se payer en billets de Monopoly

Haizaki serait donc… riche ? Non pas que le blond soit vénal ou quoi que ce soit, mais force était de constater que… jamais il n'aurait envisagé que son ancien rival puisse s'offrir un tel bijou… Non, parce qu'avec sa chemise bariolée toute droit sortie d'un épisode de « Magnum », Kise avait d'abord cru qu'Haizaki s'habillait dans des friperies bon marché par manque d'argent !

… Ce qui voulait donc dire que c'était par CHOIX et non pas par MANQUE de moyens financiers qu'Haizaki S'INFLIGEAIT SCIEMMENT de porter de tels immondices !? Et qui plus est des vêtements de SECONDE MAIN, déjà portés par d'autres avant lui… ?

HERESIE !

« Ok, note à moi-même : penser à emmener Haizaki dépenser tout ce fric si mal investi dans des boutiques de luxe qui ne proposent que du sur-mesure ! De gré ou même de force, s'il faut en passer par là ! »

Parce que là, il y avait urgence et il était de son devoir sacré de fashionista de remettre Haizaki sur le droit chemin !

Enfin… si d'aventure ils continuaient à se fréquenter après cette nuit, bien entendu…

Malgré tout au bord de la syncope, Kise éructa un cinglant :

« Non mais tu te fous de moi là !? »

Un authentique cri du cœur.

Et nous en étions donc restées là au chapitre précédent.

« Pas étonnant que tu m'aies battu avec une telle aisance, étant donné ce que tu as l'habitude de conduire ! Et ton excuse sur les joueurs professionnels qui défilent dans ce bar, c'était du flan ça aussi ! »

« Oh quel étourdi je fais, aurai-je donc omis de te préven-… ! Oww ! »

Kise venait de lui asséner un violent coup de pied dans le tibia.

Et il avait de la force à revendre le Kitsune ! Vraiment pas commode le blondin…

« Ca fait mal putain ! » Souffla le brun en se frottant l'arrière de sa jambe endolorie. « Tu vas pas t'mettre à m'faire la gueule pour si peu quand même ?! »

« Bah tiens, j'vais m'gêner p't'être ! »

« Raaah c'que tu peux être chiant tu réagis comme ça ! Pire qu'une gonz... »

Mais Haizaki s'empêcha juste à temps de terminer sa phrase. Réflexe de survie !

« Pire que quoi ? Allez vas-y, j'attends ! »

Ce qu'il attendait surtout, c'était l'occasion de pouvoir molester à nouveau l'autre…

Mais bien que légèèèèèrement maso sur les bords et aux entournures, (inévitable séquelle pour avoir assidument fréquenté Nijimura) Haizaki ne fut pas assez fou pour satisfaire sa requête. Il grimaça un peu avant de se reprendre.

« Ecoute… si je t'avais dit que j'étais un as du pilotage, premièrement, tu m'aurais taxé de vantard. Et ensuite, même en admettant que tu m'aurais cru, t'aurais tout bonnement refusé de m'affronter ! »

« Oui, c'est vrai que j'aurai refusé de jouer contre toi, pas par peur, mais par principe ! Parce que j'ai HORREUR qu'on me mente ! Pour ta bonne information, sache que c'est même l'un des trucs que je déteste le plus au monde ! »

Car malheureusement, Kise avait dû essuyer beaucoup de mensonges dans sa vie et il n'était jamais parvenu à s'y habituer. Entre le coup d'un soir qui ne le rappelait le lendemain parce qu'il avait soit disant égaré son numéro et son père qui lui soutenait que non, d'où pouvait bien lui venir cette idée saugrenue, il n'avait PAS DU TOUT une préférence marquée pour Irumi allons !

Le mensonge était partout, tout le temps, c'était presque devenu son quotidien. En particulier avec Aomine qui lui mentait et se mentait à lui-même au sujet de ses sentiments envers un certain tigre aux sourcils bifides… Et puis… être mannequin, n'était-ce pas non plus vendre du mensonge (Kise préférait tout de même dire « du rêve ») à des fins purement commerciales ?

« Ok, ok, j'ai compris. J'essayerai de ne plus le faire à l'avenir, mais j'peux rien t'garantir hélas, car ce s'rait un autre mensonge… »

« Comment ça ? Tu veux dire que c'est trop difficile pour toi d'arrêter de mentir ? Parce que c'est ancré trop profondément dans ta nature ? » Le provoqua Kise, ne lâchant rien.

« Well, can't say you're wrong… » Confirma Haizaki à sa plus grande surprise, sans même chercher à protester. « Je suppose qu'à force d'avoir fait du mensonge mon second métier, c'était couru d'avance… »

« Quoi ? »

« Mon métier, Ryota. Et oui scoop : moi aussi je bosse. Tu… n'pensais quand même pas que j'étais un chômeur patenté qui vivait aux crochets de la société ? »

Le blond piqua un nouveau fard et se mit à fixer ses chaussures, qu'il trouvait tout à coup particulièrement passionnantes… Bien-sûr que si, il y avait pensé. Inutile de le nier. C'était même la première chose qui lui était venue à l'esprit… Et la seconde ne valait guère mieux… Car dans son esprit, si Haizaki exerçait bien une quelconque profession, celle-ci ne devait rien avoir de très légal…

« I feel hurt Ryota. » Lâcha le biker en levant les yeux au ciel.

« Oh c'est bon ! Tu n'vas pas non plus m'le reprocher ! Surtout connaissant ton passé tumultueux ! »

« Et c'est quelle partie exactement que t'as pas compris tout à l'heure dans « j'ai changé » ?

« Hmpf ! »

Touché !

« J'comprends pas. Je veux dire, je parle un japonais parfaitement intelligible pourtant. Je n'zozote pas, j'ai pas d'accent, je ne parle pas trop vite non plus et je n'utilise pas de mots compliqués non plus… »

« T'as fini de jouer les victimes éplorées, oui ? »

« Et non seulement j'me fais manquer de respect, mais c'est que j'me ferai presque engueuler en plus ! »

« Ok, j'suis désolé, t'es content voilà ! » Soupira Kise. « Et donc, tu fais quoi dans la vie du coup ? »

Parce que ça l'intriguait quand même c't'affaire ! Et il avait bien du mal à se représenter en quoi pouvait bien consister l'emploi d'Haizaki… Quoiqu'il avait bien une petite idée dans un coin de sa tête… Le seul domaine dans lequel il parvenait sans mal à s'imaginer le brun piercé était en… moniteur sportif de maison de retraite pour vieilles rombières friquées…

A leur faire bosser leurs abdos fessiers en gueulant comme un putois, sifflet en plastique autour du cou, petite moustache et survêt rouge à rayures blanches avec pantalon à pressions fleurant bon les nineties pour compléter la panoplie… Cette image mentale lui arracha d'ailleurs un léger ricanement qu'il ne put contenir…

« Yep, définitivement ! »

S'il avait su à ce moment-là à quel point il était proche de la vérité, il aurait certainement trouvé ça nettement moins drôle tout à coup…

« Et on peut savoir c'qui t'fait rire ? »

« Rien, rien, ne t'occupe pas de moi et vas-y continue je t'en prie. »

« Heu… j'avais même pas commencé hein ! »

« Bah justement ! Tu n'vois pas que je MEURS d'envie de savoir ce que tu fais pour gagner ta vie ? »

« Désolé par avance de te décevoir, mais ma profession n'a rien d'aussi excitant et original que la tienne. Figure-toi que j'enchaîne les petits boulots manuels. Sans vouloir me vanter, faut dire que j'suis plutôt doué en mécanique… »

Intéressant…

D'accord, ça, Kise pouvait le concevoir…

… Haizaki allongé sous sa moto torse nu, couvert d'huile de moteur et clé à molette à la main… en bleu de travail… la partie supérieure de sa tenue négligemment nouée par les manches autour de sa taille pour libérer ses pectoraux luisants et tendus par l'effort… Graaaah…

« Flûte, je crois bien que j'ai un peu trop bu en fin de compte… Si je commence à fantasmer sur Haizaki, que la toute puissante déesse Donatella Versace me vienne en aide ! »

« J'ai… un très bon doigté… » Susurra t-il dans le cou de Kise.

Ah ! Mais depuis quand s'était-il autant rapproché et surtout, comment le blond avait-il fait pour ne pas le remarquer avant !? Le chassant immédiatement de son espace vital, Kise reprit la parole.

« Ok et tu fais quoi d'autre ? Parce que je doute qu'un simple mécano et homme à tout faire occasionnel puisse s'offrir un tel monstre… Ou alors, il faut de toute urgence que tu me présentes ton banquier ! J'en ai déjà épuisé trois rien que depuis le début de l'année à force d'enchaîner les découverts sur mon compte ! Mais qu'est-ce que j'y peux si les fées de la mode se sont penchées sur mon berceau et m'ont transmis la passion des vêtements de grands créateurs !? » Digressa le prochain rédacteur en chef de Vogue.

Maintenant, je parie que vous avez une image mentale de Cristina Cordula avec une baguette magique dans la main !

De rien, c'était gratuit !

« Hinhin, j'vois que pour ça non plus tu n'as pas changé… T'as toujours adoré jeter ton fric par les fenêtres dès qu'il s'agissait de fringues aussi immettables qu'hors de prix. J'parie que si on avait vécu dans les années 80, t'aurais été du genre à porter des vestes à épaulettes, façon Madonna dans le clip de Like a Virgin… »

Vexé, Kise lui tira la langue avant de répliquer :

« Tu peux parler gros ringard ! Tom Selleck a appelé tout à l'heure j'te signale et il aimerait que tu lui rendes sa chemise ! Et arrête d'esquiver mes questions, ça devient lassant à la fin ! »

Un partout, balle au centre !

« Tom Selleck ? Hahaha ! Ok, j'avoue la blague est valide. Je vais donc te répondre : j'ai d'autres « à côté », disons… »

« De quel genre… ? » Il fronça des sourcils.

« Je fais de petits « extra » pour remplir mon frigo, si tu préfères. »

« C'est toujours aussi peu clair… Ca te dérangerait de brancher le décodeur quand tu parles ? »

« Il m'arrive de filer des coups de main à la… résidence pour personnes âgées du coin… Je fais un peu de manutention, je tiens compagnie aux vieux, ce genre de trucs. »

Vraiment ? Ca, il avait nettement plus de mal à se l'imaginer par contre ! Haizaki jouant aux échecs avec Papy Grincheux… Ou se laissant mettre des mains aux fesses par Mémé Coquette…

« Oh et puis, je suis joueur de poker aussi à mes heures perdues. C'est mon hobby. »

Ohhhhhh… c'était donc pour cette raison-là qu'Haizaki avait dit que le mensonge faisait partie de son métier !

Quelque part, cette vocation ne surprenait pas le renard…

« J'aimerai bien en faire mon activité principale à vrai dire. Quand t'es chanceux, tu peux facilement gagner de quoi vivre confortablement pendant plusieurs années en deux ou trois tournois seulement. T'imagines, ce serait tellement cool de réussir à gagner suffisamment d'argent d'un seul coup pour ne plus jamais avoir à se soucier de devoir bosser ensuite… »

« Sans doute, ouais… »

Mais honnêtement, Kise avait du mal à s'imaginer comme rentier n'ayant plus rien besoin de faire pour le restant de ses jours. Bien-sûr, l'idée de n'avoir à travailler que quand on en ressentait l'envie avait quelque chose de séduisant, mais le blond était certain de s'ennuyer si demain le mannequinat s'arrêtait pour lui. Enfin, c'est sûrement ce qui arrive lorsqu'on voit avant tout son métier comme une passion et non uniquement comme un gagne-pain.

« Au fait, tu ne m'as toujours pas dit où je devais te déposer… » Fit remarquer Haizaki en lui tendant le second casque qu'il avait toujours en réserve.

Pendant leur conversation, Haizaki s'était d'ailleurs assis sur sa moto, non sans avoir rangé son parapluie dans le coffre qui se cachait sous sa selle. Kise contempla le casque qu'il tenait dans les mains quelques instants. Assorti à celui de l'ex-délinquant, noir avec des flammes rouges et jaunes peintes de chaque côté de la visière, exhalant un air sauvage et indomptable. Totalement à l'image d'Haizaki.

« J'habite au 3rd, Cedar Street... »

« Oh mais c'est le quartier d'Echo Park ça ! Ouais, j'connais, c'est pas très loin d'ici, on y sera rapidement. Bel endroit au passage. J'vois qu'on est toujours du genre à ne rien se refuser… »

Kise préféra ne pas rebondir sur le dernier commentaire désobligeant du loup, afin de se concentrer sur l'essentiel.

« Et du coup, on se trouve où ici exactement ? »

« Compton. » (et non pas « condom » hein !)

!

Ce nom fit directement écho dans le cerveau de Kise. En effet, l'endroit était réputé et davantage pour ses guerres de gangs et sa criminalité, que pour ses lieux touristiques notoires… Bon nombre de rappeurs y avaient d'ailleurs consacré des chansons.

« Et… et t'habites vraiment là ? Toute l'année ? »

Haizaki hocha de la tête.

Secrètement, Kise espérait qu'il s'agisse seulement d'un pied à terre pour le brun…

Non mais qu'est-ce qui pouvait bien motiver Haizaki à habiter dans un quartier à la réputation aussi sordide !?

Ah oui c'est vrai, le prix plus accessible des loyers.

« C'est mon principal pied à terre ouais. Pourquoi, ça te pose un problème princesse ? »

« Disons juste que j'apprécierai que tu ne racontes pas à Daiki où tu m'as croisé, si jamais il était amené à te le demander… »

Le basané ne goûterait en effet que très peu le fait de savoir que Kise avait traîné jusqu'à l'aube dans l'un des quartiers les plus mal famés de la Côte Ouest.

« Ok j'tiendrai ma langue, promis. »

« Merci… tu comprends, je ne voudrai pas… qu'il s'inquiète inutilement... »

« C'est bon, t'as pas à t'en faire pour ça. J'ai qu'une seule parole. Maintenant grimpe et accroche-toi bien surtout. »

« M'accrocher ? Mais où ça ? Y a pas de ceinture ou de porte-bagages sur ton engin du Diable ? » Commença à paniquer Kise, une fois son casque enfilé.

« Comme ça idiot. » Le corrigea Haizaki, en lui faisant passer les bras autour de sa taille. « Pas désagréable, hein ? »

Oh bordel… C'était justement ce que le mannequin craignait… devoir être obligé de se tenir à Haizaki pendant le trajet… Voilà pourquoi il ne sortait jamais avec des motards : le confort et la sécurité des sièges en cuir d'une bonne vieille berline lui manqueraient trop !

« T'as pas intérêt à aller trop vite ! »

« Sinon quoi ? Tu vas gerber ? Je m'en fous, tu portes un casque ! »

« Oh mais rassure-toi… Si ça devait arriver… sois certain que je prendrai bien le temps de relever la visière juste avant pour t'en faire profiter aussi. » Sourit cruellement Kise.

« J'vais faire attention alors, parce que tel que j'te connais, t'en serais carrément capable. C'est bon au fait, t'es bien installé ? »

« Autant qu'on peut l'être sur une moto. Ca un peu mal aux fesses mais… »

« Chose dont tu as l'habitude, j'en suis sûr. »

« … Je ne vais pas m'abaisser à ton niveau en relevant cette remarque désobligeante, mais juste te rappeler que, ce que je choisis de faire de mon cul, ça ne te regarde pas. Et que j'en ai l'habitude ou pas, non plus au passage. Maintenant, en voiture chauffeur ! C'est pas le terme exact, mais bon… tu m'as compris… »

« Alors c'est parti mon kiki ! »

Manquait plus qu'el famoso « en voiture Simone » que Kise avait d'ailleurs failli prononcer juste avant et la boucle des clichés autoroutiers serait bouclée. (à défaut d'une ceinture de sécurité dont Kise regrettait franchement l'absence...)

Haizaki fit rugir exprès le moteur de son imposante bécane pour taquiner Kise. Et on pouvait dire que le poisson mordit carrément à l'hameçon, puisque le blond resserra instinctivement son étreinte autour de la taille musclée du motard. Le bolide démarra à la vitesse d'un coup de feu, obligeant Kise à aller se blottir contre le dos chaud d'Haizaki pour y puiser une relative… sécurité. Mais bien que la moto filait à toute allure vers sa destination, Kise n'eut étrangement pas plus peur que cela, contrairement à ce qu'il avait supposé au départ. Un ballet de lumières fluorescentes défilait dans le reflet de sa visière, conférant un aspect onirique au paysage urbain. On aurait dit des lucioles et le bruit du moteur qui ronronnait le berçait…

La conduite d'Haizaki était si souple et fluide que si Kise s'était laissé aller, il aurait pu s'endormir tout contre le corps robuste et accueillant de l'autre homme. Qui aurait pu croire qu'Haizaki ferait un oreiller aussi douillet ? Tant et si bien que Kise regretta qu'il ne faille qu'une petite vingtaine de minutes pour que le Faucon mène ses deux passagers à bon port. Mais tandis qu'il s'apprêtait à poser le pied au sol pour descendre, Kise fut soudainement pris d'une sensation angoissante qui lui noua le ventre.

Remarquant son hésitation à quitter la selle de son vaillant destrier, Haizaki se retourna et lui enleva son casque, uniquement pour découvrir un blond suffoquant…

Pourquoi tout à coup ?

« Merde, il est en train de faire une crise de panique ? »

Haizaki avait pourtant bien fait attention à ne pas conduire trop vite, de peur que Kise ne mette sa menace précédente à exécution. Ôtant son casque à son tour, il attrapa fermement le top model par les épaules et le fit se retourner vers lui.

« Ryota, regarde-moi ! » Ordonna t-il.

Kise releva le visage vers lui, les yeux humides.

« C'est bien, concentre-toi uniquement sur ma voix. Comme ça, voilà. Respire doucement… Prends le temps de souffler. Inspire profondément. »

Ce petit stratagème improvisé sembla porter ses fruits, mais Kise ne se calma pas suffisamment au goût du brun.

« Tu sais… t'es pas obligé d'y retourner si ça te met dans un état pareil… »

Quoi, comment ça « pas obligé ? » Mais c'était là qu'il vivait pourtant… avec Daiki et Tora… Il n'avait nulle part d'autre où aller, n'est-ce pas… ? Quelle autre solution avait-il ? Kise ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait brusquement… Et sans même qu'il ne s'en rende compte, son regard était devenu suppliant envers son ancien bourreau...

« T'as qu'à venir crécher quelques temps chez moi. Le temps qu'il faudra pour que ça aille mieux. »

Cette invitation spontanée fit légèrement sursauter Kise. Il ne s'y attendait absolument pas. Et puis, lui, vivre avec Haizaki ? Mais dans quel monde, quelle dimension parallèle et sur quelle planète une telle chose serait-elle possible ? Car aux dernières nouvelles, les deux hommes se détestaient cordialement, malgré les dires d'Haizaki au bar ! Lui en tout cas, il…

Non.

C'était faux.

Après cette soirée, ce serait insensé de s'entêter sur le chemin de la haine et de continuer à le revendiquer. Mais de là à dire que toute trace de méfiance et tout souvenir douloureux s'étaient volatilisés comme par enchantement, il y avait un sacré pas que Kise n'était encore pas prêt à franchir, du moins, pas aussi précipitamment. Et si le métis suédois voulait bien croire en la bonne volonté de son ex-ennemi, il avait encore besoin… de garanties.

C'est pourquoi il ne parvint jamais identifier la raison précise qui le poussa pourtant à dire « oui » à Haizaki ce soir-là…


Il se réveilla avec un mal de crâne carabiné, à tel point qu'il avait l'impression qu'une armée de Playmobils jouaient tous du marteau piqueur en même temps dans sa tête. Ou alors un concert improvisé de cymbales. Mais sans chef d'orchestre. Enfin, vous comprenez l'idée générale quoi.

La pièce était plongée dans la semi-pénombre et même s'il n'y voyait pas grand-chose, le peu de lumière solaire qui perçait à travers les épais rideaux lui indiqua qu'il ne se trouvait pas dans sa chambre. Un autre indice le lui confirma lorsqu'il sentit une délicieuse odeur sucrée venir lui flatter les narines. Quelqu'un était en train de cuisiner derrière cette porte. Et il ne s'agissait bien entendu pas de Daiki… (sinon, ça aurait plutôt senti le cramé !) Kagami alors peut-être ? Car si la panthère était une véritable calamité derrière les fourneaux, (et un arrêté préfectoral l'empêchait d'avoir de s'en approcher à moins de cinq mètres…) son homologue tigré s'en sortait nettement mieux, avec les compliments du chef même.

Mais brusquement, une douleur stridente lui vrilla les nerfs.

Oh putain… mais qu'est-ce qu'il avait foutu la veille pour être dans le mal à ce point… ?

Et surtout… hey mais… attendez une minute, ça ne ressemblait PAS DU TOUT à la chambre de Daiki non plus ici ! Il n'y avait en effet pas le moindre poster de playmate dénudée ou de basket collé aux murs. Mais alors… où diantre se trouvait-il ? Pris de panique, Kise se redressa en sursaut dans les draps.

Bordel… il était pourtant certain de n'avoir branché aucun inconnu hier soir ! Alors pourquoi se retrouvait-il ailleurs que dans son propre lit ce matin ? (Et perdu Kise : il était déjà plus de midi !)

« Ok, du calme Ryota. Essaie plutôt de te rappeler. »

Il regarda autour de lui dans l'espoir de reconnaître l'endroit. Peut-être… était-il déjà venu ici par le passé ? Mais la réponse était non, malheureusement. Cette pièce n'évoquait pas le moindre souvenir en lui. La chambre était plutôt petite et le lit prenait une bonne partie de l'espace. Dans un coin se trouvait une armoire simple et un petit chevet trônait près du lit. Rien d'autre. Cependant, un détail parvint à mettre la puce à l'oreille de Kise : il était allongé sur un matelas, mais pas n'importe lequel. Celui d'un futon, lui laissant déduire sans trop se mouiller que le propriétaire des lieux était Japonais également.

Quoi, Japonais… ?

Mais alors….

OH BON SANG, PAR LE DERNIER COSTUME TROIS PIECES DE LA COLLECTION PRINTEMPS-ETE D'ARMANI !

Son cerveau connecta enfin les informations entre elles et l'électrochoc fut violent.

Daikicchi… Sa fugue… La moto… Un grand brun piercé et tatoué plutôt beau gosse…

Tout devint clair que de la Cristalline ! Hier après être parti de chez lui, il avait croisé PAR HASARD (du moins, selon les dires de l'autre homme…) Haizaki aux alentours d'un bar et… à la suite d'un moment de folie passagère, il en était venu à accepter que celui qui se faisait un plaisir à lui piquer ses petites copines au collège, l'escorte jusqu'à sa tanière !

« Sainte Stella (Mc Cartney), je t'en prie, je t'en supplie, dis-moi que je n'ai pas couché avec Haizaki ! »

Non pas que cette perspective ne suscite un dégoût incommensurable chez lui, mais si ça s'était vraiment produit et que Kise l'avait oublié… Cependant, impossible de se souvenir de cette information pourtant cruciale ! C'était presque comme si son cerveau lui bloquait volontairement l'accès à cette partie de sa mémoire, sans doute dans le but de préserver ce qu'il lui restait de santé mentale.

« Bon, ressaisis-toi Ryota… » Entonna t-il à voix basse. « Tu vas commencer par te lever… hmm… apparemment tu n'es pas à poil, c'est déjà bon signe ça et hmm… tes vêtements sont… bah… ? Où est-ce qu'ils sont passés !? »

Il souleva les draps non sans une certaine angoisse, à la recherche desdits vêtements volages. « Ryota et les aventuriers de la chemise Gucci perdue », ça sonnait presque bien en dépit des circonstances ! Mais l'heure n'était malheureusement pas à la blague, non, car l'heure était GRAVE !

Et malheureusement, il n'y avait rien de suspect sous les draps. Bon au moins, le blondinet avait toujours son boxer haute couture sur les fesses et … un immonde T-shirt à l'effigie du groupe Slipknot sur le dos !? Tiens, il aurait plutôt pensé que Shogo était du genre à écouter du bon gros rap US de lascars qui tâchait mais bon… il n'était plus à une surprise près !

Au moins, il avait échappé à la CHEMISE HAWAIIENNE, c'était toujours ça de pris ! Kise se releva donc sur la pointe des pieds pour ne pas faire trop de bruit et ne pas risquer ainsi d'attirer l'attention du geôlier, qui rôdait toujours sûrement dans les environs. Il remercia d'ailleurs mentalement le parquet en bois de ne pas avoir grincé sous son poids.

« Récapitulons… Une chemise et un pantalon manquent à l'appel. Oh et mes chaussures aussi. Et… ah non, j'ai toujours mes chaussettes aux pieds et… QUOI, comment ça se fait que j'ai toujours mes chaussettes enfilées sur les chevilles !? Ca veut dire que ce MUFFLE n'a même pas daigné me les enlever avant de me coucher dans son lit !? Ne sait-il donc pas que c'est mauvais pour la circulation sanguine de dormir en chaussettes !? Hey mais… du coup, comment il a fait pour réussir à ôter mon jean, sans embarquer mes chaussettes en même temps ? Ca peut être pratique, ça comme technique ! Bon… j'lui demanderai un autre jour, parce que l'urgence du moment, c'est plutôt que je localise les trois fuyards au plus vite et que je me tire fissa avant qu'Haizaki ne se rende compte de quelque chose ! »

Oui, Kise adorait se parler à lui-même et à voix haute, ça l'aidait à mieux réfléchir en rassemblant ses idées. Du moins, en avait-il l'impression tenace. Une fois, Midorima lui avait dit que c'était la marque des gens intelligents et depuis, Kise avait décrété que cette manie faisait de lui un génie.

Oui, oui, rien que ça.

Et à l'image de tous les génies, il resterait probablement incompris de son vivant. Et ce ne serait qu'à sa mort, que le monde entier réaliserait l'étendue de son intellect !

Dans tous les cas, le blond avait raison : il ne pouvait pas sortir dans la rue juste en T-shirt et boxer !

« Allez Ryota, respire un bon coup. Tu peux le faire… Come on… à trois, tu sors. Un, deux, deux et demi, deux trois quart et tr-… attends, attends, stop ! Et si Shogo-kun essayait de t'empêcher de partir ? Et s'il voulait te retenir en otage ? Ouais, nan, tu ne peux pas prendre le risque de sortir de cette chambre sans être armé d'abord… »

Il est vrai que ce ne serait pas très prudent…

S'arrêtant net dans sa tentative d'escapade, Kise se mit plutôt à fouiller frénétiquement le contenu du chevet, qui, par chance avait l'avantage de ne présenter qu'un seul tiroir. En faire le tour fut donc rapide, surtout lorsque Kise décida de le déboîter pour déverser directement son contenu mystérieux sur le futon…

« Alors voyons ce que tu caches Shogocchi… »

Et lui qui espérait ne SURTOUT PAS tomber sur du scabreux, il fut servi. Car comme tout homme responsable à la sexualité active qui se respectait, Haizaki avait fait quelques provisions. Kise compta donc très exactement quatre capotes (non usagées, ouf !) encore soigneusement emballées dans leur sachet argenté caractéristique (franchement, il se serait attendu à un nombre plus conséquent de la part du brun…), un tube de lubrifiant spécial « sècheresse vaginale » (? Nan mais qu'est-ce que c'était que ce truc !?) et ce qui ressemblait à un godemichet. Un GROS godemichet.

Violet, long et nervuré sur toute la longueur. Le genre d'engin de torture qui arriverait sans mal à transformer Kise en soprano s'il l'utilisait… Sérieusement, il y avait vraiment des gens qui s'enfilaient de tels mastodontes, sans passer par la case « anesthésie générale » ? Parce que c'était un coup à se déchirer le fondement ça et à marcher comme un cowboy pendant trois semaines !

Le prisonnier pourtant volontaire secoua négativement la tête et réprima le frisson qui remontait le long de son échine, avant de regarder s'il ne pouvait rien trouver de mieux pour servir d'arme parmi les autres ustensiles que le tiroir aux alouettes venait de charrier. Et malheureusement pour lui, il ne restait que deux pauvres bidules qu'il n'avait pas encore examinés : une paire de menottes sans froufrous et un magazine… Les menottes semblaient d'ailleurs beaucoup trop réalistes pour ne pas être vraies et la mention du commissariat de police de la préfecture de Shinagawa gravée sur les bracelets… le lui confirma.

En d'autres termes, ces chères menottes avaient donc fait le voyage depuis le Japon… Ne sachant que faire de cette information pour le moment, Kise la rangea bien à l'abri dans l'un de ses compartiments mémoriels. Puis, il reporta son attention sur le magazine. Sans doute un porno… Ah non tiens, la couleur caractéristique et la police d'écriture lui disaient vaguement quelque chose. « Zunon Boy » correspondait au nom d'un célèbre magazine de mode Japonais pour lequel poser signifiait le début de la reconnaissance pour tout mannequin débutant qui se respectait. Kise se souvint avec nostalgie la fierté qu'il avait ressenti lorsqu'il en avait fait la couverture pour la première f…!

Hep hep hep ! Pas si vite !

Il avait failli passer à côté d'un détail essentiel !

Car c'est alors qu'il réalisa que le garçon qui posait sur la couverture lui semblait familier. (mieux vaut tard que jamais non ?) Et à y regarder de plus près… (les yeux carrément collés sur le papier glacé tant qu'à faire…)

Oh par la tignasse de Karl Lagerfeld, mais c'était carrément LUI !

Ça alors, mais depuis quand Haizaki s'intéressait-il à la mode, lui qui avait un sens de l'habillement frôlant l'intérêt que Midorimacchi portait aux bienfaits de la masturbation ? Pas possible, il vivait sûrement lui aussi avec un ou une coloc' et c'était donc bien le magazine de cette personne qui avait atterri par mégarde ici…

Meilleure explication du mooooooooooonde !

Non parce qu'il était tout bonnement inconcevable pour le blond qu'Haizaki puisse être l'unique propriétaire de ce magazine. Mais admettons pour les besoins de la théorie que ce soit le cas : pourquoi se trouverait-il alors dans le chevet de brun ? Ce n'était pas comme si le loup s'en servait de support pour s'adonner à des plaisirs solitaires, quand même ?

Bon, assez trainé, il était temps pour le Bel aux bois dormants de quitter sa tour d'ivoire et de prendre la poudre d'escampette !

S'armant donc des menottes et du plug anal au cas où il serait contraint de devoir assommer Haizaki, (et donc ce cas le magazine roulé aurait sans doute constitué un meilleur choix d'arme…) Kise poussa discrètement la porte en mode ninja.

A première vue, aucun Haizaki à signaler dans les parages…

Mais la douce odeur de nourriture venait de s'intensifier, comme pour l'enjoindre à poursuivre un peu plus son séjour ici. Mais contrairement à Murasakibara, le blond n'était pas homme à se laisser dicter sa conduite par son estomac ! Brandissant toujours le seul objet contondant sur lequel avait réussi à tomber lors de sa fouille minutieuse, Kise progressa dans le salon. Une fois encore, le lieu de vie était à l'image de la chambre : spartiate, semblant indiquer que soit Haizaki n'était pas un grand fan des émissions de déco qui pullulaient à la télévision, soit que le piercé ne passait vraiment pas assez de temps dans cet appartement pour avoir l'envie de s'adonner à l'aménagement de son intérieur.

Remarque, Aomine n'avait guère fourni plus d'effort et s'il n'avait fallu compter que sur la panthère pour relooker leur petit nid douillet, ils auraient probablement reçu leurs amis communs dans la baignoire agrémentée de petits coussins, pour faire office de sofa…

Le regard vif du renard scannait les environs en même temps qu'il avançait à pas… de loup. Oups, mauvais animal ! Parce qu'en cet instant à dire vrai, Kise se sentait plutôt dans la peau d'un agneau qui tentait de sauver ses miches avant de ne se faire dévorer. Non mais c'était à se demander quelle mouche avait bien pu le piquer pour qu'il accepte la proposition du prédateur ultime ! Finalement, c'était dans son verre qu'on avait dû mettre de la drogue et non dans celui d'Haizaki !

Contournant prudemment le petit sofa en velours vert défraîchi sur lequel reposait une couverture à moitié dépliée, Kise repéra enfin l'entrée ! Ou plutôt, dans son cas, la sortie ! Hourra ! Il s'y précipita donc avant de constater avec effroi qu'il n'avait pas les clés et que… la porte était solidement fermée ! Ses espoirs de fuite volèrent aussitôt en morceaux… Et s'il se mettait à tambouriner contre la porte ? Peut-être que cela alerterait des voisins, qui viendraient alors le délivrer ? Naaaan mauvaise idée, Kise avait bien trop souvent lu Barbe Bleue pour savoir comment ça allait se finir ! Tout ce qu'il allait gagner, c'était qu'Haizaki se pointe instantanément, attiré par le bruit.

« Pense Ryota, pense ! En dehors de la porte principale, il y a peut-être une autre issue quelque part comme… une fenêtre, par exemple ! »

Il sourit en remarquant que le salon en justement comportait plusieurs, dont il s'approcha sans attendre.

La bonne nouvelle, c'est qu'elles étaient assez grandes pour qu'il puisse s'y faufiler et par chance, elles n'étaient même pas verrouillées, bingo !

… Par contre, dès que Kise regarda sur quoi elles donnaient, il déchanta instantanément. C'était sacrément haut… à vu de nez… bien sept mètres de haut et même s'il était resté sportif, (notamment en continuant à pratiquer le basket avec les deux fauves, mais aussi grâce au naked yoga.) il n'y avait aucune chance pour que l'atterrissage se déroule sans encombre…

Et zut…

Bon, ce n'était pas le moment de se laisser abattre. Voyons… l'appartement comportait bien trois autres portes, en plus de celle de la chambre dont sortait Kise. Il se précipita donc au hasard vers l'une d'elles, qu'il referma aussitôt.

Oups mauvaise pioche : c'était le débarras !

Mais une ombre suspecte eut pourtant le temps d'en jaillir…

Surpris, Kise fut pris d'un mouvement de recul et il se cogna contre un petit meuble sur lequel était posé un aquarium, (?) qui se renversa sous le choc. Mais le sort de ses occupants à nageoires était le cadet des soucis de Kise en cet instant, puisque la « chose » qu'il venait de libérer s'agitait à présent derrière le sofa… Prenant son courage à son cou… nan, c'est pas ça qu'on dit… enfin bref, Kise s'approcha du divan avec prudence, prêt à en découdre avec son adversaire non identifié.

Et ce qu'il vit lui glaça tellement le sang qu'en un réflexe de survie, il lui balança le godemichet de silicone en pleine poire !

Un chien.

C'était un chien…

Mais pas n'importe lequel non, le chien le PLUS MOCHE qu'il ait jamais vu ! Rien que ça !

De par sa taille, il tenait d'ailleurs davantage du gros rat, fruit des amours improbables et contre nature entre un blaireau, une hyène et un raton laveur bourrés et galleux ! En bref, le rejeton illégitime et difforme d'une partouze de furries qui aurait très mal tourné, un soir de pleine lune pendant une année bissextile ! Ca, ou un rituel sataniste…

« Aaaaaaaaaah ! » S'écria Kise en fermant les yeux pendant qu'il visait maladroitement la bestiole, ce qui ne l'empêcha pas de mettre en plein dans le mille !

Mais au lieu de se laisser gentiment assommer, la créature des enfers se saisit de son nouveau trophée entre ses petites dents pointues et elle disparut à nouveau du champ de vision de Kise.

Malheureusement pour lui, Kise ne put même pas savourer la mise en fuite de son adversaire, puisque déjà… le son d'une porte qu'on ouvrait dans son dos lui signala l'entrée en scène du maître des lieux…

« Ryota… j'peux savoir c'que tu fous avec mes menottes dans la main… ? »

« S-Shogo-kun, c'est toi ? » Il se retourna lentement vers l'autre, déglutissant difficilement. « Hahaha je peux tout t'expliquer ! Tu vas voir, c'est vraiment une drôle d'histoire… »

« J'ai hâte de l'entendre. Et tu pourras peut-être m'expliquer également pourquoi Belzebuth est en train de déchiqueter mon vibro… ? »

B-Belzebuth ? Oh ! Le brun voulait sûrement parler du chien affreux tout droit sorti des cauchemars sous acide d'un zoophile.

« T'as sérieusement appelé ton chien Belzebuth ? »

« Qui a dit que c'était un clébard ? On m'a affirmé une fois que c'était un tanuki, mais j'sais pas si on peut faire confiance à un seul vétérinaire… J'aurai besoin d'un second avis médical avant de pouvoir me prononcer définitivement. »

UN TANUKI !?

Egalement appelé « chien viverrin », l'un des symboles du Japon ? Réputé pour sa capacité à changer de forme, à l'instar du kitsune. Et à sa prolifération en tant qu'espèce nuisible porteuse de la rage… ?

… Merci Wikipédia encore une fois, mais depuis quand c'était un animal de compagnie populaire CA !?

« M'est d'avis que t'es pas allé l'adopter à la SPA celui-là… mais plutôt dans une poubelle ! »

« Ca alors, comment t'as deviné ? »

Kise se retint de justesse de se facepalmer, mais le cœur y était !

Et ce ne fut qu'à ce moment précis que Kise remarqua que son interlocuteur avait les cheveux détachés et… mouillés. On pouvait en conclure qu'Haizaki sortait de la douche, avec une certitude toisant les 98,9 % de probabilité. Des gouttes d'eau dévalaient encore sur son torse nu, poursuivant leur course effrénée vers le sud, seulement stoppées par la serviette que le brun avait enroulée autour de ses hanches en guise de pagne… Enfin « serviette », c'était plutôt un minuscule GANT DE TOILETTE, oui ! Qui peinait d'ailleurs à dissimuler l'aine du brun et…

« Ne croise surtout pas les jambes, ne croise surtout pas les jambes, ne croise surtout pas les jambes… OH PAR LA DIVINE MARINIERE DE JEAN PAUL GAUTHIER ! »

L'espace d'un moment fugace, Kise eut l'impression de se trouver dans le remake masculin de « Basic Instinct » et le jeu de jambes d'Haizaki n'avait rien à envier à celui de la belle Sharon Stone…

Comme pour chasser l'image mentale de ce dont il venait d'être le témoin involontaire, Kise essaya de changer de sujet.

« D-désolé, j'crois bien que j'ai fait tomber ton aquarium par accident, en trébuchant sur un meuble tout à l'heure… » Il lui tourna alors le dos pour remettre l'objet du crime bien en place et le redresser. « Et heu… on dirait que tes poissons en ont profité pour se faire la malle ahaha…. A-attends, je vais les ramasser et les remettre dedans ! »

Et hop, il se passa à quatre pattes, sans réaliser qu'il offrait son postérieur au regard appréciateur de son hôte…

« C'est pas que j'apprécie pas ton petit spectacle visuel, mais est-ce que tu vois de la flotte par terre R-yo-taaa ? »

« Hmm ? »

Maintenant qu'il le disait… non en effet et… c'était bizarre, puisqu'un aquarium qui se renverse bah par définition, ça a tôt fait de transformer le sol en pataugeoire ! Mais là, le parquet était parfaitement sec, tant mieux d'un côté, ainsi le bois ne gonflerait pas et… bon sang mais à QUOI il pensait là au juste !? Sortez de ce corps Marie Kondo et Valérie Damidot ! Ce n'était absolument pas normal qu'il ne sente pas d'humidité au toucher ! Par contre, il y avait… une sorte de terreau noir disséminé sur les lattes.

« Alors tu retrouves mes piranhas ? »

« Aaaah ! »

« Mais non rassure-toi, j'plaisantais : j'ai pas de piranhas voyons. Juste des scorpions. »

!

ENCORE.

PIRE.

C'ETAIT QUOI CETTE BARAQUE ?

LA RESIDENCE SECONDAIRE DE LUCIFER ET CERBERE !? (Spoiler alert Kise : c'est Hadès qui possède un chien à trois têtes, pas Lucifer…)

« Et si on ne les rattrape pas très vite, j'ai bien peur que Belzé ne les bouffe… »

« OUAIS BAH S'IL POUVAIT TOUS LES BECQUETTER JUSQU'AU DERNIER ET S'ETOUFFER AVEC ENSUITE, CA M'ARRANGERAIT ! » Hurla Kise avant de remarquer que, dans la panique…

… Il trouvé refuge sur les genoux du brun et était à présent pendu à son cou, tremblant comme une feuille.

« Bah alors chaton, on passe juste une nuit ensemble et déjà, tu ne peux plus te passer de mon corps ? »

Mais quel gros beauf'… et ce genre de répliques avant tendance à briser toute attirance POTENTIELLE que le blond pourrait HYPOTHETIQUEMENT éprouver pour lui…

Haizaki le souleva alors et il le reposa sur le canapé, avant de se pencher pour essayer de localiser les fuyards et ohhh nooon…

« Ne mate pas son cul, ne mate pas son cul, ne mate pas son… oh une couille ! Ah non ouf, c'était juste un faux pli dans sa serviette ! Il faut vraiment que j'arrête de me parler à moi-même, j'attire les catastrophes… »

A se demander comment ladite serviette faisait pour tenir littéralement toute seule sans glisser, ni rien révéler de l'anatomie d'Haizaki.

« Juste une petite question… t'en as combien des scorpions ? »

« Cinq. » Indiqua t-il en sortait l'un d'eux de sous le meuble en le tenant par le dard.

« Ah ben oui évidemment. Parce qu'un ou deux, ça n'aurait jamais suffi à te combler, suis-je donc bête ! »

« Tu connais l'expression ? « Plus y a de queues et mieux. »

« T'as pas l'impression qu'il manque des mots dans ta phrase… ? Parce qu'elle ne veut rien dire là… »

« Oui, mais ça ne rimait pas sinon. Enfin bref, tout ça pour dire que j'adore ces bestioles. Peut être parce que c'est mon signe astrologique. »

« Oh je suis sûr que ta passion pour eux ça n'a évidemment rien à voir avec quelque chose d'aussi trivial… c'est pas du tout ton genre d'agir comme ça… » Soupira Kise, avant de se recroqueviller sur le sofa comme le brun s'approchait de lui avec l'un de ses protégés posé sur le dos de sa main.

« S'il te fait si peur, tu devrais lui faire un bisou pour le transformer en prince charmant ! »

« Ca va pas non ? Eloigne ce truc de moiii ! En plus, le coup du bisou ça ne fonctionne que sur les crapauds ! »

Kise essaya vainement de se servir d'un coussin comme bouclier pour repousser ses deux assaillants mais Haizaki parvint tout de même à s'approcher.

« Aaaah mais pourquoi il lève la queue vers moi comme ça ? »

« J'en sais rien… tu dois sûrement l'exciter à force de crier comme une nympho en chaleur... »

« Bon saaaaang mais éloigne-leeeee ! » S'agita de plus belle le renard, qui ne tenait pas à goûter à la fameuse piqûre du scorpion.

« Oh allez quoi, fais pas ta sainte nitouche, toi et moi on sait très bien que ce n'sera pas l'premier mec à réagir comme ça en ta présence ! »

Mais Haizaki eut tout de même la présence… d'esprit de reculer l'arachnide parce qu'en général, quand un scorpion brandit son dard de façon aussi menaçante, c'est qu'il est tout près d'attaquer. Et le brun en avait déjà fait l'amère expérience alors depuis, il avait appris à décrypter le langage de ses adorables petits compagnons, afin d'éviter que ce genre d'incident ne se reproduise.

« Relax, il est pas venimeux ! »

« Je m'en fouuus ! Dégage-le de làààà ! Viiiiite ! » Sanglota Kise, au bord du traumatisme.

Soupirant, Haizaki s'empressa d'aller remettre le petit scorpionou noir à l'abri de son vivarium.

« D'abord un tanuki enragé et maintenant des scorpions ! Qu'est-ce que ce sera ensuite ? Dois-je m'attendre à trouver une colonie de chauves-souris squattant ta salle de bain ? »

« Mais non, j'ai plus d'autres animaux. Promis. Pas même des cafards. D'ailleurs en y réfléchissant… j'dois être le seul habitant de l'immeuble à ne pas avoir de problèmes de cafards justement. Par chance, mes chers enfants adorent en faire leur p'tit quatre heure... » Sourit-il cruellement. « Et parlant de manger, t'as faim ? »

« Audacieuse transition, s'il en est. C'est tellement appétissant de parler de cafards, ça ne vient pas du tout de me couper l'appétit… »

« Ca dépend pour qui. Bon alors, t'as faim ou non ? J'sais qu'il est plus de midi, mais j'me suis dit qu't'aurais p't'être faim, alors j'ai quand même pris la liberté de te cuisiner des pancakes en mode petit déj juste avant d'aller me laver. Avec un peu de chance, ils sont sûrement encore chauds. Et garantis sans cafard à l'intérieur. »

Sans laisser à Kise le temps de répondre, il se dirigea vers la kitchenette encore plus minuscule que celle dont disposait le renard et la panthère, puis il revint avec une pile de cylindres couleur miel. Même Kise ne pouvait nier qu'ils avaient l'air délicieux et son ventre gargouilla pour lui rappeler que même l'incident avec la ménagerie des horreurs n'avait pas suffi à ternir son appétit.

Haizaki posa la tourelle de pancakes en équilibre sur la table basse et il commença à verser du sirop d'érable sur l'un d'eux. Après l'avoir copieusement arrosé, Haizaki croqua dedans comme un bienheureux.

« … T'as pas foutu du poison dedans au moins ? »

« Tu crois vraiment que je serai en train d'en bouffer, si c'était le cas ? »

« Ca, c'est pas une preuve ! Tu pourrais très bien être immunisé à force de vivre parmi les scorpions ! »

« Ben voyons. D'ailleurs, j't'ai pas dit ? Depuis que l'un d'eux m'a piqué, mon dard a triplé de volume et maintenant j'éjacule que du venin… »

« Hin hin hin… Très drôle Peter Parker… Et laisse-moi deviner, ce terrible incident ne se serait pas produit durant une sortie scolaire dans un laboratoire gouvernemental top secret par hasard ? » Sourit Kise.

« Pfff… Au lieu de jouer au plus malin, mange plutôt avant que ça ne refroidisse crétin des Alpes… »

« Quand c'est demandé si gentiment, comment résister ? »

Kise se servit donc une généreuse tranche nature et il la goûta prudemment à son tour, au départ quelque peu dubitatif quant aux qualités culinaires de son hôte.

Mais… surprise ! C'était… bon ! Bien meilleur qu'il n'en aurait accordé le crédit à Haizaki, il fallait bien l'admettre.

« Alors ? » S'enquit le cuistot improvisé.

« Bof. »

« Mytho ! J'parie que t'en avais jamais mangé d'aussi bons. »

« Modestie », ce ne serait pas ton second prénom par hasard ? »

Sourire en coin, Haizaki s'allongea soudainement en posant sa tête sur les genoux de Kise sans lui demander son avis. C'est qu'il prenait déjà ses aises le loup !

« Hey ! » Protesta le renardeau.

« Ca, c'est la vie comme je l'aime ! Grailler de la bonne bouffe en compagnie d'un mec tout aussi appétissant… »

Un compliment de plus sur son apparence dont Kise se serait bien passé.

« Hey tu veux connaître mon secret pour leur donner cette belle couleur dorée et ce petit goût un peu amer ? »

« J'préfère te prévenir tout de suite : si tu me dis que c'est en pissant dans la pâte, je te crève les yeux avec ma fourchette ! » Gronda t-il en brandissant son couvert pointu.

« Ahaha ! Bien-sûr que non… mais à essayer à l'occasion, tiens ! Surtout après avoir picolé des litres de bière, parce que c'est ça mon ingrédient secret ! »

De la bière hein ? Oh…

Ca lui rappelait que…

« En parlant de bière… » Rebondit Kise à voix basse. « J'ai comme l'impression de m'être un peu trop laissé aller à ce niveau-là hier soir… parce que j'arrive plus à me rappeler de rien après qu'on soit arrivés ici… »

Il se souvenait bien qu'Haizaki avait rebroussé chemin et les avait ramenés ici. Kise avait d'ailleurs frôlé la syncope en apprenant que le brun vivait au septième étage SANS ASCENSEUR (tiens… ? Pourquoi ne s'en était-il pas rappelé AVANT d'envisager de sauter par la fenêtre ?) ou bien était-ce plutôt en constatant que la cage d'escalier était criblée d'impacts de balles… ? Ou peut-être le moment où il avait vu un emballage de pizza vide se déplacer A QUATRE PATTES dans le hall ?

Toujours était-il qu'Haizaki lui avait révélé que l'immeuble possédait un garage sécurisé en souterrain et que sa moto y était à l'abri des vols et des dégradations, ce qui avait largement motivé son choix concernant ce logement.

Kise ne se souvenait en revanche plus de quelle manière il était parvenu à monter les sept étages à pied… il était donc fort possible qu'Haizaki l'y ait aidé. Peut-être en le portant sur son dos ?

Quant à la suite et bien… c'était le trou noir.

« T'es sûr que tu veux entendre ce qui s'est passé ensuite ? Parce que ça n'a rien d'une jolie histoire… » Cependant, devant le regard insistant de Kise, il céda. « Ok mais tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu ! Je savais que quand certaines personnes étaient ivres, elles avaient l'alcool triste. D'autres, plutôt joyeux. Mais alors c'était bien la première fois que je tombais sur quelqu'un qui avait l'alcool… « à retardement ! »

What… ? Qu'est-ce que c'était censé vouloir dire ça ?

« Tu vois, quand on est enfin arrivé à l'appart… » Expliqua Haizaki en faisant des gestes avec ses mains. « Je me suis dit « c'est cool, il a bu quatre bières, mais il ça va, il encaisse, il a l'air de bien tenir l'alcool. » Hahaha… sauf que non en fait, pas du tout, mais alors paaaas du touuut ! On peut dire que m'étais biiiien fourré le doigt dans l'œil et jusqu'au coude, même tellement j'me trompais ! »

… Comme si c'était physiquement possible, m'enfin bon ! On n'était plus à une exagération près après tout…

« Abrège ! Raconte-moi plutôt ce que j'ai fait ou dit ! Et comment je me suis retrouvé dans ce T-shirt ridicule ! Et dans ton lit ! Et aussi ce que tu as fait de mes vêtements ! »

Et bon… même s'il était à peu près sûr à 99% que ce n'était pas le cas, le blond se garda bien de demander à Haizaki si, par hasard, il ne l'aurait pas un peu attouché sessouellement au passage... Non parce qu'il voyait d'ici la réponse du brun. Soit un magnifique « J'suis pas nécrophile ! J'abuse pas des gens dans leur sommeil, la viande soûle c'est pas mon truc et puis, c'est quand même mieux si mon partenaire participe aussi ! » offusqué, soit sa variante : « Bien monté comme je le suis, tu crois vraiment que si j'avais profité de toi, t'aurais rien senti ? » déjà plus inquiétant.

« Ca tombe bien que tu demandes ça, parce même si j'ai fortement été tenté de le faire, non, je n'ai pas mis tes fringues aux enchères sur un site de fans fétichistes. »

« Han ! Tu les as brûlées alors ! » S'indigna Kise.

« Pfff… mais nan ! Elles sont actuellement SAINES ET SAUVES en train de sécher gentiment sur le radiateur de la salle de bain, parce que hey this is America et qu'un sèche-serviette ou un sèche-linge ça coûte une blinde ici, alors j'ai préféré passer sur cet investissement pour le moment. »

« T'es en train de dire que… t'as… T'as vraiment lavé mes vêtements ? »

Stupeur.

Totale.

« … Avec de la lessive et tout ? »

« Ben oui, avec quoi d'autre ? Et même de l'adoucissant ! »

Magnifique jeu de haussements de sourcils digne d'Emilia Clarke dans Game of Thrones.

« Mais enfin… Pourquoi ? »

« Hein ? »

« Pourquoi t'as fait ça ? Dans quel but ? Quel intérêt ? Pour obtenir quel résultat ? »

« Bah parce que tu t'étais gerbé dessus et que j'ai donc eu l'idée SAUGRENUE de me dire que, peut-être, tu apprécierais de ne pas être obligé de dormir dans des vêtements souillés… ? J'me demande vraiment c'qui a bien pu me passer par la tête pour en arriver à une telle conclusion ! »

« Mais… ça n'a pas de sens... » Murmura Kise d'un air absent.

« Et allez ! Je sens d'ici que tu vas encore me ressortir cette bonne vieille rengaine que j'affectionne tant. Celle qui clame qu'on est toujours ennemis. Dans 5, 4, 3… 2… 1… »

Dans le mille, encore une fois. Mais cette fois, Kise opta pour l'apaisement. En fait, il était surtout curieux de la suite des événements et il n'avait donc pas le temps pour jouer au ping pong verbal avec Haizaki ou de le braquer.

« Et à part me vomir dessus, j'ai rien fait de bizarre rassure-moi ? »

A présent, son regard était suppliant et malheureusement pour lui, Haizaki n'avait jamais su y résister.

« Daiki et moi on a fait l'amour ensemble. Une fois. Et depuis, c'est la merde, il m'évite tout le temps et refuse d'en parler ou d'assumer ses torts… Je ne supporte plus sa lâcheté Shogo… Je… j'aimerai juste tout oublier et que notre relation redevienne comme avant. Comme s'il ne s'était jamais rien passé entre nous... »

« Nan rassure-toi. » Mentit le loup. « Rien de spécial. Après bah… tu t'es juste écroulé de sommeil dans mon lit et j'ai pas osé t'en virer alors, j'suis allé pioncer sur canap' pour pas te déranger. Et c'était presque pas inconfortable pour mon dos, donc pas de souci. »

« Tu aurais pu rester. C'est ton futon après tout… » S'entendit dire Kise et il en fut même le premier surpris. « Et puis, ça n'aurait pas été la première fois que toi et moi on couchait ensem-… ! »

Il mit sa main devant sa bouche par réflexe, mais c'était trop tard, les mots fatidiques avaient filtré ! Vite, vite, une diversion !

« … Heu qu'on SE couchait ensemble, dans le même lit je voulais dire ! » Rectifia rapidement Kise.

Mais le mal était déjà fait, à en croire le rictus mauvais qui s'étirait déjà sur les visage d'Haizaki…

« Oh et puis vire de là, tu m'soules ! Ta tête pèse une tonne et tes cheveux sont en train de me tremper les cuisses ! »

Le brun s'exécuta en ricanant, tandis que Kise s'empourprait davantage. C'était EVIDENT qu'Haizaki n'allait pas laisser l'occasion de se foutre de lui suite à un tel lapsus. Mais le piercé sembla privilégier la fuite temporaire en cuisine, où il commença à faire la vaisselle en silence. Sauf qu'il n'avait pas dit son dernier mot.

Très loin de là, même.

« N'empêche… j'suis impressionné que t'aies réussi à garder ton caleçon cette fois… »

La mâchoire de Kise manqua de se décrocher et il repensa inévitablement au SEUL moment où les deux avaient partagé un lit par le passé, ou plus précisément un sac de couchage… qui se trouvait être celui de l'ex-argenté… C'était arrivé lors du fameux camp d'entraînement d'été à la montagne. Et en ce temps-là, Kise était atteint d'un étrange trouble comportemental qui l'empêchait de s'endormir autrement qu'en tenue d'Adam. Trouble dont il avait guéri depuis. Ou pas. Mais quelle n'avait donc pas été la surprise d'Haizaki en retrouvant le blond cramponné à lui en mode « bébé koala », la mine rosie, mais surtout nu comme un ver !

Cependant l'argenté n'avait certainement pas été aussi surpris que Nijimura, en découvrant le bel endormi dans le sac de couchage de son compagnon de tente, dont ce dernier n'avait malheureusement pas encore eu le temps s'extraire... Cette mésaventure lui avait donc valu une bonne droite de la part de leur capitaine, très à cheval sur les principes… à défaut de l'être sur autre chose. (Ce qu'Haizaki souhaitait pourtant désespérément en secret à cette époque, sans que jamais personne n'en sut rien.)

« Et moi j'suis tout aussi impressionné de n'être malencontreusement tombé sur aucun flingue pendant ma fouille minutieuse de ton tiroir de chevet. » Contre attaqua le blondin.

Mais pour son plus grand malheur, Haizaki était tel un Chevalier du Zodiaque et la même technique ne marchait jamais deux fois contre lui…

« C'est normal : j'le planque sous mon oreiller, c'est plus pratique pour l'avoir à portée de main en cas d'attaque. »

Ahaha… A se tordre de rire cette blaguounette made in gangsta crew

Kise en blêmit quelques secondes avant de remarquer… (oui, il remarquait toujours tout avec un train de retard dès qu'il s'agissait d'Haizaki, un peu comme s'il portait des œillères.) que les tatouages du brun s'étendaient sur son dos également, partant de son pectoral droit. Il avait bien noté hier déjà qu'Haizaki était tatoué, mais c'était toute autre chose maintenant qu'il pouvait admirer les dessins faits à l'encre dans leur entièreté. Il s'agissait de motifs évoquant le folklore Japonais, non colorisés.

Des sortes… d'écailles ou de pétales de fleur, Kise ne savait pas très bien. Sur toute la longueur du bras droit d'Haizaki était également gravé un loup qui montrait les crocs et lui faisait comme une manche. Il avait également un petit signe du scorpion tatoué à l'arrière de la nuque là d'où partaient ses racines capillaires, mais de là où il était Kise n'arrivait pas à le voir à cause de sa petite taille et surtout des cheveux qui le dissimulaient.

« Tu ressembles vraiment à un yakuza avec tous tes tatouages… » Enonça nonchalamment Kise.

Sans se douter du raz-de-marée qu'il allait provoquer…

Quelle erreur…

Car brusquement, le bruit caractéristique d'un verre qui se brise clôtura la conversation, faisant même sursauter Kise.

Haizaki venait en effet de casser le bord l'assiette qu'il était en train de laver.

Avec une seule main.

De rage.

« Je te t'interdis… de me comparer à ces types, t'entends !? J'ai rien à voir… avec eux et leurs méthodes ! » Eructa Haizaki, les yeux injectés de sang.

Sauf qu'au lieu de s'en offusquer ou même de ressentir de la peur, (et pourtant le brun s'était mis à dégager une aura noire sacrément mortifère) Kise eut une réaction pour le moins inattendue.

« Tu saignes ! » S'affola le renard.

Il fonça jusqu'à lui sans hésiter, attrapant sa main meurtrie au passage.

Sans la lâcher, il passa délicatement la main de Haizaki sous l'eau chaude du robinet de la cuisine, afin de faire partir le sang.

« T'as de la chance que l'entaille ne soit pas profonde… Est-ce qu'il y a des pansements dans ta salle de bain ? »

Mais tandis qu'il nettoyait la plaie, Kise eut comme une drôle de sensation au toucher… Presque comme si… l'auriculaire et l'annulaire du brun étaient… en plastique ? Comme pas naturels… enfin… C'était une sensation difficilement descriptible et presque imperceptible également, mais d'après le blond en tout cas, ces deux doigts là possédaient une texture différente des autres.

Il fronça des sourcils.

Comprenant que le mannequin avait remarqué quelque chose d'étrange et qu'il risquait de lui poser la question qui fâchait incessamment sous peu, Haizaki s'empressa de détourner son attention.

« Je crois qu'il en reste ouais… Tu veux bien aller m'en chercher ? Dans l'armoire à pharmacie, au-dessus du lavabo. »

« D'accord, mais n'en profite pas pour t'enfuir hein ! »

« C'est toi qui as lâchement essayé de te barrer y a peine vingt minutes, j'te rappelle ! Alors ne confonds pas tout… »

Kise grimaça mais il ne broncha pas, préférant se concentrer sur sa mission du moment : localiser et ramener la trousse de premiers secours du maître des lieux.

« Putain. C'était moins une… » Lâcha Haizaki dans son dos, en observant ses deux doigts non fonctionnels.

Décidément, ce Kise n'était pas un renard, mais plutôt une FOUINE !

Et à la lumière de cette nouvelle information, la cohabitation s'annonçait soudainement plus difficile que prévu… Haizaki allait devoir se montrer extrêmement prudent afin de conserver ses secrets…


Débarquant comme un ouragan (qui fonçaaaait sur moiiii l'amouur a tout emportéééé… ahem !) dans la salle de bain ou plutôt, dans la salle de douche d'Haizaki, il remarqua rapidement ses vêtements posés sur le radiateur, comme le lui avait dit l'ex-délinquant mais également l'armoire citée par Haizaki.

Or, ce ne fut pas la seule chose qui attira son attention…

Car sur le coin du lavabo se trouvait posé près du verre à brosse à dents, un petit flacon familier. Du parfum. Et sa couleur violacée évoquait quelque chose de familier à Kise et pour cause, puisqu'il s'agissait de la même fiole dont Aomine s'aspergeait copieusement à chaque fois qu'il avait rendez-vous avec Kagami dans l'espoir de le séduire.

Ce maudit parfum… Deluxe Gigolo !

C'était à croire que tous les mâles célibataires de cette ville le portaient !

Est-ce que s'il en vidait tout le contenu dans le lavabo ou les toilettes, Haizaki croirait à un accident et le pardonnerait ? Pas franchement pressé de le découvrir, Kise décida que cette question devrait rester en suspend… pour le moment. Il avait en effet plus urgent à faire. Fouillant rapidement la petite armoire aux portes miroirs, il en extirpa une petite boîte en métal qui contenait du paracétamol, des bandages propres, du désinfectant et bien entendu des pansements.

Mais également…

« Du cannabis, vraiment… ? Oh Sho-kun… »

Kise soupira et il se dépêcha de remettre le petit sachet d'herbe à sa place, c'est-à-dire dans un compartiment secret sous la boîte.

« On va dire que c'est juste une précaution au cas où l'aspirine ne ferait pas effet ! »

Ouais, c'était sûrement un antidouleur de substitution quoi ! D'où sa présence ici.

CQFD.

Après avoir rassemblé tout ce dont il avait besoin pour jouer les infirmières, Kise retourna auprès d'Haizaki, entamant plutôt de lui bander carrément la main parce que les pansements menaçaient de ne pas tenir longtemps. Il veilla à ne pas lui faire mal dans le procédé, mais c'était surtout l'excuse parfaite pour pouvoir palper et examiner un peu plus en détail sa main. Malheureusement, Haizaki n'était pas tombé de la dernière pluie de la veille et il vit clair dans son petit stratagème, le relayant immédiatement dans la phase de soins.

« Ca va, j'peux le faire tout seul. » S'il se montrait agressif, Kise allait deviner que le brun cherchait à l'embobiner, alors il s'appliqua à ajouter d'une voix douce : « Mais merci quand même. »

Un court silence s'installa alors entre eux. Kise avait regagné le sofa et observait docilement Haizaki faire son bandage. Les gens assurés et méthodiques du loup avaient presque quelque chose… d'apaisant. Et d'hypnotiques. Mais Kise étant un véritable moulin à paroles, cette trêve verbale fut de courte durée.

« Tu te rends compte n'empêche… Daikicchi n'a même pas essayé de m'appeler… Pas une fois. Il se fiche de moi comme de son premier ballon de basket… »

Encore que Kise était à peu près certain que le fauve sombre avait conservé ce dernier par nostalgie. Alors que lui…

« … Ca risque d'être compliqué pour lui de te joindre, étant donné qu'un imbécile que je ne nommerai pas a oublié de prendre son téléphone… »

Haizaki ne tenait pas franchement à prendre la défense d'Aomine mais c'était la vérité. Alors à moins que l'as des Miracles ne soit soudainement devenu télépathe, Kise pouvait toujours attendre après lui.

« Mais oui c'est vrai mon portable ! » Réalisa soudainement Kise. « Graaaah ! Dire que j'avais noté tous mes rendez-vous pro de la semaine prochaine dessus ! Et moi, sans mon agenda, j'suis perdu ! Sauf que… »

Il se mordilla nerveusement la lèvre inférieure.

« J-j'ai vraiment aucune envie d'y retourner… parce que… si je croise Daikicchi et qu'il me demande de rentrer, je me connais, j'vais encore craquer… C'est pourquoi… je me disais que peut-être… quelqu'un pourrait y aller à ma place… ? » Fit-il en relevant ses grands yeux de biche vers le loup.

« Et par « quelqu'un », tu veux dire moi, bien entendu ? »

« Qui d'autre ahaha ? »

« Putain t'abuses… Tu crois vraiment que j'ai envie de revoir Dai après toutes ces années ? Ou que lui, il a envie de me revoir tant qu'on y est ? Dois-je te rappeler qu'on ne s'est pas franchement quittés en bons termes la dernière fois que nos chemins se sont rencontrés ? Ma mâchoire s'en souvient encore… »

« Maiiiiiiiis je t'en prie Sho-kuuuuun ! Y a que sur toi que je peux compter ! » Supplia t-il en joignant les mains.

Et quand Ryota passait en mode « Chat Potté », impossible de lui résister ! Seul un monstre en serait capable…

« Admettons que j'accepte. Concrètement, qu'est-ce que j'y gagne ? T'es pourtant bien placé pour savoir que je ne fais jamais rien gratuitement. »

« … Ma reconnaissance éternelle… ? »

« Bien tenté, mais je ne bosse pas pour la gloire. »

« Qu'est-ce que tu veux alors ? » Se méfia Kise.

Si son interlocuteur avait été n'importe qui d'autre qu'Haizaki, le renard aurait alors ajouté sans hésiter « ton prix sera le mien. » Mais tendre une telle perche au loup reviendrait à s'offrir à lui nu et attaché, sur un plateau d'argent avec une pomme et du persil dans la bouche, prêt à être dévoré. Et Kise n'avait pas spécialement la fibre suicidaire.

« Tout dépend de ce que tu es prêt à me proposer. »

« Ah non hein, c'est trop facile ! Dévoile tes véritables intentions et formule franchement ce que tu veux en échange ! »

« Je te le dirai plus tard. Je dois encore y réfléchir, y a rien qui me vienne là comme ça spontanément. Mais tu en seras bien-sûr le premier informé après moi, dès que je le saurai. »

Or, se trouver redevable d'Haizaki n'avait rien de très rassurant… mais puisque le brun prétendait avoir changé, Kise ne risquait pas grand-chose, si ? De toute façon, rien ne servait d'insister, le loup n'avait pas encore décidé à quelle sauce il allait le manger…

« Donc on est bien d'accord, j'embarque juste ton phone, tes clés et ton larfeuille, c'est bien ça ? » Récapitula Haizaki tout en se dirigeant vers sa chambre pour aller s'habiller.

S'habiller ?

Cela mit la puce à l'oreille de Kise juste à temps.

« Ohhh ! Ramène-moi quelques vêtements aussi ! »

Dire qu'il avait failli omettre d'ajouter cet élément pourtant crucial à sa petite liste de courses perso !

Et pour tout le bien que la requête de son invité lui inspirait, Haizaki adressa un fort élégant doigt d'honneur au renard, avant de faire disparaitre dans sa chambre.

« T'en as pas besoin, tu peux emprunter les miennes vu qu'on fait la même taille, au cas où tu l'aurais pas remarqué. » Lança Haizaki de l'autre côté de la porte, tandis qu'il enfilait de quoi pouvoir sortir dehors sans provoquer un attentat à la pudeur.

« Peut-être, mais on n'a pas DU TOUT la même morphologie ! » Tenta désespérément Kise, comme si cela pouvait constituer une excuse VALIDE pour ne pas avoir l'air de sortir d'un épisode de « Parker Lewis ne perd jamais ».

Haizaki choisit ce moment pour sortir et puisque Kise s'était collé à la porte pour mieux faire entendre sa protestation vocale, ce dernier manqua de se la prendre dans le pif.

« Est-ce que par hasard… tu aurais quelque chose contre ma garde-robe ? »

Halléluia, il avait enfin compris ! Mieux valait tard que jamais. Comme quoi tous ces sous-entendus au sujet de ce pauvre Tom Selleck commençaient à avoir l'effet escompté…

« Actually yes… mais bon, à la limite, toi tu portes ce tu veux. Ne dit-on pas d'ailleurs que le ridicule ne tue pas ? Et tu en es la preuve incarnée. Par contre, moi… j'ai une image publique à maintenir, tu comprends ? Un mannequin doit savoir faire preuve d'exemplarité vestimentaire en toutes circonstances ! Car nous sommes aux yeux du monde les Héraults de la mode et de la haute couture ! L'incarnation du style ! Les chantres du bon goût ! Les… »

« ... Ouais, ouais, c'est bon j'ai capté ! Pas besoin de me sortir tous les synonymes du dictionnaire ! »

« Et c'est pour cette raison que je REFUSE catégoriquement de compromettre mon avenir professionnel, pour quelque chose d'aussi trivial et LAID qu'une chemise bariolée trouvée dans une friperie 'Tout à 2 dollars' ! » Couïna l'adepte du luxe à l'Italienne.

« C'est censé m'émouvoir ton discours ? Attends je vérifie… Nope, j'ai en ai toujours rien à carrer ! » Soupira Haizaki, blasé.

« Hmpff ! J'ai comme la désagréable impression que tu ne réalises pas la gravité du sacrifice que tu m'imposes, en me tenant séparé de ma garde-robe ! Tu sais ce se produirait si par malheur j'avais l'outrecuidance d'enfiler une chemise comportant plus de DEUX couleurs différentes ? » Mime avec les doigts. « Réaction allergique et crise d'urticaire A-S-S-U-R-E-E ! Et j'ai déjà donné ! Si, si, je t'assure ! Tiens, la dernière fois, j'ai porté l'un des débardeurs de Daikicchi par mégarde et ça s'est fini aux urgences ! Avec prescription de cortisone et consort hein ! J'arrivais plus à respirer et mon corps s'était couvert de plaques rouges purulentes ! Pendant deux semaines complètes ! Le médecin n'en revenait pas, il m'a d'ailleurs affirmé qu'il n'avait jamais vu ça de mémoire d'interne en dermatologie ! Et il était CENTENAIRE ! Ou pas loin, en tout cas ! »

… Mais quelle drama queen

« Ecoute… » L'interrompit Haizaki en se pinçant l'arête du nez. « Si Dai n'est pas là quand je me pointerai, je ferai un saut dans ta chambre et j'embarquerai les premiers trucs qui me tomberont sous la main. Si j'y pense. Sinon, tu devras porter les fringues que JE daignerai bien vouloir te prêter pendant quelques jours, juste le temps qu'un de tes amis aille chez toi rassembler les tiennes et les fasse livrer ici. Et tu n'en mourras pas ! »

« Aaaah mais ouiii ! Bonne idée, j'y avais pas pensé ! Je n'aurai qu'à demander à Sacchi de préparer mes valises, elle a les clés de l'appartement et elle habite juste à côté ! » S'enthousiasma Kise, qui voyait ENFIN la lumière au bout du tunnel. « Dis, t'as un dressing ? » Interrogea t-il en ce doutant que la réponse serait négative, mais bon, sait-on jamais ?

Sacchi…

Ce surnom n'avait pas fait tiquer Haizaki, mais la fameuse « Sacchi » n'était être que cette chère Momoi, ou plutôt « «Himuro » maintenant, puisque la jeune femme avait fraîchement épousé le frère de cœur de Kagami pas plus tard qu'au printemps dernier. Kise et la jeune femme s'étaient d'ailleurs énormément rapprochés depuis qu'elle était venue vivre aux USA également, partageant leur passion pour les potins et le shopping. Il fallait dire qu'elle avait complètement laissé tomber son style vestimentaire assez garçon manqué datant de son adolescence, dès lors qu'elle avait commencé à sortir avec Himuro, qui lui, était adepte d'un style plus androgyne, voire même métrosexuel par moment. Il était d'ailleurs amusant de constater à quel point les nouveaux mari et femme fraîchement unis, contrastaient l'un avec l'autre. Mais l'influence d'Himuro avait agi comme un électrochoc bénéfique pour la jeune femme. Exit donc polos amples et peu flatteurs destinés à étouffer ses formes et bonjour F.A.L.B.O ! (Front américain de libération des boobs opprimés) !

Bien entendu, Kise avait été l'instigateur principal de ce changement, puisque c'était lui qui avait entièrement pris en main le relooking la rose dans le but de la rendre irrésistible. Or, il n'était pas peu fier de sa réussite en la matière ! Parce qu'il était vraiment parti de loin avec Momoi… La pauvre fille avait certes de sacré atouts physiques, mais aucun sens de la mode féminine ! Mais que de progrès accomplis en si peu de temps, Momoi avait été une élève assidue et désireuse d'apprendre ! Oui, décidément, Kise était plus que satisfait de la transformation qu'il était parvenu à impulser chez amie !

Tiens, peut-être pourrait-il faire la même chose avec Haizaki, maintenant qu'ils allaient officiellement devenir colocataires ? (même si cela ne durait que quelques semaines.) Kise se pencha alors vers le brun, qu'il observa d'un œil critique et averti en plissant les yeux.

Qu'est-ce qui pourrait bien aller à Haizaki ET lui plaire en même temps… ?

Oui… peut-être que… avec un peu de chance… ça pourrait passer !

Ayé, il avait une VISION pour son nouveau poulain !

Puisque le brun avait l'air d'affectionner le cuir, les fripes d'inspiration rétro et qu'il possédait déjà un fidèle destrier (à défaut d'être une Pontiac Firebird noire appelée « Kit »), la nouvelle icône mode d'Haizaki était déjà toute désignée dans l'esprit malade de la Cristina Cordula japonaise :

« … David Hasselhoff dans K-2000… Ouais, ça pourrait le faire… » Baragouina Kise, plus pour lui-même que pour son interlocuteur, qui lui, haussa un sourcil plus que circonspect à l'évocation de l'un des acteurs le plus emblématique des 80's… et synonyme de kitch. « … Enfin, si l'on excepte son brushing à la Joan Collins et puis, ce sera quand même déjà vachement plus potable que Tom Selleck… »

RELOOKING EXTREME FEAT KISE RYOTA INCOMING ! Accroche-toi Haizaki, car tu n'es pas prêt !

« Bon… heu… je vais y aller et heu… n'en profite pas pour te tirer en mon absence… ou pour dénoncer mes délits d'habillement à la Fashion Police… je fais aussi vite que possible ok ? » S'esquiva le malheureux brun, paraissant avoir deviné que le blondinet prévoyait de jouer à la Barbie grandeur nature avec lui…

C'est qu'il n'en menait franchement pas large face à Kise, quand ce dernier était habité par ses lubies stylistiques ! Mais bon, ce comportement était logique après tout puisque Kise était parvenu à faire de sa passion, son métier. Tout comme son frère Matt avait choisi d'exercer le métier de mécanicien par amour pour les motos…

« Shogo, ouvrons notre propre atelier de réparation ! Entre frères ! »

Un rêve de jeunesse naïf jamais devenu réalité…

Ca ne servait à rien d'y repenser de toute façon, ce n'était pas comme s'il avait le pouvoir de revenir en arrière…

Alors qu'il s'apprêtait à franchir la porte d'entrée après avoir enfilé son perfecto, Haizaki se fit interpeler par Kise une dernière fois.

« Et hmmm… Sho-kun ? Si jamais tu vois Daiki… s'il te plaît et même si c'est difficile, ne te dispute pas avec lui. Fais-le pour moi, d'accord ? » Demanda timidement Kise en se mordant la lèvre inférieure.

« J'peux rien te promettre, mais je vais essayer. »

Kise lui adressa un faible sourire à demi-rassuré.

S'il avait su…

…. Qu'Haizaki ne comptait pas éviter le conflit…

Le loup avait même hâte d'en découdre avec la panthère.


Aomine était en train de feignasser comme à son habitude dans son canapé, lorsqu'il ne bossait pas. La confrontation avec Haizaki semblait donc inévitable… D'ailleurs, on venait de sonner à sa porte…

« C'est sûrement Kise qui rentre au bercail ! » S'enthousiasma la voix masculine qui provenait de la cuisine. « Tu vois, je te l'avais bien dit que tu avais tort de t'inquiéter ! »

Retrouvant le sourire, le bleu s'extirpa de son moelleux canapé et il fonça jusqu'à la porte d'entrée. D'habitude, Kise ne sonnait pas, mais cette fois, il était sorti sans prendre ses clés. Clés qui se trouvaient encore dans la poche du manteau beige favori du blond et qu'il avait également oublié d'embarquer. Mais le reste des affaires de Kise étaient bien à leur place habituelle et rien n'avait bougé, ce qui avait suffi à rassurer Aomine.

Bien-sûr, il avait été étonné de ne pas trouver Kise en rentrant au petit matin et de constater qu'il était sorti sans le prévenir par SMS. D'ailleurs, et même s'il n'en était pas fier, son premier réflexe (après avoir tenté de le joindre sans succès) avait été de se précipiter dans la chambre du mannequin pour vérifier que ce dernier n'avait pas fait ses valises.

Aomine s'en était immédiatement voulu d'avoir envisagé une telle possibilité, mais en remarquant les clés glissées dans le manteau toujours accroché dans l'entrée et le téléphone oublié sur un coin de table, le basané avait compris que son colocataire était juste sorti prendre l'air et qu'il allait sans doute revenir incessamment sous peu. Kise pouvait se montrer incroyablement étourdi par moment et c'était d'ailleurs la raison pour laquelle il avait besoin d'un agent assez présent (ou plutôt d'une mère poule de substitution !) pour lui rappeler ses rendez-vous régulièrement, auquel cas il avait tendance à louper des opportunités décisives pour le développement de sa carrière.

Toujours était-il que cela l'absence soudaine de son ami avait quelque peu surpris Aomine tout de même…

D'autant que Kise n'était pas du genre à aimer sortir seul… et encore moins à découcher… Depuis leur arrivée à L.A. il y a deux ans environ, Kise n'avait eu que quelques amourettes sans lendemain, la plupart du temps non pas avec des inconnus rencontrés dans des bars, mais avec d'autres collègues mannequins des deux sexes. Rien de bien sérieux et puis, il s'agissait souvent de personnes qu'Aomine avait rencontrées ou aperçues au moins une fois… Alors son côté agent de sécurité ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter… Déformation professionnelle, sans doute. Mais… et si Kise avait fait une mauvaise rencontre ? Et si un gars mal intentionné en avait profité pour le séquestrer et que c'était la raison pour laquelle le top model tardait à rentrer actuellement ?

Heureusement, la sonnette de l'appartement avait retenti et Aomine était certain que Kagami avait raison : c'était forcément Kise qui l'attendait derrière la porte…

Sauf que non en fait.

Pas du tout même.

Parce qu'en lieu et place de Kise, c'était une personne que le basané n'aurait jamais cru ni souhaité revoir de toute sa vie.

Haizaki Shogo !

Il avait changé physiquement, mais pas encore suffisamment pour qu'Aomine oublie son visage suffisant, arrogant et cruel. Son ancien coéquipier du temps de Teiko qui n'avait pas hésité à s'en prendre physiquement à deux amis chers de Kagami, puis qui avait causé une blessure grave à la cheville de Kise. Blessure qui aurait pu briser la carrière sportive du blond.

Son sang ne fit qu'un tour.

Il ne chercha aucune explication, ni même aucun dialogue. Non tout dialogue avait été rompu depuis longtemps entre eux… à partir du moment où il avait fait de Kise sa victime de prédilection…

« Toi… ! » Cracha Aomine entre ses dents serrées, avant de se jeter sur l'autre brun. « Où est Kise !? Si t'as touché ne serait-ce qu'à un seul de ses cils, je te jure que… ! »

Il le colla rageusement au mur, prêt à lui refaire le portait.

« Oi Aomine ! What are you doing !? » Le retint alors le tigre.

Kagami s'était précipité vers l'entrée afin de séparer les deux hommes. Il était sorti de la cuisine d'Aomine avec une telle hâte qu'il n'avait pas eu le temps d'ôter le tablier qu'il avait enfilé.

« Toujours aussi sanguin à ce que je vois Daiki… Mais tu devrais plutôt écouter ton boyfriend et me lâcher fissa… » Persifla le piercé.

Les deux fauves furent pris d'un rougissement irrépressible en dépit de la situation et Haizaki en profita pour se dégager de l'étreinte « amicale » d'Aomine.

« Anyway… Ryota m'a demandé de passer lui récupérer quelques bricoles. » Fit le loup en s'invitant dans la bergerie.

Il entra donc de force, cherchant donc des yeux à localiser le téléphone et les clés du blond en priorité. Aomine n'allait certainement pas tarder à tenter de le remettre dehors, alors il été limité au niveau du temps alloué à cette tâche.

Aomine, de son côté, était si choqué, qu'il trouva à peine de quoi répliquer.

« Comment ça ? Et pourquoi c'est toi qu'il envoie ? »

Bien-sûr, il crevait d'envie de savoir ce que le renard faisait en compagnie du loup et d'en apprendre plus sur les circonstances de leurs retrouvailles, mais il doutait qu'Haizaki se montre particulièrement loquace à ce sujet.

« Ca m'semble évident pourtant. Il ne compte pas r'venir ici. Il va vivre avec moi maintenant, alors tu vas donc devoir te trouver un autre vide-couilles de substitution. »

Comment était-il au courant ? Non… impossible… Kise ne pouvait pas le lui avoir dit…

« Q-Quoi ? » Interrogea Kagami, largué.

« Oh… so you didn't even bother to tell your precious boyfriend about that ? Bravo, ça prouve toute l'étendue de ton courage Dai et surtout l'importance que tu accordes à ce qui s'est passé entre toi et Ryota… Mais je n'peux pas dire que j'sois surpris. Personnellement, j'ai toujours su que tu étais un lâche. Ah ça c'est sûr pour coller des baignes, il y a du monde, mais pour assumer ses petits débordements d'un soir par contre, y a plus personne… » Ricana Haizaki en récupérant le téléphone à la coque jaune pétard qui ne pouvait décemment appartenir à nul autre que Kise.

« Arrête de raconter des conneries sale enfoiré ! Et dis-moi où t'as emmené Kise et c'que tu lui as fait ! » S'écria Aomine qui voyait rouge.

Il était prêt à sauter à la gorge d'Haizaki toutes griffes dehors une fois de plus, mais un simple regard préoccupé de Kagami à son encontre, suffit à l'en dissuader instantanément. Pourtant, Kagami n'était pas du genre à laisser passer ce genre de provocations d'habitude… Mais… l'expression qu'Aomine put lui au fond des yeux de l'élu de son cœur lui fit perdre toute agressivité. De la douleur… De l'affliction. Comme si Aomine venait de le trahir… Ces révélations inopportunes avaient déçu Kagami.

« Oh allons, tu n'vas tout d'même pas m'taper devant ton amoureux et puis rassure-toi, c'est bon j'me casse j'ai récupéré tout ce qu'il me fallait. Je crois que vous avez des choses à vous dire en privé de toute manière… » Sourit Haizaki en attrapant le manteau de Kise au passage.

Intérieurement, (et extérieurement aussi un peu…) il jubilait. Depuis le temps qu'il rêvait de se venger d'Aomine. Le justicier aux grands airs. Celui qui valait tellement mieux que lui et ne s'était pas privé de le lui montrer… Et Kise lui avait fourni la parfaite occasion de le faire. Pourtant, Haizaki n'était pas parti dès le départ avec l'intention d'utiliser les révélations du blond contre le basané. Mais… c'était venu naturellement. Peut-être que si ce con de Daiki s'était retenu de lui bondir dessus, il aurait gardé le secret de Kise. Mais là, l'occasion était trop belle pour la rater.

Et il n'y en aurait sûrement pas eu d'autre.

« Kagami écoute, c'est pas c'que tu crois… » Entendit-il Aomine essayer de se justifier auprès de l'autre homme juste avant que la porte ne claque.

Cependant, maintenant qu'il était sorti de l'appartement que Kise avait occupé avec Aomine, Haizaki se senti pris de… remords ? Non… ça ne pouvait tout de même pas lui arriver à lui, si ? Ce serait bien la première fois, en tout cas.

Mais le fait était qu'il avait semé une sacrée pagaille sur son passage. Et que c'était peut-être un tout petit peu… disproportionné ? D'autant qu'il avait trahi la confiance de Kise à son égard…

« Et alors, qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Ce connard n'avait qu'à pas me chauffer ! Il l'a bien mérité, en se mettant dans la merde tout seul ! »

Sur le chemin du retour, il s'alluma une clope et roula sans casque.


Pendant ce temps et à mille lieues de se douter de ce qui venait de se produire, Kise était allongé (ou plutôt vautré.) sur le sofa du brun en train de manger le reste des pancakes et de suivre une série romantique Mexicaine sur le câble. A moins que ce ne soit Brésilienne ? En tout cas, Haizaki avait un abonnement à Netflix, Disney Plus, Amazon, Hulu, HBO et la télévision par satellite aussi (avec les chaines Japonaises, s'il vous plaît !). Fait important : son canapé était vachement confortable en plus ! Kise en vint donc tout naturellement à la conclusion qu'il allait peut-être finir se plaire ici tout compte fait !

Kise avait beau être tombé par hasard sur cette télénovela et avoir pris le train en marche en plein milieu sans n'avoir rien suivi, il s'était instantanément pris de passion pour le destin amoureux de ses protagonistes à la langue inconnue.

« Mais nooooooooon Maria Dolores, n'embrasse pas ce gros nul de Javier ! Ne vois-tu pas que c'est Ricardo l'homme qu'il te faut ? Non mais c'est vrai quoi ! Ces choses-là se sentent, vous êtes faits l'un pour l'autre, ça se voit ! L'attitude de bad boy ne fait pas tout ! Bon d'accord, Javier est plus sexy, plus animal et imprévisible… mais il est instable et sans le sou ! Ce n'est pas un bon investissement, crois-moi ma fille, tu vas le regretter ! Et toi, tu es plutôt team Ricardo ou Javier, Belze-… Raaah mais quelle idée d'appeler son chien comme ça ! Et puis d'abord, t'es sûr que t'es bien un chien toi hmmm ? »

L'animal leva ses grands yeux ronds comme des billes vers Kise d'un air interrogateur. Il était venu se blottir de lui-même contre les cuisses encore nues du mannequin, sûrement à la recherche de quelques caresses ou… de nourriture. Finalement, il n'était pas si farouche que ça et craintif le chien-hyène-blaireau-raton laveur-putois ! Et pas si moche non plus, vu de près…

Mais tout à coup la porte d'entrée claqua, annonçant le retour du maître du logis.

Kise se redressa dans le canapé et se tourna en direction de l'entrée, les bajoues encore gonflées par les pancakes et tira légèrement sur son T-shirt par réflexe pour se couvrir davantage le cul… même si Haizaki ne pouvait pas le voir de là où il se trouvait.

Il était vraiment trop mignon comme ça… un vrai petit hamster doré qu'Haizaki se garda bien de révéler qu'il trouvait adorable…

« J'vois que quand l'Okami n'est pas là, le Kitsune et le Tanuki dansent ! »

Variante japonaise du célèbre proverbe français, évidemment.

« T'as fait drôlement vite ! »

« J'étais surtout pressé de rentrer te retrouver… »

Oups.

Vite changer de sujet !

« Tiens, attrape ! »

Haizaki lui fit une passe comme au temps de l'équipe de Teiko, que Kise intercepta facilement. Sauf qu'il ne s'agissait pas d'un ballon de basket, mais de son smartphone à la coque Pikachu ! Oui, Kise avait réussi à conserver son petit côté enfantin et jovial par bien des aspects…

« J't'ai ramené ton manteau aussi. Et les clés qui sont à l'intérieur. Par contre, tu m'excuseras, mais pour les fringues… je me suis pas suffisamment éternisé… »

« Oh ! Ca veut dire que tu as vu Daikicchi alors ? »

« Ouais… » Répondit automatiquement Haizaki en ôtant son perfecto et en se gardant bien de croiser le regard du Kitsune.

« Et comment ça s'est passé ? Ne me dis pas que… vous vous êtes battus ? » Le supplia t-il de ses grands yeux si expressifs.

Pfff… évidemment, Kise s'en faisait pour son connard de pote. C'était évidemment la seule raison de sa question. Seul Aomine lui importait.

« Nan, rassure-toi. Mais c'est pas passé loin. »

« Il… Il allait bien ? »

« Ca ne fait même pas vingt-quatre heures que tu t'es tiré. Bien-sûr qu'il allait bien ! Qu'est-ce que tu veux qu'il lui soit arrivé en si peu de temps !? Qu'il se soit fait becqueter par Godzilla, qui passait dans le coin ? »

« Pfff... bien-sûr que non idiot ! Mais est-ce qu'il… » Le blond s'arrêta un instant pour déglutir. « …. A demandé après moi ? Tu crois que je lui manque ? »

A cette question, Haizaki qui avait décidé de rester le plus évasif possible au sujet de sa petite visite, sentit une rage viscérale lui monter à la gorge. Une de ces rages qui vous vient du plus profond des entrailles. Aomine… il n'y en avait toujours que pour cet enfoiré. Quoi qu'il fasse à Kise, ce dernier continuait à revenir se jeter à pieds constamment, tel un chien fidèle qui n'arrive pas à quitter le maître qui le maltraite pourtant.

Et Haizaki en avait marre. Marre de la relation privilégiée que l'autre brun entretenait avec Kise, malgré sa lâcheté. C'était lui qui devrait être à sa place... !

Attends, quoi… ?

Mais de toute façon, dans le cas présent, Kise n'était plus qu'un chien qui avait fugué. Et un animal perdu n'appartient par essence plus à personne. Or, si son ancien propriétaire ne le réclame pas… cela veut dire que quelqu'un d'autre est donc libre de l'adopter…

« Non. » Il secoua la tête, tout en se servant une bière dans le frigo.

Autant anéantir directement tout espoir.

« Non ? Même pas un tout petit peu ? » S'étonna Kise.

Ca ne ressemblait pas à Aomine…

« Ecoute Ryota, fais-toi une raison : il s'en balance de toi. D'ailleurs, si tu veux tout savoir, il t'a déjà remplacé. J'ai vu l'autre gars chez vous là… comment il s'appelle déjà ? Celui qui ressemble à un tigre mal épilé… l'ancien partenaire de Tetsuya. »

« Ka-Kagamicchi ? Mais… »

Bingo.

Dans le mille.

Le beau visage de Kise venait de se décomposer en un éclair. Mais étrangement... ce n'était pas aussi réjouissant que Shogo l'aurait imaginé.

« Il était justement en train de cuisiner pour Dai. Et à les voir, on aurait vraiment dit un couple marié. Ils sont ensemble ? »

« … »

« Si tu veux mon avis, c'est plus qu'une question de jours avant que ce Kagami ne ramène ses valises et ne s'installe définitivement avec Dai. Si ce n'est pas déjà fait. Et ça ne me surprendrait même pas au train où vont les choses. C'est presque comme s'ils n'attendaient que ton départ pour pouvoir ENFIN se sauter dessus en toute quiétude, comme deux fauves en rut. Ouais, désolé de te l'annoncer de cette façon-là mais tu les gênais de toute évidence. Enfin, c'est l'impression que j'en ai eu en tout cas ! »

« Je vois… » Articula difficilement Kise, la gorge sèche et les yeux humides.

Bien-sûr, tout au fond de lui, il s'était toujours douté que quelque chose de ce style arriverait tôt ou tard. Mais… il avait espéré délayer au maximum l'inévitable.

« Achève-le Shogo. C'est le moment, il est mûr pour être cueilli ! »

D'habitude, il était plutôt du genre à faire durer le plaisir, tel un chat jouant avec une souris coincée entre ses griffes mais là…

« A vrai dire, je crois que ce qui m'a l'plus surpris lors de mon passage en coup de vent, c'est que Daiki ne se mette pas à hurler quand il a compris que tu étais chez moi au moment où on se parlait lui et moi. Alors qu'au vu de notre passif commun, qu'il est pourtant bien placé pour connaitre, il n'a même pas envisagé une seule seconde que j'ai pu te faire du mal… Ou pire… carrément abuser de toi bébé… » Souffla t-il dans son cou.

« Et maintenant, le coup de grâce ! »

« Non, moi je crois qu'au final, il cherchait juste un prétexte, peu importe lequel, pour se débarrasser de ton encombrante présence quotidienne en te virant de sa vie. Au final, on peut dire sans se tromper que tu lui as rendu un grand service en te tirant le premier et que tu lui as évité de faire le sale boulot lui-même. Sans toi, lui et son tigre vont enfin pouvoir être pleinement heureux et s'épanouir maintenant. »

Mais contrairement à ce qu'il attendait comme étant le clou du spectacle, Kise ne pleura pas. Pas la moindre petite larmichette de désespoir ne fut versée. A la place, il lui tendit courageusement son téléphone.

Pas sûr de comprendre exactement ce que ce geste impliquait ou ce que l'autre attendait de lui, Haizaki cligna des yeux de surprise.

« Tiens. Bloque son numéro au cas où il serait tenté d'essayer de m'appeler. Et efface-le ensuite. Pour ne pas que moi… je sois tenté. »

« Sûr ? 'Cause there won't be any turning back after that. »

« Ca m'est égal. Même s'il demande de mes nouvelles plus tard via nos amis communs, je ferai en sorte qu'on ne lui en donne pas. »

« Dans ce cas, si t'es certain de ne pas avoir de regret… »

Haizaki appuya avec une joie difficilement dissimulable sur « ERASE » et le numéro d'Aomine se volatilisa de l'annuaire du blond. Quel sentiment jouissif ! Mais force était de reconnaître que Kise venait de faire preuve d'un courage et d'une volonté que le brun ne soupçonnait guère. Il n'aurait en effet jamais cru le mannequin capable de tirer un trait de manière aussi rapide et radicale sur le mec après qui il courait depuis les années collège quand même…

« T'es surprenant Ryota. Divertissant même. Moi qui voyais au départ cette mission comme une corvée… J'espère que tu sauras te montrer autant à la hauteur de ce que je te réserve par la suite… »

« Au fait… » Commença Kise qui venait de poser sa tête contre l'épaule (sans doute à la recherche de soutien moral) de son nouvel « ami ». « … Un livreur est passé pendant que t'étais sorti. J'ai pris le paquet et je l'ai déposé sur ton lit… »

Merde… il fallait espérer que…

« Tu ne l'as pas ouvert, si ? »

« Non, pourquoi ? Je sais respecter la vie privée d'autrui… »

Ouf !

« Merci chaton. Hey ça te dirait qu'on dîne italien ce soir ? J'adoooooore la bouffe italienne, encore plus que la bouffe japonaise même, j'connais rien de meilleur. Et j'ai justement mes habitudes dans un petit resto traditionnel du coin, le proprio vient de Naples ! Paraît que c'est un ancien de la Camorra. Mais bon, c'est sûrement juste une rumeur pour expliquer ses multiples cicatrices… »

« Hmm hmmm en tout cas, tu as l'air d'avoir des fréquentations intéressantes Sho-kun ! » Sourit Kise. « Mais bon… je suppose que ça colle bien avec l'ambiance générale du quartier, un ancien maffieux… »

Compton affichant tristement l'un des plus hauts de criminalité du pays... Pas étonnant que l'endroit attire des criminels en tous genres.

« Continue à te mettre à l'aise hein, je reviens tout de suite. Juste le temps de passer commande… Ils ont toujours beaucoup de monde, alors il faut réserver tôt. »

Kise hocha simplement de la tête et Haizaki se leva, portable dans une main et sa bière entamée dans l'autre. Il alla ensuite s'isoler sur le balcon, s'assurant que la porte-fenêtre était bien fermée derrière lui pour que Kise ne puisse rien entendre et il passa son appel.

« It's me. The package has been secured… The delivery should be soon. Probably within a month or two. Weeks even, maybe. »

« Nicely done, Boss will be pleased. Fill me in, in two days from now. And don't forget to send some photos of the target. »

« I'll do that. »

« If you work well enough, you will be allowed back in Japan in no time. To see your brother and your mother. Don't make them wait too much for you. But remember... whatever you do, you're not allowed to touch the package. »

« Yeah, I know. »


CLAP DE FIN (CHAPITRE) EVENTUELLEMENT !

Je dois bien reconnaître que si j'adore écrire avec Aomine parce qu'on peut se permettre plein de choses, Haizaki aussi est assez jouissif de par son ambiguité. Kise également, je ne l'aurai jamais cru de prime abord. Il ne s'en laisse pas conter, même s'il est moins agressif qu'un Kagami ou un Aomine, il sait en imposer de manière plus douce on va dire.

En tout cas, j'apprécie vraiment leur dynamique.

J'espère que la suite vous plaira, j'ai mal d'idées concernant la direction que je veux prendre et vous me connaissez maintenant, encore une fois, cette histoire ne fera pas dans la simplicité. Je pense juste que le loup et le renard ne vont pas se tourner autour pendant 150 ans, contrairement à Ao et Kaga.

Merci d'avoir lu et j'attends vos reviews et autres théories sur la suite des événements. (even in english :))

Le prochain chapitre risque d'être un peu clivant, je pense...

A bientôt !