Bonsoir à toutes !

Fichue heure d'été ! Oui voilà, je voulais commencer par ça directement !

Ce coup de gueule démontrant mon sens discutable des priorités étant à présent passé, place à la suite !

Wow... je carbure décidément avec cette fanfiction ! Tant mieux, c'est la preuve ultime que l'écriture m'avait manqué...

Je tenais tout particulièrement à remercier Eikyuu no Utsukushi, Endlessly111, Ju et bien-sûr Namerra, qui ont pris le temps de me laisser de superbes reviews constructives. Et comme je m'y attendais, le chapitre précédent a pas mal divisé ! Et c'est très bien, puisque c'était l'effet recherché ! Je tenais cependant à vous rassurer, OUI on reverra bientôt Aomine et Kagami et on s'attardera sur l'évolution de leur relation, BIEN EVIDEMMENT :) Patience, cependant ! Car on n'ira pas faire un tour chez les fauves avant un ou deux chapitres...

Le programme de celui-ci sera donc nettement plus classique, histoire de laisser la pression retomber ! Je vous annonce également qu'il sera en deux parties, c'est-à-dire que les événements amorcés dans ce chapitre, trouveront leur développement/résolution dans le prochain.

Une fois n'est pas coutume, ce chapitre s'ouvre sur un flashback.

Comme d'habitude par contre, j'en appelle à votre indulgence si quelques fautes/oublis persistent dans le texte, je repasserai après sa publication pour le "clean" le plus possible.

Allez, je n'en dis pas plus et sur ce...

ENJOY !


« Yoooooooo Shogo-kun ! »

On connaissait déjà le fameux « C'est un oiseau ? C'est un avion ? Non ! C'est Superman ! » mais au moment même où Haizaki posa le regard sur la personne qui l'appelait, son cerveau improvisa un nouveau proverbe : « C'est une tornade ? C'est une étoile filante ? Un rayon de soleil ? Non ! C'est Kise Ryota ! » Oh mais pas un « rayon de soleil » comme dans le côté… positif de la chose, non ! Plutôt le soleil dévastateur qui vous crame les rétines si vous essayez de le regarder et vous fait suer à grosses gouttes !

Le blond se précipita vers lui, ne s'accordant que quelques secondes pour reprendre son souffle, penché en avant et mains appuyées sur les genoux. Est-ce que ce débile avait couru de la station jusqu'ici sans respirer ? Connaissant l'animal, c'était fort probable ! Kise avait constamment tendance à trop en faire au goût d'Haizaki. Il fallait toujours qu'il se fasse remarquer en tout et pour tout !

Que le jaune soit d'un naturel jovial et énergique, ça, Haizaki pouvait le concevoir et même le tolérer, mais il n'aurait pas été contre le fait que Kise DEBORDE un peu moins de vie ! Et pour cause, le fréquenter plus de quelques minutes d'affilée provoquait invariablement chez le loup gris les effets secondaires suivants (et pas nécessairement dans cet ordre) : nausées, perte de patience, envie de fuir excessive et agressivité exacerbée.

Et aujourd'hui ne faisait pas exception. Dès que Kise pénétrait dans son espace vital, le gris se tendait. C'était inévitable, presque comme une réaction physiologique. Ce maudit blondin lui tapait sur les nerfs depuis le jour où il était entré dans l'équipe B… Il en faisait toujours trop, ne sachant jamais quand s'arrêter, ce qui le rendait rapidement insupportable. Mais surtout et le piiiiiire dans toute cette affaire, c'était que Kise Ryota était COLLANT.

Mais du genre chewing gum humain qui reste soudé à votre semelle et se montre impossible à déloger, même avec la pointe aiguisée d'un couteau ! Nan et puis cette MONSTRUEUSE habitude de respirer le bonheur TOUT LE TEMPS ! Comme une princesse Disney ! Haizaki était d'ailleurs à peu près certain que cet imbécile avait le pouvoir de parler aux animaux…

Bref, en un comme en cent : INSUPPORTABLE.

Haizaki avait réellement toutes les peines du monde à ne pas laisser éclater les véritables sentiments que lui inspirait le blond… La plupart du temps, il s'en abstenait parce que… les autres joueurs de l'équipe semblaient apprécier Kise, eux, prenant naturellement sa défense en cas de conflit. Mais si Haizaki ne lui balançait jamais l'intégralité de son mépris à la tronche, c'était surtout à cause de Nijimura, qui veillait au grain.

Leur capitaine mettait en effet un point d'honneur à ce que tout le monde s'entende bien et à ce que la cohésion règne dans l'équipe. Un POING d'honneur, même ! Or, Haizaki avait déjà pu tâter dudit poing de celui qui s'adonnait au karaté à ses heures perdues et il pouvait donc attester sans mal (ou plutôt, avec beaucoup de MAL à la mâchoire) qu'il valait mieux rester éviter les débordements en sa présence.

Mais aujourd'hui…

Point de Nijimura dans les parages. Pas d'autre joueur non plus. Kise était donc à découvert et parfaitement vulnérable…

A sa merci.

L'adorable adolescent à la chevelure d'or se redressa finalement, lui adressant un de ses sourires éclatants dont il avait le secret.

« T'es en avance ! Tu vois, j'aurai cru que tu étais du genre à toujours arriver en retard, parce que tu n'es jamais à l'heure aux entraînements, ce qui, entre nous fait énormément rager Nijimura-senpai et le reste de l'équipe A ! Je me suis plusieurs fois fait la réflexion d'ailleurs et je me suis dit « Ryota »… oui, je me parle souvent à voix haute, pas toi ? Midorimacchi dit que c'est la marque des gens intelligents, tu le savais ? Enfin bref, je me suis donc dit à maintes reprises : « Mon petit Ryota, si ça se trouve, Shogo-kun n'a pas de montre ! C'est pourquoi il arrive toujours à la bourre ! Peut-être que son réveil est en panne et qu'il ne pense pas à regarder son téléphone pour consulter l'heure ! Moi non plus j'ai jamais ce réflexe, d'autant qu'un téléphone, ça se pose, ça s'égare. Bon, après, je te l'accorde, jouer au basket avec une montre au poignet, c'est pas ce qu'il y a de plus pratique mais tu pourrais l'enlever juste pour faire du sport et la porter le reste du temps, tu ne crois pas ? C'est ce que je fais, moi ! »

Mais il comptait la fermer QUAND, ce satané pipelet !? (oui, oui, ce mot existe bel et bien au masculin !)

Qu'est-ce que c'était que ce moulin à paroles !? Et surtout, où se trouvait le bouton « OFF » !?

« … Donc voilà, je me suis rappelé que j'avais une vieille montre Flic Flac avec des dauphins dessus, dont je me servais pour apprendre à lire l'heure au CP et comme je ne l'utilise plus depuis des années quand même faut pas pousser, bah je me suis dit que je pourrai te la prêter ! Autant qu'elle serve à quelqu'un ! Et puis, si tu sais pas lire l'heure c'est pas grave, je t'apprendrai ! » S'enthousiasma Kise.

Le blond exubérant fit un pas vers lui, tout sourire, et Haizaki eut un mouvement de recul instinctif.

Urgh… non vraiment… il n'y avait rien à faire… Il ne pouvait décidément pas encadrer Kise…

Et son poing le démangeait déjà…

Sauf que… même si Nijimura n'était pas là pour jouer les médiateurs, Haizaki n'en oubliait pas pour autant qu'ils se trouvaient actuellement dans un lieu PUBLIC assez fréquenté. Or, frapper Kise ici et maintenant risquait de ne pas passer inaperçu. Et cerise sur le ghetto, Haizaki avait promis à sa mère qu'elle n'aurait plus à aller le récupérer au poste de police… jusqu'à la fin de l'année scolaire. Sinon, ce qui lui pendait au museau, c'était une magnifique interdiction de sortir pendant six mois, assortie d'une privation totale de basket dans l'intervalle également.

Mais pourquoi ce maudit blond pouvait-il tout simplement pas lui lâcher les godasses ?

Et puis d'abord, qu'est-ce qu'il fichait ici lui aussi ? L'actuelle petite amie de l'argenté lui avait donné rendez-vous à cette fête foraine, mais elle n'était pas encore arrivée. Ce qui agaçait prodigieusement Haizaki. Comment osait-elle le faire attendre comme ça, d'habitude, c'était plutôt lui qui se laissait désirer et non l'inverse ! Elle avait de la chance de faire un bonnet D, parce que c'était typiquement le genre d'impolitesses qu'il détestait par-dessus tout !

D'ailleurs, en parlant de la taille de ses seins de sa copine, Haizaki se rappelait de la tête impayable qu'Aomine avait tirée, en apprenant que son coéquipier la fréquentait ! Ca avait été particulièrement savoureux… De tous les joueurs de l'équipe principale, Haizaki était en effet le seul à sortir avec des filles. Les autres et bien… tous des loosers. Ou des tarlouzes. Ou les deux à la fois même, pour certains. Parce qu'il y avait pourtant un bon paquet de nénettes pas farouches qui leur tournaient autour, enfin à des degrés divers, (Akashi était hyper populaire par exemple) sauf qu'Haizaki était le seul à en profiter…

Jusqu'à l'arrivée de Ryota au sein de la team.

Niveau conquêtes, il se posait là lui aussi. Son tableau de chasse était impressionnant, rivalisant presque avec celui du loup.

Si l'addition du blond dans l'équipe avait eu pour effet positif de rameuter toutes ses groupies transies d'amour par la même occasion, Haizaki déplorait cependant que la majorité des filles déjà présentes se soient peu à peu détournées de lui, préférant jeter leur dévolu sur la nouvelle tête blonde. Être connu comme le loup blanc (enfin plutôt gris…) du collège en tant que bad boy lui avait toujours assuré un succès certain auprès de la gent féminine, mais ces derniers temps, ces demoiselles avaient changé leur fusil d'épaule ou plutôt leur stérilet de place, reportant toute leur attention sur Kise. Parce que se pavaner au bras d'un futur mannequin renommé, s'avérait être nettement plus valorisant socialement que s'afficher avec un délinquant notoire…

Ce qui expliquait qu'Haizaki voit d'un mauvais œil cette concurrence soudaine, sortie de nulle part… Car le mâle alpha de la meute, celui qui a normalement le droit de rafler toutes les femelles, c'était LUI et personne d'autre ! Il n'était pas question qu'il partage son titre durement acquis, avec une espèce de Golden Retriever mentalement attardé !

« … Mais c'est dommage parce que j'ai pas réussi à la retrouver ! Bon, elle n'est pas perdue hein ! Je te rassure tout de suite, elle doit sûrement trainer quelque part, sauf que je ne sais pas encore où. »

Hein, quoi ? Il était encore en train de parler l'autre animal ? Mais comment c'était possible qu'il ait encore assez de salive ?

Et Haizaki ne savait pas trop ce qu'il était censé répondre dans ces cas-là. Ni de quelle façon. Agressivement ? Juste en lui demandant de fermer son claque merde ? Ou en se bouchant les oreilles pour que Kise comprenne le message par lui-même ? Mais aucune de ces options ne le satisfaisait pleinement, alors il décida de contourner le problème.

« Ecoute, j'attends quelqu'un là et elle ne devrait pas tarder à arriver alors… si tu voulais bien aller voir ailleurs si j'y suis et y rester, ça m'arrangerait… »

Manquerait plus que le mannequin blond lui siffle sa nana en prime ! Et afin de s'en prémunir, mieux valait l'envoyer paître dans un autre pré, avant l'arrivée de sa belle.

« Oh ! Tu parles de Chiaki, c'est bien cela ? »

Que… ? Pourquoi Kise connaissait-il le prénom de sa petite-amie du moment ? Et surtout, comment était-il au courant que le loup avait précisément rendez-vous avec elle ici et maintenant ?

« Heu ouais… » Répondit Haizaki, méfiant. « C'est bien ça… »

« Ahaha j'en étais sûr ! » Rit Kise, ce qui provoqua un mouvement de recul chez l'Okami.

« Et tu sais ça comment toi ? »

« Parce que Chiaki est la meilleure amie de Mikan ! »

« Mikan… ? »

Haizaki ferma les yeux un instant, plongé dans une intense réflexion. Mikan... Ce prénom lui disait vaguement quelque chose… Mikan… Mikan… ah oui voilà ! Bonnet C, pas trop mal. Son second choix, à vrai dire. Une brune portant un carré court à frange plutôt mignonne et pas trop farouche. Elle était dans sa classe d'ailleurs l'an dernier et il était parvenu à la peloter pendant un cours de sport, lorsqu'ils jouaient à la « Balle au prisonnier » au sein de la même équipe. De petits seins en forme de poire qu'il devinait bien fermes. Oui, il n'était pas franchement physionomiste concernant les visages et tout comme Aomine, lorsqu'il était question de filles, il se repérait à leur poitrine.

D'ailleurs, pas plus tard qu'à l'entraînement de ce matin, ils avaient eu un débat enflammé concernant la meilleure forme de nibards. Aomine avait tendance à les préférer naturels et d'une taille qui toisait celle de la vache à lait. Peu importe s'ils pendouillaient et n'étaient qu'un amas de graisse dégoulinant, à l'image de ceux de la hardeuse Hitomi Tanaka.

Lui, en revanche, favorisait les poitrines refaites à l'arrondi parfait, comme des ballons de basket. Bien fermes et rebondies, du genre à vous renvoyer le coup si vous mettez un coup de poing dedans. Enfin, quelle idée saugrenue aussi de vouloir coller un pain à des nibards mais sinon, oui, Haizaki était totalement en train de comparer une paire de loches à un punching ball et alors… ?

« Ouiiiii Mikan c'est ça ! Ma petite-copine à moi ! »

Ah.

Alors le mannequin La Redoute sortait aussi avec une fille en ce moment ? Et la meilleure amie de sa propre chérie, par-dessus le marché et…

Oh !

Merde !

Nan, tout mais pas ça !

Les yeux d'Haizaki s'ouvrirent grands et ronds comme les seins qu'il affectionnait tant.

« Ne me dis pas que… »

Putain, ça sentait le plan à quatre cette affaire !

Ca puait grave, même !

« Nooooooooon rassure-toi ! Enfin, c'est bien ce qui était prévu à la base maiiiiiis… »

Oh bordel les TRAITRESSES !

« Mais quoi !? Arrête de tourner autour du pot et dis-moi ce que tu sais à la fin ! »

« Elles sont collées ! »

Collées… ? Punies, quoi… Mouais, pas étonnant vu le profil des deux miss… pas franchement des premières de la classe…

« Toutes les deux ? Cet après-midi ? Mais… pourquoi Chiaki ne m'a pas prévenu ? »

« Ben… vu qu'elles sont collées, le prof leur a confisqué leur téléphone, logique. »

Ah.

Cependant, cette explication – bien que plausible – ne satisfaisait pas Haizaki. Il plissa les yeux, accusateur.

« Et comment tu sais tout ça, toi ? »

« J'étais là quand elles se sont pris cet après-midi de colle et j'ai entendu le prof, alors forcément, j'suis au courant ! »

Ok, ça expliquait tout dans ce cas, mais pourquoi Chiaki ne l'avait-elle pas prévenu avant pour annuler leur sortie ? Ah celle-là, quelle tête en l'air… D'un côté, ça ne l'étonnait pas, c'était bien son genre d'oublier qu'on l'avait collée. N'empêche, il allait peut-être devoir arrêter de la fréquenter, non seulement parce que même si ce n'était pas totalement de la faute de la blonde, Haizaki détestait qu'on lui pose des lapins, (Ca, ça lui était réservé !) mais surtout parce que cette cruche avait trouvé le moyen d'être copine avec la nana de Kise ! Et on pouvait donc logiquement en conclure que cette sortie de couples n'était que partie remise… Bien entendu, encore une fois, on s'était bien gardé de l'en informer ! Et c'était bien normal, car il aurait tout bonnement refusé l'invitation !

C'est alors qu'il percuta.

« Attends une seconde… Comment ça se fait que tu sois venu quand même, si tu savais que ta meuf ne se pointerait pas ? »

« Parce qu'il fallait bien que quelqu'un te prévienne, banane ! Et comme j'avais pas ton numéro… »

Ola…

Minute papillon !

Kise était-il sérieusement en train de lui dire qu'il avait parcouru tout ce chemin jusqu'ici dans l'unique but de lui passer l'information ? Hmm… Si Haizaki s'en souvenait correctement, le blond vivait du côté d'Harajuku, le quartier de la mode, logique vu son métier. Mais ça faisait une sacrée trotte jusqu'ici ! Pourquoi s'était-il donné autant de mal pour venir le rejoindre ?

Enfin… ce n'était pas comme si Haizaki habitait plus près du lieu de la fête foraine lui non plus…

On pouvait donc en conclure que les deux jeunes hommes avaient fait le déplacement pour rien… Et pour être honnête, ça emmerdait monumentalement Haizaki d'être venu ici pour repartir aussi sec alors…

L'impensable se produisit, sous la forme d'une proposition aussi génuine que spontanée.

« Bon, puisqu'on est là tous les deux, pourquoi ne pas aller faire un tour ensemble à cette fête foraine et essayer de s'amuser quand même sans les filles… ? »

L'argenté n'en avait même pas réalisé les implications profondes… ou les potentielles conséquences… c'était juste sorti tout seul. Certes, il ne portait pas vraiment Kise dans son cœur, loin de là même. Genre loiiiin comme distance Tokyo-Los Angeles mais… il n'y avait rien de plus triste et pathétique que de déambuler ici sans la moindre compagnie, aussi à chier soit-elle.

Et puis, il avait un peu pitié de Kise aussi, à dire vrai…

Suite aux paroles d'Haizaki, le regard du blond s'illumina, pétillant d'une joie contagieuse. Celle-là même qui le faisait ressembler à un chiot hyperactif sur le point de remuer la queue en signe de bonheur intense.

« Oh c'est vrai ? Ca te dérange pas qu'on passe l'aprem' rien que tous les deux, t'es sûr ? Merciiiiiiiiiiii ! Hihi on va bien s'amuser tu verras ! Ahaha, je parie même que les gens vont nous prendre pour deux amoureux ! »

ARGH ! TOUT MAIS PAS CAAAAA !

LE CAUCHEMAAAAR !

Haizaki regrettait déjà son invitation.

Il eut d'ailleurs un nouveau mouvement de recul, mais trop tard car déjà, Kise lui avait FERMEMENT attrapé le bras, le tirant vers l'entrée de la fête.

Le loup eut l'envie soudaine de hurler à la mort. Il n'y avait aucune pleine lune dans le ciel pourtant, mais tous ses instincts se sentaient soudainement menacés.

Bordel, mais dans quel foutoir s'était-il encore embarqué ?


Ce fut le bruit des éboueurs venant ramasser les poubelles à l'extérieur qui réveilla Kise. Purée, ils passaient vachement tard dans ce quartier et ils n'étaient pas du genre discrets… Hmm… Sa tête était en travaux aussi, il n'y avait pas que la rue en dessous. D'ailleurs, le bourdonnement du marteau-piqueur venait bien de l'intérieur de son crâne.

Merde… il avait du trop boire…

Encore.

Ca commençait à devenir une habitude depuis qu'il avait emménagé chez Haizaki.

Heureusement qu'il n'avait aucun shooting de prévu aujourd'hui, parce que la maquilleuse aurait sans doute hurlé en voyant sa tronche de déterré. Et galéré à cacher ses cernes… C'était plutôt un travail de plâtrier à ce stade… Kise pouvait sans mal deviner la taille des valises qui devaient avoir élu domicile sous ses yeux. Pourtant, il n'avait pas prévu de partir en voyage de si tôt…

Hmm… son oreiller était dur et chaud… Et vivant…

VIVANT !?

Kise sursauta, s'en décollant à la hâte. Il venait de le sentir se soulever sous sa joue !

Normal, puisqu'il s'agissait du torse nu d'Haizaki.

Et Kise constata avec horreur qu'il s'était comme qui dirait heu… "oublié" dessus pendant la nuit.

En effet, la poitrine du brun était couverte de salive. Kise lui avait littéralement bavé dessus en dormant. Aucun sous-entendu sexuel intended. La honte quoi. Le pire, c'est que les accidents salivaires nocturnes de ce genre arrivaient souvent au mannequin… et oui, ça écornait sacrément son image glamour si chèrement acquise... Mais bien décidé à effacer son méfait avant qu'Haizaki ne s'en rende aperçoive également, Kise se leva pour partir en quête de quoi essuyer le torse souillé de son colocataire. Il n'avait même pas remarqué qu'il était tout habillé lui encore, avec ses fringues de la veille bien évidemment et que lui et le loup s'étaient retrouvés à comater dans le sofa, la chambre étant sans doute située bien trop loin pour réussir à s'y traîner au petit matin.

Quelle heure était-il d'ailleurs ?

Hmm… pas loin de neuf heures. Puisque c'était en général à ce moment-là que le camion poubelle daignait s'arrêter ici pour les débarrasser des ordures. Kise tituba légèrement. Quelle erreur. Il aurait mieux fait de ne pas se coucher pour juste trois-quatre heures de sommeil. En tout cas, il n'avait pas eu froid ! Haizaki était une véritable bouillotte humaine.

Et puis tandis qu'il se dirigeait vers la cuisine pour prendre de quoi nettoyer son méfait, Kise se figea.

Des flashs de la soirée lui revinrent par bribes, se bousculant dans son cerveau encore endormi.

Le club…

Le concours…

Les filles…

La ruelle…

La villa…

La piscine…

L'orgasme.

En regardant Haizaki prendre son pied.

Et au son de la voix du Grand Méchant loup…

Mais pas le moment était mal choisi pour y penser, bien que Kise savait qu'il ne faisait que repousser l'inévitable. Parce qu'indéniablement, il faudrait qu'il se penche sur les événements survenus hier, tôt ou tard. Pour le moment, il devait se focaliser sur sa tâche immédiate, à savoir : trouver quelque chose pour essuyer Haizaki. Hmm… oui tiens, du sopalin, parfait ! Par chance, il y en avait dans la cuisine et Kise s'en empara.

Haizaki semblait toujours dormir comme un bienheureux. Ses traits étaient plus détendus qu'habituellement et Kise se surprit à apprécier l'air doux que cela lui conférait. Il se pencha donc lentement au-dessus de lui et commença à tamponner les muscles du brun. Ses tatouages qui débordaient de ses épaules… ses pectoraux bien dessinés… son piercing au mamelon… Etait-ce si… étrange à concevoir que le Kitsune puisse avoir envie de lécher ce corps si désirable ? Le blond secoua la tête, se ressaisissant.

Il avait toujours eu un faible pour les hommes extrêmement virils, comme Aomine. Sans doute les lui rappelaient-ils inconsciemment. Ok. C'était donc à présent un fait établi : il était attiré par Haizaki, mais ce qui était nouveau en revanche, concernait le fait que Kise l'assume à présent. Cependant, cela ne signifiait pas qu'il allait brusquement sauter sur Haizaki et mettre cette attirance physique à exécution. Non, Kise s'y refusait. Ce désir de caresser le loup dans le sens (imberbe) du poil ne change(R)ait rien à leur relation, parce que le blond était parfaitement capable de se contenir.

Il n'avait rien à voir avec ces groupies déchaînées qui l'attendaient parfois devant le studio photon, dans l'espoir de d'obtenir un autographe ou de pouvoir le toucher. Mais certaines refusaient de se contenter d'un simple effleurement. La plupart du temps, les rencontres avec ses fans se passaient bien, mais combien de fois une fille plus hystérique que les autres, avait essayé de lui arracher une mèche de cheveux ? Kise s'était toujours demandé ce qu'elles faisaient quand elles y parvenaient. S'en servaient-elles pour fabriquer des poupées vaudou à son effigie ou les revendaient-elles tout simplement sur un site de fans hardcore pour s'assurer un joli pécule ?

Enfin bref. Lui, n'en était pas là avec Haizaki fort heureusement.

Mais effectivement hier, il avait ressenti de la jalousie. Amber avait pu le tripoter jusqu'à plus soif et elle ne s'en était pas privée. Elle avait même fait plus que ça, d'ailleurs. Pourquoi se contenter de toucher lorsqu'on peut goûter… ? Kise ne pouvait pas dire qu'il ne la comprenait pas.

Soudain, une main s'enroula autour de son poignet et le tira sèchement vers l'avant. Kise perdit l'équilibre et bascula sur le corps dur alangui sous le sien.

Haizaki.

Il s'était réveillé !

Leurs lèvres ne se trouvaient plus qu'à quelques millimètres de distance. Kise aurait pu choisir de la combler afin que leurs deux souffles ne soient pas les seuls à s'unir...

Mais il ne le fit pas.

« Salut chaton… Bien dormi ? »

« Un jour, il faudra vraiment que tu décides pour de bon si je suis un chat ou un renard. »

« Et pourquoi pas les deux à la fois ? Une nouvelle espèce hybride. Et on l'appellerait 'chatard'. Ou 'renat'. Tu préfères quoi ? »

« Aucun brrr ! So lame ! »

« Quoique… ce matin, on pourrait ajouter 'panda' au mélange ! »

Haizaki lissa son contour inférieur d'œil avec les pouces et Kise sentit le rouge lui monter dangereusement aux joues. Le brun tenait son visage, le retenant prisonnier pour l'empêcher de s'éloigner.

Est-ce qu'il allait… ?

Oui ! Sa bouche s'approchait de la sienne !

Haizaki VOULAIT l'embrasser !

Et cette fois, Haizaki ALLAIT l'embrasser !

Enfin ! Pour de bon !

Et Kise comptait bien le laisser faire !

« Oof ! » Lâcha Kise en basculant à nouveau, s'écrasant cette fois durement contre Haizaki.

Quelque chose venait de lui foncer dedans, lui ayant fait perdre l'équilibre au plus mauvais moment.

Raaah maudit tanuki ! C'était lui le responsable !

Il avait brisé leur moment !

« Zébuuuuuuuu ! » Pleurnicha Kise.

Il avait en effet heurté de plein fouet le torse d'Haizaki dans sa chute. Torse solide et musclé donc, récent objet de ses fantasmes inavouables du moment et… merde quoi, ça faisait sacrément mal… !

« Babe… quelle est cette sensation humide que je sens sur mes pectoraux ? »

« Oh c'est r-rien ! » Maugré Kise en se pinçant l'arête nasale de douleur pour prévenir tout saignement. « Il se peut que… par accident j'ai… très légèèèèèèèèrement bavé sur toi pendant la nuit et heu… »

Ouais, ça lui arrivait souvent, mais encore une fois, d'habitude, c'était seulement sur un oreiller…

« … Ah. Et depuis quand elle est rouge ta salive... ? »

Trop tard.

« Quoi !? Oh non… » Comprit le jaune.

« Et si. Tu saignes du nez Ryota. »

NOOOOOOOOOOOOOOOON ! Tout mais pas ça !

Il s'était donc bel et bien éclaté le pif en tombant sur Haizaki ! Et il avait avoué au passage lui avoir bavé dessus ! La honte x 1000 ! Par réflexe, Kise bascula la tête en arrière pour ne pas en mettre partout. Bon, il paraît que ça ne sert à rien de faire ça mais c'était juste le temps de limiter les dégâts… How bad was it anyway ? Si cette sale bête lui avait ruiné le nez au point de compromettre le shooting prévu pour demain, Kise – bien qu'étant un fervent défenseur de la cause animal – allait s'en faire une chapka ! Et à mains nues !

« Pourquoi tous les animaux qui habitent dans cet appartement semblent comploter pour orchestrer ma mort ? » Se plaignit Kise.

« Ils sont jaloux. Ou alors ils n'aiment juste pas ton odeur. »

« Qu'est-ce qu'elle a mon odeur ? Elle est parfaite ! » Se défendit le blond.

Kise avait une hygiène irréprochable ! Il sentait bon la rose même au réveil et ce, en toutes saisons ! Oui, parfaitement, plusieurs de ses amants le lui avaient déjà affirmé d'ailleurs !

Mais Haizaki l'aida à se relever et il le guida jusqu'à la salle de bain. Le tenant encore une fois par le poignet, comme s'il avait peur que son renard ne se perde sur le loooong trajet qui séparait les deux pièces. Une fois à l'intérieur, il chercha de quoi faire cesser l'hémorragie, pendant que Kise maintenait toujours la tête en arrière.

« T'as mal ? »

« Non ça va… je crois que… y a rien de cassé. C'est juste un peu enflé, je le sens sous mes doigts. Mais c'est tout. »

« Ca veut dire que c'est simplement le choc qui a provoqué le saignement alors. T'as de la chance que ce ne soit pas plus sérieux, mais le nez étant une zone hyper vascularisée, c'est pas étonnant. Ca a tendance à pisser le sang au moindre coup. »

Le tatoué souleva le mannequin comme une plume, le faisant asseoir avec délicatesse sur le rebord du lavabo, puis il imbiba méticuleusement un coton de désinfectant pour nettoyer le sang qui s'échappait toujours de la narine de Kise. Avec douceur et application, deux qualités que Kise n'aurait jamais cru attribuer un jour à Haizaki.

« Bouge pas, d'accord ? Ca risque de piquer un peu mais… je vais essayer de faire vite, promis chaton. »

Et en effet, ça piquait mais… c'était supportable et puisqu'ils étaient dans une position assez équivoque, Kise en profita pour passer ses bras autour du cou d'Haizaki et ses cuisses autour de la taille de son loup, les rapprochant encore davantage histoire de garantir son équilibre précaire. Merde… Shogo était tellement beau. Tout à fait à son goût… Beau mais tellement insaisissable. Kise avait envie de parler avec lui de la soirée de la veille. Enfin non, il ne le désirait pas mais il faudrait bien en passer par là pour connaître son point de vue sur les événements qui troublaient encore Kise.

Sauf que ce n'était pas le moment.

Parce que là, il avait juste une envie furieuse de l'embrasser. Ou plutôt, que le loup vienne l'embrasser lui-même.

« T'es sûr que c'est pas plutôt parce que je t'excite que tu saignes du nez Ryota ? » Souffla Haizaki, comme s'il pouvait lire dans ses pensées en cet instant. « Finalement, t'es ni un renard, ni un chat. Mais un cochon… »

Bah quoi ? C'était mignon un cochon ! Ca ne dérangeait pas Kise, même si c'était supposé sonner comme une énième provocation. Ceinturant toujours fermement les hanches d'Haizaki, il le rapprocha d'un coup sec, exactement comme le brun l'avait fait avec lui au réveil et il plaqua son bassin contre celui de son ancienne Némésis.

Leurs regards se croisèrent, se toisèrent, s'interrogèrent, s'apprivoisèrent. Ils s'étudièrent en silence, cherchant à déterminer ce que chacun attendait de l'autre. Plus aucun retour en arrière possible. Ce fut le blond qui abdiqua le premier et prit les devants. Il entama une danse langoureuse, aiguisant son corps contre celui du brun et ENFIN Haizaki réagit, ses lèvres s'emparèrent des siennes comme si c'était le signal que le loup attendait depuis longtemps.

Sa bouche était chaude et humide.

Ses lèvres étaient douces et charnues.

Que dire d'autre ? A quoi Kise s'attendait-il ? Il s'agissait pourtant de la vérité et peu importe si elle n'était pas des plus originales.

Le jaune avait l'impression d'en être réduit à un bouillie d'hormones foisonnantes et désordonnées. Exactement comme au collège. Retour express en adolescence, cette ô combien charmante période de la vie où on est esclave de pulsions sexuelles incontrôlables. Mais le baiser ne resta pas chaste, puisque rapidement la langue piercée d'Haizaki se lança à l'assaut de la sienne, lui livrant un duel féroce pour la dominance. Leurs dents s'entrechoquèrent et il fallut que Kise prenne sur lui pour contenir ce baiser sauvage et passionné, tout à fait à l'image d'Haizaki.

Or, le blond devait bien avouer que s'il en avait été autrement, il en aurait été le premier déçu. Kise ne voulait pas de douceur. Pas maintenant. Pas venant d'Haizaki. Pas comme Aomine qui l'avait traité à la manière d'une de ces poupées de porcelaine qui ne sont bonnes que pour la décoration, car on a peur de les briser en les étreignant trop fort. Mais étrangement, Haizaki ne le voyait pas ainsi et il ne l'avait d'ailleurs jamais vu de la sorte. Pas même au collège. Ni au lycée, notamment lorsque le loup avait déchaîné sa rage sur lui en occasionnant une blessure, de la même façon qu'il l'aurait sans doute avec n'importe lequel de ses adversaires si l'opportunité s'était présentée.

Le piercé dévorait ses lèvres, épuisait sa langue.

« Encore… »

Kise resserra davantage sa prise. Il n'avait pas peur. Il n'avait jamais eu peur d'Haizaki.

Des halètements et des gémissements étouffés venaient mourir dans sa gorge et Kise les avala tous sans broncher. Les mains d'Haizaki vinrent se poser sur ses cuisses et ses doigts agrippèrent le tissu du pantalon de Kise, sans doute dans un élan inconscient visant à empêcher sa proie de lui échapper.

Mais celle-ci était consentante. Haizaki avait faim, il était affamé de lui goûtant et explorant chaque recoin de son orifice buccal, lui donnant le baiser le plus puissant que Kise ait jamais reçu. Le baiser qu'il avait toujours attendu, celui dont il avait besoin sans le savoir. C'était mieux que dans un rêve, même un rêve n'aurait su égaler cette alchimie instinctive qui existait entre eux. Tous les sens de Kise étaient en éveil, il en avait même la chair de poule.

Des frissons de désir parcouraient son échine et un feu réconfortant crépitait dans son bas ventre et ses reins. Le mannequin savait qu'Haizaki ferait un amant du genre enflammé. C'était facile à deviner et puis, il avait eu un petit aperçu de la chose hier avec cette poupée blonde hmmm comment s'appelait-elle déjà ? Ah mais ça n'avait aucune importance… Parce qu'en fait d'amant passionné aux baisers brûlants, Haizaki était plutôt une torche humaine. Le genre qui ne vous embrasse pas seulement, mais vous embraSe complètement, en perdant une lettre au passage.

Rouler un patin à quelqu'un qui portait un piercing à la langue était finalement plus naturel et moins étrange que Kise ne l'aurait cru, puisque c'était une première pour lui. Langue qui délaissa rapidement la sienne pour passer à autre activité.

De manière plus contenue qu'auparavant, le loup battit en retraite et vint mordiller sa lèvre inférieure cette fois. Kise pouvait sentir son propre goût cuivré. Sûrement celui du sang. Prêt à se consumer sur place, ses doigts se crochetèrent dans le dos du loup. Les ongles mordirent sa peau nue. L'odeur d'Haizaki était partout autour de lui, sur lui, intoxicante comme un poison mortel qui vous enivre jusqu'à l'inévitable mort.

Le bassin d'Haizaki continuait à se presser contre le sien comme s'il cherchait à les faire fusionner ensemble, tandis que le robinet du lavabo s'enfonçait douloureusement dans le bas du dos de Kise. Et le cerveau du Kitsune lui hurlait de toutes ses cellules de matière grise qu'il adorerait que ce soit autre chose d'aussi dur et phallique qui le pénètre, au lieu de cet objet en métal des plus inconfortables…

« Aaah ! » Cria le renard en sentant à présent des canines pointues venir s'égarer dans son cou.

Bon sang, c'était de la folie pure… Il en avait conscience mais il en avait tout aussi besoin. Se sortir Aomine de la tête… Heureusement, Haizaki était si différent, jusque dans sa manière de lui faire tourner la tête.

Aomine…

« Daikicchi… »

C'était mal de se conduire ainsi…

Tromper sa douleur avec Haizaki, se servir de lui en guise de pansement pour réparer ou plutôt colmater son cœur brisé. Mais Kise ne faisait de mal à personne, pas vrai ? Pas de promesses avec Haizaki. Pas d'attachement. Pas d'amour. Juste… du sexe. De la débauche. Un corps chaud et prêt à l'usage. Prêt à le satisfaire. Des bras forts pour l'enlacer. Pas de questions. Pas de sentiments. Juste une présence… Quelqu'un pour lui mettre la tête à l'envers et tout lui faire oublier le temps d'une étreinte… Oui, le brun était exactement ce qu'il lui fallait en cet instant. Et pas de continuer à courir après un fantôme…

Subitement, le rêve vola en mille morceaux.

Un bruit strident déchira l'espace, interrompant la symphonie de leurs gémissements.

Il fallut quelques secondes à Kise pour recouvrer ses esprits et réaliser qu'on venait de sonner à la porte. Haizaki se décolla de lui.

La fête était finie.

Les parents étaient de retour à l'improviste, mais les deux sales gosses n'avaient pas encore eu le temps de ranger et d'effacer toute trace de leur méfait.

« Tu veux bien aller ouvrir chaton ? Je ne peux pas y aller dans cet état, je suis encore couvert de ton sang et de ta salive, il faut d'abord que je prenne une douche... » Il baissa le regard vers son entrejambe bien tendue. « … Et froide, la douche. Glacée, même. »

Kise loucha dessus.

OLA OUI IL Y AVAIT URGENCE LA !

Mais il ne put quand même s'empêcher de pester. C'était si biiiiiien, pourquoi avait-il fallu que ça s'arrête maintenant, au moment le plus intéressant grrrr ?

« Et si… personne n'allait ouvrir ? Et si on faisait semblant de n'avoir rien entendu et qu'on allait la prendre ensemble cette douche… ? » Susurra Kise d'une voix charmeuse. « ... Je connais un moyen bien plus agréable que l'eau glacée pour soulager ton problème... »

Il piqua un léger fard.

Ca ne lui ressemblait pas de proposer une chose pareille.

Oh pas que Kise soit timoré sexuellement parlant hein ! Mais c'était juste que… Il avait davantage l'habitude de sortir avec des hommes qui endossaient ce genre d'initiatives à sa place. Dans la relation, celui qui se faisait désirer, c'était toujours le renard.

D'ailleurs, il haletait encore, les lèvres rougies et gonflées de désir. Bon et puis il fallait dire qu'Haizaki les avait bien maltraitées aussi…

« Désolé poussin, mais je ne figure pas au menu du p'tit-déj'. Besides… la douche est trop étroite pour qu'on tienne à deux dedans… Surtout pour ce que tu projettes d'y faire. Et la position dans laquelle tu comptes t'y prendre. Y aura jamais la place suffisante. »

Quoi… ?

Quoi ?

QUUUUOOOIIII !?

Alors non seulement le loup venait de mettre un vent à l'autre canidé – ce qui était déjà assez vexant en soi - mais par-dessus le marché, l'excuse en elle-même était totalement NAZE !

Kise en resta koï et choqué. Bouche ouverte et yeux écarquillés.

Et comme pour achever de le convaincre, Haizaki donna une petite léchouille taquine sur son nez encore rouge.

« J'en ai pas pour longtemps, promis. »

Attends, venait-il tout juste d'avouer être un éjaculateur précoce… ?

Kise secoua la tête et descendit de son perchoir improvisé en soupirant. Quel dommage, ils étaient si bien partis.

« … Et t'en fais pas, on pourra continuer juste après. » Souffla Haizaki dans son oreille.

Alors oui, mais non en fait.

C'était trop tard et Kise le lui fit comprendre en le repoussant d'une convaincante main sur la tronche. Non, vraiment, ça lui avait coupé toute envie là. Et sa propre réaction lui confirmait qu'il avait juste s'agit d'un moment d'égarement.

Il était certain qu'avoir un mec baraqué qui se baladait constamment à moitié à poil dans son environnement direct favorisait ce genre de moments de faiblesse. Mais Kise ne s'y laisserait plus prendre. Il se dirigea donc vers la porte d'entrée, attrapant son téléphone au passage. Quatre appels en absence et une demie douzaine de SMS laissés par chacun des Miracles. Hmm… Ca y est. La nouvelle de son emménagement avec Haizaki avait dû parvenir aux oreilles de ses amis restés au Japon et il était compréhensible que ces derniers lui demandent quelques ... "nouvelles", disons.

Le nom de Midorima s'afficha d'ailleurs le premier, ainsi que le début de son message. Juste le début hein, mais c'était déjà largement suffisant pour en deviner la teneur, puisqu'on pouvait lire en toute clarté : « MAIS TU ES DEVENU COMPLETEMENT FOU OU QUOI !? »

Ca annonçait directement la couleur quant aux réactions que le brun sulfureux continuait à susciter au sein de leur petit cercle privé…

Mais Midorima n'avait pas tout à fait tort. Kise devait en effet être devenu complètement fou pour… avoir failli laisser Haizaki le sauter sur le lavabo miteux de cet appartement tout aussi miteux, dans un immeuble miteux, d'un quartier miteux, telle la première travailleuse du sexe venue.

Sauf que ce n'était pas le moment de penser à cela et une fois de plus, Kise remit le sujet « Haizaki » à plus tard. C'était un peu ce qu'il faisait de mieux, ces derniers jours.

Sa main se posa sur le loquet et il ouvrit la porte, s'attendant à trouver un livreur quelconque ou un voisin planté derrière.

Mais pas du tout.

Il s'agissait d'une dame, oui, vous avez bien lu, une dame. La soixantaine bien entamée, mais bien conservée aussi, vêtue d'une robe fourreau blanche au bas évasé, sans doute signée par un grand couturier et coiffée d'une capeline très années 50 sans doute pour protéger sa peau pâle du soleil agressif de Californie. Brune, très maquillée, de fines lèvres rouge sang. Peu de rides et une posture élégante. Moitié femme fatale, moitié Geneviève de Fontenay.

« Bonjour, vous êtes ? » Demanda t-elle sans détour.

« Oh heu bonjour je suis R-Ryota le nouveau colocataire de Shogo… »

Ah il devait avoir l'air malin avec son morceau de coton rougeoyant enfoncé dans la narine… Bonjour la crédibilité !

« Shogo… ? » Répéta t-elle un peu étonnée.

« Oui, ce n'est pas lui que vous êtes venue voir ? » Repris Kise, avec le même étonnement.

« Ah si, si, bien-sûr. Où est-il ? »

« Sous la douche, il n'en a que pour quelques instants. Est-ce que vous… vous voulez entrer pour l'attendre à l'intérieur, peut-être ? » Proposa poliment le blond, sans se douter dans quoi il s'embarquait.

C'est qu'on ne laisse pas une dame d'un aussi bon standing dehors, non mais ! Et puis, Kise ayant grandi avec une mère et deux sœurs, étant le seul garçon de la fratrie, avait appris très tôt à faire preuve de galanterie envers la gent féminine.

« Volontiers. »

Il s'écarta donc pour la laisser pénétrer dans l'appartement, ce qu'elle fit en le remerciant de sa voix douce. Kise remarqua alors qu'elle n'était pas seule, mais accompagnée par un type en costume qui était certainement heu son… assistant… ? Il n'osa pas vraiment le demander et se hâta plutôt d'aller replier le sofa et d'arranger un peu le salon pour rendre la pièce de vie plus présentable, avant de s'occuper à préparer du thé pour ses invités.

Tout le monde aime le thé et puis, c'était à peu près le seul truc que Kise savait gérer côté cuisine. Et pour cause, faire bouillir de l'eau, c'est à la portée de tout le monde après tout. N'empêche, il avait presque honte de la faire asseoir là et de ne pas avoir mieux à lui proposer que des sachets de thé datant de Dieu seul sait quand, ce n'était vraiment pas digne de sa prestance !

« A propos, pardonnez-moi, mais il semblerait que j'ai omis de me présenter… » Lança t-elle en s'installant sur le canapé. « Je m'appelle Vivianne Robinson. »

Vivianne ? Ca ne sonnait pas très américain comme prénom… Et à bien y écouter, Kise lui trouvait un petit accent… En tout cas, « Vivianne », ça lui fit immédiatement penser à « Vivienne Westwood », une de ses créatrices favorites. C'était plus fort que lui, Kise adorait tout relier à la mode !

Quant à « Robinson », c'était un peu moins reluisant, déjà. En effet, ce nom de famille lui évoquait la chanson éponyme des Beatles… et pas en des termes très flatteurs...

A propos d'une femme d'un certain âge qui séduisait des amants beaucoup plus jeunes qu'elle…


« AH NON HEIN. CA SUFFIT ! »

« Allez steupléééééééé ! Il faut ABSOLUMENT que tu essaies ça ! »

Kise sautillait comme un kangourou sous ecstasy devant ce nouveau stand, tout excité qu'il était de pouvoir l'essayer.

Et toujours pendu au bras d'Haizaki…

« Mais tu as dit pareil avec le train fantôme ! Et la galerie des miroirs ! Et le grand huit et… et… Ecoute, cette fois, il est HORS DE QUESTION que je paie pour ce numéro de charlatan ! »

« Oh mais c'est juste 700 yens ! Et les 700 yens les mieux investis de ta vie, fais-moi confiance ! C'est trop bien, tu verras ! J'en sors tout juste et wooooah ! Comment elle m'a dit des trucs trop VRAIS ! »

« Et comment tu peux affirmer qu'ils sont vrais, étant donné qu'elle est censée prédire l'avenir ! Par définition, tu ne le sauras que dans le futur, c'est un peu le principe de la divination crétin ! »

« Pfff… tu dis ça parce que t'es jaloux de mon magnifique destin ! Pour la peine, je n't'inviterai jamais dans le jacuzzi de ma Villa de Rio de Janeiro, que j'aurai acquis après avoir épousé une belle milliardaire qui possède une mine de diamants au Mozambique ! »

Haizaki roula des yeux, mais il se laissa tout de même pousser dans la petite tente aux motifs étoilés. Ne dit-on pas que le meilleur moyen de combattre Kise, c'est de lui céder ? Ah non, c'était la tentation ça, d'après Oscar Wilde… Pas qu'il y ait une grande différence entre les deux… Enfin bon, à quoi résister du coup ?

Et puis, côté arguments de poids, le blond avait une fâcheuse tendance à se mettre à brailler et à chouiner, dès que l'argenté avait le malheur d'essayer de le contredire. Ce qui lui avait valu plusieurs regards assassins pendant les files d'attente d'ailleurs… Non mais quel gamin !

« Installe-toi mon garçon. » L'y invita la voyante.

Avec l'accent de l'Est le plus forcé et peu naturel qu'il ait jamais entendu !

Une bohémienne roumaine aux yeux bridés. Mais bien-sûr. Bref, il prit quand même place sur la petite chaise à moitié bancale que lui présenta la diseuse de bonne aventure et il lui présenta en retour sa paume pour qu'elle lise les lignes de sa main.

« Ah non, moi je ne fais pas ça. » Le houspilla t-elle, comme s'il venait de l'insulter par ce simple geste.

« C'est quoi votre spécialité alors ? »

L'espace d'un instant, il eut l'impression d'être en train de discuter des pratiques d'une prostituée…

« Lire dans le marc de café ? Les cartes ? Le bouillon de poule ? Les étoiles filantes ? Les crottes de nez ? Les... »

« Chut ! Laisse-moi me concentrer… »

Elle sortit tout à coup une boule de cristal de sous sa table nappée et la posa dessus.

« Je vois… je vois… »

Pas grand-chose avec les yeux fermés… Mais bon hein, sur un malentendu, ça pouvait marcher !

« Oui, je le sens pas de doute ! Vous allez… vous brouiller avec… un ARC EN CIEL ! »

What da fuck… ? Alors ça, c'était le truc le plus CON qu'il ait jamais entendu ! Non obstant le fait que ça ne veuille strictement rien dire en plus…

« Oh ben merde alors. C'est vraiment pas de bol quand même. » Soupira Haizaki, en feignant la déception. « J'espère que vous allez m'annoncer que je vais au moins découvrir un vaccin contre le SIDA ou non, mieux, contre la connerie humaine carrément ! »

« Cessez de vous moquer, jeune homme ! L'art ancestral de la divination est très sérieux ! »

« Art ancestral, art ancestral mon cul, oui… » Pensa Haizaki.

Le chinois du restaurant en bas de chez lui gueulait souvent aussi que le kung fu était un « art ancestral », quand il se mettait à foutre des coups de pieds dans des poubelles en métal après avoir trop picollé !

« Hmm… vous serez heureux aux jeux. Riche, même. Très riche. Je vois également beaucoup de belles femmes graviter autour de vous. »

Oh ben c'était plutôt pas mal ça pour le moment ! Carton plein, même !

« … Mais vous resterez désespérément seul et malheureux en amour. Personne ne vous aimera jamais réellement ni sincèrement… Ou plutôt, vous chercherez l'amour auprès d'une personne qui ne pourra pas vous le donner, car son cœur sera déjà pris… Vous traverserez la moitié du globe pour le poursuivre, mais il vous ignorera royalement et rejettera toutes vos déclarations. »

« Lui ? »

Un homme, donc… Et ça, c'était impossible. Car Haizaki n'aimait pas les autres mecs.

« Ca suffit ! Je ne suis pas venu ici (pour souffrir, ok ?) pour écouter une bonne femme hystérique déblatérer sur ma vie sentimentale ! Ca ne m'intéresse pas, de toute façon ! »

Il en avait assez entendu.

Haizaki se leva donc et lui balança son fric dédaigneusement, avant de filer sans demander son reste.

Mais au fond de sa poitrine, son cœur se serra et il tenta de faire bonne figure pour ne rien en laisser paraître. Ca faisait quand même mal à entendre, même si c'était un ramassi d'inepsies.

« Alors ? » Lui demanda le rayon de soleil blond, tandis qu'il sortait de la tente.

Et du haut de ses treize ans bien tassés, Haizaki bomba fièrement le torse avant de déclarer :

« Devine qui va devenir le gigolo le plus connu et pété de tune de la côte Ouest des U.S.A d'après elle, baby ? Alors ta villa de Barbie à Rio, tu peux te la garder, parce que j'aurai le manoir Playboy entier rien que pour moi et Shaquille O'Neal comme voisin ! »

Un beau mensonge, une belle illusion montée de toutes pièces…

Pas vrai… ?


« Vous prendrez du sucre dans votre thé ? » Demanda Kise.

« Non merci. »

« Et votre heu… »

« Secrétaire particulier. » Compléta la femme.

« Il veut du thé, lui aussi ? »

Ca faisait bizarre de voir un espèce de gorille planté dans un coin sans décrocher un mot… Kise se dit que cette Vivianne devait être une personne bien importante pour se faire escorter dans ses déplacements.

Mais dans tous les cas, ça ne lui disait toujours pas ce qu'elle voulait à Haizaki…

Et à dire vrai, cette femme d'apparence riche, l'intimidait quelque peu.

« Non, mais c'est tout à fait aimable à vous de le proposer. »

« Et donc hmm… vous vous êtes connus comment avec Shogo ? »

Son cœur s'emballa irrationnellement. Comme s'il avait peur de la réponse à cette question. C'est qu'il ne voyait pas du tout quels rapports pouvait bien entretenir le tatoué avec une femme aussi propre sur elle. Et disons-le tout net sans la moindre discrimination ou ambiguïté, aussi VIEILLE.

« Il m'a été recommandé pour son sérieux, par une de mes amies chez laquelle il avait déjà effectué quelques menus travaux manuels. Et depuis presque six mois, il s'occupe de l'entretien de ma pelouse. »

En qualité de jardinier, donc ? Hmm… Haizaki lui avait dit être un homme à tout faire, mais… Kise avait du mal à se l'imaginer avec un sécateur dans les mains. Ca devait lui donner une allure de psychopathe à la Jason Voorhees, non ? Et puis, pour tailler des haies et arroser des fleurs ne faut-il pas être… patient … ? Méticuleux ? Non, vraiment Kise avait bien du mal à se représenter Haizaki en parfait jardinier de banlieue chic, discipliné et appliqué.

« Votre thé est prêt. » Fit Kise en le posant près d'elle.

Dans un mug NBA. Il n'avait guère mieux à offrir. Haizaki ne possédait en effet aucun service digne de ce nom destiné à recevoir d'éventuels invités. La femme le prit tout de même et sourit.

« Et vous ? » Elle papillonna des cils tout en posant la question.

« Moi je… je suis mannequin photo et heu… comme je vous l'ai déjà dit, il se trouve que je suis également le colocataire de Shogo, même si c'est récent. Et temporaire. » Se sentit-il obligé de préciser. « Enfin, je l'espère. »

« J'ignorai que Sho… go… » Elle buta étrangement sur son prénom. « … possédait un ami aussi intéressant que vous. »

« C'est pt'être parce qu'on n'est pas amis justement lui et moi, mémé… ? » Ajouta mentalement Kise.

C'était la vérité après tout, peu importe dans quel sens on la retournait. Ils n'étaient que des « potes » pour le moment. Et encore, c'était vraiment très récent.

« On n'est pas amis, Viv' ! » Démentit une voix derrière Kise, avant de passer son bras autour de son cou.

Argh !

Le blond avait horreur qu'Haizaki fasse cela ! Il était toujours trop brutal et puis, ça lui foutait les poils quand il débarquait comme ça derrière lui, sans bruit, à la manière d'un serial killer prêt à frapper !

« Non, Ryota est mon p'tit frère ! » Lâcha le brun, uniquement vêtu d'un pagne serviette plutôt lâche.

Ces paroles firent l'effet d'une bombe à Kise.

Mais que… ?

C'ETAIT QUOI ENCORE CETTE HISTOIRE ?

Il manqua même de s'étouffer et pourtant, ce n'était pas lui qui était en train de boire du thé !

« Vraiment ? Quelle surprise ! Je ne l'aurai jamais deviné. Il faut bien reconnaître que vous ne vous ressemblez absolument pas, sans vouloir me montrer impolie. » Objecta la brune.

« C'est pas grave, on nous l'dit souvent. » Insista Haizaki.

« Mais ça va pas non !? Ne l'écoutez surtout pas Miss Robinson, je suis plus vieux que lui de seulement six mois, je ne vois donc absolument pas comment je pourrai être son frère. Et encore moins « petit ». Qui plus est, Shogo et moi nous n'avons aucun lien de parenté ! »

« Ca c'est toi qui le dis ! On n'a p't'être pas la même mère, mais si ça se trouve, on a le même père ! A vrai dire, j'ai jamais connu le mien, vu qu'il m'a abandonné à la naissance. Ca reste donc une possibilité plausible qu'il conviendrait de ne pas écarter trop vite. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, ça expliquerait pas mal de choses… Nos prédispositions communes pour la copie et notre incroyable beauté physique, par exemple ! Mais ouais, c'est évident ça ne fait plus aucun doute à mes yeux ! Pourquoi n'y ai-je jamais pensé plus tôt ? Allez viens me faire un câlin, mon cher demi-frère perdu et fraîchement retrouvé ! »

Mais qu'est-ce qu'il racontait encore l'énergumène de service… ? Kise n'eut pas le temps de protester que déjà, Haizaki s'était assis sur le canapé et l'avait attrapé par la taille, l'attirant sur ses genoux. Et il en profita pour lui murmurer à l'oreille de façon à ce que Vivianne ne les entende pas :

« You should call me big bro even in bed from now on, I'm sure it would turn me on so much… »

… Ok, drôle de délire incestueux quand même. Mais Kise ne pouvait pas dire que ça le surprenait venant d'Haizaki. Il sentit ses joues se colorer légèrement, mais il se débattit immédiatement pour se défaire de l'étreinte tout sauf fraternelle de son… frère autoproclamé ! Ah, cette pauvre grand-mère si distinguée, ils allaient finir par la traumatiser !

« Ahahaha ne faites pas attention à lui, il n'est pas lui-même le matin tant qu'il n'a pas pris ses cachets contre la schizophrénie ! »

Mais Haizaki le ceinturait trop fermement. Impossible de se relever.

« Et sinon, dis-moi Viv', quel bon vent t'amène ? Parce que je doute sincèrement que tu aies quitté le confort des beaux quartiers juste pour venir passer le bonjour à deux manants comme nous. » Attaqua directement Haizaki.

Wow… Comme il y allait !

Kise se figea, cessant de gigoter. Il y avait une lueur dans le regard de son compatriote qu'il n'aimait pas DU TOUT et lui donnait des frissons de malaise.

« En effet, on ne peut rien te cacher. Tu es toujours aussi perspicace Shuzo. »

Shuzo ? Mais qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ?

Kise n'eut pas le loisir de s'interroger davantage, car déjà la brune avait repris la parole, après avoir avalé une gorgée de thé.

« Je voulais te demander si par un quelconque hasard tu saurais quelque chose à propos de ceci… »

Elle se tourna pour fouiller dans son sac à main vintage Fendi.

Et ce qu'elle en sortit glaça davantage Kise.

Un bout de tissu.

Marron.

Mais pas n'importe lequel.

Car il provenait de son pantalon. Pantalon qu'il portait toujours, d'ailleurs…

Le blond le reconnut immédiatement et instinctivement, il eut le réflexe de vouloir poser sa main sur sa fesse pour dissimuler le méfait. Mais impossible puisqu'il était assis et…

Attendez une minute… ?

Haizaki… Tout son petit stratagème… est-ce qu'il aurait fait ça pour… couvrir Kise ?

Parce que tant que le jaune resterait assis sur ses genoux, Vivianne ne pourrait pas voir que le pantalon du mannequin était troué… et ne ferait donc pas le lien.

« Et pourquoi est-ce que je le saurai ? »

« Aucune raison en particulier, je demandais juste. »

« 'A tout hasard', ouais, j'avais compris quand tu l'as dit la première fois. Bah désolé de te décevoir, mais je ne sais rien. C'est censé être quoi au juste d'ailleurs cette vieille guenille toute déchirée ? »

'Guenille' ?' Vieille' ?

NAMEHOQUELINTOLERABLEMANQUEDERESPECT !

« Ca provient d'un vêtement et je l'ai trouvé accroché à la grille de ma propriété. Et j'ai de bonnes raisons de croire qu'il appartient très certainement à l'un des individus qui s'y sont introduits hier soir. »

« Des cambrioleurs ? »

« Qui n'ont rien volé. »

« Bizarre. Et les caméras de surveillance ? » S'enquit le brun.

« Tu imagines bien que c'est la première chose que j'ai vérifié. Mais rien. Et pour cause, puisque quelqu'un les avait désactivées. »

Oh merde… Kise commençait à comprendre.

Et il se sentait mal, comme pris la main dans le sac…

Quelle réponse allait bien pouvoir formuler Haizaki, face à ces accusations parfaitement fondées ?

Ca commençait à sentir très mauvais pour eux et au vu du discours qu'elle tenait, Viviane avait parfaitement compris qui se cachait derrière cette intrusion...

« Et qui ça pourrait bien être ? Un employé de maison, tu crois ? Si ça se trouve, t'as juste oublié d'enclencher la vidéo protection en partant. »

« Impossible, il y avait trois verres de Brandy à moitié vides abandonnés sur la table basse du salon. Et un quatrième sur le piano. Apparemment, mes mystérieux visiteurs étaient quatre et ils ont du partir précipitamment. Mais j'ai mes soupçons quant à l'auteur principal l'effraction. » Enonça t-elle froidement.

La situation semblait bien compromise pour eux. Kise était d'ailleurs d'avis de tout avouer. Après tout, ils n'avaient « rien » fait de mal. Enfin, pas grand-chose quoi. Bu un verre ou deux… rien dérangé ou sali. Bon à part Haizaki qui avait sans doute envoyé ses petits têtards apprendre à nager dans la piscine de cette dame… Bon ok, ça c'était carrément beurk ! Mais c'était SON problème !

« Mais tu dis qu'on ne t'a rien dérobé, c'est le principal non ? A mon avis, tu prends toute cette affaire trop à cœur. Suffit juste de changer le code et ce mystérieux rôdeur farceur ne pourra plus remettre les pieds chez toi en ton absence.

« Mais ça reste une intrusion. Une violation de mon intimité. » Protesta Vivianne.

C'est alors qu'il la sentit…

Pointant contre ses fesses…

L'érection d'Haizaki.

Outré, Kise se tendit comme une pucelle dans un gang bang.

Depuis combien de temps était-elle là ? Mais surtout… comment faisait Haizaki pour être excité dans une telle situation ? A moins qu'il ne soit excité PAR elle… Bon sang, ce n'était pas anodin pourtant, ils risquaient gros là quand même ! Cette femme avait l'air prête à les balancer aux flics sans hésitation ni remord ! Le moment était donc fort mal choisi pour ça !

Tellement malsain…

« Ce n'est pas une intrusion, si la personne possède les clés. »

« Mais elle a débranché le système de surveillance ! »

« Ce qui signifie qu'elle en connaissait le code. C'était donc une invitation tacite. »

C'était pire que tout là. Non content de puer la mauvaise foi, Haizaki provoquait sciemment Miss Robinson. A ce stade, Kise se dit qu'il ferait tout aussi bien de se passer autour des poignets les menottes qui se trouvaient dans la table de chevet de la chambre et plaider coupable, en implorant la clémence de la principale intéressée !

Moment de silence.

Pesant.

Haizaki soutenait le regard de la femme sans ciller. Comment faisait-il pour mentir aussi effrontément ?

Mais soudain, le coup de grâce fut asséné.

« Ecoute Viv', pourquoi tourner autour du pot ? Je ne suis pas complètement stupide, je vois bien que tu essaies de m'accuser indirectement. Mais si ce sont des aveux que tu souhaites entendre de ma bouche, laisse-moi te dire que tu n'en obtiendras pas le moindre. »

Ok heu… audacieuse ligne de défense mais voyons où Haizaki voulait en venir avant de juger…

« Et pour cause, puisque ce n'est pas moi qui me suis introduit par effraction dans ta propriété hier soir. »

QUOI ?

Et depuis quand ? C'était nouveau ça !

Mais quel mythomane ce type ! Il mentait comme un arracheur de dents ! Et avec une facilité déconcertante, en plus !

« Ryota peut même en attester, c'est lui mon alibi. Et il est resté avec moi tout le temps. »

Ah non.

Tout, mais pas ça.

Kise refusait de le couvrir. Il avait horreur du mensonge ! Et Haizaki le savait ! C'était comme si le brun le mettait volontairement à l'épreuve

Inutile de dire qu'il risquait gros en comptant sur le blond.

Dilemme intérieur.

« Merde… j'ai un shooting super important demain… je ne peux pas me permettre d'aller en prison et de perdre ce travail... ça nuirait à mon image… mais d'un autre côté, ce serait injuste de laisser Haizaki s'en tirer comme ça. Putain, mais qu'est-ce que je dois faire ? »

Parvenant par il ne sut quel miracle à réprimer ses tremblements de rage et de crainte mêlées, Kise regarda Madame Robinson droit dans les yeux à son tour.

Et il répondit sans faillir.

« C'est vrai. On a passé toute la nuit ensemble, dans ce club… le Hot Hole et on n'en a pas bougé. Je suis d'ailleurs certains que plusieurs personnes pourront en attester. »

La brune sembla étudier son visage l'espace d'un instant, sans doute pour y déceler le signe d'un mensonge potentiel, mais Kise tint bon, déployant des trésors de comédie dont il ne se savait pas capable jusqu'alors.

« Ce ne sera pas nécessaire, je vous crois sur parole. » Sourit la brune.

Elle semblait sincère.

Kise lui, avait envie de vomir. Il se dégoûtait d'avoir réussi à mentir avec une facilité aussi déconcertante ! Heureusement qu'il n'avait pas eu à couvrir un crime grave au bénéfice d'Haizaki…

« Bien, je vous remercie pour votre franchise à tous les deux. Et pour le délicieux thé également. Je vais donc prendre congés à présent que tous mes doutes ont été levés. Ravie d'avoir fait la connaissance de quelqu'un d'aussi charmant que vous Ryota. » Elle se leva donc. « Et Shuzo, une dernière chose… je compte sur toi pour venir tailler mes rosiers demain. »

Shuzo… Encore ce prénom. Certes, ça ressemblait assez à Shogo et étant non-japonaise elle avait peut-être mal compris mais…

« Demain ? Toute la journée ? »

« Oui, tu n'avais rien prévu évidemment. »

Ce n'était même pas une question.

« Ben c'est-à-dire que Ryota a un shooting et je comptais aller le chercher après sa séance. »

Ah bon ? C'était vrai ça ou il s'agissait encore d'une excuse de la part d'Haizaki ? Kise ne se rappelait pourtant pas avoir demandé quoique ce soit au tatoué et encore moins qu'ils aient convenu qu'Haizaki passerait le prendre. Et vu qu'il venait de mentir effrontément pour le compte de l'ancien as de Fukuda, Kise n'avait pas spécialement envie de se retrouver seul sur une moto avec lui de si tôt.

« Oh ne vous en faites pas pour moi ! Je prendrai un taxi pour rentrer ! »

Mine de rien, le studio ne se trouvait pas tout près. De même que son agence. Ca allait être compliqué de continuer à assurer ses rendez-vous professionnels tout en habitant dans un coin de la ville aussi excentré…

« Vraiment, ça ira ! » Insista Kise en levant les mains. « Tu peux aller arroser le gazon de Miss Robinson sans crainte ! »

Haizaki n'avait pas l'air particulièrement enjoué à cette perspective, mais pas question de lui servir deux fois d'alibi en si peu de temps. Qu'il se démerde un peu. S'il ne voulait pas y aller, il n'avait qu'à le dire franchement et arrêter d'utiliser Kise en guise d'excuse toute faite.

« Dans ce cas, je t'attends demain à huit heures chez moi. A bientôt, Ryota et encore merci pour le thé. »

Ca faisait tôt. Pourquoi avait-elle besoin de lui à une heure si matinale ? Bon, c'est vrai que Kise avait pu voir UNE PARTIE de son jardin et c'était déjà immense. Plusieurs hectares. Et même que ça s'appelle une forêt dans ces cas-là ! Haizaki en avait effectivement pour la journée au moins. Et puis, il paraît qu'en cas de canicule, il vaut mieux arroser au petit matin.

Aucun des deux ne se leva pour la raccompagner cependant et lorsque la porte d'entrée claqua pour signaler que Miss Robinson et sa suite avaient effectivement quitté les lieux, Kise tenta à nouveau de se lever.

Et à nouveau, Haizaki le bloqua impitoyablement.

Mais cette fois, il le fit basculer sur le sofa en prime, le coinçant sous son corps musculeux. Et d'un geste adroit, il envoya valser sa serviette devenue encombrante.

De toute manière, elle ne couvrait pas grand-chose…

« On en était où au fait avant que la vieille rombière ne vienne se taper l'incruste… ? »

Attends, non mais il n'était pas sérieux là !? Il espérait peut-être qu'ils allaient reprendre leur petite séance de masturbation mutuelle là où ils l'avaient laissée, pépères, tranquilles, comme si de rien n'était !?

« T'étais pas supposé profiter de ta douche pour t'occuper du problème ? »

« 'Problème' ? C'est comme ça que tu appelles la preuve irréfutable de mon désir pour toi ? Je suis blessé par un tel manque de considération, Ryota ! »

« Hmpff lâche-moi ! »

Ce type possédait une poigne incroyable. Même avec seule main, il était capable de maîtriser Kise et pourtant, ils arboraient des gabarits assez similaires.

« Je croyais pourtant que tu en avais envie aussi. Dois-je te rappeler que c'est toi qui as commencé à me chauffer ? »

La classique ligne de défense employée par tous les violeurs… Dans une relation, on doit être en mesure de se rétracter à n'importe quel moment. Et le « oui » doit pouvoir se changer en « non » avec la même facilité.

« Oui et ben j'ai changé d'avis tu vois, ça arrive ! J'suis vraiment plus dans le mood là… »

« Just remember : whatever you do, don't touch the package. »

La mise en garde fit écho dans sa tête.

Haizaki ferma les yeux, puis il se redressa lentement, libérant Kise de son étreinte imposée.

Le loup risquait gros s'il approchait de renard de trop près, dire qu'il l'avait presque oublié.

« Tu sais que chez les loups, seuls le mâle et la femelle alpha ont le droit de s'accoupler ? » Questionna t-il machinalement.

Kise se redressa sur ses coudes à son tour. Pourquoi Haizaki lui parlait de ça maintenant ? Il cligna des yeux, se sentant un peu largué. Parfois, son ex-Némésis s'exprimait de manière métaphorique et énigmatique, si bien que le jaune avait du mal à le suivre. Mais le principal était que le brun l'ait relâché, alors Kise ne chercha pas plus loin. Haizaki avait repassé sa serviette autour de sa taille, presque pudiquement et il détourna le regard. Peut-être pour éviter de croiser celui de Kise. Il tenta d'ailleurs de détourner l'attention du Kitsune en reprenant la parole, sans se douter que son choix maladroit du sujet de conversation allait de lui retomber dessus…

Ou peut-être que si, justement.

Et même que c'était le but recherché.

« T'as vraiment assuré tout à l'heure avec Viv' ! Elle a avalé tout ce qui sortait de ta jolie petite bouche innocente sans broncher ! Dis-moi, t'es sûr de ne pas vouloir te mettre au poker ? Un tel talent naturel pour mentir, c'est plutôt rare… Faudrait pas le gâcher. » Il sourit, le regard brillant. « Mais ça confirme ce que je savais déjà : toi et moi, nous sommes faits du même bois ! »

A ces mots, Kise vit rouge.

Une irrépressible envie de lui coller son poing en pleine jugulaire lui démangea même l'avant-bras. Il n'avait jamais rien ressenti de semblable auparavant. Oh bien-sûr, ce n'était pas la première fois qu'il avait envie de frapper Haizaki, mais jamais il n'en avait eu envie à ce point-là.

Il en tremblait.

De colère et de dégoût.

« Comment oses-tu me comparer à toi sale ordure !? On n'a rien en commun ! Si j'ai corroboré ta version des faits, c'était uniquement parce que je n'avais pas le choix ! »

« Ca, c'est ce que tu préfères croire pour te donner bonne conscience, mais en vérité on a toujours le choix. Et puis, je ne t'ai pas mis un flingue sur la tempe non plus à ce que je sache… Tu m'as donc couvert de ton plein gré ! » Riposta Haizaki, les sourcils froncés.

Il ne goûtait en effet que très peu les insinuations et les reproches de Kise.

« Si je t'avais balancé, tu ne serais pas le seul que les flics auraient coffrés, imbécile ! »

« Ohhh je vois, tu l'as fait uniquement pour toi au final… Bah alors qu'est-ce tu me fais chier avec ça !? »

« Je me doutais bien pourtant que notre petite virée allait prendre cette tournure… Au fond de moi, je le sentais… Jamais rien de bon n'arrive avec toi ! Te suivre était une mauvaise idée… Dire que tu m'as menti au sujet des clés et de la maison… Elle n'appartenait pas du tout à l'un de tes amis et tu avais encore moins le droit d'y pénétrer en son absence… Et tu n'as aucune excuse, parce que je t'ai déjà expliqué à quel point je ne supportais pas le mensonge ! »

« Mais babe... tu aimes ça vivre dangereusement, avoue-le ! Et tu as toujours parfaitement su à quoi t'en tenir avec moi, tu as donc marché dans ma combine en connaissance de cause ! »

« Quoi ? C'est faux ! Tu disais avoir changé ! » Répliqua Kise avec véhémence.

Parce qu'en plus, ça allait être de sa faute maintenant !? Mais quel CULOT ! Jamais ce type ne se remettait en question apparemment. Kise avait donc eu raison de se continuer à se méfier de lui…

« Comme si tu m'avais cru… »

Il y avait… comme un brin de déception dans la voix d'Haizaki.

« Non, c'est vrai. Mais ton attitude confirme que j'ai eu raison de garder mes réserves envers toi ! Tu en es le seul responsable ! »

Le loup secoua la tête et s'alluma une clope. Il avait besoin d'évacuer. La pression montait dangereusement et sa tolérance aux reproches avait toujours frôlé le zéro absolu…

« Ok, admettons. T'en as quand même bien profité hier soir et je t'ai pas entendu te plaindre ! Moi qui pensais que d'avoir les couilles enfin vides, ça te rendrait un peu plus docile… »

« Espèce de… ! »

Kise avait tellement, mais tellement envie de lui coller une patate ! Pourtant, le Kitsune n'était pas une créature violente, mais l'Okami lui tapait tellement sur les nerfs ! Comment peut-on sortir par les yeux de quelqu'un à ce point ? Haizaki ne faisait aucun effort. Il jouait avec lui et ses sentiments. Il le manipulait sans exprimer le moindre remord.

« Ecoute Ryota, on a juste pris un peu de bon temps hier soir. On n'a rien fait de mal, enfin, rien de foncièrement répréhensible, si tu préfères. On n'a pas forcé ces filles à nous suivre, ni à nous offrir leurs faveurs sexuelles. On n'a rien volé, rien cassé et personne ne nous a vus. A la base, je voulais juste te changer les idées et même si tu refuses de l'admettre, j'ai pas eu besoin de te forcer non plus. Je te rappelle que cette petite aventure nocturne partait d'une bonne intention, totalement désintéressée de ma part. Mais si c'est une vie pantouflarde où il ne se passe jamais rien que tu veux, aucun problème : tu n'as qu'à retourner auprès de Daiki. Je ne te retiens pas. »

Et de lui souffler un nuage de nicotine en pleine face pour appuyer son argumentaire.

Bonjour le pragmatisme...

« Et surtout, n'oublie pas de bien lui raconter dans les moindres détails tout ce qu'on a fait hier. Je suis sûr que ça va beaucoup l'intéresser... Après tout, il bosse pour une compagnie de sécurité privée, je crois… ? Quand il comprendra que tu as participé à cette effraction toi aussi, tu vas marquer des points auprès de lui, c'est sûr. »

Le salop… C'était du chantage…

Mais attendez une seconde… comment Haizaki était-il au courant du métier exercé par Aomine ? Kise était pourtant certain de n'en avoir jamais parlé avec le tatoué… Et un mystère de plus à ajouter à sa liste ! Sauf que Kise avait plus urgent à faire dans l'immédiat que de chercher la clé de l'énigme. Après tout, peut-être Haizaki avait-il aperçu Daiki en tenue de travail, lorsqu'il était allé récupérer ses affaires à leur appartement.

Mais brusquement, alors que le blond ne s'y attendait pas, le loup combla la distance qui les séparait, venant souffler dans le cou de Kise.

« Don't reject me Kitsune. You need me, as much as I need you. I'm the only one who can understand you and fulfill all your needs, even those you still don't know about... »

Bon sang…

Cette présence écrasante et attirante digne d'un aimant magnétique…

Ce puissant parfum de musc et d'épices, un peu âcre à cause du tabac, embuant son cerveau…

Dès qu'Haizaki s'approchait, Kise sentait toute ses défenses durement érigées tomber l'une après l'autre. Il ne parvenait pas à se raisonner. Malgré les insultes et les attaques répétées de l'autre prédateur, c'était comme si une force invisible et viscérale le poussait vers le brun. Et Kise avait beau lutter, il ne parvenait pas à se dépêtrer des crocs acérés du lupin. Bien-sûr qu'il en voulait à Haizaki, mais en même temps… le jaune n'avait plus nulle part où fuir…

Il repensa alors à Amber, sans réussir à s'en empêcher. Finalement, rien ne les différenciait. Dire qu'il l'avait jugée si fort hier soir… alors que lui aussi était la proie consentante et volontaire de l'autre carnivore… Certes, pour le moment, il résistait vaillamment, refusant de se laisser prendre, mais pour encore combien de temps ?

Peut-être que… tout serait tellement plus facile s'il cédait maintenant… ?

Haizaki se pencha davantage vers son oreille et il murmura de sa voix profonde.

« You liked it yesterday. So, stop fighting me and just let me devour you… »

Kise se sentait sur le point de plier, mais il ne pouvait pas. Pas comme ça, pas maintenant.

Bien-sûr que non Haizaki n'avait pas changé, ça aurait été trop beau. Et Kise ne tenait pas à devenir son nouveau jouet. Il avait bien vu comment le chasseur émérite s'était désintéressé de sa proie juste après l'avoir consommée hier. Or, Kise ne souhaitait pas connaitre un sort similaire. Déjà que ses relations étaient… fluctuantes avec le loup, le renard ne désirait pas compliquer davantage la situation, en rajoutant une couche d'attirance malsaine. Pour le moment, il n'avait nulle part où aller, alors autant jouer le jeu de l'apaisement.

Enfin, ça, c'était ce dont Kise aimerait se convaincre…

Car en réalité, rien ne le forçait à rester auprès d'Haizaki.

Et ce, depuis le premier soir.

Il avait accepté l'invitation du brun et il était resté de son plein gré également. Et aussi honteux que cela puisse être, Kise avait accepté de la même manière de le suivre hier dans leur petite escapade délurée. La plupart du temps même et aussi bizarre que cela puisse paraître aussi, Kise se surprenait à apprécier et à rechercher la compagnie du lupin. L'attitude décomplexée d'Haizaki s'avérait rafraichissante, comme si le brun osait ce que le blond voulait faire au fond de lui, sans toutefois s'y autoriser.

Il avait besoin d'Haizaki, le brun avait raison. Mais plus encore, Haizaki avait besoin de lui. Kise ressentait cette étrange et tenace conviction sans réussir à se l'expliquer. Peut-être parce qu'Haizaki nécessitait un garde-fou ?

Réunissant tout son courage, Kise repoussa fermement Haizaki avant de ne plus pouvoir en être capable. Il avait les idées plus claires lorsque le loup n'était pas collé à lui.

Or, il devait tenter le tout pour le tout maintenant.

« Tu t'enflammes encore Shogo-kun. De toute évidence, ta douche ne devait pas être assez froide pour geler tes ardeurs… » Mais sa seule échappatoire était d'amadouer le loup, alors il s'empressa de temporiser. « Enfin, c'est vrai, je n'ai pas passé une si mauvaise soirée que ça hier. Cependant… c'est ton mode de vie et je ne le jugerai pas, mais ce n'est en revanche pas le mien. A l'avenir, j'aimerai que tu lui témoignes le même respect. Ce n'est pas ce que je recherche, tu comprends ? Et tu as bien dit que tu te rattraperais la prochaine fois, n'est-ce pas ? Alors on va faire les choses à ma manière. Plus d'entrée par effraction. Plus de filles d'un soir. Et plus de piscine non plus, stp. Juste toi et moi, ça me suffira... Et surtout, plus de mensonge, ok… ? »

Pourvu qu'il accepte… Les chances que le brun lui rit au nez étaient grandes tout de même… Et si Haizaki balançait à Kise qu'ils allaient s'ennuyer avec le programme proposé par Kise ? Alors le blond lui répondrait qu'il n'était qu'un crétin, car avaient largement de quoi s'amuser dans la limite de la légalité !

Haizaki resta pensif l'espace d'un instant, semblant considérer la requête de Kise.

Etait-elle bien raisonnable, selon ses critères ?

Mais si le brun possédait un caractère tumultueux, Kise savait qu'il ne manquait jamais à sa parole. Et le blond n'avait pas le sentiment de demander la lune…

« Dois-je considérer ta demande… comme un date ? »

Oups…

En effet, ça y ressemblait à s'y méprendre… Kise ne l'avait même pas réalisé.

« Oui… Non ! Enfin… peut-être… Mais c'est toi qui l'avais proposé hier et j'ignore quelle idée saugrenue tu avais encore derrière la tête à ce moment-là ! Bref… interprète notre tête-à-tête comme tu voudras… »

Kise se sentait comme une de ces tsundere indécises dans les shojo manga dont raffolait Momoi au collège. Et qu'elle lui prêtait en cachette. Pour sa culture. Bah oui, pour quelle autre raison se serait-il infligé ce genre de lectures sinon ?

« Mais je te préviens tout de suite : si TU tiens de ton propre chef à considérer notre future sortie à deux comme un rendez-vous galant, je ne t'en empêcherai pas. Cependant, je me dois de te préciser que je ne couche jamais le premier soir ! »

Non mais !

C'est qu'il avait des principes le Kitsune !

Ou plutôt qu'il adorait se faire désirer. Rendre l'autre fou d'amour avant… La découverte de son amant n'en était alors que plus excitante et passionnée. Une bonne dose d'attirance physique quasi animale et une pincée de frustration était la recette secrète de tous ses coups les plus mémorables !

« Oh… ? » Le regard d'Haizaki s'embrasa, son intérêt piqué au vif. « C'est un défi que tu me lances là Kitsune ? »

« Absolument pas ! »

C'était la stricte vérité !

« T'es sûr que tu ne me mens pas là ? »

« Non ! Je te répète encore une fois, mais j'ai horreur du mensonge et je n'en veux plus entre nous ! »

« D'accord, d'accord, je te crois. Et j'accepte tes conditions. Mais… »

Il prit Kise par la taille, les rapprochant à nouveau pour coller leurs bassins ensemble.

« A mon avis, si tu ne t'adonnes jamais aux joies de la coucherie décomplexée dès le premier rencard, je te garantis que c'est uniquement parce que jusqu'ici, tu n'étais jamais sorti avec moi. »

Le tout, appuyé par un grand sourire carnassier de circonstance, évidemment. Mais Kise ne s'y laissa pas prendre, roulant des yeux.

« Dans ce cas… je te laisse le choix du l'heure et de l'endroit Okami-san. » S'amusa Kise en appuyant son index sur le torse d'Haizaki pour le forcer à prendre ses distances. « Surprends-moi. »

Et surpris, ça, il allait l'être.

En bien ou en mal, par contre… ?

Là était toute la question.


Le reste de la journée se déroula mieux qu'elle n'avait commencé. Kise avait même trouvé l'occasion d'appeler Momoi entre deux épisodes de sa télénovela favorite. C'était dire s'il consentait à un grand sacrifice, en lui accordant ainsi son temps si précieux, au vu de son agenda de ministre. Bien évidemment, elle lui posa des questions sur la soirée de la veille et de manière toute aussi évidente, Kise se garda bien de lui répondre de façon totalement honnête. Oh mais il ne mentit pas, ça non ! Il se contenta juste… d'arranger la vérité à sa sauce en omettant certains détails particulièrement à charge…

Puis, une fois sa séance de binge watching et sa conversation terminées, Kise se décida à descendre faire quelques courses. Les barres d'immeubles délabrées s'élevaient vers le ciel comme des supplications vers l'Eternel. Le soleil amorçait la fin de sa course vers l'horizon bétonné, ses timides rayons découpant délicatement les sommets des habitations comme des ombres chinoises peu rassurantes. Le blond n'aimait pas particulièrement se trouver dehors dans le quartier à la nuit tombée. Et pour cause, il ne se sentait pas en sécurité, s'attendant à se faire braquer à l'angle de chaque rue.

Mais pour positiver un peu, il éprouvait le sentiment d'être chez lui dans l'appartement, c'était déjà ça de gagné. Il avait d'ailleurs commencé à trier ses affaires, sous la supervision de Belzebuth. En effet, Haizaki avait tenu promesse et avant de partir bosser en début d'après-midi, il s'était arrangé pour faire de la place dans le débarras, pour pouvoir y stocker les vêtements de Kise. Le jaune n'avait cependant pas encore débuté son rangement. Pas la foi et ça se comprenait, au vu du sacré paquet de fringues en sa possession…

Dans tous les cas, Kise devait reconnaître que la vie avec Haizaki était loin d'être une torture. Peut-être parce que le brun n'était pas souvent présent ? Hmm… dans tous les cas, Kise admettait bien volontiers la praticité des lieux, prenant petit à petit ses marques au sein de Compton la Sulfureuse. Ici, on pouvait trouver moult épiceries ouvertes jusqu'à trois heures du matin, et cela sans avoir besoin de faire dix kilomètres en voiture, ce qui se révélait tout de même bien pratique !

Et c'était franchement appréciable pour lui qui avait toujours tendance à oublier quelque chose quand il se rendait au supermarché. Parce que si Haizaki refusait de partager son loyer avec lui pour le moment, le mannequin mettait un point d'honneur à participer financièrement à la vie du foyer. Après avoir fait quelques emplettes dans le but avoué de remplir le frigo pour la semaine avec autre chose que de la bière, Kise se hâta d'aller commander des pizzas chez le fameux Italien recommandé par Haizaki.

Et le brun était totalement fou de la cuisine de ce brave Mario, ne tarissant pas d'éloges à son sujet ! C'était presque à se demander si Haizaki n'avait pas des racines Italiennes ! Kise n'avait en tout cas jamais vu un japonais autant apprécier la gastronomie du pays du Dante ! Pas même Aomine, c'était dire…

Aomine… Erf pourquoi fallait-il qu'il y repense maintenant ? Dire qu'il pensait être parvenu à le laisser un peu de côté, mais en réalité, sa présence ne l'avait jamais quitté au cours des dernières vingt-quatre heures, le hantant toujours comme un fantôme. Mais un fantôme devenu moins… angoissant, peut-être ? Kise reconnaissait qu'il y avait du mieux. Au moins maintenant, il arrivait à penser au basané sans fondre systématiquement en larmes…

Lorsqu'Haizaki rentra ce soir-là, il fut accueilli par la bonne odeur caractéristique de pizzas cuites au feu de bois encore chaudes. Mais surtout, il tomba nez à nez avec un spectacle des plus insolites dans le salon…

« Allez, encore une fois, regarde-moi ! »

Kise ne s'était pas rendu compte de sa présence, alors Haizaki observa en silence.

Le blond ne portait avait tombé le pantalon, se dandinant pieds nus dans la pièce de vie uniquement avec un boxer sur les fesses et T-shirt dévalé et loose sur lui, qui laissait entrevoir une épaule ronde. A ses cheveux encore mouillés, on devinait qu'il sortait fraichement de la douche…

« Un, deux, un, deux… Comme ça ! »

Mains sur les hanches, Kise défilait comme sur un podium de mode.

« Catwalk, catwalk ! Allez, tu peux le faire, même si tu es un chien ! Ou… autre chose ! »

Kise s'accroupit une fois sa petite démonstration terminée et il tendit une croquette en direction de l'animal. Ce dernier galopa la chercher, renversant une fois de plus comme un bulldozer. Mais cette fois, il léchouilla amicalement le colocataire de son maître. Oh il y avait un sacré progrès entre ces deux-là !

« Ahahaha ! Arrête, ça chatouille ! » Se tortillait le blond sous les assauts de la langue du chien viverrin.

Bon ! Kise n'était pas parvenu à transformer Belzebuth en mannequin animalier, mais au moins, il semblait avoir gagné la confiance de la bestiole cette fois.

« C'est ce qu'elles disent toutes quand j'utilise ma langue aussi… Enfin, sauf qu'à moi, elles me demandent de continuer… »

Kise sursauta en reconnaissant la voix d'Haizaki.

« Je ne t'avais pas entendu rentrer ! Ca… ça fait longtemps que tu es là ? »

« Suffisamment, ouais. »

Grand sourire narquois.

Kise rougit.

« Je m'ennuyais un peu alors… je suis sorti acheter quelques courses alimentaires et là, j'essayais de faire de Zébu le premier tanuki top model ! »

« J'ai vu ça. Mais à mon avis, tu devrais éviter. » Conseilla Haizaki.

« Et pourquoi ? » S'étonna le jaune.

« Bah pour commencer… parce qu'il n'est pas doué, ce qui est déjà une raison suffisante en soi. Il a la grâce d'un gros saucisson boiteux. »

« C'est pas gentil de dire ça ! » Intervint Kise pour défendre son protégé.

« Mais c'est la pure vérité. »

« Ca ne veut rien dire en plus ! Les saucissons ne marchent pas ! »

« Peut-être, mais c'est à ça qu'il ressemble. De plus… » Haizaki s'alluma une clope, avant de se laisser tomber dans le sofa. « … je ne l'ai pas vraiment trouvé dans une poubelle. Et c'était pas au Japon non plus… »

« Hein ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Les tanuki sont interdits ici aux USA. On n'a pas le droit d'en posséder en captivité, parce qu'ils sont considérés comme une espèce invasive et nocive pour l'écosystème local. Apparemment, ils se reproduisent de manière incontrôlable et on les accuse de propager la rage. Mais ça n'empêche pas certaines compagnies peu scrupuleuses de l'industrie de la mode d'en élever pour utiliser leur fourrure… »

« Quelle horreur… »

« Et Belzebuth était l'un d'eux. D'ailleurs, il paraît que 'Le Diable s'habille en Prada', non ? Bah il s'agit de l'origine de son nom, si tu veux tout savoir. Je l'ai sauvé de l'abattoir auquel il était destiné dans une ferme d'élevage de San Fernando Valley. Dès que son regard a croisé le mien, j'ai ressenti une forme de pitié. Et je me suis dit qu'il fallait que je le sorte de là au plus vite. Et à n'importe quel prix. Il était encore bébé et il pouvait à peine bouger dans sa minuscule cage à lapin. Malgré les soins vétérinaires qu'il a reçus par la suite, il en a gardé cette malformation à la hanche qui restera à vie, c'est pour ça qu'il arbore cette démarche bizarre. Mais à l'époque… j'avais besoin de compagnie et il me rappelait notre Japon natal. Du coup, ça m'a rendu nostalgique et puis, pour une fois que j'avais l'occasion de faire une bonne action, j'ai pas hésité une seule seconde. Malgré les risques évidents et la situation pas très disons… légale. »

« Je comprends mieux… Mon pauvre Zébu, j'espère que je ne t'ai pas fait repenser par inadvertance à de mauvais souvenirs avec ce défilé improvisé ! Dire que ces vilains braconniers avaient prévu de te transformer en écharpe ou en descente de lit… »

Kise tapota gentiment sur la tête du canidé pour se faire pardonner. Quant à Haizaki, il s'était levé pour se diriger vers son vivarium. Un sourcil se releva fort théâtralement sur son front en examinant ses occupants.

« …. Ryota, c'est toi qui as noué ces rubans de couleur autour de la queue de mes scorpions… ? »

« C'est joli, qu'est-ce que tu en dis ? C'est une astuce mise au point pour les différentier et en plus, c'est super fashion ! » Se félicita lui-même l'aspirant styliste.

« Heu ouais… Tu leurs as donné des p'tits noms aussi tant que tu y es ? »

« Bien-sûr ! »

Aïe. Il fallait s'y attendre ! Le renard avait toujours tendance à en faire trop. Il ne savait pas réguler son enthousiasme. Kise se précipita d'ailleurs à ses côtés et pointa chaque arachnide du doigt, tel un professeur désignant ses élèves savants.

« La rose, c'est Naomi Campbell, la rouge c'est Kate Moss, la verte Elle Macpherson, la bleue Claudia Schiffer et enfin la petite jaune timide qui se planque tout au fond c'est Cindy Crawford ! »

ROFL… Du Kise tout craché quoi !

« Toutes des femelles, donc ? J'ai vu des travelos thaïlandais pas coupés avec de moins grosses queues qu'elles… »

« Brrr baka ! Parle pas comme ça, c'est irrespectueux ! »

Petite tape sur le bras.

« Non mais ça va, j'aime bien. Ça me donnera l'impression d'être le mâle reproducteur du harem. »

« Ewww c'est dégoûtant… je crois que je préférai encore que tu parlais de transexuels… »

« Hey les filles, devinez ce que papa vous a amené… »

Il sortit une boîte de la poche de son perfecto et il la secoua un peu. Kise put entendre que ça bougeait à l'intérieur… Et devinez ce qui s'y trouvait ?

Ça chantait…

Haizaki en déversa le contenu dans le vivarium. Des criquets ! Kise eut un frisson d'effroi et il se cache derrière Haizaki par réflexe.

« Bah quoi ? Elles ont le droit de manger elles aussi. T'es pas obligé de regarder si ça te gêne. »

« Tant mieux parce que j'y compte pas ! » Bouda le top model.

« Mais tu sais, les scorpions sont des animaux réellement fascinants. La légende veut que quand ils sont pris au piège de flammes, ils préfèrent se suicider eux-mêmes en s'empalant sur leur propre dard. »

« Charmant… Pas glauque du tout. Enfin, merci pour l'information, je tâcherai de réfréner mes instincts pyromanes en leur présence. »

« 'Pyromane' hein ? Je me suis toujours douté que tu aimais jouer avec le feu… N'empêche, je suis impressionné que tu aies réussi à leur mettre ces mignons petits nœuds de couleur. T'as bien du les toucher pour ça. Comment tu t'y es pris au juste ? Je croyais que tu étais un arachnophobe compulsif ? »

Et n'appelait-on pas justement certains crabes, "araignées de mer" ?

« Tu vas rigoler si je te le dis… »

« Je suis sûr que non mais maintenant que tu l'as dit, si je ne le fais pas, tu vas être déçu. »

« Bon ok… En fait, je me suis imaginé que c'était des crabes ! C'est mignon des crabes non ? Avec leurs adorables petites pinces ! »

« Heu ouais… si on veut. Personnellement, j'aurai jamais associé « crabe » et « mignon » d'emblée mais pourquoi pas ? Si ça a fonctionné pour toi, c'est le principal. Et puis, c'est pas totalement stupide non plus puisque les crabes, tout comme les scorpions, appartiennent à la famille des arthropodes. »

« …De toute évidence, il n'y a pas qu'à moi que Midorimacchi lisait son bouquin d'entomologie juste avant de dormir au camp d'été… » Rit Kise.

« Cela dit, les scolopendres aussi sont des arthropodes… »

« Scolo… pendres ? » Répéta difficilement l'autre Japonais, sentant juste à la sonorité du mot que sa signification n'allait pas lui plaire.

« Mille-pattes. »

« AAAAAAAAAAAH ! » Cria d'effroi l'amoureux des insectes en tous genres.

« T'en fais pas, ceux-là aussi les scorpions les bouffent. »

« Quelle horreur… pourquoi des animaux aussi laids et effrayants arpentent-ils la surface de notre si belle planète ? »

« Bah pour nourrir les scorpions, justement. »

« Hmm tu… tu restes là ce soir ou tu sors ? »

« J'compte pas bouger. »

« Super ! On peut manger ensemble alors ! »

« Ouais. Par contre, après le dîner, j'aurai des choses à faire. »

En constatant l'air interrogateur qui avait élu domicile sur le visage fin de Kise, Haizaki comprit qu'il avait tout intérêt à compléter sa phrase.

« C'est l'heure à laquelle mon second travail commence. »

Toujours aussi peu clair apparemment !

« … Le poker. »

« Ohhh ! Tu vas participer à des tournois en ligne ? »

« C'est ça. »

« D'accord ! » Sourit le blond.

Kise se dirigea sans attendre vers la cuisine ouverte et il alla donc chercher les pizzas avec couverts et assiettes pour qu'ils commencent à manger dès à présent. Les deux jeunes hommes se rassemblèrent alors autour de la table basse et Japonais oblige, ils s'installèrent sur des coussins, les jambes repliées. C'était une habitude que Kise avait un peu perdue en vivant avec Aomine et pour cause, l'appartement qu'ils partageaient alors étaient bien plus grand que celui du tatoué. Par exemple, Kise disposait de sa propre chambre là-bas. Toujours était-il que dans son ancien appartement, la panthère et le renard avaient suffisamment de place pour y déployer une vraie table. Par conséquent, ils mangeaient sur des chaises.

« Dis… t'as vu le Gros Tony au restau aussi quand t'es passé ? »

« Tony… c'est celui qui est… »

« Gros. » Le coupa Haizaki, en dévorant une part de sa pizza carnivore.

« Ah c'est donc pour ça qu'on le surnomme le 'Gros Tony', je pensais que c'était à cause de sa coupe de cheveux moi ! » Ironisa Kise en se débattant avec son fromage filandreux. « Mais bref, ouais j'l'ai croisé. Pourquoi ? Il bosse là-bas ? Il fait quoi en fait ce type dans la vie ? »

« Aucune idée. J'sais juste qu'un jour sur deux il est fourré chez Mario, c'est tout. »

« Ca veut donc dire qu'il ne sera pas là demain alors ! » Conclut Kise.

« N'empêche, pourquoi y a toujours un rital qui s'appelle 'Tony'!? C'est dingue ça ! Dans les films, les séries, les pizzerias, la vraie vie, les bouquins… Il en faut constamment un ! »

« Tiens, mais c'est vrai ça ! Tony Micelli dans la sitcom 'Madame est Servie', joué par Tony Danza d'ailleurs, Tony Soprano bien entendu dans la série éponyme et ohhh le Gros Tony dans les 'Simpsons' aussi ! »

« Le plus évident de tous ! »

« Tu crois que les scénaristes se sont inspirés de notre Gros Tony à nous pour créer le personnage ? » Théorisa Kise, amusé par leur petit récapitulatif.

Il avait presque le sentiment d'avoir mis le doigt sur quelque chose.

Comme un vaste complot de la part de la communauté américano-italienne !

« C'est sûr ! » Confirma Haizaki, les yeux brillants. « Mais à nous, on la fait pas ! »

Et de la toper naturellement à Kise ensuite, comme s'ils avaient toujours été les meilleurs amis du monde.

Oui, Kise commençait vraiment à se sentir bien ici. Le farouche Zébu était même venu poser son petit menton dodu sur les genoux du blond en signe de paix.

La hache de guerre semblait définitivement enterrée.

Et les quelques mauvais souvenirs liés à la soirée d'hier, également.


Dans le courant de la nuit, Kise fut pris non pas d'une fringale nocturne, mais plutôt d'une grande soif. Et pour cause, la pizza de Mario lui avait bien rempli l'estomac donc aucun souci de ce côté-là. En revanche, une vague de canicule devait s'abattre cette semaine sur Los Angeles. Et dire qu'ils n'étaient encore qu'au printemps, ça promettait d'ores et déjà pour l'été…

Dans tous les cas, les prévisions s'avérèrent justes et ce fut donc le gosier sec que Kise s'extirpa du futon d'Haizaki qu'il continuait à occuper. Tiraillé par la soif donc, il se traîna jusqu'à la cuisine mais constata non sans surprise qu'Haizaki n'était toujours pas couché. Pourtant, il n'était pas loin de quatre heures du matin…

Le brun se trouvait effectivement toujours clope au bec et les fesses greffées sur le sofa, son ordinateur portable sur les genoux. En caleçon. Mais ce n'était qu'un détail ça. Ou pas. Peut-être s'agissait-il en réalité d'une technique ultra secrète visant à l'aider à mieux bluffer… ? Allez savoir. Mais bon, Kise misa plutôt sur la chaleur ambiante qui envahissait l'appartement. Et ici, pas de climatiseur pour rafraichir l'endroit… Enfin, pas qu'il s'en plaigne dans l'immédiat, puisque ça lui permettait d'apprécier visuellement la musculature et les tatouages artistiques du brun… Ce qui, à terme, risquait de lui donner encore plus chaud…

« Tu ne dors pas encore ? » S'inquiéta Kise.

Il alla cependant se servir un verre d'eau glacée avant de revenir auprès d'Haizaki. Lui avait la décence de porter encore un T-shirt. A se demander comment il faisait, mais la pudeur y était pour beaucoup dans son choix de le garder.

« J'ai pas encore fait mon quota de gains pour aujourd'hui. » Se contenta de répondre l'amateur de poker.

« Mais… tu dois te lever tôt tout à l'heure pour aller travailler chez Miss Robinson ! » Lui rappela Kise.

« Ca ira, t'en fais pas. »

« Fais comme tu veux. » Soupira Kise.

Il ne voulait pas jouer les donneurs de leçons mais… Haizaki négligeait sa santé à veiller jusqu'à pas d'heure comme ça. Deux soirs de suite en plus et sans pouvoir profiter d'une grasse matinée régénérante par-dessus le marché. Et le blond s'apprêtait à regagner son étuve, lorsqu'Haizaki lui attrapa fermement le poignet.

« Puisque t'es là… ça te dirait que je t'enseigne les bases du poker ? »

« Heu… »

Kise hésita. Mais après tout, ce n'était pas avec cette chaleur étouffante qu'il allait pouvoir retrouver le sommeil tout de suite. Alors pourquoi pas finalement ?

« Ok, montre-moi vas-y. »

Haizaki l'attira délicatement sur son genou droit, tandis que son ordinateur tenait maintenant en équilibre précaire sur son genou gauche.

« Si proche… » Pensa Kise pour lui-même.

Après cela… il éprouva quelques difficultés à se concentrer. Haizaki lui expliqua sommairement les règles. Mais Kise n'en retint pas grand-chose, bon ok, j'avoue c'est majoritairement par flemme de ma part de toutes vous les dérouler ici ahah ! Donc, le fait que Kise s'en trouve troublé est une excellente excuse pour toutes nous épargner un cours magistral assommant sur le poker.

Et à ce propos, Kise remarqua quelque chose d'étrange sur l'écran d'affichage, titillant sa curiosité…

« Hmm ? Tu n'utilises pas ton vrai prénom ? »

« Non, jamais. C'est une règle de base. J'ai toujours un pseudo. »

Shuzo pouvait-on lire… Et bien entendu, Kise ne fit pas le lien immédiatement quant aux implications profondes de ce prénom en particulier, mais il se remémora cependant l'avoir entendu un peu plus tôt aujourd'hui.

Mais dans quel contexte déjà… ?

Oh !

Ca lui revenait !

« Shuzo ? Miss Robinson t'a appelé comme ça elle aussi… donc en fait, il n'y a pas qu'au poker que tu ne communiques pas ton vrai prénom… »

« Et non ! » Confirma Haizaki en relâchant un peu de nicotine par les narines.

« Mais… pourquoi ? Au poker, je peux comprendre, mais… dans la vraie vie, c'est étrange de vouloir conserver l'anonymat comme ça… »

A moins que…

« Sho… j'espère que tu ne t'es pas encore fourré dans des ennuis qui te dépassent et que ce n'est la raison pour laquelle tu préfères ne pas décliner ta véritable identité… »

Il essaya en vain de capter le regard du brun pour y déceler la vérité, cependant Haizaki l'évita.

« Plus de mensonges entre nous on avait dit, hein… ? »

Kise le supplia des yeux.

« Bien-sûr que non, qu'est-ce que tu vas chercher encore ? C'est juste comme ça. J'ai pas envie que tout le monde ou plutôt, n'importe qui, sache mon véritable prénom. Ca, je le garde pour mes amis et ma famille ! Ou pour les nanas d'un soir que je suis sûr de ne jamais revoir. »

Comme celles d'hier, quoi.

« Des amis t'en as pas, je te rappelle. »

Ouch ! Ca faisait mal, ça ! Mais c'était la pure vérité. Haizaki haussa des épaules.

« No need. When I already have you… »

Mais Kise ne releva même pas. Car il y avait une autre information lâchée par le brun qui l'intéressait en réalité.

« Et ta famille ? »

« Bah ouais. Ma mère et mon frère quoi. »

Pas de père, donc ? Mais… à bien y réfléchir, il semblait à Kise déjà avoir eu vent de l'information au collège. Il préféra donc ne pas aborder ce sujet, sûrement délicat.

« Ils sont restés au Japon ? »

« Pas trop le choix. Ma mère est malade alors… »

« Je suis désolé… C'est grave ? »

« Elle a une sorte… d'Alzheimer précoce et hyper fulgurant… Son état de santé a commencé à se dégrader soudainement l'an dernier. A même pas cinquante ans. Personne n'a rien vu venir. »

« Merde, c'est vraiment moche ça… » Déplora Kise, plein de compassion.

Lui, n'arriverait jamais à supporter que sa mère puisse perde la mémoire aussi jeune. Ca devait être terrible pour Haizaki.

« Et ton frère ? » S'aventura t-il à demander.

« Il est mécano. Son rêve, ça aurait été qu'on s'associe pour monter ensemble notre propre atelier de réparation familial. »

« Je vois, ça ne me semble pas si mal comme plan, vu que tu aimes la mécanique et les motos… Alors pourquoi tu as décliné son offre ? » Demanda t-il en caressant tendrement les cheveux bruns et lisses.

« C'était juste… pas le bon moment, c'est tout… »

« Donc, tu n'exclus pas de le faire un jour ? »

« Si je gagne suffisamment au poker, pourquoi pas ? Mais pour le moment, ni lui, ni moi, nous n'avons l'argent nécessaire à la mise de départ. Et aucune banque n'acceptera de financer le projet, on avait déjà fait des simulations et tout à l'époque. »

« Et personne ne peut juste vous prêter de quoi vous lancer ? »

« Tu rigoles ? Je crois que t'as pas idée de la somme qu'il faut pour mettre ce genre de projet à flots… Et puis, comme je te l'ai dit, ma mère est très malade… Et elle réside actuellement dans un institut spécialisé très honéreux, parce qu'elle y suit un traitement expérimental que seul cet établissement dispense. »

Kise ignorait tout cela évidemment et son cœur se serra dans sa poitrine. Quel triste destin… Pas étonnant qu'Haizaki soit obligé d'enchaîner les petits boulots, afin de subvenir non seulement à ses propres besoins, mais également à ceux de sa mère. Haizaki qui venait subitement de lui dévoiler un côté plus intime et touchant de sa personnalité… Car même s'il avait parlé pudiquement de sa mère, Kise avait deviné au ton de sa voix que cette dernière comptait beaucoup pour son turbulent fils…

« Ca doit être très difficile pour toi de ne pas pouvoir les voir physiquement et de te trouver aussi loin d'eux en ce moment… »

« Pas tant que ça. Ils sont mieux sans moi, de toute façon. »

Kise secoua la tête vivement.

« N'importe quoi ! Aucune mère n'est mieux sans son enfant auprès d'elle ! Et je suis certain que c'est le cas aussi de ton frère… Après tout, s'il t'a proposé que vous vous associiez, c'est qu'il tient à toi ! »

Le blond réalisa qu'il avait un peu trop élevé la voix. Il savait bien qu'Haizaki n'était pas du genre à jouer les Caliméro et que si le brun disait ne pas manquer à sa famille, c'est qu'il le pensait réellement. Il y avait quelque chose de profondément triste dans le fait d'entretenir de telles pensées… Qu'elles soient justifiées ou non.

A moins qu'Haizaki ne fasse tout pour s'en convaincre volontairement, afin de mieux encaisser la distance qui le séparait de ses proches…

« Excuse-moi, je me suis un peu laissé emporter… »

« C'est rien chaton. Au contraire, c'est ce que j'aime chez toi. T'es franc, tu dis toujours ce que tu penses que ça plaise ou non. Avec toi, il n'y a pas de faux semblant et on sait toujours à quoi s'en tenir. Qualité de plus en plus rare de nos jours hélas, si tu veux mon avis… »

Le blond sentit ses joues chauffer à nouveau. Les compliments venant de la part d'Haizaki étaient tout aussi rares et donc forcément précieux aussi.

« Tu comptes… aller les voir bientôt ? »

« Peut-être, j'en sais rien encore. Ca dépendra. »

Pas convaincu le bougre… Et si Kise y mettait son grain de sel pour le décider ?

« Hmm… je pourrai t'accompagner… P-pas que je veuille m'incruster ou quoi hein ! Mais j'avoue que je suis curieux maintenant… j'aimerai bien rencontrer ta mère et ton frère… Enfin, si ça ne te dérange pas, bien entendu… »

« Pour quoi faire ? Tu comptes officiellement leur demander ma main ? » Se moqua le tatoué.

« Hmpff idiot ! Bien-sûr que non ! Je comptais plutôt leur extorquer des informations compromettantes à ton sujet pour les utiliser contre toi quand tu abuses de ce genre de blagues douteuses ! Et éventuellement leur demander aussi comment ils font pour te supporter au quotidien ! »

Et toc !

« Fair deal. On verra, alors… »

« Bon sur ce, je retourne me coucher… T'es un super prof et tout mais, toutes ces histoires de full et de quinte flush, ça m'a donné envie de dormir. Sans parler de la chaleur à assommer un Muracchi adulte… Et ne profite pas de mon absence pour te coucher trop tard, ok ? »

« C'est ça, bonne nuit. Et toi non plus, ne profite pas de mon absence du lit pour trop rêver de moi d'accord ? »

« Ca n'risque pas ça ! »

Ou peut-être bien que si, en fin de compte…


Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui !

On frôle les 18050 mots quand même...

Alors certes, je ne suis pas vraiment satisfaite de cette fin de chapitre un peu "random", banale quoi. Mais si j'avais continué à écrire, le chapitre aurait fait 25000 mots, donc j'ai préféré m'arrêter pour mieux reprendre au prochain épisode. En tout cas, j'ai laissé pas mal de "petits cailloux"/"pistes" pour la suite dans ce chapitre, donc j'espère que vous avez été attentives.

Il me tient en effet à coeur que l'avancée de l'histoire vous plaise. Cependant, je me rends compte que j'aime beaucoup écrire avec Kise car il a ce petit côté un peu "fairy like" et très changeant, qui le rend imprévisible et attachant. Or, l'effet que je recherche est totalement différent concernant la dynamique de l'HaiKi, que celle de l'AoKaga, qui est, elle davantage basée sur le conflit.

Dans tous les cas, n'hésitez pas à me faire part de votre ressenti et de vos souhaits également. Le cheminement est volontairement lent, mais j'ai ENORMEMENT d'idées pour la suite, vous n'êtes pas prêtes ahaha ! Je vais donc essayer de vous poster le prochain chapitre le plus rapidement possible pour rester sur cette bonne lancée !

Quoiqu'il en soit, sachez que je fourmille d'idées pour cette histoire et comme dirait l'autre, "On n'est pas sorti de l'AUVERGNE !"

Merci encore pour votre soutien tellement crucial pour moi, vous êtes les meilleures lectrices, ça me donne vraiment envie de continuer à écrire en tout cas !

Des bisous !