Hello tout le monde !

J'espère que ça va bien et que vous avez pu profiter du pont pour ceux qui l'ont fait, malgré les fortes chaleurs que nous subissons en ce moment ! Pensez à bien vous hydrater et à vous mettre au frais quelques heures par jour !

Wow... je n'arrive pas à croire que nous en soyons DEJA au dixième chapitre. En commençant cette fanfiction, j'avais de grands projets. Je savais qu'elle serait longue et dense, puisqu'il s'agit d'une histoire de confiance et de trahison, de mensonge et vérité, d'amour et haine.

Mais je ne pensais pas qu'elle prendrait cette ampleur, en terme de narration et surtout que j'aurai tant d'idées pour l'alimenter !

Encore une fois, je ne regrette rien... (loul, c'est amusant de dire ça par rapport à ce qui va se passer dans le chapitre d'aujourd'hui...) Je ne regrette pas que ce ne soit pas un AoKaga. Oui, ça aurait été la solution de facilité, mais cette histoire n'aurait pas convenu à leur personnalité, que j'ai à coeur de respecter... Je suis plus que satisfaite de mon contenu, de ma productivité et de mon rythme d'écriture.

Enfin bref, je tenais à remercier tous les lecteurs anonymes, mais surtout ceux qui ont la gentillesse de prendre le temps de laisser les quelques reviews recueillies par cette histoire ! Je ne le répéterai jamais assez, mais elles sont un moteur et m'encouragent à continuer. (même si je n'ai, de toute manière, pas l'intention d'abandonner, que ça plaise ou non et que cette fanfiction soit un "succès" ou pas.)

Au programme du chapitre d'aujourd'hui : de la FESSE et un flashback. Des regrets exprimés. Oupa.

Sur ce, enjoy !


A peine Kise eut-il mis un pied, que dis-je, un ORTEIL même en territoire ennemi – en l'occurrence, la baignoire – que déjà le résident actuel des lieux se jetait sur lui tel un squale souffrant d'hypoglycémie. Quoique… non, Haizaki avait plutôt tout du prisonnier qui sort de taule après vingt ans de réclusion (dédicace à Max Bloubil) et donc, d'abstinence. A savoir : les pupilles dilatées, la respiration courte d'un animal en rut, alliées à la fébrilité d'un drogué en manque… En somme, un mélange explosif. Et cette expression avec laquelle Haizaki le regardait à cet instant, Kise ne la connaissait que trop bien. Il l'avait vue mainte fois parmi ses fans les plus acharnés, ceux à la limite du… fanatisme, justement. Après tout, ce n'était pas un hasard si les deux mots partageaient la même racine étymologique…

A nouveau, les rôles venaient de s'inverser, ou plutôt, de reprendre leur cours normal. Car sans attendre, le brun enroula un bras possessif autour des jambes de Kise pour le forcer à rester debout et le rapprocher de lui. Sa prise était ferme afin de l'empêcher de fuir et sans doute pour le dissuader également de changer d'avis. De toute façon, à ce stade, il était clair que le voleur de techniques comptait se passer d'une quelconque permission. Le renard préféra donc s'immobiliser, sans chercher à lutter. Instinctivement, presque machinalement, il se mit caresser les cheveux couleur ébène et s'étonna de leur douceur. Ils étaient lisses et fins, soyeux comme ceux d'une poupée haut de gamme. Ça donnait envie d'y plonger les doigts, de les enfouir jusqu'au cuir même…

Et en parlant d'enfouir, Haizaki venait justement d'enfouir son visage dans l'entrejambe de Kise, qui ne put s'empêcher de sursauter face à cet acte des plus… enthousiastes, dirons-nous ! Certes, le blond avait beau savoir qu'il allait être dévoré, il ne s'attendait pourtant pas à ce que le Grand Méchant Loup fasse montre d'un appétit aussi… féroce et immédiat. Du coup, pour le moment, le renard n'avait pas grand-chose à lui offrir en guise de repas… Guère plus qu'une timide friandise de taille… plutôt modeste à grignoter… Pas de quoi caler un croc, en somme... Mais Haizaki n'était pas prédateur à se lâcher sa proie à partir du moment où il avait jeté son dévolu dessus. Quitte à devoir creuser un peu pour la déloger de sa tanière.

Il entreprit donc de réveiller sa jolie proie dans le but de la rendre la plus juteuse possible et pour ce faire, il commença par déposer une pluie de baisers entre les cuisses de Kise, tout en esquivant scrupuleusement l'objet du futur délit. Pour le moment, il se contentait de quadriller sa zone de chasse, mais on sentait qu'il n'avait pas l'intention de ménager ses efforts pour pouvoir manger à sa faim. Le bout de sa truffe encore humide fit frémir Kise, (parce que le brun avait eu la brillante idée de mettre la tête sous l'eau pour débarrasser son visage des méfaits laissés par Kise un peu plus tôt.) chatouillant la peau sensible du Copycat. Kise se tortilla légèrement sous l'exploration canine de son compagnon, en signe de réceptivité.

« You smell so good Kitty Cat… » Le gratifia la voix rauque de désir de son heu… tortionnaire ? Ou futur bienfaiteur ?

Kise n'en était plus très sûr…

Malheureusement, le blond avait du mal à se faire une opinion tranchée sur jeune homme qui avait la tête entre ses cuisses actuellement et pour cause : Haizaki était passé maître dans l'art de brouiller les pistes et de flouter les contours de sa personnalité, tout comme ceux de leur relation. Et justement relation, tiens, parlons-en ! Quelle en était la véritable nature ? Et surtout, comme la définir ? Une chose était certaine en tout cas : Kise ne se risquerait même pas à essayer. Oula non, c'était beaucoup trop compliqué ! Et puis, à quoi bon chercher à expliquer ce qui était en train de se passer entre eux ? « Don't think, feel ! » comme l'aurait dit ce grand philosophe des temps modernes nommé Bruce Lee. Et le mannequin ne pouvait pas être plus d'accord avec ce dogme qu'en ce moment. Réfléchir n'apporte que des ennuis… il faut parfois accepter de mettre toute activité cérébrale en veille et juste se laisser porter…

Se laisser porter par le vent, par le courant, pas les aléas et les rencontres fortuites de la vie…

Rencontres fortuites, hein… ?

Quel étrange hasard d'avoir croisé le chemin d'Haizaki ce soir-là… C'était comme si Dame Providence elle-même avait sciemment choisi de les réunir.

Or, depuis leurs retrouvailles, l'ancien délinquant n'avait témoigné que gentillesse et générosité envers son ex souffre-douleur. Enfin, ce terme était peut-être quelque peu… surfait. Beaucoup d'eau avait coulé sous les fions… heu ponts et Haizaki avait changé ainsi qu'il le clamait lui-même. En effet, son attitude laissait à penser qu'il souhaitait se faire pardonner par son ancien coéquipier. Bien-sûr, cela n'empêchait pas Kise de rester méfiant et sur la réserve. Quand bien même les intentions d'Haizaki demeuraient sincères, on ne change pas du tout au tout du jour au lendemain. Sauf que… dans le cas d'Haizaki, cette évolution pourrait plausible car elle s'avérait être le fruit d'années de maturation. Pourtant, l'Eurasien n'arrivait pas à s'ôter de la tête que ce comportement cachait quelque chose…

Pas qu'il doute totalement de l'honnêteté d'Haizaki à son égard, mais comment dire… son instinct lui enjoignait de se méfier de l'autre jeune homme. Des années de rivalité avaient laissé des traces indélébiles, quand bien même elles se seraient finalement atténuées et même en admettant que les intentions d'Haizaki fussent totalement dénuées d'arrière-pensées, Kise ne parvenait pas à baisser complètement sa garde. Et il y avait de quoi, sans chercher à se cacher derrière de vaines excuses. Tout d'abord, le mannequin évoluait dans le milieu du divertissement depuis presque quinze ans. Un milieu régulièrement pointé du doigt pour ses scandales à répétition et ses manipulations. Autant dire que ça vous formate même le cœur le plus pur !

Or, même si le beau top model avait toujours été épargné à titre personnel, il connaissait beaucoup de personnes qui ne possédaient pas cette chance… A commencer par sa propre sœur aînée, Ryoko. Non seulement elle avait fait l'objet d'un abject chantage lors de son adolescence – chantage qui avait d'ailleurs conduit Kise à devoir prendre la situation en main, en allant directement régler son compte au responsable, avec l'aide inattendue d'un certain camarade au passage – mais en plus, elle s'était retrouvée mère célibataire à l'âge de vingt-quatre ans à peine, (elle en avait vingt-huit maintenant et sa carrière se trouvait totalement au point mort, sacrifiée pour la naissance de son enfant.) après que le père de sa fille l'ait quittée en apprenant qu'elle attendait un enfant de lui.

Mais le pire était sans doute que le type en question clamait être un producteur de renom à la réputation immaculée et lorsqu'il avait s'agi de la conserver intacte, il osa même proposer à Ryoko une indécente somme d'argent pour qu'elle accepte d'avorter… Ce qu'elle avait bien entendu refusé tout net. Le gars l'avait alors menacée en faisant pression sur elle pour que toute la profession lui tourne le dos et comme si cela ne suffisait pas, ce gros porc avait ensuite dit que si la jeune femme osait en parler dans la presse, il nierait tout en bloc et la ferait passer pour la traînée de service qui n'est même pas foutue de connaître l'identité du père de son propre bébé.

Et oui, ça avait de quoi sacrément refroidir.

Même le plus optimiste des rêveurs…

Les carrières se faisaient et se défaisaient en un claquement de doigts de la part de personnes aussi capricieuses qu'influentes.

Et puis, il y avait le fait qu'Haizaki prenne un malin plaisir à se montrer imprévisible, ce qui n'avait rien de rassurant en soi et ne jouait décidément pas en sa faveur. Il cachait encore des choses, ça ne faisait pas l'ombre d'un doute et c'était d'ailleurs la raison pour laquelle il refusait obstinément de dire la vérité. Quant à savoir si les secrets du loup réservaient de bonnes ou de mauvaises surprises, Kise avait bien sa petite idée sur la question… et il ne s'agissait pas que d'une intime conviction… Les preuves s'accumulaient contre son amant.

Dangereusement.

D'ordinaire, Kise ne versait pas dans les spéculations, prêt à croire en la bonté naturelle de l'Homme. Il avait même plutôt tendance à fuir comme la peste ce genre de relations uniquement basées sur la symbiose physique existant entre deux corps compatibles…

Ephémère et volatile.

Donner son cul venait indissociablement avec son cœur en simultané.

Et même si un jour Haizaki finissait par avoir son cul à l'usure, en revanche, jamais il ne parviendrait à capturer son cœur.

Mais pour le moment… autant profiter de ce que l'autre garçon semblait si enclin à lui offrir. Sans rien demander, ni obtenir en retour. Après tout, Haizaki ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même pour cela : Kise ne lui avait jamais rien promis de son côté et certainement pas de répondre à ses avances ou de participer activement. En effet, c'était le loup et lui seul qui avait initié cette drôle de… tension entre eux. Il serait donc l'unique responsable en cas d'échec. Parce si Kise se sentait pour l'instant d'humeur à accepter les attentions de l'autre canidé à son égard, en aucun cas cela ne voulait dire qu'il ne comptait donner quelque chose en échange, ni même y répondre. Oui, on pouvait le taxer d'égoïste complet sur ce coup, mais il s'en moquait bien. Encore une fois, c'était Haizaki qui était venu vers lui de son propre chef et ce, en toute connaissance de cause. Kise ne s'était jamais caché de son état d'indisponibilité sentimentale, la place étant déjà occupée par une certaine panthère noire depuis un bon moment.

Et comme il commençait à en avoir marre de voir Haizaki tourner autour du pot, la main de Kise quitta sa crinière soyeuse et elle vint se placer autoritairement à l'arrière de sa tête pour l'enfoncer un peu plus sur lui. Le brun avait tendance à délayer l'inévitable, cependant il allait peut-être falloir songer à s'activer en prenant les choses en main à un moment donné - ou plutôt en bouche - parce que la patience de Kise en matière de sexe était proche de celle d'un loup à qui on aurait interdit de pousser des hurlements lors d'une phase de pleine lune...

Et l'image sonnait fort à propos. Le renard pouvait ainsi se montrer dominateur à sa manière, une véritable main de fer dans un gant de soie estampillé Christian Lacroix et il entreprit donc de guider la tête d'Haizaki avec fermeté vers sa cible toute désignée. Celle-là même que l'as de Fukuda avait jusqu'alors soigneusement évitée pour mieux le frustrer. Pour autant, la réponse de l'ancienne racaille ne se fit pas attendre et comme pour se venger d'être ainsi dirigé, il mordilla un peu la chair fine située au niveau de l'aine de Kise. De quoi faire rougir la peau instantanément sous l'assaut. Le blond gémit, pourtant, il avait la certitude tout au fond de lui qu'Haizaki était le genre de mec à adorer qu'on lui donne des ordres…

Il n'y avait qu'à voir sa façon de se conduire avec Nijimura pour s'en convaincre.

L'autre brun avait pour habitude de le mener à la baguette et les rares fois où Haizaki protestait, il ne faisait aucun pli que c'était uniquement pour la forme. Sinon, comment expliquer que ces deux-là se soient retrouvés en couple à un instant T ? Tout ceci… leurs incessantes prises de bec… ne visaient qu'à mieux noyer le poisson perroquet. Et autant dire qu'à l'époque, la tâche avait dû être ardue, tant ces poiscailles semblent tout droit sortis du Carnaval de Rio avec leurs couleurs aussi vives que chatoyantes ! Car voyez-vous, Haizaki comportait malheureusement un défaut taille (en plus de son insolence naturelle…) : il avait une fâcheuse tendance à s'écarter des sentiers battus, comme c'était précisément le cas en cet instant.

Et pour cause, le Japonais avait décidé de le faire tourner en bourrique : il frottait sa joue mal rasée et désagréablement abrasive contre le membre à présent parfaitement érigé de Kise. Ce sale petit enfoiré faisait pour jouer avec ses nerfs et retarder le moment fatidique de la gâterie. Or, pour s'assurer qu'Haizaki rentre dans le rang en se remettant dans le droit chemin, rien ne valait une petite démonstration d'autorité bien sentie… Excédé, Kise lui saisit brusquement le menton de sa main libre et il l'écrasa sous sa paume, l'obligeant à relever la tête vers lui.

Toute tentative de rébellion teintée de désinvolture se payait en nature chez le goupil…

Son regard doré luisait d'un éclat mauvais.

« Suce-moi. » Ordonna t-il d'une voix claire.

Ses yeux semblaient vouloir hypnotiser Haizaki, à moins que ce ne soit lui jeter un sortilège et le brun abdiqua rapidement, gratifiant le sommet de la tour de chair de coups de langue taquins.

Bien.

Au moins, il savait ce qui était dans son intérêt.

Et… Kise avait besoin de ça. Il se sentait sombrer au fil des secondes dans les affres de la luxure et de la frustration. Sauf qu'au lieu de se débattre pour essayer de refaire surface, Kise avait décidé de se laisser couler sciemment. C'était le même phénomène qui se trouvait à l'œuvre, encore, le même que dans la salle de musculation, un peu plus tôt… Ce besoin impérieux de céder à ses pulsions les plus sombres, de se faire entraîner par le fond par une vague à laquelle il était impossible d'échapper et échouer ensuite dans les abysses de sa libido insatisfaite et de ses désirs inavouables. Cette envie de tout oublier et de simplement profiter. Prendre, prendre et prendre encore. Recevoir. Accueillir. Se sentir repu et rempli des attentions d'Haizaki. Devenir le réceptacle des fantasmes du loup et occuper toutes ses pensées, tout son champ de vision. Constamment. Laisser une trace indélébile de son cœur et dans son esprit. Marquer de son emprunte son corps soumis…

Oui, Kise souhaitait se perdre en Haizaki…

Lâcher totalement et irrémédiablement prise…

Laisser quelque chose de terrifiant l'avaler tout entier, l'engloutir, l'ensevelir et le dévorer, puis le détruire.

Pour mieux renaître.

Et s'affirmer et…

« Haaa oui… c'est bien. Good boy. » Le félicita Kise en revenant lui gratouiller la tête, comme s'il s'adressait à un corniaud devenu enfin obéissant.

L'ex-as de Fukuda venait de se mettre à le lécher sur toute la longueur de se sexe, avec un entrain non dissimulé. Le goût légèrement salé de la hampe semblait lui plaire. A moins que ce ne soit le doux effluve musqué qui s'en dégageait… Kise allait devoir penser à emprunter son gel douche immonde à Kagami un peu plus souvent à l'avenir, parce que son parfum sans sophistication parvenait à réveiller l'appétit d'Haizaki. Et c'était d'autant plus appréciable quand le blond figurait au menu. Puisqu'il tenait toujours le menton de son prisonnier volontaire, Kise le mena (par le bout du gland ?) jusqu'à sa sucrerie au goût de sel et il aida Haizaki à venir le prendre entre ses lèvres. Ce dernier réussit à le gober entièrement et d'une seule traite, sans la moindre difficulté. Et non content de son exploit, le vingtenaire aux cheveux d'ébène ne fit pas usage que de sa bouche, puisqu'il mit également sa gorge à contribution, la détendant au maximum pour accueillir aussi loin que possible la jolie virilité de son mannequin préféré.

Kise serra les dents et émit un couinement de surprise.

Les sensations éprouvées étaient incomparables, c'était la première fois que quelqu'un osait le capturer avec une telle profondeur. Les lèvres d'Haizaki se refermèrent sur lui comme un piège à loup. Impossible de fuir. Le message était clair : Haizaki ne le permettrait pas avant de l'avoir complètement vidé de sa sève vitale jusqu'à la dernière goutte. Mais de toute manière, Kise ne comptait pas essayer de se libérer. Ou tenter de l'en empêcher. Il s'était jeté volontairement entre les crocs du loup et il ne le regrettait en aucune façon. La bouche chaude et humide de son rival, puis sa gorge si étroite, s'étaient verrouillées autour de son membre pour le maintenir bien en place et Kise laissa Haizaki impulser la cadence au départ, le découvrir et le savourer à son rythme.

Il s'appliquait les yeux fermés et les joues creusées afin d'offrir plus de sensations et de confort à son roi.

Kise bascula tête en arrière, se contentant simplement juste de savourer l'une des meilleures fellations de sa vie. Une fellation purement généreuse et gratuite. Dénuée de toute obligation intrinsèque qui impliquerait de devoir donner son cul ensuite, en guise de paiement.

Il n'avait qu'à profiter.

Et rien d'autre.

Or, Kise remarqua bien vite que plus il haletait et gémissait, (plus il donnait de la voix en somme) plus Haizaki augmentait sa vitesse et sa profondeur de succion. De temps à autres, il permettait à Kise quitter sa prison buccale pour mieux venir saliver, cracher même à un moment donné, sur l'extrémité de son bâtonnet rosé afin de le rendre plus glissant et savoureux. D'autres fois encore, il alternait avec sa langue longue souple, comme pour éviter de laisser Kise s'habituer et ainsi, le rendre incapable de deviner ses prochains mouvements. Et pour être totalement transparent, à aucun moment l'égérie des podiums ne sentit particulièrement le piercing qui ornait le muscle lingual d'Haizaki. Au point même d'oublier son existence, sûrement trop concentré sur les sensations procurées pour pouvoir les dissocier ou les analyser précisément.

La vapeur d'eau brûlante qui envahissait la pièce rendait l'air difficile à respirer à cause d'une raréfaction de l'oxygène. Les joues rosies par le plaisir et la chaleur, Kise prenait un pied incroyable et en parlant de pied justement… le Kitsune jugea bon de rappeler à Haizaki lequel des deux tenait les rênes. Il se défit donc de l'étreinte d'Haizaki et il leva la jambe pour venir appuyer l'un de ses pieds sur l'épaule du lupin mangeur de saucisses. Il fit pression sur son échine et grâce à sa belle autorité toute neuve, il obligea Haizaki à relever la tête vers lui. Cette fois, le loup comprit tout seul comme un grand qu'il serait plus que souhaitable qu'il obtempère. Aussi, ses yeux s'ouvrirent-ils et son regard libidineux capta celui de Kise, cherchant à s'y ancrer en guise de point de repère.

Kise se libéra alors de l'emprise de son amant et il se prit en main, dessinant du bout de son pinceau personnel le contour des lèvres insolentes d'Haizaki. Sa queue était humide de salive et de liquide séminal et Kise rendit les lèvres de son esclave sexuel brillantes de leurs fluides mêlés. Ce dernier ne tarda d'ailleurs pas à ouvrir à nouveau la bouche, présentant sa langue docilement. Par réflexe, Kise vint frotter son méat contre le piercing rond qui couronnait l'organe d'Haizaki. Cela eut pour effet de lui envoyer des décharges d'électricité et d'adrénaline pures via la fente située au sommet de son sexe, décharges qui remontèrent le long du muscle pour le faire frissonner de plaisir.

Bordel de merde, qu'est-ce que c'était bon…

Tous ses sens déjà en éveil, étaient carrément en train de vriller là… et son cerveau avec…

Ce goût de transgression… d'interdit… ça l'excitait décidément plus que ça ne devrait… il avait l'impression d'enfreindre des règles figées dans une pseudo-bienséance, mais surtout dans la désuétude… La palme revenant sans hésiter au fait qu'il s'imposait lui-même ces satanées règles depuis toujours et qu'il les avait toujours scrupuleusement suivies.

Et pour quoi au final ?

Quel résultat ?

S'enfermer dans des carcans validés par la société et par le regard d'autrui… Celui du plus grand nombre.

Mais pas le sien.

Le regard d'Haizaki lui semblait tellement plus intéressant en cet instant. Jamais personne ne l'avait fixé avec ses yeux là. Avec ce désir viscéral de le manger tout cru, donnant l'impression de pouvoir tout accepter venant de lui. Il y avait presque quelque chose d'effrayant à se noyer dans ces yeux reflétant un appétit féroce impossible à combler. Comme s'il s'agissait d'un aller-simple, d'un voyage sans retour possible… Et ce que Kise croyait lire dans ces pupilles devenues presque entièrement noires par la luxure, le terrorisait en son for intérieur…

De la tendresse…

De l'affection.

Et une autre expression qu'il ne parvenait que trop bien à décrypter parce que non seulement il en avait été victime plus d'une fois, mais surtout, parce que lui aussi l'avait déjà exprimée auparavant : de l'obsession. Comme celle qu'il avait pu ressentir envers Aomine…

Cette expression brute, qui vous ferait passer pour dément face à quiconque n'ayant jamais éprouvé une telle émotion dans sa vie…

Kise sentit un nouveau frisson remonter le long de son échine.

Et parfaitement conscient de son trouble, Haizaki décida de donner l'assaut, la charge finale pour faire craquer Kise. Une de ses mains se posa au départ sur la cuisse de Kise, délaissant ses jambes. Puis, elle vint masser délicatement les deux bourses lisses et encore pleines du blond. Huit mois sans se purger ! Huit mois à vivre avec l'homme pour qui vous nourrissez un amour à sens unique, depuis la dernière fois qu'il vous a touché ! Haizaki savait que lui, n'aurait sans doute pas eu la patience de Kise… Il aurait probablement fini par sauter sur Aomine pour le forcer à prendre ses responsabilités… et l'obliger à le prendre tout court par la même occasion d'ailleurs…

Le pauvre blondinet, il avait vraiment besoin de se purger ! Un radiateur, ça se purger un à deux fois par an, alors une queue ! Ce genre d'outil aussi est doté d'un réseau de tuyauterie complexe… il faut donc veiller à l'entretenir et de l'avis d'Haizaki, la branlette n'est une solution à envisager qu'en cas de dernier recours. On en fait vite le tour (du poignet) et c'est sans commune mesure avec l'extase engendrée par deux corps qui s'emmêlent.

Finalement, son deal avec Kise l'arrangeait bien pour le moment… Pas de pénétration phallique. Asami allait le buter s'il l'apprenait… Tandis que ce qu'ils faisaient là… bon, même si Haizaki était sûr de dérouiller au cas où ces égarements parvenaient jusqu'aux oreilles d'Asami, le brun se disait qu'il avait peut-être une chance de s'en sortir, tant que ça restait « superficiel ». Sucer Kise, lécher Kise, doigter Kise = Good. En revanche, baiser Kise = BAD. Ouais, ça… c'était réservé au boss et au boss uniquement. Au Wakagashira en personne, pas aux vulgaires hommes de main interchangeables ramassés dans la rue comme lui… D'un autre côté, Asami lui avait laissé carte-blanche sur la méthode à utiliser afin de lui ramener le « Prize »… tant qu'il s'abstenait de le « toucher ». Mais merde, « toucher », c'est sacrément vaste et mal défini comme terme ! Où se situait la limite entre la vie et la mort ? De toute façon, Haizaki ne manquerait à personne s'il finissait par passer l'arme à gauche… Alors à quoi bon se priver ? Autant mourir d'une belle mort spectaculaire, après avoir défoncé le cul de Kise Ryota au moins une fois !

Sans regret.

C'est pourquoi les doigts de son autre main se glissèrent discrètement entre les deux globes blancs situés au bas des reins de sa proie. Ces deux pleines belles lunes qui narguaient constamment le loup tapis en lui et qui adorerait pouvoir se tapir bien, biiiien au fond, tout au fond de Kise également pour changer un peu.

De son majeur recourbé, il se mit à cercler l'entrée timide du Royaume de la Lune. Doucement, il entama de creuser dans le terrier du lapin dans le but de s'y engouffrer et ne lâcha sa proie que lorsqu'entama ses premiers va et vient, sourire aux lèvres, pour pouvoir parler :

« Devine quel doigt est en train de te baiser Ryota ? »

« Connard… » Couina Kise, qui avait parfaitement deviné qu'Haizaki faisait actuellement… un drôle d'usage du doigt d'honneur.

Pour toute réponse, le sourire carnassier du lupin s'intensifia l'espace d'un instant avant de totalement disparaitre, comme il se refermait à nouveau sur la verge du mannequin. Il aida le membre à coulisser dans la chaleur et l'étroitesse de sa gorge, exactement de la même manière qu'au début et Kise put comprendre pourquoi Mère-Grand était dotée d'une si grande gueule… C'était pour mieux manger les vilains enfants pas sages… ceux qui avaient eu l'outrecuidance d'aller jeter des œufs pourris sur la façade de sa maisonnette. Kise savait qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même pour ce qui était en train de se produire. Il avait allumé et provoqué Haizaki. Profité de sa faiblesse (pourtant feinte…) pour se satisfaire tout à l'heure et à présent, le loup se vengeait sur son corps sans défense.

Cependant, Kise non plus ne regrettait pas son geste… Il était prêt à en assumer les conséquences.

Ses mains agrippèrent les cheveux d'Haizaki, de peur de flancher, puisque son compatriote ne le tenait plus pour l'empêcher de tomber. Ses genoux tremblaient et Kise avait juste envie de s'écrouler. Basculant la tête en arrière à la recherche d'air, le fashionisto de service se sentait faiblir, proche de l'explosion. Pas étonnant que ses jambes ne le supportent plus : tout son sang semblait les avoir quittées pour venir se concentrer dans sa queue. Sa queue qui pulsait dans la trachée d'Haizaki. Sa prostate qui pulsait également sous des doigts inquisiteurs… (… A quel moment Haizaki en avait-il rajouté deux supplémentaires, au fait ?) Le point culminant approchait et Haizaki ne ménageait pas ses efforts. Ce gars n'avait-il aucun « réflexe nauséeux » comme on dit en français dans le texte !? (mais je préfère la version anglaise pour le coup : « gag reflex » !) Il dévorait sa virilité avec une facilité déconcertante, sans souffrir du moindre haut le cœur ou de difficultés à respirer, malgré la position inconfortable et la chaleur ambiante de la pièce.

Il avait l'air… d'avoir l'habitude. Ce fut la réflexion que Kise se fit. Et bizarrement… cette perspective lui laissait un goût amer en bouche… Haizaki avait du collectionner les amants masculins pour faire preuve d'un tel talent. Et… Kise en ressentait une pointe de jalousie (et qui n'avait rien à voir avec les capacités physiques incroyables du brun…) qu'il se dépêcha de chasser de son cerveau. Pfff… « ça lui en touchait une sans faire bouger l'autre », comme l'aurait dit fort élégamment Emmanuel Macron, enfin, ça aurait sûrement été le cas si Haizaki ne le tenait pas littéralement par les couilles en cet instant. Et pour l'aider un peu avant qu'il ne se fassent une crampe à la mâchoire, Kise décida de donner du sien également de manière littérale cette fois. Il se mit à onduler des hanches avec vigueur, baisant énergiquement la bouche d'Haizaki, non seulement dans le but de se satisfaire plus vite, mais surtout pour voir si le loup allait encore pouvoir conserver sa belle maîtrise bien longtemps…

Car en plus de son appétit sexuel, Haizaki aiguisait chez Kise d'autres bas instincts…

Ceux de domination, à la limite de l'humiliation. Et de la possessivité aussi, oui… Petit à petit, il comprenait que Nijimura ait pu céder à ses pulsions violentes avec l'ex-argenté. Dans une meute de loup, il y a toujours un alpha. Et cet alpha justement…

… Ce n'était pas Haizaki.

Non, le voleur de technique s'apparentait davantage à un loup solitaire, évoluant en marge de ses congénères.

Ah Kise… tu es si naïf… si tu savais…

En réalité, Haizaki était plutôt le bouc (loup ?) émissaire du groupe. Le membre le plus faible de la meute, celui qui canalise toutes les tensions et se fait maltraiter par les autres. Le paria qui mange en dernier et ne se nourrit que des restes, des morceaux de chair les moins nobles dont les autres n'ont pas voulu. Le loup qui traîne sa carcasse décharnée en queue de file et courbe l'échine, faisant profil bas, pour ne pas attirer l'attention des plus forts…

Oui, décidément, Haizaki éveillait des choses moches chez Kise. Des choses qu'il ne se serait jamais permis avec ses autres partenaires.

Comme par exemple…

Lui culbuter le fond du palais avec une puissance à lui faire sauter tous les plombages. Lui ramoner la bouche à lui en filer des crampes à la mâchoire pendant une semaine, s'il ne la déboîtait pas avant par mégarde bien entendu. Les deux mains de Kise se posèrent de chaque côté de la tête d'Haizaki pour mieux empaler son visage sur sa queue. Son ancien rival toussa légèrement, surpris par la profondeur soudaine de la pénétration et la cadence endiablée impulsée par Kise. Kise qui prenait la confiance, Kise qui se laissait complètement griser par cette position de force nouvellement acquise. Kise qui lui faisait sans doute payer tous ses mauvais comportements remontant à l'adolescence… Pauvre bichon, Haizaki en avait les larmes au coin des yeux et il semblait proche de la suffocation tout à coup, incapable d'encaisser ce que le blond était en train de lui infliger.

Ce n'était plus une pipe, c'était une catharsis !

… Ou une thérapie psychiatrique.

Néanmoins, Haizaki le maintenait fermement entre ses lèvres. Cherchait-il à se prouver quelque chose ? Ou alors… acceptait-il juste sa punition sans broncher ? Ce serait étonnant connaissant son tempérament rebelle… Dans le passé, faire pression physiquement ne l'empêchait pourtant pas de continuer à ruer dans les brancards… Haizaki aurait-il changé à ce niveau-là aussi ?

Peu importe.

Ce n'était pas le problème de Kise, ça ne l'intéressait même pas de le savoir.

Encore une fois, le mannequin était seulement dans l'optique de prendre et non de donner. Enfin… cela dépendait de quoi… parce que tout à coup, son corps effectua un don en liquide à son amant, plutôt copieux. Haizaki chercha à se dégager, mais Kise le maintint bien en place, niant tout droit de fuite. Pas avant de s'être assuré que le brun ait bu son offrande jusqu'à la dernière goutte. Ce serait dommage de gâcher une semence de cette qualité. Un grand cru de huit mois d'âge, cela ne se refusait pas ! Bon ok… pas tout à fait… Kise trichait un peu, il avait déjà eu l'occasion d'écouler… ou plutôt de faire s'écouler son stock plusieurs fois depuis ses retrouvailles avec Haizaki mais… au vu de la quantité qu'il avait emmagasinée au fil du temps, il n'était même pas certain d'avoir réussi à complètement épuiser ses réserves.

Et puis, encore une fois, Haizaki l'avait cherché. Il était le seul à blâmer : s'il n'avait pas désiré cette situation, il n'aurait pas dû la provoquer ! Certes, Kise aurait pu avoir la décence de prévenir sa Némésis qu'il était sur le point de lui servir une rasade plutôt généreuse de son jus de corps d'homme, mais qu'est-ce que ça aurait changé au final ? Ce n'était pas comme si Haizaki aurait eu un autre choix que de l'avaler, de toute façon. Alors autant gagner du temps et s'épargner d'inutiles politesses.

Pas de ça entre eux.

Respect ? Affection ? Prévenance ?

Non, leur relation n'était pas basée là-dessus, merci bien.

Et heureusement !

Bon Kise semblait légèèèèèèèèèrement oublier que la partie la plus vulnérable de son anatomie se trouvait toujours coincée entre les canines du lupin et que ce dernier aurait tôt fait de transformer son boudin blanc en charpies si l'envie lui en prenait, mais… noooooooon, cette idée ne lui effleura même pas l'esprit à vrai dire !

Par chance pour lui, Haizaki avala tout sans faire le difficile et il libéra donc sa proie ainsi vidée de sa substance. Kise en profita donc pour aller se caler à l'autre bout de la baignoire, s'allongeant dans l'immense tube où lui et Haizaki pouvaient tenir entièrement sans avoir à replier les jambes ou à les sortir de l'eau. Il haletait encore et ses oreilles bourdonnaient des suites à l'orgasme. Ou de la chaleur générée par la vapeur qui flottait dans la pièce, générant une légère brume.

Ce court ébat aquatique avait été intense, indéniablement et Kise n'arrivait pas à se rappeler à quand remontait la dernière fois où on l'avait sucé comme ça… avec un tel entrain et… non, il ne s'agissait pas d'entrain, mais plutôt… d'abnégation. De résilience, comme si Haizaki avait accepté son sort et s'était sagement résigné à sa sentence. Et Kise n'eut même pas le temps de se remettre de ses émotions, que déjà, le loup fondait à nouveau sur lui pour réclamer son dû, suite à sa bonne action.

Un baiser.

Et la désagréable expérience de la salle de sport revint à Kise, qui le repoussa sans sommation.

Ça alors, il n'aurait jamais cru qu'Haizaki était du genre CÂLIN après le sexe, hélas pour lui et son besoin d'espace !

« Stop ! Je t'ai déjà dit que j'aimais pas ça ! » Protesta le modèle photo.

« Oh… alors c'est une chance pour toi que j'ai choisi de tout avaler dans ce cas. Je n'ose imaginer ta tronche si j'avais décidé de recracher tous tes petits têtards dans l'eau pour qu'ils viennent nager parmi de nous. » Répliqua Haizaki, en regagnant son coin du bain.

Kise affichaa une moue dégoutée.

« Est-ce que tu as constamment besoin de te conduire comme ça… ? »

« Comment ça ? Comme ça, comment ? »

« Tu sais très bien comment ! Comme ça, là ! De manière aussi… aussi… sale et vulgaire ! »

« Ah ça y est, tu vas m'faire la morale maintenant, alors qu't'as bien du pomper Daiki jusqu'au trognon toi aussi ! A moins que ce ne soit l'inverse… »

« Je t'ai déjà dit que je ne voulais plus parler de lui, alors arrête maintenant ! »

« Ouais bien-sûr, ce cher Daiki, le sujet tabou… Sauf qu'à lui, tu lui as toujours passé tous ses caprices ! Lui, il a le droit de dire et de faire des trucs crado et sans que cela ne te pose pas de problème ! »

« Tais-toi je t'ai dit ! »

« Ou sinon quoi ? Qu'est-ce qui va se passer si je refuse ? Qu'est-ce que tu vas m'faire ? »

Le blond plissa les yeux. Il sentait la colère venir plus vite que l'orgasme et déjà, commencer à l'effacer.

« J'aurai tellement dû t'étouffer avec ma queue… » Vociféra Kise.

« Dommage pour toi, t'en as largement eu l'occasion pourtant… fallait le faire à c'moment là… »

« Qui a décrété qu'il était trop tard ? »

Lueur de défi dans le regard.

« … Vas-y et je te jure que dégobille dans la baignoire aussi sec. Je rends leur liberté à tes petits soldats et à tout ce que j'ai ingurgité ce matin, c'est-à-dire des céréales rassis. J'suis pas certain que niveau odeur et texture ce soit vraiment ragoûtant... Alors à ta place, je ne m'y risquerai pas, à moins que sa Seigneurie Marie-Antoinette ne tienne à barboter dans mes sucs gastriques… »

Cette dernière réplique cinglante sembla inciter Kise – qui était prêt à se lever pour lui enfourner sa gorge en travers de la gorge une nouvelle fois – à se raviser.

« T'es vraiment immonde… »

« Merci du compliment ! Fais pas cette moue dégoûtée, y en a qui aiment ça, tu sais… Et bien plus que tu ne le crois. »

« Ouais bah pas moi ! »

« Oh please… t'as cru que j'étais aveugle ou quoi ? Je t'ai vu prendre ton pied tout à l'heure… toi aussi, tu aimes verser dans le sale… Je sais que ça met à mal ton image de princesse bien rangée et propre sur elle, mais c'est la vérité. »

« La vérité, tu dis ? Tiens, tiens… je pensais que tu ne savais que mentir… Tu aurais donc connaissance de ce concept abstrait… ? » L'attaqua Kise, sourire aux lèvres. »

« Haha touché ! » Ricana Haizaki, pendant que Kise lui balançait de l'eau au visage à l'aide de son pied, tendu vers lui.

Mais soudainement le brun lui attrapa la cheville et Kise s'immobilisa aussitôt.

Haizaki était du genre imprévisible et le blond savait ce qu'il risquait à le contrarier. Pas qu'il ait peur, mais il en avait déjà fait la douloureuse expérience par le passé. Avec cette cheville justement, que son rival tenait à présent prisonnière de sa poigne d'acier.

« Non mais j'étais sérieux tout à l'heure. C'est quoi la différence entre moi et ce chien d'Aomine ? Pourquoi tu nous traites si différemment ? »

« Ça commence de la même manière que l'une de tes blagues douteuses… » Fit Kise en s'enfonçant un peu plus dans l'eau, comme pour se cacher.

« C'est pas une blague. J'voudrai vraiment l'savoir. J'en ai besoin. Qu'est-ce qui fait que lui, il a le droit de se conduire comme un gros porc envers toi sans en subir les conséquences, tandis que moi, je suis bon qu'à fermer ma gueule ? »

La main passée autour de sa cheville commença à la masser délicatement. Elle était encore sensible, malgré les années… parfois même, elle le lançait en présence d'Haizaki… Comme si elle sentait la menace qui planait sur elle, encore gravée dans sa chair…

« Pour commencer… Daiki n'est pas un chien, je t'interdis de dire ça ! Et ensuite… »

Il ferma les yeux, déglutissant pour étouffer un gémissement.

Ça faisait du bien, Haizaki savait se montrer doux quand il le voulait.

Et étonnamment, il n'avait pas menti à ce sujet : il était vraiment doué de ses mains… quand elles n'étaient pas occupées à distribuer des coups, bien entendu… Presque aussi talentueux qu'un professionnel.

« J'ai confiance en lui. »

« Pourquoi ? Parce qu'il dit la vérité ? »

« Entre autre… »

« Ça, c'est ce que tu crois…Tout le monde ment, même lui. Il n'est pas meilleur que quiconque. Toi aussi, tu le fais. Être mannequin, c'est vendre du rêve et donc, du mensonge à autrui et tu le sais très bien. »

Cette fois, Kise ne pu contenir un râle de plaisir. Haizaki savait exactement où appuyer pour le détendre, c'était magique…

« Tu dis que tu ne supportes pas le mensonge, mais en vérité toi, tout ce que tu veux c'est juste pouvoir mentir comme tu l'entends. Quand tu le juges approprié ou quand ça t'arrange. Mais par contre, tu ne supportes pas qu'on te mente et c'est ça ton gros problème Ryota. Même te mentir à toi-même, tu ne l'acceptes plus… Tu n'y arrives plus. Et c'est précisément pour cette raison que tu as préféré fuir. »

Kise s'était tranquillisé dans le bassin et les mots intelligemment choisis par Haizaki résonnèrent dans son cerveau, y trouvant un écho favorable. Oui, le brun avait raison. Kise se sentait épuisé de devoir mentir au quotidien, que ce soit par son métier ou par sa situation sentimentale. Et il s'enfonçait chaque jour un peu plus dans ses mensonges, notamment envers sa famille et ses amis restés au Japon, en leur assurant que tout allait bien, qu'il était parfaitement heureux et que sa carrière aux USA était florissante.

Il se disait que s'il continuait à se mentir suffisamment longtemps, peut-être… qu'il finirait par y croire et peut-être même que ses mensonges se changeraient miraculeusement en vérité au bout d'un certain temps… ?

SA vérité...

Hélas, il se fourvoyait en pensant ainsi : car Kise n'était plus que l'ombre de lui-même…

« C'était quoi déjà le surnom que tu me donnais au collège ? » Murmura faiblement Kise, les yeux clos pour éviter de regarder la vérité en face.

Il éprouvait soudainement le besoin de l'entendre dans la bouche de cet homme pour une raison qu'il ne s'expliquait pas. Probablement parce qu'Haizaki l'avait percé à jour et qu'il avait besoin se sentir rassuré en conséquence…

« Je ne vois pas de quoi tu parles. »

« Je t'ai déjà dit que tes mensonges ne prenaient pas avec moi. » Le houspilla à nouveau le beau Kitsune.

« Quoi ? 'Idiot du village' ? 'Ravi de la crèche' ? 'Imbécile heureux' ? 'Crétin des Alpes' ? 'Tronche de cake' ? 'Tête de bi-…' »

« Non ! » Le coupa Kise, agacé. « Pas ceux-là… l'autre… celui qui était sympa… »

« Désolé, mais j'ai oublié depuis tout c'temps. Va falloir me rafraichir la mémoire, si t'as envie que je le prononce encore… »

Nouveau sourire carnassier.

« En recommençant à te comporter comme à cette époque-là, par exemple. Ce serait un bon début... »

Il déposa un tendre baiser sur le pied encore mouillé du blond, avant de se remettre à le malaxer.

« Tu vois que tu peux me faire confiance à moi aussi… j'te fais pas mal là… »

« Hmm ! » Couina Kise. C'était franchement agréable oui, enfin… de là à baisser sa garde… « Non, c'est vrai… Mais… cette cheville que tu tiens figure sur la liste des nombreuses raisons qui font que je n'arrive plus à te faire… confiance. Le mensonge au sens large du terme, étant placé en première position de cette liste, évidemment. »

« Tu n'y arrives 'plus', tu dis ? Cela signifie donc que ça a déjà été le cas par le passé, n'est-ce pas ? » Se réjouit Haizaki, en poursuivant son massage improvisé.

« Hmmpfff… tu connais très bien la réponse à cette question baka ! »

« Ouais, mais j'veux te l'entendre dire à voix haute ! »

« Grrr… oui, d'accord c'est vrai : je t'ai fait confiance à un moment donné, ça y est voilà, t'es content !? »

Oh yeah… Haizaki exultait, même ! Et pour cause : il savait parfaitement à quoi Kise faisait allusion sans toutefois le formuler de façon claire et précise.

Et Kise aussi voyait très tout à fait…

« Mais c'était il y a bien longtemps… »

Il ferma les yeux et se remémora la première raison qui refit surface dans son esprit embué par la nostalgie…


« Waaaah j'y crois pas ! »

Le chaton doré avait des étoiles plein les yeux et un peu d'écume au coin des lèvres. Il fixait son cadet avec un mélange d'admiration et d'enthousiasme. Ce gars était toujours enthousiaste, de toute façon. Quelle que soit l'activité dans laquelle il se lançait, du moment qu'elle ne soit pas de nature intellectuelle, il EMPESTAIT l'énergie et la joie de vivre ! Haizaki serra les dents. Ce crétin lui rappelait constamment à quel point sa vie à lui était morne et misérable. Tout semblait tellement facile pour Kise ! Une existence jalonnée de bonheur et de succès ! Il n'avait qu'à battre des cils pour que toutes les nanas se traînent à ses pieds ! Il n'avait qu'à lancer le ballon n'importe comment pour que celui-ci atterrisse pile dans le panier ! Ce type-là n'avait jamais besoin de fournir le moindre effort, contrairement au commun des mortels ! Tout lui tombait tout cuit dans la bouche !

C'était tellement injuste…

Il avait la belle vie, constamment.

Et il ne réalisait pas… à quel point les autres devaient travailler dur juste pour obtenir ne serait-ce que les miettes de ce que Kise daignait bien leur laisser !

Pour le moment, Haizaki gardait le dessus sur lui au basket, mais ce n'était plus qu'une question de mois ou même de semaine, pour que Kise ne le surpasse. Et sans forcer, encore !

Cette sombre perspective avait de quoi foutre en rogne Haizaki. Oh, pas qu'il aime A CE POINT ce sport, non, il en faisait uniquement pour passer le temps mais… ça le faisait quand même chier que le premier novice débarqué, un mec qui ne savait même pas faire la différence entre un poteau de basketball et une barre de Pole Dance jusqu'à il y a encore quelques jours, puisse devenir meilleur que lui aussi vite.

« Montre, montre ! Alors, t'as fait les deux côtés finalement ? »

Une vraie pile électrique. Un gamin hyperactif. Un lapin épileptique à ressors, tout droit sorti d'une publicité pour Duracell !

« Raaah mais arrête de sautiller partout, tu vas m'filer la gerbe ! »

« Gnaaaa mais c'est d'ta faute ! Tu veux pas m'montrer ! o ! »

« Cesse de gesticuler putain ! »

« Mais j'y peux rien j'suis trop exciiiiiiiiiiiité ! J'trouve ça trop beau en vrai, les piercings ! »

Kise décida de se calmer et pour le récompenser de sa patience toute relative, Haizaki tourna la tête lentement, prenant le temps de lui montrer chaque profil. En effet, ses deux lobes avaient été fraichement percées et arboraient à présent plusieurs bijoux clinquants de chaque côté. Et du point de vue de l'esthète de service, le résultat était plutôt réussi.

« Alors, comment tu trouves ? »

« C'est tellement coooooooooool, exactement comme je l'imaginais ! Et ça t'va trop bien en plus ! Raaah t'as tellement de chance ! »

« Comment ça s'fait qu't'en aies pas, puisque t'as l'air de les aimer à c'point ? »

Le blondinet piqua un fard presque aussi grand que celui d'Haizaki, quand Kise avait commencé à le reluquer sous toutes les coutures. Il fixa ses chaussures, les trouvant soudainement PASSIONNANTES !

« Heu bah tu sais… ma mère veut pas que je m'en fasse… elle est assez stricte à ce niveau-là. Elle dit qu'avec ma carrière de mannequin qui commence à décoller, je dois faire attention à mon image. Et que les piercings, ça fait mauvais genre... »

Haizaki écouta la tirade ennuyée de Kise, les yeux écarquillés, incrédule. Mais aussitôt que Barbie-Fashion-Victime eut fermé son clapet, le Ken-Racaille-des-Bas-Quartiers-de-Tokyo éclata de rire.

« Ahahaha c'est le truc le plus con que j'ai entendu depuis un bon moment ! Non mais elle délire complètement ta daronne ! »

PAS LES MAMANS ON AVAIT DIT !

Kise se mit à bouder instantanément et Haizaki cessa donc de se moquer du moins… temporairement. Il n'était pas question de totalement vexer l'aimant à nanas de service…

« Mais t'es pas obligé d'écouter tout ce que dit ta mère, tu sais… »

« Comment ça 'pas obligé' ? J'suis encore mineur, j'te signale ! Et toi aussi, d'ailleurs ! T'es plus jeune que moi en plus ! Et pour le moment, en tant que mineurs, on a besoin de l'autorisation de nos parents pour tout ce qui tatouages et piercings ! » Gronda Kise, avant de se raviser et de demander timidement : « Dis… comment tu t'y es pris toi pour obtenir l'autorisation de ta maman ? »

« De quelle autorisation tu parles ? Tu crois vraiment que j'ai une gueule à d'mander des autorisations ? » Haizaki descendit du muret sur lequel il était venu se percher quand Kise avait commencer à lui crier dessus. « Y a des cas de force majeure dans la vie. Et se faire piercer en fait partie. Faut savoir ce qu'on veut, c'est tout. »

« Vouloir, c'est bien beau, mais ce n'est pas forcément synonyme de pouvoir ! » Se défendit le Kitsune. « Mais attends une seconde... ! Si je comprends bien, ça signifie que tu t'es passé de l'autorisation de ta mère du coup !? Elle… elle n'est pas encore au courant ? Haaaaaan comment tu vas trop t'faire passer un savon en rentrant ce soir ahaha ! J'aimerai pas être à ta place ! »

« Pfff mais non crétin ! Mes piercings datent d'hier, ma mère les a déjà vus ! »

« Oh… et elle t'a pas engueulé ? Elle a dit quoi alors ? »

« Qu'est-ce que tu voulais qu'elle dise ? Bien-sûr, ça ne lui a pas fait plaisir que j'fasse ça dans son dos, mais bon, y a pas eu mort d'homme ! Nan, là où elle s'est vraiment mise en rogne, c'est en apprenant que j'avais séché les cours pour me les faire faire… »

Il se frotta l'arrière du crâne avant de reprendre.

« De toute façon, elle a pas l'choix, elle va devoir s'y habituer parce que c'est pas comme si elle pouvait m'obliger à les enlever ou me les arracher pendant mon sommeil… » Quoique, la connaissant... elle saurait bien capable d'essayer… « En tout cas, si ça t'intéresse, j'connais un gars près de Shinjuku qui est prêt à piercer n'importe qui du moment que t'as d'quoi payer. Autorisation parentale ou pas. »

Mais soudain, sans crier gare, le blondinet énergique lui sauta dessus, manquant carrément de lui faire perdre l'équilibre au passage !

« Nan mais ça va pas !? Il t'arrive quoi encore ? »

Kise avait attrapé une de ses oreilles entre ses doigts et il l'inspectait avec minutie à présent, passant le cartilage au crible.

« Oi lâche-moi espèce de sauvageon ! Et puis, tire pas comme ça dessus, tu vas agrandir le trou ou déchirer le lobe ! »

« Mais arrête de bouger aussi et laisse-toi faire rooooh ! J'ai juste b'soin de vérifier que si t'es pas encore en train de m'raconter des bobards ! » Tiens, tiens, comme quoi, déjà même à l'époque, c'était une manie récurrente… « … Parce qu'y a pas moyen qu'un type louche qui accepte de percer des ados sans autorisation préalable ne soit pas en réalité un boucher peu soucieux des règles d'hygiènes élémentaires ! »

« Putain, mais puisque j'te dis qu'il était parfaitement réglooooooooooooo ! »

« J'suis sûr qu'il t'a fait ça à l'arrache, dans son arrière-boutique! A l'abri des regards indiscrets, dans la chambre froide où il conserve ses carcasses de barbaque, avoue ! »

« Arrrgh ! Mais non pas du touuuuuuut ! Qu'est-ce que tu vas t'imagiiiiiiiiiiiner ! C'était un vrai pro, avec tout l'matos nécessaire ! »

Kise allait lui décoller les oreilles s'il continuait ! Ah, il allait avoir l'air malin quand il ressemblerait à Dumbo ! Quoique… ça pourrait peut-être l'aider à sauter plus haut qui sait… ? Merde, il avait une sacrée force quand il se mettait le squatteur des podiums !

« Nan j'te crois paaaas sale menteur ! oO ! Vire tout de suite ces vilains piercings ou tu vas choper la syphilis ! J'plaisante pas ! C'est arrivé une fois au cousin d'un copain d'une amie top model qui vit à Osaka ! »

Qui donc ? L'amie top model ? Le fameux cousin ? Ou bien le copain, peut-être… ?

On ne le saura sans doute jamais car Haizaki ne laissa pas le temps à cette question d'être vite répondue…

« Ahhhhhhh j'te promets que si je saigne à cause de toi, j'te PIERCE un deuxième trou de balle ! »

Une dame qui passait par-là leur jeta un regard choqué. Il faut dire qu'ils avaient eu la super idée de commencer à se chamailler en pleine rue, sur le chemin de l'école… Enfin bon, Kise s'en foutait lui, il avait l'habitude d'attirer les regards de base…

« Hmmpfff… ok t'as pas l'air d'avoir de trace d'infection. Pour l'instant ! Mais t'as eu du bol ! Combien il t'a pris Jack l'Eventreur pour te trouer les oreilles au fait ? »

« …Sept mille yens environ. » Répondit Haizaki en lissant son uniforme. Kise avait froissé son col de chemise !

« Ça va, c'est abordable. C'est à peu près ce que je me fais en une seule heure de shooting nananère ! ^o^ ! » Sourit l'idiot du village.

« T'as bien d'la chance… Comme quoi, ça paie bien l'imitation de plante verte ! Bon, décolle-toi d'moi maintenant, j'ai b'soin d'air ! »

« N'empêche… » Débuta le mannequin en obéissant à l'ordre reçu. « … j'te le répète, mais ça te va vachement bien ! Ça te donne un côté plus… mature… et… un peu bad boy aussi ! Les filles en raffolent ! »

« Ben ouais, pour quelle raison tu crois que j'me suis fait piercer au juste !? »

Les filles. C'était donc ça...

« Oh ! Tu veux dire que tu l'as pas fait uniquement par esthétisme ? » S'étonna Kise, un peu déçu, trottant à présent comme un petit chiot fidèle près de lui.

« J'aurai pas lâché un si gros bifton si c'était juste pour la déco ! Sache pour ta gouverne, que je ne fais jamais rien si ça ne me rapporte quelque chose en échange, gros bêta ! » Asséna Haizaki, sûr de lui et de son pouvoir de séduction nouvellement renforcé.

« … Bah de toute façon, Aominecchi il dit que c'est un truc réservé aux homosexuels de porter des boucles d'oreilles des deux côtés. D'après lui, ce serait un signe tacite de consentement ! »

Le garçon aux cheveux hirsute s'arrêta net dans sa marche, visiblement vexé par cette... théorie fumeuse.

Qu'il prenait un peu trop personnellement.

Ou pas.

« N'importe quoi ! Qu'est-ce qu'il y connaît lui d'abord ? Et puis, il peut parler avec des magazines dégueulasses remplis de dames-zizis Thaïlandaises ! J'te promets, elles ont de plus grosses bites que toi et moi réunis ! Alors c'est plutôt lui la tarlouze ! » Riposta Haizaki.

« Faut pas réagir comme ça tu sais Haizakicchi ! T'as le droit d'être gay si tu veux, y a pas d'mal à ça tu sais ! » Rebondit aussitôt Kise. Peut-être avec un peu trop… d'entrain pour être honnête, d'ailleurs.

Mais Haizaki n'y vit que du feu et il poursuivit :

« Pour ta bonne information, sache que je n'suis pas une fiotte ! Et même si c'était l'cas, j'vois pas pourquoi j'devrai en avoir honte ! De toute façon, même comme ça, j'parie que je serrerai toujours plus que ce connard de Daiki ! »

Le sourire timide de Kise s'étira sur son visage.

« Alors ça veut dire que t'as rien contre les mecs qui aiment d'autres hommes ? »

« Bah nan, pourquoi ? Chacun fait ce qu'il veut de son cul, tant qu'on laisse le mien tranquille ! Mais pourquoi tu m'demandes ça tout à coup ? »

« Moi ? Oh pour rien ! J'voulais simplement m'assurer que t'étais pas un de ces connards d'homophobes, c'est tout ! »

« Ouais c'est çaaaa… »

Pas convaincu l'argenté…

« Va pas t'imaginer des trucs hein ! C'est juste que… dans mon milieu, y en a pas mal et je déteste l'idée que des gens puissent les harceler ! Chacun devrait être libre d'aimer qui il veut, tu n'trouves pas ? »

« Si mais… t'en connais personnellement toi ? »

« Heu et bien… c'est pas le genre de chose qui s'affiche publiquement tu vois ? Alors je ne peux pas totalement en être sûr quoi... mais disons que j'ai mes suspicions ! » Rougit-il.

Parce qu'il se sentait tout de même un peu concerné… mais à ce stade, mieux valait garder cette attirance secrète !

« Tu vas m'faire croire qu'tu t'es jamais fait draguer par un autre gars peut-être ? Ben voyons ! »

« Pourquoi ? Tu veux dire que tu me trouves assez mignon pour imaginer qu'une telle chose puisse se produire… ? »

Kise le dépassa soudainement et se planta devant lui en papillonnant des cils. Aussitôt, Haizaki sentit son fameux fard revenir au galop…

« Raaah dégage ! » Fit Haizaki en lui plaquant une main sur la tronche pour l'écarter de son chemin.

Non mais !

Pas question d'admettre que Kise lui plaisait… un peu. Juste un peu hein ! Mais c'était déjà trop… Enfin, depuis leur sortie à la fête foraine, il avait quand même déjà rêvé de lui au moins vingt fois ! Et ça ne faisait que dix jours. Comment était-ce possible ? Je vous laisse faire le calcul…

« Par contre… t'avais raison quand tu disais que chacun devrait être libre d'aimer qui il veut… Et j'ajouterai même CE qu'il veut. Ça vaut donc aussi pour les piercings ! Ta mère ne devrait pas pouvoir te l'interdire ! »

« Tu sais quoi ? J'suis carrément trop d'accord avec toi ! Mais j'peux rien y faire hélas… »

« Hmm… toi non, peut-être pas… mais moi… » Répondit pensivement le gris.

« Hein ? » Kise cligna des yeux, sans comprendre.

« … Je crois que je viens d'avoir une idée. Attends-moi devant le gymnase à dix-sept heure quinze après les cours ok ? Et sois pas en retard ! »

« Mais pour quoi faire ? On n'a même pas entraînement ce soir ! »

« Justement ! Mais j'peux pas t'en dire plus, c'est une surprise et puis, il faut encore que j'réfléchisse à comment organiser mon plan ! »

« Heu… ok ! » Acquiesça un Kise dubitatif, en le voyant faire demi-tour.

Et prendre la direction opposée à celle du collège…


A dix-sept heures dix tapantes, Kise traversa les couloirs de Teiko comme une flèche.

Non, une fusée plutôt.

Et à dix-sept heures quinze, il arriva au lieu-dit du rendez-vous, comme prévu.

Haizaki l'y attendait déjà, adossé à la grande porte double du gymnase.

Un peu essoufflé, Kise s'approcha de lui, curieux.

Il n'avait pas arrêté d'y penser de la journée à vrai dire…

Que mijotait Haizaki ? Tout ceci était décidément bien mystérieux…

« Amène-toi. » L'invita son comparse d'un mouvement du menton, tout en disparaissant derrière le grand bâtiment pour plus de discrétion.

S'agirait de pas se faire gauler bêtement maintenant…

Kise le suivit sans poser de question, ce qui ne lui ressemblait pas. Mais un hoquet de surprise lui échappa lorsqu'il vit Haizaki sortir une immense aiguille semblable à celles que sa grand-mère de Suède utilisait pour tricoter des pulls de Noël affreux et des écharpes. Ou peut-être que l'imagination de Kise était un terreau beaucoup trop fertile à cet instant à cause de l'angoisse qui commençait à secouer tout son être et qu'à cause de cela, il voyait cette pauvre petite aiguille comme beaucoup plus grosse et impressionnante qu'elle ne l'était réellement…

Il avala difficilement sa salive lorsqu'Haizaki sortit l'arme du futur crime de sa boiboîte, en la lui présentant.

« J'suis retourné voir le pierceur. » Raconta le collégien rebelle. « Et j'lui ai d'mandé comment faire en lui expliquant qu'un pote avait pas l'droit d'aller s'en faire poser un, alors il m'a montré. »

Wow, alors Haizaki le considérait donc comme un 'pote' ? Normalement, le renard aurait dû bondir de joie au plafond, ou dans les bras d'Haizaki au minimum, mais il n'en fut rien. Ses yeux s'étaient arrondis sous le choc de ce que son 'ami' était effectivement en train de lui révéler OKLM. Comme s'il n'y avait pas de quoi en faire tout un camembert…

« C'est hyper simple en fait ! T'inquiète pas, j'ai mémorisé toute la procédure et les mouvements, ça va bien s'passer ! » Sourit l'autre, sadique. 'L'autre sadique', même. Sans virgule entre les deux qualificatifs.

Bien se passer, bien se passer, c'était un peu vite dit ! Bien s'passer mon cul, oui ! D'autant qu'il n'existait aucune garantie ! Kise avait envie de prendre ses jambes à son cou (ce qui n'est pas une position pratique pour courir n'empêche, jamais compris cette expression…) et de détaler en hurler au fou. Mais c'était lui risquait de passer pour un taré s'il faisait ça malheureusement. Et puis, il ne voulait pas avoir l'air d'un dégonflé devant Haizaki !

Percevant bien que son acolyte commençait dangereusement à flipper sa race, Haizaki s'approcha de lui avec lenteur. S'agissait de ne pas l'effrayer davantage… Parce que c'est bien connu, quand on est stressé, toute chose, quelle que soit sa nature, aura plus de mal à rentrer… et actuellement, Kise possédait autant de confiance en lui qu'un poulet encore vivant, paumé dans les cuisines d'un KFC…

« Tout doux… je sais c'que fais promis… »

Et voilà qu'il lui parlait comme à un clébard récalcitrant qui n'a pas envie d'aller faire son vaccin chez le véto maintenant !

Quelle humiliation !

« Et c'est censé m'rassurer peut-être ? » Cria Kise. « Si tu fais un pas de plus, j'hurle au viol, j'te préviens ! »

Grand silence.

Gênance mutuelle.

Avant de reprendre…

« J'suis sûr que c'est vachement douloureux ton truc là en plus ! »

« Mais nan, ça fait pas mal du tout ! Promis, j'ai rien senti ! »

Ce qui n'était que la plus pure des vérités, en réalité.

« Pfff tu dis ça, mais j'te connais, t'es encore en train d'me mentiiiiiiiiiiiir ! Tu peux décidément pas t'en empêcher ! » Le houspilla Kise, poings serrés.

So it was a thing even back then.

How funny…

« J'suis pas en train d'te mentir ! Il faut me croire ! » Il parla plus doucement. « Ryota, regarde-moi : c'est bien toi qui voulais un piercing, non ? »

« Oui mais j'avais complètement occulté le fait qu'il faille se faire transpercer la peau avant ! Gnaaa… si je mets du sang sur ma veste, ma mère va me tuuuuuuuuuuerrrrr ! »

On notera que déjà à l'époque, Haizaki se montrait déjà très persistant à l'idée de PENETRER Kise avec un objet long et perçant…

Le garçon aux cheveux d'or, quant à lui, imaginait déjà toute cette sordide histoire faire les choux gras de la presse à scandales, friande de ce genre de déboires ! « Kise Ryota le mannequin masculin le plus prometteur de l'archipel perd une oreille, après se l'être fait piercer par un camarade de de collège ! ÇA TOURNE MAL + EXPLICATIONS ! »

Et en parlant d'explications… Haizaki se figura que son cobaye se sentirait peut-être plus rassuré et volontaire s'il lui en donnait. Peut-être qu'en détaillant et en décortiquant chaque étape pas-à-pas, Kise comprendrait que ce n'était pas la mer à boire et qu'il se faisait toute une montagne de pas grand-chose, sans que ce ne soit justifié…

« Calme-toi. Il faut que tu te détendes et tout ira bien, tu as ma parole Sunshine… »

Même cet adorable surnom ne suffit pas à effacer ses craintes…

« Facile à dire pour toi ! J'voudrai bien te voir à ma place ! »

« Heu… je m'y trouvais encore pas plus tard qu'hier hein ! Je sais c'que ça fait ! Et c'est pour ça que j'peux t'affirmer que c'est que dalle ! Niveau douleur, je suis sûr que garder la même pose en tant que mannequin pendant plusieurs heures d'affilée, c'est largement pire ! »

« Et donc… comment tu comptes t'y prendre ? » S'intéressa progressivement Kise.

« D'abord, je vais préparer ta peau à recevoir l'aiguille. C'est une étape à ne pas négliger. »

« C'est-à-dire ? Concrètement ? »

Il parlait plus calmement et Haizaki en profita pour combler la distance entre eux.

« Je vais la nettoyer avec un peu d'alcool. Rien de plus, histoire de bien la désinfecter en premier lieu. »

« Et l'ai-l'aiguille, t-tu vas la désinfecter comment, elle ? Avec de l'alcool aussi ? »

« Nan pour ça, faut la chauffer à blanc… Mais t'en fais pas, j'ai tout prévu ! Si jt'ai donné rendez-vous ici, c'était pour récupérer mon briquet ! Nijimerda me l'avait confisqué et il était allé le planqué dans son casier de sport ! Une chance que je sache le crocheter ! Quel gros con, comme si ça allait m'arrêter nan mais j'te jure… il me connaît bien mal ! »

Et c'était supposé le rassurer tout ça… !? Ok, Kise blêmit davantage, ce sentant encore plus mal. Ne restait plus qu'à espérer qu'Haizaki soit moins nul à chier lorsqu'il s'agirait de percer un trou dans sa chair dénuée d'imperfection !

« J'ai…. J'ai heu… aussi apporté un piercing temporaire. Un machin clinique stérile pour empêcher la plaie de se refermer et de s'infecter. Tu veux le voir… ? » Proposa Haizaki, histoire de détourner son attention.

« D-d'accord. » Il hocha de la tête, docile.

Haizaki sortit donc une seconde boîte de sa poche. Un joli écrin en velours. Manquait plus qu'il pose un genou par terre et on aurait pu croire qu'il lui faisait sa demande en mariage ! Le cœur de Kise s'emballa à cette idée saugrenue.

Evidemment, à choisir, il préférerait Aomine en guise de futur époux, mais bon… le blondinet ne pouvait nier qu'il avait un faible pour Haizaki et son côté mauvais garçon au grand cœur. Mais bien planqué le cœur alors ! Sous une bonne couche de mauvaise foi et d'agressivité latente quoi…

La boîte s'ouvrit sous le regard émerveillé de Kise et dévoila enfin son trésor : un adorable piercing en forme de tête de renard trop choupiiiiii ! Voilà qui constituait un argument (et une récompense !) de poids pour laisser Haizaki le transpercer avec sa grosse aiguille… Phrase à ne pas sortir de son contexte, bien évidemment !

« Ça te plaît ? »

« Si ça me plaît ? Mais c'est trop meugnon, tu veux dire ! Où tu l'as trouvé ? »

« J-j'l'ai pas volé, si c'est c'que t'insinues ! » Se défendit immédiatement le loup gris, avant de se calmer en réalisant qu'une telle réaction le faisait paraître suspect. « … Le type de la boutique de piercing me l'a donné… Va surtout pas croire que j'sois allé l'acheter EXPRES pour toi hein, espèce de crétin ! »

« Moooh mais je ne crois rien du tout moi ! » Sourit Kise, touché par l'attention.

Les jolies rougeurs qui avaient élu domicile sur les joues d'Haizaki en disaient en effet bien plus long que n'importe quel discours…

« Alors c'est bon, tu m'fais confiance maintenant ? »

« Hmm… j'hésite encore… »

« C'est comme tu veux. Pas d'piercing, pas d'tête de renard. C'est toi qui vois ! »

« Raaah mais oui c'est bon, tu peux m'le faire ! » Céda Kise en lui prenant la main avant de murmurer, les yeux pétillant de convoitise : « Mets-la moi Haizakicchi… »

Ok le cerveau d'Haizaki frôla le blackout là. Les mots de Kise résonnèrent à ses oreilles de manière un peu trop… imagée. Et à cet âge-là, on a l'imagination qui frétille autant que les hormones, donc il ne fallut pas plus de deux secondes pour que des arrière-pensées salaces viennent l'assaillir de toutes parts.

Repoussant Kise d'une main dans la tronche en le faisant gémir (mais pas de plaisir…), Haizaki tint à mettre une SAINE distance entre eux, afin de procéder à la prochaine étape. Pas encore celle de la percée, mais celle qui consistait à chauffer à blanc l'aiguille pour la stériliser. Il s'appliqua minutieusement, passant la flamme le long de l'objet sans se cramer au passage. Une chance qu'il clope occasionnellement, sinon, il n'aurait pas eu le matos nécessaire. Ça aurait été ballot quand même de se lancer dans cette opération sans être proprement équipé…

Le goupil l'observa avec appréhension, mais il préféra fermer ce qui lui servait de clapet. Après tout, Haizaki avait l'air de savoir ce qu'il faisait et quelque part, Kise se sentait touché que l'argenté ait pu passer du temps à se renseigner pour lui… Restait juste à espérer que le résultat serait à la hauteur et qu'on éviterait un mauvais remake de « Massacre à l'aiguille de couture ! » Enfin bon, maintenant que Kise avait dit faire confiance à Haizaki, il était trop tard pour reculer sans passer pour une petite nature. Le blond devait assumer et aller jusqu'au bout.

« L'aiguille est prête. » Décréta l'apprenti pierceur en herbe.

« Attends ! Tu as dit que tu devais me désinfecter l'oreille avant de piquer ! » Indiqua son comparse, qui avait bien retenu la procédure.

Son docteur de famille faisait tout le temps ça aussi avant de le vacciner, maintenant que Kise y pensait et Haizaki procéda avec le même soin. Il passa un petit coton imbibé d'alcool sur le lobe pour nettoyer la peau et la préparer à se faire trouer.

Une bonne préparation, c'est la clé quand on va recevoir un corps étranger à l'intérieur de soi et…

Bah quoi ?

C'est vrai, non ?

Toujours était-il que Kise sentit toute sa belle confiance en lui s'évaporer comme le carrosse de Cendrillon après minuit, lorsqu'Haizaki s'arma pour de bon de son aiguille ! On aurait dit qu'il tenait un pieux et qu'il interprétait le rôle de Buffy, prête à casser du vampire !

« Ne bouge surtout pas. »

Même si ce serait sacrément con qu'il vise à côté, ça restait facile à dire !

Une vague de peur submergea soudainement Kise. Et pourtant, il se sentait à peu près rassuré jusqu'à il y a encore dix secondes… Mais là, c'était beaucoup trop réel ! Il ferma les yeux mais quand la pointe de l'épingle mordit sa peau fine, avant de venir la transpercer purement et simplement, le Kitsune ne put retenir un cri de douleur.

« PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! J'AVAIS PAS SIGNE POUR CAAAAAA TU M'AS MENTIIIIIIII ! CA FAIT GIGA MEGA SUPRA MAAAAL ! AAAAAAAHHHHHH ! Mamaaaaaaan, c'est la dernière fois que j'te désobéiiiiiis ! Aïe aïe aïe ! » Pleurnicha Kise, dont les yeux commençaient à s'humidifier.

Et non, il ne s'agissait absolument pas de larmes de crocodile.

Pas cette fois en tout cas, même si cette méthode de défense restait la meilleure arme du renard et qu'il n'hésitait pas à en abuser en temps normal. Ce qui expliquait peut-être pourquoi Haizaki ne le crut pas. Naaaan pas possible, Kise en faisait juste des caisses, comme d'habitude ! Ça ne pouvait pas faire aussi mal, concrètement ! Même en admettant que quelqu'un puisse être extrêmement douillet ! Haizaki, lui, n'avait ressenti qu'un léger pincement en comparaison.

Or, à force de crier au loup pour un oui ou pour un non, on finit par en voir la queue.

Et pas celle que Kise aurait voulu en cet instant fort désagréable !

A trop se cacher derrière des pleurs artificiels, il fallait bien que ça arrive un jour : on ne le croyait plus ! Pourtant, sa douleur était REELLE et authentique !

« Mais arrête de gesticuler ! Je vais finir par te déchirer le lobe si tu ne tiens pas en place ! » Le menaça Haizaki, qui commençait à perdre patience. (Comme on le comprend.)

Cette fois, d'abondantes larmes coulèrent vraiment, roulant sur les joues pouponnes de Kise. Ça faisait vraiment un mal de CHIEN ! Comme une brûlure, mais en pire ! Même se faire piquer par une abeille était plus agréable ! Il sanglotait en hoquetant, se mordant la lèvre inférieure pour tenter de calmer l'agonie. Mais rien ne semblait pouvoir dompter ce feu qui lui dévorait le lobe.

« C'est bon, la pointe est ressortie de l'autre côté, faut que je l'enlève maintenant. »

Ouais bah si c'était censé le rassurer, c'était raté ! Kise pleurait comme un gros bébé. Paraît qu'il faut souffrir pour être beau, mais bon sang, il croyait que ce n'était réservé qu'aux filles, ça !

« En douceur… voilà… c'est presque fini… encore une petite minute… »

Dès que l'aiguille fut ôtée de son orifice fraîchement creusé, Haizaki se dépêcha d'appliquer un nouveau coton imbibé d'alcool pour empêcher la plaie de saigner. Il aurait peut-être dû laisser un peu plus longtemps l'ustensile à l'intérieur pour être sûr que ça ne se referme pas, mais le titulaire de l'équipe avait eu un peu pitié de Kise. C'est qu'il semblait être à l'article de la mort le malheureux mannequin là ! Les yeux rougis, le nez qui coulait, il n'avait plus rien de très glamour, ses fans auraient sans doute été déçues, même les plus intransigeantes.

Ouais… le pauvre, il n'en menait franchement pas large et Haizaki avait donc décidé d'abréger ses souffrances. D'ordinaire, il aurait sans doute pris plaisir à le torturer un peu plus longtemps ou à se moquer de lui, mais là non. Il en ressentait presque de la peine. Ok, Kise avait une nette propension à jouer la comédie dès que quelque chose n'allait pas dans son sens, (et il était un piètre acteur, en plus…) sauf que dans le cas présent, on pouvait très clairement lire sur son visage qu'il douillait sa grand-race. Et ça, il ne pouvait le feindre, il était pas assez bon pour y arriver…

L'argenté pinça bien la compresse alcoolisée entre son pouce et son index pour empêcher le sang de s'écouler. Mais les larmes de Kise, elles, continuaient de s'écouler…

« Tain', si j'avais su que t'étais une chochotte pareille, je t'aurai fait picoler une des bières qui se trouve dans mon sac avant, pour pas que tu sentes la douleur… »

« QUUUUUOIIIII !? T'as amené de l'alcool à l'écoooooooooole !? Mais c'est interdiiiiiiiiit ! » Eructa Kise, reprenant temporairement du poil de la bi… heu bête !

« Oh c'est bon… c'est juste un peu de bière ! C'est pas très fort ! Et puis, c'est pas comme si j'avais ramené de…. Oh putain… »

« ? »

« T'as vraiment très mal Ryota ? »

« Voui…. é_è vraiment, vraiment beaucoup… snif… » Avec les yeux de chiot battu en prime, évidemment.

« Ok alors tiens-moi ça ! »

Il lui confia donc la compresse et se mit à farfouiller dans son sac pour en sortir… une flasque en métal, sous le regard circonspect (et toujours embué de larmes…) de sa victime préférée.

« C'est quoi ? »

« De la potion magique… Parfaite en cas de bobo… tu vas voir, ça fait effet direct ! »

« Y a quoi dedans ? Ma mère, elle veut pas que je boive d-… ! »

« On s'en fout de ta daronne, bois j'te dis ! » Le coupa Haizaki, agacé de l'entendre se plaindre. « Sauf si tu tiens à avoir mal toute la nuit, bien entendu… Moi, ça m'est égal… »

« Non non non non ! Mais heu… t'es sûr que ça craint rien ? Parce que je dois te prévenir que je suis intolérant au lactose, ça me fait gonfler du visage et ça me donne des ballonnements… »

« T'inquiète pas. Y a pas de lait là-dedans. Allez, avale ! Cul sec ! »

Il lui lança la vasque comme une passe de basketball et Kise l'attrapa facilement. Il dévissa le petit bouchon et immédiatement, une odeur puissante lui picota les narines. Enfin, les agressa plutôt. Oh la vaaache… ça avait l'air sacrément corsé, les effluves du contenu liquide lui brûlaient même les yeux, accentuant encore sa crise de larmes.

« Beurk ç-ça pue ton truc ! »

Mais s'il ne buvait pas le mystérieux breuvage, non seulement sa douleur ne disparaîtrait pas, mais en plus, il allait encore passer pour le lâche de service aux yeux d'Haizaki. Et devant son regard insistant, Kise abdiqua donc et suivi les instructions d'Haizaki en plaquant ses lèvres contre le goulot pour boire cul sec…

Avec peut-être un peu trop d'entrain !

« Oiii ! Vide pas tout, c'est pas d'la flotte hein ! »

Il fallut que l'argenté le retient de tout engloutir d'une traite. Immédiatement, l'effet de la boisson se fit sentir : les poumons de Kise le brûlèrent violemment et il toussa pour évacuer l'incendie qui les ravagea.

Sans succès.

« WAAAAH C'EST FOOOOORT TON MACHIIIIIN ! J'ai l'impression d'avoir bu de l'essence ! »

« Comment tu sais quel goût ça a ? T'en as déjà avalé ? » Se moqua un peu Haizaki.

« Non, mais je suis persuadé que ça a exactement cette saveur-là ! »

Mais brusquement, Kise commença à vaciller sur ses appuis. Il posa une main contre son front, tandis qu'Haizaki se précipitait pour l'aider à rester debout.

« Wow… ça tourne… J'me sens… bi-bizarre… »

« Bizarre comment ? »

« Tout léger… »

« Tsss c'est normal ! T'en as trop bu et trop vite aussi ! Ton corps est pas habitué… »

« Hmm… »

Bon au moins, Kise ne se plaignait plus d'avoir mal, c'était déjà ça de gagné et cette solution improvisée avait donc fonctionné. Haizaki en profita donc pour lui enfiler le piercing, qui rentra comme dans du beurre. Au moins une bonne nouvelle, il avait réussi son coup et au premier essai ! Ça avait des avantages insoupçonnés d'être doté d'un talent pour la copie.

« Hey ça va ? Tu vas pas gerber hein ? »

Kise lui paraissait bien pâle tout à coup… peut-être qu'il était hémophile ? Erf… Haizaki réalisa qu'il aurait peut-être dû lui poser la question AVANT de lui faire une plaie OUVERTE.

« Ouais ça baigne hmm… dis, depuis quand t'as un frère jumeau ? » Demanda l'adolescent en clignant des yeux.

« J'ai pas de… Oi, qu'est-ce que t'a ? »

« Rien ahaha je te vois juste en double. C'est lequel le vrai ? »

« Merde… j'en étais sûr… j'aurai jamais du te filer ça à boire en fait, c'était une mauvaise idée… »

« De quoi ? »

« T'es bourré ! »

« Ahahaha n'importe quoi ! Pour être b-bourré, faut boire de l'alcool et moi, j'en ai pas bu une soute… heu goutte… ! »

« Nan mais c'est pas possible d'être ivre aussi vite putain ! Y a quoi dans ce truc au juste ? »

AH BEN CETTE QUESTION AUSSI TU AURAIS PEUT ETRE PU/DU DE LA POSER AVANT D'EN PROPOSER A KISE !

Par curiosité autant que par acquis de conscience, Haizaki ouvrit à son tour la flasque à moitié vide. Kise possédait une bonne descente ! Pas étonnant qu'il soit dans cet état aussi rapidement : avec la dose qu'il avait avalée, même un éléphant aurait été assommé sur le coup ! Le nez d'Haizaki se retroussa de dégoût.

« Wow… c'est chargé ! On dirait… de l'absinthe ? J'croyais que c'était qu'un p'tit whisky de rien du tout moi ! » Essaya de se dédouaner le responsable.

Et que ça ne risquait rien, du coup…

Sauf que…

Pour en avoir le cœur net, Haizaki passa sa langue sur le goulot, là où Kise avait bu juste avant, pour recueillir le liquide qui s'y trouvait encore. Il fit un bon en arrière, manquant de lâcher le flacon.

« Oh putain… j'sais pas c'que c'est exactement… » Non pas qu'il soit un grand connaisseur en matière d'alcool et ENCORE HEUREUX au vu de son jeune âge, mais… une chose était sûre : ça ne ressemblait à rien de ce qu'il avait goûté jusqu'ici ! « … mais ça déchire ! »

Il avait l'impression de se sentir un peu beurré rien qu'à respirer l'arôme qu'exhalait la bouteille, c'était dire…

Pas étonnant que Kise soit rond comme une queue de pelle en à peine deux gorgées…

Bon ok, un peu plus que deux gorgées quand même…

Il venait de se foutre dans une sacrée belle merde là n'empêche… Et il n'eut pas le temps de réfléchir à une échappatoire, que déjà, cet imbécile de fausse blonde l'agrippait par le col de la chemise.

« Haizakicchi… j'sais pas ce que tu m'as filé à boire mais hihi… c'est drôlement efficace… aaaaloooooooors tu as intérêt à prendre tes RESPONSABILITES hihihi… » Fit Kise, hilare, avant de le plaquer au mur extérieur du gymnase pour mieux se coller à lui.

Bon sang ! Jamais il n'aurait dû piquer la flasque d'alcool maison du proviseur ! Mais quand ce dernier l'avait convoqué dans son bureau pour le sermon sur ses retards et autres absences, Haizaki n'avait pas pu s'en empêcher. Il avait profité que ce vieux grigou lui tourne le dos pour subtiliser ce trophée. Puis, il l'avait enfoui dans son sac machinalement, plus par automatisme pour éviter de se faire pincer, qu'avec la réelle intention d'en consommer ! La preuve, il avait même oublié jusqu'ici qu'il en était en possession ! Quoiqu'il en soit, à bien y penser, leur proviseur devait traverser une phrase sombre et être foutrement déprimé dernièrement pour se murger avec un truc aussi FORT !

Et quel génie d'en ramener à l'école, OKLM aussi ! N'importe quel élève pourrait tomber dessus et un malheur était si vite arrivé ! (C'est ça Haizaki, donne-toi bonne conscience !) Sa femme le trompait ou le menaçait de divorcer ou quoi pour qu'il ait envie de se mettre des mines pareilles ? Raah mais quel con ! Quelle idée aussi d'en avoir filé à Kise ! Qui sait ce que ce FOU de dirlo avait foutu dedans ? Si ça se trouvait, il avait bourré sa mixture d'anti-dépresseur en prime ! Ok, ça avait fait son office en calmant la douleur du Kitsune, sauf qu'à présent, le renard était complètement fumé ! Il n'allait pas pouvoir rentrer seul dans son état actuel, ce serait du suicide, il risquerait de traverser au feu rouge et de se faire emboutir par un camion en souriant comme un gogol…

En bref, le blond avait raison : Haizaki devait assumer ses responsabilités. Même si son geste partait d'une bonne intention. Argh qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir raconter à la mère de Kise quand elle verrait son fils dans cet état déplorable et lui demanderait des explications ? Devait-il mentir pour se couvrir ? Accuser Kise ? Ou accepter de porter le chapeau de sa propre connerie ? Et s'il attachait Kise à un poteau et qu'il revenait le chercher demain, lorsqu'il aurait dégrisé ? Hmm… il devait bien avoir un antivol de vélo qui traînait dans son sac aussi… Antivol qu'il avait… volé également. Ce qui était passablement con, puisqu'il ne possédait pas de vélo…

« Bon, bon, réfléchis Shogo… Tu pourrais le raccompagner jusque chez lui, sonner à la porte et quand sa mère viendra ouvrir, tu l'abandonnes à moitié endormi sur son paillasson, ni vu, ni connu ! Elle croira juste qu'il est épuisé à cause de l'entraînement qui était trop rude ! »

Ouais, ça pouvait marcher !

A un détail près…

Kise EMPESTAIT l'alcool ! Et vu qu'il se trouvait très, très proche d'Haizaki, ce dernier pouvait le sentir…

« Oh la vache, l'haleine de dragon… »

PRENEZ UN CHEWING GUM EMILE !

Haizaki fouilla dans la poche de sa veste et il en sorti donc une gomme à mâcher, (Pour franciser le texte et éviter de se répéter !) qu'il tendit à Kise.

« Tiens, mâche ! »

« Mhhm ? »

Haizaki lui fourra dans la bouche sans lui laisser le choix, puisque Barbie-J'ai-Pris-Ma-Première-Cuite se montrait aussi réactive que Barbie-Je-Participe-A-Mon-Premier-Gangbang-Dans-Une-Cave-De-Cité…

Malheureusement, cela aurait été trop facile, si le plan s'était déroulé sans le moindre accro…

« Je ché pas comment on fééé… Ch'me rappelle pluuuuuuus ! »

POUVAIT-ON SINCEREMENT OUBLIER COMMENT MACHER, AUSSI CON QUE CELA PUISSE PARAITRE ? Ce serait comme oublier comment respirer ou comment ouvrir les yeux… Et bien pourtant, la réponse était oui. Quand on s'appelait Kise Ryota, à tout le moins…

Et hop, il l'avala tout rond !

« T'étais pas censé faire ça ! Merde, tu fais chier ! »

Ouais, décidément, ça allait s'avérer plus compliqué que prévu. Surtout quand Haizaki remarqua que de nouvelles larmes se mettaient à poindre au coin des yeux de Kise.

« Quoi, t'as encore mal ? »

« Naaan mais tu m'as crié dessus ! J-j'aime pô quand tu m'engueules… é_è »

A bout de nerfs, Haizaki soupira d'agacement. Mais bon tout était de se faute alors… il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même… Déjà, tout ce qu'il entreprenait avec Kise même à l'époque, semblait frappé d'une mystérieuse malédiction et voué à l'échec. Et sur ce point, force était de constater que rien n'avait changé de ce côté-là…

« Ok, ok, pleure pas, d'accord ? J'arrête de te gronder… je crois que j'ai une idée… tu veux bien fermer les yeux ? Et interdiction de les ouvrir sinon… je recommence à hurler, c'est compris ? »

« Oui Shogocchi… » Répondit Kise, penaud.

Il ressemblait à un adorable petit garçon qui venait de se prendre une belle soufflante de la part de ses parents… exactement comme ce qui risquait de se produire si Haizaki ne trouvait pas une solution satisfaisante à cette situation inextricable…

Il ferma donc les yeux, obéissant docilement.

Haizaki dégaina son ultime munition sucrée et…

« Laisse-toi faire… quoi qu'il arrive. Ne lutte surtout pas. »

Le paquet clamait que le parfum était EXTRA FORT MENTHE GLACIALE ! Ça DEVAIT fonctionner, logiquement ! (Oui, mais vu que rien n'est logique dans cette putain d'histoire… :p)

Il s'empressa de mâchonner le bonbon mentholé et il une fois que sa langue en fut suffisamment imprégnée, c'est-à-dire quand la substance fraîche commença lui picoter le palais, Haizaki pressa ses lèvres contre celles de Kise. Le renard ne pouvait peut-être plus mâcher, mais lui si… Lentement, sa langue caressa les contours de la bouche de l'autre jeune homme pour en quémander l'accès. S'agirait d'y aller doucement et de rester prudent, des fois que le blondinet se rappellerait soudainement comment on fait pour MORDRE et qu'il décide de l'expérimenter sur sa LANGUE ! Sésame ouvre-toi ! Kise sembla le comprendre puisqu'il lui donna accès à l'intérieur de sa cavité et Haizaki la visita avec un peu trop d'enthousiasme pour un mec simplement en train d'accomplir sa mission…

Putain, il allait finir aviné lui aussi… mais c'était le risque à prendre, en espérant que les vapeurs de menthe soient assez puissantes pour repousser celles d'alcool… Il attrapa le visage de Kise entre ses mains pour le maintenir en place, mais il ne s'attendait absolument pas à ce que le top model se mette à participer au baiser ! Pourtant, Kise vint rapidement passer un bras autour de sa nuque pour le rapprocher et réclamer davantage de contact. Leurs langues se mêlèrent, s'apprivoisèrent d'abord timidement, puis avec plus d'assurance, comme satisfaites du goût de l'autre. Et s'il y avait possibilité de joindre l'utile à l'agréable, alors pourquoi s'en priver ?


Après l'épisode du baiser à la menthe, les souvenirs de Kise se révélaient plus flous… Il ne se rappelait pas vraiment comment il avait regagné son chez lui, si ce n'était grâce à l'aide d'Haizaki. Sans surprise, sa mère lui avait passé un savon mémorable en découvrant son piercing à l'oreille, encore un peu sanguinolent. Par chance, la plaie ne s'était pas infectée et Kise avait plutôt bien toléré son piercing, le portant au quotidien et l'enlevant le soir sans que le trou ne se referme. Mais la meilleure nouvelle dans toutes ces mésaventures, fut que sa mère avait finalement accepté le piercing, ne l'obligeant pas à s'en débarrasser. Cela restait relativement discret et elle avait donc jugé que cette petite excentricité n'entachait pas l'image de jeune mannequin à l'allure de gendre idéal, véhiculée par son fils adoré.

Ensuite et bien…

Il y avait eu d'autres occasions pour Kise de faire confiance à Haizaki, mais… « Point trop n'en faut », comme disait ma grand-mère et cela fera sûrement l'objet de prochains flashback )

Dans tous les cas, c'était le premier souvenir qui lui était revenu en tête, lorsque le brun avait parlé de confiance à son égard. Peut-être pas le plus révélateur, mais d'instinct, Kise y avait repensé immédiatement. Il toucha légèrement son anneau, qui pendait toujours à son oreille. Haizaki lui avait menti à l'époque : ça faisait un mal de chien et c'était d'ailleurs la raison principale pour laquelle Kise n'avait jamais sauté le pas à nouveau. Dommage, parce qu'il aimait vraiment les piercings, les trouvant extrêmement sexy… Et Haizaki en était la preuve incarnée… Avec ses piercings multiples au deux oreilles, au téton gauche, à la langue et même à la verge… Il ferma les yeux et frissonna rien que d'y penser. Ça devait faire un mal de tous les diables, il avait dû terriblement douiller ! Impossible que le garçon aux cheveux d'ébène ne se soit pas évanoui pour le dernier !

Brrr…

Et comme s'il avait deviné son désarroi actuel, Haizaki massa plus fort la plante du pied de Kise, lui arrachant quelques gémissements supplémentaires histoire de lui changer les idées.

« … Je t'ai fait confiance et regarde où ça m'a mené… » Marmonna Kise en agitant la jambe.

Haizaki comprit immédiatement à quoi ce geste faisait référence.

Alors c'était bien celle-ci… la fameuse cheville qu'il avait… bousillée. Enfin, à sa décharge, ce n'était pas l'exactitude même… Kise s'était à la base blessé lors de son match à couteaux tirés contre Aomine et disons que… et bien… Haizaki n'avait fait que… repasser par-dessus, histoire d'enfoncer le clou ? Ou quelque chose dans ce goût-là en tout cas… Mais quoi qu'il en soit, il n'était donc pas entièrement responsable, du moins, de son point de vue.

« T'as encore mal ? »

« Mal non mais… parfois… je sens que ça me tire… notamment quand je suis fatigué ou… contrarié. »

« Oh ça doit souvent t'arriver dernièrement alors avec moi ! » Grand sourire. « Je sais que… j'ai le don très rare de te taper sur le système ! »

« Hmpf ! Y a pas d'quoi s'en vanter si tu veux mon avis ! »

Et pour la peine, il lui envoya une bonne gerbe d'eau moussante à la face avec son autre pied. L'instable capillaire toussa suite à l'attaque, il avait dû boire un peu la tasse et Kise retrouva son sourire. La vengeance avait du bon !

« Merde… ça pique les yeux tout ce savon ! »

« C'est une bonne chose que tu aies renoncé à la pipe aquatique que tu m'avais promis alors ! Tes yeux auraient été tellement rouges à la fin que tu aurais ressemblé à un lapin atteint de myxomatose… »

« Qui te dit que j'y ai renoncé ? »

A ces mots, Kise se tortilla subrepticement, sentant des fourmillements agréables dans son bassin. Mais ce ne serait pas raisonnable de céder à nouveau aux avances débridées du loup… Pas aussi vite, du moins.

« Je préférerai plutôt que tu continues ce merveilleux massage que tu es en train de me faire, si tu n'y vois pas d'inconvénient. Ça me semble moins risqué que de laisser la partie la plus vulnérable et irremplaçable de mon anatomie dans ta bouche pleine de dents pointues… »

« Ce que tu as pourtant fai peine cinq minutes… Et j'ai pas eu besoin de beaucoup insister pour te convaincre… Sans compter que je ne t'ai pas entendu te plaindre ensuite non plus... »

« Sur le coup, je n'avais juste pas réalisé que je m'exposais à une potentielle castration manuelle… enfin… buccale plus précisément, c'est tout. Alors ne va pas croire que mon imprudence prouve quoi que ce soit au sujet de mon degré de confiance en toi. » Le sécha sur place Kise.

« Ah je constate que j'ai encore beaucoup à me faire pardonner avant de pouvoir à nouveau m'estimer digne de la confiance du Ryota-sama. Mais… ça ne me dérange pas. Parce que j'ai des arguments à faire valoir. »

Il poursuivit donc son massage délassant. L'eau chaude du bain aussi était délassante. De même que la fellation que Kise venait de recevoir. Et toutes ces actions combinées conduisaient Kise à se sentir assez détendu. Plus que ne l'avait été depuis bien longtemps, à vrai dire… La vie avec Haizaki, même si elle était ponctuée de rebondissements, était plutôt plaisante… Enfin, en quelque sorte… Relativement, quoi. En effet, pas besoin de s'appeler Paco Rabanne pour voir que le brun faisait tout son possible pour la lui faciliter à sa manière. Maladroitement bien souvent cependant, Kise ne lui en tenait pas rigueur. Lui au moins, il essayait. Il se montrait sensible à ses envies et à ses émotions, désireux de les accomplir, contrairement à Aomine… Oui, on pourrait même dire qu'Haizaki était du genre… attentionné… aussi bizarre que cela puisse paraître ! Et… par conséquent… Kise commençait à se sentir bien avec lui.

Confortable.

Apaisé.

Il ferma les yeux pour mieux profiter de ce massage si généreusement offert et exécuté. Le garçon aux cheveux dorés allait finir par s'endormir si son compagnon poursuivait ainsi ses efforts. Mais… une question le taraudait et de sa réponse allaient dépendre beaucoup de choses dans un avenir plus ou moins proche. Il se décida donc à briser la relative tranquillité de ce moment partagé à deux.

« Est-ce que tu... éprouves des regrets parfois ? »

« Tu veux dire par rapport au fait que j'ai piétiné volontairement ta cheville de toutes mes forces dans le but avéré de la réduire en bouillie ? »

« Je parlais de façon plus globale mais oui… par exemple. »

Cheville qui le démangea subitement... comme si elle cherchait à se détacher de son corps pour fuir loin, très loin, en entendant qu'on parlait d'elle...

« Désolé, ce que je m'apprête à te dire va sûrement te décevoir mais… » Il frotta amoureusement son nez contre le mollet si doux de Kise. « Je ne regrette jamais rien, je laisse ça aux autres. C'est pas dans ma nature. »

« Pourquoi ? » Il fronça un peu des sourcils, surpris par cette réponse fournie sans la moindre hésitation. Ou remord.

« Est-ce qu'il faut absolument une raison à tout ? » Il ricana un peu hautain, avant de se reprendre. « Nan… c'est juste que… ça va à l'encontre de mes convictions. Et puis, j'trouve ça contre-productif aussi. A quoi ça sert les regrets ? C'est pas comme si on pouvait remonter le temps et empêcher ou effacer ce qui est déjà arrivé. Et en ce qui concerne ton pied plus précisément… j'ai fait ce qui me semblait être le meilleur choix au moment T. Rien de plus. Je tenais absolument à gagner pour me venger et te donner une bonne leçon, alors j'ai simplement mis toutes les chances de mon côté pour y parvenir, c'est tout. Parce que je savais que j'étais incapable de te vaincre en la jouant réglo. »

Kise se figea, se crispa en entendant Haizaki prononcer une vérité aussi cruelle. Sa vérité. Mais… pour une fois que le loup ne mentait pas… c'était déjà… un progrès, même si ça ne faisait pas plaisir à entendre…

Et puis lui, au moins, assumait !

Ça le changeait d'un certain Aomine…

« Et si c'était à refaire dans des circonstances similaires à celles de l'époque… » Il ouvrit les yeux et fixa Kise, le perçant sur place. « Je recommencerai sans hésiter, aujourd'hui encore. J'ai fait ce qui me semblait juste et nécessaire, de mon strict point de vue. De toute façon, vous me détestiez tous à cette époque-là, j'avais plus rien à perdre… La seule chose qu'il me restait, c'était mon ego. Et il exigeait son tribu. Il fallait que je vous fasse payer et toi en particulier. Je pense ne pas avoir besoin de t'expliquer pour quelle raison tu étais visé, toi, en particulier… Ce serait insulter ton intelligence. » Tenta t-il de se dédouaner.

Misérablement.

« Tu pouvais pas te contenter de me répondre par oui ou par non !? Je n'avais pas besoin d'entendre ce genre de choses, surtout ! » Riposta Kise, vexé.

Et blessé.

Haizaki le détestait vraiment en ce temps-là. Il s'en était toujours plus ou moins douté, mais il en avait à présent la certitude et c'était très différent de l'entendre que de simplement le supposer. Et ça faisait… étrangement mal…

De se dire qu'il existe une personne sur Terre qui vous hait du plus profond de son être et ne reculera devant rien pour vous nuire. Alors… pas possible qu'Haizaki ait pu changer autant qu'il l'avait clamé durant leurs retrouvailles fortuites. (Mais l'étaient-elles vraiment… ?) Même la décennie entière qui s'était écoulée depuis n'avait pas pu changer ce fait. Et refaire confiance à nouveau à Haizaki serait risquer le même résultat qu'auparavant…

« Et toi Ryota, dis-moi… est-ce que tu regrettes ? » Demanda subitement sa Némésis.

« Quoi ? » S'étonna le blond, en se redressant dans la baignoire. « Et qu'est-ce que j'aurai possiblement à regretter, moi ? J'crois que tu inverses les rôles-là… Celui qui a fait du mal à l'autre, c'est toi et seulement toi Haizaki… »

Le Kitsune ne se sentait pas fier. Il avait le sentiment que du venin sortait de sa bouche. Les mots peuvent être un poison puissant…

« Physiquement, ouais. Mais moralement ? Mentalement ? Laisse-moi te dire que t'es loin d'être totalement pur et innocent mon pote ! »

« Qu'est-ce que tu racontes encore ? » Se méfia Kise en se recroquevillant contre son rebord.

« A toi d'me donner la réponse. T'as vraiment rien à te reprocher, t'en es sûr ? »

Kise plissa les yeux et les poils qu'il n'avait pas sur son corps imberbe se hérissèrent quand même par pur réflexe. Son corps se sentait instinctivement menacé.

« Pose-toi la question et ose me dire que t'as rien fait ! Non… en effet, t'as absolument rien fait pour empêcher toute cette situation… alors disons plutôt… ouais… que t'as ta part de responsabilité dans ce que j'ai subi ! »

« Ce que t'as subi ? Mais t'as subi quoi au juste !? Et qu'est-ce que j'aurai dû essayer d'empêcher !? Explique-toi ! »

Il y avait de la colère dans sa voix.

Il ne comprenait pas.

Il ne comprenait réellement pas.

Mais il s'en moquait. Il ne cherchait pas vraiment d'explications… seulement à se dédouaner et à préserver sa fierté écornée. Son image de gars parfait, incapable de faire du mal à autrui, même par accident.

Ces hypocrites-là étaient les pires… ceux qu'Haizaki détestait de toute son âme… les soi-disant parangons de vertu… incapables de voir la souffrance qu'ils sèment sur leur passage et les vies qu'ils détruisent, car ils sont trop concentrés sur leur petite personne…

Mais pire que tout, Kise ne le croyait pas, incapable de concevoir que le brun puisse lui en vouloir pour une raison juste ou à minima justifiée selon ses propres critères.

Car le doute et l'incompréhension se lisaient dans le regard du Copycat. Et ça énervait encore plus profondément Haizaki. Comment Kise ne pouvait-il pas réaliser qu'il lui avait fait du mal, lui aussi ? En prenant une part active et prépondérante dans sa déchéance ? L'ignorer totalement était horriblement blessant. Mais par son ignorance sincère, Kise confirmait qu'il n'était bon qu'à une seule chose : se regarder le nombril. Comme il l'avait toujours fait. Incapable de se remettre en question…

Et il méritait donc non seulement tout ce qui lui était arrivé, mais également les futurs déboires qui lui pendaient au nez. Haizaki avait pu avoir des hésitations le concernant. Des doutes. Des remords et non des regrets, nuance… Mais finalement, l'égoïsme de Kise allait avoir raison de lui et Haizaki pourrait enfin savourer sa vengeance. Celle qu'il fomentait en secret depuis qu'il avait foulé le sol américain…

Car puisque Kise était infoutu de reconnaître ses torts, Haizaki venait par la présente de trouver une nouvelle détermination à se faire justice lui-même…

Pour Haizaki, il s'agissait des événements qui avaient ruiné sa vie.

Mais pour Kise, c'était juste un lundi normal.

En tout cas, à la lumière de ce que Kise venait de lui répondre, la décision d'Haizaki était prise.

Irrémédiable.

Le loup avait tenu à lui laisser sa chance, une chance de se rattraper, avant de refermer sa mâchoire sur lui. Dommage que par péché d'orgueil Kise n'ait pas su la saisir…

Et après cet imbécile égocentrique osait lui parler de regrets ?

Ah ça, il n'allait pas en éprouver le moindre lorsqu'il l'aurait livré en pâture à Asami…

Car d'ici quelques semaines, Kise Ryota allait ressentir la douleur qu'il lui avait infligé et avoir jusqu'au restant de ses jours pour méditer dessus et en subir les conséquences…

« Encore un peu de patience Ryota… et tu vas avoir ce que tu mérites… ce qui te pend au nez depuis presque dix ans... et sans jamais savoir ce que tu auras fait pour que les foudres de ma vengeance s'abattent sur toi… pauvre con… »

L'ambiance qui régnait dans la pièce s'était glacée tout à coup… La question d'Haizaki avait jeté un froid… Kise ramena son pied vers lui, repliant ses genoux contre son torse en tremblant légèrement. Il en avait la chair de poule et pas seulement à cause de la température du bain qui avait drastiquement baissé…

« Shogo… l'eau commence à être froide, on devrait sortir de la baignoire avant de tomber malade… » Demanda t-il, soudainement mal à l'aise.

Merde, ça ne jouait pas en sa faveur ça… Il avait tellement bataillé pour regagner la confiance de Kise et juste quand il était sur le point d'y parvenir, Haizaki avait PRESQUE commis une erreur. Non, il ne pouvait pas laisser tous les efforts fournis jusqu'ici partir en fumée. A trop en dire, il allait finir par éveiller les soupçons de Kise et faire échouer son objectif ultérieur. Et à trop se précipiter, les chiennes pressées font des chiots morts. (Proverbe Portugais)

« Tu veux toujours descendre manger une glace ? Après tout, je t'ai fait gâcher la tienne, alors je t'en dois une. »

« Je crois pas que ce soit une bonne idée… » Répondit Kise, en se mordillant la lèvre inférieure nerveusement.

Putain… Bordel, tout mais pas ça ! Il avait foutu en l'air toutes ses chances à cause de quelques mots malheureux ! Si seulement Haizaki avait réussi à tenir sa langue juste un tout petit peu plus longtemps !

« J'suis désolé Ryota… j'ai complètement ruiné l'ambiance. Et c'était pas l'but… »

« Je sais… »

Pauvre Haizaki, il avait vraiment l'air sincère quand il disait qu'il regrettait la tournure prise par les événements. Mais c'était compliqué entre eux, ça l'avait toujours été… Beaucoup de malentendus, de non-dits et de vieilles rancunes. Cependant, Kise ne pouvait enlever à son ancien rival d'avoir tenté d'arranger la situation à maintes reprises, avec plus ou moins de réussite. Tandis que lui… De son côté, jamais il n'avait levé le petit doigt. Ni tenté de s'excuser. Oh pas qu'il ait quoi que ce soit à se reprocher, mais il aurait peut-être au moins pu reconnaître les tentatives d'Haizaki de faire amende honorable. Haizaki… semblait vraiment disposé à enterrer la hache de guerre entre eux pour repartir sur de saines bases et Kise ne lui répondait qu'avec méfiance et distance.

Alors… cette fois… il était probablement temps de pardonner. Au moins l'ex-délinquant reconnaissait ses torts, contrairement à Aomine qui n'en était même pas capable, lui… Alors il méritait bien une seconde chance, non ? Haizaki lui en voulait toujours pour quelque chose que Kise n'était pas encore mesure d'identifier. Mais la confiance allait dans les deux sens et lorsque le garçon qui portait des nattes au lycée se sentirait prêt, il lui expliquerait certainement la raison profonde de sa rancune. Ils pourraient ensuite en discuter ensemble et aller de l'avant. Naïvement peut-être, Kise avait envie d'y croire. Il ne voulait pas forcer Haizaki à déballer tout ce qu'il avait sur le cœur, de toute façon, il ne le pouvait pas.

Oui, tout le monde peut changer.

Et tout le monde a le droit à une seconde chance.

Même Haizaki Shogo.

Aujourd'hui, il était temps pour Kise de donner et non plus de simplement recevoir sans rien rendre en retour.

Donner le bénéfice du doute.

Offrir son pardon. Mais… qu'y avait-il réellement à pardonner au final ? Pardonner Haizaki d'avoir marché sur son pied pendant un match ? Le voleur de techniques avait tellement fait pour lui depuis. Et il y avait prescription, non ? On fait tous des erreurs dans sa jeunesse et sans pour autant minimiser l'acte de vandalisme dont il avait été victime, Kise devait bien admettre que cette période de sa vie se trouvait derrière lui à présent. Sa blessure avait guéri depuis et il n'avait souffert d'aucune séquelle.

Il était temps de passer à autre chose et de faire preuve de maturité.

« … Mais tu pourrais m'inviter à manger un morceau ? Un vrai, je veux dire. C'est que... je meurs de faim, il presque quatorze heures et j'ai pas encore déjeuné. Toi non plus, je me trompe ? »

« Non, c'est vrai. J'suis passé récupérer ma moto et quelques affaires ce matin à l'appart' après que tu sois parti. Viv' a fait déposer la plupart de nos fringues par son homme de main aussi… »

« 'Homme de main', carrément ? » S'en amusa Kise, pendant qu'il sortait de la baignoire pour se sécher. « Ca fait très… 'mafia' ! J'ignorai que cette chère Miss Robinson était une baronne du crime en réalité ! Elle cache bien son jeu… Moi qui pensais que c'était juste une femme du monde, pétrie de bonnes manières… Dans le genre... veuve éplorée qui ne sait pas quoi faire de l'argent de son défunt mari… »

« Ahaha ! 'Veuve éplorée' ? On voit bien que tu n'la connais pas… Parce qu'elle n'a rien de triste, crois-moi. A part peut-être son cul… Ouais… elle a le cul triste ! »

« Le 'cul triste', tu dis ? » Nouveau sourire. « C'est possible ça ? C'est un concept qui m'échappe complètement en tout cas… En quoi ça consiste exactement ? »

« C'est... comment expliquer ? Bah le contraire du tien quoi ! »

« Je ne suis pas tout à fait certain de ce que tu insinues mais… je crois saisir l'idée générale. Et donc, en plus du mien, ce que je peux comprendre à la rigueur… j'en conclus que tu as déjà maté le cul de Miss de Robinson ? »

« Ben ouais. Je ne suis qu'un faible représentant de la gent masculine après tout… Mais j'te rassure quand même : je préfère largement reluquer le tien… T'as vraiment un cul remarquable, on t'l'a déjà dit ? »

« Non, t'es le premier à oser ce qualificatif ! » Rit-il.

« Quel honneur ! Les autres ne savent vraiment pas apprécier les plaisirs simples de la vie… Et le divin fessier de Kise Ryota figure en bonne place sur la liste qui les répertorie… »

Chacun avait sa liste, en somme. Mais celle de Kise était nettement plus négative...

Il tendit un peignoir à Haizaki, détournant momentanément le regard lorsque le grand tatoué s'extirpa à son tour du bain. C'était stupide… Kise l'avait déjà vu complètement nu et à plusieurs reprises… Mais… tout à coup, sans pouvoir se l'expliquer, il se sentait comme… timide. Pudique, n'osant laisser ses yeux l'admirer dans toute sa splendide nudité…

« Hey Ryota… T'avais l'air d'apprécier quand je te massais le pied tout à l'heure, non ? »

« Heu… oui, pourquoi ? » Encore une question inattendue, mais au moins, elle avait le mérite de changer de sujet.

« Tant mieux, j'en suis content. Si un jour tu sens que ton mollet te lance encore, dis-le moi et je te masserai à nouveau. »

« Ok, je ferai ça. » Il lui sourit, un peu surpris par cette proposition et sa soudaineté, mais elle semblait venir du cœur. C'était sûrement une façon pour Haizaki de s'excuser encore davantage.

« Tu sais… ça me fait plaisir que tu aies apprécié parce que heu… merde, tu vas te foutre de moi mais… j'ai regardé pas mal de tutos sur Youtube à ce sujet quand on était encore au lycée… »

« Ah bon ? Tu te destinais à devenir kiné ou un truc comme ça ? »

Pourquoi pas, après tout. Mais connaissant l'animal, Kise doutait que son compagnon se soit découvert une subite passion pour cet art ! Cela cachait sûrement quelque chose… Cependant, jamais le blondin n'aurait été en mesure d'en deviner la raison… D'emblée, il aurait plutôt pensé qu'il s'agissait d'un nouveau stratagème de séduction…

« Ahah pas vraiment non… En fait, si tu veux tout savoir, je m'étais juré que si jamais on était amené à se recroiser toi et moi… je te ferai un massage plantaire digne de ce nom. »

« Heiiiin ? »

Ok, il ne s'attendait pas du tout à cette justification.

Foutu Haizaki et ses comportements ambigus dépourvus de la moindre trace apparente logique !

Kise manqua de glisser sur le carrelage, déconcerté par cet aveu. De discrètes rougeurs apparurent sur ses joues, mais heureusement, il pourrait les mettre sur le compte de la chaleur qui avait noyé la salle de bain.

« Pour me faire pardonner de… tu sais… » Il fixa la cheville de Kise, se passant de tout commentaire superflu. « C'est vrai que je n'ai pas de regret vis-à-vis de ce que je t'ai fait mais… ça ne m'empêche pas de reconnaître que c'était mal. Et con. Et sans doute très douloureux… Et si… j'avais l'occasion de le refaire aujourd'hui, mais attention, petite subtilité cette fois j'ajoute à l'équation une configuration comme elle l'est entre nous actuellement, je renoncerai. C'était différent au lycée, on ne pouvait pas se blairer, mais ça a changé à présent, pas vrai ? J'ai plus aucune raison de te faire du mal au vu de notre relation telle qu'elle est à cet instant. »

Wow la nuance était importante !

Et il fallait une sacrée dose d'abnégation pour admettre qu'on s'était trompé… Enfin, c'était ainsi qu'il le comprenait dans la bouche d'Haizaki, aussi Kise se sentit-il touché plus que de raison. Certes, il se laissait en général influencer par sa nature rancunière et pouvait se montrer dur parfois. Mais le mannequin n'en demeurait pas moins une personne sensible et que quelqu'un reconnaisse ses erreurs et cherche à les réparer… il avait toujours trouvé ça romantique et chevaleresque, tout sentiment amoureux potentiel mis à part.

L'arc de rédemption d'Haizaki venait de commencer !

Oui, car par moments, Kise envisageait sa vie non plus comme un shojo, mais plutôt comme un bon vieux shonen tendance nekketsu !

Et puis… ce n'était pas parce qu'Haizaki affirmait n'avoir aucun regret, qu'il n'en avait pas réellement. Ne pas avoir de fierté mal placée pour reconnaître s'être trompé à demi-mot, ne signifiait paradoxalement pas être en mesure d'avouer ses regrets. Parfois, on s'enfonce tellement dans ses mensonges que l'on finit par s'en convaincre soi-même… Erf… Kise commençait à prendre l'autre en pitié… Pour être honnête, il ressentait quelque chose de similaire lui aussi, à ce qu'Haizaki venait de soulever.

Oui, à l'époque, ils avaient chacun leurs raisons, bonnes ou mauvaises, justifiées ou non, de nourrir de l'animosité l'un envers l'autre.

Oui, à l'époque, cela faisait sens.

Mais plus aujourd'hui.

Plus dans le contexte actuel.

Concrètement, si l'on exceptait les erreurs du passé, Kise n'avait rien à reprocher à Haizaki. Haizaki n'avait rien provoqué qui justifie à nouveau son courroux. Rester enfoncé dans le passé n'avait plus le moindre sens.

« C'est gentil de ta part Shogo-kun. Ça m'a vraiment fait du bien en tout cas et je ne manquerai pas d'avoir à nouveau recours à tes services si le besoin s'en fait sentir… ou juste pour me détendre, maintenant que je sais que tu proposes ce genre de prestations ! »

Clin d'œil complice.

« Et sinon, tu comptes m'emmener manger où ? »

« Ça dépend, t'as une grosse faim ? »

« Plutôt moyenne pour être franc. Mais ne t'en fais pas pour moi et mon appétit ! Choisis plutôt ce qui te fait plaisir ! »

« … Sauf de l'Italien, par pitié, j'en ai marre de manger des pasta… Au moins ce midi… » Le supplia mentalement le blond.

« En parlait de choisir et de faire plaisir… j'étais pas censé décider de l'endroit et de la date de notre futur rendez-vous galant ? » Questionna Haizaki, en se séchant énergiquement les cheveux.

« Si, si. Pourquoi, tu viens d'avoir une inspiration soudaine ? »

« Ça se pourrait bien. »

« Oh tu me rends curieux là… »

« On n'a qu'à dire que… notre date débutera à partir du moment où on aura posé le pied dehors et qu'il se terminera aussitôt qu'on sera rentrés à l'appartement, ça te va ? »

C'était inattendu et ça sentait l'improvisation à des kilomètres. Mais ça ne dérangeait pas Kise, le modèle avait toujours adoré les surprises et maintenant que l'ambiance était de nouveau apaisée entre eux, la perspective de passer l'après-midi en compagnie d'Haizaki, l'enchantait ! A bien y réfléchir d'ailleurs, ce serait une première entre eux depuis leurs retrouvailles que de passer autant de temps ensemble. Jusqu'ici, leur emploi du temps s'était avéré plutôt incompatible et par conséquent, Kise se réjouissait d'autant plus de ce qu'Haizaki lui préparait.

« D'accord mais… il faut que je m'habille d'une façon spécifique par rapport à ce que tu as prévu qu'on fasse ? »

« Naaaan, pas la peine. Evite juste de mettre une jupe et enfile plutôt un truc confortable ! »

« Hahaha très drôle le coup de la jupe, ça va être difficile pour moi de me contenir, je ne te le cache pas… mais je devrai pouvoir y arriver ! Sauf si par 'truc confortable', tu sous-entends 'tenue passe-partout', bien évidemment ! »

« De toute manière, on n'a pas du tout la même définition de cette expression toi et moi, alors ça règle le problème ! »

« Ca, c'est sûr ! Ok, je vais regarder ce qu'on m'a ramené comme vêtements, on n'a qu'à se retrouver dans le salon dans dix minutes le temps de se changer. »

« Dix minutes ? T'es sûr que ce sera suffisant pour que tu parviennes à décider comment t'habiller ? Et puis... j'sais pas si j'vais réussir à m'passer d'toi aussi longtemps Sunshine… »

Kise sursauta en entendant ce surnom…

Celui de l'époque…

Son cœur s'emballa sans qu'il ne puisse le contrôler, mais il fit tout son possible pour cacher sa joie. Parce que oui, ça lui faisait éminemment plaisir d'entendre Haizaki prononcer ce petit mot magique. « Rayon de soleil »… Alors comme ça, Kise était le rayon de soleil de son ancien rival… Quelle étrange sensation ! A l'époque, il n'y avait pas franchement prêté attention… Disons que les mots avaient une portée différente en ce temps-là… Mais aujourd'hui, tout prenait un sens nouveau. A commencer par les actions passées d'Haizaki. Plus que jamais, Kise avait envie de faire l'effort de lui pardonner. Il n'était pas encore certain d'en avoir la force, mais au moins, il en avait la volonté.

Et c'était bien le principal.

Le reste finirait par suivre.

Avec le temps.

Kise alla donc s'habiller pour sortir. Il choisit un short en jean déchiré, pas trop court mais pas trop long non plus. En haut, il n'enfila qu'un simple débardeur noir qu'il agrémenta de colliers dorés pour habiller davantage sa tenue et en faire ressortir la sobriété. Enfin, il noua autour de sa taille une chemise à gros carreaux rouges et noirs pour ajouter la touche finale. La température avait en effet tendance à vite tomber le soir et Kise préférait donc anticiper s'il y avait besoin de se couvrir à un moment. Il avait opté pour des chaussettes un peu montantes et d'adorables baskets blanches très branchées.

S'admirant une dernière fois dans le miroir pour s'assurer que tout était bien en place et à SA place, il en profita pour regarder ses fesses, bien dissimulée sous sa chemise. C'est vrai qu'elles étaient hmm… comment avait dit Haizaki déjà ? Ah oui, remarquables ! Dommage pour le loup, il n'allait pas pouvoir les reluquer là et Kise devait avouer qu'il avait fait exprès de les cacher sous une couche de tissu supplémentaire, même si on devinait leur cambrure parfaite. Juste histoire de faire monter la tension… Comme ça, si Haizaki était amené à devoir les dénuder pendant la soirée, l'ancien délinquant n'en serait que plus ravi…

Un cul pareil, ça se mérite non mais !

Satisfait de son allure générale, Kise se félicita mentalement pour ses goûts vestimentaires. Mine de rien, ça comptait beaucoup dans le rituel de séduction ! Si avec ça Haizaki ne craquait pas…

OULA MAIS ATTENDEZ UNE SECONDE !

NE VOUS ENFLAMMEZ PAS, VILS PERVERS !

Non, il n'était ABSOLUMENT PAS dans une l'optique de séduire Haizaki !

Juste… de passer un bon moment et de respecter sa part du contrat !

Il avait promis un date en bonne et due forme à Haizaki et il comptait bien s'y tenir. Alors à quoi bon s'il ne prenait pas cet engagement au sérieux ? Et puis… la séduction, c'était quelque chose d'inné chez lui, de naturel ! De plus, il n'avait rien contre le fait qu'Haizaki tente de le séduire également. Après tout, Kise n'avait rien promis de ce côté-là et le brun pouvait donc toujours essayer. Ça n'en rendrait la situation que plus intéressante et mémorable. De quoi passer un bon moment et chasser l'ennui. Quoique s'il devait se montrer entièrement objectif, Kise ne s'ennuyait jamais en compagnie d'Haizaki. Il se passait toujours quelque chose quand l'ancien small forward de Teiko se trouvait dans les parages. Pour le meilleur, mais souvent pour le pire… Enfin… jusque-là, Kise avait survécu or, il n'y avait pas de raison pour que cela change et au moins, ça faisait de l'animation !

Peut-être pas si rancunier que ça au final le Kitsune

Il regagna donc le salon une fois qu'il se fut parfumé. Par erreur, la personne qui avait ramené leurs affaires les avait mélangées et… la bouteille de Deluxe Gigolo s'était retrouvée dans sa trousse de toilette…

God, il détestait cette odeur. Déjà de base, quand il avait dû poser pour la publicité vantant cette fragrance, il avait eu des hauts le cœur constants ! Mais le pire étant bien entendu Aomine qui vouait un culte à ce parfum et s'en aspergeait généreusement à chaque fois qu'il devait sortir voir Kagami… Forcément, Kise associait ce flacon de malheur à des souvenirs négatifs. Hélas pour ses naseaux délicats, il semblait qu'Haizaki aussi apprécie ce parfum-là en particulier. Kise avait déjà repéré la petite bouteille posée sur le rebord du lavabo qui trônait dans leur ancien appartement… et avait choisi de l'ignorer passablement du mieux qu'il le pouvait.

Et voici qu'elle avait atterri par mégarde parmi ses parfums réputés, aux fragrances distinguées et élaborées, contrairement à celle beaucoup plus vulgaire de Deluxe Gigolo. Non mais rien que ce nom, ce n'était pas possible déjà… Enfin bref, la tentation était vraiment grande de laisser la flasque se briser au sol… TOTALEMENT PAR ACCIDENT BIEN ENTENDU ! Mais ce truc, en plus de schlinguer comme un cadavre en décomposition bourré de phéromones, coûtait une petite fortune… Alors il n'eut pas le cœur à s'y résoudre et préféra sacrifier son nez plutôt que le portefeuille d'Haizaki.

« Je suis prêt ! » Annonça le bel eurasien de sa voix chantante.

« Moi aussi. »

Haizaki sortit de sa chambre et le rejoignit. Kise étrécit le regard.

Bordel de merde…

ENCORE.

Ce gars ne faisait décidément AUCUN effort, en plus d'être doté du plus mauvais goût vestimentaire de la planète ! (Rien que ça !) Il avait enfilé un bermuda noir informe et chaussé des tongs bon marché en PLASTIQUE ! Rendez-vous compte, en P-L-A-S-T-I-Q-U-E ! Du genre à avoir la semelle qui glisse quand on transpire trop dedans ! Beurk ! Mais alors le pompons, c'était cette chemise hawaïenne (le retour !) façon… pizza. Oui, pizza hawaïenne également, puisqu'elle arborait des motifs d'ANANAS ! Mais quelle HORREUR ! QUI pouvait bien inventer des MONSTRUOSITES pareilles, à part un esprit gravement malade, je vous le demande !? Kise était à deux doigts de faire un signe de croix et il n'était pourtant pas croyant ! Non mais à ce niveau-là, Haizaki ne le faisait plus simplement exprès, il était carrément doté d'un DON ! Un don rare et inutile, mais un don tout de même. Un authentique… radar à mauvais goût !

« Alors, je te plais ? »

« Non mais tu plaisantes ? Tu ressembles à une grosse pizza hawaïenne comme ça… et c'est un miracle que tu ne te choppes pas des champignons aux pieds à force de marcher avec des tongs à deux dollars qui puent le plastique de mauvaise qualité… »

« Pizza…. Champignons… on reste dans le thème au moins ! Et en parlant de champi, c'est sûrement pas aux panards que j'en attraperai en premier… si tu vois c'que j'veux dire… »

« Eww… ne t'approche pas de moi espèce de goret ! »

« … Dis celui qui a partagé mon bain… »

« Pas la peine de me le rappeler ! Je te préviens que si je me paie la moindre mycose par ta faute je me venge en passant toute ta garde-robe au lance-flammes ! »

« Rien que ça ? Et bah. Remarque, ça ne me dérangerait pas… Je serai obligé de rester à poil toute la journée comme ça… ce serait encore plus pratique pour pouvoir te sauter dessus… »

Kise leva les yeux au ciel. Sainte Donatella Versace, qu'avait-il fait pour mériter un handicapé de la mode pareil ?

« Bon pas d'temps de retourner te changer ! Je crève la dalle, descendons manger ! »

De toute façon, il doutait sincèrement qu'Haizaki possède ne serait-ce qu'une seule tenue potable dans toute sa panoplie de touriste du dimanche…

Et pour éviter de perdre davantage de temps, Kise lui attrapa la main et l'entraîna à sa suite, quittant brusquement l'appartement en claquant la porte derrière eux.


Son ventre gargouillait douloureusement…

Il avait beau avoir pris du poids récemment, (et ce n'était certainement pas près de s'arranger vu le mode de vie qui était le sien dernièrement…) paradoxalement, Kise n'avait jamais sauté autant de repas que depuis qu'il vivait chez Haizaki. La flemme de cuisiner. La flemme de commander. La flemme d'avoir faim, tout simplement. Passer ses journées affalé sur le sofa n'arrangeait rien à la chose, bien entendu…

Heureusement, Haizaki semblait l'avoir pris en pitié et il se dirigea immédiatement vers un restaurant à l'enseigne jaune pétard hyper connue, à l'intérieur duquel il pénétra sans hésiter.

Génial…

Maji Burger

Pas que Kise n'aime pas, attention ! Ce serait même plutôt tout l'inverse ! Un lieu chargé de souvenirs heureux et en plus, c'était l'endroit parfait pour épancher sa grosse fringale. Cependant… il sentait qu'il n'allait bientôt plus pouvoir rentrer dans son short (le préféré de sa collection !) à ce rythme inquiétant. Il pleura donc intérieurement en se dirigeant jusqu'au comptoir. Peut-être qu'il devrait se mettre à soulever des poids avec Haizaki finalement, ça avait l'air de marcher niveau régime, le brun n'affichait pas un pet de gras… Au contraire, il possédait un corps de rêve tout en muscles, dont n'importe qui serait jaloux. Kise côtoyait de nombreux mannequins qui ne pouvaient pas se vanter d'être aussi bien gaulés qu'Haizaki et… même si ça lui coûtait de l'admettre, ce physique irréprochable était la raison principale pour laquelle le renard avait cédé aux avances de l'autre jeune homme…

Kise décida donc de se montrer raisonnable en commandant un menu basique. Et une salade. Et un épi de maïs à la place des frites !

Haizaki se servit trois menus, lui. Impressionnant mais on restait bien loin des cinq menus d'Aomine. Et des… heu dix… de Kagami ! Tiens marrant, ce nombre correspondait pour les deux fauves au numéro inscrit sur leur maillot au lycée !

Les deux anciens de Teiko commencèrent donc à manger sans échanger le moindre mot. La priorité était à se remplir la panse vite et bien d'abord. Simple, mais efficace. Au moins, on avait pour son argent ici. Ce n'était pas de la grande gastronomie, mais c'était nourrissant avec un petit goût de « reviens-y » indéfinissable et il s'agissait de tout ce qu'on demandait à cet endroit. Le côté régressif et réconfortant de l'enfance/adolescence en prime.

D'ailleurs, en repensant à cela…

« Tu sais que la première fois que j'ai mis les pieds dans un Maji Burger remonte à mon entrée dans l'équipe de basket du collège ? Ce sont les autres qui m'ont amené ici et heureusement, car ma mère ne voulait jamais m'emmener ici… elle disait tout le temps que c'était mauvais pour ma ligne et pour ma peau. Il paraît manger gras favorise l'acné ! En tout cas… elle le croyait, elle… »

« N'importe quoi… C'est des conneries tout ça, comme la légende urbaine de Daiki… Soit disant porter des boucles d'oreilles des deux côtés, ce serait une invitation à se faire culbuter ! » Enonça Haizaki avec son franc parlé habituel.

Tiens donc... il n'avait pas oublié ce douteux trait d'esprit de la part du basané...

« J'suis surpris que tu te souviennes de ça… » Gloussa un peu Kise, plus soulagé que jamais que personne ne comprenne ce qu'ils se racontaient en Japonais.

« Oh mais j'ai une excellente mémoire. Je me rappelle de plein de trucs qui datent de cette époque, tu sais. Par exemple… que vous ne m'invitiez jamais à me joindre à vous au Maji Burger après les cours… »

Kise manqua justement de s'étouffer avec sa bouffée de hamburger en entendant ça. Peut-être le karma… Il s'apprêtait à protester… mais il se ravisa en réalisant qu'Haizaki disait vrai. Il se sentit un peu honteux et ce qui l'était encore plus, résidait dans le fait que Kise ne s'expliquait pas ce rejet… Fut un temps où ils jouaient tous ensemble dans la même équipe et… s'entendaient bien. Y compris Haizaki. Enfin, c'est ce qu'il lui avait semblé, peut-être à tort.

Bon, ok… Haizaki n'avait jamais exactement été le membre le plus populaire de leur bande mais… ils… se toléraient au moins, non ? Kise avait même la certitude qu'ils faisaient des trucs… tous ensemble, bien qu'il soit incapable de se remémorer précisément quoi… Mais ce n'était pas parce qu'aucun exemple ne lui revenait en tête que ça n'avait pas eu lieu, à un moment donné ! Et puis… s'il devait être tout à fait honnête envers lui-même et Haizaki, Kise lui aurait sans doute balancé que l'ex-délinquant avait parfois bien cherché à ne pas se faire inviter, aussi ! Sauf que le blond n'était pas certain que le rebelle de la forêt se soit fait exclure de manière totalement… volontaire et préméditée…

Mais déjà à l'époque, Haizaki n'avait rien d'un loup féroce.

Il s'agissait davantage d'un chien galleux, évoluant en marge de la meute et ignoré par ses pairs.

Tous, sauf une personne.

« Mais ça n'veut pas dire que j'y suis jamais allé. Nijimura m'a emmené becqueter ici. Il a même payé pour ma bouffe plusieurs fois, si tu veux tout savoir… »

« Tsss… je m'en doutais et non, pour ta bonne information, je ne voulais pas le savoir… » Pensa le blond en touillant machinalement dans son soda avec sa paille.

Nijimura… L'ancien Capitaine Courage…

Il l'avait presque oublié, celui-là tiens !

Monsieur Parfait. Respecté et admiré de tous, même d'Akashi et d'Aomine.

Et noooooooon Kise n'était en aucun cas jaloux de ce type, qu'est-ce que vous allez imaginer ? Lui-même avait plutôt apprécié de jouer avec le brun au poignet arc-en-ciel à l'effigie de leur équipe…

Mais accessoirement, l'ex d'Haizaki.

Kise mourait d'envie d'interroger le garçon aux cheveux mi-longs sur la nature exacte de leur relation. Mais de 1) ça ne le regardait pas et de 2) une telle question pourrait paraître suspecte ! Il tut donc sa frustration en venant croquer dans une frite d'Haizaki et il répondit évasivement…

« Nijimura… j'me demande ce qu'il devient, n'empêche. Il avait pas déménagé aux Etats-Unis à la fin de son année de troisième ou un truc comme ça ? »

Les USA... le pays était vaste, fort heureusement. Ce n'était donc pas comme s'ils risquaient de croiser Nijimura au coin de la rue ! Kise réalisa qu'il ne savait même pas dans quelle région ni quel état l'autre brun était parti vivre en quittant le Japon... ni s'il s'y trouvait encore.

« Si. Son père était malade et il ne pouvait être soigné qu'ici, en Amérique… » Compléta Haizaki.

Il allait ajouter quelque chose, lorsqu'un mec très baraqué, du genre gorille, pénétra à son tour dans l'enceinte du fast food, captant immédiatement leur attention à tous les deux.

Un sacré morceau !

Kise n'avait jamais vu des bras pareils ! Sans doute un culturiste, comme on en trouvait beaucoup ici en Californie. La preuve, leur saint patron Arnold Schwarzenegger était même devenu Gouverneur de l'état pendant quelques années.

Et autour de son bras gauche, justement, un tatouage plutôt insolite quoique banal en apparence causa l'hilarité d'Haizaki. Deux bandes noires toutes simples, espacées de quelques centimètres, faisaient le tour de l'avant-bras de l'homme. Haizaki se pencha vers Kise et lui donna un petit coup sous la table pour qu'il l'écoute :

« Tu vois le tatouage du gars qui vient d'entrer ? »

« Heu ouais, celui qu'il a autour du bras ? Difficile de le louper ! »

« Bah ça, il s'agit d'un symbole fiable pour dire que t'es de la jaquette ! »

« Pardon ? » Cligna des yeux Kise, un peu perdu.

« C'est un truc un peu old school… dans les années soixante ou soixante-dix, c'était un signe distinctif pour dire que tu pratiquais le fist fucking… Genre, j'sais plus, mais ça avait une signification différente selon si tu le faisais à droite ou à gauche. Y a un côté qui voulait dire que tu étais donneur et l'autre, receveur… Ou alors c'était selon le nombre de bandes qui définissait leur rôle ? Bon bref, t'as compris le principe quoi. »

« Wow c'est la blague la plus débile et de mauvais goût que j'ai entendue venant de ta part… Et pourtant, je te rappelle que tu m'en as sorti au moins deux qui flirtaient de manière directe avec la pédophilie… »

« Puisque j'te dis qu'c'est pas une blague, c'est une anecdote véridique ! Ils se reconnaissaient vraiment comme ça dans les clubs gays libertins à l'époque ! »

« Alors c'est encore pire que je ne le pensais si tu y crois vraiment… »

« Pfff… Tu t'imagines que je te raconte encore des cracks, c'est ça !? »

« J'aime bien le 'encore', qui n'est pas du tout de trop dans ton discours et suscite totalement ma confiance à ton égard… Enfin, c'est toi qui l'as dit, pas moi. »

« Nan mais Ryota écoute-moi, tu vois à quel niveau se situe son tatouage ? Sa hauteur ? Bah d'une personne à l'autre, ça pouvait varier selon son record personnel de fisting. Plus loin le type arrivait à enfoncer son bras ou à se le faire enfoncer et plus son tatouage était situé près du biceps. C'était pour afficher fièrement la distance atteinte, un peu à la matière d'un trophée ! »

Il termina sa tirade en s'enfonçant dans son siège, vexé, et en croisant les bras sur son torse. Quelle susceptibilité… presque autant que la sienne…

« Mais si tu m'crois toujours pas, t'as qu'à aller poser la question à ce grand costaud… Je suis certain qu'il se fera un plaisir de te faire une petite démo… par contre, fais gaffe à tes fragiles petites fesses, parce que ça m'a tout l'être d'être un 'DONNEUR'… »

« Malgré le fait que ma curiosité soit piquée au vif, je ne tiens pas à tâter de son gros poing, merci bien. En aucune façon. »

Mais bien vite, le renard espiègle se mit à rire. Un rire communicatif.

« … N'empêche, la tête de Satcchi quand je vais lui raconter ça ! Ahaha ! Je suis sûr que ça va beaucoup l'amuser, même s'il y a 95 % de chances pour que ce soit faux et qu'il s'agisse d'un truc que tu as inventé de toutes pièces ! Bien joué d'ailleurs, t'as une sacrée imagination et t'es plutôt doué pour improviser des ragots au pied levé… Je comprends mieux pourquoi t'es un si bon menteur… »

« Ça commence à devenir vexant que tu remettes systématiquement en doute toute parole qui franchit la barrière de mes lèvres… » Maugréa Haizaki.

« Tâche plutôt de regagner ma confiance et je te croirai peut-être à nouveau… » L'encouragea le fashionisto. « Mais en attendant, tu vas devoir dégainer tes meilleurs arguments pour espérer pouvoir me convaincre ! Hmm… au fait, tant qu'on en parle : ils veulent dire quelque chose tes tatouages à toi ? La tête de loup sur le bras, c'est original… C'est censé symboliser quoi ? Ton record de fisting canin ? »

« Ah bah bravo. Moi je raconte peut-être des blagues pédophiles, mais toi tu verses carrément dans les zoophiles… On fait bien la paire ! »

« Et alors, t'es pas content ? C'est pas toi qui n'arrêtais pas de clamer qu'on se ressemblait ? Quoique… je dirai plutôt que c'est la preuve que tu commences à étendre ta mauvaise influence sur moi, si tel est le cas… »

Hmm… ce serait sans doute ce qu'Aomine en aurait conclu, en tout cas…

« Chacun son domaine de compétences, Ryota. J'aime à croire qu'on se ressemble, en effet. Mais j'apprécie encore plus la perspective qu'on puisse se compléter toi et moi. S'apporter mutuellement ce qui manque à l'autre. » Déclara Haizaki avec un sérieux qui ne lui ressemblait pas.

« ... Seul l'avenir nous le dira... » Répondit simplement Kise, en terminant sa boisson.

Le regard plongé dans celui de son improbable et instable… date… ?


23000 mots ! Le record (de fis... HEU NAN RIEN !) à ce jour sur un chapitre unique ! Purée, c'est presque la longueur d'un OS...

J'espère que ça vous a plu et que vous avez compris où je voulais en venir dans les réactions de chaque personnage. Je ne le répéterai jamais assez, mais les chapitres qui font le plus interagir Kise et Haizaki sont vraiment mes favoris ! J'aime beaucoup leur dynamique !

Comme d'habitude, je n'ai pas eu le temps de clean up le chapitre, je voulais le poster le plus vite possible et je le ferai donc ultérieurement !

Petites notes habituelles :

- Le titre de ce chapitre est bien entendu double sens : il vise Kise (the taker) et Haizaki (the giver) mais également ceux qui pratiquent le f*st !

- Kise qui a souffert le martyr pour se faire percer l'oreille ? C'est canon, bien entendu. Son refus d'en faire d'autres, malgré son amour des piercings ? Canon également !

- Oui, je suis vraiment allée me renseignée sur les Internets pour apprendre comment se faire un piercing soi-même, sans passer par un professionnel. C'était très intéressant, mais ça a surtout confirmé que jamais je ne m'y essaierai moi-même !

- Haizaki qui dit n'avoir rien senti de son côté... info ou intox ? Hmmmmm...

- L'anecdote sur la Fistinière est authentique. Google est votre ami pour trouver des articles sur le sujet.

- Kise est une girouette ?

- Haizaki prépare un truc pas cool, mais quoi ? Ca fait deux fois que cite Asami en deux chapitres et trois fois en tout... ça se rapproche, on dirait...

Sur ce, des bisous et je vous adooooooooooore ! (surtout ma Akio, elle se reconnaîtra ! My sunshine à moi !) Je m'éclate vraiment à écrire cette histoire (surtout après quasiment deux ans de disette littéraire...) et même si personne ne la lisait, je continuerai quand même parce que c'est tellement libérateur...

A peluche dans le bus !