Bonsoir las chicas !

Como estan dans la casa ? Ou plutôt en el dodo, vu l'heure ?

Déjà 13 chapitres, WOW, je crois que c'est mon record de rapidité d'écriture personnel !

Que voulez-vous, cette histoire m'inspire. Peut-être parce que je sors un peu du sempiternel AoKaga et de ma zone de confort par la même occasion ? Relever un nouveau challenge est si excitant, c'est vraiment un moteur pour moi !

A vrai dire, je ne regrette même pas que les reviews ne soient pas en rendez-vous. Ca aurait du/pu me freiner, mais non, je prends vraiment trop de plaisir sur cette histoire !

Sur ce, la fin du "dating" !

ENJOY !


Depuis le départ de Kise, Aomine habitait pour ainsi dire chez Kagami. Certes, aucune annonce de déménagement officiel et il continuait encore à payer le loyer de son appartement, y rentrant parfois pour dormir, mais la plupart du temps, le basané le squattait chez son petit-ami. Il avait quasiment l'impression de vivre avec Kagami et il fallait bien admettre aussi inattendu que cela puisse paraître, qu'ils s'entendaient très bien tous les deux.

Mieux même, qu'Aomine ne l'aurait cru de prime abord... Bon, d'accord, il arrivait parfois que Kagami l'engueule parce qu'il laissait traîner des fringues sales un peu partout ou parce qu'il avait oublié une tasse de café à moitié bu sur le coin d'un meuble, mais Aomine ne le faisait pas exprès pour l'énerver, il avait juste tendance à « semer » toutes sortes d'objets derrière lui. Remarquez, cela rendait ses déplacements faciles à suivre au moins !

Encore qu'il avait fait pas mal de progrès à ce sujet depuis qu'il s'était « installé » chez le rouge. Ok, il leur arrivait encore de se bouffer le nez de temps en temps, mais rien d'inquiétant non plus : ça avait toujours été leur mode de communication privilégié !

Et ce soir ne faisait pas exception à la règle.

Aomine avait filé chez Kagami dès que son service s'était achevé. Un dîner chaud l'y attendait déjà même sans doute. C'est que le bleu ne prenait même plus la peine de prévenir son amoureux, préférant filer directement chez lui après le boulot pour lui tenir compagnie. Enfin, lorsque leurs emplois du temps respectifs le leur permettaient, bien entendu. Aomine voulait profiter de la présence de son chéri et passer tout son temps libre aux côtés de Kagami. Même quand ils ne faisaient rien de spécial, comme c'était le cas ce soir. Juste… être ensemble suffisait amplement. Une sorte de routine domestique rassurante s'était donc instaurée entre eux et pendant que Kagami passait l'aspirateur, Aomine restait affalé dans le sofa, zappant sur les chaînes de télévision dans l'espoir de tomber sur du sport, n'importe lequel.

« Raaah vire tes pieds Ahomine ! Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas que tu les mettes sur la table basse, c'est pas fait pour ça ! »

« Ohhh c'est bon ! J'ai enlevé mes grolles, ça craint rien du coup ! »

« Et alors ? Ça reste quand même dégoutant ! »

« Tout de suite les grands mots ! Mes chaussettes sont propres, j'te ferai signaler ! Et puis, si tu pouvais faire moins de bruit avec ton aspi aussi tant que tu y es… j'aimerai bien pouvoir me concentrer et écouter la télé tranquille… J'sais pas pourquoi il faut toujours que tu le passes quand je suis dans le coin… »

« Excusez-moi de ne pas consulter votre Seigneurie au préalable quand je décide de faire le ménage dans MON appartement ! » Le tacla Kagami sur un ton plein d'ironie.

« Oui bah c'est pas grave, mais tu m'feras un p'tit massage des pieds ensuite pour te faire pardonner hein ! »

Kagami roula des yeux, blasé. Aomine ne manquait vraiment pas d'air… D'aucuns diraient que ça faisait son charme, mais on sentait bien que ces chanceuses personnes n'avaient jamais eu à gérer ses caprices d'enfant de cinq ans d'âge mental. Nan, quatre ans plutôt même. Ou bien deux ? Vous savez le moment où les bébés n'ont pas encore dépassé leur stade anal quoi…

« Y a quoi à grailler ce soir au fait ? »

« J'ai prévu de nous préparer des burgers maison. »

« Mouais... »

Kagami se redressa, arrêtant son aspirateur en appuyant sur le bouton du bout du pied. Aomine ne faisait même plus d'effort pour cacher sa déception.

« Quel enthousiasme ! Qu'est-ce qu'il y a, le menu ne te convient pas ? »

« J'ai pas dit ça. »

« Non, mais tu me l'as très bien fait comprendre par contre ! »

« Bof. C'est juste que t'as déjà cuisiné des trucs plus élaborés, c'est tout... »

« Je dis ça au cas où tu ne serais pas encore au courant, ce qui, entre nous, ne m'étonnerait pas du tout venant de toi mais… Ce n'est ni un hôtel, ni un restaurant quatre étoiles ici ! »

« Pas la peine de l'préciser, on avait r'marqué… » Lança Aomine, sans même le regarder.

Ah mais le culot !

« Enfoiré ! »

Et BAM ! Le tigre gratifia sa panthère insolente d'un bon coup de tuyau d'aspirateur sur la tête.

« Oww ! » Fit Aomine en se redressant aussitôt pour se frotter le crâne dans l'espoir d'apaiser la douleur.

« Si tu n'es pas content de mes services, je te rappelle que tu peux tout à fait aller bouffer ailleurs, je n'te retiens pas ! »

« Ahh mais l'prend pas comme ça mon lapin… »

Et sur ces belles paroles, Aomine attrapa son tigre… enfin, son « lapin » par la taille et il l'attira sur ses genoux pour se faire pardonner. Aussitôt, une bonne odeur familière mit ses sens en éveil. Elle provenait du cou de son chéri et contre toute attente, non, il ne s'agissait ni de parfum, ni d'eau de Cologne mais d'un peu de… sauce Teriyaki. Comment s'était-elle retrouvée ici ? Mystère… et même si honnêtement, Aomine avait bien sa petite idée sur la question, il n'avait aucune envie de jouer les détectives à une heure pareille…

Non, à vrai dire, maintenant que Kagami était assis sur lui, un autre type d'envie venait de se réveiller et Aomine se mit à lécher directement la substance sucrée dans la nuque du rouge. La réaction de Kagami ne se fit pas attendre, sous forme de gémissements de plaisir. Dès qu'Aomine le touchait, il sentait irrémédiablement son corps s'enflammer. C'était sans doute la raison pour laquelle le tigre multipliait les frôlements et les rapprochements physiques, lorsqu'ils jouaient au basket ensemble… bien que ce ne soit pas censé être un sport de contact.

Visiblement satisfait du goût de sa proie, Aomine l'embrassa davantage à cet endroit, puis il serpenta vers le sud, allongeant même Kagami sous lui dans le sofa. Ses mains se glissèrent sans vergogne sous le T-shirt de son amoureux, le relevant pour mieux caresser la peau offerte de ses flancs. Kagami se cambra en réponse, se montrant particulièrement réceptif aux attentions de son homme.

C'était tellement rare qu'Aomine le touche ainsi… non pas que le brun ne se montre jamais tactile, mais en général, cela restait… superficiel. Si bien que Kagami avait fini par croire et intégrer l'idée fausse selon laquelle son amoureux ne le désirait pas et ne le trouvait pas attirant… Ce qui, en plus d'être extrêmement frustrant (Kagami étant un homme comme les autres, avec certains besoins…), était également vexant. Parce qu'Aomine n'était pas réputé pour sa pruderie…

Alors… quand sa panthère commença à l'embrasser sensuellement, tandis que ses mains s'afféraient à défaire son pantalon, Kagami décida de prendre les devants. D'habitude, dès que les caresses passaient sous la ceinture, Aomine balbutiait des excuses peu crédibles et interrompait tout quand il sentait la situation lui échapper. Mais pas question de lui permettre de se défiler cette fois. Kagami mordilla les lèvres de son homme avec appétit, lui signifiant qu'il voulait aller jusqu'au bout. Et afin de l'obliger à tenir ses engagements, il enroula ses jambes autour de la taille d'Aomine et appuya sur le bas de son dos pour forcer leurs bassins à venir se coller l'un à l'autre. Ainsi pris au piège, l'agent de sécurité ne pourrait pas lui fausser compagnie.

Kagami ondula du bassin pour lui passer le message. C'est qu'il en avait marre de rester sur la béquille et qu'Aomine se défile, dès que leurs câlins commençaient à devenir un peu sérieux ! Alors ce soir, il attaquait et il obtiendrait gain de cause ! Parce qu'Aomine ne semblait peut-être pas très emballé par ce qui figurait au menu, mais ce n'était certainement pas le cas de Kagami. Surtout lorsqu'il s'agissait du basané…

Oh oui… il avait très envie de s'en taper une bonne tranche ! (pour rester dans la métaphore culinaire…)

Si bien qu'il attrapa la main de son petit-ami pour la guider à l'intérieur de son pantalon. Il avait bien fait d'opter pour un simple jogging un peu loose, qui pouvait s'enlever en tirant juste sur un cordon… Car sinon, Aomine aurait sûrement invoqué qu'un jean était trop compliqué à déboutonner et en aurait profité pour tout arrêter ! Ah, vous en doutez ? Vous aussi vous trouvez que c'est une excuse ultra bidon ? Et pourtant, cela s'était déjà produit par le passé… Alors Kagami ne voulait plus prendre le moindre risque. Et tant pis si ses burgers cramaient dans la poêle ! Il ne lâcherait pas Aomine tant qu'ils ne se seraient pas envoyés en l'air !

La panthère sembla avoir un micro mouvement (quasiment imperceptible) de panique lorsqu'elle sentit l'érection conséquente du roi de la jungle venir se presser contre sa paume, mais comme Kagami la ceinturait toujours fermement, elle n'eut d'autre choix que d'approfondir le baiser en même temps que ses caresses débridées. Il était déjà arrivé par le passé une fois ou deux, qu'Aomine accepte de le branler pour soulager sa frustration. Sans doute une façon de s'assurer que le tigre le lâche, en calmant temporairement le problème.

Mais ça ne suffisait plus à Kagami et aujourd'hui, il comptait bien avoir la TOTALE !

En prendre plein le…

Ermmm… finalement, Aomine n'était peut-être pas le seul à ne pas avoir dépassé le stade anal !

Sauf que le Dieu des Télécoms décida de s'en mêler…

Un smartphone posé sur la table basse, (et qui avait eu la chance d'échapper aux gros panards d'Aomine…) se mit à vibrer. Fort.

« Wow… j'te fais un méga effet on dirait… » Sourit Aomine contre les lèvres de son fauve.

« C'est pas moi… ça vient du portable de Kise... »

« Quoi ? »

Aomine se redressa subitement, comme si on venait de lui balancer un ballon de basket en pleine tête. Il reporta son attention sur la table, où se trouvait en effet posé un téléphone. Avec une coque Pikachu jaune PETARD caractéristique. Pas de doute, il s'agissait bien de la propriété de Kise Ryota. Le mannequin avait d'ailleurs offert le même en version Rondoudou à Momoi.

« Il l'a oublié ici ce matin quand il est venu prendre sa douche. »

Aomine ne put alors s'empêcher d'y repenser. Kise, fraîchement lavé, ses cheveux mouillés et des gouttes d'eau dévalant encore le long des courbes de ses muscles ciselés…

« Merde, c'était sûrement un appel important de la part de son agent ou de sa famille… Est-ce que tu crois… qu'il va repasser le chercher ce soir ? »

Parce que si c'était le cas, mieux valait qu'Aomine s'en aille pour éviter de la croiser. Il ne voudrait pas le mettre davantage mal à l'aise, comme ce matin justement… Kise lui avait bien fait comprendre qu'il lui en voulait toujours…

« A mon avis non, ça va faire trop tard là. Et puis, il est sûrement occupé, il serait déjà venu le récupérer sinon. Il passera plutôt demain matin je pense. »

« Occupé », hein ? Pas besoin de s'appeler Midorima et d'être fan d'astrologie pour deviner avec QUI… Et rien que d'y penser, ça lui collait la nausée.

Cette raclure d'Haizaki…

« Tel que j'le connais, j'serai prêt à parier qu'il n'a rien remarqué… Il est tellement tête en l'air. »

« Si je savais où il habite, je lui aurai ramené. »

« T'étais pas allé chez lui, déjà ? »

« Si, dans son ancien appart'. Mais pas le nouveau. »

« Il a déménagé !? » S'étonna Aomine.

Et Kagami ne savait pas où. Merde… ça n'arrangeait pas ses affaires, ça…

« Oui, c'est très récent. Mais j'ignore où. »

Aomine détourna le regard. Il n'était plus dans le « mood » là. Parler de Kise, ça le faisait inévitablement penser à Haizaki et par conséquent, ça suffisait à lui couper toute envie. Il se décolla donc de son tigre.

« Je vois… hmm… désolé Tai mais… j'suis crevé ce soir avec le boulot et tout ça… On est en sous-effectif en ce moment en plus… »

Kagami soupira de déception. Ok, il avait compris. De toute façon, il s'en doutait, c'était toujours comme ça avec Aomine… Dès que la température commençait à monter et les choses à devenir un peu sérieuses, la panthère d'esquiver. Et dans ces cas-là, ça ne servait à rien d'insister. L'entrejambe d'Aomine s'était autant dégonflée que l'appétit de Murasakibara vis-à-vis d'une poêlée des légumes vapeur…

« C'est pas grave… je m'y attendais de toute manière... » Lâcha le tigre, déçu, avant de le libérer et de quitter le canapé.

Ça faisait mal à entendre…

Kagami avait l'air blessé… Putain… Ce n'était pourtant pas ce que le brun voulait. Cependant, le rouge commençait à en avoir assez d'être constamment repoussé et il ne s'en cachait même plus dernièrement. Sauf qu'Aomine ne se sentait pas encore prêt à passer à l'acte avec lui. Mais la question était… le serait-il jamais ? Kagami risquait de perdre patience et de le plaquer si la situation continuait à s'envenimer entre eux. Pour l'instant, l'as de Seirin avait visiblement choisi de prendre sur lui mais combien de temps tiendrait-il encore à ce rythme ? Enfin, puisque l'Américain avait décidé de retourner bien sagement derrière ses fourneaux, Aomine en profita pour se « saisir » du… problème.

Façon de parler, bien entendu.

Il attrapa le téléphone de Kise et chercha à le déverrouiller.

Normalement, le mannequin utilisait sa propre date de naissance comme mot de passe. Alala tellement prévisible ! Combien de fois Aomine lui avait déjà conseillé d'en changer ? C'était beaucoup trop facile à deviner, en cas de vol…

« Taaaaiiiii ! »

« Ouais ? »

« C'est quoi la date de naissance de Kise déjà ? »

Oui, parce que le brun avait beau connaître le blond depuis plus d'une décennie (et depuis plus longtemps que Kagami de surcroît…), il ne s'était jamais donné la peine de retenir une information aussi… obsolète et puis, Kagami avait beau ne pas être un lumière, il possédait toujours une meilleure mémoire que lui concernant les dates.

« Le 18 juin. »

Ah vous voyez, j'avais raison !

Bon, peut-être pas tant que ça en fait… étant donné que Kagami avait été obligé de sortir son propre téléphone pour consulter la réponse qui y était enregistrée, mais… Au moins, lui n'avait pas eu la flemme de le faire, contrairement à Aomine ! Le bleu entra donc la date indiquée, certain que le portable de Kise allait se déverrouiller mais…

NOPE.

TRY AGAIN.

« T'en es sûr ? »

Oui parce que forcément, ça ne pouvait être que la faute de Kagami. C'était le rouge qui s'était trompé, pas lui.

Obligé.

« Ouais ! » Répondit Kagami, avec assurance.

Aomine retenta donc… Sans plus de succès.

Et merde, plus que deux essais… ARGH la pression ! Mais puisque la date de naissance du blond n'était pas la bonne réponse, Aomine tenta el classico « 1, 2, 3, 4 ».

WRONG AGAIN.

Le portable lui signala qu'il ne lui restait plus qu'une seule toute petite tentative avant son verrouillage définitif.

« Réfléchis Daiki, réfléchis… Si ce n'est pas sa date de naissance que ce pignouf a choisi en guise de code de sécurité… alors, ça ne peut être qu'une seule chose… »

Il pianota donc rapidement son ultime supposition sur les touches du téléphone et cette fois, comme par magie, ce dernier se décida à coopérer ! Aomine sourit. Non seulement parce qu'il avait trouvé la bonne réponse, mais surtout concernant la véritable nature de celle-ci.

Car Kise avait bien utilisé une date de naissance, oui, mais… pas n'importe laquelle.

La sienne.

Celle d'Aomine.

La panthère avait craint l'espace d'un instant que Kise ait plutôt entré celle d'Haizaki, vu que le piercé/tatoué/décoloré/recoloré était son nouveau petit-ami. (Apparemment.) Et là, autant dire que jamais l'agent de sécurité ne serait parvenu à la deviner ! Mais puisque ce n'était heureusement pas le cas, cela voulait probablement dire que ce n'était pas aussi sérieux que ça entre eux…

Tant mieux !

En tout cas, comme il s'y attendait c'était bien l'agent du top model qui avait essayé de le joindre. Le mot « travail » s'affichait en gros sur l'écran d'accueil. Ecran d'accueil où Kise et Aomine figuraient ensemble d'ailleurs. Kise avait fait d'une de leurs photos son fond d'écran et Aomine se rappela du jour où elle avait été prise. C'était au Disneyworld situé à Orlando en Floride, il y a environ deux ans. Kise avait réussi à obtenir des places VIP via son taf de mannequin et il avait donc tout naturellement invité Aomine à l'accompagner. Sur la photo, les deux amis portaient des oreilles de Minnie en serre-tête et grimaçaient comme de grands enfants. Ils semblaient si heureux. Inséparables. C'était le bon vieux temps, bien avant le fameux « incident » qui avait bouleversé leurs rapports… Parfois, cette période manquait à Aomine. Surtout ces derniers temps, depuis que Kise avait déménagé et qu'il ne le voyait plus tous les jours…

Mais ce ne fut qu'alors qu'Aomine remarqua un MMS en attente. Une photo. Par curiosité, il l'ouvrit.

Dessus on pouvait voir Kise nourrissant un adorable petit raton laveur tout roux. Sans doute dans un zoo, il lui donnait le biberon. Vraiment trop mignon ! Mais dès qu'Aomine réalisa de QUEL numéro provenait l'image en question, il vit rouge.

Le nom de l'expéditeur s'afficha.

Shogo.

Putain, encore lui ! Quand est-ce qu'il allait enfin les lâcher et enfin renoncer à Ryota, pour leur foutre une paix royale ?

Depuis le collège, Haizaki avait le blond dans le pif et ne cherchait qu'à l'humilier. Constamment. Et à chaque fois il se faisait torcher, mais il revenait à la charge le bougre !

Quand allait-il apprendre, apprendre à abandonner ?

A quel putain de moment ?

Kise n'avait pas besoin de lui.

Personne n'avait besoin de lui, d'ailleurs.

Il n'avait qu'à aller crever dans un caniveau, là où était sa véritable place et personne ne s'en soucierait !

Non, décidément, Aomine avait beau retourner le problème dans tous les sens, ces deux-là ne pouvaient pas être ensemble… Ils avaient à peu près autant en commun qu'un requin et une gazelle ! Et rien que la perspective que cette pourriture puisse toucher Kise, ça le dégoûtait ! Quant au blond… Il ne pouvait pas réellement vouloir d'un mec pareil. Impossible. Une petite frappe insensible, sans envergure. Une brute qui ne connaît que la violence comme moyen d'expression.

Oui, Kise méritait mieux.

Quelqu'un comme lui, par exemple.

Mais lui, il était avec Kagami maintenant et il ne comptait pas le laisser, car il aimait le tigre de tout son cœur et bien plus encore. La lumière de Seirin était devenue la sienne, celle qui l'avait sauvé des ténèbres. Cependant, avant de pouvoir se consacrer entièrement au bien-être de son nouveau fiancé, Aomine devait d'abord s'occuper de celui de Kise. Parce que ce n'était pas auprès d'Haizaki qu'il allait le trouver.

Persuadé de la légitimité et du bien-fondé de son entreprise, Aomine commit alors l'irréparable. Mais comme on dit, « la fin justifie les moyens » ou plus exactement dans ce cas précis « aux grands maux, les grands remèdes. » Il envoya donc un message à l'un de ses collègues « informaticien », ou plutôt « hacker repenti. »

Un vrai crack !

Ce serait facile pour lui… de s'introduire dans le téléphone de Kise.

S'infiltrer sans se faire détecter.

Mais surtout, sans laisser la moindre trace.

Aomine serait alors au courant de tout, sans qu'il ne soit possible de remonter sa piste…


Haizaki, de son côté, se sentait… anormalement nerveux.

Tout allait sans doute se jouer ce soir. En une seule manche, comme c'était parfois le cas au Poker.

Mais il fallait miser gros si l'on voulait espérer rafler tout aussi gros...

Et il le savait.

Il n'avait donc pas intérêt à se louper, sachant d'ores et déjà qu'il allait devoir payer de sa personne pour parvenir à son but. Cela faisait des semaines, non, des mois qu'il s'y préparait. Bien avant même de revoir Kise, en fait.

Il n'avait donc aucun droit à l'erreur.

Pas de seconde chance possible.

Asami s'était montré très clair à ce sujet, que ce soit aujourd'hui ou… auparavant, déjà. La priorité était de lui ramener Kise, quelle que soit la méthode employée. Enfin, à une exception près : Asami le voulait consentant.

Réceptif.

Et honnêtement, c'était cette condition bien spécifique qui le faisait le plus suer actuellement. Alors que d'après Haizaki, il aurait juste suffi de droguer Kise et de le coller, encore inconscient, dans le premier charter venuen partance pour Tokyo ! Cela aurait épargné bien des tracas à tout le monde et par-dessus le marché, l'affaire aurait été bouclée depuis des lustres !

Par contre, comment dire… ?

Techniquement, ça se serait JUSTE appelé un « enlèvement » quoi. Mais bon, ce n'était pas siiiiii grave hein, pourquoi chipoter sur de menus détails ? Efficacité, simplicité, rapidité ! Tandis qu'en comparaison, les ordres d'Asami étaient difficiles à respecter, eux ! Mais Haizaki n'avait pas le choix s'il tenait à rester en vie et surtout hmm… non… pour le « en un seul morceau », c'était déjà rapé en fait…

Sa prothèse à la main le lança subitement à cette pensée lugubre…

L'homme en noir lui avait d'ailleurs à peu près servi le discours suivant avant que le loup ne s'envole pour Los Angeles :

« Ne fais rien qui pourrait contrarier Kise-san. Accepte toutes ses demandes, sans exception. Peu importe leur excentricité ou leur dangerosité. S'il t'ordonne d'aller te jeter d'un pont au-dessus du vide, saute à pieds joints. Si vous partez à la cueillette et que vous trouvez un champignon rouge à pois blancs suspect, porte-toi volontaire pour y goûter en premier. Et enfin, s'il veut te voir jouer à la roulette Russe avec un chargeur qui contient cinq balles sur six, appuie sur la gâchette avec le sourire. »

La seule limite fixée n'était pas l'intégrité physique du brun, non, ça, son « employeur » s'en fichait comme de sa première Bentley. Et à ce sujet d'ailleurs… Hmm… nan, mieux valait ne pas y repenser maintenant… Quoiqu'il en soit, le seul véto qu'Asami avait posé était qu'Haizaki ne devait sous aucun prétexte foutre sa queue DANS le blond.

Oui bon bah c'était assez cru dit comme ça, mais comment le formuler autrement ? Soit disant parce qu'un tel acte « souillerait » instantanément la précieuse convoitise d'Asami. Mais de toute façon, la question ne se posait même pas, étant donné que Kise non plus ne semblait pas vouloir que cette partie de l'anatomie de son ancien rival vienne s'emboîter dans une certaine partie de son anatomie à lui.

Et comme Haizaki ne tenait pas vraiment à repartir avec un Tupperware sous le bras contenant sa bite à l'intérieur, (Coucou Chuck Norris, à qui l'on doit cette surréaliste suggestion de mode de transport) tout le monde y trouvait son compte.

Pour le moment.

Parce qu'en effet, Haizaki avait déjà dû passer à la casserole cet après-midi et nul doute que le même schéma allait se reproduire ce soir également. Il avait donc tout intérêt à sortir le grand jeu pour que Kise baisse complètement sa garde et s'ouvre totalement à lui… Enfin non, pas « s'ouvrir » dans ce sens-là, bande de cochonnes patentées, suivez un peu ! Car mine de rien, Haizaki tenait à sa vie… même si de brefs moments d'hésitation le rongeaient constamment… Parce qu'il ne fallait pas se leurrer, quoique le tatoué en dise, Kise l'attirait énormément. Le blond avait toujours été à son goût, c'était un fait indéniable. Mais… dans le cas présent, la véritable question était plutôt : est-ce que le jeu en valait la chandelle ? Ou plus précisément : est-ce que tremper sa biscotte dans le pot de Nutella de Kise, valait de se la faire arracher par la suite ?

Ouais, nan, pas sûr hein !

Pour autant… que Shogo puisse trouver Kise bandant n'était peut-être pas la raison principale de son intérêt marqué envers le blond… Et pour cause… Haizaki était un voleur dans l'âme. Et par conséquent, ce qu'il aimait le plus consistait à dérober les possessions des autres, juste sous leur nez de préférence. Au collège, il jetait très souvent son dévolu sur les copines de Kise, par exemple ahaha… Ouais, non, en vrai, ce n'était arrivé qu'une seule fois et il ne trouvait même pas la fille en question spécialement attirante. Mais rien que de savoir que quelque chose appartenait à autrui, suffisait à rendre ladite chose beaucoup plus… attrayante, tout à coup.

Irrésistiblement attrayante, même. Pour quelle raison ? Ah les psychologues auraient sûrement beaucoup à dire à ce sujet... De ce besoin guttural de possession. D'appartenance. Puis, cette inévitable lassitude lorsqu'il avait enfin obtenu ce qu'il désirait, comme si l'objet perdait instantanément toute valeur une fois au creux de ses mains. Ce serait pareil avec Kise, à n'en point douter. Alors plus vite il le conquerrait, plus vite il pourrait passer à autre chose. « Ils », plus précisément même. L'un comme l'autre.

Alors pourquoi attendre ?

Faire céder Kise.

Traquer…

Chasser…

Puis, acculer sa proie.

Ne lui laisser aucune chance.

L'abattre ensuite…

Puis, la consommer…

Pour au final, la délaisser… Livrer sa carcasse à la pourriture ou à d'autres charognards moins regardants, Haizaki se moquait bien de ce qu'il en adviendrait. Ça ne le regardait plus une fois qu'il aurait effectué la mise à mort et l'aurait goûtée. C'était comme si la viande tournait à l'instant même où il y plongeait les crocs… Quelle étrange sensation. Alors qu'elle semblait si fraîche et appétissante, quand elle se trouvait encore accrochée au bras d'un autre type…

Irrésistible…

« Shogo ? » Appela une voix angélique.

Le brun sursauta, sortant de ses pensées condamnables et il termina de se passer de l'eau froide sur le visage.

« Ouais ? »

« On va manger où au fait ? Tenue correcte exigée ? »

« Hmm… à vrai dire, je comptais t'emmener chez Mario. »

Ah ben oui.

Evidemment.

Comment Kise n'y avait-il pas pensé avant ?

Haizaki et son addiction légendaire à la bouffe Italienne… Vu l'étrange mode d'alimentation du piercé, Kise allait finir par croire qu'il sortait avec une Tortue Ninja

« Sortait… ? »

Ahahaha non, pas dans ce sens-là allons !

« On a toujours pris des pizzas ou des pâtes à emporter chez lui. Mais il fait d'autres choses aussi tu sais. Et il a une belle salle à l'arrière du resto. Très romantique, tu verras… »

Kise soupira, peu convaincu. Mais bon, ça ne servait à rien de lutter. Il n'avait aucune envie de se disputer (encore !) avec Haizaki et puis, ce n'était pas un si mauvais choix après tout. Sans compter qu'au moins à midi, ils avaient mangé… heu… local… ? Typique ? Américain, quoi !

« Ok dans ce cas, va pour de l'Italien. » Céda Kise.

Pas envie de se prendre la tête sur le menu de ce soir.

« Mais on peut s'habiller chic, si tu veux quand même. Rien ne nous en empêche. »

Haizaki sortit de la salle de bain à ce moment-là.

« On va pas avoir l'air bizarre ? »

« On a TOUT LE TEMPS l'air bizarre, Ryota. Deux Japonais à L.A. Hors de leur élément. »

« Toi peut-être, mais moi personnellement, je me sens comme un poisson dans l'eau ! » Sourit Kise. « Par contre, rappelle-moi depuis quand tu possèdes des vêtements 'chics' ? »

« … Cet après-midi… ? »

« Je n'appelle pas vraiment cela des vêtements classes… c'est plus du street wear haut de gamme. »

Très haut de gamme, même… vu les prix prohibitifs affichés mais bon…

« T'es sûr que tu ne veux pas plutôt que je te prête des fringues ? » Insista Kise.

« Ça dépend. Si elles te donnent envie de me les arracher rapidement, alors ça peut se faire. »

« Je « n'arrache » jamais des pièces de collection qui valent aussi cher ! C'est contre ma religion de Lagerfeldiste pratiquant ! En revanche, je suis tout à fait capable de te les « enlever » de manière raisonnable et mesurée, respectueuse du tissu et de sa matière ! »

« Du moment que je finis à poil à la fin, moi, ça me va… »

« Qui sait ? Il se pourrait bien que j'ai envie d'un dessert après le repas… »

Kise se rapprocha alors de lui et vint enfouir ses mains dans les poches avant du bermuda d'Haizaki, avant de se pencher pour lui voler un baiser bref. Juste… un amuse-gueule pour les mettre en appétit, en quelque sorte. Mieux valait garder le reste pour le plat principal…

« J'ai bien une idée qui serait amusante… » Reprit Haizaki.

Kise haussa un sourcil, comme lui seul savait le faire. Il avait un excellent jeu de regard et de sourcils, tout en nuances ! Son visage très expressif avait fait sa renommée au Japon et une fois de plus, il prouva sa grande maîtrise de la gymnastique faciale ! Même si Haizaki aurait préféré un autre type de démonstration de souplesse… plutôt… buccale, par exemple. Car les muscles du visage restaient mis à contribution dans ce cas aussi, non ?

« Je t'écoute : Quelle est la définition de « drôle » d'après Haizaki Shogo ? » Interrogea Kise, bras croisés et sur la défensive.

« Pour commencer, j'ai pas dit « drôle », j'ai dit « amusant ». Si deux mots différents existent, c'est qu'il doit y avoir une subtilité entre eux, même si j'ignore laquelle ! Et sinon, pour répondre à ta question, je me disais que ça pourrait être marrant de choisir chacun la tenue que l'autre portera. Issue de sa propre garde-robe, bien entendu, afin d'éviter toute sorte de triche. »

« Ah ce n'est plus « amusant » maintenant, c'est carrément « marrant » d'après toi ? Même si, moi aussi, j'ignore la subtilité entre ces deux mots… » Il lui fit un clin d'œil. « Mais ok ça me va, j'accepte ta proposition ! A une toute petite condition, cependant… »

« Ouuuh tu d'viens comme moi, on dirait ! Toi aussi tu commences à tout négocier ! Serai-je en train de déteindre sur le grand Kise Ryota ? »

« Et bien, rien n'est gratuit en ce bas monde, comme tu le sais si bien… »

« Chaque chose a un prix, en effet… Alors vas-y, dis-moi tout. Qu'est-ce que tu désires en échange ? »

« JE VEUX TE COIFFER ! Promis, je couperai pas tes cheveux ! Et je les abimerai pas non plus ! Je veux juste pouvoir les brosser, les peigner, les sentir glisser entre mes doigts et jouer avec ! Je suis sûr qu'ils sont tellement douuuuuuuux ! Comme des rubans de soie ! »

D'après Haizaki, il y avait une autre partie de son corps qui se prêterait tout aussi bien à l'exercice… en particulier la partie « glisser entre ses doigts et jouer avec… » Cependant, il se garda bien de la suggérer au blond.

« Ah non hein ! Pas les cheveux, on a dit ! C'est sacré ! Et t'as eu ton quota de tripotage au zoo déjà ! Avec les pandas roux ! »

« Mais c'est pas pareiiiiiiiil ! Allez steuplé ! Dis ouiiiiiii ! »

« Explique-moi d'abord ce que tu comptes leur faire subir… »

« Et bien… pour commencer, je vais les laver ! Puis, je leur ferai un masque de soin ! Et enfin, je les démêlerai, je les sècherai soigneusement, mais pas avec un sèche-cheveux parce que l'air chaud est trop agressif et risque de les abîmer, alors j'utiliserai une serviette et pour terminer je te ferai une belle coiffure trop sexy ! »

Kise avait parlé à toute vitesse, trahissant son excitation.

Ce qui n'avait rien de rassurant, du point de vue d'Haizaki…

« … Heu t'es au courant que j'suis pas une meuf rassure-moi ? Et toi non plus, au passage… »

« Raaaaah tout de suite les bons vieux clichés sexistes ! » Pourquoi les filles seraient-elles les seules habilitées à porter leurs cheveux longs et à en prendre soin, d'abord ? « J'ai juste envie de les toucher, est-ce un crime ? »

« Tu ne préfèrerais pas toucher quelque chose d'autre à la place ? »

Et d'attraper la main de Kise afin de la poser au sud. Le message était sans équivoque. Bon, finalement, (et contre toute attente, n'est-ce pas… ?) Haizaki n'avait pas résisté bien longtemps avant de lui faire une proposition indécente.

« Non merci, sans façon. » Kise retira immédiatement sa main, mais il ne prit pourtant pas la mouche. Ni quoi que ce soit d'autre au passage et son sourire s'intensifia. « Tu m'avais proposé un massage du cuir chevelu ce matin dans la baignoire. En affirmant faire les meilleurs. Mais ce n'est pas possible, parce que c'est déjà MOI qui fais les meilleurs ! Et je ne demande qu'à te le prouver, alors, tu n'as pas envie d'y goûter ? »

Comme dit précédemment, c'était à un autre type de massage qu'Haizaki avait envie de goûter mais… une chose en entraînant une autre…

« C'est d'accord. » Approuva le brun. « Mais juste pour savoir, comment comptes-tu me laver les tifs ? Pas dans le lavabo de la salle de bain j'espère ? »

Bien que la vasque en question faisait presque la taille d'une baignoire… D'ailleurs, Haizaki avait déjà vu des baignoires moins grandes que ce simple lavabo, dans certains hôtels… Du genre où tu es obligé de replier les jambes et de te plier en quatre pour réussir à tenir dedans.

Kise cligna des yeux, comme pour indiquer que c'était bien son projet et qu'il ne voyait pas où se situait le problème, mais aussitôt son cobaye capillaire secoua la tête à la négative.

« Baignoire. Sinon rien. C'est toi qui vois. »

« Mais ça risque de ne pas être pratique ! Je vais être obligé de me coller au rebord et je vais finir trempé ! »

« Oh que non. Parce que tu vas venir t'installer dans cette foutue baignoire avec moi ! »

« Je me suis déjà lavé deux fois aujourd'hui ! Ma peau de lait risque de devenir hydrophobe à force de passer autant de temps dans l'eau ! Sans compter le risque de développer des crevasses, ainsi que des rides prématurées ! » Protesta Kise en tremblant légèrement d'angoisse face à cette perspective peu réjouissante.

« Pfff… quelle drama queen tu fais ! C'est pas un peu de flotte qui va te faire te dissoudre ! T'es pas un cachet d'aspirine, j'te signale ! Et puis, on a sué comme des blocs de saindoux laissés en plein soleil cet après-midi, alors ça ne nous fera pas de mal… »

« Bah voyons ! Dis qu'je pue tant qu'tu y es, vas-y ! » Eructa le Kitsune, qui se sentait insulté.

« Et bien, je n'osais pas aborder le sujet, mais puisque tu en parles… »

Kise ne le croyait pas bien entendu, mais par acquis de conscience, il se renifla les aisselles. Bon ok, la fraîcheur n'était pas des plus présentes cependant… il ne fallait pas exagérer quand même ! Rien qui ne justifiait la prise immédiate d'un bain, en tout cas. Pourtant, Kise préféra obtempérer. Ce n'était pas le moment de créer un nouveau conflit. Après tout, la requête d'Haizaki restait raisonnable. Un peu trop, même... Enfin, si le brun tentait quelque chose de suspect, Kise saurait le repousser.

Il se dirigea donc vers la salle de bain en soupirant de lassitude pour marquer sa coopération, puis il se déshabilla rapidement et fit couler de l'eau bien chaude. Haizaki le rejoignit et il attendit que Kise se glisse le premier dans la baignoire afin d'y entrer à sa suite. Mais ensuite, le loup vint directement se coller à lui, ce qui n'avait rien de surprenant vu le… « déroulement » de la journée… De toute évidence, Haizaki se sentait d'humeur câline, puisqu'il réclama presque aussitôt un baiser.

Que Kise lui octroya bien volontiers. Mais le blond n'en oubliait pas pour autant la principale raison de cette baignade à deux, alors d'accord pour un petit bisou, mais il ne fallait pas perdre de vue leur objectif commun. Et tandis que les lèvres du tatoué se soudaient aux siennes, Kise profita de ce baiser détourneur d'attention de sa proie et il lui enlever l'élastique qui retenait sa chevelure. Une fois libérée, la crinière ébène vint cascader sensuellement sur les épaules d'Haizaki. Si lisse, si soyeuse. Le rêve. Kise aurait tellement aimé posséder les mêmes cheveux, mais bon, d'une part, les porter longs ne lui allait PAS DU TOUT et puis d'autre part, son contrat de mannequinat actuel le lui interdisait purement et simplement.

Il se mordilla la lèvre inférieure en sentant quelques mèches venir chatouiller son torse, comme Haizaki s'était retourné pour lui faire dos. Cette position semblait en effet plus indiquée pour un lavage en bonne et due forme mais… des frissons parcoururent l'échine du mannequin. Se pourrait-il qu'il soit devenu capillo-sexuel tout à coup, par la faute d'Haizaki ? « Cheveu'o'phile » ? Est-ce qu'un telle sexualité existait d'ailleurs ? Pouvait-on vraiment se sentir excité par de simples tifs ? En tout cas, si l'on en croyait ce qui se passait sous sa ceinture, la réponse était oui, un grand et affirmé OUI même ! Décidément, depuis qu'il vivait avec Haizaki, Kise en découvrait des choses… sur lui-même, principalement. Et un peu sur le voleur de techniques aussi. Enfin très peu… Trop peu, en réalité. Et Kise voulait que cet état de fait change.

Il souhaitait en apprendre davantage sur le brun. Ça avait plutôt bien commencé d'ailleurs, surtout depuis aujourd'hui. Cependant, cela restait encore très insuffisant. En particulier parce qu'Haizaki prenait un malin plaisir à esquiver ses questions ou à y répondre le plus vaguement possible. Finalement, il tenait plus de l'anguille que du loup, ce qui était fort à propos vu qu'ils se trouvaient dans l'eau actuellement. Ou alors un « loup de mer » ? Naaaaan… leur bain ne contenait que de l'eau douce… Bon alors disons pour rester dans le thème, qu'Haizaki était aussi glissant qu'une savonnette dans les douches d'une prison masculine.

Oui, voilà, mieux !

… Sauf qu'à présent, son cerveau se retrouvait assailli d'images cochonnes, ce qui n'arrangea pas du tout son problème d'afflux sanguin… Etrangement, Haizaki ne fit aucun commentaire sur ce qui pointait contre ses reins et Kise ne parvint pas à déterminer s'il devait s'en sentir soulagé ou déçu. C'est que… le renard s'était habitué à être le centre d'attention. Et il aimait par-dessus tout être celui d'Haizaki. Il s'en rendait compte maintenant… Hmm… mieux valait tard que jamais. Le piercé se détendit contre lui, soufflant sur les bulles de bain moussant pour s'amuser. Le jaune ferma les yeux quelques instants. Ils étaient vraiment bien là ensemble… la vapeur du bain commençait à faire son œuvre et Kise comprit que s'il ne s'activait pas dans les prochaines secondes, il risquait de s'endormir dans les prochaines minutes.

« Merde qu'est-ce qu'on est bien là… la prochaine fois, je mettrai des bougies sur le rebord de la baignoire… »

Pour renforcer le côté cosy et intimiste, l'idée l'enchantait vraiment.

« Très bonne idée. Et comme ça, ça nous donnera envie de pioncer à tous les deux. » Ironisa Haizaki.

« C'est pas censé être le but… »

« Ah non ? Et quel est-il dans ce cas ? »

Il leva son regard profond vers lui et Kise se sentit fondre. Leurs rapports… avaient changé. Comme si cette seule journée passée à deux avait suffi à apaiser des années de ressentiment. Ça tenait presque de la magie vaudou à ce niveau-là. Peut-être qu'en guise de bougie, il conviendrait plutôt de faire brûler un cierge… accompagné d'une prière… Ça ne pouvait pas faire de mal pour continuer à chasser les mauvais esprits qui cherchaient à se mettre entre eux, non ?

« Donner envie à l'un d'entre nous de sauter sur l'autre. Et préférablement, les deux. Enfin, je suppose. »

« Et ça fonctionne vraiment ces conneries ? »

« C'est supposé rendre l'atmosphère romantique ! »

« Peut-être mais… toi et moi on n'a pas besoin de ça, pas vrai ? »

« Evidemment que non. Nous deux, on a le romantisme dans le sang, c'est bien connu. » Gloussa doucement Kise, même si ce n'était certainement pas ce qu'Haizaki avait tenté de sous-entendre… « Et pour le prouver, je vais de ce pas commencer à te laver les cheveux, comme dans le film 'Out of Africa !' »

« T'as vraiment des références de vieux tu sais… bientôt, tu vas te mettre à me citer « Casablanca » aussi ? » Fit Haizaki, en relevant un sourcil.

« J'envisageais plutôt « Dirty Dancing » d'abord mais… pourquoi pas ? »

« Fais-moi penser de t'emmener au ciné la prochaine fois pour mettre à jour tes connaissances en films pour gonzesses... »

« Moi, j'ai deux sœurs et Satcchi… alors je suis immunisé contre ce genre cinématographique, mais toi… je crains que tu ne survives pas à un tel choc visuel… »

« Pour toi, je suis prêt à prendre le risque. »

Kise sentit à nouveau ses joues prendre feu. Et pour être franc, il n'y avait pas qu'aux joues que le Kitsune avait le feu mais chuuuut, ça, Haizaki n'avait pas besoin de le savoir ! Enfin, si tant est qu'il puisse encore l'ignorer vu ce qui grandissait toujours dans son dos… Le top model décida donc de détourner l'attention potentielle du brun, en versant une noisette de shampoing dans ses mains. Il commença à la faire mousser soigneusement. Mais attention, il ne s'agissait pas de n'importe quel produit, malheureux ! Non, il était question de son shampoing à LUI. Réparateur, hydratant, non testé sur des animaux, sans sulfates irritants et bio de surcroît ! Avec plus de 97 % d'ingrédients d'origine naturelle. (Ce qui, nous sommes bien d'accord, ne veut absolument rien dire, puisqu'une molécule même synthétisée en laboratoire, provient bien d'ingrédients naturels à la base, non ?)

Bref, la crème de la crème des shampoings ! Et à presque cent dollars le litre, il valait le mieux ! (Non mais sérieusement, il y avait de la poudre d'or ou du caviar à l'intérieur !? Qui a les moyens de s'acheter ça ? Il avait intérêt à être efficace, vu son prix prohibitif !) Et le fait que ce soit un coiffeur, non, un « styliste capillaire » (le gars en question avait insisté pour être désigné ainsi…) CHAUVE qui le lui ait refourgué ne lui avait absolument pas mis puce à l'oreille… Quoi qu'il en soit, il fallait bien admettre que la mixture sentait délicieusement bon… un mélange sucré de sable chaud, de coco et de fleur de tiaré. Un véritable voyage olfactif à destination d'Hawaii, mais en plus abordable finalement… Et sans l'inévitable décalage horaire qui allait avec…

Haizaki se montra bizarrement docile. Peut-être appréciait-il le fameux massage que Kise entama ? L'ancien as de Kaijo plongea bien les doigts dans la masse capillaire et il gratouilla même le cuir chevelu avec ses ongles courts, arrachant quelques frissons de plaisir à Haizaki.

« C'est agréable finalement. Je devrai te laisser t'occuper de moi plus souvent. »

« Pas sûr que j'en ai envie. Ni que j'en ai le temps. M'occuper de moi-même est déjà un travail extrêmement chronophage au quotidien, tu sais ! »

Le brun posa la tête contre l'épaule de Kise, s'allongeant bien dans la baignoire puisque la grande taille du tube le permettait. C'était reposant, à tel point que c'était lui qui menaçait de se mettre à somnoler à présent.

« Engage un assistant… »

« Pour t'occuper de toi ou de moi ? »

« Toi… » Ronronna Haizaki.

« Tu laisserais un autre homme me toucher ? »

« T'es mannequin. Des tas de mecs te touchent constamment. C'est ton métier qui veut ça, ça fait partie du boulot. »

« Je ne te le fais pas dire. Pourtant, certains de mes… ex… tous sexes confondus… pouvaient s'en montrer jaloux. » Confessa Kise.

Il attrapa le pommeau de douche, avant de rincer méticuleusement la mousse blanche et aérienne.

« Pas étonnant avec tout ce qu'on raconte sur le milieu du mannequinat. Les scandales sexuels y sont légion. »

Kise ne nia pas. Il était parfaitement au courant et puis, ils avaient déjà pu en « discuter » lors de la soirée avec Stacy et Amber. Chacun avait d'ailleurs largement pu faire connaître et exprimer son point de vue sur la question à cette occasion.

« Et la confiance dans tout ça ? » Bouda un peu Kise. « Et par pitié ne me sors pas que c'est dans les autres qu'ils n'ont pas confiance et non pas en moi ! »

« C'est pas ce que je comptais te répondre. A vrai dire, j'ai développé ma propre théorie sur la question… »

« Ah ? Et j'ai le droit de l'entendre ? »

« Si ça peut te faire plaisir. Moi je crois que… ça renvoyait surtout tes ex jaloux à leurs propres insécurités… Dans le sens où… Personnellement, si j'étais mannequin, je sais pertinemment que jamais je n'aurai l'auto discipline nécessaire pour m'empêcher de sauter sur tout ce qui bouge. Le « sur » étant bien entendu en option… Ce que j'essaie de te dire, c'est que… d'après moi, c'est surtout en elles que les personnes qui flippent pour rien, n'ont pas confiance. Parce qu'elles savent qu'à ta place, elles seraient tout bonnement incapables de résister à l'appel de la chair… Contrairement à toi. Mais que veux-tu, il est tellement plus simple de faire porter le chapeau à l'autre, sous couvert de paranoïa… Ça évite d'avoir à se remettre en question. »

« Hmmm… Je n'avais jamais regardé les choses sous cet angle, mais ouais, tu dois avoir raison. Ça fait totalement sens en fait qu'on y réfléchit bien ! »

« Pas de souci. Et sinon, ça fera cinquante dollars le conseil de vie. »

« Ouuuh c'est affreusement cher ! » Plaisanta Kise.

« J'ai été contraint d'augmenter mes tarifs avec l'inflation. Mais tu peux toujours me payer en nature, si tu préfères. »

« N'oublie pas que je tiens toujours tes si précieux cheveux entre mes mains… Et qu'il peut m'arriver d'être extrêmement maladroit. » Fit-il en tirant un peu dessus.

Haizaki parut se calmer instantanément. Comme quoi, menaces vs remarques salaces, non seulement ça rimait, mais ce battle semblait joué d'avance. Kise tira donc parti de son obéissance soudaine et il lui fit un masque nourrissant pour achever le soin. Celui-ci ne moussait pas et il fallait le laisser posé quelques minutes pour qu'il fasse effet. Pour bien l'aider à pénétrer, Kise massa le cuir chevelu d'Haizaki, ce qui ne manqua pas de lui arracher quelques gémissements d'extase…

… Très similaires à ceux que le brun avait poussés depuis la cabine d'essayage un peu plus tôt dans la journée…

Non, Kise ne devait pas repenser à ça. Pas ici, pas maintenant.

Qu'est-ce qui avait changé pour que tout à coup, il ne trouve plus Haizaki insupportable ? L'avait-il d'ailleurs un jour trouvé aussi insupportable qu'il se plaisait à le clamer ? Peut-être pas au final… Ils étaient si jeunes à l'époque… Haizaki avait mûri et lui aussi. Et en tant qu'adultes, ils étaient sûrement capables de mettre leurs différends et les vieilles rancœurs de côté. Comme ça avait été le cas aujourd'hui, sauf qu'à l'avenir, il faudrait que cela se répète tous les jours.

« C'est quoi que tu m'as mis sur la tête là ? »

« Un masque… Un genre d'après-shampoing, si tu préfères. »

« Oh… Ca sent hyper bon en tout cas... et c'est censé avoir quelles vertus ? »

« Accélérer la pousse des cheveux, entre autre. »

« Dans ce cas… »

Soudainement, la main d'Haizaki attrapa la sienne et la guida lentement sous l'eau.

« Tu crois que ça pourrait aider ça à pousser aussi… ? »

Le « ça » en question étant… un autre type d'excroissance corporelle. Kise sentit sa gorge s'assécher et il eut subitement du mal à avaler sa salive.

« Je crois que « ça » n'en a pas besoin. C'est déjà biiiiiiiien assez grand… » Balbutia le blond, gêné.

Brusquement, il avait l'impression d'être redevenu une simple proie à la merci d'un dangereux prédateur, qui aurait dissimulé ses crocs pour mieux le tromper. Il était presque… inquiétant de constater à quel point les rapports de force pouvaient s'inverser rapidement entre eux. En une fraction de seconde à peine.

« Quel est le problème ? Tu l'as déjà tenue dans ta main. Au hasard, cet après-midi pendant que tu me baisais. »

« T'étais vraiment obligé de dire ça ? » S'agaça l'égérie des podiums.

« Quoi ? »

« Fais pas l'innocent, tu le sais très bien ! »

Pas question de se laisser retourner le cerveau cette fois. Haizaki était beaucoup trop doué pour l'embrouiller, mais le fréquenter tous les jours constituait un avantage non négligeable, puisqu'à présent, Kise parvenait mieux à le voir venir.

« Ryota… » Susurra t-il de son irrésistible ton mielleux, afin de lui faire baisser sa garde.

Le cœur du blondin s'affola. Il ne devait pas se laisser amadouer…

Sinon…

« Non, ne me « Ryota » pas ! Oh et puis rince-toi tout seul pour la peine ! »

Sur ce, Kise se leva sans prévenir et Haizaki bascula en arrière, manquant de se cogner la tête contre le rebord de la baignoire.

Car s'il existait bien un truc plus changeant sur cette planète que la conscience politique d'un joueur de Fortnite, c'était le caractère de Kise Ryota !

« Mais putain Ryota ! Qu'est-ce qui te prend ? Allez, reviens quoi ! »

Trop tard, car ledit Ryota, ben… il avait déjà filé !

Finalement, c'était peut-être lui l'anguille…


Ce qu'il y avait de bien avec Kise, c'est que ses petites crises de bipolarité aigües ne duraient jamais longtemps. Géméaux oblige. En vérité, il craignait juste qu'Haizaki ne le manipule. Encore. Or, dès que le contrôle lui échappait, Kise se sentait comme pris au piège. En position de faiblesse. Foutu Haizaki !

Mais contre toute attente, Kise alla tout de même préparer une tenue pour son colocataire, tel que cela était prévu au départ.

Et lorsqu'Haizaki se présenta tout penaud et encore tout mouillé, Kise l'invita à s'asseoir pour le coiffer comme convenu.

« Bordel, même les femmes enceintes ont moins de sautes d'humeur que ce schizophrène… » Pensa Haizaki, se gardant bien de le lui répéter évidemment.

C'est qu'il tenait à sa vie !

Et à ce qu'il avait entre les cuisses, accessoirement.

Et que Kise n'avait même pas daigné toucher…

Haizaki prit donc place sur la chaise qui lui était réservée et il se laissa brosser les cheveux. Bon, Popol étant bien couvert par une serviette, a priori, Kise ne devrait pas battre en retraite une seconde fois. Le piercé resta silencieux et parfaitement immobile, ce qui n'était pas pour déplaire à Kise. Car ce dernier avait besoin de se concentrer, tout à sa tâche qu'il était. Dédié à l'art du coiffage ! Et cela tombait à pic, car il n'avait aucune envie de parler.

Et surtout pas de la petite scène qui venait d'avoir lieu entre eux dans la baignoire.

Oh pas qu'Haizaki lui ai forcé la main ou quoi que ce soit, même si… son geste précédent était sans équivoque, cependant… bien que Kise reconnaisse les besoins du brun, il voulait rester le seul décisionnaire dans la relation. Alors oui, c'était égoïste. Oui, c'était injuste. Mais c'était à prendre ou à laisser. Pas question de faire des concessions. Pas à ce stade. Et puis, Haizaki ne semblait pas lui en tenir rigueur, alors autant considérer l'incident clos.

Kise démêla prudemment la tignasse d'Haizaki, faisant attention à ne pas trop tirer dessus, mais son œuvre fut facilité par le dernier soin posé. Il empoigna son sèche-cheveux dans un second temps et l'air chaud débarrassa la chevelure noire de toute trace d'eau. Enfin, arriva le moment de s'amuser et Kise décida rapidement de la coiffure qu'il souhaitait faire. Il tressa donc tout le côté droit et rassembla les cheveux ensuite à une queue de cheveux courte, un peu ébouriffée. Fier de lui, il tendit un miroir à Haizaki. La coiffure tiendrait en place toute la soirée grâce à quelques épingles discrètes de la même couleur que la chevelure de son cobaye.

« Hmm… c'est pas mal. Tu t'en es bien sorti, même mieux que je ne l'aurai imaginé. » Déclara le voleur de techniques en s'admirant sous toutes les coutures.

« Comme je te l'ai déjà dit, j'ai deux sœurs aux cheveux longs, ça aide. »

« Je vois, t'as largement eu l'occasion de t'entraîner quoi. »

« Est-ce que ça te plaît alors ? »

« Oui, beaucoup. Et toi ? Tu aimes aussi ? »

« Evidemment idiot ! Sinon, je ne me serai pas donné autant de mal pour que tu ressembles à quelque chose ! »

« Ça me rappelle le lycée quand je portais ces fameuses tresses africaines… »

« Tu veux dire, 'ces AFFREUSES tresses africaines' ! » Rectifia Kise, intransigeant.

« Oh abuse pas ! Elles n'étaient pas si laides quand même ! En tout cas, moi, je les aimais bien !

« Beurk… Je constate avec effroi que ton mauvais goût légendaire s'étend donc à toutes les parties de ton corps ! » Grimaça le mannequin. « Et comme je ne tiens à prendre aucun risque pour mon image, je vais choisir moi-même les vêtements que je vais mettre parmi les tiens ! Car il n'est pas question que je te laisse en décider seul ! »

Et en parlant de cela, Kise déposa quelques affaires sur les genoux d'Haizaki. Il s'agissait de la tenue choisie pour lui et ne tenant pas à ressembler à Bozo le Clown, Kise s'empressa d'aller piller lui-même l'armoire d'Haizaki, avant que ce dernier n'ait eu le temps de protester. Il laissa donc le brun se changer de son côté.

Lorsque Kise revint environ un quart d'heure plus tard, il avait trouvé son bonheur. Enfin… « bonheur » c'était sans doute un peu vite dit, mais disons que le renard était parvenu à dénicher quelque chose de… « portable », selon ses propres critères.

La fameuse chemise léopard trèèèès échancrée qu'Haizaki venait d'acheter chez Donovan et que le blond avait agrémenté de ses accessoires personnels, à savoir une gourmette et quelques colliers en argent pour contraster avec la couleur jaune de la chemise et à la fois « habiller » un peu la partie découverte de son torse. Un pantalon en cuir moulant (Haizaki n'avait donc pas menti lorsqu'il clamait en posséder un, hélas…) lui… et bien… moulait indécemment le fessier… et pour les chaussures, Kise avait opté pour des bottines de motard à… pics. Bon sang… il semblait paré à aller racoler sur les trottoirs, pour un « host club » bas de gamme attifé de la sorte… Mais bon, au moins le côté « cuir » était en accord avec le perfecto qu'il avait enfilé pour se couvrir un peu. Le même perfecto qu'Haizaki portait le jour où le facétieux Destin avait décidé de les réunir à nouveau.

Quant à Haizaki… La tenue que Kise avait préparée pour lui était tout bonnement parfaite.

Une chemise cintrée en satin rouge tirant vers le bordeaux. Un jean slim noir brut réhaussé d'une ceinture à boucle toute simple. Des derbies vernies très classes. Et enfin, une veste noire resserrée à la taille.

Le garçon aux cheveux d'ébène était vraiment à tomber, tel l'host d'un club de luxe très en vogue dans la capitale, tandis qu'à côté de lui, Kise avait l'air d'un vulgaire tapin.

Et oui, Haizaki lui plaisait, habillé ainsi.

C'était dire l'ampleur de la réussite vestimentaire (et capillaire, il ne fallait pas l'oublier !) du blond.

Le loup se mit alors à faire le tour de sa proie, pour l'examiner sous toutes les coutures. Kise se tendit légèrement. Il se sentait toujours vulnérable face à ces yeux perçants.

Comme déshabillé du regard…

… Nonobstant le fait qu'ils s'étaient retrouvés à poil dans la même baignoire, à peine quelques minutes auparavant.

Et lorsqu'Haizaki eut l'outrecuidance de lui coller une main au cul OKLM, Kise sursauta.

« Hé ! »

« T'as mis l'un de mes boxers aussi j'espère. Sinon, ça ne compte pas… »

Il essaya de tirer sur le tissu du pantalon pour vérifier. Ou plutôt, il fit SEMBLANT de tenter de déterminer quel type de sous-vêtement portait Kise. Mais c'était surtout une excuse bidon pour pouvoir lui peloter les fesses en toute impunité et ils en avaient bien conscience tous les deux.

« Oui, je l'ai fait ! D'ailleurs, tu brûleras directement celui que je t'ai prêté, en fin de soirée. Pas la peine de me le rendre brrr… »

« Montre celui que tu as choisi, je vois rien là… et par conséquent, je ne te crois pas. »

Mais avant même que Kise n'ait pu esquisser le moindre geste, Haizaki plongea la main à l'arrière de son pantalon en cuir et il tira sans une once de gêne sur le caleçon du blond pour l'obliger à faire surface. Pas de doute, c'était bien l'un des siens. Un boxer à têtes de mort… Peu emballé par le manque de pudeur de son compagnon, Kise se libéra d'une tape sèche sur sa main.

« Ça suffit ! Tu vas le déformer à force de tirer dessus comme ça ! »

« Et alors ? C'est mon boxer, donc je fais ce que je veux avec. Entre nous, je doute de pouvoir l'élargir juste comme ça… Et d'ailleurs… maintenant que j'y pense, je doute également que tu le remplisses complètement à l'avant… J'suis sûre que t'as encore plein de place… Hmm… fais voir… ? »

« Stop ! T'en as déjà assez vu comme ça ! » Rougit Kise. « Et ne compte pas sur moi pour m'asperger de ton parfum pour dragueurs au rabais, afin de compléter l'ouvrage ! »

« Deluxe Gigolo ? Tu plaisantes ! Les nanas en raffolent ! Et c'est ça l'élément qui finalise la tenue ! »

« J'ai dit non ! Je refuse de cocotter comme… un… ewww… gigolo, mais version discount ! »

« Tsss… ok, fais comme tu veux. » Il avait cédé un peu trop rapidement au goût de Kise pour que ce soit totalement honnête et lorsque le lupin se pencha pour lui susurrer à l'oreille, toutes crocs dehors, les craintes du blond se confirmèrent : « … Moi par contre, je me sens un peu à l'étroit dans ton slip… »

« Premièrement, ce n'est pas un « slip », c'est un boxer Dolce and Gabbana en édition limitée et deuxièmement, arrête de sous-entendre que t'es monté comme un taureau… Parce qu'au cas où tu l'aurais oublié, je l'ai déjà vue ta queue… et sans vouloir te vexer, elle n'a vraiment rien d'extraordinaire ! »

« Tu dis ça uniquement parce que tu ne l'as encore jamais eu dans la bouche… ni dans le cul… »

Très classe. Mais cela ne l'empêcha pourtant pas de compléter cette réflexion déplacée par une pensée tout aussi… inappropriée.

« … Parce que tu ferais moins le malin sinon. Je parie même qu'elle pourrait atteindre des endroits que celle de Daiki était trop courte pour ramoner… »

Bien entendu, il se garda bien de formuler cette dernière remarque… afin de ne pas ruiner définitivement l'ambiance de leur rendez-vous, qui commençait pourtant à se gâter lentement mais sûrement…

« Oui, mais je l'ai également tenue dans ma main… et tu peux me croire : il n'y avait vraiment pas de quoi crier au loup… »

Ahaha admirez le jeu de mots !

Sauf qu'en parlant de « mot », Haizaki n'avait pas dit son dernier…

« Tu sais ce qu'on dit : 'Mieux vaut une petite travailleuse qu'une grosse feignasse…' »

« Donc, tu admets toi-même qu'elle est petite ! » Se moqua Kise, tandis qu'Haizaki lui enlaçait la taille.

Visiblement pas rancunier le brun.

Ou pas.

Mais mieux valait faire profil bas et laisser Kise titiller sa virilité, si Haizaki tenait à ce que l'un des orifices du renard vienne faire connaissance avec elle ce soir…

Aussitôt, les menaces d'Asami lui revinrent en tête et il soupira. De toute façon, Kise n'avait pas non plus envie de tâter de sa queue pour le moment, alors…

« Au lieu de perdre votre temps à critiquer les dimensions de mon MODESTE phallus, nous ferions mieux d'y aller Signore Sifredi… » Trancha Haizaki. « Parler « saucisse » m'a ouvert l'appétit ! »

Et ce surnom n'était presque pas volé…

Kise l'avait bien fait grimper aux rideaux de la cabine d'essayage un peu plus tôt dans la journée. Littéralement comme symboliquement, d'ailleurs. Qui aurait cru qu'une blondasse branchée chiffon telle que lui en avait autant sous le pied… pour lui faire prendre son pied ? Et dans le caleçon, aussi. Sûrement pas lui en tout cas.

« Mais avec joie… SignorAAAA ! Ça va, je l'ai bien dit ? Je mange tellement Italien dernièrement, que je commence même à choper l'accent ! »

« Enfoiré va… Oser me traiter de gonzesse… tu ne perds rien pour attendre Blondie… »

Oh que non…

Il allait bientôt voir… et comprendre sa douleur.

Encore un peu de patience et Asami s'occuperait de son cas.

Haizaki n'aurait alors plus à subir cette diva


Plus jamais.

De retour dans leur ancien voisinage, Kise avait l'impression que cela faisait des années qu'ils avaient déserté ce quartier. Compton. Ses rues sales et peu éclairées. Sa mauvaise réputation. Son taux de criminalité à crever le plafond, ou plutôt, les pneus des voitures mal garées…

Enfin bref en un mot comme en cent : ça ne lui avait pas manqué ! (Et ça faisait six mots pour le dire…)

Les ruelles étaient particulièrement animées ce soir et une fois qu'ils furent descendus de son bolide, Haizaki proposa d'entrer le premier dans le restaurant, afin de s'assurer qu'une table soit disponible, pendant que Kise attendrai dehors, galanterie oblige.

Quelle erreur…

Car presque aussitôt qu'Haizaki se fut éloigné, un type mal rasé et d'apparence un peu louche l'approcha, avant de lui lancer de sa voix grave :

« C'est combien ? »

Kise cligna des yeux, hagard. Pardon… ? Il avait bien compris là… ?

Ce gars le prenait pour un prostitué !? Oh bordel, à tous les coups c'était à cause des fringues criardes d'Haizaki ! Il aurait dû s'en douter, ça ne pouvait QUE se passer ainsi ! Bon sang, mais pourquoi est-ce qu'il avait accepté de porter ces putains de vêtements !? Bien-sûr que c'était une mauvaise idée depuis le départ et ce malotru venait de lui confirmer.

« Ecoutez, je crois que vous faites erreur, je ne suis pas… »

« Et moi je crois que j'ai parfaitement raison, au contraire. Alors donne-moi ton prix mon mignon et suis-moi bien gentiment avant que je ne me fâche. » Le coupa t-il rudement.

Kise fronça des sourcils et il tâtonna la veste d'Haizaki pour y dénicher un paquet de clope à moitié vide. Il en tira une tige de nicotine qu'il fourra entre ses lèvres et il chercha ensuite un briquet. Briquet qu'évidemment, le brun ne possédait pas. C'est qu'il ne comptait pas se laisser impressionner par le premier mec mal élevé qui passait notre blond national !

Ils se trouvaient en pleine rue passante, ce pervers n'allait quand même pas oser l'embarquer devant tout le monde ! Cela lui semblait impensable. De plus, Haizaki se trouvait juste à côté. Et dès qu'il serait de retour – ce qui ne devrait plus tarder à présent – Kise se ferait un plaisir de demander à son agresseur de répéter sa question obscène devant lui. Histoire que le brun culpabilise bien et remettre un peu en doute son goût déplorable en matière de sapes.

« Hé t'es sourd p'tit con ? » Eructa l'homme à l'hygiène repoussante, visiblement titillé par le dédain du mannequin.

« Mon ami va bientôt revenir et s'occuper de vous. »

Pas que Kise ne soit pas capable de le faire lui-même, mais… avoir recours à la violence, c'était plutôt le truc d'Haizaki, pas le sien.

Et c'était très bien comme ça.

« Ton 'ami' ? Tu veux dire le gars que j'ai vu entrer y a deux minutes, celui aux cheveux attachés ? C'est lui ton mac ? »

Ok, Kise ne pouvait pas franchement en vouloir à ce gars d'avoir pensé ça, parce qu'il fallait bien admettre qu'Haizaki avait DEFINITIVEMENT la gueule de l'emploi, lui en revanche ! Autant Kise avait du mal à comprendre et à tolérer qu'on puisse le confondre avec un travailleur du sexe, autant Haizaki… nan clairement, il avait une tronche à vendre de la drogue en bas d'une barre d'immeuble ou à arpenter Kabukicho pour collecter des dettes.

Un léger gloussement lui échappa par mégarde, gloussement qui ne fut bien entendu pas du goût de son admirateur pas si secret, puisque brusquement, le type l'empoigna par le col de la chemise pour le ramener vers lui. Son air était ouvertement menaçant. De toute évidence, il devait penser que Kise se foutait de lui sans sourciller, ce qui n'était pas totalement faux par ailleurs…

Ah qu'est-ce que le mannequin n'aurait pas donné en cet instant, pour se retrouver dans la peau de Kuroko ! Grâce à son super pouvoir d'invisibilité, le petit fantôme pouvait balancer toutes les moqueries qu'il voulait, il passait toujours inaperçu ! Idem avec les fringues qu'il portait… Nul doute que le bleuet pourrait très bien se mettre à déambuler nu comme un ver dans les rues de Tokyo, sans que personne ne remarque rien.

Et au moment où Kise s'attendait à recevoir un coup de poing, (voire peut-être même un coup de boule carrément…) une main se posa sur l'épaule de son agresseur. Cette main appartenait à un grand type toisant le mètre quatre-vingt quinze (soit plus grand que lui et Haizaki, donc…) au teint mat et aux cheveux argentés. De leur âge ou pas loin. Costaud. Très costaud.

« Monsieur, je vous prie de bien vouloir ne pas importuner nos clients. » Enonça son mystérieux sauveur au fort accent italien.

« Clients » ? Kise loucha à cet instant sur le tablier que portait le grand gaillard et sur lequel on pouvait lire « Chez Mario ». Avec une petite bouille de moustachu rondouillard cousue dessus en prime. Un dessin fort ridicule, voire même carrément hors sujet, comparé au gabarit de celui qui le portait en somme.

« Vos clients ? Je vous signale qu'on s'trouve sur la voie publique là, pas à l'intérieur de votre putain de bouiboui ! Vous n'avez donc aucun droit de m'imposer quoi que ce soit, parce que nous sommes dans un pays libre… » Sourit sadiquement l'autre dégueulasse.

L'enfoiré… Il connaissait bien ses droits… Sans doute avait-il l'habitude ce genre de démonstrations un peu trop… démonstratives, justement…

« … A part que vous vous trouvez au niveau de la devanture et ce jeune homme a posé un pied sur l'estrade qui appartient à notre enseigne. Nous ne voulons pas d'histoires, mais si vous préférez directement traiter avec la police, je peux aller l'appeler de ce pas… »

Ah oui tiens, en effet, Kise avait bien fait de garder inconsciemment un pied dans, enfin, SUR, le restaurant. Comme quand on joue à « chat perché » ou à « Un, deux, trois, soleil », il se situait dans une zone sécurisée grâce à cela !

« Tsss… ok, pas la peine de prévenir les flics pour si peu, je m'en vais… »

La grosse brute lâcha aussitôt Kise et s'éloigna sans demander son reste. Mais… d'après le blond, ce n'était pas la perspective de voir rappliquer les poulets qui avait eu raison du type… Parce que sinon, il ne se serait jamais attaqué à lui depuis le début. Non… Il y avait autre chose… Kise avait bien senti son bras trembler pendant que le gars le tenait… Comme s'il… craignait quelque chose.

Ou quelqu'un.

Même Kise était capable de détecter l'aura écrasante qui émanait de son sauveur et un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.

« Vous voulez du feu ? »

« Hein ? » Lâcha Kise, déphasé.

« Du feu. Pour votre cigarette. » Il désigna celle que Kise tenait toujours en bouche.

Oh. Encore sous le choc, il avait complètement oublié qu'il était sur le point de s'en griller une, tiens…

« Heu oui volontiers, merci… Et hmm… merci également d'être intervenu. »

La montagne de muscles ne répondit rien et se contenta de sortir un briquet de la poche de son tablier. Il se pencha et alluma serviablement la clope de son interlocuteur.

« Il est interdit de fumer à l'intérieur en revanche. » Précisa t-il sur le même ton neutre.

Et il ne prit même pas la peine de demander à Kise comment il se sentait après une telle agression…

Drôle de sens des priorités et du service client…

… Ce que ne manqua pas de faire Haizaki par contre, qui venait enfin de rappliquer, sans doute attiré par le grabuge extérieur.

« Ryota ! Est-ce que ça va ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Un type louche m'a abordé de façon disons très… impolie. » C'était un sacré putain d'euphémisme ! « Mais ne t'inquiète pas, tout est rentré dans l'ordre. Grâce à lui. » Fit-il en désignant le balèze Italien.

Un bras protecteur passé autour du cou de Kise, Haizaki se tourna alors vers le troisième larron et il le mata de la tête aux pieds, telle une belle pièce de viande exhibée dans la vitrine d'un boucher.

« Merci d'avoir aidé Ryota, mec… Je m'en serai bien chargé moi-même, mais j'étais déjà en train de réserver une table dans ton resto. »

« Il n'y a pas de quoi Haizaki-san. »

Cette fois, ce fut au tour d'Haizaki de faire étalage de sa plus belle gymnastique sourcilière. Lui et Kise se regardèrent l'espace d'une seconde, se montrant aussi surpris l'un que l'autre.

« … J'peux savoir comment tu connais mon nom ? »

Le brun allait peut-être se faire taxer de parano, mais il n'aimait pas cela.

Du tout.

Qu'un inconnu connaisse son identité… et la décline aussi casuellement.

« Vous êtes l'un de nos clients réguliers, il n'est donc pas étonnant que j'ai déjà entendu ou même lu votre nom sur l'un de nos bons de commande. Un serveur aguerri se doit d'avoir la mémoire des noms et des visages qui y sont associés. » Répondit l'autre pour se justifier, l'air de rien.

Cela semblait logique, toutefois…

« Non… Ça n'aurait rien d'anormal en effet si… ce n'était pas la première fois que MOI en revanche, je te voyais mec. De toutes les fois où je suis venu chercher ma bouffe ici, ce n'est jamais toi qui m'as servi. »

Comme il fallait s'y attendre, Haizaki ne fut absolument pas convaincu par l'explication du grand musclé mais… il décida de passer outre en un éclair. Ce qui ne manqua pas d'étonner Kise.

« Mais puisque tu connais déjà mon identité, ne serait-ce pas à ton tour de me donner ton nom du coup ? Histoire qu'on soit à égalité, quoi. »

« Je m'appelle Dario. » Répondit simplement l'autre, sans fioriture ni émotion particulière.

« Hmm Dario… ça sonne bien. Ouais, j'aime bien. T'as une bonne tête de rital, j'avoue… Alors dis-moi Dario : et si tu nous conduisais à ta meilleure table, Ryota et moi ? On veut la grande ronde qui se trouve tout au fond du restaurant, près de la fenêtre qui donne côté cour. Celle qui est placée suffisamment loin des autres pécores qui viennent bouffer des pastas. Et on veut des chandelles. Très important, les chandelles, ne les oublie surtout pas. Tu nous dois bien ça après ce Ryota vient de subir. Il doit être encore assez traumatisé… pas vrai bébé ? »

Non mais aucun rapport quoi ! Le culot ! Jamais ça n'allait marcher…

« D'accord. » Obtempéra pourtant le géant.

Pas très bavard, mais ce ne fut pas la raison pour laquelle Kise cligna dubitativement des yeux. Parce que wow, c'était un peu trop facile là quand même ! Et presque trop beau qu'il accepte aussi rapidement. D'accord, on dit souvent que « le client est roi », mais il s'agit souvent de paroles en l'air et par conséquent, le blondin s'attendait à ce qu'on leur facture un supplément pour cette fameuse table ou à ce qu'on leur dise qu'elle était déjà prise mais… non seulement Dario les y installa sans broncher, les faisant même passer en priorité devant d'autres clients arrivés avant eux, mais en plus… l'argenté leur installa bien les bougies romantiques exigées par Haizaki.

Avec sa nappe rouge et blanche à carreaux typique, son chandelier et ses sticks de pain à l'origan disposés une petite corbeille en osier, sans parler de l'air d'accordéon un peu désuet qui jouait en fond sonore, il ne manquait plus qu'un couple de chiens en train de se bouffer amoureusement la truffe, afin que les avocats de ce bon vieux Walt Disney ne débarquent séance tenante pour leur coller un procès !

« C'est vraiment heu… pittoresque… » Ne put que constater Kise, en scannant la salle.

Le mannequin se sentait à court de vocabulaire là tout de suite, pour qualifier fidèlement ce cadre… ma foi… ultra cliché ? Tradi ?

« Je crois que je n'avais jamais mangé dans une trattoria (avec l'accent qui va bien, s'il vous plaît !) aussi… ermm… heu… Italienne… ? Et ce, même en Italie. Pourtant, j'ai participé plusieurs fois à la Fashion Week de Milan… »

Non parce que là, on se croyait au pire tout droit projeté au beau milieu d'un téléfilm d'amour de Noël extrêmement cucul la praline et au mieux, dans un décor de carte postale datant du siècle dernier !

Parce que, sérieusement hein, ce genre d'endroits existait donc toujours ? Kise n'était pas au courant… Même en Italie ce style d'établissements avait disparu, ravagés par une extinction de masse ! Haizaki et lui se trouvaient donc face au dernier dinosaure et ce n'était pas rien ! Le proprio ou le cuistot devaient avoir cent ans, au moins ! A moins que ce ne soit juste leur décorateur d'intérieur…

Qui devait très certainement répondre au doux nom de Denver

Ahem…

« Il paraît que la pizza est née à Naples. Ou à New York, dans le quartier de Little Italy, les historiens n'arrivent pas vraiment à se mettre d'accord sur son origine exacte… »

« Ah oui quand même… Parce que bon hein, c'est pas tout à fait le même continent quoi ! »

« Mais au moins, tout le monde s'accorde sur sa paternité Italienne, c'est déjà ça. Pas comme le hamburger, qui est Allemand en réalité, alors que tout le monde pense injustement que ce sont les ricains qui l'ont inventé… »

Le brun piocha un stick de pain qui croustilla sous sa dent. Juste histoire de combler une carie.

« Alors comme ça… t'es souvent allé en Italie ? » S'intéressa Haizaki.

« Oui, une dizaine de fois, pour le travail. Jamais en vacances, cela dit. » Acquiesça Kise.

« Et t'as fait quoi comme villes ou comme régions ? »

« Hmm… Milan surtout pour les défilés, mais sinon, Naples, Rome, Florence, Sienne et Pise au niveau des villes. Et la Sardaigne et la Sicile, mais uniquement dans le cadre de shootings photo. »

« Et t'as appris à dire quoi en Italien ? »

Son regard était doux, mais un peu espiègle aussi.

Or, Kise n'avait aucune envie, ni même intention de le décevoir. Il connaissait parfaitement la réponse qu'attendait Haizaki et il se fit donc un plaisir de la lui donner, en se penchant vers lui pour murmurer tout bas afin de ne pas être intercepté par des oreilles indiscrète :

« Succhiarmi il cazzo amore mio… Ça, c'est vraiment la base, si tu veux draguer… après ça dépend de quel côté tu souhaites te trouver… sinon, fottimi ou scopami, ça veut dire la même chose, mais c'est bien d'alterner entre ces deux variantes pour éviter les… répétitions. »

Grand sourire carnassier de la part de son compatriote. Comme quoi, certains langages sont universels, pas besoin de les avoir étudiés pour les comprendre instinctivement.

« Intéressant… et tu sais dire quoi d'autre sinon ? »

« Tiens… essaie de dire… » Kise venait de remarquer que Dario se dirigeait justement vers eux pour prendre leur commande, carnet à la main. « Vorrei l'ananas sulla pizza. Vas-y, tente le coup. »

« Ok ! Oi Dario ! »

Le loup tapa dans ses mains pour attirer l'attention du géant. Celui-ci se dirigea placidement vers leur table.

« Vous avez choisi ? »

« Vorrei l'ananas sulla pizza ! » Répéta fièrement Haizaki en claquant son meilleur accent rital.

Aussitôt, le visage du serveur qui n'était déjà pas très expressif à la base, se ferma, telle une porte face à un témoin de Jehova.

« Vuoi morire Haizaki-san …? » Enonça t-il, l'œil mauvais.

Fou rire aussi instantané que spontané de la part de Kise. Oh bordel, il commençait bien ce dîner « en amoureux ! » Ils n'avaient même pas encore commandé que déjà, Haizaki recevait des menaces de mort de la part du personnel !

Bref, la soirée s'annonçait excellente en somme.

« Heu… » Haizaki plissa les yeux comme pour essayer de mieux décrypter ce que venait de lui répondre l'armoire à glace Napolitaine et une petite diode s'alluma dans son cervelet. (Ou « cervelas », allez savoir, vu la taille et le contenu du machin…) « Aaaah je sais ! Il vient de me demander si je voulais ma viande bien cuite ou saignante, c'est ça ? Alors, j'ai bon ? »

« Ahahaha c'est toi la viande baka ! Et… m'est d'avis que Dario s'apprête à la servir saignante ! D'ailleurs, tu ferais mieux de planquer tous couteaux qui se trouvent sur la table à sa portée, simple conseil d'ami… »

« Hein ? J'ai rien compris… Qu'est-ce qu'il vient de dire finalement ? »

« Il te demandait juste de quelle manière tu préférais mourir. » Sourit Kise, des larmes d'hilarité au coin des yeux.

« Mais pour quelle raison ? Putain, tu m'as fait dire quoi encore comme connerie en vérité ? » S'égosilla Haizaki, apeuré. « Par pitié, jure-moi que j'ai pas insulté sa mère… »

Ah il faisait moins le malin face à un tas de muscles à l'air à peu près aussi commode qu'Akashi, du temps où il lui arrivait de malencontreusement tomber sur l'un des nombreux magazines porno qu'Aomine avait tendance à tout va dans les vestiaires…

« Encore pire : tu viens de demander de l'ANANAS sur ta pizza ! »

HERESIE TOTALE.

« Mais t'es complètement malade !? On ne plaisante PAS avec l'art culinaire devant un Italien ! C'est un sujet sacré pour ce peuple de fiers cuistots mangeurs de tortillas ! Des guerres ont déjà été éclaté pour moins que ça ! »

« Ermm Shogo… les tortillas, c'est Espagnol, pas Italien… Tu aggraves ton cas, là… »

« Nan mais ça va, il comprend pas le Japonais de toute façon… enfin bref… tu sais ce que tu vas prendre ? »

« J'ai pas vraiment regardé le menu mais… »

Le blond attrapa la carte pour la consulter rapidement.

« Hmm… nous allons commencer par un assortiment d'antipasti en entrée. Et ensuite heu… je ne suis pas vraiment inspiré, avez-vous quelque chose à nous recommander Dario ? »

« Nos gnocchi à la Romana sont délicieux. Sinon, nos spaghetti al pesto ou encore nos lasagnas… Nous en avons des végétariennes ou à la viande de bœuf. »

« Je suis un vrai viandard moi ! Donc lasagnes au bœuf, ça me va tout à fait ! »

« Dans ce cas… » Reprit Kise, en parcourant des yeux le menu. « Oui allez, mettez-moi des lasagnes aux légumes seulement. »

Ce choix lui valut un haussement de sourcils dubitatif de la part d'Haizaki. Mais Kise devait se montrer raisonnable. S'il s'était écouté, il aurait opté pour la salade caprese, d'ailleurs.

« Quoi ? »

« Rien. » Se défendit Haizaki.

« Si, si, je vois bien que tu as sorti ton fameux regard là… »

« Mon regard ? Quel regard ? »

« Celui qui dit 'Je te juge très fort, Ryota' ! »

« Ah oui… ce regard-ci… C'est juste que je trouve ça dommage qu'on vienne manger dans un si bon restaurant et que tu choisisses un machin vegan, qui ne suffira pas à combler ton appétit… »

« Pas vegan, vé-gé-ta-rien. C'est différent ! »

« Pas du point de vue de ton régime… Mais bon, ça ne me dérange pas… vu que tu auras quand même ton quota de viande en fin de soirée, étant donné que je compte bien te faire manger ma saucisse. »

Il s'y attendait, à celle-ci. Mais elle avait jailli de manière tellement naturelle, que ça en était… presque inquiétant. Haizaki, comme à son habitude, ne doutait de rien, et surtout pas de lui. Ni de son pouvoir de séduction.

« Oh Dio mio… »

Kise disparut quelques secondes derrière la carte des plats.

Il avait au moins besoin de ça pour s'en remettre.

Parce qu'un fort sentiment de honte venait de le gagner. Honte pour Haizaki, évidemment hein. Non mais comment, en 202X on pouvait encore oser balancer des répliques aussi éculées, sans se faire tomber dessus par des féminazi ou même l'amicale des Amateurs de Saucisson pur porc ? C'était dans ces moments-là que Kise remettait en cause son attirance pour Haizaki et se demandait bien ce qu'il pouvait lui trouver. Un mec sûr de lui pouvait bien entendu avoir son charme, non, au contraire, c'était même mieux en vérité. Mais faire ce genre de commentaires douteux, ça avait tendance à tout casser… Kise soupira. Si tout le reste du dîner se montrait de cet acabit, il n'allait pas tenir longtemps. Alors… pour empêcher une telle tragédie de se produire, Kise préféra anticiper.

En commandant l'élément le plus important.

De l'alcool.

Beaucoup d'alcool.

Il allait en avoir besoin.

« Et sinon, vous proposez quel genre de vins pour accompagner ce repas ? »

« Du Chianti. »

Kise pouffa de rire aussitôt. Ce mot lui rappela inévitablement la célèbre réplique d'Hannibal Lecter, dans le « Silence des Agneaux » aka(shi ?) : « J'ai dégusté son foie avec des fèves au beurre, et un excellent Chianti. »

Nouveau haussement de sourcils d'Haizaki à l'horizon. Décidément, Kise n'avait jamais remarqué que le brun maîtrisait un tel panel d'expressions… faciales. Son sourcil formait un accent circonflexe quasi parfait sur son front.

« P-pardon… du Chianti, oui, ce sera très bien merci. »

Kise sourit au serveur et ce dernier embarqua les deux cartes sous son bras, après avoir noté sur son carnet les plats commandés par ses clients.

« Oh, ça y est, j'y suis… » Rétorqua Haizaki en s'enfonçant confortablement dans son siège. « T'as pensé à la réplique de ce bon vieux Hannibal le Cannibale… »

« Comment t'as deviné ? » S'étonna Kise.

Il cligna des yeux plusieurs fois pour marquer sa surprise.

« Je commence à te connaître, c'est tout. Et puis, honnêtement, j'ai pensé la même chose que toi… »

« Ewww… je ne sais pas ce qui est le plus effrayant dans ce que tu viens d'affirmer : que tu parviennes à anticiper ce que je pense ou que l'un de nous deux soit potentiellement en train de déteindre sur l'autre, pour qu'on en commence à avoir les mêmes références… »

« Et si je te racontais une blague ? Ça t'aiderait à te détendre ? »

Cette fois, ce fut au tour de Kise d'hausser un sourcil.

Mais bon, au point où ils en étaient…

« Vas-y. Je suis curieux d'entendre quelle blague a bien pu t'inspirer ce cher Docteur Lecter… »

Et connaissant l'inénarrable sens de l'humour d'Haizaki, Kise avait à peu près autant de chance d'en rire que d'apprécier un fisting anal sponsorisé par Wolverine

« Aaaalors… 'Si un cannibale se tape une de ses victimes avant de la dévorer, peut-on dire qu'il a sauté un repas ?' »

Oh.

Putain.

De.

Merde.

Mais c'était de PIRE EN PIRE !

Cet homme n'avait-il aucune limite… ?

Monstre !

« Ok… Je crois que je vais d'ores et déjà commander une seconde bouteille. Parce qu'une seule ne suffira pas de toute évidence… Daaaaaaaariiiiiiiooooo ! » Le héla Kise, désespéré.

ALED.

HALP.

« Reviens ! Ne me laisse pas tout seul avec ce fou ! »

Quel soulagement donc, lorsque le grand Italien baraqué revint avec non pas une, mais deux bouteilles de vin rouge. (… Il avait donc capté les suppliques de Kise à l'autre bout du resto ? Waouh balèze, sacrée ouïe mon gars ! Et si tel était le cas, il avait sans doute également entendu la blague pitoyable d'Haizaki… Et il s'agissait de la raison pour laquelle il avait rappliqué si vite avec des munitions alcoolisées !)

Par contre, cette salvatrice sensation de délivrance fut de courte durée, dès lors qu'il constata que Dario leur ramenait également…

… le fameux chandelier ROMANTIQUE demandé par Haizaki…

Un verre.

Deux verres.

Trois verres…

Puis la bouteille.

Et le début de la seconde.

En fait, c'était bien simple : dès que le verre à pied de Kise se vidait, Haizaki le remplissait.

Encore et encore.

Inlassablement.

Pour sciemment le rendre ivre ?

Peut-être.

Sans doute, même.

Et Kise en avait conscience, du moins au début. Parce que passée la barre à la fois symbolique et fatidique du quatrième verre… Le blond ne se rendit plus compte de rien et il continua à vider sa coupe machinalement, par pur automatisme.

Le repas était délicieux en revanche, comme annoncé. Et ce n'étaient pas les papilles alcoolisées de Kise qui parlaient.

Mais chose encore plus… étrange… l'ambiance tamisée et intimiste faisait son petit effet. De même que les blagues claquées au sol d'Haizaki.

Ah oui non parce qu'il ne s'en était pas arrêté à son coup d'essai foiré…

« Hey Ryota, tu la connais celle-ci ? 'Quelle est la différence entre une mini-jupe et une marée noire ? Aucune : dans les deux cas, la moule est en danger !' »

Rire gras de la part du blagueur.

Rire franc et cristallin de la part du heu… « blagué » ?

Bon sang… si Kise avait réalisé et été capable d'analyser ses réactions en cet instant, il se serait détesté. Qu'est-ce que cette pétasse siliconée d'Amber avait pu lui taper sur le système quand elle s'était mise à glousser comme une dinde, dès qu'Haizaki disait le moindre mot… Et pourtant… son comportement était quasiment similaire actuellement…

Vraiment, c'était à se coller des baffes.

D'autant plus que son « état » n'avait pas échappé à la vigilance d'Haizaki… Ou plutôt à son sens aigu de l'observation. Mais quoi de plus normal pour un prédateur ? Le brun se tenait juste à l'affût du moindre vacillement de sa proie. Il avait appris à déceler les signes de faiblesse chez autrui et étant donné que Kise se retrouvait plus beurré qu'une biscotte en troisième mi-temps d'une finale de Rugby…

Autant en profiter.

Quelle erreur de débutant que de se montrer sous un jour (ou plutôt une « nuit ») si vulnérable face au Grand Méchant Loup…

« Si tu commences à rire à mes blagues, c'est que tu dois être complètement saoul Ryota… »

« N'importe quoi… »

« T'es juste mega imbibé, admets-le ! » Le taquina Haizaki.

« Je ne suis pas imbibé du tout ! Bon ok, mais alors j-juste un p'tit peu hihihi… »

« Hmm… Ok, alors combien je te montre de doigts là ? »

Il lui fit son beau doigt d'honneur. Histoire de tester le degré d'ivresse de Kise, quoi. Le blondinet aux joues aussi roses qu'un bon carpaccio, étrécit les yeux avant de déclarer solennellement :

« Tu essaies de me piéger en me montrant ta bite au lieu de tes doigts là en fait, non ? MAIS TU NE M'AURAS PAS ! HA ! ÇA NE PREND PAS AVEC MOI, JE VOIS CLAIR DANS TON JEUUUU ! » Ricana Kise, visiblement fier de lui.

Et convaincu par sa connerie.

Nouveau sourire carnassier sur le visage du lupin.

Mais avant de crier victoire, il devait vérifier à quel point Kise était pompette. Car autant sa blague d'un goût exquis sur les mollusques et le pétrole était foncièrement hilarante, autant si Haizaki se risquait sur un terrain disons… plus « glissant », la réaction de Kise ne serait pas garantie.

Pourtant, ce fut au blond que la bonne odeur de pâte cuite au feu de bois inspira une blague…

« Diiiiiiiiis, j'peux t'en raconter une de blague moi aussi ? » Demanda le top model, quelque peu excité.

« Heu ouais, bien-sûr… » L'y autorisa Haizaki, qui ne s'attendait pas à une telle proposition.

Kise connaissait-il seulement la moindre boutade… ?

« Attention, t'es prêt ? Alooooors : 'Quel est le point commun entre un pizzaiolo et un gynécologue ?' »

« Aucune idée, je donne ma langue au renard. »

« Les deux ont le droit de la sentir, mais pas d'y goûter ! Hahaha ! »

Le sourire d'Haizaki s'étira dangereusement sur son visage, tandis que Kise repartait dans un fou rire. Sans parler du fait que le blondin eut la savante idée de plonger à nouveau ses lèvres dans son verre de vin pour calmer sa crise de galéjades aigue…

« T'es vraiment rond comme une queue de pelle… »

« N'importe quoi ! C'est même pas rond une queue d'abord ! »

Et non content de prendre une expression au premier degré en lui cherchant une quelconque vraisemblance, Kise se décida à illustrer son point de vue. Et quelle meilleure preuve que celle qui se trouvait justement… face à lui en cet instant fatidique... ? L'espiègle Kitsune se déchaussa en vitesse et son pied nu serpenta sournoisement le long de la jambe d'Haizaki…

« … La tienne ne l'est pas, en tout cas… »

… Haizaki qui avait eu la mauvaise idée de se mettre à boire dans sa coupe, pile au moment où Kise atteignit sa cible, manquant de s'étouffer suite à ce toucher dévergondé. Et non content d'avoir réussi à semer le trouble chez son vis-à-vis, Kise décida de ne pas en rester là, puisqu'il se mit à masser avidement la bosse qui avait la (mal)chance de se trouver sous ses orteils. La pressant, la caressant, la palpant comme lors d'un examen médical poussé.

Haizaki menaça de devenir aussi rouge que le contenu de son verre, ou du moins, que la chemise en soie prêtée par Kise et il lui fallut toute sa maîtrise pour conserver son stoïcisme. J'aurai bien utilisé le terme « sang froid », mais à ce stade, non seulement son sang n'avait plus rien de froid, mais en plus, le brun n'en possédait plus la moindre goutte, étant donné que toute son hémoglobine avait fait le choix de migrer lâchement vers le sud…

« Chaton… » Tenta de le raisonner sa victime.

Son ton était un peu blasé et presque accusateur mais Kise ne comptait pas laisser le Père-la-Morale lui gâcher son plaisir. Après tout, il avait fait preuve d'une conduite exemplaire (jusqu'ici) lors du repas.

« Relax… » Ronronna t-il de sa voix la plus séductrice. « Personne ne peut voir ce que je suis en train de te faire sous la table, grâce à la longueur de la nappe. Alors reste discret et tout ira bien. »

Et même si Kise souriait de manière très appuyée avec l'innocence d'un gosse qui venait de perdre sa première dent de lait, Haizaki ne put réprimer un frisson. L'air doucereux de Kise lui faisait froid dans le dos.

« … Tout va bien ? » S'enquit alors Dario, qui passait par là.

COMME PAR HASARD.

A moins qu'il n'ait été attiré par les signaux de détresse silencieux d'Haizaki.

Dont les clignements de paupières répétés semblaient mimer le code pour indiquer « SOS » en Morse…

« Ah Dario, vous tombez bien ! Moi et Shogo, nous aimerions justement prendre un dessert avant de rentrer ! Vous pouvez aller nous chercher la carte ? »

« Très bien. Est-ce que le dîner était à votre goût ? »

« Delizioso ! » S'exclama Kise avec entrain.

... Quel comédien...

Il paraît qu'être bourré décuple les capacités en langue étrangère… (Oui, c'est prouvé il y a eu de nombreuses études très sérieuses menées sur le sujet !)

Et Kise en était l'exemple parfait. D'ailleurs, son jeu d'acteur était nettement meilleur lorsque le renard s'avérait torché...

Le grand argenté s'empressa donc de débarrasser leurs assiettes – vides – et vu la longueur impressionnante de ses bras, il n'eut aucun mal à toutes les poser dessus et à repartir avec.

Ce qui ne manqua pas d'inspirer un charmant commentaire à Kise :

« T'as vu la taille de ses bras ? Imagine si la taille de son chibre est proportion- ! »

« L-laferme ! » Le coupa Haizaki, les traits crispés.

Il souffrait, visiblement.

Et à défaut d'avoir encore du sang froid à revendre, ses sueurs elles, étaient bien froides ! Et pour suer, il suait à grosses gouttes le pauvre loup…

« Quoi ? »

L'innocence incarnée, vous disais-je.

« T'as peur qu'il soit plus gros que le tien ? Mais non, il ne faut pas. Regarde, je vais l'aider à grandir encore ! »

Et de reprendre de plus belle son « palpé-roulé » plantaire…

Evidemment, il fallut que le grand rital rapplique à ce moment-là avec sa maudite carte des desserts, comme l'avait demandé Kise. Et de voir Haizaki, la tête baissée, les joues rougies et l'air essoufflé, paraissant au bord de la syncope, éveilla chez lui une certaine inquiétude, qui se manifesta par un magnifique mais humble haussement de sourcil.

Chacun son tour.

Le brun avait l'air de souffrir là, non ?

L'armoire à glace Italienne se garda cependant de faire le moindre commentaire. On le payait pour apporter des plats, pas pour autre chose. Quoique si Haizaki se décidait à décéder au beau milieu de la salle dont il assurait le service, cela lui vaudrait bien une petite remontrance… Est-ce que ça compterait comme « non-assistance à personne en danger » avec retenue sur son salaire à la clé… ? Mais à vrai dire, Dario n'eut pas franchement le loisir de se poser la question, car déjà, Kise accaparait son attention.

« Alooooooooors… » Décréta le blond d'une voix claire en parcourant le menu. « Je vais prendre un tirasimu au café et pour Shogooooo ce seraaaaa hmm… de la panacotta à la fraise. Ça te va Chouchou ? »

« Va… te faire… foutre… » Articula difficilement Haizaki, toujours stimulé manuellement par Kise. Enfin plutôt « pédestrement » ?

Oh il ne comptait pas lâcher sa proie en si bon chemin…

Au contraire même, cela ne lui suffisait pas et Kise mourrait à présent d'envie de l'obliger à sortir de sa tanière de textile.

« Qu'est-ce qu'il a dit ? »

« Que j'avais fait un excellent choix ! » Sourit Kise.

Parler Japonais entre eux avait décidément des avantages insoupçonnés aux Etats-Unis. Dario s'en retourna donc en cuisine avait avoir noté leur commande, sans se douter de rien et Kise profita de leur intimité retrouvée pour passer la troisième…

« Enfoiré ! T'es pas du tout ivre, en fait ! » S'écria Haizaki, en tapant du poing sur la table.

Il semblait sur le point justement de… fondre. De se dissoudre et de disparaître sous la nappe, se décomposant en une flaque liquide. Et pour cause : par il ne savait quel tour de passe-passe, Kise était parvenu à attraper la fermeture-éclair de son pantalon entre ses orteils, la faisant glisser suffisamment pour pouvoir se faufiler par l'ouverture. Avec cette barrière de vêtement le séparant de l'objet de son affection en moins, Kise pouvait mieux le sentir prendre du volume sous son pied et en dessiner plus précisément la forme.

Impossible que le blond puisse faire preuve d'une telle habileté en étant complètement torché…

Ou alors… c'était tout l'inverse.

Kise était tellement éméché qu'une sorte de sixième sens digne d'un Chevalier du Zodiaque, venait de s'éveiller chez lui.

La Zone, mais version sexe.

Et encore une fois, l'efficacité irréprochable de Dario fut cause d'inconfort prolongé pour Haizaki. Parce que tant que le bouffeur de parmesan se trouvait dans les parages, le brun ne pouvait malheureusement s'autoriser à pousser le moindre gémissement. Même aussi étouffé, fut-il. C'est pourquoi ses deux mains agrippèrent fermement le tissu de la nappe dans un geste désespéré pour s'y raccrocher…

« Et voici. » Annonça l'argenté en leur apportant les deux desserts choisis.

Ils avaient vraiment l'air très gourmands, avec une belle présentation en dépit de leur relative simplicité et encore une fois Kise posa dessus un regard émerveillé de gamin qui découvre ses cadeaux au pied du sapin de Noël.

« Hmmm ! J'en ai l'eau à la bouche ! »

Haizaki, lui, c'était autre part qu'il commençait à avoir « l'eau ». Risquant même de les perdre à présent les « eaux » au pluriel, d'ailleurs… Tant pis pour Kise, c'était son propre boxer qui allait en faire les frais, s'il continuait ainsi…

Et alors que Dario s'apprêtait à retourner en cuisine après avoir déposé les victuailles sur la table de ses clients, Kise l'interpela à nouveau…

« Dites, ils sont faits maison vos desserts ? »

« Oui. » Acquiesça simplement le géant.

Non mais à quoi il jouait encore ce crétin des Alpes ?

Etait-ce vraiment le moment de poser une telle question, je vous le demande ?

Pourtant, la réponse concise de Dario ne sembla pas le satisfaire, puisqu'il poursuivit :

« Et il y a quoi d'autre qui est fait maison iciiiiiii ? »

Non mais il était sérieux là ?!

De toute évidence, Kise comptait faire en sorte que le calvaire d'Haizaki s'allonge plus que de raison.

« Tout, Monsieur. » Se contenta de répondre placidement Dario.

Toujours aussi avare en mots, l'Italien ! Dieu merci ! Haizaki l'en remercia mentalement, surtout lorsqu'il constata que cette attitude semblait incommoder Kise. Ses adorables sourcils fins se froncèrent en signe de contrariété. Le blond avait pris la mauvaise habitude qu'on se plie à sa moindre volonté un peu trop facilement… et Dario lui donnait du fil à retordre avec quasi mutisme.

Mais Kise n'était pas du genre à se laisser démonter !

« Reste là Coco, je n'en ai pas fini avec toi… »

« Tout ? Comment ça « tout » ? Absolument tout ? Même l'eau ? C'est vous qui la fabriquez ? » Renchérit donc Kise.

« Et bien non… il est impossible de fabriquer de l'eau, nous sommes contraints de l'acheter en bouteille. »

« Le vin aussi alors ! »

On était presque face à un flagrant délit de publicité mensongère là...

« Oui, c'est également valable pour nos vins, en effet. »

« Ah ! Je le savais ! » Se félicita Sherlock Kise.

Mais où est-ce qu'il voulait en venir, bon sang !? Haizaki se sentait à bout… Kise ne lui laissait pas le moindre répit, poursuivant sa stimulation. Et paradoxalement, Haizaki était très loin de prendre son pied, malgré la nature du massage prodigué !

Le regard de Dario dévia sur le malheureux canidé l'espace d'un instant, semblant mesurer toute sa détresse.

« … Est-ce que ça va ? »

Haizaki étouffa un nouveau couinement et ferma les yeux pour tenter de dissimuler son état.

« Shogo ? Bien-sûr qu'il va bien ! Pourquoi est-ce que ce ne serait pas le cas ? » Sourit de plus belle Kise.

Ce fut à ce moment-là que la vérité le frappa.

Et Haizaki réalisa le résultat que visait Kise.

A présent, tout était clair.

Le Kitsune espérait que l'Okami trahisse son émoi sexuel devant tout le monde. Que tout le restaurant en soit informé. Y compris le personnel.

C'était un jeu pour lui. Un jeu cruel. Un jeu sadique de domination et de supériorité. Encore une fois, ce serait à qui craquerait le premier. Mais Haizaki était fatigué d'y jouer depuis la veille.

Parce que jouer, il n'en avait plus la possibilité, ni même le privilège.

Jouer, c'était perdre du temps.

Et Asami ne le tolèrerait pas.

Or, Haizaki connaissait le mot magique pour immédiatement faire cesser la partie.

Il s'agissait de sa dernière chance…

« … Qu'est-ce qui s'est réellement passé cette nuit-là quand toi et Daiki vous avez baisé ensemble ? »

Cette simple phrase fut l'effet d'une bombe à la détonation silencieuse. Le regard de Kise se reporta sur lui et d'une voix ferme, il s'adressa à Dario :

« Merci pour les desserts, si vous voulez bien nous laisser à présent... »

« Mais certainement. »

Le grand Européen les salua poliment avant de repartir, son plateau à la main, enfin libéré du blabla inutile et imposé de la part de Kise.

Echec et mat.

Sauvé… sa tactique avait fonctionné.

Si on lui avait dit un jour que la simple évocation d'Aomine serait d'un grand secours à Haizaki, ce dernier aurait très certainement écrasé son poing dans la gueule du malheureux qui osait formuler une suggestion aussi saugrenue.

Seulement voilà… nous y étions…

Au grand spectacle final.

Le bouquet tant attendu par le loup et sans doute un peu moins par le renard…

Le moment de se révéler, enfin et de tomber le masque.

A vrai dire, pour être totalement honnête et transparent, cette révélation était celle qu'Haizaki cherchait depuis le début de ce dîner. L'alcool a la faculté de délier les langues, paraît-il, et le brun avait décrété qu'il s'agissait d'une excellente opportunité de vérifier ce célèbre adage. Et avec tout ce qu'il avait fait ingurgiter au mannequin jusqu'ici, dans ce but précis justement, Haizaki espérait que Kise allait se montrer affable. Au moins autant qu'avec ce pauvre Dario, qui n'avait rien demandé, lui en revanche.

Mais comme il convenait de s'y attendre, le pied de Kise cessa de bouger et il l'ôta aussi vite que s'il venait de se brûler, rompant ainsi tout contact entre eux. Le mannequin plongea sa cuillère dans la mascarpone moelleux et il entama son tirasimu en silence, paraissant mettre de l'ordre dans ses pensées. De toute évidence, le renard comprit qu'il s'était montré trop bavard lors de ses retrouvailles avec Haizaki… Le jeune Eurasien n'avait sûrement pas été capable de tenir sa langue après quelques bières vidées au bar et par conséquent, Kise avait parlé du sujet qui fâchait. Oui, Haizaki avait sous-entendu quelque chose de similaire déjà auparavant… et à présent, le dégénéré capillaire souhaitait en connaître les tenants et les aboutissants.

Quoi de plus normal, après tout ?

Haizaki s'était toujours montré extrêmement invasif. Le respect des limites et de l'intimité d'autrui semblaient être des concepts abstraits pour lui. Et autant il était au courant des conséquences de cette coucherie, à savoir le fait qu'Aomine n'avait pas assumé et que cela avait conduit à la fuite de Kise, autant il ne connaissait rien des circonstances entourant ce mystère.

« Hmm… Il est vraiment bon ce tiramisu. Et toi, ta panacotta ? »

« N'essaie pas de changer de sujet et va droit au but. »

Kise se renfrogna mais il ne tenta pas de fuir à nouveau. Il prit plutôt une profonde inspiration et commença d'une voix mal assurée :

« C'était il y a environ huit mois… »

Huit mois ? Ouais, ça lui revenait à présent. Kise avait en effet révélé à son cher coloc' que ça faisait huit mois qu'il avait tiré sa crampe pour la dernière fois… Mais alors… ? C'était avec Aomine !? Ooookkk ceci expliquait cela…

« J'étais parti une semaine au Texas faire un shooting sur le thème « cowboys et indiens » pour une chaîne d'hôtels et d'habitude, quand je rentre, je demande à Daikicchi de venir me chercher à l'aéroport. Mais pas cette fois. Je voulais lui faire la surprise, parce que la campagne photo avait duré un peu moins longtemps que prévu. »

Il piocha à nouveau dans sa coupe et porta la cuillère à sa bouche, avant de se frotter le front.

« … Verse-moi encore un verre stp. J'vais en avoir besoin, je le sens… » Décréta l'égérie des podiums.

Haizaki s'exécuta sans broncher. Kise avait déjà largement trop bu à ce stade, ce n'était donc plus un verre supplémentaire qui allait changer quoi que ce soit. Alors, si ça pouvait l'aider à se mettre à table un peu plus facilement, au sens propre comme au figuré…

Kise avala le liquide couleur rubis quasiment cul sec.

« Alors hmm… il y a un truc que j'ai oublié de te préciser, mais qui va avoir son importance dans le récrit… »

« Je t'écoute ? »

« Ça faisait des semaines que l'un des carreaux de ma fenêtre de chambre s'était ébréché ou avait été fracturé, j'ai jamais vraiment su en fait. Et comme je devais partir faire ce shooting un peu à l'improviste, j'ai un peu… délaissé le problème, on va dire… »

« T'avais pas prévenu ton proprio pour qu'il intervienne ? »

« Je t'avoue que… j'ai laissé courir. Daikicchi m'a engueulé d'ailleurs pour ça, mais j'lui ai répondu que c'était pas si grave. J'veux dire… on vit à L.A. quoi. Il fait beau et chaud presque toute l'année, alors j'étais persuadé que ça pourrait attendre mon retour. J'ai laissé ça comme ça avant de partir et j'ai juste installé un rideau pour cacher la misère et empêcher l'air et la lumière extérieur de trop passer. »

« Je vois… Mais Dai n'a pas prévenu votre propriétaire, lui ? »

« C'est de ma faute. Je lui avais demandé de ne pas le faire, j'avais promis de m'en charger moi-même à mon retour, on n'était plus à une dizaine de jours près. »

« Ok et donc ? » Le pressa un peu Haizaki, ne comprenant pas forcément où le blondin voulait en venir.

« Et donc quand je suis rentré avec mes valises de l'aéroport ce jour-là, Dai était de service à l'agence de sécurité pour laquelle il bosse et je me suis retrouvé tout seul à l'appartement. Du moins, c'est ce que j'ai cru au départ… »

« Comment ça ? »

Aussitôt, les doigts de Kise se crispèrent autour du pied de son verre à vin.

« J'ai rapidement décelé des bruits suspects qui provenaient de ma chambre. Le truc, c'est que j'me suis pas affolé tout de suite. J'pouvais pas deviner ce qui m'y attendait ou plutôt… QUI m'y attendait… »

Il marqua une pause avant de reprendre.

« Quand je suis entré pour voir de quoi il s'agissait, j'suis tombé nez à nez avec un type cagoulé et habillé tout en noir. Il portait même des gants. Je ne pouvais voir que ses yeux. Des yeux de fou… injectés de veines écarlates. Plein de haine. »

« Oh putain… »

« Merde, un cambrioleur ? Mais toi et Daiki vous habitez un quartier relativement cossu et calme pourtant… Comment il a fait pour entrer ? Vous vivez à quel étage ? »

« C'est une résidence sécurisée, tu t'en doutes bien. On ne peut pas y pénétrer sans pass, un peu comme chez le fils de Miss Robinson. Alors en fait… en voyant la fenêtre ouverte derrière lui, j'ai de suite compris qu'il avait dû escalader le long de la gouttière qui donnait côté rue. Et qu'il a dû se servir du trou dans mon carreau pour passer le bras et déverrouiller ma fenêtre de l'intérieur. Ahahaha… mais quel con j'ai fait… La bonne poire parfaite… Daikicchi n'arrêtait pas de me mettre en garde pourtant. On habitait qu'au second étage, il me disait souvent qu'un de ces quatre, qu'un type finirait par débarquer dans ma chambre en pleine nuit et que j'allais rien comprendre… Bien-sûr, il répétait ça sur le ton de la plaisanterie, il ne pouvait pas réellement se douter que ça arriverait mais… »

Le renard déglutit difficilement, la bouche sèche.

« … Le fait est que ça s'est produit. »

Non mais quelle idée aussi de plaisanter avec un truc aussi grave ! Comme si Kise aurait pu deviner que quelque chose d'aussi improbable se réaliserait ! Haizaki serra le poing sous la table. Il était en colère contre Aomine et ses blagues douteuses. A ses yeux, c'était forcément le basané, ce génie en herbe, qui avait porté la poisse à Kise. Attiré la guigne sur lui. Et tout à coup, sa panacotta pas encore entamée n'avait plus l'air de baigner dans du coulis de fraise, mais dans du sang, tant l'ex-délinquant voyait rouge… Quel pauvre con… sûr que cet imbécile avait dû sortir à Kise un de ses « Je te l'avais bien dit » moralisateurs dont il avait le secret !

« Bordel, qu'est-ce qui s'est passé Ryota ? Il t'a fait du mal ? »

Le brun était pendu, suspendu même, aux lèvres du blond et ce dernier recommença donc à parler.

« J'étais mortifié... Imagine ma surprise : déjà, j'avais plusieurs heures d'avion dans les pattes ET du décalage horaire ! J'étais lessivé, je rentre chez moi, pensant regagner la sécurité de mon foyer pour enfin pouvoir me reposer et là, je découvre un grand mec baraqué dans ma chambre, tout de noir vêtu, que je ne connais ni d'Eve, ni d'Adam Sandler et dont je ne connais pas plus les intentions ! Et s'il était armé, en plus ? Même ça, je l'ignorai ! » Il inspira profondément, comme pour se donner du courage. « Mets-toi deux minutes à ma place, je me sentais pétrifié, mais il fallait bien que je tente quelque chose quoi ! »

« T'as… Me dis pas que t'as essayé de l'attaquer ? A mains nues !? »

Haizaki voyait la scène d'ici. Kise était loin d'être frêle, il toisait le mètre quatre vingt-dix quand même et la pratique intensive du sport avait façonné son corps de bien robuste façon, mais il n'avait rien d'une armoire à glace comme disons Dario par exemple quoi. Ni même lui ou Aomine. Et si Kise avait tenté de tabasser son visiteur indésirable, ce dernier avait sans doute riposté et…

Haizaki frissonna. Il n'osait imaginer la débauche de violence qui en avait possiblement découlé...

« Raaaah mais naaaan c'est beaucoup trop barbare, ça, comme méthode ! » S'indigna Kise.

… Heu ce n'était pas plus barbare que de s'introduire par effraction chez quelqu'un, en fait. Et dans ce cas précis, ça s'appelle simplement de la légitime défense…

Mais passons…

« T'as fait quoi alors ? »

« Ben j'ai commencé par lui demander pour quelle raison il était là ! »

D'une logique implacable...

« ... En général, quand on trouve un mec en tenue de ninja chez soi, c'est pas parce qu'il s'est trompé de lieu pour sa soirée costumée… »

« C'est ça, moque-toi ! Mais figure-toi que j'ai quand même eu raison de lui poser la question, parce qu'il était même pas venu pour nous cambrioler ! »

… En ayant enfilé son plus beau déguisement de voleur ? Haizaki se sentait largué tout à coup…

« En fait, c'était précisément moi qu'il cherchait ! Sauf qu'il me cherchait pas vraiment, puisqu'il savait déjà pertinemment où me trouver… Enfin t'as compris quoi… D'où l'objet de sa visite ! »

Oula. Haizaki avait soudainement mal à la tête. Il se massa les tempes.

« Et qu'est-ce qu'il te voulait ce gus alors ? »

« Sa copine venait de le plaquer pour moi ! »

« Pardon ? Tu t'étais tapé la nana de ce type ? »

Ça ne ressemblait pas à Kise. Non, ça, c'était plutôt le genre de trucs qui lui arrivait à lui. Et encore, pourtant, jamais le moindre mec n'avait débarqué chez lui pour lui casser la gueule, étonnamment.

« Mais naaan ! Je la connaissais même pas cette fille ! Suis, un peu ! »

« J'essaie, mais c'est dur. C'est p't'être moi qui aurai dû picoler, au final… » Il regrettait déjà d'être resté sobre. « Donc, comment t'as pu voler sa gonzesse à un gars que tu ne connaissais même pas et dont tu ne connaissais pas plus la go du coup ? Y a un truc qui m'échappe là ! »

« Bah je suis plutôt célèbre tu sais ! J'ai un compte Instagram que j'alimente régulièrement en photos ou en vidéo et en stories ! J'ai presque deux cent mille abonnés j'te ferai dire ! »

C'était pas mal, mais quand même bien loin des influenceurs les plus… influents, qui eux, culminaient à plusieurs millions de followers.

« D'ailleurs, ça me fait penser que j'ai pas pu nous filmer au zoo aujourd'hui sans mon téléphone snif… Ça aurait fait une vidéo géniale ! »

« C'est pas grave, tu pourras toujours mettre les photos de toi avec le bébé panda roux quand tu auras récupéré ton portable demain, vu que je te les ai envoyées. Bref, continue. »

« Il a commencé par m'expliquer que sa nana était obsédée par moi et qu'elle n'arrêtait pas de lui rebattre les oreilles à propos de moi. A quel point elle me trouvait beau et en lui disant qu'il devrait essayer de me ressembler un peu plus, en le menaçant de rompre s'il ne faisait pas d'effort ! Il s'est alors jeté sur moi avant que je n'ai eu le temps de réagir, puis il m'a plaqué sur le lit pour m'immobiliser, en hurlant dans mes oreilles à quel point il me détestait. Ensuite, il a grimpé sur le matelas à son tour, en appuyant sur ma nuque avant de se plaquer à moi et c'est là que je l'ai senti… »

« Q-quoi !? Son couteau ? Il était armé !? » Paniqua l'ancien as de Fukuda.

Merde, c'était sûr ! Si le gars s'était donné la peine d'escalader une gouttière, c'est qu'il avait prévu de faire sa fête à Kise. Peut-être même de le défigurer en lui tailladant le visage pour être sûr que plus personne ne le trouverait attirant… A moins qu'il n'ait prévu de lui découper les contours du visage pour s'en faire un masque et le porter, en se faisant passer pour Kise… comme dans un film d'horreur. Brrr… Et oui, Haizaki avait tendance à verser immédiatement dans le dramatisme le plus absolu…

« Mais non sa BIIIIIITE rooooh ! » Cria Kise, la bouche pleine de tiramisu.

D'ailleurs un peu de crème blanche coula au coin de ses lèvres… Mais paradoxalement, ce fut Haizaki qui manqua de s'étouffer, sous le choc complet de cette révélation sordide… mais pourtant déclinée avec un tel naturel… Aaaahh Kise le mannequin si distingué et glamour, mais dont le langage cru pouvait s'avérer parfois déconcertant pour les non-initiés…

Heureusement que personne ne comprenait le Japonais ici...

« Il m'a dit que peut-être que s'il me baisait pour m'humilier comme, je cite « la grosse tarlouze que tu es » et qu'il prenait des photos pour les montrer à sa copine ensuite, ça la dégoûterait et ça lui ferait passer l'envie… »

LEGEREMENT radical comme méthode, mais finalement pas si éloigné de ce qu'Haizaki avait imaginé. Juste pas la même partie de l'anatomie de Kise qui était en danger quoi… Et d'ailleurs en parlant de cela, le blond semblait n'avoir aucune notion de ce mot, le danger… A moins que… Oui, c'était sans doute cela. Après avoir manqué de se faire violer de la sorte par un fanatique détraqué, (Car Haizaki préférait penser à ce stade que cette tentative ne s'était pas concrétisée…) dans sa propre chambre, le choc psychologique, non, le trauma même, avait dû être si important que c'était ce qui l'avait fait tomber dans les bras d'Aomine. Totally makes sense. Haizaki ne voyait pas d'autre explication plausible. La cavalerie avait certainement débarqué à temps et Kise avait été secouru avant que la situation ne dérape. Et pas que la situation, à bien y penser… Au final, pour remercier son sauveur providentiel, Kise se serait offert à Aomine et voilà le pourquoi du comment résolu…

« T'as essayé de te débattre j'espère ? T'as crié pour essayer de prévenir les voisins au moins ? » S'inquiéta Haizaki, paraissant davantage traumatisé que son blond.

Et nettement plus pâlot aussi… Craignant que la petite anecdote de Kise ne se termine de façon tragique…

« Ça n'va pas non ? Rien de tout cela ! La violence n'engendre que la violence Shogocchi ! Et tu devrais le savoir mieux que personne ! »

Ces paroles sonnaient comme une réprimande. Enfin, ce n'était pas comme si le brun allait nier. Il avait tendance à être très bien placé pour en parler… La violence, c'était son moyen d'expression favori au collège comme au lycée et encore un peu également à l'âge adulte. Haizaki possédait une fâcheuse tendance à privilégier le langage des poings à celui de la paix…

Et cela lui avait valu bien des déconvenues par le passé...

Que ce soit dans la peau du tabasseur tabassé ou alors dans celle du tabasseur menotté par les flics…

« Si j'avais tenté de lutter, ça l'aurait encore plus énervé ! » Se justifia l'énergique goupil. « Alors j'ai choisi d'opter pour une autre tactique, bien plus efficace : le D-I-A-L-O-G-U-E ! Et ouiiiiiiiii, tu devrais essayer toi aussi, j'te jure que ça fonctionne ! »

OMG…

Tout à coup, c'était comme si le rapport de force venait de totalement s'inverser et Haizaki se surprit à plaindre le pauvre gars paumé qui avait osé s'en prendre à Kise…

Kise le geignard.

Kise le bavard.

Kise le moulin à paroles.

Le mec devait espérer une bonne pipe.

Mais il avait eu le malheur de tomber sur un sacré pipe…let à la place.

Le gars en sueur quoi… Ah ben c'était certain, il n'avait pas dû être déçu du voyage…

« Et donc il a accepté ? Juste comme ça ? Aussi facilement ? De quoi vous avez discuté alors ? »

« De sa copine, pardi ! Je lui ai donné pleiiiiiin d'excellents conseils pour entretenir la flamme au sein d'un couple ! » Sourit Kise, fier de ses talents de conseiller matrimonial.

Yeux écarquillés, Haizaki envisagea immédiatement le pire.

Pas moyen qu'une telle initiative ait pu bien se finir…

« T'es pas sérieusement en train de me dire que cette tentative de viol sur ta personne s'est soldée par des confidences autour d'une tasse de thé, à se vernir les ongles comme deux besties… ? »

Manquerait plus qu'Aomine soit tombé sur cette charmante scène digne d'un cauchemar, en rentrant… Finalement, c'était le basané qui avait dû se sentir traumatisé et Kise en aurait donc profité pour lui bondir dessus, fesses en avant, afin de s'empaler sur lui sans lui laisser le choix !

« 'Tentative de viol', c'est un tout petit peu exagéré quand même… il bandait à moitié mou, j'suis pas sûr qu'il aurait réussi à me faire grand-chose au final… » Corrigea Kise, en terminant son dessert alors qu'Haizaki n'avait toujours pas goûté au sien.

« Mais oui c'est ça, t'as raison, minimise l'agression que t'as subie et prends la défense de ce dégénéré ! » Le houspilla son interlocuteur.

« Non mais HO ! T'étais pas là, j'te rappelle ! Tu sais même pas comment ça s'est passé, alors que moi si ! C'est facile de juger quand on était absent ! Mais je peux te dire qu'après qu'on ait parlé, il regrettait et tout ! Il a bien compris la leçon, ça c'est sûr ! … Et puis, j'avais plus de thé, alors je lui ai proposé une tasse de café… au départ, j'avais un peu peur que ça ne l'excite davantage, parce que c'est bien connu que la caféine ça a tendance à rendre plus nerveux et agressif, mais il me faisait tellement de peine que j'ai cédé… »

Oh le bordel… c'était du Kise tout craché ça, de s'enticher de son agresseur et de le prendre en pitié…

Et Haizaki craignait qu'il ne s'en soit pas arrêté là… Kise était limite capable de lui avoir filé de l'argent par-dessus le marché pour que le type en question puisse inviter sa copine dans un bon resto le soir suivant… Et brusquement, un point en particulier dans tout ce que venait de déblatérer Kise, inquiéta Haizaki.

« … Attends, comment ça « il a bien compris la leçon » ? Naaaan, rassure-moi, t'es pas en train d'me dire que tu l'as laissé filer librement, sans le balancer aux flics !? »

« J'aurai bien voulu t'y voir, moi ! Il PLEURAIT ! Or, il se trouve que j'ai un cœur ! Et puis, explique-moi comment j'étais censé prévenir la police, pendant qu'il me braquait avec son flingue !? »

Le brun devint tout pâle. Encore plus que sa panacotta toujours intacte.

« Ah parce qu'en plus, il était bel et bien armé !? Mais t'es un grand malade, en fait ! »

« Mmmmhh ! Mais arrête de crier heuuuuuu ! J'en ai marre que tu m'engueules constamment ! »

« J'espère que Daiki s'en est chargé à ma place ! Et qu'il a bien botté le cul de ce connard de prédateur sexuel ! »

« Beeeeennnn pas vraiment non… Parce que j'lui ai rien dit… et j'ai fait en sorte que Brad parte avant que Daikicchi ne rentre du boulot… »

« Brad » !? Kise appelait vraiment par son prénom un mec qui avait osé le menacer PHYSIQUEMENT ?

Mais AAAALEEEEED !

Le pire dans l'histoire restant naturellement que le mec s'en était tiré comme une fleur…

« Et avec une photo dédicacée pour sa chérie ! » Avait également cru bon de préciser Kise, histoire d'aggraver encore un peu plus son cas…

Or à ce stade, le visage d'Haizaki avait totalement disparu derrière ses mains.

Consterné.

Le plus terrible étant indéniablement que le récit de Kise ne le surprenait même pas, en vérité…

Franchement, le gars aurait été un cambrioleur venu pour dérober les bijoux de la Castafiore, que Kise aurait réagi de la même façon. Il aurait même été capable de lui ouvrir lui-même et de l'inviter à pénétrer à l'intérieur de l'appartement sans surveillance, tout en lui indiquant l'emplacement précis du coffre-fort… et le code qui allait avec.

Mais quelle nouille, quelle nouille !

Un beau jour, ça allait finir par lui jouer… des tours.

Et Haizaki ne croyait pas si bien penser…

C'était quand même grave de manquer de méfiance à ce point-là…

Bien qu'Haizaki plaignait quand même un peu le pauvre badaud qui s'était retrouvé pris en otage par un Kise déterminé à lui prodiguer des conseils douteux au sujet de sa vie amoureuse… Tsss… Comme si le blond était un expert sur le sujet ! Un gourou des cœurs en peine ! Le Messie des célibataires éconduits et le Cupidon des temps modernes !

Cependant, toute cette petite histoire très certainement enjolivée par celui qui la racontait, avait beau s'être relativement bien terminé pour Kise et tant mieux d'ailleurs, cela n'expliquait pas à Haizaki comment Kise s'était retrouvé à jouer au « horny cambrioleur » avec Aomine, au point de se prendre son pied de biche dans le fondement…

Cette charmante anecdote avait-elle d'ailleurs le moindre rapport avec… le rapport sexuel qui avait ensuite eu lieu entre Kise et Aomine !?

« Putain… mais j'en peux plus de toi… tu l'sais ça ? »

« Ah ben bravo ! Voilà que je m'en prends plein la tronche maintenant ! Alors que moi à la base, j'essayais juste de me montrer sympa en aidant un bro ! Et de résoudre le conflit de manière PACIFIQUE ! »

« Tu croyais quand même pas que j'allais féliciter une attitude aussi débile et risquée !? »

« Gnaaaa ! T'es qu'un cœur de pierre Shogocchi ! Je le savais ! Vilain méchant ! »

« Et toi, tu n'es qu'un abruti ! Ça aurait pu très mal se finir avec un tel psychopathe, tu le réalises j'espère !? Psychopathe qui s'est carrément donné la peine d'aller jusqu'à chez toi pour venir te défoncer le cul je te le rappelle, à défaut de ta belle gueule ! Et inversement ! »

« Oui, mais ce n'est pas arrivé ! »

Temps d'assimilation.

Puis, réaction.

« … Attends une seconde, est-ce que… par le plus grand des hasards, tu te serais inquiété pour moi pendant que je racontais mon expérience ? »

« Touché… »

Le visage d'Haizaki vint faire concurrence avec le coulis de sa panacotta.

Oui, il avait eu peur pour le renard…

Enfin non ! Non, ce n'était pas cela. Impossible !

Cet imbécile n'aurait eu que ce qu'il méritait, en laissant sa naïveté lui coûter très cher ! De toute façon, Haizaki s'en moquait bien ! Il se fichait de Kise et de l'état psychologique ou même physique dans lequel il allait le ramener à Asami, du moment qu'il n'en était pas directement responsable ! Et cet incident s'était produit bien avant l'arrivée du brun sur le sol Américain alors par conséquent, ça ne le concernait absolument pas !

… Mais alors pourquoi il rougissait comme une jeune pucelle face à son chanteur de K-POP favori ?

Et surtout, pourquoi Kise souriait comme un demeuré en constatant son trouble ?

« Tu sais quoi Shogocchi ? Moi je crois qu'en vrai, tu es bien plus gentil que tu ne le laisses paraître… Et tu as déjà eu l'occasion de me le prouver plusieurs fois depuis qu'on s'est retrouvés. Comme lorsque tu m'as laissé gagner ce concours de popularité au Hot Hole. Tu sais, celui que tu as fait exprès de perdre pour me remettre le pied à l'étrier. Et des exemples comme ça, je commence à en avoir une belle liste… »

« Tu t'fais des films… J'ai rien d'gentil. J'suis la pire des raclures et j'finirai bien par te faire un coup de pute un de ces prochains jours, au moment où tu t'y attendras le moins. Comme avant et comme à tous les autres, en fait. »

« Et moi je reste persuadé que non. »

Brusquement, Kise se leva de son siège. Il avait rechaussé son pied nu et il fit le tour de la table pour venir s'asseoir sur les genoux du lupin. Il l'enlaça et se blottit contre lui, profitant de sa chaleur. Une fois confortablement installé, il se saisit de la cuillère délaissée par Haizaki et la trempa généreusement dans la panacotta, qui ne semblait attendre que d'être mangée. Doucement, il porta l'ustensile aux lèvres d'Haizaki pour lui donner la becquée. Puis, il goûta à son tour, à la suite du loup. Et alors qu'il allait recommencer son petit nourrissage/manège, Haizaki lui attrapa fermement le poignet pour le stopper.

« Arrête ça… Tu n'as aucune idée de ce que tu es en train de faire Ryota… et je t'assure… que ton comportement actuel ne me facilite pas la tâche… T'es complètement pété… »

« Je suis pas pétéééé heuuu, je suis juste un peuuuuuuuuuu désorientééé ! » Pesta Kise en laissant un léger hoquet d'ivresse lui échapper.

« Bon sang… Si je craque maintenant, dès demain Asami m'aura fait descendre à bout portant par un de ses gars... Et je n'tiens pas tellement à me faire cribler de plomb, ni à servir de cible d'entraînement pour le tir aux pigeons en pleine rue… »

Il était donc grand temps pour Haizaki de ressortir son Joker, celui qui avait déjà fait merveille tout à l'heure et conduit à cette discussion surréaliste.

« Dis-moi ce qui s'est passé avec Aomine. »

Un peu de panacotta tomba de la cuillère que Kise tenait toujours, tant Haizaki le serrait. Alors lentement, langoureusement, presque, Haizaki porta se poignet dénudé à ses lèvres et il lécha la substance laiteuse qui s'était déposée dessus. Sans quitter Kise des yeux. Sa langue nettoya les dégâts soigneusement, faisant frémir la peau du blond à son contact.

Mais qui de la panacotta ou de Kise était le plus irrésistible en cet instant… ?

« Ok je vais tout te raconter… En fait là où je voulais en venir avec cette histoire de carreau brisé, c'est que… cet amical cambrioleur n'est pas la seule chose qui en a profité pour se faufiler dans ma chambre ce jour-là… »

Kise se mit à trembler sous la langue du Grand Méchant Loup.

De toute évidence, ce qu'il s'apprêtait à lui confier le terrifiait d'avance. Ses yeux devinrent humides d'angoisse et sa voix tressaillit, mal assurée :

« Quand j'ai ouvert mon placard pour y ranger mes affaires après avoir déballé ma valise, IL ETAIT LA A M'ATTENDRE SOURNOISEMENT ET A ME NARGUER, TAPIS TOUT AU FOND DE L'ARMOIRE. DE LA TAILLE D'UN BALLON DE BASKET. UN NID, SHOGOCCHI, UN ENOOOORME NID DE FRELONS ASIATIQUES ! JE SUIS SÛR QU'ILS M'ONT SUIVI DEPUIS LE JAPOOOOOON CES EMPAFFES ! »

Les battements de son cœur s'accélérèrent subitement, tandis qu'il mimait la circonférence de la ruche avec son bras libre.

« J'ai eu la peur de ma vie et j'ai hurlé ! Je me suis jeté sous mon lit pour me planquer et je suis resté tapis en dessous en priant pour ne pas finir dévoré ! J'ai attendu des heuuuuuuuures dans cette position ! Dans le noir ! Je les entendais bourdonner partout autour de moi, comme si elles me cherchaient, ces sales bestioles vicieuses et agressives ! Elles avaient dû pondre et faire caca dans mes vêtements de collection, les toucher avec leurs vilaines pattes toutes velues et les contaminer ! J'étais terrorisé, je n'osais plus bouger, si seulement j'avais eu un lance-flammes à portée de main aaaah je peux te dire qu'elles auraient moins fait les maliiiignes ces saloperies du Démon ! Pourtant, tu m'connais je suis COOOONTRE l'idée même de faire du mal aux animaux, mais ces CHOSES, ces MACHINS-là, ce sont des insectes ! Et personnellement, j'estime qu'ils ne devraient pas compter en tant qu'animaux ! Il faudrait une loi pour interdire un tel débordement, un tel abus de langage, même ! Parce que c'est limite insultant pour le règne animal de les y inclure ! Moi, j'le prendrai hyper mal si j'étais un animal en tout cas, j'te l'diiiiiis ! J'voudrai surtout pas être comparé à ces bidules horribles qui pullulent et grouillent de partout ! »

« … Désolé de te décevoir, mais techniquement, tu es un animal toi aussi Sunshine. Les Hommes sont des genres de primates, après tout. »

Mais pas la peine de chipoter sur des considérations scientifiques ou d'aller s'écharper avec le cadavre de l'ami Darwin, Kise avait eu le bon réflexe en se cachant sous son lit pour échapper aux piqûres extrêmement douloureuses et souvent même mortelles de ses hôtes indésirables. Et passablement énervés d'avoir été dérangés par le retour impromptu du locataire principal de la chambre, de toute évidence. Pas du genre à partager l'espace de vie…

« Oui bah je m'en fiche, les insectes sont trop dégoûtants, j'y peux rien ! Ils ne devraient même pas exister, si tu veux mon avis voilà ! Et je sais qu'ils sont utiles à la pollinisation, mais pas tous ! Ça dépend lesquels ! Y a ceux qui mangent des trucs en décompositions aussi, mais ce sont les plus laids ceux-là ! Ils n'ont qu'à rester cachés et continuer à faire leurs trucs de leur côté ou ne sortir que la nuit tiens, sans agresser constamment mon regard, ni mon sens de l'esthétisme ! Un peu comme ton sens de la mode, tiens ! Enfin bref, quoiqu'il en soit, les frelons asiatiques n'appartiennent à aucune de ces deux catégories à peu près tolérables, que je sache ! Non seulement ils sont moches eux aussi, mais en plus, ils ne servent à rien ! Par conséquent, il faut s'en débarrasser, point barre ! C'est aussi simple que ça ! »

Awi donc Kise avait bel et bien décidé de lancer une vendetta personnelle contre tous les insectes innocents peuplant la planète, pour peu que ces derniers aient la folie (ou la malchance) de croiser son chemin…

Le blond reprit après s'être un peu calmé sur son discours digne des plus grands exterminateurs de l'Histoire de l'Humanité.

« La nuit a fini par tomber, je sais pas exactement combien de temps je suis resté coincé sous ce putain de lit, allongé sur ce maudit sol poussiéreux et dur, inconfortable pour le dos, mais j'ai dû m'endormir à un moment donné et tout ce dont je me souviens, c'est que j'ai entendu le bruit d'une clé dans la serrure de la porte d'entrée. C'est là que j'ai compris que c'était Daikicchi qui revenait ENFIN ! Et que j'allais être sauvé ! Tous les dieux de la Mode, enfin au moins, avaient dû entendre mon appel désespéré ! J'ai crié de toutes mes forces pour appeler à l'aide… Par chance, ces idiots de frelons étaient retournés dans leur nid pour y pioncer OKLM vu que le soleil venait de se coucher et donc Daikicchi a pu entrer sans encombre. Il s'est ensuite dépêcher de refermer l'armoire pour emprisonner ces vilaines bestioles à l'intérieur. Puis, m'a aidé à sortir de sous le lit. Ah ça, je faisais pas le fier… je tremblais comme une feuille… mais vu l'heure tardive qu'il était, on ne pouvait pas faire intervenir un exterminateur avant le lendemain. Quant aux pompiers, ils ne sont pas habilités à se débarrasser des nids de cette envergure… Et comme il se pouvait que quelques frelons aient échappé à la capture… »

Nouvelle interruption de la part de Kise. Il frissonnait de terreur, alors Haizaki l'encouragea à poursuivre en lui caressant la joue. Le traumatisme semblait encore tout frais et bien présent…

« Tout va bien Kitsune, continue. »

« Avec tout ce qui s'était passé en l'espace d'une seule journée dans cette satanée chambre… j-je… il était hors de question que j'y reste une minute de plus… Alors y dormir, encore moins tu penses bien… Même pas la peine d'y penser… Ohhh que non, même pas en rêve ! Alors ce dont on a convenu Dai et moi, c'est qu'il me laisserait sa piaule pour la nuit et que lui, il irait squatter le sofa. »

Ouais, jusque-là… rien de bien étonnant. Lui-même aurait certainement fait la même proposition à Kise… P-pour avoir la paix, hein ! Et pas du tout dans un élan d'empathie envers cette chochotte patentée !

« Mais j'arrivais pas à dormir ! J'arrêtais pas de me tourner et de me retourner comme une crêpe dans son plumard ! C'était affreux parce que… dès que je fermais les yeux, j'avais l'impression de les voir et de les entendre dans ma tête, partout autour de moi ! Je me disais « Et s'il y en a aussi dans la chambre de Daiki ? Et s'ils attendent que je me suis endormi pour venir me piquer sournoisement ? » J'ai même essayé de m'endormir avec la lampe allumée, persuadé que ces frelons du Diable n'oseraient certainement pas passer à l'attaque en pleine lumière mais… »

« Tu sais… Je n'suis pas certain que les frelons soient assez malins et calculateurs pour ça… »

« Facile à dire ! Sauf que quand on est terrorisé, on n'arrive plus à réfléchir correctement de façon rationnelle et logique ! Quoi qu'il en soit, j'arrivais pas à dodoter avec la lumière de toute façon… ça faisait trop mal aux yeux ! Et au cerveau ! Non mais comment font les gosses qui sont obligés de dormir avec une veilleuse ? C'est un truc à les rendre épileptiques et à leur griller les neurones, n'ayons pas peur des mots, moi j'ose te l'affirmer ! Enfin bref… j'ai décidé de me lever parce que ça n'allait pas du tout. Impossible de fermer l'œil et tu me connais, moi, si j'ai pas mes huit heures de sommeil, je deviens grognon… même si j'avais réussi à ronfler sous mon pieu pendant la journée heureusement… Du coup, je suis allé rejoindre Daikicchi dans le salon… »

Aussitôt, les sourcils du natté se froncèrent.

Il n'était pas dupe, même s'il aurait sans doute préféré l'être en cet instant.

« Et par « dans le salon », je suppose que tu veux dire « dans le sofa », n'est-ce pas… ? »

Un sourire timide prit place sur le visage de Kise. Le sourire du gamin qui s'est fait prendre la main dans le sachet de bonbons de son frère… par son propre frère. Mais comme pour se faire pardonner, le malicieux Maître Renard vint donner un furtif coup de langue sur les lèvres du Grand Méchant Loup.

« Hai… » Acquiesça Kise. « Il avait déplié le canapé, alors je suis venu l'y rejoindre. Il y avait assez de place pour nous deux, mais malgré cela, je me suis collé à lui. Ca me rassurait d'être près de lui, je me sentais en sécurité. Il s'était déjà déshabillé pour dormir et zappait sur les chaînes de télévision. Il ne portait que son boxer. Mais je peux te dire qu'il ne l'a pas gardé bien longtemps… »

« T'as dû le chauffer comme pas possible pour qu'il craque, tel que je te connais. Mais surtout tel que je le connais, lui… »

Kise toujours assis en Amazone sur ses genoux, le pantalon du brun – enfin, le pantalon du blond dans lequel s'était engoncé le brun donc - lui semblait de plus en plus serré au fur et à mesure que les minutes s'égrenaient.

« Au hasard : exactement de la même façon que t'es en train de me chauffer actuellement… »

Aux yeux d'Haizaki c'était la seule explication qui faisait sens. Aomine avait ses travers, mais c'était avant tout un gars loyal. En amitié, comme en amour. Alors ok, il pouvait se montrer parfois un peu faible d'esprit et dans ses convictions profondes, mais il n'y avait qu'à voir à quel point il était DINGUE de son tigre, au lycée déjà, pour deviner sans prendre de risque que cette obsession n'était pas allée en s'arrangeant, ne faisant que croître de manière exponentielle au fil des années… Par conséquent, pour que Kise soit parvenu à détourner Aomine de son chaste amour courtois, exempt de toute allégation charnelle, il fallait que le blond ait mis le paquet. Et la main au paquet. Et à la pâte, également. Ohhh oui ! Il avait dû mouiller le maillot notre renard, au sens propre comme au figuré, pour parvenir à ses fins et enfin séduire sa panthère !

« Je sais ce que tu t'imagines Shoggochi… L'opinion que tu as de moi est si mauvaise… Tu ne me vois que comme un manipulateur, mais tu es très loin de la vérité. Je ne l'ai absolument pas « chauffé », comme tu dis. J'avais juste peur, tellement peur… que je ne pensais pas à mal. A vrai dire, je ne parvenais pas à penser à quoi que ce soit d'autre et sûrement pas à des trucs sexuels ! J'étais simplement venu chercher du réconfort auprès de lui. Dans ses bras. Et une chose en entraînant une autre… c'est arrivé. Je ne cherche pas à l'expliquer, ça s'est juste produit c'est tout. Il n'y a pas réellement d'explication, je suppose que nous en avions tous les deux besoin à cet instant, alors nous nous sommes laissés aller. Basta. »

Quelle façon… pour le moins… romanesque de tourner les choses ! Et à son avantage, en plus. Kise était vraiment un type dangereux dans son genre… Minimiser ainsi le faire d'avoir conduit son meilleur ami « à la faute » pour se dédouaner… Il fallait oser quand même. Mais le jaune n'était pas du genre à s'embarrasser de scrupules superflus lorsqu'il s'agissait de préserver son image bien proprette et lisse de gendre idéal.

L'ordure…

Haizaki avait beau avoir une chiée de défauts, lui, il assumait. Il assumait d'être le serpent qui avait tenté Eve, en l'incitant à croquer dans la pomme. Ou d'être le ver dans ladite pomme. La pomme pourrie. Celle qui contamine et fait pourrir tous les fruits sains du panier. Et on pouvait continuer encore longtemps sur la base d'une telle association d'idées. Enfin, vous avez compris le topo, pas vrai ? Parce qu'on pouvait taxer le loup de bien des choses, mais certainement pas de chercher à se donner le beau rôle à tout prix, contrairement à son comparse canin.

Kise, de son côté, faisait tout pour sauver les apparences, en maintenant tant bien que mal sa perpétuelle image d'innocence. Et ça fonctionnait peut-être sur les personnes naïves, celles qui se laissaient tromper par sa beauté, parce que c'est bien connu : les gens beaux sont des êtres supérieurs et par conséquent, ils n'ont aucun défaut… Hélas pour le Miracle, Haizaki avait depuis bien longtemps appris à appliquer l'adage suivant et pas uniquement à des situations immatérielles : « Quand c'est trop beau pour être vrai, c'est que ça l'est. » Kise en était d'ailleurs l'incarnation parfaite. Un prédateur qui ne payait pas de mine au premier abord, mais dont la ruse était fourbasse… adaptée à piéger les simps de tous bords… Ceux qui se languissaient et s'enamouraient de Kise sans réaliser que le chemin qu'ils avaient choisi d'emprunter était pavé de souffrance...

Bordel, comme l'ancien délinquant les plaignait… Leur sort était vraiment peu enviable… venir grossir les rangs de l'armée de fans sans visage de Kise Ryota. Cette masse sans âme, grouillante comme des asticots prêts à dévorer tous ceux que leur Roi leur jetterait en pâture. Prêts à défendre l'honneur et l'intégrité de leur idole. A liker tous ses posts débiles. Toutes ses photos balancées comme autant de miettes destinées à s'attacher leur loyauté et à le renforcer par la même occasion dans sa vanité narcissique.

« Bien-sûr. Ça s'est passé comme tu dis. Vous vous êtes simplement laissés aller, dans la chaleur du moment, dans le feu de l'action. Et… si c'est le cas, alors tu devrais pouvoir tourner la page. Non, ça devrait même déjà être fait depuis bien longtemps... »

« Alors pour quelle raison est-ce que tu n'y parviens pas ? Arrête de te voiler la face Kitsune ! » Le houspilla t-il mentalement.

« C'est bon, j'ai en suffisamment entendu. J'vais prendre l'air. » Décréta soudainement Haizaki, avant d'éjecter Kise.

Le renard resta interdit en sentant le brun se lever et le pousser sur le côté. Comme pour ne pas le voir.

Sans parvenir à se l'expliquer, Haizaki était furieux. Bien-sûr qu'il s'était attendu à cela. A ce que Kise et Aomine aient fait kékette sous l'impulsion du mannequin. A ce que bleu et jaune se soient mêlés et même mélangés. Kise avait fait d'Aomine sa proie avec ses airs de ne pas y toucher et honnêtement ? Haizaki ne tenait pas à subir le même sort. Non merci. Qu'est-ce que Kise irait raconter à son sujet ensuite ? « On s'est juste laissés aller. » « Ça ne voulait rien dire. » Ça ne comptait pas. » « On en avait simplement besoin sur le moment. »

Et il se ferait reléguer au même niveau que tous les amants du blond. Tous ceux qui avaient partager sa couche sans rien signifier pour lui. Ceux dont il avait oublié les visages et les noms. Ceux qui n'étaient que des corps dans la nuit. Un instant de satisfaction furtif, volé à des anonymes. Heureusement que Kise n'était pas une mante religieuse décapitant ses partenaires pour les forcer à éjaculer…

Pourtant… c'était la révélation qu'Haizaki croyait vouloir cinq minutes plus tôt et maintenant, il regrettait. Kise n'aurait jamais dû lui raconter cela et se confier à lui de la sorte, à cœur ouvert. Bien-sûr que le renardeau ne pensait pas à mal. Ce n'était pas de sa faute s'il était beurré comme un kouign amann breton. Non, ça, c'était à Shogo qu'on le devait. Et le loup n'avait d'ailleurs agi qu'avec cette optique particulière à l'esprit. Tirer parti de l'ébriété de Kise pour lui soutirer des infos.

Afin de mieux le manipuler.

Alors au final, lequel des deux était le plus grand manipulateur ?

Le plus fatal des prédateurs ?

Haizaki préféra s'isoler à l'arrière du restaurant. Il y avait une petite cour, qui donnait sur une ruelle étroite et mal éclairée, faisant office de sortie de service pour les employés. Seuls les néons pastels du love hotel se situé derrière le muret éclairait la chaussée goudronnée.

Putain, il surréagissait.

Encore.

C'était bien son genre, tiens. Toujours ces éternelles difficultés à maîtriser ses accès de colère… A tel point qu'il shoota violemment dans une poubelle innocente, ayant eu le malheur de se trouver sur le chemin de son pied… Le brave conteneur vacilla, faisant tomber son chapeau sur le sol. Mais ce qui fut tout ce qu'il perdit, heureusement. Un bruit métallique résonna lorsque le couvercle heurta le sol. Putain, frapper quelque chose n'était pas suffisant. Pas sans contact physique direct. Il avait besoin de sentir… de caresser une surface dure avec sa peau, ses phalanges… A défaut de ressentir

En était-il encore seulement capable… ?

La douleur, c'est elle qui prouve que vous êtes vivant.

Mais lui… ça faisait des années qu'il se savait coincé entre deux mondes…

Celui des morts et celui des vivants.

Merde, ce dîner était un fiasco. Et il venait sans doute de ruiner toutes ses chances d'amadouer Kise après l'avoir planté ainsi sur un coup de tête et sans explication…

Peut-être qu'au final, ce n'était pas si important. De décréter jusqu'à quel point Kise avait usé de ses charmes pour utiliser Aomine à sa convenance en retour.

Bon sang… il était pourtant bel et bien là. Faible, mais néanmoins présent. Ce petit pincement au cœur tellement caractéristique. Son cœur qui battait dans ses tempes comme pour lui rappeler qu'il était énervé. Accompagné d'une légère et quasi imperceptible… douleur

Jalousie. Possessivité. Déception. Quel était son nom ?

Le brun s'alluma une clope. Dario l'aurait buté, s'il avait osé le faire à l'intérieur du resto. Mais rien de tel qu'un peu de nicotine qu'il ne sentait même plus lui brûler les poumons pour s'enfumer le cerveau. Il s'adossa au muret de briques dénudées et il soupira. Inspirant. Inhalant. Relâchant. Ça sentait les ordures... La pisse de chat et le sperme… Des capotes usagées jonchaient d'ailleurs le sol, signe que cette ruelle cachée des regards indiscrets était témoin d'étreintes régulières.

Il ferma les yeux.

Mauvaise idée. Tout comme Kise se retrouvait assailli par des nuées de frelons imaginaires dès lors que ses paupières se baissaient, Haizaki voyait quant à lui le jaune et le bleu se livrer à des ébats frénétiques. Pourtant il se doutait bien qu'ils n'avaient pas fait que dormir cette nuit fatidique… Et ça n'aurait rien du lui faire… Après tout, Kise n'était pas pour lui. Kise appartenait à Asami. Kise était chasse gardée pour l'Alpha de la meute avec défense absolue d'y toucher.

Cependant…

« Sho ? »

La douce voix de Kise le tira de ses pensées.

Le Kitsune ne se trouvait qu'à un mètre de lui et deux pupilles dorées le fixaient intensément.

« Don't be mad… » Chuchota t-il en comblant la distance entre eux.

« Ne fais pas ça… » Pensa Haizaki, incapable de prendre la parole ou de bouger.

Sa dernière once de résistance vola en éclats au moment même où Kise écrasa sa bouche contre la sienne. Il avait un goût de café et de fraise. A la fois amer et sucré, à son image.

Un peu comme lui, finalement.

Tandis que le baiser s'approfondissait et que les deux langues venaient s'affronter pour la dominance, Haizaki attrapa fermement les poignets de Kise et brusquement, il le retourna contre le mur, échangeant leurs places. Sauf que Kise ne se trouvait pas dos au muret, mais dos à lui…

Et tourner le dos à un loup, c'est lui donner le signal d'attaquer…

« Tu sens ça… ? » Souffla Haizaki, comme possédé, dans son cou.

Son bassin vint se souder contre les reins de Kise, épousant presque amoureusement leur rondeur. Kise se tendit. Il ne fut d'ailleurs pas le seul à se tendre, si l'on en croyait ce qu'il sentait grandir dangereusement derrière lui.

La respiration de Kise s'accéléra et il se mit à haleter. Courbant l'échine pour offrir une meilleure prise à son bourreau, la proie volontaire lui jeta un regard par-dessus son épaule. Un regard lubrique où brillait le désir.

« Fuck me Shogo…. Please, fuck me. I'm tired of playing and I want you so bad… It's been too long… I need you inside me right now ! » Supplia le top model, les larmes aux yeux.

Avec Aomine aussi, il avait dû pleurer et c'était ce qui avait causé la perte du basané. Cela ne faisait plus l'ombre d'un doute à présent. Aucune personne saine d'esprit ne pouvait résister aux larmes (de crocodile) du renard.

Trop de tension accumulée, trop d'attente, trop de frustration contenue, trop de désir refoulé…

Instantanément, les pupilles du prédateur se dilatèrent en une fente étirée verticalement.

Il n'aura suffi que de ces quelques mots prononcés dans l'intimité d'une ruelle désaffectée, pour que le monde d'Haizaki Shogo tel qu'il l'avait connu, s'écroule autour de lui.


Bon bah... on doit avoir atteint les 25000 mots...

C'est moi ou chaque nouveau chapitre devient encore plus long que le précédent ?

- Comme promis, j'ai donné des "nouvelles" d'Ao et Kaga. Qu'a bien pu faire Aomine avec le téléphone de Kise d'ailleurs ? Des théories ? Pauvre Kaga n'empêche, m'est d'avis qu'il est pas prêt de ba*ser !

- Dario, on le reverra. Il aura un rôle important dans cette histoire, je continue à poser mes pions petit à petit...

- Haizaki aime beaucoup trop la bouffe Italienne pour son propre bien. Et moi aussi. Ca le perdra, un jour...

- Kise bourré = Kise en roue libre.

- Kise bourré = DANGER !

- Le resto, la config, le décor, le couple = Bien entendu, c'est une référence cachée à "La Belle et le Clochard" !

- Alooooors d'après vous, est-ce que Kise a sauté sur le bout d'Aomine ou est-ce qu'au contraire, il a été obligé de déployer des trésors d'inventivité pour séduire Aomine ?

- Nous sommes d'accord : les blagues de Kise sont pires que celle d'Haizaki, non ? (Il faut dire qu'il est allé à bonne école avec Aomine, ça laisse des traces...)

- C'est bien Kise ça de ne pas flipper alors qu'un mec armé le tient en joue et le menace sexuellement... et de l'inviter à boire un thé à la cool avec lui pour le consoler par dessus le marché ! Je voulais créer un paradoxe et un sens des priorités/peurs complètement foutraque chez Kise... et surtout, justifier sa petite coucherie avec Aomine de la sorte. J'espère que c'est réussi. Ca me rappelle un peu cet épisode de "Hartley coeurs à vif" (oui, je suis vieille...) où un cambrioleur essaie de s'introduire dans l'entrepôt et où Mai, terrorisée, oblige Drazic à déménager le canapé devant la porte d'entrée et à monter la garde allongé dedans toute la nuit. Canapé où elle finit par le rejoindre apeurée et où les choses dérapent finalement entre eux. C'est l'irrésistible effet "damoiselle en détresse", il faut croire...

J'espère que vous avez aimé, moi, je m'éclate comme d'hab' !

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Bisouuuus et bonne nuit !