Manoir Lestrange,
31 octobre 1997
Bellatrix poussa la porte de sa chambre et y entra en titubant. Elle n'alluma pas la lumière, persuadée d'arriver sans encombre jusqu'as son lit. C'était sans compter ses vêtements jonchant le sol qui la firent trébucher, et tomber sur le parquet la tête la première. Elle resta à terre sonnée, avant de grogner et de se relever. Tout son corps lui faisait mal, sa robe tachée de sang, vestiges d'une punition particulièrement douloureuse infligé par son maitre déçu de leur échec. Sa punition a été plus dure que celle des autres. Le bras droit du Seigneur des Ténèbres n'a pas le droit à l'erreur. Une main sur son côté et les muscles raides, elle se laissa tomber tout habillée sur son lit ne faisant pas grand cas du sang tachant ses draps. Elle attrapa simplement son grand oreiller, et s'enroula autour de lui, le serrant dans ses bras. Elle inspira à plein poumon le parfum qui s'en dégageait, se détendant complètement. Depuis sa sortie d'Azkaban, Bellatrix a pris grand soin de l'en asperger régulièrement, cachant le flacon dans ses affaires. Cette odeur était le parfum favori de sa jeune sœur, Andromeda. Cette odeur et les souvenirs qu'elle y associait calmaient ses nerfs aussi surement qu'une étreinte de Narcissa.
Avec un soupir, elle rabattit la couverture sur elle, ne lâchant pas l'oreiller. Si elle fermait les yeux, elle pourrait presque croire que c'est Andromeda qu'elle serrait dans ses bras. Avant de s'endormir, elle observa la lune à travers la fenêtre de sa chambre. Sa conversation de la veille avec Narcissa lui revint en tête. Sa jeune sœur voulait célébrer Halloween alors que pour Bellatrix, il en était hors de question. Après toutes ces années enfermée à ne plus y penser, elle n'en voyait pas l'intérêt. Peut-être que ce refus venait aussi du fait qu'il leur manquait une personne. Du jour où Andromeda est partie, Bellatrix s'est éloignée de cette fête. Cette date n'ayant plus la même signification sans une partie de la fratrie.
« Bella ? J'aimerais que tu restes à la maison demain soir… Nous serons le 31… »
Bellatrix leva les yeux au ciel, agacé par sa jeune sœur.
« Tu sais ce que j'en pense Cissy, ne comptes pas sur moi », dit-elle d'un ton las, posant le livre qu'elle lisait sur la table basse devant elle.
Narcissa, bien que peinée, s'assit sur le bras du fauteuil dans lequel était installée sa sœur.
« Je sais oui. Mais j'aurai pensé que cette année tu auras pu faire un effort… » Elle marqua une pause, les mains posées sur ses genoux, jouant avec son alliance. « je ne suis pas aveugle je sais que tu penses encore a elle … »
Bella se leva soudainement dans un accès de colère.
« Mais de qui parles-tu ? De cette traitre à son sang ? Elle a fait son choix Cissy ! Je l'ai oubliée depuis le temps ! »
Narcissa secoua la tête doucement, son regard se faisant plus dur.
« Tu me mens… pire encore tu te mens à toi-même ! » Elle se leva lentement, observant son ainée.
« Ecoute Bella je ne peux plus… Je ne peux plus supporter tes crises de colère, ton caractère plus qu'exécrable, tes prises de risques… et maintenant tu nous repousses même nous ! Je ne veux pas passer encore plus de temps à trembler pour toi, j'ai assez à faire avec Lucius et Draco. Je me concentrerai sur ma famille dorénavant… Il serait peut être mieux que tu repartes dans ton propre manoir maintenant que Rodolphus est mort… »
Bellatrix serra plus fort son oreiller. Bien sur qu'elle mentait, mais avouer la vérité la confronterait à l'absence et au manque. Elle ne pouvait pas se le permettre. Pas maintenant alors qu'elle était en passe de perdre sa plus jeune sœur. Elle comprenait que Narcissa devait s'occuper de sa famille, mais elle eut quand même une boule dans la gorge à la simple pensée de la voir s'éloigner. Bellatrix eut un petit ricanement. Sa famille… comme si elle n'en faisait plus partie. C'était douloureux.
Une étoile filante passa, et dans une minute de faiblesse, elle ferma les yeux et fit un veux, comme quand elle était enfant et que tout allait encore bien.
« Si seulement ma vie était moins merdique…rends-moi ce que j'ai perdu ! »
Elle soupira, gardant les yeux fermés.
« Stupide, tellement stupide ! » se moqua-t-elle d'elle-même.
Elle enfouit son visage dans le coussin et s'endormit, se persuadant sans son sommeil d'une chose qui lui semblait impossible.
Au milieu de la nuit, des bruits de pas résonnèrent dans les couloirs du manoir Lestrange. Nymphadora Tonks, baguette à la main, s'étonnait de trouver un tel endroit vide. Elle vérifia chaque pièce au rez-de-chaussée, avant de passer à l'étage. Elle était partie seule, au beau milieu de la nuit, pour tenter de trouver sa plus folle des tantes. Si sa mère la voyait, elle lui hurlerait probablement dessus, bien qu'elle soit la motivation première de sa présence. Les deux femmes ont passé la soirée à parler de la famille d'Andromeda, en regardant quelques vieilles photographies. Nymphadora pouvait voir la tristesse dans les yeux de sa mère, à la vue de sa sœur Bellatrix, dont elle a toujours été la plus proche. Bien qu'elle en parle rarement, sa fille pouvait sentir qu'il manquait quelque chose à sa mère pour être complète. Alors prise d'une pulsion et d'un pressentiment qu'elle ne pouvait pas expliquer, elle se retrouva dans ce manoir, devant la porte de la dernière pièce qu'elle n'avait pas encore vérifiée.
Elle poussa la porte, essayant d'être aussi silencieuse que possible. Le souvenir de tout ce qu'elle a pu lire sur les méfaits de sa tante la rendait nerveuse. Elle n'était pas certaine d'en sortir indemne si elle devait l'affronter. Elle entra dans la chambre, s'éclairant de sa baguette, regardant autour d'elle.
« Et bien, mon côté bordélique vient bien de quelque part finalement… » Pensa-t-elle, amusée. Elle s'approcha du lit, remarquant une forme allongée sous la couverture. En approchant la source de lumière, elle faillit éclater de rire. Qui aurait pu penser que la dangereuse et terrifiante Bellatrix Lestrange puisse câliner un coussin comme un bébé ? Elle ne sut pas vraiment quoi penser jusqu'à ce que le parfum de sa mère arrive jusqu'à ses narines. Les sangs purs parfumaient leur oreiller maintenant ? Bellatrix remua dans son sommeil, dérangé par la lumière qu'émettait la baguette de la sorcière, et demanda en marmonnant à Andromeda de l'éteindre. Une prise de conscience se fit dans la tête de Nymphadora. Pourquoi Bellatrix aspergerait son oreiller du parfum de sa sœur et rêverait d'elle si elle l'avait réellement renié ? Est-ce qu'elle pouvait vraiment caresser l'espoir de la ramener à sa mère ? Est-il même possible de réunir les deux sœurs ?
L'instant d'après, elle se retrouva avec une Bellatrix bien réveillée, le bout de sa baguette contre sa gorge, une lueur meurtrière dans le regard. Les bougies de la chambre s'enflammèrent, donnant à la scène une douce luminosité qui contrastait avec la violence du geste de la sorcière. Nymphadora ne bougea pas, ne voulant pas prendre le risque de faire un mouvement qui pourrait être mal interprété.
« Donne-moi une seule raison de ne pas te tuer sur le champ jeune fille ! »
Nymphadora secoua doucement la tête.
« Andromeda…je suis là pour elle ! »
Sous la surprise, Bellatrix abaissa légèrement sa baguette. Pourquoi la bâtarde de sa sœur prendrait-elle la peine de venir chez elle ? Dans quel but ? La capturer ? C'est forcement ça… Bellatrix s'attendait à moitié à ce que d'autres Aurors franchissent la porte pour se saisir d'elle et la jeter aux griffes des détraqueurs. La jeune sorcière lisant le doute dans le regard de la plus vieille s'empressa de la détromper. Il fallait absolument la mettre en confiance avant de se faire dépecer vive.
« Je suis seule ! À vrai dire personne ne sait que je suis là… pas même maman ! »
Bellatrix restait suspicieuse, ayant du mal à croire à une telle chose. Pourtant, si cela concernait sa jeune sœur, elle voulait quand même entendre ce qu'avait à dire cette gamine. Elle se redressa dans le lit, cachant une grimace de douleur.
« Parle… »
Nymphadora prit la liberté d'approcher une chaise, sentant que la discussion serait longue et houleuse. Elle lui parla alors d'Andromeda, de la vie qu'elle menait sans ses sœurs, du manque qu'elle ressentait au quotidien. Plus elle parlait, et plus elle pouvait voir quelque chose dans le regard de Bellatrix s'adoucir. Elle sortit alors une photo, plié en deux de sa poche et la donna a sa tante. Bellatrix la déplia d'une main tremblante pour révéler la photo qui a été prise, un soir d'été dans le jardin familial. Les deux sœurs dormaient dans l'herbe, à l'ombre d'un grand chêne, la tête d'Andromeda posée sur l'estomac de Bellatrix, leur main liée. Pour la première fois de sa vie, Bellatrix ressentit une douleur physique à la poitrine, comme si son cœur se remettait à battre seulement maintenant. Elle n'était pas du genre à montrer facilement des sentiments, et cela n'allait pas changer alors même que sa nièce se trouvait à côté de son lit.
Nymphadora, voyant Bellatrix caresser doucement la photo, prit une grande inspiration et se lança.
« Je voudrais que tu viennes avec moi ! Je voudrais que tu viennes voir maman… peut-être rester avec elle… Honnêtement si tu croyais vraiment à ces conneries de pureté du sang, tu ne serais pas là à parler avec moi. Tu m'aurais déjà tué ! Et si c'est pour finir dans cet état… autant rester avec nous. »
Elle prit sur elle de lui parler franchement, et étonnamment, cela plut à Bellatrix. Elle pouvait se voir dans cette jeune femme, a son âge.
« J'ai fait des choses innommables… tes petits copains vont me tomber dessus… »
Nymphadora lui tendit la main, un sourire effronté sur le visage.
« Je sais… on avisera. Je doute que maman laisse quoi que ce soit t'arriver. »
En repensant a son veux, Bellatrix prit la décision d'accepter de suivre sa nièce.
Des années plus tard, à la même date, Bellatrix se réveilla en sursaut dans son lit, ne comprenant pas pourquoi son subconscient lui repassait la scène de sa rencontre avec Nymphadora. L'orage faisait rage dehors et un coup de tonnerre la fit sursauter. Se levant rapidement, elle sortit de sa chambre, et entra dans celle d'Andromeda. Elle se glissa dans le lit de sa sœur, se blottissant dans les bras de cette dernière qui se décala dans un demi-sommeil pour lui faire un peu de place et la serrer contre elle.
« On est pas un peu vieille pour dormir ensemble comme des enfants ? » marmonna Andromeda dans les cheveux de sa sœur. « Je suis plus confortable qu'un oreiller à ce que je comprends ? » ajouta telle une pointe de malice dans la voix.
Bellatrix ricana doucement. Elle aurait préféré que sa nièce ne lui parle jamais de ça.
« Quand est ton rendez-vous avec ton guérisseur d'âme ? »
Bellatrix soupira, elle n'aimait pas y aller, mais c'était la condition de sa libération.
« Ce matin… cet idiot va vouloir encore me faire parler de mes jeunes années… »
« Il connait son travail laisse le faire Bella… dort maintenant il nous reste encore quelques heures de repos ! »
Les deux sœurs se rendormirent, mais pas avant d'avoir fait un autre veut pour Bellatrix. Cette fois, pour leur ramener leur plus jeune sœur. Qui sait, la magie d'Halloween fonctionnera peut-être encore…
