Rating : T

Résumé : "Shouto n'était pas un faible combattant, loin de là ; mais face à Bakugou, n'importe qui paraîtrait inférieur." Shouto et Bakugou s'entraînent.

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Horikoshi Kouhei.

Hello !

Je me suis remise à regarder/lire BNHA, et bien évidemment je saisis toutes mes chances pour écrire sur ces deux-là. Cet OS se place dans la saison 5 juste après les matchs des seconde A contre les seconde B / après le chapitre 216.

Bonne lecture !


One-shot : Cinabre

Bakugou attaquait sans pitié.

Poing droit, coup de pied gauche, crochet du droit encore, coup de coude gauche. Il avançait, poussait, s'emparait de l'espace qui les entourait et attirait à lui toute l'attention — même s'il avait voulu regarder autre part, Shouto aurait été incapable de briser sa concentration ne serait-ce qu'une demie-seconde.

Shouto parait l'assaut tant bien que mal, mais ses mouvements semblaient dix fois plus lents que ceux de Bakugou, comme s'il extirpait ses membres de la bourbe d'un marais et qu'il mimait une mauvaise chorégraphie d'une bagarre. Shouto n'était pas un faible combattant, loin de là ; mais face à Bakugou, n'importe qui paraîtrait inférieur.

— Mais bloque, putain ! Utilise tes bras pour bloquer ! Et tes jambes te servent à bouger ! Reste pas planté là comme un imbécile !

Bakugou pivota sur son pied droit, esquiva sans peine le coup que Shouto essaya de lui porter, puis enfonça son épaule dans le torse de Shouto avec la hargne d'un animal voulant terrasser sa proie. Shouto, le souffle coupé, tituba vers l'arrière, grognant et marmonnant des insultes qui mériteraient d'être prononcées à voix haute. Il se pencha vers l'avant et posa une main sur son genou, reprenant contenance, alors que Bakugou se redressa de toute sa hauteur. Le connard n'avait pas l'air essoufflé du tout.

— T'es complètement irrécupérable, gronda Bakugou. Pas étonnant que ton combat contre l'autre merdeux métallique ait été aussi pathétique.

— J'ai pas perdu contre Tetsutetsu, souligna Shouto, un peu puérilement.

— Ha ! Tu t'es juste pris des centaines de pains dans la tronche. Je te dis que c'était pathétique, Double Face.

Shouto n'excellait pas en combat rapproché, il en était conscient. Son match contre Tetsutetsu le lui avait rappelé avec un peu trop de force, encaissant les coups et ravalant son sang qui avait manqué de jaillir à chaque nouveau coup subi. Mais il se souvenait encore plus de la chaleur insoutenable de son propre alter, absorbant tout l'air qui l'entourait et le laissant à la fois étourdi et exalté à l'idée de produire de telles flammes. Cette sensation d'être capable de n'importe quelle manœuvre, d'avoir une puissance pure et dure au creux de sa main l'enveloppant dans un cocon de confiance, ne l'avait jamais quittée — et jamais, au grand jamais, il n'aurait associé ce sentiment à son feu.

Shouto se demandait distraitement si cette soudaine euphorie concernant son alter de feu devrait l'inquiéter.

— Debout, feignasse, ordonna Bakugou. T'as pas encore réussi à me toucher.

Shouto laissa échapper un rire.

— Un véritable tyrant, marmonna-t-il.

Du revers de la main, il essuya quelques gouttes de sueur perlant sur son front et le long de sa joue. Bakugou le regardait avec cette expression qu'il réservait pour les combats, à mi-chemin entre une bête féroce et un fou furieux prenant du plaisir à faire couler le sang. Cette lueur délirante qui brillait dans ses yeux rouges ne manquait jamais de faire sourire Shouto — Bakugou ne changerait son comportement pour rien au monde.

Shouto prit appui sur son pied gauche, et se précipita vers son adversaire. Sa vitesse n'égalait pas celle de Bakugou, ni même celle de Midoriya, alors il devait compenser par de meilleurs réflexes et des enchaînements d'attaque malins. Il serra le poing gauche et visa l'estomac de Bakugou, mais ce dernier l'anticipa aisément et repoussa le poing d'un revers de son bras avec un retentissement cinglant. Shouto grimaça mais ne se laissa pas décourager, décidant de continuer sur son élan et d'attraper Bakugou par le col avec sa main droite. Il leva son genou et lui administra des coups successifs, une fois dans les côtes puis une autre fois dans le ventre, agrippant son bras avec sa main gauche pour limiter ses mouvements.

Mais les coups de Shouto étaient risibles devant la rage de vaincre de Bakugou, qui usa de tout son poids pour basculer vers l'avant et entrer en collision avec Shouto, le forçant à reculer et perdre son équilibre. Shouto serra les dents, planta ses talons au sol pour stopper son recul, et brandit son poing gauche. Bakugou plissa les yeux et tenta de se repositionner, mais Shouto gardait fermement son col entre les doigts, et le coup asséné à la mâchoire de Bakugou résonna avec une satisfaction jubilante.

— Connard…!

Bakugou se ressaisit immédiatement et se rua de nouveau sur Shouto avec un hurlement. Cette fois-ci il attaqua sans réfléchir davantage, agitant bras et poings et attrapant toute partie qui lui était à portée de main. Il parvint même à agripper ses cheveux et à tirer sa tête vers l'arrière, les entraînant tous les deux dans une marche arrière titubante et incontrôlable. Shouto grogna, frustré et agacé par l'assaut incessant de Bakugou qui le désorientait plus qu'il ne le blessait, comme si la défense s'avérait la seule option qui s'offrait à lui actuellement.

— Je t'ai dit quoi, enfoiré ? aboya Bakugou. Tes jambes sont là pour faire joli ou quoi ?

Shouto lui lança un regard noir, une expression furieuse sur le visage, mais avant qu'il n'ait le temps de riposter, Bakugou appliqua son propre conseil à la lettre et lui administra un coup de pied dans le flanc gauche. Le point de contact sembla s'enflammer sous la douleur, et propagea une vague de picotement telle une onde de choc dans tout son corps. Les pieds de Shouto s'entremêlèrent dans sa tentative de se redresser, et il finit par s'écraser au sol en un amas de membres et de courbatures. Il protégea sa tête avec son bras droit, l'éraflant contre le bitume en amortissant sa chute. Shouto avait l'impression d'avoir couru un marathon et de s'être pris des coups de bâton en guise de récompense.

Bakugou, sans relâche et tenace jusqu'au bout, se jeta littéralement sur lui. Il lui arracha presque les bras en les attrapant et ne se gêna pas pour le malmener et le mettre sur le dos, avant de s'asseoir sur son torse. Shouto continuait à le regarder d'un œil mauvais, les lèvres plissées et l'esprit embué d'une irritation persistante. Bakugou souriait de toutes ses dents, ses yeux rouges brillant de cet éclat triomphant qui ne quittait jamais son visage, et qui le rendait aussi féroce que magnifique.

— Victoire écrasante pour moi, Double face, railla-t-il. T'es encore loin d'arriver à mon niveau.

— Ferme-la, grommela Shouto. T'es en train de m'asphyxier.

— Bah essaie de me pousser de là, pour voir. Pas ma faute si t'es pas capable de te débrouiller tout seul.

Pris d'une mesquinerie sans nom, Shouto frotta le sol du bout de sa chaussure, et immédiatement toute la surface avec laquelle il était en contact, ainsi que sa jambe et une partie de son torse, se recouvrirent d'une couche de glace. Bakugou cracha des jurons et des insultes et s'éloigna en vitesse, bondissant presque du torse de Shouto comme s'il venait de se faire brûler (ha).

— T'as failli congeler mes couilles, bouffon ! s'égosilla Bakugou. Tu te crois malin ?!

— Je voyais pas d'autre solution pour te faire dégager, répondit tranquillement Shouto.

Il haussa les épaules. C'était assez amusant de voir Bakugou dans tous ses états, même s'il criait au meurtre et menaçait de tout faire exploser dans les dix prochaines secondes. Toujours à terre et les bras à présent de part et d'autre de sa tête, il s'autorisa un petit moment de répit et ferma les yeux. Bakugou ne l'avait pas du tout ménagé.

— Maintenant si tu veux bien, je vais faire une sieste, déclara Shouto.

— Crois pas t'en tirer comme ça, t'as mille défauts que je dois t'expliquer dans ta façon de te battre, rétorqua Bakugou avec un reniflement.

— Hm.

— Si t'étais plus fort tu serais pas en train d'agoniser par terre comme ça.

— Hmm.

— Fais pas semblant de m'écouter, connard !

Shouto laissa échapper un rire. Il entendait Bakugou marcher de long en large, marmonnant des choses très probablement désagréables sous sa barbe. Même le bruit sourd de ses bottes contre le sol marquait une singularité indéniablement "Bakugou".

Bakugou finit par s'asseoir quelque part à sa droite, se laissant tomber sans plus de cérémonie.

— On va corriger tous tes défauts de merde et tu perdras pas un seul combat au corps à corps en classe, dit Bakugou. Sauf contre moi, bien sûr.

— C'est pas qu'en classe que je dois gagner, souligna Shouto. Contre les vilains aussi.

— Évidemment, mais en l'état actuel tu vas te faire bousiller contre des vilains. Tu resteras sagement à l'arrière pendant que moi je les dégomme.

Bakugou et ses façons détournées de dire les choses, songea Shouto, amusé et empli d'affection.

Shouto ouvrit les yeux. Le bleu du ciel de l'après-midi s'atténuait petit à petit pour laisser place aux teintes orangées du coucher du soleil. Il était probablement temps de commencer à préparer le dîner.

Bakugou avait relevé un genou et posé son bras dessus, dans cette posture nonchalante que Shouto avait appris à identifier comme étant celle dans laquelle il se sentait à l'aise. Le regard de Bakugou s'était calmé, mais il gardait constamment cet air concentré, rendant la couleur de ses yeux toujours plus intense, toujours plus envoûtant. Shouto ne trouvait jamais la force de détourner son regard.

— Bakugou.

— Quoi ?

Shouto le fixa du regard, et tapota le coin de sa bouche. Bakugou le dévisagea à son tour.

— Tu déconnes.

— Allez, pressa Shouto.

— Lève-toi d'abord.

— J'ai pas envie. Et puis, tu as pas à dire des choses pareilles et espérer que je ne réagisse pas.

Le visage de Bakugou se contorsionna dans tous les sens, nez plissé et sourcils froncés, avant de se stabiliser en une expression à mi-chemin entre la fierté et l'embarras. Cela ne fit qu'attiser l'impatience de Shouto.

— Allez, répéta-t-il, presque en boudant.

— Princesse Todoroki, marmonna Bakugou.

Bakugou se pencha au-dessus de la tête de Shouto. Ils s'observaient dans un silence presque ridicule et inattendu, compte tenu du vacarme que faisaient leurs coeurs et leurs pensées. Shouto savait que Bakugou cogitait beaucoup, et parfois inutilement, mais il passerait pour un hypocrite s'il faisait la remarque.

Et pour le moment, il appréciait de voir de si près cette couleur rouge, sublime et dangereuse et intense. Bakugou se pencha, se pencha, jusqu'à ce que ses lèvres touchent celles de Shouto, et ils fermèrent tous deux les yeux. Bakugou posa une main près de la tête de Shouto tandis que Shouto froissa le col de Bakugou dans l'une de ses mains, semblable à ce qu'il avait fait plus tôt dans l'après-midi. Ils restaient suspendus ainsi dans le temps, enfermés dans leur bulle dont l'accès n'était permise à personne.

Shouto savourait ces moments où il n'avait pas besoin de prétendre — où Bakugou lui-même ne se pliait pas en quatre pour éviter de laisser transparaître le moindre soupçon d'émotion positive.

Rapidement, Shouto passa sa langue sur les lèvres de Bakugou, et Bakugou émit un son de protestation purement symbolique puisqu'il laissa Shouto entrouvrir ses lèvres. Peut-être était-ce dû à l'adrénaline de l'entraînement, mais Shouto sentait que son partenaire paraissait plus malléable qu'à l'accoutumée, et il n'allait pas s'en plaindre. Il arracha grognements et plaintes avec ferveur, ne bridant pas ses propres réactions signalant que Bakugou savait exactement ce qu'il faisait avec sa bouche.

Shouto prenait, exigeait, et Bakugou réclamait son dû à son tour avec tout autant de fougue et d'impatience, chacun poussant et tirant et pourchassant toute sensation à portée. Ils n'étaient pas faits pour subir sans rien demander en retour.

Bakugou se sépara de lui et laissa échapper un soupir de contentement. Shouto ouvrit les paupières à demi, observant Bakugou en faire de même. Il sentait encore ses lèvres picoter, et cela le fit sourire. Bakugou leva les yeux au ciel.

— T'es trop gâté, déclara Bakugou. Prends pas cet air d'imbécile heureux.

— Tu ne ferais pas quelque chose si tu en avais pas envie, fit Shouto en ne se départant pas de son sourire.

— Ouais c'est ça, marre-toi…

Bakugou lui donna une pichenette sur le front avec un rictus satisfait et toute la maturité d'un enfant de cinq ans. Shouto fit la moue mais ne chercha pas à rendre la pareille. Il regarda Bakugou sauter sur ses pieds et se relever en un instant, puis hausser un sourcil comme pour le défier. Devant le manque total de réaction de Shouto, Bakugou lui tendit la main, toujours armé de son rictus, et Shouto ne pouvait pas refuser — il suivrait cette main jusqu'au bout du monde.


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