Chapitre 3: Sweets Dreams are made of this…


Qui commence ? demanda Mina.

Attendez une seconde, intervint Nathan d'une voix sèche, de quel genre de cauchemars on parle, exactement ? Ceux qui arrivent après avoir regardé un film d'horreur ou juste par hasard une fois de temps en temps ? J'en ai fait aussi, hein, mais je vois pas ce qu'il y a de bizarre…

Le genre de cauchemars qui n'ont rien à voir avec un film d'horreur, répondit Alden en levant les yeux au ciel.

Et qui arrivent plusieurs fois par semaine, ajouta Sonya d'une voix sèche. Trois, pour ma part.

Nathan, presque offensé, afficha un air dubitatif et s'enfonça dans son siège.

Trois aussi, lança Roxanne. Parfois quatre.

Je crois que pour moi aussi, dit Kenna après avoir réfléchi.

Deux, dit Alden. Ou trois.

Ce fut quatre pour Raphaël, qui semblait maintenant partagé entre fascination et incompréhension, et cinq pour Mina et Sebastian. Nathan quant à lui resta silencieux jusqu'à ce que Kenna ne lui pose la question.

Trois, dit-il de mauvaise grâce, mais je n'ai pas forcément compté chaque semaine.

Et est-ce que pour vous, demanda à nouveau Mina, ça semblait réel ?

Tous hochèrent la tête ou murmurèrent un « Oui ».

Je dois avouer, intervint Roxane, que ce n'étaient pas toujours des cauchemars pour moi. J'en ai fait, mais c'est assez rare.

Pareil pour moi ! s'exclama Sonia.

Mina réalisa que c'était aussi le cas pour elle. Après tout, les rêves dont ils parlaient ne lui avait pas semblé si terrible. Juste…étranges. Les cauchemars, en plus d'être étranges, la perturbaient pour le reste de la journée. Mais les quatre garçons, eux, n'avaient apparemment eu que des rêves agréables.

Bon, répliqua Nathan d'un ton sec, c'est pas forcément des cauchemars, et après ?

On a qu'à se raconter ces rêves, proposa Kenna. Je ne sais pas vous, mais je n'en ai parlé à personne – ma mère m'aurait directement envoyée à l'asile, et ma crétine de sœur m'aurait ri au nez.

Nathan roula des yeux, ce qui donna à Mina, agacée par son comportement, une légère envie de le frapper. Mais ils acceptèrent tous, Sebastian proposant même de commencer. Il raconta qu'il se trouvait généralement seul dans un étage au sommet d'une tour, dans une ville qui ressemblait à s'y méprendre à la ville de New-York. Il décrit le bureau comme très grand, avec un ordinateur très high tech et un coin salon.

Je suis sûr que j'ai déjà vu cet endroit quelque part, termina-t-il, mais j'ignore où.

Tu vis près de New-York, lui dit Mina d'un ton réconfortant. Et tu t'y rendais souvent étant enfant. C'est compréhensible. Et pour le bureau, tu es sans doute dans le bureau de ton père ou un endroit qui y ressemble.

Sûrement, admit le brun. Mais aux dernières nouvelles, le bureau de mon père ne se situe pas en haut d'une tour.

Le père de Sebastian dirigeait l'entreprise familiale, Grey Corporation, qui s'occupait de différents domaines dans le monde sorcier et qui était célèbre même pour les Mortels. Et son bureau se trouvait certes dans une tour, mais au troisième étage. Sebastian raconta aussi que parfois, il courait après quelque chose au milieu d'une panique générale et des gens qui couraient dans la direction opposée, toujours à New-York, mais il ne savait pas ce qui se trouvait au bout de sa course, ayant juste le sentiment qu'il devait arrêter quelque chose – ou quelqu'un. Ce fut Raphaël qui parla ensuite, se trouvant lui aussi à New-York dans son rêve et d'un bruit répétitif plus ou moins léger qui semblait venir du ciel et qu'il semblait être le seul à entendre.

A quoi ressemblait ce bruit ?

Je ne me souviens pas très bien, admit Raphaël, mais je suis sûr de l'avoir déjà entendu quelque part. C'est très étrange.

Eh bien moi, lorsque je rêve de New-York, c'est que je vais à la Fashion Week, ria Kenna d'un ton détaché. Mais je rêve d'un château gigantesque, et la plupart du temps je suis seule. J'entends qu'on m'appelle, et je cherche la personne, mais jamais je mets la main dessus, c'est frustrant. Oh, et parfois, dit-elle d'un ton excité, je rêve d'un sous-sol sombre qui est soudain illuminé par une immense lumière rouge qui vient d'un laser – enfin, je pense. Ça ne vient pas d'une lampe ou quoi, vous voyez ? Oh ! J'ai failli oublier : vous allez dire que je suis folle, mais quand je suis dans le château, je porte parfois l'uniforme de Poudlard.

Ça, c'est juste parce que tu es obsédée par Harry Potter, rétorqua Nathan. Les Trois Premières seules savent pourquoi d'ailleurs.

Kenna eut un « Oh ! » choqué et assena même une petite tape sur l'épaule de son petit-ami, ce qui fit rire tout le monde. Mina ne pouvait guère blâmer son amie, car elle aussi nourrissait une certaine passion sur cette saga. C'était d'ailleurs le premier point commun qu'elles s'étaient découvert quatre ans plus tôt et qui les avaient considérablement rapprochées.

Et toi, vieux ? demanda Sebastian à Alden.

Oh, moi, je…Je rêve juste de fourmis, répondit-il d'un air songeur. Genre, de milliers de fourmis.

Mina ne peut réprimer un frisson – elle avait toujours détesté les insectes, surtout lorsque ces derniers étaient nombreux.

Et de plantes aussi, continua-t-il. Toutes sortes de plantes – et je peux vous dire que seule la moitié existent vraiment.

Et on te fait confiance là-dessus, dit Roxane. Moi, je suis souvent dans un égout avec une araignée et parfois des petites créatures qui ressemblent à des lézards.

Et tes cauchemars ? s'enquit Mina.

Eh bien, je suis dans une pièce blanche et des araignées arrivent de partout et me piquent sur tous le corps. La douleur est atroce. Et j'ai beau essayer de les enlever, elles ne bougent pas.

Aww.

Mina serra doucement le bras de sa meilleure amie, et vit Raphaël lancer à Roxane un regard compatissant. Elle se promit de le dire plus tard à l'intéressée, puis écouta Sonia qui parlait de ses propres cauchemars. Elle se trouvait dans une pièce à l'hygiène immonde sans porte mais avec des fenêtres sales qui donnaient simplement sur une pelouse et un baraquement. Elle essayait de trouver un moyen de sortir tandis qu'un haut-parleur diffusait en allemand ce qui semblait être un message d'alerte et que des gens qu'elle ne pouvait voir s'enfuyaient. Elle regardait par la fenêtre et voyait un faucon tourner autour de l'endroit où elle se trouvait.

L'atmosphère était…horrible. Très triste, et tendue. Les sorciers peuvent ressentir ce genre de choses, vous savez ? Surtout dans les endroits avec uniquement des mortels. Et le ciel était gris. Et considérant les meubles de la pièce, je suis sûre que je suis dans les années quarante.

Ça m'arrive aussi de rêver des années quarante, lança vivement Roxane. Et dans ces rêves-là, j'ai extrêmement froid.

Et toi, chérie ? lança Kenna à l'encontre de Mina.

Tous les regards se portèrent vers elle, et Mina se sentit gênée. Elle n'avait jamais aimé être le centre de l'attention. Comme s'il l'avait senti, Sebastian caressa doucement son épaule, et Mina lui en fut reconnaissante.

Je rêve, comme Kenna, que je suis dans un château. Je ne porte pas d'uniforme de Poudlard, mais j'ai une baguette magique à la main. Et comme vous le savez…

On n'en a pas besoin, complétèrent les autres d'une même voix.

Exactement. Quelqu'un – j'ignore qui mais dans mon rêve je sais qui c'est – m'appelle à l'aide et je cours partout, paniquée, sans trouver la personne. Et la personne hurle de douleur sans que je puisse la sauver. Parfois, le château est en ruines à certains endroits, comme si une bataille venait d'avoir lieu.

Et pour les rêves agréables ?

Il y a plusieurs sortes. Je suis soit dans le château avec un garçon au visage flou, je le prends dans mes bras – si Mina avait tourné la tête, elle aurait vu que Sebastian avait soudainement un drôle d'air – et je me sens heureuse, comme si je n'avais plus aucun souci. C'est tellement réel. Ou je suis dans le jardin d'un genre de manoir et j'entends une voix dans ma tête qui rit et me dit de venir vers elle. Et à chaque fois je me réveille avant de voir la personne.

Raphaël fronça les sourcils, et réfléchit pendant plusieurs secondes.

Ecrivez tout ça sur un papier, et donnez-le-moi, dit-il. Je ferais des recherches à l'école.

Je t'aiderai, dit aussitôt Sonia. Il doit bien y avoir des livres à la bibliothèque qui parlent des rêves.

Bonne idée, approuva Alden. Mais à mon avis, il vaut mieux qu'on s'y mette tous.

Mina partageait son avis.

Vous croyez que ça peut être des rêves prémonitoires ? demanda Alden.

Tous secouèrent la tête. Les sorciers pouvaient avoir des rêves prémonitoires mais ceux-ci étaient connus pour être extrêmement rares et jamais identiques.

A mon avis, ça veut juste dire qu'on est cinglés, c'est tout, lança Nathan d'un ton hilare.

Mina et la plupart des autres levèrent les yeux au ciel, et Sebastian lui jeta un regard acerbe.

Mais d'ailleurs, Moore, c'est quoi tes sueños, à toi ? demanda-t-il d'un ton sec.

Des éclairs, répondit Nathan sur le même ton. Et du tonnerre. Mais je suis sûr que c'est parce que j'avais peur de l'orage quand j'étais petit.

Eh bien, on ne peut pas dire que maintenant tu as peur d'être un idiot, marmonna Sebastian si bas que seule Mina l'entendit, et elle ne put réprimer un sourire.

C'est tout ? s'étonna Raphaël.

Et parfois, j'ai extrêmement mal aux mains, surtout aux phalanges. C'est horrible.

Sebastian haussa les épaules, et Mina devina qu'il devait probablement penser que Nathan ne disait pas tout. Le reste du voyage se passa dans une bonne ambiance, et lorsque le bar aux collations se fit annoncer, Sebastian se proposa d'y aller, et tout le monde passa plus ou moins commande.

Vous savez quoi, je prendrais un peu de tout. Je reviens.

Mina, tu veux regarder The Amazing Spider-Man ? lança Roxane d'un ton enjoué.

Tu connais déjà ma réponse.

L'air ravie, Roxane sortit de sa valise un petit ordinateur et ses écouteurs. Elle l'en donna un à Mina et, après avoir callé l'ordinateur sur la minuscule table, lança le film. Dire que Roxane aimait ce film et sa suite était un euphémisme. Il avait été le premier film que Roxane avait vu au cinéma, et il l'avait aidé à tenir le coup dans les moments difficiles à l'orphelinat. Mina adorait aussi ce film, Raphaël aussi, et il ne se passait pas un mois sans qu'elles ne le regardent, et ce sans jamais se lasser. Concentrée sur le film, Mina vit à peine Sebastian revenir les bras chargés de confiseries, qu'il lâcha sur la petite table avec guère de ménagement.

Servez-vous.

Tu as pris le tout, dit donc, lança Raphaël d'un ton admiratif. Merci, mon pote.

Oui, merci, Seb.

De rien.

Chacun se servit avidement, et Sonia sortit son portefeuille et tendit deux billets à Sebastian. Celui-ci, qui s'était rassis et avait repassé son bras autour de Mina, refusa avec un sourire.

C'est gentil, mais non. Ça me fait plaisir de vous faire plaisir, et ça m'a coûté une broutille.

Ouais, on n'a pas tous la chance d'avoir des parents multimilliardaires, répliqua Nathan d'un ton froid, ce qui lui valut quelques commentaires exaspérés.

Tu vas te taire, oui ? rétorqua Kenna.

Sebastian, lui, trop habitué à de telles remarques venant de Nathan et ne s'en souciant guère, était resté très calme, et eut même un sourire.

Comme si toi, tu avais à te plaindre, Moore. Mais puisque tu en parles de manière si élégante, je te rappelle que tu me dois toujours cinq-cent-treize dollars et vingt-quatre cents.

Pourquoi est-ce que je suis le seul qui doit te rendre l'argent ? s'exclama Nathan. Comme si tu en avais besoin !

Parce que toi, tu peux – et va – me rembourser. Ce serait immoral de demander à Raph' de me rembourser et absolument pas élégant de le demander à Roxane et Sonia. Donc, tu as intérêt de me rembourser vite si tu ne veux pas que ta mère apprenne que certains de tes jeux vidéo, le tout dernier inclus, ne sont pas des « cadeaux » de Kenna ou Alden.

Tu sais, Seb, dit Sonia d'une petite voix en rougissant, je peux te rembourser.

Absolument pas. On m'a appris qu'un gentleman ne fait jamais payer les dames.

Mina avait toujours admiré et adoré la générosité de Sebastian. Il n'hésitait jamais à venir financièrement en aide à ses amis, surtout Roxane et Raphaël qui n'étaient pas vraiment riches. Il avait été élevé d'une manière que Nathan qualifiait de « vieux-jeu », mais Mina trouvait ça vraiment adorable. Une fois, il avait même acheté des poupées pour les jeunes sœurs jumelles de Raphaël pour Noël, et avait toujours refusé que Raphaël ou la mère de ce dernier le rembourse ou lui offre quoique ce soit en échange.

Tu devrais prendre des notes, glissa Kenna à Nathan d'un ton entendu. Je n'ai pas oublié la fois où tu m'as fait payer les glaces.

Sebastian et Raphaël se mirent à discuter, tandis que Mina se blottit un peu plus contre lui et reporta son attention sur le film. Une bonne heure et demie plus tard, le train commença à ralentir, signifiant qu'ils étaient arrivés. Tous se levèrent, essayant tant bien que mal de ranger les sucreries qui leur restait où ils pouvaient, c'est-à-dire dans leurs sacs ou leurs poches, et Mina dut appeler plusieurs fois Roxane, trop plongée dans le film, qui allait bientôt se terminer.

C'est l'heure, Rox.

Oh, déjà ?

Roxane rangea rapidement son ordinateur, et se leva à son tour. Une fois le train complètement arrêté, ils prirent leurs bagages et sortirent sur le quai, tous les élèves autour d'eux faisant de même. Sonia inspira profondément l'air frais et agréable et eut un sourire.

C'est tellement bon d'être de retour à l'école.

N'a jamais dit personne, marmonna Nathan de mauvaise humeur.

Sonia se contenta de l'ignorer, mais Alden jeta un regard noir à son ami.

Entièrement d'accord, dit-il à Sonia. J'ai hâte de commencer les cours.

Sonia lui sourit, et ses joues prirent une teinte rosée.

Moi aussi.

Bienvenue à tous ! dit une voix forte et sévère derrière eux. Approchez-vous, s'il vous plait !

Tous obéirent à la surveillante générale, Miss Gardner, formant un énorme groupe serré devant elle. Elle était grande à l'allure sévère, avec cheveux bruns coupés au carré, et était élégamment vêtue.

Un peu de calme, je vous prie ! Bien, suivez-moi.

Ils la suivirent sur les graviers qui rendit la tâche de tirer leurs valises difficile. Tout autour d'eux se trouvait une immense forêt, et après avoir marché quelques minutes, ils aperçurent un portail un peu rouillé qui avec au sommet, juste au-dessus d'un aigle doré, l'inscription « Ecole de l'Aigle ».