Ce chapitre a été écrit pour la 139e Nuit du FoF autour du thème «angoisse». Le FoF est un forum ouvert à tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou participer à des jeux. Le lien est dans mes favoris !


Désinformation

Le premier volatile, un hibou strié, atteignit rapidement le deux-pièces perché au sommet d'une barre d'immeubles moldus qui constituait sa destination. L'appartement était misérable et le quartier mal fréquenté mais, grâce à la magie et à un loyer extrêmement bas, cela suffisait au confort de Lupin. Assis seul à sa petite table en formica, il dégustait sa chicorée matinale dans un silence à peine troublé par le braillement de la télé des voisins quand l'oiseau messager s'engouffra par la fenêtre ouverte.

« Tiens, une lettre d'Arthur, constata-t-il en regardant la signature au bas du parchemin que le hibou portait à la patte. Pourquoi ne m'a-t-il pas envoyé Errol ? »

Le contenu de la lettre le laissa sans voix. Une telle plaisanterie n'était pas du genre d'Arthur. Pourtant le message n'était clairement pas à prendre au sens propre. Il ne pouvait pas l'être ; ou alors… Refusant de céder à la panique, Lupin se força à examiner la lettre de plus près, ce qui n'était pas facile tant le texte en était… dérangeant.

« Mon très cher Remus,

Je sais que mes mots vont te surprendre, et peut-être te choquer, mais je ne peux pas me taire plus longtemps… »

Les yeux du loup-garou se plissèrent tandis qu'ils parcouraient le parchemin. L'écriture ressemblait beaucoup à celle d'Arthur, c'était vrai, et pourtant…

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Le deuxième oiseau, une hulotte un peu dodue, cueillit Arthur Weasley à la sortie du Terrier, alors qu'il s'apprêtait à transplaner vers le ministère.

« Qui est-ce ? s'enquit Molly qui l'avait accompagné dehors.

– Dumbledore, répondit son mari en déchiffrant la lettre. Il tient à m'informer que… »

La suite s'étrangla dans sa gorge. Il lut et relut trois fois le message, les yeux exorbités, avant que Molly le lui arrache des mains.

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! s'exclama-t-elle d'un ton scandalisé après y avoir jeté un coup d'œil.

– Je t'assure, ma chérie, je ne… »

Les mots s'étranglèrent à nouveau dans la gorge d'Arthur. Il reprit la lettre, la parcourut lentement une quatrième fois. Il se demandait s'il ne s'agissait pas d'un message codé, mais il ne voyait pas selon quel principe. Pourtant, ce ne pouvait pas être autre chose ; à moins que…

« Ce secret m'est devenu intolérable et, bien que les conséquences de mon aveu puissent bouleverser votre vie aussi bien que la mienne, il me faut faire preuve de courage et vous dire enfin la vérité… »

Quelques instants de réflexion suffirent à Arthur pour comprendre. Les sourcils froncés, il soupira en secouant lentement la tête.

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Le superbe grand-duc de Verreaux au plumage gris-blanc attendait Dumbledore dans son bureau quand il revint de la Grande Salle où il venait de prendre son déjeuner. Depuis son perchoir, Fumseck jetait des regards méfiants au hibou qui s'était posé sur le dossier du fauteuil directorial.

« Quel bel oiseau ! remarqua Dumbledore en détachant de sa patte tendue un parchemin couvert d'une écriture ronde digne d'une collégienne. Cette chère Nymphadora aurait-elle voulu me flatter qu'elle ne s'y serait pas prise autrement, n'est-ce pas, Fumseck ? »

La lecture du message fit à peine hausser un sourcil au vieux directeur. Après s'être raclé la gorge, il en livra quelques passages choisis à son phénix ainsi qu'aux portraits intrigués.

« Je ne dors plus la nuit, je ne mange plus, je n'ai plus envie de rien, je suis complètement perdue. Tout m'indiffère, j'ai l'impression de ne plus être vivante. La seule chose à laquelle je pense, la seule chose que je veux… »

Les portraits rirent de bon cœur lorsque Dumbledore leur expliqua le fin mot de l'histoire.

« Je n'y vois rien d'amusant, déclara cependant Phineas Nigellus avec hauteur. Ni de très glorieux pour mon triste descendant.

– Ne soyez pas trop sévère, Phineas, pouffa Dumbledore. Sirius a sans doute tempéré la vengeance d'Alastor. Et puis, tout de même, quelle plume ! »

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Une jolie chouette dryade tapait au carreau quand Tonks rentra chez elle après sa journée de travail. Il pleuvait, aussi l'oiseau et la sorcière commencèrent-ils par s'ébouriffer les plumes et se sécher d'un coup de baguette avant toute interaction.

« Je ne te connais pas, toi, observa la jeune Auror. D'où est-ce que tu viens ? »

Elle versa un peu d'eau dans une coupelle à l'intention de la messagère, puis s'intéressa au courrier que celle-ci venait d'apporter. Le parchemin était signé « T.E.J. aka V. » : ça ne lui disait rien du tout. À mesure qu'elle le parcourait, le contenu lui fit monter le rose aux joues.

« C'est toi, Nymphadora. Toi, et rien d'autre. Toi, et personne d'autre. Toi tout entière. Toi pour toujours. Toi à jamais. Pour toi, je ferais tout. Pour toi, je donnerais tout… »

Tonks ignorait qu'elle avait un admirateur secret. Et, visiblement, celui-ci ignorait qu'elle détestait son prénom : pas très doué, comme admirateur. En plus, il semblait un peu bizarre, à en juger par ses dernières phrases. Pour tout dire, « T.E.J. » lui faisait froid dans le dos. Et « aka V. », qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? C'était peut-être un pseudonyme ? Un nom de scène ? Un type flippant avec un nom de scène, ce n'était pas le genre d'admirateur qui faisait rêver les jeunes filles…

Une image s'imposa tout à coup à son esprit : celle d'un vieux dossier de Fol Œil qu'il lui avait montré pendant son apprentissage, et qu'il avait ressorti ces temps derniers. Une couverture cartonnée remplie à craquer de rapports, photographies et coupures de presse, les initiales du suspect écrites en noir sur l'étiquette : « T.E.J. aka V. ». Et, en-dessous, griffonné de la main de Fol Œil : « aka Seigneur des Ténèbres aka Chef Mangemort aka J'aurai ta peau, sale pourriture ».

Les jambes de Tonks se mirent à trembler et elle dut s'asseoir, une terreur soudaine lui serrant la gorge.

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« C'est un kétoupa brun », indiqua Voldemort à Nagini.

Le serpent s'en moquait : tout ce qui l'intéressait, c'était de savoir si ce gros oiseau était comestible. Le Seigneur des Ténèbres eut un rire indulgent et tapota la tête de Nagini avant de s'intéresser au messager de la poste sorcière. Ces animaux parvenaient toujours à vous trouver, où que vous vous cachiez : à cet égard, ils étaient bien plus intelligents que des Aurors, ou que les membres de l'Ordre du Phénix.

« Hé bien, voyons cela… », siffla Voldemort en dépliant la lettre.

Il ne pensait pas qu'elle émanait de l'un de ses Mangemorts, qui tous transmettaient l'information par les canaux les plus sécurisés. Aussi fut-il surpris de découvrir la signature de Bellatrix au bas du parchemin. Bella faisait pourtant partie des plus appliqués, des plus scrupuleux et des moins idiots de ses lieutenants. Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?

Sa surprise s'accrut au fil de sa lecture. Oh, il connaissait les sentiments de Bella, naturellement. Pas besoin de legilimancie pour deviner ce qui crevait les yeux. Mais jamais elle n'avait osé les exprimer aussi directement… aussi crûment.

« Vous êtes mon Seigneur et Maître, ma vie et ma mort, mon délice et mon tourment. Ordonnez-moi de tuer, je tuerai. Ordonnez-moi de mourir, je mourrai. Vos regards me brûlent, vos murmures me consument, la seule idée de vous toucher me met en feu… »

Il ne s'agissait pas d'adoration mystique, mais bien d'une passion des plus terrestres. Bella était sa plus fidèle servante : elle n'aurait pas dû se permettre de penser à lui de cette façon. Aurait-il perdu son aura sacrée ?

Sentant son inquiétude, Nagini vint poser sa tête sur son genou. Voldemort caressa les écailles soyeuses du grand serpent et, s'apaisant à ce contact, il se mit à réfléchir.

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À peu près au même instant et un étage en-dessous de la chambre de son maître, Bellatrix Lestrange ouvrait son propre courrier en buvant le thé apporté par sa sœur. Elle avait reçu en tout et pour tout une lettre, apportée par un hibou des marais d'aspect plutôt miteux. Assise en face d'elle, Narcissa sirotait sa propre tasse en triant nouvelles banales et invitations diverses ; Bella ne la jalousait pas d'avoir autant de correspondants tous plus insipides les uns que les autres.

Découvrant l'identité de l'expéditeur, la femme Mangemort poussa un grognement.

« Rogue ? » devina aussitôt sa sœur qui, décidément, la connaissait bien.

Bella grogna derechef. Elle faillit jeter la lettre au feu sans la lire, certaine qu'elle ne contenait rien d'intéressant et beaucoup d'irritant, mais un regard de Cissy l'en dissuada. L'instant d'après, elle le regretta.

« Quoi ?! » beugla-t-elle en bondissant sur ses pieds, rouge de fureur, d'indignation et de honte mêlées.

Elle ne fut pas assez rapide pour éviter la main de sa sœur qui se tendit afin de lui prendre le courrier.

« Quoi ?! » souffla Cissy lorsqu'elle en découvrit la teneur.

« Je suis à tes pieds, ô ma reine. Je veux m'endormir chaque nuit dans tes bras et voir chaque jour le soleil se lever sur ton corps. Je veux ton sourire, je veux tes regards. Chaque instant loin de toi est un instant perdu… »

« C'est très… romantique, commenta sobrement Narcissa. Jamais Lucius ne m'a écrit des choses pareilles. »

Bella était incapable de parler. Elle ne pouvait que fixer la lettre avec horreur, sans comprendre. Rogue ? Était-ce possible ? Rogue

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La petite chevêche débusqua Rogue avec peine, car sa chambre située près des cachots ne possédait pas de fenêtre ; ayant trouvé son chemin depuis la volière, elle dut toquer du bec avec persévérance jusqu'à ce que le sorcier, tiré de son sommeil, vienne lui ouvrir la porte. D'expérience, Rogue savait que recevoir un message en plein milieu de la nuit était rarement de bon augure. Sans tarder, il fit entrer la chouette, détacha le parchemin, jeta un coup d'œil rapide à la signature puis s'assit au coin du feu pour lire en détail le message si urgent de Lupin.

« Je ne veux plus me cacher, ni de toi ni des autres. Je veux même le crier à la face du monde, et peu importe ce qu'on dira : je t'aime, Severus Rogue ! Je t'aime ! Je t'aime ! Je t'aime ! »

La mâchoire de Rogue faillit se décrocher. Il pensa aux pommes d'amour trafiquées par Kreattur : y avait-il eu un nouvel incident ? Mais il savait que c'était impossible. Alors, quoi ? Lupin avait-il perdu la tête ? Manifestement. Il n'y avait pas d'autre explication. Il ne pouvait pas y avoir d'autre explication. Il refusait d'envisager qu'il y ait une autre explication.

Malgré lui, il passa en revue les dernières occasions qu'il avait eues de croiser le loup-garou. Il n'avait rien remarqué d'inhabituel dans son comportement, rien qui puisse laisser penser que…

« Non. Bien sûr que non », dit-il à haute voix pour mieux s'en convaincre.

Et pourtant… Les mots s'étaient gravés dans son esprit et, alors même qu'il cherchait désespérément un moyen d'en détourner son attention, il constata que son corps, lui, ne répondait déjà plus : ses mains s'étaient mises à trembler et son estomac se nouait d'angoisse.


Chapitre un peu plus long que prévu, mais ça fait beaucoup de correspondants :) Bon, promis, cette fois on n'est plus très loin de la fin (encore un chapitre et un épilogue, je pense).