Il avait demandé à ce qu'il ne soit pas dérangé pour son premier et sans doute son dernier jour de congé qu'il s'était permis depuis qu'il était arrivé en Corée. Vincenzo Cassano avait un temps de répit avant de revenir à nouveau au front, face à Babel. 24h lui avait été offert par, il ne savait, quel miracle et il n'allait pas le gâcher. Ainsi, il avait ordonné au Cabinet Jipuragi de ne pas le déranger exceptionnellement. Craignant sans aucun son humeur noire, ô combien effrayante, Cha-Young ainsi que Joo-Sung avaient été obligé de s'y soumettre.

Ainsi à 9h du matin, dans son petit appartement miteux mais plutôt confortable, après avoir salué très chaleureusement, en italien à son pigeon préféré, Inzaghi. Sa belle journée avait commencé.

Le Consigliere s'était donc préparé l'un de ses meilleurs vins avec son opéra préféré. Peu importe l'heure qu'il était, il n'y avait pas d'horaires pour apprécier un tel moment.

Cependant, alors qu'il venait à peine d'être immergé dans cet instant si précieux et si apaisant, son téléphone émit cette sonnerie particulièrement agaçante qu'il lui rappelait souvent qu'il devrait mettre le mode silencieux dans ce genre de situation. Lâchant une injure en italien, il se saisit de son portable et fut surpris de voir le nom de Jang Han-Seo.

Normalement, il aurait ignoré l'appel, mais c'était Han-Seo, aussi stupide soit-il, il n'appelait jamais pour une mauvaise raison. Il décrocha alors.

« Hyeong. » dit une voix presque timide dans le combiné.

Vincenzo tressaillit en entendant cette appellation. Ce n'était que très récemment qu'il avait autorisé officieusement à Han-Seo de l'appeler ainsi et pour une raison qu'il ignorait, cela le rendait mal à l'aise. Il connaissait le désir du plus jeune d'avoir un grand frère qui puisse le guider et Vincenzo, bien malgré lui, avait conquis le cœur du pauvre jeune homme. Il avala sa salive, inspirant profondément.

« Han-Seo, que veux-tu ? soupira-t-il cachant sa frustration.

- Cha-Young m'a dit que tu avais pris un jour de repos…je m'étais donc dit qu'on pouvait se voir et…

- Non. Je ne veux voir personne, est ce cela que tu voulais me dire ?

- Eh bien…je…bredouilla Han-Seo.

Le Consigliere entendit la respiration haletante du plus jeune et imagina bien la tête choquée qu'il pouvait faire. Pendant un moment, il se sentit coupable de le rejeter mais pour une fois qu'il avait une journée de libre !

« Bien, bonne journée ! » lâcha-t-il en raccrochant.

A peine l'eut-il fait qu'il éteignit son téléphone.

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Han-Seo avait gardé la bouche ouverte, sans qu'aucun son ne sortit, sous le choc d'avoir été rejeté si sèchement par l'homme qu'il admirait le plus au monde. Il était en bas du Geumga Plaza, après avoir été au Cabinet Jipuragi, où Cha-Young lui avait informé de la prise de congé de Vincenzo. A ce moment là, le cœur de Han-Seo avait bondi et avait cru que c'était le destin qui lui était favorable, mais la déception était grande.

Aujourd'hui, c'était son anniversaire et il pensait le fêter avec Vincenzo.

Fixant l'écran de son portable qui le narguait avec le nom du redoutable mafieux, il émit un rire nerveux. Il était destiné à fêter ses anniversaires seuls, comme à chaque fois, depuis qu'il est né. Il n'avait jamais fêté son anniversaire, son frère ainé, depuis qu'il était enfant, gâchait toujours cette journée si importante pour lui et son père avait donc décidé que ce jour soit insignifiant pour eux. Depuis, même Han-Seok avait oublié la date de son anniversaire. De toute manière, personne ne s'était soucié de savoir quand il est né.

Même lui, avait fini par se résigner. Quand on lui demandait sa date d'anniversaire, il répondait toujours un jour au hasard, et généralement, la personne oubliait.

Puis, quand il avait rencontré Vincenzo, il avait commencé à espérer. L'avocat italien le considérait différemment des autres, il portait un autre regard. Il n'était plus Vice-Président de Babel, ou le frère Taré de Han-Seok, ou le Junkie…il était juste Han-Seo. Il était redevenu une personne, un humain, avec des qualités et des défauts. Et Vincenzo avait su le refaire vivre.

C'est pourquoi, il avait espéré que en ce jour particulier, il pourrait le passer avec lui. Ce n'était qu'une illusion, qu'un rêve. Personne ne fêterait ce jour maudit avec lui.

Il inspira longuement, jetant un regard au ciel. Comme tous les ans, il irait répéter son petit rituel d'anniversaire.

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Après avoir quitté le Geumga Plaza, il se rendit à son café préféré et commanda sa boisson préféré, qu'il sirota dans un parc non loin de là, puis se dirigea à une boutique de vêtement dans un centre commercial. Il n'en avait pas l'air, mais Han-Seo n'apprécie guère les chemises et rêverait de porter des vêtements normaux, qui ne définissent pas du tout son statut sociale. Son costume, sa chemise et sa cravate étaient pour lui une obligation s'il voulait entrer chez Babel et être respecté de tous.

Comme chaque année, il se permit donc d'acheter un parka, un pull à col roulé, avec un Jean noir et des baskets. Il savait que dans quelques jours, son frère prendrait un malin plaisir à les bruler. Han-Seok avait eu cette fâcheuse manie de détruire tout ce qui l'aimait.

Heureux de son achat, il rentra chez lui et se dépêcha de les porter. Vêtu de ses nouveaux habits, il sortit à nouveau. Il alla au cinéma, pour voir un des films qui était sorti récemment, oubliant pendant cet instant tous ses problèmes. C'était son seul jour de répit et bien heureusement pour lui, son père et son frère avaient toujours fait en sorte qu'il soit isolé et seul ce jour-là, comme pour lui rappeler qu'il n'avait jamais été désiré, que personne ne pourrait se soucier de lui. C'était à la fois une bénédiction et une malédiction. Il était heureux et triste d'être seul pour son anniversaire.

Quand le film fut terminée, la nuit était déjà tombée sur Séoul et la température avait encore baissé, si bien que Han-Seo grelotait de froid. Mais cela ne le décourageait, il adorait l'hiver, car il neigeait. La neige le rendait heureux et il pria pour que la météo lui soit favorable.

Pour son dîner, il se rendit à un fast-food et se permit de manger un burger bien gras. Normalement, il suivait un régime particulier pour sa santé mais aujourd'hui, c'était l'exception. Ce jour annuel était sa liberté et il voulait en profiter.

Après avoir dégusté ce dîner si fastueux, il se dépêcha de se rendre à une des meilleurs pâtisseries de Seoul et acheta un cupcake avec une bougie, puis tranquillement, il conduit jusqu'à un spot situé en hauteur de la ville, dans un parc, où il pouvait admirer l'une des plus belles vues de Séoul.

Armé de son paquet où son cupcake reposait, il s'accouda au petit mur en béton qui le séparait de cette immense vue qui s'offrait à lui. Tout Séoul et ses petites lumières étaient devant lui. Comme si des étoiles dansaient sous ses yeux, au milieu de la nuit. Cette endroit, c'était son repère secret. Très peu de personne le connaissait car tout autour était délabré et sans aucune lumière alentour. De plus, il fallait garer sa voiture assez loin puis marcher quelques minutes pour pouvoir admirer la vue. Le petit mur était la seule chose qui imposait le lieu. Han-Seo avait appris par un promeneur qu'on avait construit une maison, mais que le projet en vue du terrain trop incliné avait fini par s'arrêter. A ce moment-là, les ouvriers avaient commencé à construire le premier mur puis avait fini par l'abandonner. Au fil du temps, la nature avait repris ses droits et seule le mur en béton rappelait que l'homme avait tenté de s'approprier cette endroit.

Pour Han-Seo, c'était le parfait endroit pour fêter son anniversaire. Il ouvrit son paquet, sortit son cupcake et malgré le froid, enleva ses gants, pour se saisir d'un briquet et d'allumer la seule bougie qui trônait le petit gâteau.

Une petite flamme brillait alors devant ses yeux, et doucement, il prit le cupcake de ses deux mains et le leva à la hauteur de ses yeux, ses coudes reposant sur le muret.

« Bon anniversaire, Han-Seo, souffla-t-il laissant échapper la condensation entre ses lèvres donnant cet instant particulièrement significatif.

- Aujourd'hui, j'ai 25 ans et je désire donc formuler mes trois vœux. »

Jusqu'ici aucun de ses vœux n'avaient été exaucés. Mais peut être avait-il un coté masochiste ou bien est-ce de l'entêtement, il voulait déclarer trois vœux. Aujourd'hui, il avait décidé de rester simple et modeste. Ces vœux précédents étaient trop ambitieux et dépendaient beaucoup trop de lui.

« Mon premier vœu serait que…cette journée se termine bien. »

Il sourit, se demandant comment cela pouvait bien se terminer. Tous les ans, il terminait en pleurs dans son lit et il espérait donc ne pas pleurer.

« Mon deuxième vœu serait qu'il neige. »

Il n'avait jamais neigé le jour de son anniversaire, il n'avait pas regardé la météo et donc s'il neigeait, ce serait un des plus beaux cadeaux de l'univers.

« Mon troisième vœu serait que… »

Il rit doucement, baissant la tête, fixant ses chaussures, puis releva la tête. Il avait l'impression de demander l'impossible. Mais cela avait toujours été le cas. Il demandait l'impossible à chaque fois.

« Ce serait que…Vincenzo soit là pour mon anniversaire. »

Puis, il s'accorda un temps pour apaiser son esprit perturbé par son dernier vœu. Il venait de gâcher son troisième vœu car il savait que dans quelques heures, ce serait la fin de sa journée et que ce serait impensable.

Il souffla la bougie. Au moment où la flamme disparut, une tristesse l'envahit comme à chaque fois. Il était encore seul à se souhaiter un bon anniversaire. Des larmes menacèrent soudainement de couler et il eut tout l'effort du monde à ne laisser aucune larme. Alors qu'il se battait pour éviter de pleurer, quelque chose de doux et froid tomba sur sa joue.

C'était un flocon de neige.

Il cligna des yeux.

Il neigeait.

Il retint son souffle. Le bonheur l'envahit et il se mordit les lèvres pour éviter de hurler de joie. Même s'il était seul, il avait pris cette habitude de se contenir. Pendant quelques minutes, il admira alors la vue de Séoul sous la neige, laissant les flocons le recouvrir peu à peu. Puis…

« Han-Seo ? »

Cette voix. Il la reconnaissait entre milles. Sous le choc, son cupcake glissa de ses mains, tombant à ses pieds, sur le petit tapis de neige qui avait commencé à se former autour de lui, cachant la verdure.

Il se retourna vivement et malgré la nuit, les lumières de la ville permettaient de deviner les traits du visage de l'homme qui l'avait rejoint.

« Hyeong… »

Vincenzo Cassano était en face de lui.

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Le Consigliere avait passé sa journée à regarder de l'opéra et en fin d'après-midi, il s'était autorisé à sortir pour dîner dans un restaurant discret et chic, seul. C'était à la fois reposant et satisfaisant de passer une journée loin de cette tumulte qui s'était imposée à lui.

Après cela, il avait conduit jusqu'à un lieu qu'il avait découvert quand il avait voulu choisir des endroits discrets pour emmener de possibles ennemis et les torturer. Parmi ces lieux qu'il avait découvert, ce spot était l'un des plus magnifiques, disposant d'une vue éblouissante et étonnante de Séoul, et il s'était promis qu'il ne permettrait à ce qu'aucun crime ne soit commis là-bas.

Au moment, où il sortait de la voiture pour se rendre au point d'observation, il commençait à neiger. Cela n'allait pas l'empêcher de rejoindre sa destination. Mais alors qu'il s'y approchait, il aperçut une silhouette penché sur l'unique muret du lieu secret.

Comment quelqu'un pouvait-il se trouver là ? Il n'avait vu aucune voiture au abord, il réfléchit très vite et conclut que la personne avait sans doute garé sa voiture ailleurs, certainement à l'opposé de la sienne.

Alors qu'il s'avançait prudemment, il fronça les sourcils, reconnaissant la silhouette familière. Même si les vêtements étaient différents de ce qu'il portait d'habitude, Vincenzo pouvait reconnaître l'homme qui se trouvait à quelque pas de lui. Il s'empara de sa petite lampe de poche et l'alluma.

« Han-Seo ? » l'appela-t-il incertain cependant.

Le jeune homme se retourna subitement, dévoilant alors son visage. Il ne s'était pas trompé. C'était bien lui. Vincenzo ne remarqua cependant pas l'objet qui atterrit au pied de Han-Seo, la colère monta alors en lui, imaginant l'unique scénario logique qui lui vint en tête : Han-Seo l'avait épié et avait découvert qu'il se rendrait ici pour obtenir une rencontre.

« Est-ce que tu m'espionnes, Han-Seo ? grinça-t-il durement.

- Quoi ? »

Le visage du plus jeune se décomposa mais l'italien l'ignora, refusant de céder à cette soudaine culpabilité qui l'envahissait soudainement.

- Pourquoi tu m'espionnes, pourquoi…tu me harcèles ? Ne t'ai-je pas assez donné de mon temps pour toi ?

- Je…ne comprends pas…balbutie Han-Seo.

- Tout ce que je demandais, c'était un jour de repos, tranquille, sans voir personne et tu te permets de venir me déranger, de me surveiller ?

- Ce n'est pas…

- Dégage d'ici, immédiatement.

- Hyeong, je t'en prie, ce n'est pas…

- Ne m'appelle plus ainsi, je ne suis pas ton frère et je ne le serai jamais ! Sinon, je te jure, je te tue. Si jamais je revois ton visage, Han-Seo, je te promets que tu rejoindras la liste de mes prochaines victimes. »

Sans un mot, Han-Seo s'en alla, courant presque pour s'éloigner de lui. Le Consigliere regretta alors ses mots durs et cruels, il était énervé que son lieu secret avait déjà été pris par quelqu'un et encore plus quand il a vu que c'était Han-Seo. Comment un idiot, bien malgré lui, avait pu trouvé cet endroit ? La seule raison qui lui était venue à l'esprit était qu'il avait été épié. Mais ce n'était pas du tout le genre de Han-Seo, surtout après avoir tenté de se repentir auprès de lui.

Il soupira et se rapprocha du muret qui avait été abandonné par le jeune homme. Alors qu'il neigeait toujours, son pied écrasa une substance qui n'était pas du tout de la neige. Surpris il abaissa la lampe et découvrit alors un cupcake étalé au sol, une bougie éteinte s'était plantée dans les flocons de glace.

Il s'agenouilla, ses doigts touchèrent la malheureuse pâtisserie en miette et saisit la bougie. Il déglutit, devinant alors aisément la raison pour laquelle Han-Seo s'était mis ici.

« Cazzo. » lâcha-t-il.