Han Seo gémit de douleurs, boitant jusqu'à sa voiture, s'y réfugiant au plus vite, hoquetant à la fois, reniflant, versant des larmes incontrôlés.

En courant dans la neige, pour s'éloigner le plus rapidement possible de Vincenzo, il avait glissé et s'était foulé la cheville gauche, chaque pas le faisait grimacer. Mais peu lui importait sa cheville, son esprit était beaucoup trop perturbé par sa rencontre avec Vincenzo.

Il attrapa le volant, le serrant fortement, cognant son front, se permettant de pleurer doucement à l'abris des regards. Il ne savait s'il pleurait de frustration, de tristesse ou bien…de joie. Pourquoi ? Parce son cœur, bien que meurtri par les paroles blessantes de son hyeong , était heureux de l'avoir vu le jour de son anniversaire. Le destin semblait se moquer de lui. Lui qui avait demandé le vœu de voir l'italien aujourd'hui, il était servi. Même si ce n'était pas du tout ce à quoi il avait imaginé, c'était mieux que de pas l'avoir vu du coup.

Il inspira profondément, soupirant de résignant, tout en balayant sa main sur son visage pour effacer ses larmes puériles. Cependant, il avait beau essayer de ne pas pleurer, rien n'arrivait à empêcher ses yeux de s'humidifier.

Ignorant son état émotionnel, il ne tarda pas à mettre le moteur et à quitter cet endroit.

.

.

Quand il rentra dans son appartement, sa douleur à la cheville avait considérablement augmenté, de par le fait qu'il avait appuyé sur l'accélérateur tout le long du trajet, ne permettant pas à son pied blessé de s'en remettre.

Il n'alluma aucune lumière, préférant l'obscurité. Il craignait que s'il éclairait, il ne supporterait pas cette solitude. Le fait de se retrouver à nouveau seul, le pesait énormément en ce jour béni. Titubant, il jeta négligemment son parka quelque part au sol, puis, s'empara de la première chose qui lui passa sous la main, qu'il avait trouvé sur le comptoir de la cuisine. Une bouteille de vin qu'il avait préparé le matin même pour ce soir. Il ignora la coupe et ouvrit la bouteille brusquement, la buvant négligemment au goulot. Il rit intérieurement sachant qu'il avait manqué de respect à de nombreux européens en buvant de la sorte.

Après avoir avalé trois bonnes gorgées de ce liquide rouge, il se laissa glisser au sol, contre le comptoir, pour s'asseoir par terre. Un sanglot s'échappa d'entre ses lèvres, rouges et trempés par le vin. Encore une fois, il but à nouveau, se fichant complètement de l'alcool qui commença à lui monter à la tête.

Il savait qu'il était devenu pathétique, que désormais, il ressemblait à rien de plus qu'à un homme désespéré, noyant son chagrin dans l'alcool. Même s'il avait été heureux pendant un court moment de voir la personne qu'il chérissait le plus au monde, la réalité était difficile à avaler. Il avait été rejeté par Vincenzo, il lui avait demandé de ne plus l'appeler « hyeong », il ne voulait plus le voir. Ces derniers temps, il s'était accroché à lui, l'avait désiré, avait espéré de tout son cœur obtenir une place dans la vie du mafieux italien.

Au moins, aujourd'hui, il avait eu sa réponse.

Sa bouteille était à moitié entamé, il n'a jamais tenu très bien l'alcool. Il tourna la tête et vit au loin, son unique arme qu'il avait posé négligemment sur la table basse du salon.

Il n'avait même plus envie de se réveiller demain matin.

.
.

.

Vincenzo était arrivé devant la porte de l'appartement de Han-Seo, essoufflé. Il s'était dépêché afin de dissoudre tout malentendu et de s'excuser. Même si l'italien avait une fierté immuable, il savait reconnaître ses erreurs et ce soir, sa réaction avait été une erreur. Il s'en voulait profondément. Han-Seo ne méritait pas d'avoir été la victime de sa colère, surtout en ce jour d'anniversaire.

Inspirant doucement, réajustant sa cravate, il appuya sur la sonnette de l'appartement. A l'intérieur, la sonnerie retentit.

Mais le silence répondit. Pas un mouvement. Rien.

Le cœur de Vincenzo s'accéléra peu à peu. Il était certain que Han-Seo était là, il avait remarqué sa voiture dans les sous-sols du garage. Il réessaya à nouveau, tandis qu'une soudaine angoisse le prit par les tripes. Ce n'était jamais bon quand quelqu'un ne venait pas lui ouvrir immédiatement.

Toujours rien. Comme si l'appartement était vide.

Ce qui était impossible.

Le Consigliere n'eut pas le choix. Il fouilla dans ses poches et trouva le double des clés. Lorsqu'il s'était introduit une fois pour se venger du meurtre de Maître Hong Yu-Chan, pour placer des aiguilles remplis de sang sur l'oreiller de Han-Seo, il avait réussi à se procurer des doubles de clés de l'appartement et depuis, l'avait toujours gardé au cas. Bien évidemment, Han-Seo n'avait jamais pensé à changer les serrures et il ne put s'empêcher de sourire quand il parvint à ouvrir la porte.

Il entra dans l'appartement, d'un pas feutré, silencieusement. Aucune pièce n'était éclairé et cela l'intrigua, il avait un mauvais pressentiment.

« Han-Seo ? » s'exclama-t-il.

Jamais le silence ne lui avait donné des frissons. Les battements de son cœur semblaient de plus en plus fort. Et sans attendre, il se jeta sur l'interrupteur.

Quand tout l'appartement fut éclairé, il se figea complètement, retenant son souffle. Cette fois, son cœur paraissait s'arrêter et il prit un certain temps à bouger. Au niveau du salon, Han-Seo gisait par terre, un liquide rouge s'échappait de ses lèvres, son pull blanc était immaculé de taches rouges et dans sa main droite, il tenait un révolver.

Voyant cela, Vincenzo comprit alors ce qui s'était passé et se précipita vers le corps du jeune homme.

« Han-Seo ! » s'écria-t-il en s'agenouillant la gorge nouée imaginant l'impensable.

Il toucha le visage de vice-président de Babel et fut soulagé de constater que la peau était encore chaude et qu'il respirait encore. La tension descendit alors, mais il fronça les sourcils, cherchant alors une blessure par balle, mais il ne remarqua rien, en réalité, toutes les tâches rouges et le liquide rouge n'étaient que du vin, dont la bouteille s'était égaré à quelques pas d'eux.

Il jura en italien, levant les yeux au ciel devant la frayeur qu'il venait d'avoir. Il s'empara de l'arme et vérifia le contenu : il n'y avait aucune balle. Il laissa échapper un rire nerveux avant de le jeter sur l'un des canapés et de retourner s'occuper du jeune homme effondré.

Il lui donna des petites tapes sur les joues, tout en l'appelant. Han-Seo grommela dans son inconscience, puis lentement ouvrit les yeux, croisant alors le regard demi-inquiet de Vincenzo. Cependant, ce dernier put voir à quel point, Han-Seo était éméché car il ne semblait pas le reconnaître et son regard était vitreux.

« Oh…souffla Han-Seo en levant une main qui effleura la joue de Vincenzo.

- Tu devrais arrêter de boire du vin de la sorte, reprocha le mafieux en cachant son inquiétude.

- Si tu veux…me tuer…tu peux, lâcha tendrement Han-Seo somnolent.

Vincenzo cligna des yeux, sa salive se coinçant dans sa gorge. Il ne s'attendait certainement pas à de telle parole de la part du jeune Jang, ivre ou pas.

- Han-Seo…je ne suis pas venu te tuer, commença-t-il en lui attrapant la main qui s'était accrochée à sa chemise.

- Tu as vu…mon visage, tu dois me tuer, bailla Han-Seo aussi innocent qu'un enfant.

- Je ne vais pas te tuer, je vais m'occuper de toi, je vais aller te coucher et tu vas dormir. »

A peine eut-il dit cela, qu'il porta le plus jeune par les épaules et les genoux et l'emmena dans sa chambre pour allonger. Han-Seo était toujours à moitié dans les vapes pour comprendre quoique ce soit de la situation. S'il savait que le grand Vincenzo Cassano l'avait porté, il aurait certainement fait une crise cardiaque. Mais dans l'esprit flou de Han-Seo, pour lui, c'était comme un rêve, et il ne voulait pas se réveiller.

Il était heureux de rêver de Vincenzo et il remerciait son sommeil pour lui permettre de rêver ainsi.

Du coté de l'italien, il parvint sans peine à changer les vêtements de Han-Seo et de lui enfiler un pyjama, beaucoup plus propre que les loques trempés de vin. Fort heureusement pour lui, le jeune homme était très obéissant et lui facilitait la tâche.

Han-Seo s'allongea sans problème dans son lit, offrant un grand sourire enfantin, à Vincenzo quand il le borda et le recouvrit d'une couverture.

« A partir d'aujourd'hui, nous fêterons ton anniversaire ensemble, lui murmura-t-il en lui ébouriffant les cheveux.

Quand il retira sa main, Han-Seo la rattrapa et demanda :

- Reste. Reste dormir avec moi…Hyeo… »

Il s'arrêta, hésitant, réfléchissant quelques secondes, puis poursuivit avec un petit sourire timide :

« Je ne sais pas comment t'appeler maintenant, même dans mon rêve, je ne peux pas me résoudre à t'écouter. »

Vincenzo déglutit, se rappelant qu'il avait ordonné à Han-Seo de ne plus l'appeler comme ça. Cela était si symbolique pour lui et il lui avait enlevé cela sans se soucier un seul instant, que ces mots allaient affectés Han-Seo.

« Je suis désolé, pour tout ce que j'ai dit ce soir, dit-il sincèrement serrant les mains de Han-Seo, je suis désolé, je n'ai pas été…un bon frère pour toi aujourd'hui. Ne prends plus en compte ce que j'ai dit, car j'ai été cruel avec toi.

- Ne dis pas ça, tu as toujours été gentil avec moi, je t'aime même quand tu te mets en colère, tu sais, quand tu m'as crié dessus tout à l'heure, j'étais tellement heureux, parce que j'ai pu te voir le jour de mon anniversaire et c'était mon troisième vœu. Mon troisième vœu s'est réalisé, Hyeong ! »

Han-Seo rit chaleureusement, s'enfonçant dans son oreiller, soupirant de satisfaction. Vincenzo n'osa dire un mot, tellement il était ému par ses paroles. L'amour que lui donnait Han-Seo était inconditionnel et tellement pur. Il n'y avait pas de mauvaises intentions, ces sentiments étaient sincères et dégageaient une bienveillance hors du commun que l'italien n'avait jamais connu auparavant.

« Dors avec moi, Hyeong.

- Non, tu es assez grand pour dormir tout seul, répondit catégoriquement Vincenzo mal à l'aise.

- Juste le temps que je m'endorme, supplia-t-il.

- Han-Seo, je ne peux pas.

- Pourquoi ? C'est mon rêve et je n'arrive pas à te faire accepter ? C'est mon rêve ? pourquoi je ne peux pas ! » s'écria Han-Seo en se redressant soudainement, pour le prendre par les épaules.

Vincenzo fut surpris et prit de court, il ne s'attendait pas à ce que Han-Seo se jette sur lui et le secoue aussi familièrement. Sa réaction prouvait que la boisson lui faisait croire que la réalité était un rêve. Il fut tenté de le repousser mais au vue de l'état d'esprit du plus jeune, il n'avait plus la force de trouver quoique ce soit pour le convaincre et finalement, il hocha la tête.

« D'accord, je vais m'allonger à tes côtés, et nous allons dormir. »

Il pouvait bien faire ça pour une nuit, pour son anniversaire, pour son cadeau, pour s'excuser.

Le visage de jeune Jang s'illumina et il retourna dans sa couverture, attendant avec impatience que Vincenzo le rejoigne. Ce dernier enleva juste sa veste et sa cravate et s'installa sur l'autre moitié du double lit.

Han-Seo, lui, était aux anges, sans qu'il ne pense une seule seconde que cet instant était bien réel.

.

.

Le soleil illumina sa chambre, le réveillant doucement, alors que sa tête le lancinait subitement, lui rappelant alors à quel point, il avait bu avant de dormir. La bouteille de vin lui revint alors dans son esprit et il se maudit pour avoir abusé de la boisson de la sorte. Il gémit de douleurs et se frotta les yeux. Ce qui était étonnant, était que son oreille était particulièrement dur et…fin aussi.

Il releva la tête pour voir quel oreiller avait-il utilisé et un visage endormi se présenta sous ses yeux humides. A peine sorti de sa torpeur, il ne réalisa pas encore tout à fait qui était le parfait inconnu à ses côtés, ce n'est qu'après avoir frotter ses yeux, que le choc s'abattit sur lui.

Vincenzo Cassano était dans son lit.

Il déglutit quand il nota alors que leurs jambes étaient entremêlés, négligemment sous les couvertures.

Oh mon dieu.

C'est clair.

Il avait vraiment mourir.

Il fallait qu'il sorte du lit absolument avant que le mafieux italien ne se réveille.

La tâche était cependant ardue, car les jambes fines et pourtant fortes de Vincenzo maintenaient la sienne, s'y accrochant comme un koala et sa tentative de s'extirper finit par sortir l'italien de son sommeil.

Il grommela alors, frottant ses tempes, alors que Han-Seo s'était immobilisé, craignant alors sa réaction.

« Ne peux-tu pas rester tranquille ? » marmonna-Vincenzo en ouvrant les yeux.

Han-Seo ouvrit la bouche plusieurs fois, sans émettre le moindre son, ce qui semblait agacé l'italien, qui se redressa, passant ses deux mains sur ses visages, tout en s'étirant tranquillement. Il libéra la jambe d'Han-Seo, pour sortir les siennes du lit, s'asseyant au bord du lit, comme si cela était totalement normal et qu'il avait fait cela toute sa vie, ne se souciant guère de l'air ébahi du plus jeune.

« Je vais préparer le petit-déjeuner, va prendre une douche, tu pues le vin…ordonna-t-il en se levant.

- D'accord, parvint à dire Han-Seo qui était tellement effrayé qu'il n'osait pas poser toutes les questions qui le vinrent dans la tête.

.

.

Quand Han-Seo eut terminé de prendre sa douche, il ne s'attendait pas à trouver un petit déjeuner italien sur le comptoir de sa cuisine préparée par Vincenzo, qui lui semblait être aussi frais que lui, malgré le fait qu'il avait dormi avec les même vêtements. Mais peu importait, Han-Seo était heureux de le voir ici et pour lui, Vincenzo était parfait.

« Mange, déclara celui-ci en lui désignant le plat.

Han-Seo ne protesta pas et dégusta son petit-déjeuner. C'était la meilleure chose qu'il ait mangé depuis si longtemps, c'était si bon qu'il en avait les larmes aux yeux. En quelques minutes, il n'y avait plus rien dans l'assiette.

C'est alors qu'il remarqua que le Consigliere l'observait sans un mot. Embarrassé, Han Seo finit par interrompre le silence pesant qui régnait entre eux.

« Est-ce que…j'ai fait quelque chose de mal ? bredouilla-il en évitant son regard.

- Pourquoi penses-tu que tu as fait quelque chose de mal ?

- Je…je ne sais pas. Je…tu as dormi avec moi.

- Est-ce mal de dormir avec toi ?

- Non…je…Ce n'est pas ça.

- Alors exprime ta pensée, Han-Seo. » l'encouragea affectueusement Vincenzo.

Il exprima sa surprise en entendant cela, curieusement, son cœur était ravi, jamais personne ne lui avait donné confiance en lui pour parler de la sorte. Avec l'avocat italien, c'était si différent, c'était un autre monde, il se sentait bien.

« Comment…que s'est-il passé ? demanda-t-il alors, je me souviens de rien à propos de cette nuit.

- Tu as fini une bouteille de vin et tu as terminé ivre mort au sol, raconta-t-il, je suis entré dans ton appartement et je t'ai changé et couché, puis j'étais aussi fatigué alors que je me suis permis de dormir à côté de toi, dans le cas où tu t'étoufferais avec ton vomi, mais heureusement, tu as la décence de dormir très profondément. »

Han-Seo rougit brusquement, gêné d'avoir obligé son ainé à le voir dans un tel état. Normalement, personne n'aurait dû découvrir son état misérable.

« Je suis désolé, balbutie-t-il, je…ne…

- Mais ce n'est pas tout à fait vrai, Han-Seo, coupa Vincenzo, en réalité, j'étais venu m'excuser pour mes propos, quand je t'ai vu par terre, j'ai cru que tu avais mis fin à tes jours, j'ai vraiment cru que j'avais fait la plus grosse erreur de ma vie…C'est toi qui m'as demandé de dormir avec toi et j'ai accepté.

- Quoi ? Mais…

- J'ai accepté parce que je me sentais coupable de t'avoir fait du mal à un jour où ta naissance était une bénédiction, parce que je n'ai pas pu te rendre l'affection que tu ne cesses de me donner tous les jours. J'ai accepté de dormir avec toi, parce que même si je suis un homme qui tue de sang-froid, je ne peux m'empêcher de t'aimer de tout mon cœur.

- Hyeong…souffla Han-Seo les larmes aux yeux.

Son rêve de la veille était donc réelle et c'était le plus beau cadeau d'anniversaire qu'on pouvait lui faire. Tout aussi ému, Vincenzo l'enlaça alors, l'autorisant à pleurer contre son épaule, lui montrant désormais qu'il n'était plus seul désormais.

Alors que des sanglots étouffés s'entendaient, Vincenzo lui chuchota tendrement :

- A partir de maintenant, si tu as envie de passer du temps avec moi, je ferai tout mon possible pour te satisfaire. J'exaucerai ton troisième vœu autant que tu voudras. »