Je n'ai aucune parole.
J'étais lancé après avoir aimé le chapitre 1 à la relecture. Du coup, j'ai relu/corrigé le chapitre 2...
Du coup, ben vous avez un peu plus de lecture et moins un peu moins d'honneur!
Summary: Dans le coin des titres alternatif, cette fois-ci on a droit à Rêves érotiques/Ou le Déni avec un grand D phase 1...
Bonne lecture!
Cinderella Complex Reverse
Chapitre 2 : First Event
Passionate Compulsion
Livaï
Impossible de déterminer ce qui l'avait réveillé.
Allongé sur son lit, les hanches à peine recouvertes du drap où Livaï s'était pourtant emmitouflé en s'endormant, il se retrouva soudain alerte à fixer le plafond. La double porte-fenêtre menant à son balcon était ouverte. Immédiatement, son attention se focalisa sur l'anomalie. L'accès au balcon était forcément fermé lorsqu'il s'était couché. La saison automnale était largement entamée et les températures ne se prêtaient pas à une telle arrivée d'air frais dans la pièce pendant la nuit. Etrangement, ce constat l'intrigua au lieu de l'inquiéter. C'était un peu comme s'il était incapable de ressentir l'urgence du danger. D'ailleurs, il s'était déjà redressé et dirigé vers les portes ouvertes avant d'avoir vraiment réfléchi à la question. Livaï ne cherchait pas à être particulièrement discret. Il avançait d'un pas lourd et son rythme cardiaque devenait de plus en plus erratique à mesure qu'il approchait du balcon. Quand il se retrouva enfin dehors, toute trace de pensées cohérentes l'abandonna.
Face à lui, le dos appuyé contre la rambarde et uniquement vêtu d'une robe de chambre blanche aux bretelles fines, Eren l'attendait avec nonchalance.
Un large sourire moqueur se dessinait sur ses lèvres.
Livaï ressentit un instant de confusion parfaite avant que son regard ne détaille la silhouette de l'Oméga. A la lueur des rayons de lune, sa tenue était presque transparente. L'Alpha déglutit, pris de court alors que l'air mutin affiché sur le visage de l'intrus nocturne se teintait de suffisance. Comme s'il était tout à fait conscient de l'effet qu'il produisait. Livaï fronça les sourcils, déterminé à apprendre comment Eren s'était débrouillé pour s'introduire dans ses quartiers en pleine nuit. Il s'apprêtait à commencer son interrogatoire quand soudain, les bras de l'Oméga se refermèrent autour de son cou. Pris au dépourvu, il avait à peine eu le temps de noter l'approche de son vis-à-vis. Figé sur place et les yeux écarquillés, Livaï se laissa enlacer. Eren vint coller les lèvres contre son oreille et ronronna : « Shhh… Je sais ce que tu veux. Alpha. » Le terme ainsi susurré le fit frissonner de la tête aux pieds.
Avant qu'il ne proteste et ne parvienne à trouver une répartie rationnelle, l'Oméga lui mordilla le lobe de l'oreille. Livaï ferma les yeux aussi forts que possible et jura entre ses dents. Il serra les poings, troublé de ne trouver aucune motivation pour l'aider à repousser son assaillant. Eren caressa sensuellement sa glande d'Appareillement du bout des doigts tout en suçotant sa clavicule. L'Alpha s'entendit gronder, parcouru de haut en bas par une sensation brûlante. L'incendie se logea aux creux de ses reins, et très vite, ses pensées s'embrouillèrent au point où il se vit réduire à l'état de simples sensations.
Allégresse, excitation, désir…
Il se voyait déjà, ses mains maintenant une prise ferme sur les hanches de l'Oméga, le corps souple et docile de son partenaire plié à sa volonté… Penché par-dessus la rambarde, Eren serait forcé de subir en gémissant ses assauts, hurlant au monde entier à qui il appartenait, à quel point Livaï était capable de…
Un brutal sentiment de possessivité lui coupa le souffle.
Non. Pas de public. Pas tout de suite. Pas alors que l'Oméga n'avait pas encore tout à fait admis être sien…
Il devait tout d'abord le pousser à céder…
Quand Livaï reprit conscience l'instant d'après, il avait manifestement décidé d'abandonner toute retenue et pris la décision qu'il valait mieux poursuivre leur échange à l'abri des regards. Durant le laps de temps qui avait complètement échappé à sa raison, il avait réussi à traîner l'Oméga dans sa chambre et l'avait même poussé à s'étaler sur son lit. Empêtré dans ses draps, les yeux brillants et un sourire lascif aux lèvres, Eren l'observait à travers ses cils. Une invitation à peine voilée que Livaï ne se fit pas prier d'accepter. Il surplomba l'Oméga, et sans plus perdre une minute de plus, fourra le nez au creux de son cou à la recherche de l'ambroisie olfactive qui lui avait presque fait perdre la tête un peu plus tôt dans la soirée…
Mais plus Livaï tentait d'accéder à ce parfum envoutant, et plus il semblait lui échapper. Il tenta de le retrouver sur la peau offerte de son partenaire, de le goûter contre ses lèvres tremblantes. Il le chercha dans les geignements sourds que poussait Eren sous ses caresses insistantes. Des gémissements qui lui paraissaient de plus en plus lointains, comme un écho. Frustré, Livaï saisit le tissu éthéré de la robe de chambre de l'Oméga, bien décidé à en voir davantage, à prendre entièrement possession de…
Le bruit sourd et brutal d'un objet contendant frappant le sol le tira du sommeil dans un sursaut.
Mortifié, Livaï papillonna un moment avant de grogner de dépit. Il saisit l'un de ses coussins et le plaqua contre son visage, espérant un instant parvenir à se suicider par suffocation. Il resta un long moment dans cette position, refusant de reconnaitre l'existence de l'érection qui lui tiraillait les entrailles. C'était tout simplement impossible. Ce genre de connerie ne pouvait pas lui arriver. Pas à lui, pas maintenant. Il avait déjà vingt ans et il n'était plus un adolescent prépubère. Il avait déjà connu le deuil, une guerre, quelques expériences qui l'avaient définitivement renseignée sur ce à quoi il devait s'attendre sur ce terrain… Sans parler des embarrassants cours d'éducation sexuelle où son tuteur s'était évertué à lui enseigner en long, en large et avec foule de détails ce à quoi il était censé être confronté sur ce plan en tant qu'Alpha…
Jusqu'ici, Livaï avait toujours considéré que les rumeurs parlant de 'l'effet addictif des phéromones d'Omégas sur les Alphas' étaient largement exagérées. D'abord, et bien qu'Uli Reiss sente particulièrement bon, Livaï n'avait jamais eu l'impression que son parfum puisse faire tourner la tête de ses interlocuteurs comme dans les légendes. Et récemment, quand Livaï avait été mis en contact avec deux autres Omégas, Rico et Rita, cette mystique 'fragrance irrésistible pour tout Alpha qui se respecte' n'avait eu aucun effet particulier sur lui. Mis à part peut-être lui rappeler les bougies parfumées qu'Auruo aimait allumer dans son bureau quand il lui arrivait de veiller tard pour travailler…
Livaï s'entendit grommeler dans son coussin : « Foutu Eren Jaëger ! » avec émotion. Il demeura ensuite figé dans cette position. Incapable de véritablement s'extraire des sensations dévorantes qui persistaient au creux de ses reins, même après son réveil brutal. Résigné, il envoya valser son coussin et se redressa. Il jeta un coup d'œil de côté, mais la petite horloge placée sur sa table de chevet restait introuvable. C'était sûrement sa chute qui l'avait tiré de son embarrassant 'cauchemar'. A l'heure ou non, Livaï décida qu'il avait bien besoin d'un bain. Il était couvert de sueur.
Passablement honteux de devoir marcher en canard jusqu'à sa salle d'eau, l'Alpha se fit couler un bain. Bien heureux d'être du genre à se préparer sans l'aide de son personnel, Livaï loua le ciel qu'ils avaient tous déjà appris à respecter son besoin d'intimité… Il profita du temps que prenait sa baignoire à se remplir pour méditer et tenter de se débarrasser de son érection. Mais cela semblait vain. Quand il se glissa dans son bain et qu'elle se dressait toujours fièrement contre son ventre, Livaï accepta enfin la fatalité.
Il ferma les yeux et rejeta la tête en arrière. Doucement, les images de son rêve érotique lui revinrent à l'esprit. Il glissa la main dans l'eau et poussa un soupir de soulagement lorsque ses doigts enserrèrent enfin son membre tendu. Ses mouvements étaient saccadés, sans rythme, plus pressants que satisfaisants. « Shhh… Je sais ce que tu veux. Alpha. » Ce n'était qu'une approximation parfaitement fantasmée de la voix d'Eren. De ce à quoi elle aurait pu ressembler dans ces circonstances, avec ce timbre presque rauque, sensuel… Livaï en avait parfaitement conscience. Mais ça ne l'empêcha absolument pas d'y trouver la délivrance qu'il poursuivait furieusement de ses gestes convulsifs. Il serra les dents et réprima à grande peine le frisson qui lui soulevait les poils des bras alors que sa semence lui giclait entre les doigts. Il grimaça de dégoût. Tout d'abord parce qu'il devait à nouveau se faire couler un bain, ensuite parce qu'il s'était toujours cru au-dessus de tous ces Alphas uniquement guidés par leur besoin primaire d'accouplement…
Fort heureusement, la première étape de la Sélection avait commencé et Livaï n'avait sans doute aucune raison de se retrouver en compagnie du troublant Oméga Jaëger avant un bon moment.
Il était grand temps qu'il se reconcentre.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Se concentrer à autre chose qu'au mystérieux Eren Jaëger aurait sans doute été beaucoup plus facile s'il n'avait pas soudain eu l'impression de voir l'Oméga absolument partout.
Il lui avait fallu deux jours de frustration et de déni avant que Livaï n'admette que oui, il trouvait l'Oméga particulièrement séduisant. Jusqu'à présent, il n'avait jamais trouvé quiconque d'autre d'aussi attirant. Mais dans sa position, trouver quelqu'un de désirable ne suffisait pas, loin de là. Certes, Jaëger avait fait preuve d'une intelligence et d'une force de caractère peu communes lors de leur entretien impromptu dans le jardin impérial. Il était vrai aussi que le jeune Oméga avait su l'impressionner et éveiller sa curiosité. Eren était intriguant, c'était certain.
Toutefois, c'était aussi une excellente raison pour que Livaï l'esquive comme la peste.
Trouver des informations intéressantes sur l'Oméga, c'était comme chercher une aiguille dans une meule de foin. Livaï n'avait aucune envie de se piquer à l'exercice. Sans parler de l'énergie précieuse qu'il gâcherait dans cette activité sans n'en tirer aucun avantage tangible… Non, il valait clairement mieux qu'il emploie son temps à quelque chose de plus productif. Bien que Dinah Fritz eut des raisons d'en vouloir à son lointain cousin (Rhodes Reiss) pour avoir usurpé l'autorité de sa famille dans le Sud de l'Empire, elle était indéniablement du côté du parti Aristocratique. Savoir qu'Eren Jaëger ne la portait pas dans son cœur ne suffisait en rien à écarter le danger de cette alliance politique ambigüe. Livaï avait déjà tellement à faire avec le début de la compétition, qu'accorder plus de temps à cette embrouille inextricable serait complètement absurde. Au fond, Eren avait raison lorsqu'il affirmait qu'il ferait sans doute parti des premiers éliminés de la Sélection.
Seulement voilà…
Comment l'Alpha était-il censé laisser cette étrange obsession prendre fin dans ces circonstances ?
La première fois où Livaï avait été de nouveau confronté à l'Oméga, celui-ci se rendait dans l'un des cours obligatoires dispensés aux Candidats. Suivi de près par deux des Chevaliers qui avaient été assignés à sa protection, Eren Jaëger était vêtu d'une tenue aux couleurs impériales. L'un de ces 'uniformes' pour magistrat glorifié auquel quelqu'un avait eu le bon goût d'ajouter l'emblème des Jaëger, un serpent se mordant la queue autour d'une fleur d'Althaea.
De son côté, Livaï marchait aux côtés de Farlan tandis que celui-ci se plaignait sans vergogne de devoir assister à sa place aux réunions les plus ennuyantes de son existence. Il se plaignait alors que c'était encore Livaï qui à la fin devait écouter les comptes-rendus de ces réunions tout en supportant la mauvaise foi de son meilleur ami… Alors qu'il observait la démarche d'Eren et son entourage, l'Alpha l'entendit vaguement d'une oreille s'écrier : « C'est de l'esclavage Levi ! J'avais même plus de temps libre pendant la guerre ! ... » Alors que son meilleur ami continuait de se plaindre, Livaï se figea sur place. Son esprit se vida complètement. Son regard était braqué dans la direction des trois hommes s'apprêtant croiser leur route : c'était comme si inconsciemment tout son corps se préparait à subit l'assaut olfactif des phéromones de l'Oméga. Comme s'il n'attendait que ça.
Livaï prit le temps malgré lui de détailler le Candidat.
L'Oméga ne portait toujours aucun apparat. Sa tenue était d'une simplicité qui aurait sans doute fait pitié à n'importe quel représentant de la Cour. Mais tout comme ce premier soir, Eren parvenait sans aucun mal à faire de sa faiblesse une véritable force. Les cheveux noués dans une lourde natte de côté, ses traits fins et sa bouche boudeuse étirée dans un sourire amusé, alors qu'il faisait visiblement tourner en bourrique l'un des Chevalier de son entourage. Tout cela suffisait amplement pour qu'il s'imprègne dans la mémoire de tous ceux qui avaient le malheur de l'apercevoir. L'Oméga se tenait et se comportait avec la même assurance que s'il était vêtu des plus beaux atours …
Livaï sortit de sa transe lorsque Farlan, qui se tenait toujours à sa droite, avait soudain interpellé le jeune homme : « Oméga Jaëger ! » Le sourire d'Eren s'était comme figé sur ses lèvres, et l'éclat narquois qui brillait dans son regard enchanteur se fana pour laisser place à une lueur froide, défiante. Pourtant, c'était avec une courbette parfaite et sur un ton avenant que l'Oméga avait répondu : « Prince Héritier. Sir Church. » Livaï s'était figé dans ses bottes. De son côté, Farlan semblait lancé : « Quelle agréable coïncidence de vous croiser de si bon matin !
- Le plaisir est partagé votre Altesse. » Et c'était justement parce que Livaï avait pu être témoin auparavant de ce qu'était l'un des sourires sincères d'Eren qu'il pouvait affirmer sans trop hésiter que l'Oméga était tout sauf ravi de tomber sur le Prince Couronné en cette belle matinée… Farlan continua : « J'étais si déçu de ne pas avoir eu l'occasion de m'entretenir avec vous le soir de la Cérémonie d'Introduction…
-… En effet, quel dommage. » Eren pencha alors légèrement la tête de côté, prit un air pensif, et déclara avec emphase : « On croit toujours que ce genre d'évènement sera exécuté à la perfection, sans le moindre accro. Malheureusement les aléas de la vie, en réalité, laissent bien souvent peu de place à notre volonté. » Il poussa un léger soupir, et sur un ton contrit à peine surjoué, il renchérit : « Peut-être que lorsque nous serons tous les deux moins occupés par nos obligations respectives, il serait formidable que nous convenions d'un rendez-vous pour pallier ce regrettable manquement. » Son sourire était toujours aussi poli, quoiqu'impassible, alors qu'il repoussait habilement toute tentative de rapprochement princier.
Livaï était impressionné par sa performance. Eren avait pris soin de ne fixer aucune date pour ce rendez-vous. Insistant sur le côté 'peut-être' plus qu'élusif d'un planning qu'ils savaient tous surchargés. L'Oméga avait eu le tact d'impliquer qu'il s'agissait uniquement de 'la faute à pas de chance' s'ils s'étaient manqués à la Cérémonie d'Introduction…
Livaï aurait aimé pouvoir se dire que les cours d'Etiquette faisaient des merveilles, mais il avait déjà été témoin de la vivacité d'esprit d'Eren. Il savait que le Candidat était parfaitement capable de se sortir de ce genre de guet-apens social avant d'avoir suivi deux semaines de formation. L'Oméga salua avec grâce tout en prenant rapidement congé : « En attendant, votre Altesse, je vous souhaite une bien bonne continuation dans vos affaires. Je ne voudrais pas faire attendre plus longtemps les illustres professeurs que vous avez eu la bonté d'engager pour nous servir. » Farlan était encore ahuri alors qu'Eren disparaissait déjà à l'angle d'un couloir d'une démarche rythmée, sans paraître pressé pour autant.
Livaï se pinça les lèvres, retenant un rictus alors que son meilleur ami s'exclamait : « Qu'est-ce qu'il vient de se passer au juste ?!
- Oméga Jaëger vient de poliment te faire comprendre qu'il n'était pas si déçu que ça en réalité de t'avoir esquivé le soir de la Cérémonie d'Introduction. Et de confirmer qu'il serait prêt à accepter de remédier à ce manquement, entre 'jamais' et 'cours toujours' comme date ultérieure. » Outré, Farlan se désigna d'un geste de la main et s'écria : « Il… il ne m'aime pas ?! » Livaï agita la tête en fronçant les sourcils et reprit leur route. Farlan n'était toujours pas remis de son choc : « Pourquoi ?! » L'Alpha roula des yeux et grommela : « Oh oui, quel drame, quelle infâmie, comment est-il possible qu'on n'apprécie pas l'illustre charmeur Farlan Church ?
- Mais je lui ai à peine dit deux mots ! » Livaï plissa les yeux, perturbé malgré lui par la réalité de ce qu'il allait devoir admettre : « … C'est bon, quitte un peu ton rôle de diva bafouée. Ce n'est pas toi le problème. Le gosse à une dent contre toute la famille impériale. » Un silence plana. Pensif, Farlan demanda : « Qu'est-ce que vous vous êtes dit le soir de la Cérémonie ? » Livaï sentit la tension qui s'était soudain logée dans ses muscles sans parvenir à comprendre ce qui, dans cette bête question, pouvait l'avoir mis sur ses gardes.
Il rejeta sa réaction instinctive, puis haussa les épaules et exposa : « On a échangé notre avis sur chacune des Candidates de la compétition.
- Quoi ?
- Il a insulté au moins une centaine de fois la famille impériale. C'était glorieux. Je crois même qu'il a parlé à un moment donné de n'avoir aucun intérêt à essayer de zigouiller le Prince, alors que personne ne lui avait rien demandé…
- Mais…
- Il était très certainement complètement bourré.
-…
- Une chose est sûre, il ne porte pas sa belle-famille, les Fritz, dans son cœur. Je crois même que sa belle-mère l'a envoyé ici en espérant un peu qu'il se plante royalement pendant la Sélection. Donc, j'estime qu'il y a peu de risques en définitive qu'il agisse pour le compte des Aristocrates. Même si j'ignore ce qu'il s'est passé entre eux pour qu'il les déteste autant. Je suis presque sûr qu'il a insinué à un moment que Dinah Fritz aurait fait tuer son ex-mari pour devenir veuve et enfin réussir à épouser son père. D'après lui, elle aurait mis le grappin sur Grisha Jaëger pour jouir de sa bonne réputation à la Cour après le scandale sur l'esclavage qui a entaché le nom des Fritz et permis à Rhodes Reiss de prendre la présidence du duché au Conseil Aristocratique qui dirige les terres du Sud…
- Par les Déesses… » Livaï marqua une courte pause. Ce soir-là, la virulence de sa réaction face à Eren l'avait paniqué. Après son rêve érotique, il s'était convaincu que garder ses distances était encore ce qu'il y avait de mieux à faire en réponse à l'inconnu. Toutefois, dans les faits, laisser un personnage aussi mystérieux et intriguant qu'Eren Jaëger arpenter les couloirs d'Utopia sans la moindre surveillance était clairement imprudent.
Intrigué, Farlan s'enquit : « D'où sortent toutes les rumeurs qui le décrivent comme malade, chétif et capricieux ? De ce que j'en ai vu jusqu'ici, Oméga Jaëger m'a tout l'air d'être à des lieux de correspondre au portrait qu'on a dressé de lui à la Cour…
-Je n'en sais rien. » Ignorer Eren n'allait plus être une option très longtemps. Cette rencontre avait cimenté cette affirmation dans l'esprit de l'Alpha. Livaï se résigna : « Mais je compte le découvrir. » Il jeta un regard noir en direction de son meilleur ami et ajouta : « En attendant, laisse tomber le sujet et concentre-toi plutôt sur les points importants que j'ai souligné pour ta prochaine réunion… » Farlan fit le bruit d'une baleine sur le point de rendre l'âme, saisit les documents que lui tendait Livaï et entreprit de recommencer à se plaindre avec emphase.
Par la suite, les occasions de croiser Eren alors qu'il se rendait en cours se multiplièrent.
Et à chaque fois, comme un nouveau défi personnel, Farlan ne manquait pas de le saluer. Au bout d'un moment, il était même devenu passablement amusant pour les deux meilleurs amis de commenter après coup les techniques d'évitement ou de rejet poli qu'avait employé l'Oméga pour repousser l'intérêt manifeste que lui portait le 'Prince Couronné'. Finalement, ils se rendirent vite compte que ce petit jeu avait donné à Eren une place particulière dans la compétition sans même qu'ils n'eurent décidé de la lui conférer. Et les rumeurs au sujet de l'Oméga ne faisaient qu'enfler au fil du temps.
En parallèle, Livaï commençait sérieusement à s'inquiéter pour sa santé mentale.
En plus des rêves érotiques où intervenait le Candidat qui se répétaient bien plus souvent qu'il n'était prêt à l'admettre, il avait l'impression de sentir son parfum au détour de chaque couloir du palais. Ce ne fut que lorsqu'il le repéra réellement en train d'astiquer les grandes vitres du hall principal d'Utopia, en compagnie d'une poignée de servants, à rire et plaisanter, vêtu de l'uniforme des serviteurs provisoires, que l'Alpha comprit qu'il n'était peut-être pas si dingue que ça. S'il sentait l'odeur de l'Oméga partout, c'était parce qu'Eren Jaëger s'était mis en tête de se fondre dans la masse grouillante du personnel impérial. Mais pourquoi ? Depuis combien de temps ? Les raisons de son subterfuge lui échappaient complètement …
Après l'avoir repéré cette première fois, il fut impossible pour Livaï de s'arrêter de le remarquer.
Attelé à diverses besognes, en train de prendre une pause déjeuner avec d'autres serviteurs… Plus d'un mois s'écoula sans que l'Oméga n'arrête de jouer à ce petit jeu. Et pendant ce temps, les murmures à son sujet gagnaient en puissance. On racontait que le Prince lui portait une attention particulière, quand bien même il n'avait pas la moindre alliance à la Cour. Il avait des résultats impressionnants lorsque les professeurs parlaient de son niveau académique…
Le fait qu'aucune des questions qu'on se posait à son sujet ne trouve de réponses renforçait le mystère qui l'entourait.
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Le second mois de la Sélection fut déterminant pour Livaï et son 'léger' problème d'obsession.
Comme tout ce qui concernait Oméga Jaëger, la conclusion à laquelle il arriva était plus due à un abandon pur et simple de ses convictions qu'à une réflexion finement aboutie. Depuis quelques temps, Livaï avait trouvé la parade parfaite à son souci de rêves érotiques : il avait inclus à sa routine quotidienne un passage systématique sur le terrain d'entraînement. Passer ses nerfs et son énergie à (tabasser) entraîner les soldats de demain de l'Empire ou rappeler aux Chevaliers (leur place) qu'ils ne devaient jamais cesser de s'améliorer, même en temps de paix… C'était pour le moins (jouissif) cathartique. Quand Livaï quittait le terrain, il avait l'esprit vide et une fois dans sa chambre, sa fatigue l'emportait sur tout le reste. Il pouvait donc glisser dans ses draps, apaisé, pour une nuit sans rêves.
Cependant, tout changea ce soir-là.
Lorsque Livaï pénétra dans sa chambre, il ne remarqua rien de différent. Alors qu'il achevait de plier soigneusement sa tunique sale et entreprenait de détacher son pantalon pour lui faire subir le même sort, debout en plein milieu de la pièce, elle le frappa en plein plexus. L'odeur alléchante, d'agrumes, de miel et de muscade qui caractérisait l'Oméga Jaëger. Presque immédiatement, son cœur s'était mis à battre la chamade. Comme un fin limier ayant repéré la piste de sa proie, ses sens d'Alpha le poussèrent à traquer l'origine du parfum envoûtant. Le nez en l'air, inspirant à plein poumons, il finit par s'arrêter face à l'un des coussins qui ornaient son canapé.
Livaï le fixa longuement sans oser bouger.
Est-ce que les pérégrinations d'Eren avaient fini par le conduire à nettoyer cette chambre ? Torse nu, le pantalon entrouvert et le souffle court, l'Alpha saisit enfin l'offensant ornement. Et sans que son cerveau n'eût le temps de le raisonner d'agir autrement, il y planta le visage. En une grande inspiration, il s'était empli les poumons des résidus de phéromones de l'Oméga. Un grondement primal lui échappa des lèvres : « Bordel ! » Il était décidément impossible de sentir aussi bon ! Avant qu'un éclair de scrupule ne le convainque du contraire, Livaï se dirigea d'un pas décidé vers son lit. Il profita de son trajet pour se défaire entièrement de son pantalon et son caleçon. Quand il s'installa sur le dos, paupières closes et le coussin soigneusement disposé près du visage de manière à toujours pouvoir inhaler son parfum, Livaï avait vaguement conscience qu'après cet instant précis, il ne pourrait plus faire marche arrière.
Pourtant, c'était avec trépidation qu'il avait entrepris de caresser lentement son entrejambe à demi-éveillé. Les traces de phéromones entêtantes de l'Oméga emplissait ses narines. L'intensité de l'excitation qui lui brûlait les reins ne cessait de croître, alors qu'il accélérait le rythme de ses mouvements, ses doigts pressant de plus en plus son membre gorgé de sang. Depuis la dernière fois où Livaï s'était laissé aller à ce genre d'indulgence coupable, il avait vu beaucoup plus d'expressions et entendu beaucoup plus souvent la voix de l'Oméga. Et la précision avec laquelle il était capable d'invoquer l'image de sa gorge déployée dans un rire franc, de se souvenir de ses lèvres étirées dans un sourire taquin, aurait sans doute dû l'effrayer. Dans les faits, la vivacité de sa mémoire lui arracha un grognement satisfait et facilita grandement l'explosion soulagé de sa jouissance lorsqu'enfin, il se déversa entre ses doigts.
Cet orgasme avait achevé de le vider de ses forces.
Il avait balayé ses dernières réticences et complètement nullifié ses justifications mentales douteuses. Il était grand temps que Livaï s'occupe sérieusement du problème Eren Jaëger. Si pour ça il devait découvrir tout ce qui le rendait si mystérieux, accepter de céder à sa pulsion et passer plus de temps en sa compagnie, par les Déesses, il allait s'y atteler avec toute la dédication dont il était capable. Au diable 'la prudence' qui l'avait convaincu qu'il valait mieux ignorer l'étrange Candidat jusqu'ici. Il était à présent convaincu qu'il n'existait sans doute pas de meilleur moyen d'enterrer son idée fixe qu'en démystifiant l'Oméga. Il devait parvenir à percer tous ses secrets.
L'occasion de tenter une approche se présenta bien plus vite qu'il ne s'y attendait.
Avant cet instant, Livaï était convaincu que le terrain d'entraînement était son havre de paix. Le seul lieu où il pouvait se vider la tête sans risquer de croiser Eren Jaëger. Visiblement, c'était mal connaître l'Oméga. Au départ, Livaï s'était dit qu'il valait mieux observer le Candidat, afin d'essayer de comprendre ce qu'il pensait accomplir ici, avant de passer à l'acte. Jaëger en était déjà à sa troisième tentative de se glisser parmi les nouvelles recrues de soldats quand Livaï n'y tint plus et choisit de l'aborder.
Il réprima à grande peine l'étrange frisson d'excitation qui lui remontait le long de l'échine alors qu'il approchait, sans bruit, de sa cible. Il attendit de ne se trouver qu'à un pas de l'Oméga lorsqu'il déclara : « Tu sais, ce serait sans doute plus facile si tu volais un uniforme de soldat. » Jaëger glapit de surprise et porta immédiatement une main vers son cœur en jurant : « Putain de merde ! » Livaï ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Apparemment, il avait eu raison de croire que, dans le fond, Eren Jaëger était loin de partager l'inimitié noble basique pour le genre de 'langage fleurie' qu'affectionnait Livaï.
L'Oméga lui jeta un rapide coup d'œil, les sourcils froncés. Puis il baissa la tête vers l'uniforme qu'il portait, avant de demander, intrigué : « Parce que ce n'est pas l'uniforme des nouvelles recrues, ça ? » Livaï nia de la tête et précisa : « Pas du tout. C'est celui des écuyers… » Jaëger poussa un grognement frustré : « Pas étonnant qu'ils me jettent tous des coups d'œil bizarres à chaque fois que j'approche alors… Comment j'étais censé savoir ça, moi ? Tous ces uniformes se ressemblent ! » Livaï haussa un sourcil. C'était dans ce genre de moment qu'il ne pouvait s'empêcher de noter, effectivement, que Dinah n'avait pas accordé la moindre attention à l'éducation la plus rudimentaire avant d'envoyer l'Oméga à l'abattoir. Ce qui rendait encore plus incompréhensible les rares moments de lucidité mordante dont faisait preuve Eren, lorsqu'il s'agissait de 'capter' les divers enjeux de la Cour et de la compétition…
Livaï expliqua : « Celui des nouveaux soldats porte l'emblème des deux épées croisées…
- J'ai cru que c'était celui des gardes de famille noble ! » Livaï agita la tête, incrédule. Il prit sur lui pour énumérer : « Ok, on va faire un cours rapide. Les deux ailes, symbole impérial, est porté par tout le personnel du palais. Les deux épées, c'est pour les apprentis soldats. La licorne, ce sont les Chevaliers. Et la rose, pour les soldats confirmés. » Eren plissa les yeux et lui lança un regard plein d'accusations : « On peut savoir pourquoi le Duc du Nord portait l'uniforme d'un garde impérial le jour de la Cérémonie ? » Livaï n'en croyait pas ses oreilles. C'était une accusation riche venant de celui qui passait le plus clair de son temps à incarner un serviteur en dépit de son rang social.
L'Alpha sentit l'esquisse d'un rictus lui étirer les lèvres. Il posa la main sur le pommeau de son épée et rétorqua : « Et on peut savoir pourquoi un Candidat s'amuse à voler tous les uniformes possibles et inimaginables pour se glisser dans des endroits où il ne devrait même pas mettre les pieds ? » Eren écarquilla les yeux, pris au fait. Il eut la décence de rougir et de détourner les yeux. La note fleurie qui caractérisait l'embarras de l'Oméga vint frapper Livaï de plein fouet. Il n'avait pas oublié à quel point les phéromones d'Eren pouvaient être séduisantes. Toutefois, il avait fini par se convaincre d'être capable de supporter sans ciller l'assaut sensoriel de leur proximité. Il s'était manifestement royalement planté sur le sujet.
Troublé, Livaï pencha légèrement la tête sur le côté, comme si changer d'angle pouvait le prémunir des effets de ce parfum. Il se retrouva à croiser les bras contre son torse et serrer les poings. Il valait largement mieux que ça : il avait une mission et il devait s'y tenir. Les yeux d'Eren prirent le temps de le détailler, et presque immédiatement, l'effluve de l'Oméga se teinta d'une légère marque sucrée. Presque comme du caramel…
Livaï haussa un sourcil. On lui avait enseigné que son Aura, ses phéromones, devaient toujours restés sous contrôle. Qu'il était important pour un Alpha de son rang, membre de la famille impériale, de savoir décrypter les changements les plus subtiles dans les marqueurs olfactifs de ses contemporains. C'était l'une des particularités héritées de son sang. Et c'était indispensable, pour capter l'humeur de ses soldats, influer sur le moral des ennemis, comprendre plus qu'on ne voulait laisser transparaître dans une conversation à demi-mots… Il savait donc que l'embarras d'Eren venait de gagner en complexité, qu'une émotion plus délicate était à l'œuvre.
Il repoussa toute envie de fouiller plus en détail sur ce changement et recentra la conversation vers son intérêt premier, c'est-à-dire percer à jour les intérêts de l'Oméga : « Si je n'avais pas autant de mal à comprendre les raisons pour lesquelles tu agis comme tu le fais, je serais tenté de sérieusement soupçonner que tu es en réalité un espion. Et que tu as une sorte d'agenda secret… » Comme sa déclaration n'avait pas semblé marquer son interlocuteur plus que ça, l'Alpha marqua une pause, comme pour lui laisser le temps de trouver comment répondre à l'accusation.
C'est à cet instant que des chuchots brisèrent sa bulle.
La plupart des nouvelles recrues pensaient qu'il était Sir Church, l'Héritier du titre d'Epée de l'Empire. Et comme Livaï s'était (amusé) dédié à (augmenter la difficulté) améliorer leur entraînement récemment, le voir s'entretenir avec un Ecuyer lambda avait de quoi attirer l'attention. L'Alpha poussa un soupir et indiqua d'un signe de tête l'autre bout du terrain : « Allons plus loin pour discuter… » Eren recula d'un pas et agita la tête en refusant : « A vrai dire, j'ai plutôt envie de tourner le dos. Tu sais, afin d'éviter le dénouement du genre de discussion où on m'accuse de Haute Trahison… » Livaï sentit son œil tiquer. Avec tout ce qu'il avait déjà vu des œuvres de l'Oméga ces derniers temps, il était déjà extrêmement imprudent de sa part de ne pas lui avoir collé au train une bonne dizaine d'espions. Et alors qu'il prenait la peine de lui-même interroger le suspect, Jaëger avait l'aplomb d'essayer de fuir sans s'en cacher ?!
L'Alpha s'évertua à garder son calme et précisa : « Laisse-moi être plus clair alors. Fuir la confrontation, n'est pas vraiment l'option qui joue le plus en ta faveur. » Un léger silence s'abattit. Durant lequel Jaëger le fixa, visiblement contemplatif. Finalement, l'Oméga acquiesça d'un geste rigide de la tête et lui emboîta le pas. Ils s'écartèrent progressivement du groupe de recrues. Une fois certain qu'ils pouvaient discuter sans être interrompu ou surpris, Livaï s'arrêta. D'ici, il verrait arriver tout intrus et on aurait du mal à distinguer ses traits de loin. Rasséréné, l'Alpha s'appuya contre le rebord de la barrière en bois qui délimitait le dernier terrain de la structure et croisa les jambes.
Il vit les épaules d'Eren s'affaisser lorsqu'il poussa un soupir à fendre l'âme. L'Oméga s'approcha à son tour du rebord et imita sa posture en demandant, incertain : « Bon. Par où je commence… ? » Livaï baissa légèrement la tête, déterminé à ne pas laisser l'incroyable parfum qui lui chatouillait les narines impacter sa capacité à réfléchir. Il demanda : « Pourquoi est-ce que tu te déguises en serviteur ? » L'Oméga haussa les épaules et répondit avec honnêteté : « Au départ, c'était juste pour gagner le salaire journalier des intervenants temporaires. Ce n'était que provisoire, le temps qu'Armin Arlert –majordome que j'ai désigné- arrive pour tenir les rênes la résidence. Armin est un champion lorsqu'il s'agit de gérer un budget. Même si mon revenu impérial hebdomadaire est ridicule, il est capable de faire des miracles. En attendant son arrivée, il fallait bien que je trouve un moyen de conserver mes vivres au minimum, et puis, c'est pile le genre d'immersion pratique qui m'a permis de comprendre comment les choses fonctionnent à la Cour… » Ça… Ce n'était surement pas le genre de réponses à laquelle il s'était attendu.
Déjà parce qu'aucun noble de sa connaissance n'était capable de s'abaisser à ce genre de labeur pour obtenir quoique ce fut. Ensuite, parce qu'Eren venait une fois de plus, sans sembler y réfléchir plus que ça en amont, d'exposer un nombre alarmant de points faibles et de points forts. Premièrement, qu'il s'était effectivement infiltré dans le personnel du palais pour réunir des informations (…quel genre d'espion exposait aussi facilement ses desseins ?!), ensuite, qu'il était effectivement complètement ignorant des intrigues de Cour avant sa petite aventure non conventionnelle. Même si, parallèlement, il montrait qu'il était assez adroit et dégourdi pour mettre au point ce genre de stratagème…
Livaï s'enquit, incapable de vraiment ôter la note d'admiration qui transpirait dans sa voix : « Tu t'es amusé à nettoyer des vitres pour réunir des informations sur le fonctionnement du palais ? » L'Oméga haussa à nouveau les épaules, fouilla la terre du terrain du bout de sa chaussure et répliqua : « Non. J'ai dit que je faisais ça pour un revenu supplémentaire. Mais c'est plutôt une bonne chose que les serviteurs soient aussi bavards… » Puis il releva la tête vers Livaï, ses lèvres esquissèrent un rictus moqueur avant de renchérir : « Tu n'as quand même pas oublié que je suis le cheval boiteux de la compétition ? Ce n'est pas comme si quelqu'un d'autre allait tout à coup se dévouer pour me fournir les informations que je cherche, pas vrai ? » Livaï pouffa de rire avant de se reprendre : « Et le terrain d'entraînement ? » L'Alpha avait décidé de ne pas trop s'appesantir sur la surprise (et l'étrange satisfaction) qu'il avait éprouvé à se rendre compte que le Candidat avait encore plus de ressources qu'il ne l'avait supposé au départ.
La présence d'un Oméga sur le terrain d'entraînement était assez inhabituelle pour qu'il s'attarde davantage sur la question. Eren roula des yeux puis le fixa d'un regard franc en expliquant : « Soyons francs, il me reste un peu moins de deux mois à passer au palais. Ma vie au manoir Jaëger étant ce qu'elle est, il est hors de question que j'y retourne une fois virer de la compétition. » Bien. Il confirmait à nouveau qu'il n'avait aucun lien avec les Fritz et qu'il ne participait pas à un complot quelconque du parti Aristocratique. Peut-être que ces effrontés avaient pensé réussir à enfin se débarrasser du vilain canard boiteux du défunt Jaëger en l'envoyant en pâture aux fauves impitoyables de la Sélection…Loin de se laisser abattre, Eren était au contraire en train de tenter l'impensable et essayait de s'armer en espérant pouvoir fuir son triste sort, une fois éliminé de la compétition.
A ce stade des opérations, Livaï était presque forcé de l'admirer.
Il savait que les Omégas n'avaient pas le droit d'ouvrir ou posséder un commerce, ou même des terres. Il doutait que dans les circonstances qu'il décrivait, Eren puisse compter sur une quelconque dote, une aide financière de la part de sa belle-famille ou sur son héritage… Pas alors qu'il envisageait si clairement de se débrouiller par lui-même pour s'en sortir à l'avenir. Livaï haussa les sourcils et demanda, incrédule : « Alors, quoi ? Tu espérais que deux mois de cours avec les nouvelles recrues allaient te suffire pour savoir comment te défendre sur les routes ? » C'était dans ce genre de moment, face à l'apparente impulsivité de l'Oméga, qu'il devait admettre que d'une façon ou d'une autre, les Fritz avaient dû réussir à lui épargner les phases les plus sombres de la réalité à laquelle étaient confrontés les gens de son statut dans la nature.
Eren fronça les sourcils, visiblement piqué par son scepticisme : « Pourquoi pas ? » Livaï rétorqua : « Si la maîtrise de l'épée était aussi simple, n'importe quel couillon pourrait devenir Chevalier ! » L'Oméga lui jeta un regard incrédule et répliqua, outré : « Je n'imaginais pas qu'un fils de Duc pouvait avoir ce genre de langage !
- Je refuse qu'un Oméga, noble et se déguisant en serviteur pour voler des informations, se permette de critiquer ma façon de parler. » Surtout que d'après ce que Livaï avait entendu plus tôt : Eren était loin d'être en reste lorsqu'il s'agissait de jurer. L'Oméga parut lutter un instant pour se retenir de sourire, mais finalement, il se laissa aller et c'était avec amusement qu'il répondit : « Touché. » Livaï déglutit. L'étrange sensation grouillante qui venait de lui soulever l'estomac rien qu'avec un des sourires sincères d'Eren ? Probablement un problème d'indigestion auquel il avait failli de porter attention avant maintenant. Après tout, les repas à Utopia étaient bien plus copieux que ceux dont il avait l'habitude au front ou à Chika…
Il se râcla la gorge, faisant fi de son embarras.
Avant qu'il n'y réfléchisse davantage, il s'entendit demander : « Bon. Est-ce que ça t'intéresse que je t'apprenne quelques mouvements au poignard et au corps à corps ? Histoire que tu puisses au moins éviter de te faire détrousser par un gamin de dix ans. Parce que je commence sincèrement à avoir pitié : à cette allure, tu ne réussiras jamais à te faire passer pour un simple soldat. » Quand les mots quittèrent sa bouche, Livaï se fit la réflexion qu'il s'agissait du plan parfait. Premièrement parce qu'il lui permettait de passer plus de temps en compagnie d'Eren, et donc, pourquoi pas, de se construire une sorte d'immunité à ses phéromones. Mais aussi dans un second temps, de gagner sa confiance et d'en apprendre davantage sur ses plans, ses secrets et ses intentions.
Troisièmement, parce que dans l'éventualité où l'Oméga était véritablement éliminé de la compétition dans quelques temps, sa conscience lui interdisait de le laisser tenter son plan foireux de prendre le grand large, sans réellement l'armer pour qu'il puisse faire face à l'adversité. Eren allait bientôt avoir dix-huit ans, et dans quelques mois, il risquait d'expérimenter ses premières Chaleurs. Livaï était presque dans l'obligation de l'entraîner au mieux pour éviter qu'il finisse dans un bordel ou mort dans un fossé…
Quand Eren faillit trébucher dans le vide dans sa hâte d'accepter sa proposition, l'Alpha tenta de se convaincre que le ronflement de fierté qui l'avait poussé à bomber le torse en allant récupérer des épées en bois, n'avait absolument rien à voir avec les battements accélérés qu'avait adopté son cœur durant presque toute leur conversation.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
En toute sincérité, même si avoir sa dose quotidienne d'exposition aux phéromones d'Eren ne lui avait construit aucune sorte d'immunité, Livaï n'aurait échangé leurs entraînements pour rien au monde.
Constamment se confronter au parfum de l'Oméga lui permettait au moins de ne plus souffrir des 'rêves particuliers' que son subconscient s'amusait autrefois à concocter dès qu'il ne tombait plus de fatigue. Et c'était avec excitation mais un parfait contrôle que Livaï se rendait à leur rendez-vous informel jour après jour. En réalité, les progrès de l'Oméga au combat étaient plutôt impressionnants pour un total novice. Un peu comme l'était Uli Reiss, Livaï le soupçonnait d'être lié à un pouvoir augmentant ses facultés physiques.
Eren était un bon élève, attentif et motivé.
Du moins, lorsqu'il n'avait pas l'esprit complètement ailleurs.
Livaï prit un moment pour suivre son regard. L'Oméga s'était présenté sur le terrain, les yeux dans le vague. Il avait commencé à s'échauffer sans aucune ardeur. D'ordinaire, ils échangeaient quelques mots, quelques sarcasmes. Et l'Alpha était bien forcé d'admettre qu'au bout de deux semaines, il s'était largement habitué à la 'camaraderie' franche qui s'était peu à peu installée entre eux. Même après qu'Eren eut appris qu'il était 'le futur Duc du Nord', il n'avait pas changé de manière de s'adresser à lui. Toujours sans titre et sans vouvoiement. Bien que Livaï eut été incapable d'en découvrir davantage sur les prétendus secrets de l'Oméga, il pensait avoir à présent une idée assez claire de sa personnalité. Et il était bien obligé d'admettre qu'il tirait un plaisir particulier à apprendre à mieux le connaître.
L'Oméga fixait un Chevalier avec intensité, le poignard en bois qu'il tenait à la main sans conviction lui pendait mollement au bras. Livaï fronça les sourcils, perturbé. Le manque d'intérêt d'Eren l'irritait bien plus qu'il n'était prêt à l'admettre. Il observa le Bêta que fixait l'Oméga. Chevelure rasée de près, paupières tombantes, une expression affable… Livaï ignorait complètement de qui il s'agissait. Il céda à sa première impulsion et asséna un coup sur le sommet du crâne de son élève distrait. Eren glapit de douleur et le vrilla du regard : « A quel moment est-ce que tu as décidé que mon statut n'avait plus la moindre importance ?! » Livaï croisa les bras et, d'un sourcil haussé, tenta de lui faire saisir tout son agacement lorsqu'il répliqua : « Au moment où tu as accepté de suivre mon entraînement. »
Comme Eren continuait de faire peser sur lui son regard noir, Livaï crut bon de préciser : « Tu penses peut-être que les brigands des grands chemins vont se retenir de te frapper parce que tu es un Oméga ? Pour peu qu'il n'ait aucun Alpha parmi eux, personne ne saura que tu en es un. Il vaut mieux ne pas compter sur ton statut pour te sortir de la merde. » Eren plissa les yeux et se pinça les lèvres. Un léger frisson de satisfaction remonta le long de l'échine de Livaï. Peut-être que se satisfaire d'être au moins la cible de la colère de l'Oméga était puéril, mais actuellement, il n'en avait cure.
Eren fit la moue. Livaï en profita pour réduire la distance qui les séparait, et une fois assez proche pour inhaler discrètement le parfum de l'Oméga, se mit à fixer ostensiblement le Bêta qui l'avait distrait. Presque immédiatement, une note sucrée et fleurie s'insinua dans l'odeur alléchante que diffusait la peau légèrement en sueur d'Eren. Satisfait de son effet, Livaï demanda : « Alors c'est ça ton type ? Un Bêta insipide ? » Eren lui jeta un coup d'œil incrédule avant de s'exclamer : « Tu penses que j'apprécie Franz ?! » Levi haussa un sourcil et répliqua : « Alors il s'appelle Franz… » Eren agita la tête, dubitatif : « C'est vrai, il me distrait. Mais ce n'est pas du tout pour les raisons que t'avance…
- Ah.
- Attention, Levi. Encore un peu et je pourrais croire que tu es jaloux ! » L'exclamation l'avait pris de court. Certes, Livaï s'était montré incapable jusqu'ici de dissimuler l'attrait certain qu'il éprouvait pour l'Oméga. Mais de là à ce que celui-ci lui fasse remarquer qu'il n'était pas dupe ? Sur un ton moqueur ? C'était un peu comme si Eren se permettait, un peu comme il le faisait déjà avec la compétition ou son évident rejet du Prince, de passer ses émotions en dérision. L'Oméga était particulièrement doué lorsqu'il s'agissait de s'extraire complètement d'une situation.
Ce qui pour Livaï se résumait à deux mois de remise en question, de torture mentale et d'abandon pur et simple, dans la bouche d'Eren semblait n'être que le résultat d'un jeu sans incidence. Et même si l'Alpha savait, grâce à ses phéromones et aux regards qu'ils échangeaient parfois, qu'il était loin de laisser l'Oméga indifférent ? Il n'en restait pas moins aussi paumé aujourd'hui qu'au jour de leur rencontre quant aux sentiments d'Eren à son égard. Leurs regards se croisèrent dans un silence surchargé. Les pupilles magnétiques de l'Oméga s'étrécirent un instant avant de s'arrondir, Livaï eut l'immense satisfaction de s'apercevoir dans le noir des yeux d'Eren… Le moment demeurait tendu lorsqu'il répondit avec franchise : « Tu trouves ça drôle ? » Le silence se prolongea.
Obligé de se l'avouer, Livaï contempla sa jalousie pendant une fraction de seconde. Il était assez conscient et avait assez d'estime de lui-même pour, objectivement, être sûr d'être plus attrayant que l'était ce fameux Franz ou la majorité des prétendants auquel Eren pouvait porter attention. Le souci, c'était que l'Oméga était loin d'être 'typique'. Dans ses choix, ses intérêts, sa façon d'être ou de vivre. Et en réalité, Livaï ignorait complètement ce qui pourrait lui gagner les faveurs du Candidat en définitive …
« Gagner ses faveurs… Est-ce que tu te souviens au moins un peu d'où tu te trouves, Levi ? La Sélection vient à peine de commencer ! Tu as quand même autre chose à foutre que d'essayer de te glisser dans les draps d'un Oméga louche. Tu vaux largement mieux que ce con de Kenny… » Si seulement. Si seulement cette pensée avait le moindre poids ! Force était de reconnaître qu'actuellement, Livaï ne valait certainement pas mieux que son géniteur. Il s'écarta d'Eren, saisit sa gourde d'un geste brusque et but à grandes goulées.
Se recentrer. Il fallait qu'il se reprenne… Le parfum de l'Oméga lui chatouilla les narines. Du caramel, presque brulé. Des notes plus fortes d'épice boisé. De la cannelle, un zeste de muscade… Livaï tourna lentement les yeux en direction d'Eren. L'Oméga le fixait, la bouche légèrement entrouverte, la respiration plus lourde et hachée. Son regard bleu vert envoûtant était presque noir de désir… Le cœur de l'Alpha partit au triple galop. Eren remarqua presque sur le coup que son moment d'indiscrétion avait été repéré. Ses joues s'empourprèrent légèrement et la fameuse note fleurie de la gêne fit son apparition.
L'Oméga n'avait jamais senti aussi bon.
Livaï n'avait jamais eu autant de mal à se contenir.
Il s'efforça de ne pas laisser trop transparaître le boost d'orgueil que l'attrait visible d'Eren venait de lui faire ressentir. C'était un sentiment parfaitement inédit auquel il était loin de vouloir renoncer. Jusqu'où pouvait-il aller avant que l'Oméga ne cède le premier à reconnaître l'évidence de leur attraction mutuelle ? Livaï sentit l'étirement à peine perceptible de sa bouche alors qu'il réprimait à grande peine le sourire qui menaçait d'apparaître sur ses lèvres.
Le regard résolument braqué sur l'Oméga, Livaï libéra le goulot de sa gourde et laissa échapper une expiration rauque à la limite de l'obscène. Il passa ensuite, lentement, son pouce sur ses lèvres humides. La manière qu'eut Eren de suivre le mouvement, sans penser une seconde à dissimuler son intérêt, augmenta significativement la tension des muscles de l'Alpha. La jolie teinte rouge que prit le visage de l'Oméga faillit le faire gronder de satisfaction. Eren balbutia quelques mots sans cohérence, avant de tout simplement abandonner toute trace de dignité pour se cacher le visage des deux mains. Bien ! Au moins maintenant, Livaï avait l'assurance de ne pas être le seul à avoir l'impression désagréable de danser au creux de la paume de son interlocuteur !
L'Oméga grogna avec outrage : « Je plains les habitants du Nord ! Leur futur Duc a le don de se mettre dans des situations compromettantes ! Tu vas apporter scandale sur scandale au Duché Church ! » Livaï esquissa un rictus amusé. Il réduisit à nouveau la distance qui les séparait, son sang lui vibrait dans les veines, d'anticipation et d'excitation. Il saisit l'une des mains d'Eren, ravi de noter que leur contact électrique avait soulevé les poils du bras de l'Oméga autant que les siens. Il l'écarta de son visage et approcha encore d'un pas. Ils étaient presque nez à nez lorsque Livaï gronda : « Osez me traiter de dragueur invétéré en me regardant dans les yeux, Oméga Jaëger. » Eren frissonna, les yeux écarquillés. A cette distance, Livaï pouvait distinguer les micro-changements dans son regard hypnotique. L'instant presque indétectable où les yeux d'Eren s'étaient posés sur ses lèvres avant de rapidement remonter vers le haut.
Livaï était sans aucun doute à deux doigts de l'embrasser lorsque l'Oméga s'écarta brusquement de sa prise.
Eren confessa d'un coup : « Je… je participais à un salon de thé au manoir Diament. Et disons que j'ai vu quelque chose qui m'a poussé à changer de perspective quant à ma participation à la Sélection… à chercher une cause plus 'importante' derrière ma présence dans la compétition. » Pour une fois, l'Oméga semblait enclin à se livrer. Livaï fit de son mieux pour faire taire l'élan de déception et l'arrière courant de frustration qu'il éprouvait à voir Eren tenter si maladroitement de lui échapper. Il prit une grande inspiration, s'exhorta au calme et se concentra à nouveau sur le sujet principal de leur conversation. Le Chevalier Franz, l'air distrait d'Eren… Quel était le rapport entre ça et l'un des salons de thé de la résidence Diament ? Est-ce que Franz était un Chevalier de la Candidate Hannah Diament ?
Livaï chercha à approfondir le sujet : « Comment ça ? » Eren précisa, pensif : « J'étais tellement occupé à réfléchir à ce que j'allais faire, une fois éliminé de la compétition, et à chercher comment profiter des avantages que j'avais au jour le jour… J'en avais presque oublié les vrais enjeux de la Sélection. » Eren marqua une courte pause, son regard allant de nouveau se poser sur Franz et les autres Chevaliers : « La vie à la Cour est si rapide, si compliquée, si 'grandiose'… On en oublierait presque que c'est la réalité, et pas seulement un ramassis de ragots glanés par-ci par-là par les serviteurs qui rêvent de se retrouver à la place de leurs Seigneurs. » L'Oméga poussa un long soupir : « Même si je déteste l'ambiance à la Cour, l'avenir de tout un continent se décide au palais. Les 'jeux' de pouvoir ont de réelles répercutions sur la vie des habitants de l'Empire. Toutes les Candidates ont des raisons valides de participer à l'évènement, mais je ne suis certainement pas le seul à considérer la Sélection comme une prise d'otage impériale… Peut-être que même le Prince Couronné s'efforce de jouer son rôle dans une situation qui est loin de l'enchanter… » Livaï ne savait que penser ou que dire.
C'était bien la première fois qu'Eren semblait vouloir accorder plus que sa politesse au Prince Couronné. La première fois aussi où il semblait considérer la compétition autrement que comme un pis-aller : pratique mais surtout très gênante. Livaï n'arrivait pas à savoir s'il devait s'en réjouir (peut-être qu'ainsi Eren ferait de son mieux pour rester en lisse) ou laisser cours à l'étrange sentiment conflictuel qui lui nouait les entrailles. Qu'est-ce qui chez Diament, et en rapport avec ce Chevalier lambda, l'avait poussé à une telle réflexion ? Une prise d'otage ? Oui. Il était certain qu'on pouvait penser à la Sélection de cette manière…
L'Oméga papillonna puis se racla la gorge, comme brutalement tiré de ses pensées avant de conclure : « Bref. Peut-être que je n'apprécie pas son sourire factice et sa facilité à dire ce qu'il n'a clairement pas l'air de penser une seconde, mais il faudrait que je laisse au Prince Couronné la présomption d'innocence. Après tout, à sa place, je n'aurais sûrement pas fait mieux. » Est-ce qu'un autre Candidat qu'Eren s'était déjà arrêté pour considérer tout ce bordel de la perspective du Prince Héritier ? Est-ce que ça voulait dire que dans un futur proche, Eren, et mieux que quiconque, serait à même de comprendre pourquoi Livaï s'était senti obligé d'employer un tel subterfuge pour survivre à la compétition ?
Une petite voix lui souffla, emplie de moquerie : « Pourquoi tu te poses cette question ? Il ne sera déjà plus là au moment où tu révèleras la vérité aux Finalistes, Levi. Souviens-toi, il est le mouton noir de la compétition. » Cette idée le révoltait. Un esprit aussi vif, fascinant et lumineux, exclu si vite de la Sélection ? Est-ce que ce n'était pas une tragédie ? La petite voix continua, encore plus railleuse : « Bien sûr. Une tragédie. Rien à voir avec le fait que tu salives à l'idée de réussir à te glisser dans son pantalon… » Eren s'écarta un peu plus de lui, saisit à nouveau sur le poignard en bois qu'il avait lâché au sol et se positionna face à lui, un air déterminé plaqué sur le visage quand il s'écria : « Bon, et si on reprenait l'entraînement ? J'aimerais bien être capable d'éviter de me refaire frapper sur le haut du crâne la prochaine fois que je serais pris à rêvasser en plein exercice… » Livaï prit un moment pour se recentrer, les yeux braqués sur la longue silhouette baraqué du Chevalier appelé 'Franz' si familièrement par l'Oméga.
Il ignorait ce qui se tramait au manoir des Diament pour qu'Eren eut soudain la réflexion que la Sélection puisse avoir l'air d'une 'prise d'otage' pour certaines Candidates.
Qu'avait-il surpris au juste ?
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
La Sélection n'aurait sans doute pas été fidèle à elle-même sans son lot de mélodrames.
La plupart du temps, Livaï ne prêtait qu'une vague attention aux divers retournements de situations qui rythmaient la compétition. Les coups en traître ou clairement vaches que se faisaient les Candidates entre elles demeuraient somme-toute assez mesquins, mais sans réel danger pour leur vie. Enfin, la plupart du temps. L'Alpha ignorait s'il devait s'inquiéter ou admirer l'ingéniosité diabolique que mettait en œuvre la plupart d'entre elles pour se faire du mal sans jamais dépasser la fine ligne du 'moralement acceptable'. De manière assez extraordinaire, les deux seuls Candidats qui parvenaient à se sortir indemne de cette lutte misérable de pouvoirs étaient Mikasa et Eren.
La première parce qu'elle était tout simplement au-dessus du panier, le second parce que personne ne pouvait décemment le traiter comme une menace quand l'absolu avantage qu'il semblait avoir réussi à tirer de cette première épreuve était de se faire systématiquement saluer par le Prince. Ses résultats académiques avaient beau impressionner, c'était loin d'en faire un Candidat à craindre. Et ce, malgré le fait que sa résidence se dressait de façon spectaculaire avec pourtant le plus bas budget hebdomadaire jamais enregistré depuis la création de la compétition. Si on ne le craignait pas ? C'était parce qu'Eren était incapable de s'attirer les faveurs du moindre noblaillon. Même ceux qui, très franchement, le présentaient comme une sorte d'incube infernal et se pavanait sans retenu quand ils pensaient pouvoir attirer son attention, n'osaient lui apporter aucun soutien tangible.
Il ne fallait pas être un génie pour comprendre qu'une force extérieure et non négligeable était à l'œuvre.
Installé derrière son bureau, Livaï lisait sans le voir le document que lui avait tendu Farlan en venant s'asseoir face à lui, dans le cabinet qui aurait dû appartenir à l'Héritier du Nord à l'origine. Comme d'ordinaire, l'Alpha s'époumonait sans que son meilleur ami n'y prête véritablement attention : « …et les vols sont mêmes devenus violents ! Après les premiers pillages, les Candidates ont naturellement augmenté la sécurité de leurs réserves ! Et récemment, un des Chevaliers d'Oméga Jaëger a même été blessé dans… » Cette partie de la complainte eut le mérite d'attirer l'attention de Livaï. L'Alpha redressa brusquement la tête : « Juste un Chevalier ? » Farlan cligna des yeux, un peu perdu : « Pardon ?
- Il n'y a eu qu'un Chevalier blessé lors de l'attaque des réserves d'Oméga Jaëger ? » Un silence. Farlan plissa les yeux et s'avança théâtralement de façon à pouvoir croiser les mains sur le bureau de son meilleur ami, il remarqua : « Ça doit faire une bonne vingtaine de minutes que je gaspille ma salive à te parler de notre 'petit soucis' de pillage sauvage, et là, il suffit que je dise les mots magiques pour que, 'pouf', l'attention de son Altesse daigne se porter sur ma maigre existence.
- Tu dramatises tellement tout que je pense très sincèrement que tu as loupé ta carrière dans la troupe impériale d'acteurs théâtraux. Si un jour tes parents décident pour une raison ou une autre d'avoir un autre enfant, songe à ta reconversion. Une place de choix t'attend. » Farlan se recula, un air calculateur plaqué sur le visage pendant quelques instants avant qu'il ne précise : « Bien sûr, c'était un Chevalier. Quelques soldats ont été légèrement blessés aussi, mais rien de plus grave que la contusion cérébrale d'Alpha Jean Kirstein. Pourquoi, tu pensais à quelqu'un en particulier ? » D'ordinaire, Auruo était un allié fiable lorsqu'il s'agissait de garder pour lui les détails de la vie de Livaï.
Or, depuis qu'ils avaient mis en place leur substitution d'identité (un plan qui avait révolté le majordome), Auruo s'était fait un devoir de rapporter diligemment des éléments aléatoires de son existence à Farlan. Le majordome avait beau dire que c'était pour aider à 'garder la cohérence' de leur mensonge, Livaï le soupçonnait d'être assez vindicatif pour essayer de discrètement le punir à sa manière. Il était donc plus que probable que Farlan soit déjà au courant des 'petites séances d'entraînement' que Livaï donnait quotidiennement à Eren.
Il valait mieux donc assumer que Farlan était au courant de tout, sans pour autant trop en dire. L'Alpha prit un air désinvolte lorsqu'il commenta : « Connaissant le morveux, il aurait été capable de se déguiser en soldats dans sa résidence pour essayer de mettre à l'épreuve ce qu'il a appris pendant nos séances d'entraînement au combat. Il n'y aurait rien eu d'étonnant à ce qu'il finisse blesser… » Farlan haussa les sourcils, entrouvrit la bouche puis la referma à plusieurs reprises, sans savoir quoi dire. Une fois n'était pas coutume, Livaï était assez fier de lui sur le coup. Parvenir à rendre Farlan bouche bée ? C'était un achèvement. Malheureusement, son meilleur ami reprit bien vite contenance et il s'écria : « Levi ! Comment est-ce que tu peux aussi sereinement parler de ton favoritisme flagrant ?!
- Personne ne sait que je suis le Prince. Donc pas, ce n'est pas du favoritisme.
- Tu plaisantes ou quoi ?! Je sais que tu es le Prince ! Tes gardes et tes Chevaliers savent que tu es le Prince ! Erwin sait que…
- Oui ! C'est bon, j'ai compris. » Farlan prit tout à coup un air plus sérieux. Il fixa longuement son ami dans les yeux et demanda : « Est-ce que tu… l'aimes Levi ? » L'Alpha se raidit imperceptiblement sur son siège.
L'aimer ?
Livaï ne pouvait nier qu'une certaine part de son obsession, au départ purement physique, avait largement changé ces derniers temps. Dorénavant, Eren faisait bien plus que l'attirer ou l'intriguer. Il le fascinait, l'amusait, le rendait dingue, tour à tour. Livaï était 'heureux' de le rencontrer tous les jours. Il appréciait les moments qu'ils passaient ensemble à échanger des coups, des prises, des piques, des réflexions et des blagues. Le fait qu'ils flirtent sans s'en cacher depuis quelques temps rendait, très certainement, leur proximité encore plus agréable. Mais de là à parler d'amour ?
L'Alpha roula des yeux puis rétorqua : « Si seulement tu mettais la moitié de l'énergie que tu dépenses dans ton obsession des histoires à l'eau-de-rose pour régler nos problèmes avec le Royaume d'Etiola, l'Empire serait sûrement déjà plus grand d'un millier de kilomètres carrés et le Duché du Nord libre de toutes attaques barbares…
- Oh par les Déesses, Levi ! Est-ce que ça te tuerais vraiment d'avouer que tu l'apprécies à ce stade des opérations ?! En vérité, tu passes un temps considérable en sa compagnie, bien plus que tu n'as montré d'intérêt à n'importe quelle autre Candidate ! » Livaï poussa un soupir : « Bien. Oui, je l'apprécie. La belle affaire. Il n'empêche que je reste Prince Couronné, et lui, un Oméga plus que louche, sans aucun soutien politique qui…
- Il a le mien ! » Livaï le vrilla du regard. Farlan haussa les épaules, sans aucun regret avant d'expliquer : « S'il est capable de te faire tomber amoureux, toi l'impitoyable Prince Sanglant de la Bataille Rouge qui nous a fait gagner la guerre, il a mon indéfectible soutien.
- Tu dis vraiment n'importe quoi quand on te laisse débiner tout ce qui te passe par la tête, hein ? » Farlan saisit ensuite théâtralement une pile de documents qu'il avait soigneusement cachés derrière lui, et les balança sur le bureau de Livaï. L'Alpha les saisit, se retenant à grande peine de pousser un soupir résigné.
Il se figea lorsque son regard tomba sur les premiers mots du dossier.
Farlan avait un large sourire satisfait aux lèvres lorsque Livaï releva la tête dans sa direction. Il déclara avec fierté : « De rien.
-… Tu viens me gonfler pendant vingt minutes avec tes problèmes de gestion de la Sélection à la con, et au lieu de te servir des Agents de l'Ombre que je t'ai filé pour régler le problème des pillages, tu perds ton temps et leur énergie à compiler ce genre de merde ? » Livaï referma brusquement le dossier.
En réalité, il avait souvent pensé à donner l'ordre lui-même d'effectuer une enquête approfondie sur Eren Jaëger.
Mais il s'était toujours retenu de passer à l'acte, parce qu'alors, son intérêt pour l'Oméga dépasserait de loin le simple 'jeu'. C'était comme ancrer dans la réalité les pensées fugaces, les compulsions passionnées qui l'embrasaient lorsqu'il se laissait aller à penser à Eren. Ce fut au tour de Farlan de rouler des yeux : « Tu aurais déjà lancé ce genre de procédé toi-même en temps normal ! Et pour trois fois moins d'inconsistances narratives que celles qui trouent littéralement ce qu'on croit savoir d'Oméga Jaëger.
-…
- Je pourrais bien sûr croire que c'est parce qu'objectivement, le pauvre bougre n'a que très peu de chance de survivre à la première épreuve de la compétition. » Il marqua une pause théâtrale avant d'ajouter, l'œil brillant : « Mais je te connais depuis qu'on porte des couches à langer. Et du coup, ce que je me demande vraiment c'est, pourquoi tu n'as pas agi comme d'habitude ? … » Ils se fixèrent un moment. Livaï n'avait pas esquissé le moindre mouvement, le regard résolument braqué sur son meilleur ami.
Farlan agita la tête, faussement résigné. Il s'avança de nouveau, saisit le dossier et l'ouvrit avec emphase. Il le parcourut rapidement des yeux avant de déclarer : « Si je n'avais pas moi-même vu de mes yeux à quel point la relation de tes parents était tordue, j'aurais sûrement désespéré de connaître un type aussi réticent à faire face à ses propres sentiments. » Livaï serra le poing. Il était sans doute à deux doigts de traîner son meilleur ami par les cheveux vers la sortie. Farlan savait malheureusement quand arrêter de l'irriter, juste avant qu'il n'implose.
L'Alpha commença à expliquer, comme si Livaï lui avait demandé un compte-rendu du contenu de dossier : « Dinah Jaëger et son fils le Docteur Sieg ont réussi juste avant la mort de Grisha Jaëger à devenir les seuls dépositaires des terres et de la fortune des Jaëger. » Ah. Voilà qui rendait plus que compréhensible la haine d'Eren à leur encontre. Visiblement, la seule chose pour laquelle Dinah Fritz était devenue plus que douée, c'était de conserver les apparences…Au départ, tout ce qu'on entendait d'Eren Jaëger, c'était à quel point Dinah était courageuse d'avoir acceptée de porter le lourd poids des responsabilités d'un rejeton aussi malade et pourri gâté alors qu'il n'était même pas le sien. Cette révélation ne faisait que confirmer ce que Livaï avait déjà compris en côtoyant l'Oméga aussi souvent. Eren Jaëger s'était construit sans jamais compter sur personne. Un peu comme Livaï, il avait dû pousser comme de la mauvaise herbe, envers et contre tout.
Farlan fut loin de prendre son silence pour l'expression d'un manque d'intérêt, bien au contraire. Il poursuivit son exposé d'une voix enjouée : « J'ai rencontré Sieg.
- Quoi ?
- Oui. J'étais curieux, alors je l'ai fait appeler pour une consultation médicale. » Livaï se pinça l'arête du nez, halluciné. Il demanda, contrit : « Où est-ce que tu trouves encore le temps de te faire assez chier en tant que remplaçant du Prince Couronné pour jouer les détectives à la mords-moi le nœud ?!
- Levi, je n'ai jamais rencontré un type aussi malaisant. Je ne sais pas si c'était ses yeux, ou la façon malsaine qu'il a eu de dire le mot 'frère' quand il m'a demandé si Oméga Jaëger s'en sortait bien dans la compétition… » Livaï fronça les sourcils, perturbé. Est-ce qu'il y avait plus à lire dans l'animosité d'Eren à l'encontre de sa belle-famille que l'évidente truanderie d'héritage ? Farlan feignit de frissonner et renchérit : « Surtout quand il a ajouté que ''Eren aurait toujours une place au manoir quoiqu'il advienne''. Je te jure, ça aurait pu être mignon, de la simple sollicitude fraternelle. Mais, il y avait un je-ne-sais quoi dans sa voix… » Livaï abandonna tout faux semblant de réticence et demanda : « Qu'est-ce que tu as appris sur Carla Jaëger ? » Il voulait éviter d'en apprendre trop sur les Fritz.
Eren ne lui semblait absolument pas du type à apprécier les 'chevaliers servants', ni même à demander de l'aide. Un peu comme Isabelle. Livaï s'en rendait de plus en plus compte : en apprendre davantage sur sa condition lui donnait cependant une irrésistible envie de voler à son secours... C'était aussi perturbant que frustrant.
Le sourire victorieux que lui servit Farlan à la lumière de sa visible démonstration d'intérêt lui donna envie de lui coller son poing dans la face. L'Alpha prit un air triomphal et exposa : « Elle est un total mystère ! A en croire ses manières impeccables et, son sens apprécié de l'hospitalité, on aurait dit qu'elle avait des origines nobles. Mais son sens de la mode et sa simplicité la désignait davantage comme une 'banale fille du peuple'. Avant de gagner ses titres et ses terres, Grisha était lui-même issu du peuple, rien d'étrange à ce que sa femme eut les mêmes origines modestes…
- Et… c'est tout ?
- Loin de là ! Dans les témoignages de gens qui l'avaient rencontrée, ce qui revient le plus est le terme 'magique'. Apparemment, il était impossible de ne pas l'apprécier. Elle semblait sensible à un tas de choses, capable de dire avant tout le monde quand quelqu'un était enceinte, de prévoir le climat sans jamais se tromper, soulager les douleurs d'un simple massage... Elle avait la main verte et c'était elle qui faisait pousser la majorité des plantes dont se servait le Docteur aux Doigts d'Or lorsqu'il partait sillonner les routes pour soigner des malades. Et petit bonus ? Les animaux l'adoraient. Elle avait même un renard de compagnie à un moment donné ! » Livaï marqua une pause, confus. Qu'est-ce que c'était que ce portrait bizarre ?
Est-ce qu'on était en train de décrire un personnage de conte de fée ou une personne réelle ?
Farlan parut lire la circonspection dans ses yeux et il s'empressa d'ajouter : « Ce sont les témoignages Levi ! Je te jure que je n'invente rien !
-…
- Si tu trouves déjà que ce portrait fait un peu 'fantasque', attend la suite ! » Farlan prit un air de conspirateur et révéla : « Le point sur lequel tous s'accordaient, c'était que personne de la Cour impériale entière n'était capable d'animer les soirées comme le faisait Carla Jaëger. Elle ne prenait le rôle d'hôte que peu souvent, mais quand elle envoyait ses cartons d'invitations, pas un convive ne refusait. Elle y donnait toujours un petit spectacle de chant et de danse, et selon toute vraisemblance, c'était si impressionnant que son public s'en retrouvait enchanté. » Livaï baissa les yeux vers ses mains et déglutit.
Le chant, la danse...
Carla Jaëger était sans aucun doute celle de qui Eren avait hérité sa « magie ».
Qui était-elle ?
La bâtarde de l'un des pontifes de l'Eglise ?
Pourquoi détestait-elle la famille impériale ?
Farlan posa de nouveau le dossier avec grandiloquence devant Livaï et s'exclama, fier comme un paon : « Donc, comme je le disais au départ. De rien. » Avec réticence, Livaï saisit le dossier. Il ne lui ferait sûrement pas le plaisir de le lire en détail sous ses yeux, mais il risquait très fortement de s'y plonger dans les heures à venir… Son meilleur ami sembla tout à coup le prendre en pitié et mit un terme abrupt à ses 'taquineries'. C'était soit ça, soit il avait détecté qu'il s'agissait de l'un de ces moments clés où il valait mieux laisser Livaï mariner dans son coin que de le pousser à dire ou penser des choses, qu'il n'était ni prêt ni sûr de vouloir dire ou penser.
Farlan se redressa tout en s'étirant, puis déclara soudain : « Bon, je vais y aller moi. J'ai un groupe de pilleurs à débusquer avant que ta Sélection ne parte complètement à la dérive…
- J'espère que la Candidate responsable de ce bordel se rendra compte avant son jugement de la connerie sans borne dont elle a fait preuve. » C'était forcément l'œuvre d'une Candidate. La sécurité des terres impériales était assurée par l'excellent Ordre Sacré que commandait Kenny. A part des hommes déjà présents sur le territoire (à savoir les soldats à la solde d'une Candidate de la Sélection), nul ne pouvait s'introduire afin de piller les réserves des résidences. Si la Candidate en question avait été assez bête pour se laisser embarquer dans un stratagème aussi idiot (et voué à l'échec dès le départ), elle méritait amplement sa punition et d'être éliminée de la compétition.
De plus, ses pillages n'auraient sans doute jamais réussi à réellement impacter les résultats de l'épreuve.
**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**
Les mois alloués à la première épreuve de Sélection étaient passés à la vitesse de l'éclair.
Quand Livaï entra dans la salle allouée à l'annonce des résultats, il était bien plus tendu qu'il ne s'y était attendu. Farlan se tenait à ses côtés, affublé du costume du Prince Couronné. Plus loin, les membres du jury préliminaire assistaient aussi à ce moment historique. Le Haut Prêtre du culte des Trois Déesses, Dot Pixis, s'était présenté sobre (du moins Livaï l'espérait) pour l'évènement. Le Duc de l'Est et Juge Suprême du ministère de la Justice, Erwin Smith, contemplait toute la scène avec détachement. Pour assurer le bon déroulement de l'annonce, quelques Chevaliers de l'Ordre Primus que dirigeait le Duché du Nord étaient répartis dans la pièce ou gardaient ses portes.
Quand Eren fit son entrée dans la pièce, Livaï ne put s'empêcher de le fixer. Leurs regards se croisèrent pendant une infime seconde avant que l'Oméga ne détourne les yeux. Son attention parut alors se reporter immédiatement sur la salle dans son ensemble. Comme à chaque fois qu'on exigeait de lui qu'il participe à un évènement officiel, Eren s'était vêtu d'une des trois tenues sur-mesure qu'on avait fait fabriquer pour lui. Sur celle-ci, l'emblème des Jaëger était un peu plus visible que sur les autres. A ce stade de la compétition, sa simplicité était presque devenue une image de marque. Livaï se fit la réflexion que, puisqu'il mettait un point d'honneur à porter le blason de sa famille, Eren devait toujours porter une affection particulière à son père : et ce en dépit des rumeurs qui lui attribuaient la paternité de Sieg Fritz ou le malheur dans lequel son remariage avait plongé le jeune Oméga.
Livaï tenta à son tour de jauger l'ambiance générale.
Les Candidates Leonhart et Doris étaient beaucoup plus proches que l'Alpha ne l'aurait cru. Bien que Doris ne cessât de jeter des coups d'œil nerveux en direction de son alliée et que ses sourires habituellement malicieux semblaient actuellement plus faux que pensés. Livaï eut également la surprise de remarquer que Mikasa s'était installée bien plus proche de la position d'Eren. Il crut même surprendre un étonnant échange de regard entre les deux Candidats. Arrêté dans son analyse par cette soudaine anomalie, il loupa l'occasion de poursuivre son tour de salle quand Farlan s'exclama : « Bonjour Candidats ! Et bienvenue pour la première étape des Annonces. Comme dit au début de la Sélection, trois d'entre vous seront éliminés de la compétition aujourd'hui. J'espère que vous avez su mettre à profit ces trois mois pour n'avoir aucun regret. » Livaï tenta de ne pas penser trop fort au déchirement que ce serait de voir Eren quitter la compétition.
De devoir tout à coup se sevrer du parfum addictif de ses phéromones.
De passer le reste de la Sélection à se demander comment l'Oméga aurait participé dans telle ou telle épreuve. De penser aux discussions qu'ils n'auraient jamais. Aux entraînements que Livaï aurait aimé pouvoir dispenser afin de s'assurer qu'Eren puisse réellement s'en sortir face à un assaillant, ou plusieurs même. Qu'allait devenir l'Oméga une fois éliminé ? Il était évident qu'il ne disposait d'aucun fond de secours capable de l'aider à prendre son envol. De par son statut, il était presque condamné à se trouver sans emploi. Incapable de monter ou posséder un commerce sans être d'abord marié…
Farlan interrompit ses pensées avant que Livaï ne s'enfonce davantage dans une spirale obscure d'angoisse, en s'écriant : « Avant d'annoncer le nom des Candidats éliminés, je tiens à vous informer des conclusions de l'enquête visant à découvrir les coupables des vols de vivre dont vous avez souffert. » Il effectua à peine un geste de tête que six Chevaliers s'avancèrent dans la salle, très visiblement armés et prêts à en découdre. Tous semblaient pris de court lorsqu'ils entourèrent la Candidate Carolina et que Farlan déclara sur un ton sans appel : « Mihna Carolina, fille du Vicomte Carolina des terres du Sud, vous êtes en état d'arrestation pour complot contre la Couronne.
- Qu…quoi ? Non, il y a méprise ! Ce n'était pas contre sa majesté ! » Blême et tremblante, Mihna essaya faiblement de se défendre : « Je ne cherchais pas à trahir qui que ce soit ! Majesté, je vous en prie, vous devez me croire ! Je… Je ne faisais que jouer le jeu ! C'est tout ! Je n'avais aucune intention de… » Pauvre petite sotte. Si quelqu'un avait bien compris comment jouer le jeu de la Sélection, c'était sans aucun doute le cerveau retors qui avait su la convaincre que voler les vivres de ses rivales pourraient aider à influer sur les résultats finaux.
Farlan cessa de sourire et prit un air profondément affecté lorsqu'il répliqua : « Même s'il n'était effectivement pas spécifié dans le règlement que le vol était une méthode prohibée pour gérer ses ressources, j'espérais que la décence et le sens commun de tout un chacun suffirait à dissuader d'employer ce genre de biais logique fallacieux. » Il poussa ensuite un grand soupir, et se couvrit le visage d'une main en prenant un air très visiblement déçu. Quelle diva du dimanche… Les Chevaliers saisirent Bêta Mihna Carolina, livide, alors qu'elle continuait de se défendre vainement : « Je ne l'ai pas fait pour moi ! Je vous en prie ! Ne me jetez pas en prison ! Ce n'était pas… » La double porte se referma lourdement sous ses cris désespérés.
Un silence glacial s'abattit dans la pièce.
L'éclat du sourire qui fleurit à nouveau sur les lèvres de Farlan lorsqu'il annonça en écartant les bras était hautement perturbant. Et c'était très certainement l'une des raisons pour laquelle Livaï avait appris très tôt qu'il devait se méfier autant d'un sourire avenant que d'une mine ostensiblement agressive.
« Bien. Maintenant qu'on en a fini avec ça, j'aimerais… ».
Le 'Prince' fut interrompu dans sa déclaration par le mouvement de la Candidate Annie Leonhart. La jeune Bêta s'était avancée au centre la pièce, un air déterminé affiché sur son visage habituellement impassible. Son regard bleu acéré brillait avec résolution lorsqu'elle posa un genou à terre face à Farlan et qu'elle déclara : « Votre Altesse. Avant que la séance ne continue, je tiens à annoncer ma décision de prononcer le Serment. » Surpris, Farlan prit un instant à chercher ses mots avant prononcer les mots rituels exigés dans une telle situation : « Etes-vous déjà engagée sur la Voie de l'Epée ? » Annie releva la tête, et confirma sans hésitation : « J'ai déjà prononcé les Vœux devant l'autel de la Déesse Maria et mon engagement a été confirmé par le Juge Suprême de Justice. Le Duc Erwin Smith. » Livaï plissa les yeux. Quel… étrange retournement de situation. Pas qu'il était si étrange qu'une fille aussi passionnée par la Chevalerie puisse s'avérer bien plus intéressée par s'engager sur la Voie de l'Epée qu'à l'idée de devenir Impératrice.
Non, ce qui était vraiment étrange, c'était le timing de sa décision.
Farlan paraissait réellement pris de court, alors que Le Duc de l'Est avait l'air résolument impassible et évitait soigneusement de croiser le regard de Livaï. Pourquoi est-ce qu'Erwin s'était bien retenu de lui dire qu'une Candidate comptait s'auto-éliminer de la compétition ? Qui avait guidé la main de cette jeune Bêta sur la Voie de l'Epée ? Annie était l'une des Candidates dont Livaï pensait pouvoir tirer avantage plus tard dans le jeu… Sa défection était loin de l'arranger. Il pensa un instant à la soudaine camaraderie qui unissait la Candidate Doris et Leonhart… Était-ce dû à l'intervention d'Hitch Doris qui avait trouvé une manière innovante de se débarrasser d'une rivale ?
Ou alors est-ce que les choses étaient plus compliquées ?
Il était fort probable qu'Erwin, pour une raison qu'ignorait Livaï, eut décidé de favoriser le passage d'une Candidate particulière au détriment de Leonhart… Farlan semblait complètement perdu alors Livaï prit la décision de l'aider à se sortir de ce mauvais pas. Il effectua un subtil mouvement sur la gauche, pour attirer l'attention de son meilleur ami. Une fois sûr que Farlan l'observait, il agita rapidement la tête pour lui signifier qu'il valait mieux laisser tomber pour cette fois-ci.
Soulagé, Farlan sourit à nouveau et posa une main compatissante sur l'épaule d'Annie tout en précisant : « Normalement, l'appartenance à l'Ordre de Chevalerie n'est pas un motif de disqualification de la Sélection… ». Visiblement rassurée par le manque de tension dans sa voix, Annie s'expliqua : « J'en ai déjà discuté avec mon père. Faire partie de cet évènement était un honneur pour nous. Cependant, non seulement mes résultats sont loin d'égaler ceux de mes adversaires, mais j'ai aussi eu l'occasion de comprendre que ma véritable vocation est celle de protéger l'Empire, une arme à la main. Ces trois mois m'ont été extrêmement bénéfiques. Je sais maintenant où est ma véritable place, et c'est pour cela que j'espère un jour pouvoir repayer la dette que je dois à la famille impériale, l'arme aux poings. » Farlan se contenta d'acquiescer calmement, comme si cette déclaration faisait parfaitement sens.
Il proclama alors avec émotion : « Annie Leonhart, en vertu du Serment, est à ce jour destituée de son titre de Candidate. Quelle maison a accepté de sponsoriser votre apprentissage ?
- Le Marquis Doris a accepté d'engager les Leonhart. Hitch Doris me fera office de Seigneur le temps de mon apprentissage. Je serais l'Ecuyère de Sir Marlowe Freudenberg, son Chevalier servant. » Certes. Ça confirmait une partie des soupçons de Livaï, surtout sur la nature de l'alliance qui avait permis à Annie Leonhart de survivre à la première épreuve sans trop de casse. Farlan fit un nouveau signe de tête pour montrer son assentiment. Et ainsi, la deuxième Candidate éliminée fut désignée.
Le cœur de Livaï battait la chamade.
L'identité de la dernière Candidate éliminée n'était pas un secret pour lui, ni d'ailleurs pour Farlan. Et l'angoisse indicible qui n'avait cessé de lui vriller les tripes depuis le début de la cérémonie d'annonce des résultats fondit comme neige au soleil. Eren. Eren n'allait pas être éliminé. Pas tout de suite. Il allait pouvoir profiter d'encore trois à quatre mois en sa compagnie. Il savait qu'il n'aurait sans doute pas dû être aussi soulagé, ou 'heureux' de cette réalisation.
Mais c'était pourtant le cas : il était soulagé, heureux et excité à l'idée de continuer à approfondir cette étrange relation bancale que la logique et la raison ne suffisaient à avorter.
Farlan se racla la gorge, un petit sourire légèrement embarrassé pointé dans la direction des autres Candidats présents : « Bien… Il ne reste déjà plus qu'une élimination pour cette étape. On m'avait dit que la Sélection était un processus éprouvant et surprenant, j'avais tort de croire que j'avais déjà tout vu sur le champ de bataille ! » Quelques rires mal aisés accompagnèrent sa tirade. Quand les rires nerveux finirent par se tarir, Farlan reprit enfin le cours de la cérémonie d'annonce : « Je vais maintenant annoncer l'identité de la dernière élimination… » Livaï avait reporté son attention sur la Candidate Diament et son Chevalier servant Franz Kefka.
Elle était blême et éprouvée, et lui se tenait sur le qui-vive, prêt à la défendre de sa vie.
Sans l'intervention d'Eren, l'avenir de ce couple d'imbéciles heureux aurait été hautement plus sombre. Le genre de mésaventure qui leur était arrivée aurait habituellement servi d'exemple pour le reste des Candidates et leur entourage. Kenny les aurait sûrement condamnés à l'échafaud. Fort heureusement, la perspective d'Eren sur leur histoire, le fait que l'Oméga eut avancé à mi-mots qu'ils étaient néanmoins hautement préoccupés par le sort de leur famille et leurs obligations nobles, avait rendu Livaï plus magnanime. Plus à même d'écouter et de trouver une alternative moins sanglante qui, finalement, lui serait sans doute plus bénéfique que de montrer l'exemple.
Avec la future Comtesse Diament dans son camp, Livaï avait bien plus qu'un pied dans la porte des bonnes grâces du capricieux parti Neutre.
Farlan acheva son annonce théâtrale : « …commun accord Hannah Diament. » Un brouhaha surpris s'éleva dans la pièce. Livaï comprenait la surprise générale. Lui aussi, avant qu'Annie Leonhart ne vienne tout chambouler, était persuadé qu'Eren Jaëger devait dire adieu à la compétition. Il mentirait néanmoins s'il affirmait ne pas être ravi d'échanger la blonde contre le brun… Farlan leva les bras pour apaiser la foule avant d'expliquer avec assurance : « Certaines circonstances font que l'élimination d'Hannah Diament s'impose actuellement comme la meilleure décision à prendre. Lors d'un rendez-vous officiel, nous avons convenu d'un accord… » Livaï avait les yeux rivés sur Eren alors que l'Oméga, visiblement secoué, fixait sans bien comprendre ce qu'il voyait Hannah et son Chevalier servant.
L'Alpha vit l'exact moment où, les yeux écarquillés, Eren sembla saisir de quoi il en retournait réellement. L'Oméga tourna ensuite rapidement la tête vers Livaï. Leurs regards se croisèrent, et une seconde plus tard, Eren baissa la tête. Confus face à la virulence de sa réaction, Livaï continua de l'observer, espérant à nouveau réussir à capter son attention. En vain. Eren prit grand soin d'éviter le regard de l'Alpha pendant le reste de la cérémonie d'annonce.
Sans en comprendre la raison, Livaï sentit un douloureux poids au creux de son estomac.
To Be Continued….
J'ai beaucoup rigolé en lisant les réactions d'Honey Love sur ce chapitre.
Entre les allusions à la surdité (#PauvreLivaï mais c'est censé être vrai que trop se l'astiquer créé la surdité! xD), son air halluciné face à la puissance de son déni...je me suis bien marrée!
Et vous? Qu'avez-vous pensé de ce chapitre?
Comme je le disais à Kizz, c'est un peu comme lire Mo Dao Zu Shi de MXTX du point de vue de Lan Zhan...Livaï est beauuuucoup plus 'chaud' qu'Eren! *rire gras gênant*
Est-ce que c'était assez hot quand ça le devait?
Les coulisses de la Sélection étaient-elles à la hauteur de vos espérances?
Un avis sur l'amitié de Levi et Farlan?
Hâte de lire la suite?
Moi en tout cas, j'ai hâte de lire vos réactions!
Plein de love, Maman Chat
Ps: Enfin! Erwin entre en jeu! *-*
