Ce chapitre fait 32 pages.
Equipez-vous d'une bouteille d'eau, de snacks et de patience. Damn, la correction de ce monstre a été une épreuve terrible...Je suis néanmoins super fière d'avoir tenue ma promesse et réussi à le corriger avant que Dimanche ne soit trop entamé...

Je suis assez nerveuse de voir comment vous allez réagir ce chapitre à vrai dire...Mais je vais m'arrêter de tergiverser de ce pas et vous laissez profiter du mastodonte.

Bonne lecture!

Résume du chapitre: ''Sieg Fritz allait très vite comprendre que la folie qui courrait dans le sang de la famille impériale n'était pas qu'une vulgaire rumeur...''


Cinderella Complex Reverse

Chapitre 6 : Second Event

Fool/Full in Love

Livaï

Last Part

Plus Livaï en apprenait sur l'affaire Fritz et plus il désirait prendre la place du bourreau qui aurait l'honneur de les exécuter à la fin de leur procès.

Après quelques jours de torture sous les bons soins d'Hanji, Sieg avait fini par livrer tous les secrets de son savoir médical à condition que 'la douleur cesse'. Bien que son souhait eût été exaucé, ce n'était certainement pas ça qui allait empêcher Livaï de lui faire regretter d'être né. Quelques heures seulement après sa dernière entrevue avec le médecin impérial, l'Alpha avait rendu visite au prisonnier. Au fond de son cachot sombre et humide, l'homme était dans un piteux état. Recroquevillé dans un coin crasseux de sa cellule, tremblant et sale, Sieg avait poussé un cri d'effroi lorsque la porte de sa prison s'était ouverte. Un bras levé pour se protéger le visage, il balbutiait des suppliques incompréhensibles tandis que Livaï entrait d'un pas lourd dans la cellule.

Le garde qui accompagnait l'Alpha éclaira la pièce de sa lanterne. Livaï plissa le nez de dégoût. Entre les odeurs d'excréments, de sang et de moisissures, on avait vraiment fait en sorte de lui obéir et de fournir à Sieg Fritz la pire prison des geôles impériales. Livaï prit le temps de détailler l'homme misérable. L'Alpha considéra d'un œil les brûlures et les entailles qui lui recouvraient la peau, le pus des blessures mal soignées qu'on laissait chancir. Peut-être que lorsque l'heure de sa mort viendrait, Sieg serait prêt à l'accueillir à bras ouverts. Parfait. C'était exactement ce que souhaitait Livaï.

L'Alpha resta en silence, à fixer l'agresseur d'Eren (son plus que possible demi-frère) et, pas une seule seconde il ne regretta les conditions dans lesquelles il avait choisi de le détenir. Si un autre que Livaï était intervenu, ou pire, si personne n'était venu à la rescousse de l'Oméga, qui sait ce qu'Eren aurait été prêt à faire pour échapper à l'horrible destinée à laquelle avait souhaité le condamner Sieg. Comment l'Oméga était-il censé survivre en se retrouvant lié à jamais à l'assassin qui avait empoisonné sa mère ? A l'homme qui l'aurait violé ?

Enfin, Sieg arrêta de baragouiner dans son coin et abaissa le bras pour découvrir le nouvel arrivant dans sa cellule. Il y avait de quoi être curieux, surtout que cela faisait plusieurs minutes que personne ne l'avait encore trainé et attaché à une chaise pour le violenter… Quand son regard hésitant se posa sur Livaï, Sieg commença à avoir des sueurs froides. Hanji Zoé l'avait peut-être torturé, mais celui qui revenait le plus souvent hanter ses cauchemars, c'était l'Alpha au regard bleu acier.

L'Aura qui l'avait submergée, la violence inouïe du monstre indéfectible qui l'avait massacré sans qu'il ne puisse ne serait-ce que supplier pour sa vie, le tourmentaient. Livaï l'avait mis dans un état pire que la mort en quelques coups, sans qu'il ne puisse lever le petit doigt pour se défendre. Ce soir-là, Sieg avait fini par espérer que son prochain coup de poing puisse définitivement l'achever, en vain. L'étrange profondeur de la voix caverneuse de Livaï avait percé les brumes de la douleur et du désespoir pour s'inscrire dans sa conscience au fer rouge.

Sieg se jeta aux pieds de l'Alpha et déblatéra, effaré : « Je suis désolé ! Je suis désolé ! Ce n'est pas ma faute ! C'est lui ! C'est… » Sa paire de lunette avait un verre entièrement craquelé, et son regard était complètement fou lorsqu'il le releva vers Livaï et s'écria : « Vous l'avez senti aussi, n'est-ce pas ? Vous le savez ! Vous le savez forcément ! Il, 'il n'est pas Humain'! Elle ne l'était pas non plus ! Ils… ils sont 'différents'! Ce n'est pas ma faute ! » Livaï ne put empêcher la vivacité des images qui venaient de surgir dans son esprit.

Eren près de la fontaine, qui flottait dans les airs.

Son chant mystique.

L'apparition de Sina.

Même si Sieg disait vrai, d'une façon ou d'une autre, rien à ses yeux ne justifiait pour autant qu'on s'en prenne à l'Oméga. Livaï dégagea une jambe de la prise du prisonnier, et sans une seconde d'hésitation, lui écrasa brusquement la main sous sa botte. L'homme poussa un hurlement à en glacer le sang. Livaï lui ordonna sèchement : « La ferme ou je te brise l'autre main. » Immédiatement, le prisonnier étouffa ses cris et geignit pitoyablement. Sieg se recroquevilla sur lui-même, berçant sa main cassée en pleurant.

On avait déjà placé la jambe que Livaï lui avait brisé quelques jours plus tôt dans une attèle. Et même s'il essayait de se rendre le moins imposant possible, le prisonnier ne pourrait décemment pas se mettre en boule et éviter les coups. Livaï plissa les yeux. Lorsqu'il rouvrit la bouche, ce fut avec toute la véhémence que l'homme lui inspirait qu'il assura : « Lorsque l'heure de ton exécution sonnera, je ferais en sorte que le bourreau utilise la lame la plus émoussée possible. Il devra s'y pendre à plusieurs reprises avant de réussir à détacher ta sale tête de ton corps. » Sieg hoqueta, un air effaré plaqué sur le visage. Rien ne se reflétait dans le regard glacial de l'Alpha qui lui faisait face lorsqu'il continua : « Ce n'est pas une menace, Fritz. C'est une promesse. » Pourquoi se fatiguer à aller chercher des monstres là où il n'y en avait pas, alors que Paradise laissait le plus parfait exemple d'inhumanité régner sans partage à la tête de son Empire ?

Sieg Fritz allait très vite comprendre que la folie qui courrait dans le sang de la famille impériale n'était pas qu'une vulgaire rumeur.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Plus le temps passait et plus la certitude de n'être qu'un pantin dansant au creux de la paume d'Eren Jaëger prenait de l'ampleur dans l'esprit de Livaï.

Il n'y avait rien d'étonnant à ce que son obsession pour l'Oméga ne lui soit pas retournée. Même à ses yeux, ses émotions étaient un peu trop intenses pour ne pas être qualifiées d'anormales. Même si Eren était attiré par lui et éprouvait une certaine dose d'affection à son égard (du moins, Livaï osait y croire), l'Alpha se trouvait dans une incertitude constante et très anxiogène. Comment espérer tout révéler à Eren s'il luttait à ce point pour se rapprocher de l'Oméga tout en se faisant passer pour l'Héritier du Nord ?

Pour ne rien arranger, plus le temps passait et plus les rumeurs circulant autour d'Eren le rendaient nerveux.

Comment faire pour que le Candidat finisse par accepter ses avances ? Eren était un élément imprévisible de la Sélection. Livaï peinait à trouver comment le faire sien. Est-ce que d'autres Alphas le courtisaient vraiment ? Est-ce qu'Eren leur répondait favorablement ? Quel plan comptait suivre l'Oméga s'il finissait éliminé de la compétition au terme de la deuxième épreuve ? Penserait-il seulement à tenter malgré tout de s'unir à Livaï ? L'Alpha en doutait, surtout pas après l'altercation qu'il avait eue avec Mikasa récemment.

Selon les rumeurs, sa cousine avait développé un intérêt particulier pour le Candidat. Livaï tenta de se rapprocher d'elle pour essayer d'en apprendre plus sans trop en avoir l'air. Il l'avait invitée en faisant mine de vouloir discuter de l'accord qu'ils avaient passé avant le début de la Sélection. Si Livaï était incapable de trouver un parti plus intéressant que celui des Impérialistes, Mikasa avait accepté secrètement, avant même le début de la compétition, d'endosser le rôle d'Impératrice à ses côtés afin d'assurer son couronnement : qu'elle finisse ensuite par le tromper ou non, tant qu'un héritier était produit, Livaï pourrait au moins assurer l'esprit tranquille qu'il était de sang impérial. Seulement voilà, contre toute attente, Mikasa avait choisi de revenir sur sa parole. Plus important, Livaï n'avait pu s'empêcher de remarquer à quel point sa cousine était tendue à chaque fois qu'il était fait mention de la compétition : lorsqu'Eren était évoqué dans la conversation, Mikasa tombait dans une sorte de mutisme accablant.

Il était évident qu'elle avait réellement développé des sentiments pour l'Oméga.

Mais Livaï refusait d'approfondir le sujet. L'idée qu'Eren fusse possiblement intéressé par l'affection que lui portait sa cousine lui donnait déjà envie de trouver un moyen de se débarrasser d'elle (définitivement). Il se raisonna en se disant que si Eren était capable de lui assurer plus clairement de ce qu'il éprouvait à son égard, il ne serait certainement pas aussi jaloux. Sa conscience n'aurait donc plus aucune raison d'être rongée par les sombres desseins qui lui jaillissaient aléatoirement dans l'esprit à chaque fois qu'il s'imaginait devoir écarter toute concurrence. Assurément, le problème n'était pas que Livaï était particulièrement possessif ou défiant. C'était juste qu'Eren n'était clairement pas assez impliqué dans le développement de leur relation et qu'il y ait vraiment de quoi en devenir dingue.

A chaque fois que Livaï pensait avoir fait un pas dans la direction de l'Oméga, celui-ci se faisait un plaisir de reculer d'un pas en réponse. Pour illustrer son propos, il n'y avait qu'à voir comment Eren s'était mis en tête d'à nouveau se tenir précautionneusement loin de lui ces derniers jours. Alors même que leur dernière conversation laissait clairement entendre que Livaï comptait le demander en mariage. Non seulement Eren n'avait même pas tenté d'entrer en contact avec lui, mais en plus, l'Oméga n'avait pas daigné partager avec lui les plans qu'il comptait mettre en place pour conserver sa place dans la Sélection. Eren était si secret et si doué lorsqu'il s'agissait de garder les tenants et aboutissants de ses machinations dans un cercle très restreint d'initiés, que même les Agents de l'Ombre peinait à savoir si oui ou non l'Oméga avait un plan particulier pour la présentation des projets de la seconde épreuve.

Fort de sa frustration, Livaï s'était déguisé en garde impérial, avait (volé) emprunté une monture dans l'étable des soldats et s'était dirigé d'un pas décidé vers la résidence impériale reculée de l'Oméga.

Avec tout ce qu'il se passait actuellement, entre l'agression d'Eren, les aveux de Sieg et Dinah Fritz, les délais de la compétition avaient été rallongés. Durant cette 'pause', Livaï avait saisi l'opportunité pour prendre le temps de rendre visite à son insaisissable prétendant. Comme tout ce qui concernait le Candidat, la résidence impériale de Jaëger avait donné naissance à maintes et maintes rumeurs. Pour autant, l'Alpha avait fini par comprendre que lorsqu'il s'agissait d'Eren, il valait mieux s'abstenir d'imaginer quoique ce fût avant d'en être témoin.

Livaï était descendu de sa monture et avait terminé sa route à pied afin d'éviter d'attirer l'attention d'éventuels gardes sur le domaine. A sa grande surprise, il n'avait croisé personne sur le chemin. Il était encore en train de déplorer fortement (l'inexistante) la faible sécurité de l'endroit lorsque ses pas le menèrent jusqu'au champ de la résidence. Accompagné de quelques serviteurs, Eren était en train de défricher des parcelles. Une veste accrochée sur les hanches, il travaillait en chemise à manches courtes. Sa peau halée était rayonnante, une fine pellicule de sueur la rendait éclatante. Quelques mèches de son épaisse chevelure s'échappaient de sa haute queue de cheval. Il était sale et visiblement fatigué, et pourtant, Livaï ne l'avait jamais trouvé aussi radieux. Aussi réel.

L'Oméga s'arrêta un instant.

Une brise traversa le champ, emportant dans son sillon une trace de son parfum ensorcelant. Livaï sentit son cœur battre. Il serra légèrement le poing, captivé par l'image saisissante que lui offrait Eren. Il aurait voulu qu'ils soient seuls, tous les deux. Il brûlait d'envie de traverser la distance qui les séparait et d'enlacer l'Oméga, de s'assurer qu'il l'avait véritablement accepté, que le changement radical dans la dynamique de leur relation n'était pas juste le produit de son imagination. Eren s'essuya le front d'un revers de manche et leva les yeux au ciel. Livaï pouvait distinguer la course d'une goutte de sueur le long de ses tempes. Il avait envie de retracer son chemin avec la langue…

Enfin, l'Oméga sembla prendre conscience de la présence d'un intrus.

Son regard hypnotique s'arrondit un instant lorsqu'il tomba sur Livaï. Puis ses sourcils froncèrent légèrement. Il avait l'air embarrassé alors qu'il approchait de l'endroit où se tenait l'Alpha. Livaï se fit la réflexion qu'Eren n'était décidément pas suffisamment prudent. En dépit de toute la méfiance qu'il démontrait face aux intrigues de la Cour, l'Oméga paraissait étrangement sans défense lorsqu'il s'agissait de sa propre sécurité. Où étaient ses Chevaliers ? Pourquoi est-ce qu'il se trouvait sans protection, à bûcher (à demi-nu) dans son jardin ?!

Visiblement intrigué par sa soudaine apparition, Eren s'arrêta à quelques pas de lui et engagea la conversation : « Tu continues de jouer le garde impérial ? Depuis le temps, personne ne sait déjà à quoi ressemble le futur Duc du Nord ? » Livaï prenait la peine de se déplacer jusqu'ici, et c'était vraiment la première question que l'Oméga se posait ? L'Alpha avait presque envie de rire de sa propre bêtise. A quoi s'attendait-il d'autre de la part d'Eren ?

Livaï haussa les épaules avec nonchalance et lui répondit : « Oh. Je me dis que si tu arrives toujours à passer pour un serviteur quand ça t'arrange, je peux me permettre de ne pas faire confiance aux employés du palais pour avoir une bonne mémoire des visages. On dirait qu'ils se fient surtout aux uniformes. » Eren esquissa un rictus complaisant et répliqua : « Tu devrais être content. Après tout n'est-ce pas le but de la noblesse ? Forcer tout le monde à porter une marque d'appartenance pour souligner le pouvoir hiérarchique ? N'est-ce pas ça justement qui aide la ruche à fonctionner comme il faut ? L'uniforme n'est pas là pour rappeler à chacun que tout le monde a son rôle à respecter ? » Livaï haussa un sourcil et lui jeta un long regard appuyé de haut en bas.

L'Oméga se figea, comme s'il venait de prendre conscience de l'ironie de sa déclaration quand lui-même ne s'était jamais conformé à la règle depuis son arrivée à Utopia. Livaï pouffa d'un rire sans joie et rétorqua : « Est-ce que tu as au moins conscience de ton rôle à toi ? » Eren haussa les épaules à son tour. Il alla même jusqu'à imiter la nonchalance de son interlocuteur quand il affirma : « Comme je le dis toujours : donnez-moi de quoi bêcher et de bonnes bottes, je serais alors le plus heureux des hommes. » Livaï marqua une pause. Son regard se posa sur le jardin.

Kuchel de son vivant, était une passionnée de botanique. Elle appréciait tout particulièrement se prélasser dans son jardin à Mitras et le jardin impérial était sans doute le lieu qui lui avait le plus manqué après son départ d'Utopia. Juste pour avoir un sujet de conversation à partager avec elle lorsqu'ils prenaient le thé ensemble, Livaï s'était intéressé à son tour à l'horticulture. Il était impossible pour l'Alpha de ne pas remarquer à quel point le jardin d'Eren Jaëger était un incroyable. Pour un œil inexpérimenté, l'endroit devait juste semblé livré au chaos. Mais pour Livaï, c'était sans aucun doute l'œuvre d'un jardinier assez expérimenté et doué pour faire pleurer d'envie le jardinier impérial. Certaines fleurs présentes dans ce jardin étaient probablement des plus compliquées à faire fleurir et à maintenir en vie…

Le tout donnait la vague impression d'avoir découvert par inadvertance un étrange lieu féérique. Le côté sauvage et presque hasardeux de sa disposition, couplé à la luxuriance du jardin, laissait entièrement planer le doute sur l'intervention d'une main d'homme. Les yeux de Livaï tombèrent sur les charrettes pleines de récoltes, attendant patiemment qu'on les entrepose ou les échange : citrouilles, crosnes, potirons, pommes de terre et betteraves avaient été cueillis en abondance.

L'Alpha se souvint sur le coup de ce qui se racontait au sujet de Carla Jaëger et de sa fameuse 'main verte'. D'où est-ce qu'Eren et sa mère pouvaient bien tirer leur incroyable puissance magique ? Et qu'avait bien pu lui faire la famille impériale pour que Carla fasse également hériter à son fils de sa haine et sa méfiance à leur encontre ? De quoi avaient bien pu se rendre coupable les ancêtres de Livaï pour mériter leur rancune ? L'Oméga le ramena à la réalité en lui posant une question : « Tu ne m'as pas dit ce qui t'emmenait dans le coin… Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? » Livaï prit le temps de l'observer longuement.

Sa coiffure déchevelée, l'odeur divine qui s'élevait de la fine pellicule de transpiration qui recouvrait sa peau radiante. Livaï avait envie de se rouler en boule dans son parfum. Il décida de se montrer honnête et admit : « Tu as de nouveau disparu. J'ai cru bon pour une fois de venir te déloger moi-même de ta cachette. » Eren pencha la tête de côté et se gratta distraitement l'arrière du crâne. Il grimaça, jeta un regard noir à ses mains couvertes de terre et finalement lança à Livaï un regard contrit lorsqu'il s'excusa : « Ah ! Désolé ! Je devais prendre du repos : ordre du médecin. Et puis avec le procès et tout le reste, difficile de trouver le temps… » … Du repos.

Est-ce que le voir ou prendre le temps de le contacter comptait comme une corvée pour l'Oméga ?!

Livaï savait pertinemment qu'Hanji avait ordonné à Eren de se reposer. Mais il n'était pas né de la dernière pluie, et depuis le temps, il avait bien compris que l'Oméga n'était absolument pas du genre à suivre aveuglément les conseils d'autrui, qu'ils furent bons ou non. Selon ce que savait Livaï de ses dernières activités et compte tenu du fait qu'Eren était actuellement en train de retourner la terre d'une parcelle, est-ce qu'il espérait vraiment que l'excuse du prendre repos était acceptable ?! Livaï soupira, exaspéré : « A vrai dire, je me doutais déjà que c'était à peu près l'excuse que tu allais me sortir… » L'Oméga eut l'indécence de paraître outré par sa réponse et s'exclama : « Hey ! Ce n'est pas juste du baratin, j'étais vraiment débordé… » Livaï croisa les bras sur son torse tout en haussant un sourcil, puis répliqua : « Tu as pourtant trouvé le temps d'essayé de débaucher quelques soldats impériaux pour assurer la sécurité de ton patelin… » Eren marqua une pause. Puis il agita la tête, amusé, avant de s'insurger : « Pourquoi est-ce que tout ce que je fais ou dis à autant tendance à prendre en ampleur ? » Livaï lui présenta sa paume et réclama silencieusement des explications.

Eren roula des yeux, puis exposa : « J'ai voulu négocier avec quelques soldats. S'ils acceptaient d'aller vivre à Shinganshina et de faire partie de l'unité que je vais faire déployer là-bas, je leur proposais une augmentation de salaire et quelques avantages, comme un logement et une fonction au mérite pour ceux qui servent actuellement ma résidence. » L'Oméga avait l'air vraiment outré lorsqu'il rajouta : « Comment ça a pu devenir une offre d'emploi à grande échelle dont même toi tu as entendu parler ?! » Ce fut au tour de Livaï de rouler des yeux. Il certifia avec gravité : « Eren. Les seules personnes qui jactent plus que les soldats, ce sont les serviteurs.

- Argh ! J'espère que le Prince ne va pas croire que j'essaie d'accomplir un truc louche ! Pour l'instant, je veux juste faire du domaine Jaëger un endroit plus sûr et attractif ! Je ne veux pas monter une armée ou toute autre idée à la con du genre… Et puis qu'est-ce que j'en ferais ?! » …Mais qu'est-ce qu'il racontait encore ? Qui avait parlé de monter une armée ?! Est-ce qu'Eren s'écoutait parler parfois ? Comment pouvait-il à la fois être aussi doué et aussi maladroit ?! Livaï nia de la tête, amusé, il raisonna : « Rassure-toi, personne n'a dit que tu étais en train d'essayer de monter un coup d'état… » Puis comme il ne pouvait s'empêcher de pointer du doigt la maladresse de son interlocuteur, il fit remarquer : « D'ailleurs, plus tu te justifies et plus c'est louche. Est-ce qu'on t'a déjà dit que tu étais doué pour t'enfoncer ?

- Je suis obligé de me justifier ! On ne sait jamais avec les cinglés qui parcourent jour et nuit les couloirs du palais impérial ! Il suffit que je laisse enfler la rumeur pour qu'on m'accuse bientôt d'être à la tête d'un mouvement rebelle ! » Livaï n'y tint plus, il pouffa de rire. Comment la conversation avait pu prendre cette direction ? Tout ce que voulait l'Alpha au départ, c'était le voir. Et accessoirement se plaindre du détachement dont Eren faisait preuve. Pourquoi l'Oméga se retrouvait à assurer qu'il n'avait pas l'intention de monter une rébellion contre la famille impériale ?!

Eren le vrilla du regard et croisa les bras en signe de protestation. Il avait une mine boudeuse adorable quand il s'écria : « Arrête de te marrer ! Tu veux me faire croire que tu n'étais pas là pour voir si la rumeur était fondée ? » Livaï s'arrêta net de rire. Et voilà. Encore une fois, l'apparition inopinée de la méfiance légendaire d'Eren Jaëger. L'Alpha le détailla un instant. Sa posture défensive, la lueur d'incertitude qui brillait au fond de ses splendides yeux verts d'eau. Une fois de plus, Livaï détermina que l'honnêteté, crue et simple, était encore la meilleure méthode à adopter pour se faire comprendre d'Eren. Il déclara sans détour : « Si tu n'étais pas aussi crade, j'aurais volontiers mis en pratique une ou deux façons de te forcer à arrêter de te distancer à chaque fois que j'essaie un rapprochement… » Eren écarquilla les yeux.

Satisfait de sa réaction, Livaï continua sur sa lancée : « Mais puisque tu ne m'en laisses pas le choix, autant être franc : je suis venu jusqu'ici parce que j'avais l'impression de ne pas t'avoir vu depuis une éternité. » L'Alpha sentit l'exact moment où ses déclarations commencèrent à embarrasser l'Oméga. Eren se pinça les lèvres et détourna les yeux. Une bouffée d'effluves fleuris lui chatouilla les narines. Livaï refusait de s'arrêter en si bon chemin, il renchérit : « Je suis là parce que tu me manquais. » L'Oméga fronça les sourcils, le rouge aux joues : « Tu n'es pas obligé de… » Livaï l'interrompit et insista : « Parce que tu me manques. Pas parce que j'ai un quelconque plan machiavélique en tête ou besoin d'informations, ou même de me mettre le parti Neutre dans la poche, ou…

- J'ai compris, Levi ! » L'Alpha l'admira avec attention, puis satisfait de l'intensité du rougissement qui brûlait le visage d'Eren, il acquiesça doucement. Bien. Il allait voir comment l'Oméga comptait se démerder maintenant pour détourner ses intentions ou ignorer sa déclaration.

Eren se racla la gorge, toujours embarrassé, et concéda : « Je devrais être plus libre après la présentation… On pourra reprendre nos entraînements après ? » L'entraînement. Bien sûr, Livaï appréciait ce moment privilégié qu'ils passaient ensemble. Mais est-ce que c'était vraiment la seule raison pour laquelle Eren acceptait de venir à sa rencontre ? Le terrain d'entraînement était-il le seul endroit où ils allaient se voir ? Comment approfondir leur relation dans ces conditions ? Livaï poussa un long soupir et se plaignit avec amertume : « Si on m'avait dit que je finirais par me plier en deux pour poursuivre un Oméga… » Piqué à vif, Eren répliqua : « Personne ne t'a rien demandé ! Si tu penses que je vais m'excuser… » Par Maria, qu'on lui donne la force. Est-ce que Livaï n'était pas le mieux placé actuellement pour bouder ou se sentir dépité ?

L'Alpha pencha légèrement la tête sur le côté et tenta d'apaiser son interlocuteur en avouant : « Je ne voulais pas te vexer. Juste souligner le fait que c'est totalement inattendu pour moi aussi. » Livaï s'appuya contre la barrière de bois qui délimitait les champs pour s'approcher un peu plus d'Eren. S'il espérait tirer un quelconque résultat positif de cette entrevue, il ne devait pas se laisser emporter. Il ne devait pas suivre le rythme imposé par l'Oméga. La franchise était toujours de mise. Livaï n'avait pas pour habitude de se livrer de cette manière, mais, face à Eren, il découvrait que ce n'était pas une nouveauté qui lui déplaisait vraiment. Il se confia : « S'il existe un manuel des relations Alphas et Omegas, je ne l'ai pas lu. Donc, tout comme toi, j'ai surtout connaissance des bases. Comme par exemple, comment un Alpha et un Oméga sont censés se comporter quand ils commencent à se courtiser, avec toute la pompe et le cérémonial que l'Eglise et la bienséance s'imaginent nécessaires. Je sais aussi qu'on est censé se fiancer, puis se marier si notre intérêt est réciproque… Mais dans nos circonstances, c'est loin d'être aussi simple, non ? Et puis, qu'est-ce qu'on est censé faire si les carcans de notre société ne conviennent pas à ce qu'on veut vraiment ? » Eren marqua un silence pesant.

La balle était dans son camp. Livaï pouvait difficilement être plus clair. Comment est-ce que l'Oméga allait choisir de répondre à sa déclaration d'intention ? A son aveu de faiblesse ? Il était grand temps qu'Eren lui fasse comprendre si son attirance n'était pas désirée. Si le sérieux dont il faisait preuve l'effrayait. L'Oméga déglutit avec difficulté, baissa les yeux et déclara d'une petite voix : « Désolé. Je n'ai pas plus de réponse à cette question que toi. » Ah. Alors… C'était ça ? Est-ce qu'Eren était… tout simplement timide ? La notion était difficile à associer au Candidat impétueux, sans gêne et imprévisible auquel Livaï était habitué. Même avec l'aide de sa lecture précise des phéromones, il était évident que l'Alpha était toujours incapable de décrypter avec certitude toutes les émotions de son interlocuteur.

Eren n'avait pas l'intention de fuir cette fois-ci.

L'Oméga souhaitait accepter ses sentiments, mais il était sans doute trop gêné et inexpérimenté pour savoir comment s'y prendre ou réagir. Livaï avait le cœur battant lorsqu'il tendit la main vers Eren, dans l'espoir de lui caresser le visage du bout des doigts. Les yeux de l'Oméga s'écarquillèrent soudain : il fit un pas en arrière, effaré, avant de s'écrier d'une voix étranglée : « J'ai travaillé dans les champs pendant des heures ! Tu as dit toi-même que j'étais crasseux ! » Livaï se pinça les lèvres. La frustration qu'il éprouvait actuellement de se voir refuser un contact aussi minime lui brûlait l'estomac.

Son instinct d'Alpha lui intimait d'attraper son partenaire et de planter les dents dans son épaule pour le tenir en place, au moins pour lui faire comprendre que jouer avec les émotions d'un Alpha comme il le faisait n'était pas sans conséquences. Livaï répliqua, irrité : « J'ai vécu pendant près de cinq ans sur le champ de bataille, tu crois que je n'ai pas l'habitude d'un peu de saleté ? » Eren jeta un rapide coup d'œil vers les serviteurs qui l'avaient accompagné. Livaï suivit son regard. Les travailleurs les observaient sans en avoir l'air, curieux mais toujours aussi appliqués dans l'accomplissement de leur tâche.

Parfaitement imperméable à l'irritation de son vis-à-vis, Eren grogna puis vrilla Livaï d'un regard noir et s'écria : « Tu m'as vu maintenant, tu ferais mieux de retourner au palais avant que quelqu'un ne se rende compte que tu as disparu. » Livaï fronça les sourcils, agacé au possible : « Qu'est-ce que j'ai encore fait de mal ? » Pourquoi est-ce que c'était aussi compliqué de réussir à se rapprocher de cet Oméga ? Pourquoi est-ce qu'Eren envoyait autant de signaux contradictoires ? L'Oméga agita les bras, visiblement troublé et rétorqua, incrédule : « Rien ! Mais on n'est pas seul ici. Tu as dit toi-même que les serviteurs colportaient des rumeurs… Imagine qu'on aille raconter partout que je flirte avec un garde impérial ?! » Livaï demeura interdit. Eren craignait qu'une rumeur rapportant leur relation ne voie le jour ?

Est-ce qu'il insinuait qu'une fois seuls, il n'émettrait plus aucune réticence à ce qu'ils deviennent plus intimes ?

Un léger sourire fleurit sur les lèvres de l'Alpha. Il détourna les yeux et poussa un soupir. Il savait qu'il devait se montrer patient. Farlan allait sûrement essayer de lui arracher la tête si une rumeur rapportant que l'Héritier du Nord essayait de convoler avec un Candidat de la Sélection finissait réellement par se répandre à la Cour. Et pire, si elle arrivait jusqu'aux oreilles d'Isabelle alors que leur arrangement était déjà censé être terminé…

Eren interrompit ses pensées en déclarant : « Ce serait peut-être plus facile pour moi de faire des pas dans ta direction, si j'avais au moins l'impression de comprendre ce que tu attends de moi… » Ce qu'il attendait de lui ? Il fallait vraiment que Livaï se montre encore plus clair ? L'Alpha plissa les yeux et l'Oméga se hâta de préciser : « Je veux dire, qu'est-ce qu'il va se passer à partir de maintenant ? Est-ce que tu as déjà parlé de nous au Prince ? Est-ce que tu étais vraiment sérieux à propos de… » Livaï sentit ses muscles se raidir, comme s'il avait senti la soudaine tension dans l'air. Les questions d'Eren parurent lui nouer la langue.

Il devenait évident que l'Oméga n'était pas du style à batifoler bêtement sans prendre en considération son rôle de Candidat ou leur environnement et leur statut social. Eren était loin d'être stupide et il n'allait sûrement pas se laisser embarquer dans une liaison comme la leur sans assurance préalable. Mais Livaï luttait déjà tellement pour se faire accepter qu'il se vît mal empirer son cas en révélant tout à coup qu'il était l'Héritier de la couronne. Il répondit donc avec prudence : « 'Le Prince 'est conscient de mon intérêt. Et je suis sérieux à propos de notre engagement. Le problème demeurant qu'il est capital que tu t'illustres dans la compétition… Il faut au minimum que tu fasses parti des Finalistes. » La dernière épreuve n'était que pour sauver les apparences. Si Eren parvenait à survivre à cette élimination, plus rien n'empêcherait Livaï de le faire sien.

L'Alpha précisa : « Au moins, maintenant, plus personne n'ignore qui tu es. Et contrairement à ce que tu crois, on parle pas mal de tes accomplissements. Mais si je veux qu'on me lâche la grappe quand je ferais ma demande… » Les yeux rivés sur ses bottes sales, Eren semblait perdu dans ses réflexions. Si ce n'était pour la douceur fleurie de ses phéromones qu'il parvenait à capter dans l'air, Livaï se serait senti nerveux. L'Oméga releva soudain les yeux vers son interlocuteur. L'Alpha sentit une boule se coincer dans gorge. Ils se fixèrent en silence pendant quelques secondes. Livaï aurait sans doute pu passer des heures à se perdre dans la complexité fascinante des couleurs qui se mélangeaient dans les yeux de l'Oméga. Mais plus le temps passait et plus l'effluve qui se dégageait d'Eren gagnait en intensité.

Livaï vit ses pupilles s'arrondir à vue d'œil. Il sentit le subtil changement dans le parfum qui lui faisait tourner la tête. C'était comme une explosion de senteurs, comme si tout ce qui rendait l'odeur d'Eren irrésistible gagnait en clarté, en fraîcheur. Malgré lui, Livaï sentit son corps se tendre vers l'Oméga. Il ignorait encore ce qu'il comptait faire lorsqu'il parviendrait enfin à le tenir dans ses bras, mais…La voix légèrement enrouée, Eren brisa brusquement l'enchantement du moment en affirmant : « D'accord. J'accepte de croire que tu es sérieux… » Livaï cligna des yeux.

Bien sûr… Ce n'était sûrement ni le lieu, ni le moment.

Il s'éclaircit la gorge et répondit, encore secoué : « Vraiment ? Je vais enfin pouvoir arrêter de galérer pour que tu acceptes de m'accorder du temps ? » Eren rougit d'embarras et se défendit au mieux : « Pas la peine d'en faire tout un foin ! Je n'étais pas aussi inaccessible que ça !

- A moins que je ne t'offre mes services de maître d'armes, tu passes le plus clair de ton temps à m'esquiver ou à me questionner sur mes intentions. Pour quelqu'un qui a autant l'air effrayé à l'idée qu'on puisse se servir de lui, on peut dire que tu es pas mal doué pour tirer avantage des autres… » Estomaqué, Eren le pointa d'un doigt accusateur et s'indigna : « Non mais je rêve ! Est-ce que tu es vraiment en train d'essayer de jouer la victime ?! » Que l'Oméga en eût conscience ou non, Livaï était effectivement sa victime.

Mais il n'allait pas lui en tenir rigueur. Pas alors qu'Eren semblait enfin disposé à arrêter de le fuir comme la peste. L'Alpha esquissa un sourire retors et s'exclama : « Parle-moi de toi et j'accepte de passer l'éponge.

- Ah ? Est-ce qu'un Alpha n'est pas censé tiré de la fierté à poursuivre sa moitié ? Pourquoi je devrais payer pour ton attention ?

- Eren… » Cela faisait des mois que Livaï rêvait de pouvoir tout simplement lui demander d'en révéler davantage à son sujet. Maintenant qu'il estimait se trouver dans une position où Eren allait répondre, il n'était pas question que l'Oméga s'en tire avec une pirouette rhétorique.

Eren retenait à peine son sourire amusé lorsqu'il leva les bras en signe de rémission et céda : « Très bien ! Qu'est-ce que tu veux savoir ? » Le regard de Livaï survola à nouveau le 'jardin' de l'Oméga avant de s'exclamer : « On dirait que tu as la main verte.

- Vu la superficie allouée à la résidence, tu te doutes bien que je ne suis pas le seul à féliciter pour… » C'était la réflexion la moins sensible que pouvait se permettre Livaï : il ne pouvait décemment pas demander de but en blanc si Eren possédait de la magie et s'il était apparenté aux plus hauts pontes de l'Eglise. Il n'allait pas pour autant laisser à l'Oméga l'occasion détourner le sujet alors qu'il était si près du but. Livaï lui lança un regard noir et Eren changea immédiatement d'angle d'approche quand il s'excusa : « … Désolé. Réflexe. » Et ça pour un réflexe dissuasif, c'était un sacré réflexe.

L'Oméga prit une grande inspiration puis, luttant visiblement contre lui-même, répondit enfin : « Oui. J'ai la main verte. Ma mère l'avait aussi. J'ai toujours aimé jardiner… J'aime me retrouver en pleine nature. Même si la ville me fascine, je pense que j'aurais beaucoup de mal à y vivre sur le long terme… » Et voilà. L'aveu le plus bénin qui fut avait l'air d'un arrachage de dent. Comment est-ce que Livaï était censé parvenir à gagner sa confiance jusqu'à ce que l'Oméga se confie à lui ? L'Alpha haussa les sourcils et s'écria : « Ouah. Tu viens juste d'avouer que tu appréciais le jardinage et la nature. Pourtant, on dirait qu'on t'a arraché des informations capitales après des heures de torture. Est-ce que parler de toi est vraiment si compliqué ? » Eren le vrilla du regard : « Parce que tu as l'impression peut-être d'être tout à fait transparent, toi ? » Touché. Livaï était le plus mal placé pour faire des commentaires. Mais lui au moins, il essayait de faire de son mieux.

Il l'exprima à haute voix : « J'essaie au moins d'être honnête quand tu me poses une question.

- Pfff. » Eren était loin d'être dupe. Livaï n'allait pas s'appesantir sur le sujet. Pas alors qu'il avait des millions d'autres questions à poser à l'Oméga. Il reprit le fil de la conversation : « Bon, prochaine question. » Livaï hésita un moment. Qu'est-ce qu'il allait demander ? Il ne voulait pas braquer Eren, mais il y avait tant de mystères autour de l'Oméga. Livaï opta donc pour la question qui l'avait le plus hanté ces derniers jours : « Qu'est-ce qu'il se passe entre Mikasa et toi ? » Eren en resta bouche bée, totalement pris au dépourvu. Il bafouilla : « Ah ! C'est vrai que tu dois la connaître…

- Effectivement…

- Hum… » Livaï le fixait avec attention. La confusion de l'Oméga ne présageait rien de bon. Qu'est-ce qu'il se passait au juste entre eux ? Eren plissa le nez et tenta une approche maladroite : « On est… amis ? Je lui ai venu en aide à un moment critique et elle semble s'être… attachée ?

- Quand je lui ai parlé de toi, elle semblait effectivement très… attachée… à ta sécurité. » Eren pinça la bouche et répliqua : « Je tiens à dire qu'être le sujet principal de vos discussions entre futurs Ducs n'arrange en rien ma paranoïa. » Livaï tenta de mieux lire son expression et demanda davantage de précisions : « Est-ce que tu l'as envisagée comme une possibilité au cas où je… » Eren le coupa immédiatement, offusqué : « Pourquoi il faut toujours que tu fonces direct dans les questions tordues ?! Je refuse de continuer à coopérer si c'est pour que tu…

- Du calme c'est bon, j'ai compris. Plus de question sur ce sujet. » Livaï était tout sauf satisfait par sa réponse, mais Eren avait déjà commencé à se braquer et l'Alpha n'avait aucune envie de fermer la communication qu'il avait tant peiné à rendre possible.

Les intentions de Mikasa n'auraient plus aucune importance si Livaï parvenait à se rapprocher d'Eren comme il en rêvait.

Après une grande inspiration, l'Alpha s'installa plus confortablement contre la barrière de bois où il avait appuyé les bras. Sans perdre plus de temps, il reprit le cours de leur conversation. En échange d'informations sur son enfance ou d'anecdotes sur la guerre, Livaï put enfin satisfaire une bonne partie de sa curiosité au sujet d'Eren. Et si l'Oméga se retenait bien d'entrer dans les détails, au moins, il ne lui faisait plus l'affront d'essayer de détourner son attention quand ils approchaient d'un sujet qu'Eren considérait épineux ou trop personnel.

Il y avait du progrès.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Malheureusement, la Sélection n'était pas le genre de compétition où Livaï allait longtemps pouvoir flotter sur son petit nuage.

Avant même qu'il n'eut commencé à profiter de sa nouvelle intimité avec Eren, l'annonce de l'assassinat de Rita Iglehaut secoua les bases de la compétition. Rita était la petite protégée de l'Eglise : le fait qu'elle eut été empoisonnée alors qu'elle se trouvait en rendez-vous avec Mikasa était accablant. Quand bien même l'autre Candidate n'avait pu finir à l'hôpital que parce qu'elle avait subi au préalable un pénible entraînement pour augmenter sa résistance au poison, l'avis public voyait la survie de Mikasa comme la preuve certaine de sa culpabilité dans l'affaire.

Selon l'Eglise, Rita était la Candidate parfaite pour Livaï. Sa lignée avait réussi à maintenir plus de pouvoirs que les autres pontifes du culte et le fait qu'elle fut une Oméga était la cerise sur le gâteau… Sa mort n'était pas juste un fait divers regrettable. Non. C'était le bordel le plus complet. Quoique tente Livaï pour faire avancer l'enquête et retrouver le véritable responsable du meurtre de l'Oméga dévote, il se heurtait à des obstacles. L'Eglise avait insisté pour désigner elle-même une équipe d'Inquisiteurs chargée de résoudre l'affaire. Le problème ? C'était qu'il était fort probable que les hauts dignitaires du Culte des Trois Déesses se servent davantage de cet incident pour faire pression sur le Prince et tenter de contrôler le déroulement de la compétition, plutôt que de réellement s'intéresser à l'identité du meurtrier.

Que cela soit en éliminant Mikasa, ou en cherchant à obtenir un avantage en terme de dédommagement…

Lorsque les hommes de Livaï tentaient d'entrer en contact avec les Iglehaut, ils se prétendaient beaucoup trop accablés par la tragédie pour les aider. Mais la vérité, c'était qu'ils étaient bien trop heureux de semer le chaos. Dans cette situation particulière, ils avaient l'impression de tenir la famille impériale à leur merci. Livaï devait impérativement trouver un moyen de mettre un terme à l'incertitude et reprendre le contrôle de la situation avant qu'elle n'empire. Il espérait juste trouver comment y parvenir avant qu'il ne soit trop tard.

Lorsque Farlan, paniqué, débarqua en trombe dans son bureau, Livaï était lui-même à deux doigts de craquer. Son meilleur ami faisait les cent pas et s'arrachait presque les cheveux. Farlan fit plusieurs allers-retours dans cet état avant de se stopper net. Il lui fit face et s'exclama avec émotion : « Il faut que tu reprennes ta place Levi ! Je ne peux pas gérer un truc pareil !

- Du calme, Farlan. Ce n'est clairement pas le bon moment pour annoncer à la majorité des nobles que j'ai décidé de me foutre de leur gueule et que pour mieux les manipuler j'ai joué ton rôle pendant des mois. » Les yeux de Farlan s'écarquillèrent, son visage pâlissant d'un coup. Il finit par se laisser tomber, défait, dans le fauteuil qui faisait face à Livaï. Il était désespéré lorsqu'il exposa : « 'Tout le monde' pense que le Prince a comploté avec les Ackerman pour se débarrasser de Rita. Parce que 'tout le monde' sait à quel point ces dernières années, l'Eglise et la famille impériale sont à couteaux tirés. Comme Rita s'en sortait remarquablement bien dans la compétition, ils pensent que tu as voulu empêcher l'Eglise de t'enchaîner à un boulet chargé de te surveiller et te restreindre…

-… Ça se tient. » Farlan lui jeta un regard appuyé. Livaï souffla du nez et nia de la tête : « Tu me crois assez con pour assassiner cette idiote en empoisonnant Mikasa en même temps ?! » Farlan parut un peu plus désespéré quand il admit : « Non… mais j'avoue qu'au moins, si c'était toi, je trouverais plus facile de couvrir tes traces plutôt que de devoir trouver qui a vraiment fait le coup.

-… Le souci, c'est qu'il y a beaucoup trop de coupables possibles pour qu'on puisse facilement réduire la liste des suspects… » Livaï se passa une main sur le visage et poussa un soupir à fendre l'âme. Même si le parti Aristocratique avait largement tout intérêt à faire accuser Mikasa d'un crime pour la traîner dans la boue comme ils l'avaient eux-mêmes été par l'affaire Fritz, il n'aurait jamais attaqué Rita pour atteindre leur but. S'ils arrivaient au pouvoir, les Iglehaut auraient été des alliés importants pour saper l'autorité impériale et donner plus de poids au Conseil tenu par les Aristocrates. Leur parti politique aurait eu beaucoup plus d'avantages à faire assassiner Eren ou Rico.

Livaï aurait aimé se sentir mal d'être aussi soulagé qu'Eren soit sain et sauf. Il était impossible dans ces circonstances de ne pas faire de parallèle entre la terrible destinée de Kuchel et les dangers auxquels il allait exposer l'Oméga s'il allait jusqu'au bout de son projet d'en faire son Impératrice. Était-ce vraiment l'aimer et vouloir son bonheur que de le condamner au genre d'existence où les tentatives de meurtre étaient monnaie courante ? L'Alpha était accaparé par ses idées noires quand la porte du cabinet s'ouvrit.

Farlan et lui jetèrent un regard confus vers l'entrée.

Auruo était blême et se tenait rigide dans l'embrasure de la porte. Il avait la voix mal assurée lorsqu'il annonça : « Son Altesse l'Empereur Kenny désire vous…

- Dégage Bleusaille », le bouscula le monarque d'un grand coup d'épaule, manquant de peu de faire chuter le pauvre majordome. Il bougonna sur un ton bourru : « Pas besoin de m'annoncer en grande pompe. J'ai fait exprès de rappliquer sans que le Morveux ne puisse anticiper mon arrivée. » Auruo crispa la mâchoire, visiblement mis à mal par ce manquement flagrant aux règles les plus basiques de l'étiquette. Livaï lui épargna un anévrisme en lui indiquant d'un bref signe de tête qu'il pouvait prendre congé. Auruo lança un rapide coup d'œil empli de jugement vers Kenny et quitta hâtivement la pièce. Comme à son habitude, l'Empereur ne lui accorda pas un seul regard.

A la place, il salua Farlan, la bouche fendue d'un large sourire moqueur : « Hey ! Petit Prince du Nord ! Je vois que même toi, tu n'es pas encore assez malin pour éviter de te laisser entraîner dans les combines à la con de mon fils. » Farlan déglutit et lança un regard perdu en direction de Livaï. L'Alpha se contenta de s'installer plus confortablement sur son siège et de toiser son géniteur : « Qu'est-ce que tu fous là ? Je croyais qu'on avait convenu que tu me laissais gérer la Sélection à ma guise. » Kenny posa sur lui un regard suspicieux et rétorqua : « Tu te fous de ma gueule ? La précieuse Oméga des Tyrans en robe a été assassinée, ma nièce chérie a été envoyée passer un séjour à l'hôpital, en plus d'être la suspecte principale du meurtre de leur défunte marionnette… » Il désigna le vide d'un large geste de la main et renchérit : « Qu'est-ce que tu appelles 'gérer' au juste, mon garçon ?! » Livaï croisa les bras et attendit patiemment que Kenny finisse de se donner en spectacle.

L'Empereur leva les deux mains et dramatisa : « Franchement, quand tu es venu me demander de te filer la direction de la compétition et que j'ai appris ce que tu comptais faire avec ton petit plan d'usurpation d'identité, j'ai presque voulu t'applaudir. Mais tu as clairement sous-estimé les difficultés rencontrées par un organisateur de la Sélection. Le pouvoir rend fou mon fils, et les nobles de Paradise sont sans aucun doute passés maître dans l'art de donner corps à la folie. » Livaï pencha la tête sur le côté et répliqua au tac au tac : « C'est bon ? Tu as terminé ? » Kenny haussa nonchalamment les épaules. Livaï ajouta : « Je ne vais pas te faire de la lèche et prétendre que je suis content que tu aies pensé à me rendre visite pour proposer ton aide en ces temps difficiles…

-…

- En réalité, ça me casse les couilles que tu aies cru, ne serait-ce qu'une seconde, que venir ajouter ton grain de sel dans ce bordel sans nom puisse être d'une aide quelconque. » Kenny esquissa un rictus. Livaï renchérit : « Tu as eu beau m'exiler toute ma vie, je te connais assez pour savoir que te donner les rênes de la Sélection à ce stade des opérations reviendraient à m'amputer d'un bras avant d'essayer de faire le poirier. Est-ce que c'est Uli qui t'envoie ? C'est lui qui t'a ordonné de venir essayer de consolider la position d'Historia dans la compétition ?

- Pourquoi faut-il toujours que tu crois que je n'agis que parce que mon Oméga me tient par la queue ?

- Tu oserais nier qu'Uli te tient par la queue ?

-… Ecoute, gamin, si tu ne veux pas de l'aide que je viens gentiment de te proposer, tu pourrais juste le dire. Pas besoin de devenir insultant.

- Tu veux vraiment m'aider ? » Livaï se redressa d'un coup. Il s'avança jusqu'à se tenir face à lui. Leur très notable différence de taille ne changeait absolument rien au fait qu'il faisait peser sur lui son Aura la plus menaçante. Clairement hostile, Livaï siffla : « Occupe-toi donc des affaires internationales plutôt que de feindre une retraite anticipée quand ça t'arrange ! » Kenny se tint plus droit, il répondit presque instinctivement à l'agression en relâchant à son tour une bouffée de phéromones dans l'air. Sa stature sembla immédiatement devenir plus imposante. Ils se toisèrent.

Livaï grogna : « C'est toi qui as eu l'excellente idée d'assassiner l'épouse du Prince Mare pour déstabiliser l'alliance entre Mare et Etiolia. C'est ta faute si le Royaume d'Etiola nous les brise plus que d'habitude en ce moment… » L'irritant sourire de Kenny avait complètement disparu lorsqu'il répondit sur un ton sec : « S'ils n'avaient pas eu le soutien d'Etiola, Mare n'aurait jamais réussi à assassiner Kuchel. Œil pour œil…

- Je rêve. Tu essaies toujours de me faire croire que Mare est vraiment responsable de la mort de ma mère ?! On doit te l'accorder, quand tu valides un script, tu tiens scrupuleusement à le suivre. Même lorsque tout le monde sait que c'est de la pure merde. On sait tous que si Kuchel est morte, c'est parce qu'elle était le meilleur pion à sacrifier sur ton échiquier. » Un silence pesant s'abattit dans la pièce.

Finalement, Kenny recula d'un pas.

L'Empereur leva les mains, signalant son abandon : « Bien. Je sais que j'aurais beau t'expliquer un million de fois que je n'ai rien à voir avec l'assassinat de Kuchel et que j'aurais pu trouver un milliard d'autres façons de pousser le Conseil à partir en guerre contre Mare, tu refuseras toujours d'entendre raison.

- Arrête de me prendre pour un con. Le parti Aristocratique commençait à sérieusement se rapprocher de l'Empire Mare, tu devais trouver un moyen de couper court à leurs agréments. Et tu veux me faire avaler que la mort de l'Impératrice était une pure coïncidence ? » Kenny poussa un gros soupir. Il agita la tête et répondit : « J'ai compris. Je ne me mêle pas de ta précieuse Sélection. Mais j'espère que tu as un plan pour éviter à Mikasa de terminer au bout de la corde de l'Inquisition…

- Laisse-moi gérer à ma manière. Occupe-toi des tensions avec le Royaume d'Etiola.

- Saches tout de même que j'ai reçu une lettre de la part de l'Archevêque Teyber. » Livaï sentit le sang lui refluer du visage. Kenny ajouta sur un ton grave : « Personnene veut que ce taré sorte de sa réclusion pour venir foutre le bordel à Utopia. » A ces mots, il salua sommairement Farlan et quitta le cabinet.

Quelques minutes s'écoulèrent en silence avant que Farlan n'expire bruyamment. Livaï jeta un coup d'œil vers son meilleur ami, qui lui répondit avec un sourire contrit : « C'était intense ! » L'Alpha secoua la tête. Farlan précisa : « Non, sérieusement. Je devrais peut-être y être habitué, mais vous voir tous les deux dans la même pièce, à vous prendre la tête ? C'est une expérience quasi religieuse. Je ne sais jamais si je dois être choqué, exploser de rire ou être terrifié. Je peux t'assurer que c'est loin d'être facile de concilier toutes ces émotions en une seule… » Livaï le gratifia de son regard le plus blasé.

Il avait réussi à se débarrasser de Kenny pour l'instant, mais s'il ne trouvait pas très vite un moyen de contourner le blocage d'informations de l'Inquisition, les vautours reviendraient essayer de dépecer son cadavre encore chaud. L'Empereur avait raison, les nobles de Paradise étaient réellement devenus des professionnels lorsqu'il s'agissait d'exploiter les faiblesses d'autrui et de donner corps à la folie.

Surtout s'ils espéraient y gagner ne serait-ce qu'une once de pouvoir.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Livaï n'aurait jamais imaginé que la fin de cette affaire lui tomberait toute cuite dans le bec.

Quand Farlan fit irruption dans son bureau, pour la millionième fois ces derniers temps, l'Alpha était à deux doigts d'envisager la punition corporelle pour lui apprendre à toquer. Mais son meilleur ami ne prêta aucune attention à son Aura réprobatrice lorsqu'il se précipita devant son bureau, tout en s'écriant : « Eren est en danger ! » Livaï papillonna. Il se sentait encore confus lorsqu'il demanda, incrédule : « Quoi ?

- J'avais cru qu'il avait déposé une lettre d'amour sur mon bureau pour me séduire…

- QUOI ?!

- Laisse-moi finir ! » l'interrompit Farlan, ayant instinctivement un pas de recul. Toutefois, il eut les couilles de rouler des yeux en précisant : « Il m'a adressé une lettre pour prévenir qu'une autre Candidate risquait de tomber entre les griffes du meurtrier de Rita ! » Livaï bondit sur ses pieds et traversa la pièce pour venir arracher le papier froissé d'entre les doigts de son meilleur ami. Il lut rapidement les quelques mots qui y avaient été griffonnés : « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?!

- Je crois que ton Oméga a débusqué le responsable de l'assassinat de Rita Iglehaut ! » Livaï n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Comment ? Pourquoi ? Il prit une grande inspiration, serra les dents et décida qu'il serait grand temps de se poser des questions quand la situation serait enfin réglée. Il releva les yeux vers Farlan et lui demanda : « Tu as envoyé des hommes là où il l'a indiqué ?

- Bien sûr ! J'ai même réquisitionné des Chevaliers du Premier Ordre. » Livaï acquiesça avec soulagement. En mobilisant la garde du Duché du Nord, Farlan garantissait sa couverture de Consultant de la Sélection. En ces temps troublés, exposer sa véritable identité ne pourrait qu'envenimer la situation dans laquelle Eren s'était fourrée.

Farlan crut bon d'ajouter : « Je ne sais pas ce que tu leur fais subir, mais mes gars étaient tellement contents de me revoir que j'ai eu pitié d'eux…

- Où est Eren ? » Le faux Prince prit un instant avant de répondre : « Je n'en ai pas la moindre idée. A part au moment où il a posé cette lettre sur mon bureau, personne ne semble l'avoir aperçu depuis des heures… » Livaï avait un mauvais pressentiment. Si Eren avait découvert qui était à blâmer pour la mort de Rita, pourquoi n'avait-il pas simplement choisi d'avertir les autorités compétentes ? Pourquoi avoir pris la peine de poser une lettre sur le bureau de Farlan ? Il grommela : « Qu'est-ce qu'il fabrique encore ? »

Il reçut une réponse à sa question bien plus vite qu'il ne s'y était attendu.

Et cette réponse fut encore plus dingue que sa plus folle imagination : Eren avait largement dépassé ses attentes. L'Oméga avait réussi à prendre en filature une dizaine de malfrats qui avaient été chargés de kidnapper (le sosie) d'Historia Reiss, uniquement accompagné d'un seul et unique Chevalier pour assurer sa protection. Non seulement l'Oméga avait découvert qui était le coupable de l'assassinat de Rita Iglehaut, mais il s'était également débrouillé pour monter toute une opération pour piéger le meurtrier. Eren avait résolu cette crise avant même que Livaï n'ait eu le temps de lever le petit doigt. En croyant un instant qu'Eren était aussi vulnérable que l'avait été sa mère, Livaï se demandait s'il n'était pas, en définitive, le plus naïf dans leur relation.

Quelle erreur…

L'Oméga était bien plus habile à se défendre que quiconque.

Tandis que Farlan se chargeait de gérer l'arrestation et la fuite des informations au sujet de l'opération menée par le Candidat Jaëger, Livaï et Erwin s'étaient réunis pour interroger l'Oméga. Quand le Duc de l'Est lui avait fait part de son envie de participer à tout prix à cette entrevue, Livaï n'avait pas eu le cœur de le lui refuser. Il ne comprenait que trop bien le regain d'intérêt de son allié à en apprendre davantage au sujet d'Eren. Malgré le danger auquel il s'était exposé, il avait réussi l'exploit de miraculeusement s'en sortir avec une simple entorse à la cheville.

Eren était installé dans l'infirmerie impériale, dans le lit adjacent à celui de son majordome Armin Arlert, également blessé. L'Oméga semblait particulièrement nerveux lorsque Livaï, Erwin et les magistrats assignés pour les accompagner prirent place à ses côtés. En dépit de son refus préalable, l'Alpha avait plus ou moins pris conscience de la présence d'Hanji dans la pièce. Celle-ci feignait (mal) d'être occupée à autre chose pour les épier.

Livaï s'évertuait de lui poser des questions à Eren avec professionnalisme, tout en restant concentré pour éviter de dévoiler ostensiblement l'inquiétude qui l'agitait à voir l'Oméga alité. Hanji l'avait déjà informé qu'Eren allait pour le mieux, mais l'instinct de Livaï, perturbé par la forte odeur d'antiseptique et d'alcool omniprésente dans l'infirmerie, lui intimait de vérifier par lui-même que 'son Oméga' se portait bien. Heureusement, l'Alpha était passé maître dans l'art de ne rien laisser paraître. Il demanda sur un ton neutre : « Comment as-tu réussi à remonter jusqu'à Gloria Bernhardt ? » Contrairement aux autres questions où Eren avait coopéré sans broncher, il marqua une pause. Son regard balaya rapidement l'audience avant qu'il hasarde : « … Maintenant qu'elle a été arrêtée et que sa culpabilité ne fait plus aucun doute, serait-ce trop présomptueux de ma part d'espérer que la résolution de cette affaire justifierait que j'ai pu user de certaines méthodes un peu… controversées ? Du moins, je dis ça dans l'éventualité que certains de mes actes puissent, rétrospectivement, passer les limites de la légalité. Après tout, il est parfois nécessaire d'entreprendre certaines actions radicales pour éviter des drames. » Un silence suivit sa réplique.

En toute sincérité, Livaï avait dû user de tout son self-control pour ne pas éclater de rire.

Si le culot était un pouvoir, Eren serait sans doute l'être le plus puissant de Paradise. Est-ce que c'était vraiment le moment de négocier son indemnité ? Livaï n'avait pas besoin de jeter un coup d'œil vers les magistrats pour sentir leur outrage. Il choisit de briser le silence en répondant avec gravité : « Oméga Jaëger, compte tenu des circonstances, nous sommes prêts à passer sous silence pas mal de vos… incartades. » Le mot semblait être un parfait et total euphémisme pour désigner des actions clairement illégales. L'Alpha précisa : « Nous voulons juste comprendre ce qu'il s'est passé… » Eren lança des regards appuyés et suspicieux vers l'assemblée, avant de demander : « Est-ce que j'ai votre promesse ? Rien ne me sera fait en représailles ? Mes hommes aussi seront tirés d'affaire ? » Plus l'Oméga parlait et plus Livaï haussait les sourcils. La curiosité qu'il éprouvait à apprendre les détails de l'affaire ne faisait que croître à mesure qu'Eren prenait de précautions.

Il s'apprêtait à lui répondre lorsqu'Erwin lui coupa l'herbe sous le pied : « Oméga Jaëger, vous avez rendu un fier service à la Couronne en découvrant le véritable coupable des machinations qui mettaient en péril le bon déroulement de la Sélection. Votre contribution est plus qu'appréciée, et je peux vous assurer que rien ne vous sera reproché à la suite de cette investigation… » Eren marqua une nouvelle pause. Ils s'attendaient tous à ce qu'il cède enfin à la pression et expose son récit des faits. Contre toute attente, l'Oméga ordonna : « Je veux que vous inscrivez vos propos par écrit, signé de votre main et de celle de l'Héritier du Nord ! » La stupéfaction qui suivit son instruction était complète.

Arlert, qui jusqu'ici s'était prudemment fait discret, s'écria avec effroi : « Eren ! » Hanji n'y tint plus et éclata de rire, prouvant à tous qu'elle était loin d'être aussi absorbée dans ses recherches qu'elle l'avait feint à leur arrivée. Les magistrats avaient l'air absolument furieux. Erwin pour sa part, était totalement conquis. L'Oméga avait raison de se méfier d'un accord verbal, et s'assurer de la sécurité de ses hommes en plus de la sienne était une touche appréciable de bon sens et de responsabilité. Livaï ignora les faibles protestations outragées des magistrats et écrit rapidement l'accord demandé par Eren. Il le signa et le tendit à Erwin, qui s'empressa d'y ajouter sa signature.

Une fois satisfait, Eren s'installa plus confortablement dans son lit d'infirmerie et commença à exposer : « Afin de connaître le poison qui avait tué Rita, je me suis faufilé ici et j'y ai volé le rapport d'autopsie du médecin impérial. » A ces mots, son majordome laissa échapper un gémissement et serra un peu plus contre lui le document signé qui assurait leur liberté. Pas le moins du monde perturbé, Eren continua sur sa lancée : « Grâce à ces infos, je suis remonté jusqu'à l'apothicaire qui a concocté le poison. » Puis l'Oméga sembla prendre la peine de réfléchir. Il soupira enfin et admit : « En réalité, c'était un peu plus compliqué que ça. Au début je n'arrivais pas à démêler le vrai du faux, ou même à comprendre qui aurait eu un véritable intérêt à ce que Rita passe l'arme à gauche. Tout est devenu plus clair quand j'ai réussi à avoir accès aux résultats préliminaires de la Sélection. Là, ça m'a sauté aux yeux ! » Il avait déclaré ces propos comme si son enquête était une promenade de santé…

Eren continua : « Même si son projet va profiter à l'Empire, Gloria a totalement raté le coche en s'éloignant complètement du but premier de l'épreuve. Elle a tablé sur les relations internationales en passant par l'éducation des nobles et les échanges d'étudiants entre les diverses nations du continent… Mais ça, la populace s'en contre-fout ! Elle était bonne dernière dans les sondages ! » Arlert devenait si pâle que Livaï craint un instant qu'il ne perde connaissance d'une minute à l'autre. Le silence de l'assemblée était assourdissant. Eren en profita pour expliquer : « Mikasa était avant-dernière dans les sondages préliminaires. Et je savais que Gloria avait déjà essayé de se débarrasser d'elle auparavant. » Ah ?! Pourquoi est-ce que Mikasa n'avait pas cru bon de raconter ce léger détail à Livaï ? Est-ce qu'il allait devoir rendre une nouvelle visite à sa cousine après cet entretien ?

Comme personne n'avait toujours daigné l'interrompre, Eren analysa calmement : « Je me suis donc dit que cette fois-ci, Gloria avait décidé de taper fort. Selon les sondages, Rita et Rico se disputaient la première place de cette manche ! Tout le monde sait qu'à la fin de cette épreuve, il n'y aura que trois Finalistes. Et on sait tous ce que Gloria pense de Rico et de ses origines modestes. A ses yeux, la noblesse du sang importe beaucoup trop dans la compétition pour que Rico ou moi représentions une véritable menace. Elle a une foi inébranlable dans la suprématie de l'Aristocratie. Pour elle, la participation de 'manants' n'est là que pour ajouter du spectacle. Et donc, comme le vote des nobles pour les projets comptent comme seconde condition pour valider le projet et établir le classement final, seule Rita lui posait vraiment problème. En comparant les sondages du peuple puis ce qu'il s'est dit chez les nobles, Gloria a estimé qu'elle affronterait Mikasa pour la troisième place de Finaliste. Historia et Rita se trouvant respectivement en première et seconde place. »

Livaï avait déjà été témoin de ses capacités de raisonnement. Mais il comprenait l'admiration que communiquait le silence persistant dans la pièce. Plus Eren était emporté par son histoire et moins il faisait attention à minimiser ses aptitudes. A voir refléter son ébahissement face à l'intelligence de l'Oméga sur les visages des magistrats ou dans la brillance du regard azur d'Erwin, l'ardente pointe de fierté qui perça le torse de Livaï était un sentiment tout à fait inédit et loin d'être déplaisant. Eren gigota, clairement mal à l'aise. Livaï lui vint en aide en déclarant : « D'accord, mettons de côté le flagrant manque de sécurité qui entoure le décompte normalement secret des résultats de la Sélection… » Les Agents de l'Ombre avaient déjà noté une fuite de ces données, rien d'étonnant à ce qu'Eren eut pu mettre la main sur cette information.

Ce qui intéressait beaucoup plus l'Alpha, c'était comment son piège avait été pensé. Il s'enquit : « A partir de ces infos, tu t'es mis en tête de remonter la piste de l'apothicaire ? ... » Eren acquiesça doucement de la tête et expliqua : « Rita, Historia et Mikasa étaient portées gagnantes ! Rico n'a pas trouvé assez de soutien auprès des nobles pour passer le tour. Après tout, elle est adorée par les bourgeois. Hitch n'est pas prise au sérieux, le parti Neutre n'est pas encore assez uni pour faire front et ses résultats auprès du peuple sont encore trop mitigés à ce stade précoce du développement de son projet. » L'Oméga écarta soudain les bras et annonça avec emphase : « Maintenant que Rita est morte, une place se libère en tête du peloton. En plus, d'une pierre deux coups, avec l'accusation qui pèse sur Mikasa, elle avait peu de chance de survivre aux Eliminations du dernier tour… Pas alors que mon histoire avec les Fritz n'entache déjà l'éthique des nobles aux yeux du peuple. » Fasciné, Livaï se laissa aller contre le dossier de son siège. Laisser un Candidat pareil disparaître dans la nature sans prendre la peine de le retenir, ce serait une perte magistrale pour Paradise.

Même si Eren n'avait aucune idée de comment passer la seconde étape de la Sélection, Livaï devait à tout prix trouver un moyen de le garder dans la compétition…

Livré à lui-même, Eren continua d'exposer en détail : « Tout le monde sait que Mikasa est entraînée à résister au poison. Gloria est assez horrible pour tenter de tout de même la tuer. Elle n'allait pas juste s'en prendre à Rita en espérant que tous accusent Mikasa. Elle s'est dit : ''Et si j'arrivais aussi à me débarrasser d'elle ? On ne sait jamais, sur un coup de chance.'' Et c'est ce qui l'a perdue. Elle a fait manufacturer un poison spécial. Je me suis servi des conclusions d'Hanji Zoé sur la composition du poison. Je soupçonnais déjà Gloria, c'est pour ça que j'ai réussi à mettre la main sur l'apothicaire qui l'a confectionné. Mikasa devra remercier Hannes d'ailleurs… Lui et ses gars m'ont bien aidé sur le coup. Apparemment, cet apothicaire était criblé de dettes. Il a préféré fabriquer ce poison plutôt que de vendre sa famille à un bordel ou de se donner la mort… Les Chevaliers et moi-même l'avons 'arrêté' et confié à la Garnison de la Rose. » A mesure qu'il se laissait emporter par son récit, son regard s'était animé.

L'Oméga n'avait pas juste mené l'enquête et agi en conséquence, il devenait de plus en plus évident qu'il en tirait un plaisir manifeste. Eren ne faisait pas que simplement évoluer comme un pro à la Cour, il y prospérait. Livaï brisa à nouveau le silence en demandant : « Pourquoi Hannes n'a pas exposé l'implication de Gloria ? » Eren prit un air sérieux : « Non. Ce n'était pas le bon moment. » Et comme si l'évidence s'était faite aussi clairement dans son esprit que dans celui de son ami d'enfance, Armin Arlet hasarda soudain : « Tu lui as demandé de ne pas livrer l'apothicaire tout de suite… ?

- Effectivement…

- Parce que Mikasa était accusée du meurtre de Rita et que si, tout à coup, la milice qu'elle a mise en place fournissait à tout le monde un nouveau coupable…

- Gloria risquait de s'en sortir indemne. Et contrairement à la dernière fois où j'ai été mis face à ses machinations, je n'avais aucune intention de la laisser continuer à se pavaner en liberté. Après tout, si j'ai choisi de montrer mon soutien à Historia, c'est majoritairement pour éviter que cette cinglée ait une chance de devenir Impératrice… » Leur échange rapide était impressionnant, mais il soulevait d'autres questions. Livaï les interrompit, interloqué : « Attends un peu. Comment est-ce qu'on est passé du moment où tu as décidé de ne pas livrer l'apothicaire tout de suite à l'opération suicide qu'on a dû dérouler l'autre soir ?! » Eren se mordilla la lèvre. Il jeta un regard coupable en direction d'Armin, puis à la suite d'un long soupir, il développa : « Je me suis dit que si Mikasa devait vraiment se sortir de cette panade, ça devait venir de la part d'une tierce personne. Quelqu'un qui aurait zéro intérêt à lui venir en aide. Du coup, je me disais que… si Historia venait à découvrir le pot aux roses… » Mais Historia était-elle prête à trahir les Aristocrates aussi facilement ?

Ce fut au tour d'Erwin de se montrer dubitatif : « Historia Reiss ? Venir en aide à la figure de proue du parti Impérialiste ? J'ai cru comprendre que vous étiez en bon terme, mais de là à ce qu'elle trahisse son parti politique pour… » Eren roula des yeux et rétorqua : « Bien sûr qu'Historia n'allait pas 'réellement' nous aider ! L'important c'était que Gloria 'pense' qu'Historia avait trouvé de quoi la faire chanter. Notamment l'apothicaire, qui pouvait la relier à toute l'affaire. C'était largement suffisant pour la pousser à la faute. » Livaï agita la tête, halluciné : « Et c'est là que tu as eu l'idée fantastique de travestir ton ami d'enfance et de mettre au point un faux rendez-vous bancal entre Gloria et Historia ? » Eren haussa les épaules.

Il prit au moins la peine de paraitre contrit lorsqu'il répondit : « Désolé Armin. Je n'ai jamais eu de chance avec mes plans. On dirait qu'il y a toujours un imprévu… » Livaï esquissa un léger rictus lorsqu'il répliqua : « Oui. Enfin pour le coup, tu avais quand même pas mal planifié le truc… Une lettre sur le bureau du Prince qui lui expose qu'une autre Candidate est en grand danger dans la capitale ? Est-ce que je dois aussi m'inquiéter de la sécurité de l'Héritier ? » Eren écarquilla les yeux et s'empressa de nier : « Absolument pas ! La seule raison pour laquelle j'ai réussi à transmettre ce message, c'est parce que je l'ai plus ou moins fait passer pour une lettre d'amou… » Il s'étrangla. Livaï haussa un sourcil et Erwin feignit la quinte de toux pour masquer son pouffement de rire. Eren rougit légèrement, puis grimaça : « Bref… Quand Gloria a mordu à l'hameçon, il m'a suffi d'établir un lieu de rendez-vous secret, afin 'qu'Historia' et elle, elles discutent du prix du silence de celle-ci. Gloria a décidé de tenter le tout pour le tout et de faire enlever celle qu'elle prenait pour Historia. La suite, vous la connaissez… » Son témoignage enfin achevé, Eren reprit son souffle.

L'interrogation s'était achevée avec le récit des quelques détails qui intriguaient encore les magistrats ou Livaï, pour des raisons purement pratiques ou sécuritaires. Eren s'efforça d'y répondre au mieux. La fin de leur entretien fut décevante, en comparaison aux explications de l'Oméga. Une chose était sûre, quand ils quittèrent l'infirmerie, les magistrats avaient une toute nouvelle image à laquelle se conformer du Candidat Jaëger, qu'importaient leurs avis préalables sur l'Oméga.

Ils s'étaient à peine séparés de leurs suiveurs quand Erwin arrêta Livaï.

D'une simple pression sur le bras, l'Alpha blond stoppa leur avancée. Livaï lui jeta un regard inquisiteur auquel Erwin répondit en s'écriant : « Il faut absolument que tu trouves un moyen de garder Oméga Jaëger parmi les Finalistes de la Sélection. » Livaï cligna bêtement des yeux. Erwin ajouta : « Il est… il a l'air taillé pour le rôle d'Impératrice. Ce qui est d'autant plus intéressant vu qu'absolument rien ne l'y prédestinait. Il n'est pas juste comme Uli Reiss. Uli aa beau avoir un véritable talent pour manipuler des intrigues politique, il a surtout été élevé pour naviguer dans les eaux troubles de la Cour comme un enfant évolue sur une aire de jeux. Dans le cas Eren Jaëger c'est… plus instinctif, plus…

- …impressionnant. C'est presque effrayant. Ça donne à réfléchir, hein ? Si Eren avait vraiment voulu nous la mettre à l'envers, est-ce qu'on aurait réussi à l'en empêcher avant qu'il ne soit trop tard ? » Erwin détailla précautionneusement l'expression de son vis-à-vis. Puis l'Alpha blond remarqua : « Au début de la Sélection, tu cherchais à trouver la partenaire la plus inoffensive et malléable possible. Aujourd'hui, Jaëger nous prouve en quelques minutes qu'il risque d'être la lame à double tranchant la plus aiguisée qu'on ait jamais vue. Et tu ne peux quand même pas t'empêcher de sourire en pensant à ce qu'il pourra accomplir à tes côtés… » Livaï fronça les sourcils pour masquer son embarras. Est-ce qu'Erwin n'exagérait pas un peu les choses ? Livaï n'avait pas souri. Peut-être qu'il avait esquissé un vague rictus. Mais c'était difficile de ne pas se sentir excité de penser à ce qu'Eren pourrait accomplir si on lui offrait un terrain de jeu à sa taille.

Erwin compléta : « Je ne suis peut-être pas Farlan, mais je te connais depuis aussi longtemps que lui. Et je ne suis pas aveugle, tu apprécies vraiment beaucoup Jaëger. Le fait qu'il semble taillé pour assumer le rôle dans lequel ton affection semble le pousser est déjà une très bonne surprise. J'en suis le premier ravis. Mais sache que même sans ses… étonnantes capacités, j'aurais soutenu ta démarche rien qu'en constatant à quel point il peut te rendre heur…

- J'ai compris. Pas la peine de jouer le sentimental à la noix.

- Sentimental ? » Erwin pencha la tête sur le côté, il sembla réfléchir à la question pendant un instant, puis il précisa : « Bien entendu, je ne te veux que du bien. Et je pense que toi, plus que tout autre, mérite largement le genre de bonheur que promet une union basée sur une forte affection réciproque. » Quand il reprit la parole, ce n'était pourtant pas avec l'expression d'un ami plaqué sur le visage, mais celle du Duc de l'Est, sérieux et impliqué : « Mais s'il faut que je sois parfaitement honnête sur l'origine primordiale de mon intérêt concernant ton éventuelle relation avec l'Oméga Jaëger : c'est la promesse de stabilité au sein de Paradise. » Livaï haussa les sourcils, pris au dépourvu.

Erwin expliqua : « Tu n'es pas dans une position facile, Livaï. La Sélection, la fin de la guerre, la situation avec les Murs, ton prochain couronnement si tout se passe bien, les tensions entre les divers partis politique de l'Empire… Tu as énormément de choses à gérer en peu de temps. Et du peu de ce que l'on sait de la maladie dégénérative frappant la lignée impériale, ce genre d'environnement inhospitalier risque de mettre ta santé mentale en péril. Mon père a connu l'époque où ton grand-père régnait. Il a été témoin de ce qui s'est passé à la fin de sa vie…

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi avec la théorie à la con d'Hanji sur les bienfaits d'une Paire pour la lignée impériale ?! » Erwin avait un air parfaitement sérieux lorsqu'il répliqua : « Si je peux t'éviter de terminer comme ton grand-père Livaï, je suis prêt à prêter une oreille attentive à toutes les théories possibles. Et tu ne peux pas nier que, quoique l'on en pense, Kenny et Uli sont une Paire. Et Kenny a déjà atteint puis dépassé l'âge où les premiers signes de folie sont apparus chez le défunt Empereur…

- …

- Tu sais qu'il faut remplir des conditions particulières pour former une Paire aussi solide que celle de Kenny et Uli. Et j'ai comme l'impression qu'Eren Jaëger est… » Livaï lui coupa la parole : « Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il réussisse à passer les éliminations de la seconde épreuve. J'ai à peine une vague idée de ce qu'il compte faire pour s'en sortir pendant la présentation des résultats…

- Oui. J'ai entendu quelques murmures à ce sujet. Si ça aboutit, il aura décidément réussi à marquer cette compétition… Ce serait sans précédent, un vrai miracle… » Ils marquèrent une pause tous les deux.

Livaï avait beau avoir reconnu les sentiments qu'il éprouvait pour Eren et admis qu'il y avait une dimension plus qu'effrayante à l'intensité de ses émotions, il était très loin d'accepter les notions de Paire Destinée ou d'autres conneries du genre. Eren et lui, ils n'étaient pas les protagonistes d'une intrigue d'un roman à l'eau de rose. Livaï était déjà assez nerveux à l'idée de tout foirer en avouant la vérité à l'Oméga, sans qu'en plus on vienne faire peser dans la balance, quelque chose d'aussi lourd que le Destin ou la stabilité de sa santé mentale. Erwin assura soudain : « Si, par hasard, tu rencontres des difficultés à le pousser dans la bonne direction, ou à aider Arlert à trouver ce dont il a besoin pour finaliser son plan, n'hésite pas à me contacter. Comme l'a dit Farlan bien avant moi, je suis plus que partant pour qu'Eren Jaëger me compte parmi ses alliés. » Et sans attendre que Livaï ne lui réponde, il s'enfonça dans le couloir adjacent avec une démarche décontractée.

Formidable.

Maintenant que le Duc de l'Est, l'Héritier du Nord et la future Duchesse Centrale étaient à la merci d'Eren, il avait un million de fois plus de raisons de craindre la réaction de l'Oméga quand il lui révèlerait toute la vérité sur son identité…

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Livaï avait préparé l'évènement avec une attention exceptionnelle.

Il essaya en vain de se convaincre que le plaisir qu'il avait tiré à planifier cette exécution n'était pas un signe de sa lente, mais certaine, descente vers l'enfer de la folie héréditaire. Mais en réalité, il avait conscience de l'aspect cruel, prémédité et glaçant de son plan. Le soir de l'exécution publique de Dinah et Sieg Fritz, il y avait à peine une dizaine de personnes présentes près de l'échafaud. D'ordinaire, quand des nobles étaient condamnés pour un crime, ils étaient décapités sur la Grande Place de Sina, aux pieds de la statue géante de la Déesse Maria. Tous pouvaient être témoins de leur déchéance. Leurs proches, quoiqu'obligés de faire preuve d'une certaine retenue, pouvaient les pleurer.

Cette fois-ci, il ne leur offrirait pas ce cadeau.

Livaï avait fait en sorte que l'exécution se déroule sur les terres impériales, avec un gibet de fortune et sur une estrade en bois bancale.

Les installations avaient été montées à la hâte, au milieu d'une vieille place pavée à la lisière d'un bosquet lugubre. Quelques murs délabrés se dressaient de çà et là, leurs pierres recouvertes de mousses. Ils se trouvaient au beau milieu des vestiges de qui avait dû être autrefois un tout petit village ayant subi l'assaut des Titans. Ce lieu était méconnu, mais l'atmosphère y restait chargée d'énergie négative. Les siècles étaient passées, mais la végétation peinait encore à y repousser. L'herbe semblait perpétuellement gelée, jaunâtre et triste à contempler. Les arbres environnants n'étaient plus que du bois mort. Les corbeaux croassaient, comme impatients, comme s'ils avaient conscience du spectacle à venir.

Les témoins de l'évènement patientaient silencieusement devant la scène. Ils étaient surtout composés des nobles qui tapaient sur le système de Livaï depuis un long moment. Ils avaient tous été soigneusement sélectionner pour assister au spectacle : autant faire une pierre deux coups, en leur faisant passer un message très loin d'être subtil. Pour que la boucle soit bouclée, Livaï avait pris soin de réserver une place au premier rang à Rhodes Reiss dans la maigre foule..

Il faisait nuit noire et d'épais nuages recouvraient la lueur du croissant de lune.

L'ambiance était sinistre et silencieuse.

Les torches éclairant cette sombre exhibition faisait danser des ombres inquiétantes sur les visages pâles, aux expressions fermées, des infortunés témoins de l'exécution à venir. Farlan se tenait aux côtés de Livaï, enveloppé dans le rôle de Prince qu'il commençait de plus en plus à regretter d'avoir endossé. Son but était de se montrer aussi inexpressif que possible. Avant leur venue, Farlan avait mis un point d'honneur à exprimer ce qu'il pensait de la décision de Livaï : à ses yeux, son meilleur ami flirtait sérieusement avec les limites macabres de la tyrannie/psychopathie qui avait caractérisé les dernières années du règne de son défunt grand-père. Sans aucun doute, (comme ses exploits sanglants sur le champ de bataille), que ce tour de force allait marquer au fer rouge l'Histoire du règne de Livaï. Quand bien même on n'oserait en parler qu'en chuchotant, derrière des portes closes.

Tous gardèrent le silence alors que les gardes de la geôle impériale traînaient leur charge jusqu'à l'estrade.

Les prisonniers étaient dans un état déplorable. Sales, clairement mal nourris et mal traités. Contrairement aux nobles condamnés à qui on accordait en général un minimum de dignité avant leurs derniers instants, Dinah et Sieg semblaient avoir vécus l'enfer. Un bandeau avait été placé sur leurs yeux, mais les sanglots déchirants qui s'échappaient des lèvres de la marâtre indiquaient qu'ils avaient pleinement conscience la destination de ce dernier voyage. Son fils, de son côté, paraissait entièrement vidé de ses forces et se laissait manipuler avec une aisance malaisante. Livaï eut une pensée pour le jeune Eren Jaëger, pour l'enfant perdu et innocent qu'il était à l'époque, et qui avait vu arriver ces charognards dans sa demeure. L'Alpha se demanda combien de sanglots poignants le jeune Oméga avait dû étouffer dans le cagibi où Dinah Fritz l'avait exilé. Combien d'esclaves les Fritz avaient vendus, exploités ou violentés durant leur trafic ? De combien d'autres meurtres politique Sieg s'était-il rendu coupable sans jamais les avouer ?

Farlan avait beau pensé qu'il allait trop loin, Livaï avait beaucoup de mal à se sentir concerné par son inquiétude.

Impossible d'éprouver de l'empathie pour des déchets pareils.

Il estimait que si on n'était pas capable de faire preuve d'humanité, on devait s'attendre à ce qu'autrui nous rende la pareille un jour ou l'autre. 'Qui tue par l'épée doit s'attendre à mourir sur le fil d'une lame.' C'était le proverbe préféré de Kuchel, lorsqu'elle essayait de faire comprendre à son fils que chaque acte entraînait une conséquence. Livaï s'avança vers les prisonniers d'un pas lourd. Le bruit de ses bottes contre le bois résonna dans le silence funèbre. Debout derrière les condamnés, les gardes les maintenaient à genoux face à la foule. Dinah tremblait de la tête aux pieds. Livaï s'accroupit de manière à se retrouver à leur hauteur. Ils sentaient mauvais, mais ce n'était pas juste à cause de leur manque flagrant d'hygiène. Ses sens aiguisés lui indiquaient clairement qu'ils étaient désespérés, apeurés, en souffrance.

C'était une odeur familière.

Celle de la mort, du sang, de la misère. Elle le ramenait immédiatement à des temps plus sombres, plus chaotiques. Mais tellement plus simples. Un temps où Livaï n'avait pas besoin d'analyser chaque détail avant de déterminer qui était l'ennemi. Ce qu'il cherchait à accomplir, comment le combattre. L'Alpha ne s'était jamais vraiment exprimé sur l'impact qu'avait eu la guerre contre Mare à l'époque où il n'était qu'un jeune soldat. Il savait que ses alliés s'inquiétaient pour sa santé mentale. Et leur avouer qu'une certaine part de lui avait trouvé une indubitable pureté, voire un soulagement exaltant, à combattre à mort et à laisser exploser la rage brûlante qui mijotait doucement au plus profond de lui depuis toujours, était sans aucun doute une très mauvaise idée.

Livaï inspira doucement, puis passa à l'étape suivante.

Plus vite il en aurait terminé avec les Fritz, et plus vite il pourrait s'occuper de choses bien plus importantes.

Livaï tenait à être celui qui ôterait le bandeau placé sur leurs yeux. Il attendait tout particulièrement ce moment privilégié pour qu'ils sachent, au moment venu, pourquoi et comment ils avaient terminé sur l'échafaud. Quand il leva les mains pour enlever leur entrave visuelle, Farlan commença son discours. Sur un ton froid et protocolaire, il annonça les raisons de leur présence à tous et énonça les crimes dont les prisonniers s'étaient rendus coupables. Il prononça sans faute les paroles rituelles convenues, des siècles plus tôt, entre la haute instance de Justice et l'Eglise. Ici, dans ce bosquet perdu au milieu de nulle part sur les terres impériales, il n'y avait aucune statue de Maria pour décider de la destination de l'âme future des exécutés.

Livaï comptait vaguement sur le fait que l'absence de représentation de la Déesse fasse errer l'âme ces bâtards dans les limbes pendant des années.

Le regard de Dinah était si écarquillé, si effaré qu'on aurait dit qu'elle avait déjà perdu l'esprit. Livaï espérait que ce n'était pas le cas, il voulait la voir se débattre avec vigueur pour survivre jusqu'à la dernière minute de sa pathétique existence. Comme prévu, l'Alpha profita du discours protocolaire de Farlan pour leur adresser sans que quiconque ne puisse distinguer ou entendre la teneur de leur échange. Les yeux que Sieg posait sur lui étaient résignés, absents de vie. Livaï murmura : « Avant que vous ne partiez, je tenais à vous expliquer pourquoi votre fin de vie a été aussi misérable. » Dinah le fixait avec incrédulité. Une lueur d'incompréhension s'alluma au fond du regard terne de son fils.

Livaï lui souffla : « L'esclavage, les meurtres par appât du gain, la soif de pouvoir… Tous ceci vous a conduit là où vous vous trouvez aujourd'hui. Du moins en apparence. On sait tous les trois que vous aviez pourtant des alliés assez puissants pour éviter la potence. Alors pourquoi est-ce que ça n'a pas suffi à vous sauver la mise ? Jusqu'ici, vous avez peut-être eu l'impression qu'il s'agit d'une bête 'juste rétribution des choses', d'une vague question de karma...» Livaï marqua une légère pause puis il ajouta à voix basse : « Et pourtant, ce ne sont pas ces actes qui auront causé votre perte en définitive.» Sieg serra la mâchoire et murmura faiblement, dans un éclat de lucidité : « E…ren… ».Livaï vit Dinah légèrement tressauter. L'Alpha se délecta de cette réaction. Livaï murmura avec tranquillité : « Vous allez mourir pour ce que vous lui avez fait. Pour ce que vous avez fait à sa mère. Pour l'avoir dépouillé de son héritage. A cause ce que Sieg a eu la bêtise de tenter… » L'Alpha renchérit, sur un ton calme et posé : « Vous avez osé toucher à quelque chose qui m'appartient. » Dinah s'étrangla avec sa salive.

Elle finit par marmonner d'une voix faible, avec véhémence : « Pour qui te prends-tu ? Il, il fait partie des Candidats de la Sélection ! Tes propos te conduiront rapidement à notre place ! » Livaï retint à grande peine un ricanement cynique quand il répliqua avec assurance : « Pour qui je me prends ? La réponse est très simple… » L'Alpha pencha la tête et leur chuchota : « Je suis le véritable Prince Héritier. » Ils écarquillèrent les yeux de surprise. Livaï se redressa ensuite, dos à la foule, avant de terminer doucement : « En tant que monarque, on aimerait bien croire avoir atteint un état de détachement supérieur, presque divin, qui nous permettrait de régner, juger et décider avec le recul nécessaire. Avec objectivité Mais la réalité est beaucoup plus cruelle. » Farlan acheva son discours.

Le bourreau s'avança lentement. Livaï recula jusqu'à se retrouver de nouveau aux côtés de son meilleur ami, tandis que les gardes forçaient les prisonniers à prendre place. Sieg fut installé à genoux, la tête posée sur un rondin de bois, face à sa mère. Cette dernière était déjà montée sur un escabeau, la tête placée dans le nœud de l'épaisse corde du gibet. Dinah se mit à hurler, hystérique : « C'est un complot ! Un complot ! Non, arrêtez ! Je suis une Fritz, Rhodes ! Rhodes tu ne peux laisser ces Impériaux me faire ça ! Je… » Livaï sentit son rythme cardiaque se calmer, sa respiration se fit presque somnolente à l'instant précis où il remarqua que Sieg avait comprit son stratagème.

Livaï allait le forcer à regarder sa mère agoniser lentement, pendue au bout d'une corde, comme Eren avait été obligé d'assister au déclin progressif de Carla Jaëger dû à ses poisons. Le condamné se mit à trembler. Avant que Dinah n'en dise plus, le bourreau abaissa le levier. La trappe claqua sous ses pieds, l'escabeau tomba dans un bruit sourd. Pendant quelques secondes, l'audience muette espéra qu'elle s'était brisé le cou sous l'impact. Livaï, lui, savait qu'il n'en était rien. Il s'en était assuré au préalable, après tout.

Dinah gargouilla au bout de sa corde, son corps gigotait tel un vers au bout d'un hameçon. Sa respiration sifflante perça le silence lugubre. Sieg poussa un cri déchirant. Sa mère gesticulait encore pitoyablement dans les airs quand il hurla d'une voix enrouée : « Tu es un monstre ! Maudit soit l'Empereur et toute sa lignée ! » Comme Livaï le lui avait promis : le tranchant qu'abattit froidement le bourreau sur sa nuque offerte était la lame la moins affutée qu'il eut pu trouver. Le son à la fois sec et humide qu'elle produisit en lui brisant la nuque fit courir un frisson d'effroi dans la foule. Le fer s'abattît encore et encore, sans parvenir à vraiment détacher sa tête de son cou. Livaï laissa son regard glisser vers les témoins. Il pouvait sentir le malaise de Farlan, alors même qu'il continuait vaillamment de rester aussi neutre et impassible que possible.

Lorsque l'exécution fut terminée, la foule commença à se disperser.

Livaï avait intimement donné l'ordre que leurs cadavres restent sur place. L'Alpha s'était promis de graver dans l'esprit de ceux qu'il a convié à ce spectacle, la plus simple des convictions : ceux qui le provoqueraient à l'avenir et ne sauraient pas quand, où, s'arrêter avant qu'il ne soit trop tard, allaient s'exposer à un sort bien pire que la mort.

Les carcasses de Sieg et Dinah n'allaient récupérées que dans quelques jours, le temps que les charognards effectuent leur travail. Et si jamais il restait à ce moment-là quelques restes sur leur dépouille, ceux-ci iraient rejoindre la fosse commune dans l'anonymat le plus complet. Tandis que la plupart des nobles passeraient le reste de leur vie à se demander si les Fritz croupissent toujours au fin fond des geôles impériales dans l'ignorance de tous.

Tandis que chacun rejoignait son carrosse, dissimulant tant bien que mal leur mine écœurée, l'horreur qui leur glaçait le sang à la vue des corbeaux se rapprochant des corps encore chauds des exécutés, Livaï observait Rhodes Reiss. Leurs regards se croisèrent longuement. Et même si Reiss n'avait pas la moindre idée de qui il pouvait être en réalité, Livaï lui fit une promesse silencieuse : celle de toujours l'avoir à l'œil. Celle de n'attendre que l'occasion pour lui faire subir un sort pire que celui réservé aux Fritz s'il ne lui donnait ne serait-ce qu'une bonne raison de passer à l'acte.

Livaï n'était pas comme Kenny. Il n'avait absolument aucun intérêt, sentimental ou autre, à laisser les Reiss continuer de lui marcher sur les pieds. Contrairement à son géniteur, l'Oméga qu'il souhaitait protéger n'était pas un membre de leur petite congrégation de traitres et d'empêcheurs de tourner en rond. Eren avait eu beau surpasser l'épreuve de la mort de Rita avec brio, il avait beau ne pas avoir besoin d'être aussi protégé que Kuchel., ce n'était certainement pas une raison pour que Livaï baisse sa garde.

L'Alpha était déterminé à ne pas commettre la même erreur qu'autrefois.

Cette fois-ci, il était prêt à tout pour protéger ceux qui comptaient vraiment pour lui.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Quand l'heure de la présentation des résultats de la seconde épreuve arriva, Livaï était presque soulagé.

Enfin, il pouvait passer à autre chose. Il allait enfin savoir quel serait l'avenir d'Eren dans la compétition et il pourrait improviser à partir de là. L'annonce avait été organisée dans la salle du tribunal impérial dans le palais d'Utopia. C'était sans doute l'étape la plus importante de la Sélection, la dernière ligne droite, l'endroit et le moment où toutes les intrigues ainsi que les machinations des divers partis politique allaient aboutir pour désigner les trois Finalistes. Pour dessiner l'avenir de l'Empire en choisissant trois potentielles Impératrice.

La salle était pleine à craquer.

Les nobles et les bourgeois s'étaient arrachés les places pour y assister. Un léger brouhaha accompagna l'arrivée des Candidates et leur entourage. Installés confortablement sur l'estrade qui faisait face à l'ensemble de l'audience, Livaï, Farlan et un représentant de chaque parti politique, dirigeraient la cérémonie. Marquis Rhodes Reiss du parti Aristocratique, le Duc Erwin Smith du parti Impérialiste et le Marquis Doris du parti Neutre. Avec Rita Iglehaut décédée et Gloria Bernhard emprisonnée en attente de son procès, la présentation allait être bien plus courte que prévue.

Livaï assista à l'exposition des projets de chaque Candidate avec une nervosité grandissante.

En tant que Consultant du Prince, l'Alpha avait une vague idée de ce qui allait suivre et de comment le majordome d'Eren allait réussir à lui sauver la mise. C'était un coup de génie, mais s'il y avait une chose qu'avait durement appris Livaï avec la Sélection, c'était qu'il fallait s'attendre à absolument tout et qu'un revirement de situation n'était jamais très loin. L'Alpha profita des exposés des Candidates pour détailler Eren. L'Oméga paraissait anormalement calme. Compte tenu de ce qu'il avait fait (ou plutôt pas fait) pour participer à cette épreuve, Livaï ne pouvait s'empêcher d'admirer son flegme tout en le déplorant à la fois.

C'était très exactement cette attitude qui lui donnait la désagréable impression qu'Eren était sur le point de prendre la poudre d'escampette, d'une minute à l'autre. Qu'en réalité, absolument rien ne retenait vraiment l'Oméga à Utopia ou à la Cour. On aurait pu croire que se voir tout à coup responsable de l'avenir du domaine Jaëger aurait pu l'attacher à Paradise, mais étrangement, Livaï doutait que ça suffise. Eren était comme un mirage, et l'Alpha peinait de plus en plus à résister à la pulsion qui lui intimait de trouver un moyen de l'enchaîner à lui. De faire en sorte que l'Oméga ne puisse plus vivre sans lui…

L'heure de la présentation d'Eren approchait à grand pas.

A peine sortie de convalescence, Mikasa exposa l'évolution de la criminalité dans les villes et villages de l'Empire qui appliquaient son projet d'établissement d'une force 'policière' : la Garnison de la Rose, qui il fallait bien l'admettre présentait déjà de sacrés résultats. La présentation d'Historia fut aussi claire que 'touchante'. Des témoignages poignants avaient même été ajoutés, prétendument à l'insu de la Bêta, pour la remercier de ses actions auprès des orphelins de l'Empire. Et enfin, Armin Arlert s'avança pour commencer à exposer le projet mené par son Candidat. Il se tenait droit et avait l'air déterminé lorsqu'il déclara : « Votre Altesse, excusez le manque flagrant de conformité pour le protocole de la cérémonie. Compte tenu de la nature spéciale du projet mené par le Candidat Jaëger, je suis le plus à même d'exposer une étude complète à même de satisfaire l'illustre assemblée de cette présentation. » Comme convenu en amont, Farlan acquiesça rapidement de la tête. Le brouhaha qui s'éleva était bourdonnant.

Eren commençait enfin à sembler nerveux.

Armin reprit sa présentation avec conviction : « Personne ici n'est plus sans ignorer les circonstances extrêmement particulière et désavantageuse dans lesquels Oméga Jaëger a débuté cette compétition. » Le brouhaha s'atténua soudain. L'audience était clairement intéressée d'en apprendre un peu plus sur le scandale qui animait encore aujourd'hui la majorité des dîners mondains et les clubs d'activités dédiés au plus fortunés. Livaï tira un plaisir particulier à voir Eren se décomposer, à mesure que son ami d'enfance parlait.

Le blondinet semblait parfaitement absorbé par son discours quand il s'écria : « …raison pour laquelle, il lui a été difficile de choisir un projet particulier auquel dédier toute son attention. Comme l'opinion publique le pensait, et en dépit de ses excellents résultats scolaires lors des examens de formation, Oméga Jaëger avait plus conscience que quiconque qu'il était loin d'être 'adéquat' pour mériter sa place de Candidat. Et comme être simplement un 'Oméga' ne représente pas à ses yeux une raison valable de conserver sa position dans la compétition, il a entrepris ce que j'ai décidé d'appeler 'un projet un peu spécial'. Celui d'un 'développement personnel'. » Eren semblait sur le point de s'étouffer.

La présentation d'Arlert était visiblement en train de le pousser au bord de la syncope. Si l'assemblée n'était pas occupée à marmonner entre eux, ils auraient sans doute remarqué l'hilarante expression de l'Oméga. Entre le rictus incrédule et l'air stupéfait, Eren était le premier à douter de la véracité du portrait beaucoup trop flatteur qu'on dressait de lui. A en croire la perplexité et l'air médusé affiché par le Candidat, le dossier qu'avait monté son majordome pour présenter son projet de 'développement personnel'relevait clairement de l'affabulation pure et simple.

Quand Arlert déclara fièrement : « …Une attitude digne et exemplaire qui, sans aucun doute, décrit parfaitement ce qu'on attend du futur compagnon de l'Empereur. » Eren feignit une légère quinte de toux pour dissimuler son éclat de rire incrédule. Cependant, il lui sembla impossible de ne pas brièvement haussé les sourcils avant de jeter vers Armin un coup d'œil rapide qui paraissait questionner le majordome sur sa santé mentale. Soudain, comme si une pensée venait de le traverser, Eren releva les yeux vers la tribune des juges. Livaï esquissa un rictus, amusé par son manège. L'Oméga détourna les yeux et rougit d'embarras. L'Alpha déplora le fait qu'ils se trouvent trop éloignés pour qu'il puisse profiter des notes fleuries qui s'étaient assurément glissées dans ses phéromones.

Arlert était en train de relater les idées, les prises de positions, les victoires et les difficultés rencontrées dans chacun des projets où son protégé avait été mis à contribution, quand l'attention de l'Oméga sembla se poser sur la tribune où ses rivales et leurs entourages assistaient patiemment à sa présentation. Livaï pouvait comprendre l'étonnement qu'il vit se peindre sur les traits d'Eren. Lui aussi, il avait été surpris. La Sélection était une compétition intense et dangereuse, comme elle l'avait prouvée à maintes reprises depuis le début. On n'y participait certainement pas pour s'y faire des amis. Une fois de plus, Eren avait surpassé les attentes de tous. Non seulement ses rivales avaient accepté qu'il leur apporte son aide pour développer leurs projets, mais en plus, elles semblaient toutes déterminées à s'allier à sa cause.

Pour peu qu'Eren en eut une à défendre.

Arlert avait presque terminé sa présentation : « …et ses efforts constants à faire ce qu'il y a de juste, à apporter son soutien pour la réalisation de projets qu'il savait bénéfique pour le peuple, ne sont pas restés sans récompense. Pour finir, surpassant les clivages des partis politique et les difficultés rencontrées par son précédent manque de soutien dans la sphère décisionnaire de l'Empire, Oméga Jaëger est parvenu à s'attirer les faveurs de toutes celles à qui il est venu en aide durant l'élaboration de son projet personnel. » A ces mots, le blondinet présenta les signatures de plusieurs documents relatant la 'reconnaissance' qu'avaient accepté de lui attribuer chacune des Candidates. Une reconnaissance qui, en définitive, allait être comptabilisée en pourcentage de voix du peuple qu'elles avaient consenti à lui céder.

A ce stade des opérations, Eren semblait complètement submergé par son embarras. Le rouge qui lui était monté aux joues était devenu permanent et il s'était arrêté à plusieurs reprises avant de déboutonner sa veste. Le regard complètement paniqué qu'il jeta en direction du jury n'aida en rien son cas. Livaï l'avait déjà remarqué auparavant : Eren était particulièrement incapable de recevoir le moindre compliment. Il paraissait sûr de lui et il était indéniablement compétent. Mais s'il évoquait ses capacités, c'était toujours sur le ton de l'auto-dérision. Et si par malheur on le flattait, ses mécanismes de défense se dressaient plus vite que celle d'une forteresse sous siège.

De son côté, Livaï était toujours aussi étonné de se rendre compte d'à quel point il tirait de plaisir et/ou de fierté à voir l'audience s'extasier, prendre conscience des mérites de 'son Oméga'. L'Alpha connaissait les rumeurs qui circulaient au sujet d'Eren. Ses réussites académiques avaient intrigué, ses capacités avérées avec la gestion des projets surpris, sa ténacité et le miracle des alliances qu'il avait réussi à former avec ses rivales…C'était ce qui venait de cimenter sa position de Candidat incontournable de la Sélection.

Quand le Baron Feltz s'était mis à dire à qui voulait bien l'entendre qu'on ne devait surtout pas sous-estimer Eren Jaëger à cause de 'son physique avantageux' et que l'Oméga était dangereux, personne ne lui avait vraiment prêté attention. Après tout, Feltz était connu pour être un alcoolique particulièrement versé dans les jeux d'argent et de hasard. Il était criblé de dettes et certainement prêt à tout pour attirer l'attention. Mais il était certain qu'après la présentation d'Armin Arlert, on allait définitivement y réfléchir à deux fois avant de marcher sur les plates-bandes du Candidat Jaëger. Non seulement Eren était parvenu à gagner leur respect, mais aussi à se faire une véritable place à la Cour.

Quand son majordome acheva enfin sa démarche, l'Oméga n'osait plus regarder quiconque dans les yeux.

Ils furent remerciés et les magistrats en charge du décompte des voix prirent la parole.

Bien avant le jour de l'annonce des résultats, Livaï avait ordonné à Auruo de lui organiser un rendez-vous avec Armin Arlert. Il avait fait part au majordome de son désir de l'aider à faire en sorte qu'Eren fasse parti des trois derniers Finalistes. Après lui avoir affirmé qu'il avait tout sous contrôle, Arlert l'avait percé de son intense regard azur et l'avait interrogé, sans ciller, sur ses intentions envers son ami d'enfance. Il n'y avait pas eu une once de crainte ou d'appréhension dans les yeux du blondinet alors qu'il lui faisait face. La loyauté indéfectible dont il faisait preuve envers l'Oméga avait tellement plu à Livaï qu'il en avait oublié d'être irrité par le flagrant irrespect dont faisait preuve Arlert.

Une fois assuré du sérieux de Livaï, le majordome avait même pris la peine de le menacer. Armin lui avait fait simplement remarquer que, dans l'éventualité où il lui viendrait l'idée de se moquer d'Eren, les 'faibles et les insignifiants' étaient les adversaires les plus dangereux quand ils décidaient de s'en prendre aux 'forts et puissants' de ce monde. Car contrairement à ceux-ci ils n'avaient absolument rien à perdre. Livaï avait été obligé d'admirer le courage du majordome, même si le blondinet n'avait pas la moindre idée de la véritable identité de celui qu'il tentait d'intimider, l'Alpha doutait qu'être Prince Héritier lui aurait épargné cet avertissement. Il y avait de quoi être admiratif, non ? Sur le coup, Livaï avait acquis l'intime conviction que le majordome allait réussir à faire sorte que son plan aboutisse sans accroc.

Pourtant, et en dépit de l'incroyable travail fourni par Arlert, Livaï ne put s'empêcher de se sentir angoissé quand les résultats d'Eren furent loin d'être suffisants pour qu'il poursuive la compétition. Erwin se redressa pour annoncer officiellement le nom des trois dernières Finalistes : « D'après les résultats que nous nous portons tous témoins, en ce jour, les Finalistes de la Sélection sont… L'Alpha Mikasa Ackerman, Bêta Historia Reiss et enfin… Bêta Hitch Doris ! » Livaï tenta de croiser le regard d'Eren, en vain. L'Oméga avait baissé la tête, pincé les lèvres et serré les poings. Le simple fait qu'il semble aussi affecté par sa défaite troubla Livaï.

Était-ce vraiment l'étendue des efforts fournis par Arlert ? Était-ce le fameux plan infaillible sur lequel reposait le majordome lorsqu'il avait annoncé à Livaï tout avoir sous contrôle ? Et si ce n'était pas le cas, pourquoi est-ce qu'Eren avait l'air aussi abattu ? Il était encore en pleine réflexion lorsque la Candidate Doris s'était soudain avancée, un air déterminé plaqué sur le visage. Elle annonça d'une voix claire à l'assemblée médusée : « Je demande audience à sa Majesté. » Un lourd silence tomba dans la salle, mettant fin au brouhaha ambiant aussi efficacement que si elle leur avait intimé le silence en hurlant.

Livaï se raidit sur son siège. A ses côtés, Farlan semblait parfaitement ravi quand il accepta la requête d'une voix enjouée : « Je vous écoute. » Sa voix était tintée d'amusement. Après avoir vécu autant de retournements de situation, Livaï acquit l'intime conviction que son meilleur ami avait développé une sorte de réflexe conditionné quand on le mettait face à un imprévu. Le fait qu'Hannah eut été enceinte, le serment d'Annie à la Chevalerie, les meurtres, les vols, les agressions, et maintenant la Candidate Doris et son annonce de dernière minute ? Farlan était sans doute dans un état d'esprit où il se délectait des folies de la Sélection comme on frétille face à une scène d'action dans un roman. Hitch Doris le remercia d'un salut respectueux avant de se redresser et de déclarer : « Selon la règle 27 de la Sélection qui stipule que toute Candidate arrivée à la troisième étape de la compétition se voit offert le droit du Renoncement, j'aimerais faire part à l'assemblée de mon désir de quitter l'épreuve. » Farlan écarquilla les yeux. Livaï s'installa plus confortablement sur son siège.

Ah.

C'était donc ça, l'ultime plan d'Armin Arlert.

L'Alpha devait admettre à présent, qu'en plus d'être effrayamment adroit lui-même, Eren avait su trouver un allié de taille pour le soutenir. Intrigué par les évènements, Farlan répondit avec assurance : « C'est en effet votre droit… » Il cherchait encore comment demander davantage d'explications quand la Candidate s'empressa de préciser : « La compétition jusqu'ici m'a permise de prendre conscience de mes forces et de mes faiblesses. Mais tout comme Annie Leonhart avant moi, j'ai pu y découvrir ma véritable vocation : j'aimerais pouvoir continuer à faire fructifier mon commerce. J'espère ainsi apporter à l'Empire quelque chose qui, à terme, fera notre gloire même à l'étranger. De plus, j'estime ne pas être le meilleur choix pour représenter le parti Neutre pour la suite de la Sélection. » Livaï jeta un rapide coup d'œil en direction du Marquis Doris.

L'homme était parfaitement décontracté. Le brouhaha bourdonnant de l'audience n'était pas aussi important qu'on aurait pu s'y attendre dans ces circonstances exceptionnelles. Livaï comprit sur le coup qu'Arlert n'avait pas juste réussi à acquérir une bonne portion des voix du parti Neutre pour assurer à Eren une note convenable. Non, il était allé bien au-delà de ça. Il avait dû parier quelque chose, promettre que si l'Oméga parvenait miraculeusement à remonter le classement et à s'illustrer, le parti Neutre lui assurerait leur soutien complet. Personne ne s'était levé dans l'assemblée pour s'insurger après l'annonce de la Candidate Doris. D'une manière ou d'une autre, Eren avait réussi à convaincre les nobles du parti politique de le choisir comme fer de lance durant la Sélection.

Farlan semblait être arrivé aux mêmes conclusions que Livaï lorsqu'il répondit avec calme, les yeux résolument fixés vers l'Oméga : « Je vois… J'accepte votre Renoncement. En prenant en compte les résultats annoncés précédemment, le troisième Candidat sélectionné pour la dernière phase de la compétition est donc… Eren Jaëger. » Le brouhaha qui envahit la salle fut assourdissant. Un sourire éclatant fleurit sur les lèvres de Farlan lorsqu'il renchérit : « Je crois ne pas trop m'avancer quand je dis que votre décision me semble tout à fait justifiée, Bêta Doris. Oméga Jaëger n'a jamais cessé de nous apporter son lot de surprises. Et je dois même avouer que je suis pressé de découvrir ce qu'il nous réserve pour la dernière épreuve de la Sélection. » Livaï se figea sur son siège.

Il fixa son meilleur ami avec attention. Ce commentaire était loin d'être anodin, surtout pas dans une salle remplie de dignitaires et de nobles en tout genre. Il devenait évident que Farlan n'allait plus lui permettre de continuer à jouer l'autruche encore très longtemps. Maintenant que la seconde épreuve était terminée et qu'Eren faisait parti des trois Finalistes, toutes les conditions étaient réunies pour qu'il puisse sortir de vainqueur de la compétition.

Il ne restait plus à Livaï qu'à lui avouer toute la vérité…

To Be Continued….


*Toute timide*
Alors? Qu'avez -vous pensé des diverses parties de ce chapitre? Je trouve qu'il était tout particulièrement intense personnellement. De vraies montagnes russes! On passe du très sombre au mignon, au limite, très très vite! *rire nerveux*
Qu'avez-vous pensé de la face cachée/cruelle de Livaï? Ca va? Pas trop déçue ou choquée par l'image de ce Prince de l'obscure?
Marrant de voir à quel point il était au bord de la PLS pendant toute la mise en place de sa relation avec Eren. Et de constater à quel point ce petit boulet d'Oméga pouvait en réalité le faire tourner en bourrique et se montrer incroyablement réticent...*sueurs froides.
Est-ce que le chapitre vous a plu dans l'ensemble?
Est-ce que votre sadique interne a été satisfait du sort réservé aux Fritz au final?
Des choses à dire sur la super (oh sweet sweet ironie) relation entre Livai et Kenny?

J'ai vraiment très hâte de savoir ce que vous avez pu en penser !
A très vite j'espère!

Plein de love, Easyan!